Chartres. Le chemin de l’âme.

Chartres. Le chemin de l’âme.  Ensemble Catherine Braslavsku.  Jade : 699 677-2.  TT : 84’57.

Accompagnant musicalement les groupes de pèlerins qui parcourent le labyrinthe de la cathédrale de Chartres, « espace de pérégrination intérieure et de méditation ambulatoire », Catherine Braslavsky et son ensemble éponyme font partager leur émerveillement, non seulement aux passants, mais aussi aux discophiles.  Ils mettent particulièrement en valeur ce lieu sacré baignant dans le silence et la paix. Le répertoire comprend des pages multilingues qui ont pu être chantées au XIIe siècle : Stella splendens (soutenu par de légères percussions), O Virgo splendens (d’après le Llibre Vermell de Monserrat), modèle d’interprétation ; au XIVesiècle : Imperayritz (invocation à la Vierge).  Le chant grégorien tardif est aussi présent dans la pièce

La Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome.

La Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome.  Chœur Melodi, dir. Divna Ljubojevic.  Jade (43, rue de Rennes, 75006 Paris. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) : 699 684-2 .  TT : 50’21.

Formée au chant orthodoxe à l’école Mokranjac de Belgrade et à l’Académie de musique de Novi Sad, Divna Ljubojevic - déjà bien connue de nos lecteurs -, après avoir dirigé successivement le chœur Mokranjac, la première Société chorale de Belgrade, est depuis plusieurs années à la tête du chœur Melodi qu’elle a fondé.  La Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome (344/354-ca 407) comprend des Litanies (prières d’intercession entre le ministre et l’assemblée) : de la Paix, après l’Évangile, de supplication… ; Tropaires (courtes prières chantées après chaque verset) ; le Trisagion (l’ordinaire des liturgies orientales) ; des Prières (pour les catéchumènes, fidèles ; d’action de grâce, Notre Père) ; des Hymnes (dont la célèbre Hymne des

Œuvres de Johann Strauss II

Neujahrkonzert 2009 : Œuvres de Johann Strauss IIJoseph Hellmesberger, Joseph Haydn.  Wiener Philharmoniker, dir. Daniel Baremboim. Universal/Decca : 0743317. TT : 112'.

Le concert du Nouvel An des Wiener Philharmoniker est toujours un événement ! Il l'était d'autant plus, ce 1erjanvier 2009, que la direction en était dévolue à Daniel Barenboim - une première.  L'interprétation favorise une tonalité grave conférant à des ouvertures comme celle d'Une nuit à Venise ou du Baron tzigane une intensité insoupçonnée.  Quelle maestria ! Le chic viennois est là très présent - tel rallentando ou de fulgurantes accélérations.  Que dire de l'art de la transition délicate et surtout de la manière de conclure glorieux sur un accord tranchant.  Le sens du rythme dans la polka schnell ou autre gallop montre une flexibilité innée que les Viennois possèdent d'évidence sur le bout de l'archet. Et dans la valse, le tout est de savoir retenir le

Cadmus et Hermione

Jean-Baptiste LULLY : Cadmus et Hermione. A.Morsch, Cl.Lefilliâtre, A.Marzorati, I.Druet. Le Cercle de l'Harmonie, dir. V.Dumestre. Alpha : 701. TT : 123'.

Pour Cadmus et Hermione, filmé à l'Opéra Comique, Benjamin Lazar a choisi le parti d'une reconstitution scrupuleuse de la tragédie de Lully : décoration figurative léchée, avec ciel mousseux, effets de symétrie, costumes chamarrés et recherchés aux couvre-chefs enplumés, usage de masques, apparitions du dessus ou du dessous (fantastique dragon crachant ses humeurs). Le tout fort colorié est éclairé à la seule bougie. La gestuelle sophistiquée décalque le langage parlé. Bien qu'empruntée elle est rapidement appropriée. L'expression emphatique des mains complète la noblesse des attitudes que la caméra de Martin Fraudreau – à qui l'on doit un étonnant Bourgeois Gentilhomme – se plaît à détailler. Les intermèdes dansés, galants ou espiègles,

Carmen

Georges BIZET : Carmen. AC.Antonacci, J.Kaufmann, N.Amsellem, I.D'Arcangelo. Chœurs et Orchestre du Royal Opera, dir. A.Pappano.  Universal/Decca : 074 3312.  TT : 152'.

Si Carmen est l'un des opéras les plus populaires du répertoire, c'est parce qu'il s'en dégage une émotion théâtrale intense. La production du Royal Opera possède des atouts déterminants.  À commencer par un couple de chanteurs-acteurs hors du commun.  Elle, fonctionnant comme un aimant, incarne une héroïne déterminée, féminine, mais pas effrontée. Une composition frappée au coin de l'intelligence et du goût. Et quel métal incandescent, que caractérisent un superbe medium, un grave bien timbré et un aigu facile ! Lui, beau comme un dieu, nanti d'une voix solaire, vit l'inexorable parcours d'enfer d'un homme peu à peu broyé par un infernal destin.  L'air de la fleur en est le moment décisif, à partir duquel tout bascule, qui s'achève

Maya

Maya. Portrait de Maya Plisetskaya.  Film de Dominique Delouche.  Video Artists International (www.vaimusic.com) : 4489.  TT : 84’.

Tourné en 1999 pour Les Films du Prieuré, ce magnifique portrait de Maya Plisetskaya vient - grâce à une firme new-yorkaise - de paraître en DVD.  Où la grande danseuse relate son parcours : enfance tumultueuse (exécution de son père, déportation de sa mère sous Staline), sa rebellion et son combat jusqu’à devenir, en son pays – puis dans le monde – la prima ballerina assoluta.  Dans ce film, sont bien sûr exaltées la danseuse mais aussi la femme et la pédagogue.  Interventions de Maurice Béjart et de Vladimir Vasiliev.  Avec extraits de ballets : Don Quichotte, Roméo et Juliette, Le Lac des cygnes, Boléro, La Rose malade, Léda

Piano Scores Unlimited.

Piano Scores Unlimited.  DVD-Rom.  IPE Music (Tél. : 02 51 32 20 35 . www.ipemusic.com).  59 €.

Il s’agit là – offre sans précédent - d’un ensemble de partitions utilisables, écoutables, imprimables, libres de droits, sans restriction aucune.  Soit 630 œuvres majeures (du domaine public), soigneusement doigtées et classées par niveau de difficulté, 2 500 pages de musique à imprimer et 26 heures d’écoute au format MP3.  Extraordinaire !

ROBINSON : Ailleurs sera demain

ROBINSON : Ailleurs sera demain.  Les Robinsonades, vol.4 (www.robinson.fr).  Récré-Actions.  L’Autre Distribution : JPCB-3111315.

Ravissant ensemble de 13 chansons, dont certaines en duo, avec Adaëlle ou Henri Dès, et le concours des neuf musiciens de l’excellent groupe caennais Gadjologie.  Séduira petits et grands.

MAGMA : Üdü Ŵüdü

MAGMA : Üdü Ŵüdü.  Coffret de l’œuvre intégrale, 11 volumes.  2009, Le Chant du Monde. 

Groupe mythique s’il en fut - créé en 1969 par le percussionniste et chanteur Christian Vander– Magma (que l’auteur de ces lignes avait eu le bonheur de convaincre naguère de venir se produire au lycée Jean-Baptiste Say où il enseignait) aura certes connu de fabuleux avatars.  Dans ses plus récents volumes - où jouent, autour de Christian Vander & Jannick Top, une dizaine de nouveaux musiciens -, nous retrouvons la stupéfiante énergie d’un groupe assurément unique en son genre, éructant plus furieusement que jamais le kobaïen, idiome de Kobaïa, leur planète originaire.

Café 1930.  Tangos

Café 1930.  Tangos.  Ensemble Contraste : Geneviève Laurenceau (violon), Arnaud Thorette (alto), Raphaël Merlin (violoncelle), Johan Farjot (piano, direction musicale). Zig-Zag Territoires (www.zigzag-territoires.com) : ZZT 090103.

Pour cette merveilleuse anthologie tanguera, les solistes & le Chœur de Paris-Sorbonne (dir. Denis Rouger), Raphaël Imbert (saxophone) et André Ceccarelli (batterie) se sont joints aux virtuoses du juvénile ensemble Contraste.  Savants arrangements, par Johan Farjot (www.johanfarjot.com), nouveau chef de l’Orchestre Paris-Sorbonne [notre photo], de tangos historiques : La Paloma, La Cumparsita, Adiós Muchachos, El día que me quieras, mais aussi de plus récents, d’Astor Piazzolla : Adiós Nonino, Oblivion, Café 1930, Contraste, La MismaPena, Milonga del ángel, Invierno Porteño, Tangata, Saint-Louis-en-l’Île…  Une réalisation qui fera date !

Klezmerola.  Jewish Music from rare piano rolls

Klezmerola.  Jewish Music from rare piano rolls.  Pianola interpretations by Bob Berkman.  Klezmerola (www.klezmerola.com) : PE 101.

Naguère enregistrés sur rouleaux, 21 thèmes – pour la plupart fort célèbres - du répertoire klezmer sont ici réunis pour notre plus grand bonheur

Dark was the night

Dark was the night. 2CDs.  Production : Aaron & Bryce Dessner.  A Red Hot Compilation (www.redhot.com) : DAD 2835CD.

Après 20 ans et la parution de 20 albums, cette belle compilation s’inscrit dans la tradition « out of business » de disques dédiés à la lutte contre le sida, au combat notamment en faveur du « safe sex ».  Le 1er album de la collection était dédié au « gay American songwriter » Cole Porter.  Dark was the night (titre emprunté au thème du bluesman Blind Willie Johnson, ici interprété par le Kronos Quartet) réunit une cinquantaine d’artistes indépendants de la nouvelle génération, mettant l’accent sur des thèmes traditionnels (blues de la Dépression, country, gospel…), arrangés et joués de manière contemporaine.

Erik SATIE : Avant-dernières pensées

Erik SATIE : Avant-dernières pensées.  Alexandre Tharaud, piano.  Avec la participation de : Éric Le Sage (piano), Juliette (chant), Jean Delescluse (ténor), Isabelle Faust (violon), David Guerrier (trompette).  Coffret de 2CDs Harmonia Mundi (www.harmoniamundi.com/satie2009) : HMC 902017.18.  TT : 2h07.

Avec ce coffret – comprenant l’essentiel de l’œuvre pour piano & de la musique de chambre de Satie, interprété par le merveilleux Alexandre Tharaud et quelques amis choisis – vous avez un nouvel « indispensable » pour votre discothèque.  Articulé autour des six Gnossiennes, le 1er disque (« Solo ») ne comporte pas moins de quarante-deux pièces - dont Le Piège de Méduse, sept pièces pour piano préparé Le 2nd disque (« Duos ») comprend, notamment, pour piano à quatre mains : Trois morceaux en forme de poire et La Belle Excentrique ; pour trompette & piano : La Statue retrouvée ; pour la voix : Chez le docteur, Allons-y Chochotte, Ludions, La Diva de l’Empire et l’inoubliable Je te veux !  Précipitez-vous !

Guillaume LEKEU (1870-1894) : Sonate pour violoncelle et piano (1888).

Guillaume LEKEU (1870-1894) : Sonate pour violoncelle et piano (1888).  Alain Meunier (violoncelle), Philippe Guilhon-Herbert (piano).  Saphir (www.saphirproductions.net)  LVC 1086.  TT : 50’29.

Compositeur belge rattaché à l’école française, mort à l’âge de 24 ans, Guillaume Lekeu n’a laissé que peu d’œuvres.  Composée par un tout jeune homme encore lycéen, cette Sonate – d’une densité étonnamment tragique et aux dimensions impressionnantes (plus de 50 minutes) - fut achevée par Vincent d’Indy (les 3 dernières minutes).  Elle est ici - dans tout son romantisme - superbement restituée.

Johannes BRAHMS : Les trois Sonates pour violon

Johannes BRAHMS : Les trois Sonates pour violon.  Patrice Fontanarosa (violon), Émile Naoumoff (piano).  Saphir (www.saphirproductions.net) : LVC 1100.  TT : 64’57.

Par le violoniste Patrice Fontanarosa, éminent héritier d’une dynastie d’artistes, et le pianiste Émile Naoumoff, ultime disciple de Nadia Boulanger, voici les trois Sonates op.78, 100 et 108 pour violon de Brahms – œuvres de la maturité du compositeur, étonnamment proches de l’esprit de la ballade ou du lied.  Une heureuse conjonction, à tous égards !

Johann Sebastian BACH : Concerto pour deux violons BWV 1043

Concerto pour violon BWV 1042, Concerto pour violon et hautbois BWV 1060.  Camerata de Lausanne.  Pierre Amoyal (violon & direction).  Maurice Bourgue (hautbois), Tedu Papavrami (2ndviolon).  Cascavelle (www.disquesoffice.ch) : VEL 3121.

Quel joie de retrouver, dans ce répertoire qui lui est cher, le grand violoniste Pierre Amoyal, jouant son Stradivarius « Kochansky », miraculeusement retrouvé en 1991 après qu’il lui fut volé en 1987.  Et qui plus est, à la tête de l’excellente Camerata de Lausanne, entouré de solistes de la qualité de Maurice Bourgue et Tedu Papavrami…

Joseph HAYDN : Concertos pour pianoforte

Joseph HAYDN : Concertos pour pianoforte, Hob. XVIII : n°4, 6 et 11.  Andreas Staier, Freiburger Barockorchester, dir. Gottfried von der Goltz.  Harmonia Mundi : HMX 2961854. TT : 61'.

Le genre du concerto pour clavier a été créé par Bach, et deux de ses fils, Wilhelm Friedrich et Carl Philipp Emmanuel, l'ont aussi célébré. Avant que Mozart ne lui donne ses lettres de noblesse, il sera pourvu par Haydn de quelques pièces intéressantes. Quoiqu'ils figurent comme genre relativement mineur dans sa production et aient été composés sur une période brève, les années 1750-60, on en dénombre neuf dont six seront authentifiés.  Il s'agit de pièces de genre facile qui répondent au canon du morceau de divertissement. Le 4e, dont la première édition a vu le jour à Paris où l'œuvre fut jouée au Concert Spirituel, offre une belle cadence à l'adagio et un finale rondo presto paré de curieux effets de balayage instrumental. Le n°6, pour piano et

Joseph HAYDN : Trios pour piano et cordes, Hob. X : 18-23.

Joseph HAYDN : Trios pour piano et cordes, Hob. X : 18-23.  Patrick Cohen, Erich Höbarth, Christophe Coin.  2CDs Harmonia Mundi : HMX 2968298.99.  TT : 114'.

« Les sonates pour le pianoforte avec accompagnement de violon et de violoncelle » jouées sur ce disque ont été composées en 1794-1795, lors d'un séjour de Haydn en Angleterre ; période d'intense production qui verra naître, entre autres, six des dernières symphonies dites « londoniennes »  et les quatuors à cordes op.71 et op.74. Plus que des sonates en trio, ce sont des musiques de divertissement qui mettent en valeur les trois instruments et pas seulement le clavier, encore que celui-ci s'émancipe lui aussi. Il n'est pas rare d'y rencontrer une large mélodie du violon. L'écriture est complexe mais toujours originale quant au choix des thèmes, eux-mêmes constamment renouvelés. Ces interprétations – qui reviennent sur le devant de la

Anton BRUCKNER : Symphonie n°7

Anton BRUCKNER : Symphonie n°7.  Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, dir. Karl Böhm.  Audite : 95.494.  TT : 64'34.

Cette exécution mérite de figurer au nombre des trésors d'archives. Tirée de celles de la Radio bavaroise, cette captation de concert (avril 1977) à Munich est un grand moment.  Troisième et dernière version enregistrée du maître et adornée d'une prise de son aérée, elle se distingue par un phrasé lyrique soutenu et une battue ample qui ne sombre pas dans le massif ou le grandiloquent. En grand chef d'opéra, Böhm sait ce que construction veut dire. Il laisse son orchestre se déployer naturellement, non sans précipiter le rythme çà et là comme pour renouveler l'intérêt. On pense à ses Wagner à Bayreuth.  L'allegro moderato est pris dans un allant certain et le finale offre cette variété de climats qui font tout le prix de cette musique qu'on a trop

Felix MENDELSSOHN : Concerto pour violon et orchestre, op.64

Felix MENDELSSOHN : Concerto pour violon et orchestre, op.64.  Trio n°1 avec piano, op.49. Sonate pour violon et piano (1838).  Anne-Sophie Mutter, violon, André Prévin, piano, Lynn Harrell, violoncelle.  Gewandhaus Orchester Leipzig, dir. Kurt Masur. Universal/DG : 477 8001. TT : 77'39.

Anne-Sophie Mutter revient à Mendelssohn, un compositeur auquel elle voue un véritable culte. Pour son deuxième enregistrement du concerto pour violon (le premier remonte à 1980, avec Karajan) elle a pour partenaires Kurt Masur, et surtout l'illustre Gewandhaus de Leipzig qui créa l'œuvre en 1845. Interprétation passionnée s'il en est, à l'aune du molto appassionato initial, pris dans un tempo fort allant, dont on sent qu'il est juste. La glorieuse maestria de la violoniste est là, avec ces ralentis qui lui sont coutumiers et auxquels il est difficile de résister. La fin prestissime confine à l'euphorie, terme qu'elle ne dénie pas. L'andante, une des pages les plus pénétrantes de l'auteur, est porté par une sûre dynamique interne. Et le finale, sorte de danse des

Jean Sébastien BACH : Messe en Si

Jean Sébastien BACH : Messe en Si. Lucy Crowe, Joanne Lunn, Julia Lezhneva, Blandine Staskiewicz, Nathalie Stutzmann, Terry Wey, Colin Balzer, Markus Brutscher, Christian Immler, Luca Tittolo. Les Musiciens du Louvre-Grenoble, dir. Marc Minkowski.  Naïve : V 5145. TT : 101'.

Le Cantor de Leipzig a mis le meilleur de lui-même dans cette messe, même s'il y a recyclé des pages antérieures, tirées de cantates. Il y manie des styles musicaux divers, voire des approches différentes au long des deux parties qui la composent : relativement intimiste et sombre dans le Kyrie et le Gloria, où alternent interventions chorales et morceaux solistes, arias avec accompagnement d'instruments obligés ou duos expressifs empreints de spiritualité. À partir du Credo, l'atmosphère est souvent plus éclatante, de par la prépondérance donnée à l'écriture chorale. Pour Marc Minkoswki c'est « un miracle de construction... Comme la Création divine : le souffle unique donne vie à un univers polymorphe et imprévisible ».  Belle sentence ! Le chef opte pour le parti de confier le chant choral aux solistes eux-mêmes. Il en résulte transparence bien sûr, mais aussi approfondissement ; car ils sont traités soit en tutti, soit de manière différenciée, comme dans le « Et incarnatus est ».  Cette approche, partagée par d'autres chefs, fait suite aux recherches musicologiques récentes. On se rend compte que l'exécution pour grand effectif choral n'est peut-être pas la plus adaptée au climat général de l'œuvre. En tout cas, les choses étaient à l'origine claires : la Messe était conçue pour un ensemble de seulement 15 chanteurs.  On s'en approche donc ici. Aux dix solistes, émérites, fait écho un ensemble de 25 musiciens. L'impression générale est de discrétion sans contrastes trop marqués, de recueillement serein, « proche de la prière » dit encore le chef. Les enchaînements sont conçus de manière vivante. Ainsi en est-il de la liaison immédiate entre les séquences « Quoniam tu solus sanctus » et « Cum Sancto Spiritu » à la fin du Gloria. L'Agnus Dei frôle le génie, déploration d'une douleur assumée, chantée à la perfection par Nathalie Stutzmann. La fugue finale, prise dans un tempo retenu et développant un ample crescendo, couronne une exécution qui sort du lot - loin des versions grandioses des Kapellmeisters et autres stars de la baguette.

Jean Sébastien BACH : Concertos pour clavecin BWW 1052, 1058, 1055, 1056

Jean Sébastien BACH : Concertos pour clavecin BWW 1052, 1058, 1055, 1056.  Bertrand Cuiller, clavecin.  Ensemble Stradivaria, dir. Daniel Cuiller.  Mirare : MIR 085. TT : 58'29.

Le Cantor est le premier à avoir révélé le concerto pour clavier, ouvrant la voie à d'autres chefs-d'œuvre du genre. On pense bien sûr à Mozart. Certes, il y a chez Bach du recyclage de matériau connu dans d'autres configurations.  Mais le propre du génie n'est-il pas de transcender tout ce qu'il touche ?  L'impression d'entendre quelque chose déjà inscrit dans la mémoire décuple l'intérêt. Ces pièces, construites sur le même mode - deux mouvements rapides encadrant un plus lent - déploient énergie, véhémence presque, en tout cas joyeux bondissement, ou mélodie sereine, épanchement profond.  La partie soliste est traitée avec affection. Le concerto BWV 1052, conçu pour le violon, est paré d'un souffle immense et de vivacité. Adaptation