René GERBER (1908-2006) et quelques unes de ses œuvres pour piano ont déjà été présentés dans la Lettre d’information n°123 (« Autour du piano »). Il est considéré comme le « plus français des compositeurs suisses ». Un critique américain souligne que « la musique de René Gerber est celle d’un homme qui sait ce qu’il veut dire, et le dit sans hésitation dans une musique attractive et tonifiante. »

Le Trio Artus est formé de Esti Rofé (flûte), Krzysztof Kaczka (flûte) et Perry Schack (guitare) accompagné pour certaines pièces par Tatiana Chernichka (piano), en fait appartenant à 3 nationalités : Israélienne, Polonaise et Allemande. Les camarades d’études ont été formés à Munich. Ce premier enregistrement mondial a pour arrière-plan la Deuxième Guerre mondiale. Le CD s’ouvre sur Wiegala d’Ilse Weber (1903-1944), arrangé par Tomer Kling pour flûte et guitare. Cette poétesse juive, transportée au camp de Theresienstadt, puis à Auschwitz, y sera gazée avec son fils. Le disque se termine avec Ade, Kamerad (d’où son titre : Au revoir, camarade) aussi d’Ilse Weber. Il comprend également Kaddisch composé en 1914 par Maurice Ravel, prière associée à la mort, au deuil et au rite juif, Esti Rofé l’interprète avec émotion, en pensant à la sœur de sa grand-mère disparue. La douce Méditation de Lukasz Wos fait s’entrelacer les mélodies aux deux flûtes. Il comporte des œuvres classiques : Sonate en trio en Fa majeur de G. Fr. Haendel et Sonate d’église d’A. Corelli. Émouvant document historique partagé entre Pologne, Allemagne et Israël.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

Le « charme de la virtuosité » — dans le choix des œuvres de Luigi BOCCHERINI (1743-1805), compositeur et violoncelliste apprécié par W. Chr. Gluck, dans celui du violoncelle de Francesco Goffriller (1737) et dans le programme redoutable — résumerait déjà à lui seul l’apport exceptionnel de ces deux disques (enregistrés respectivement à Paris en l’Église luthérienne St-Pierre et à l’Hôtel de l’Industrie). La violoncelliste Ophélie Gaillard et le Pulcinella Orchestra qu’elle dirige interprètent, entre autres, 2 Concertos, la 6e Symphonie en mineur et le Quintette à cordes en mineur. Avec Sandrine Piau (soprano), elles donnent une émouvante version du Stabat Mater vivement ressenti. Accompagnée au pianoforte, la Sonate pour violoncelle et pianoforte en ut mineur brille par la clarté de sa structure. Cette synthèse esthétique entre style galant et classique souligne l’originalité, l’élégance et l’inspiration de L. Boccherini. En 2019, les discophiles l’apprécieront à sa juste valeur. Réalisation hors pair.
Édith Weber
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Grâce à cette nouvelle réalisation originale, voici un concert Bach comme jadis, à Leipzig, au célèbre Café Zimmermann, le vendredi soir, dès 1738. L’Ensemble Café Miry a repris cette tradition à Gand « pour la récréation [Ergötzung] des amateurs ».
Ce disque illustre les nombreuses possibilités du Traverso (flûte traversière) avec le concours de Patrick Beuckels (flûtiste belge), d’Élisabeth Joyé (claveciniste française), de Romina Lischka (gambiste autrichienne), de Dirk Vandaele (violoniste belge) et de Toshiyuki Shibata (flûtiste japonais) : bref, un plateau international. Ils jouent des instruments historiques (vers 1730) — donc contemporains de J. S. Bach — ou reconstitués. Le clavecin franco-allemand et la basse de viole (d’après un modèle français à 7 cordes) datent de 2001.

En 2018, Jean de Spengler — premier violoncelliste solo à l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy — a enregistré une version très personnelle des redoutables Suites pour violoncelle (BWV 1007-12) de J. S. Bach, lors de concerts dans la Chapelle du Château de Lunéville contemporain de ces œuvres et en public, ce qu’il considère comme « une partie intégrante du processus d’interprétation » (idée à retenir). Entendues dans sa jeunesse, il les avait ensuite étudiées avec André Navarra. S’imposant par sa grande rigueur, il ne fait aucune concession à la facilité et réussit merveilleusement à faire passer l’émotion (bien entendu, sans legato ou vibrations romantiques). L’enregistrement en concert a été légèrement remanié à la suite d’un orage. J. de Spengler joue un piccolo à 5 cordes de Wilbert de Roo (copie d’un Stradivarius). Sa réalisation, sous le Label FORGOTTEN RECORDS faisant honneur à l’école française de violoncelle, ne sera certes pas oubliée.
Édith Weber
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La version historique (1984) de référence de cet important Recueil de Motets interprétés par le Chœur de garçons de Hanovre, sous la direction de son fondateur Heinz Hennig (1927-2002), vient de reparaître remasterisée en 2018, sous le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION, soit 34 ans après. L’œuvre a aussi fait l’objet, dans le cadre de l’Intégrale Schütz (28 vol.), du Volume 1, aux Éditions Carus (2009), avec le Dresdner Kammerchor sous la direction de son fondateur (en 1985), Hans Christoph Rademann (né en 1965). La comparaison des conceptions et parti-pris esthétiques des deux chefs, du Knabenchor Hannover (avec notamment le jeune soprano Sebastian Hennig) et du Dresdner Kammerchor est donc désormais possible.

Rappelons que H. Schütz (1585-1672), né un siècle avant J. S. Bach, est mort un siècle après Claude Goudimel. Il a été considéré comme le « père de la musique allemande » et musicus poeticus. Écrits respectivement à 5, 6 et 7 voix, ses 29 Motets (1648) marquent la fin de l’interminable Guerre de Trente Ans (1618-1648) avec toutes ses conséquences.

Le dénominateur commun entre le hongrois Franz LISZT (1811-1886) et le russe Modeste MOUSSORGSKI (1839-1881), contemporains, est évidemment leur atavisme slave, leur esthétique romantique, leur expression dramatique, bien qu’appartenant à deux écoles nationales différentes et — sur le plan pianistique — leur virtuosité. La jeune japonaise Yuki Kondo (née en 1984) ayant reçu en cadeau un mini piano, s’intéresse à ce jouet d’enfant et sera formée, dès l’âge de 4 ans, par Junko Nakane, ainsi qu’en improvisation et en composition, puis elle se perfectionnera à l’Université Nationale des Beaux-Arts et de la Musique de Tokyo, puis au CNR de Paris et à la Schola Cantorum.
Son programme, placé sous le double signe de la haute technicité pianistique et de la transcendance, est redoutable. Les œuvres (20 plages) sont présentées et analysées avec citations musicales par Lionel Pons qui met aussi l’accent sur le renouveau de l’écriture pianistique au XIXe siècle : c’est ce qui ressort de La Campanella et de la Danse des Morts (Totentanz) avec la citation martelée du thème du Dies irae, encore suivie par 2 Rhapsodies (espagnole avec des traits perlés, hongroise faisant appel à la virtuosité) de Fr. LISZT.

Daniel Propper, pianiste suédois, élève de Gunnar Hallhagen, s’est ensuite perfectionné à la Julliard School (NewYork), au Conservatoire Royal de Stockholm, au CNSMDP. En 1990, il avait obtenu la plus importante bourse jamais octroyée par l’Académie Royale de Musique de Suède. Il se produit comme concertiste aussi bien à Pékin qu’à Londres, Abu Dabi, Paris, Porto ou Montréal.
Il a entrepris l’enregistrement intégral de l’œuvre pour piano d’Edvard GRIEG (né à Bergen en 1843 et mort dans cette ville en 1907). Sa musique se situe dans le courant romantique, son écriture harmonique fait preuve d’une certaine audace ; il puise son inspiration dans l’histoire et le folklore nordiques.
Ce Volume 5 propose la Suite n°1 (op. 46, 1888) de Peer Gynt. L’argument est tiré du drame de Henrik Ibsen (1828-1906) décrivant un jeune farfelu qui, au lieu du sérieux, privilégie le « bagout » et — après de nombreuses aventures en Scandinavie — s’installe en Afrique comme marchand d’esclaves, puis reviendra vers le Nord.

Les mélomanes écouteront avec une indicible émotion le dernier récital de Dinu Lipatti (1917-1950) au Festival de Besançon, le 16 septembre 1950 dans la salle du Parlement. Cet enregistrement historique et intégral à l’initiative du Label Solstice et de sa directrice Yvette Carbou qui, grâce à l’INA, ont retrouvé la bande originale de la Radiodiffusion Française (1950), puis retravaillé la bande son alors à ses débuts (7 bandes magnétiques) : une réelle prouesse technique.
Les discophiles imagineront à peine l’état de santé de Dinu Lipatti, terrassé juste avant le récital par une crise (maladie d’Hodgkins). Né en 1917 à Bucarest, ce pianiste roumain exceptionnel, filleul de Georges Enesco, a étudié à Vienne, puis avec Alfred Cortot. Il a été professeur au Conservatoire de Genève où il est mort le 2 décembre 1950.
La conception du livret est du plus haut intérêt : illustrations variées, évocation de la situation et de l’atmosphère pathétique de ce dernier récital, lettres autographes, critiques, programme… : une qualité rarement atteinte.

On connait le merveilleux organiste qu’est Éric Lebrun. C’est le pianiste improvisateur qu’on est invité à découvrir ici, et c’est un vrai régal. Trente-six chansons enfantines ou comptines sont revisitées par l’invention à la fois respectueuse et évocatrice d’Éric Lebrun. De délicates harmonies, les formes les plus diverses d’improvisation habillent ces airs venus du plus loin des provinces françaises jusqu’à des comptines beaucoup plus récentes en passant par la fameuse Pavane de Thoinot Arbeau, n’en déplaise à Frère Blaise, à Kaamelott et Alexandre Astier ! Saluons aussi la présence d’A la claire fontaine et d’Alouette, à la fois si français et si québécoises… Comment ne pas évoquer ici cette œuvre délicieuse et malheureusement bien oubliée aujourd’hui de D.-E. Inghelbrecht La Nursery. On y retrouve le même esprit, la même délicatesse, la même compréhension en profondeur de ces chansons dont la plupart sont bien ignorées aujourd’hui par défaut de transmission… Humour, tendresse, tout est là. C’est un disque à écouter sans modération, tout d’une traite, ou à petites gorgées… Un disque rare qui plaira autant aux enfants qu’à leurs parents et qui amènera peut-être ces mêmes parents à faire redécouvrir à leurs enfants ces trésors, pour la plupart trop oubliés.

Daniel Blackstone
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 

 

Jan A. Jarnicki, l’intrépide directeur du Label polonais « ACTE PRÉALABLE », met son point d’honneur à relancer les œuvres de René de BOISDEFFRE, en premier enregistrement mondial. Après les œuvres pour violon, flûte (cf. Lettres d’information 108, 116), alto et chœur, c’est au tour de ses œuvres pour violoncelle et piano, grâce au concours du violoncelliste italien Luca Fiorentini, titulaire de nombreuses distinctions internationales et du pianiste polonais Jakub Tchorzewski, spécialisé notamment dans la musique de chambre.

René de BOISFDEFFRE, né à Vesoul en 1838 et mort à Vézelise (en Lorraine) en 1906, a étudié la musique auprès de Charles Wagner et la composition avec Auguste Barbereau. Le Prix Chartier, obtenu en 1883, atteste sa prédilection pour la musique de chambre. Son œuvre néoromantique se situe quelque peu dans le sillages de Charles Gounod, Jules Massenet ou encore Édouard Lalo et Camille Saint-Saëns. Cette figure marquante du XIXe siècle en France, célèbre en son temps, était injustement

Christoph Prégardien, l’inégalable ténor allemand, spécialiste entre autres de la Passion selon Saint Jean de J. S. Bach, et le pianiste franco-chypriote Cyprien Katsaris, invité par les plus grands orchestres internationaux, ont signé, sous le titre Auf den Flügen des Gesanges (Heinrich Heine) — Sur les Ailes du chant — un programme romantique original mettant en miroir le Lied (Mélodie) et sa transcription pour le piano. 28 plages au total révèlent des thèmes bien connus : Die Forelle (La Truite) : SCHUBERT/LISZT ; Frühlingsnacht (Nuit de Printemps) : Robert/ Clara SCHUMANN ; Träume (Rêves) : WAGNER/STRADA, entre autres et, en point d’orgue, l’emblématique Wiegenlied (Berceuse) : BRAHMS/Gerald MOORE (mort en 1987).

Leur conception et leur collaboration forcent l’admiration sans réserve, tant pour l’originalité de leur démarche que pour la qualité de l’interprétation : un régal de 72 minutes, une époque révolue mais toujours présente, une intelligence musicale à toute épreuve. Disque à entendre, réentendre sans modération…

Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2019

 

 

« EX TENEBRIS » est le nom d’un trio formé de Gaëll Lozac’h (compositeur, claveciniste, organiste), Xavier Truong-Fallai (sopraniste) et Louise Pierrard (viole de gambe) qui — avec une réelle connivence — proposent une sélection de Leçons de Ténèbres baroques composées par Michel-Richard DELALANDE (1657-1726), Jean-Baptiste GOUFFET (1669-1729) tombé dans l’oubli et à redécouvrir ainsi que François COUPERIN (1668-1733) et, en miroir, la seconde version (2016) de Leçons de Ténèbres pour sopraniste, viole de gambe et clavecin de Gaëll LOZAC’H (né en 1983), œuvre de commande marquée par l’influence de Fr. Couperin (modalité, ornementation, facture mélodique pour les lettres hébraïques introduisant les Lamentations, accords arpégés pour la basse continue, associés à l’esthétique moderne pour la viole de gambe). Autre mérite : le compositeur a largement tenu compte des capacités vocales du sopraniste. Beau programme pour le temps liturgique de la Passion, d’après les Lamentations du Prophète Jérémie, (chapitre 1…), impressionnantes, dramatiques, riches en émotions, dominées par l’injonction conclusive à l’impératif : Jerusalem

Gabriel Fumet (né en 1937), flûtiste de réputation internationale, rend un hommage appuyé à deux de ses ancêtres : son grand-père Dynam Victor FUMET (1867-1949) et son père Raphaël FUMET (1898-1979). En tant que Président de l’Association Dynam-Victor Fumet, il a regroupé une intéressante sélection d’œuvres marquantes injustement tombées dans l’oubli, et — accompagné par Jean-Paul Imbert — il interprète le Lacrimosa pour flûte et orgue de son père. Judicieusement placé sous le signe de la Quintessence et de la Musique de l’âme, le programme de ce disque est éclectique et très révélateur. Les discophiles découvriront 9 œuvres respectivement pour orchestre, chœur, piano, orgue, quatuor pour bois, quatuor à cordes, piano et orgue.

Dynam Victor FUMET, né à Toulouse en 1867, est mort à Paris en 1949. Compositeur et organiste, il a été l’élève de César Franck et, de 1910 à sa disparition, organiste de l’Église Ste Anne de la Maison Blanche, à Paris. Ce remarquable improvisateur a composé entre autres des œuvres de musique de chambre, des pièces pour orgue, le

Louis VIERNE (né à Poitiers en 1870, mort à Paris en 1837) est surtout connu comme célèbre organiste de la Cathédrale Notre-Dame, improvisateur et compositeur dans la mouvance de « l’Orgue symphonique ». Ses études à l’Institut National des Jeunes Aveugles en piano, orgue et violon lui ont permis de réaliser des œuvres de musique de chambre oubliées, mais qui, notamment grâce aux Éditions HORTUS, connaissent heureusement un regain d’intérêt.

Le violoniste Dominique Hofer (élève de Dominique Hoppenot) et la pianiste Frédérique Troivaux (disciple de Bruno Rigutto) ont le mérite de présenter, en premier enregistrement mondial, sa Ballade (op. 52, 1926), œuvre marquante dédiée à Jacques Thibaud qui, à elle seule, résumerait ses nombreuses qualités compositionnelles : clarté, précision, concision, pureté, intériorité, style très personnel déjà souligné par la critique d’époque. Comme le rappelle Francis Besingrand, elle « devait être le pendant du Poème [1896] d’Ernest Chausson ».

Les Abendmusiken (Musiques du soir) ont été fondées en 1673 par Franz TUNDER (1614-1667), depuis 1641 organiste titulaire à la célèbre Marienkirche de Lubeck. Elles avaient lieu d’abord le jeudi, puis les 2e, 3e et 4e dimanches du temps liturgique de l’Avent. Destinées aux marchands et négociants qui transitaient par cette ville hanséatique pour se rendre à la Bourse de Hambourg, elles étaient soutenues par les riches bourgeois et d’abord dévolues à la musique d’orgue. Toutefois, Dietrich BUXTEHUDE (v. 1637-1707), successeur de Fr. Tunder, les transformera en cycles de Cantates qui sont, en fait, à l’origine des concerts avec oratorios, passions, cantates. Cette institution s’est maintenue jusqu’en 1810 et sa réputation dépassera largement la ville de Lubeck.

Pour son second disque sous le Label MUSO, l’Ensemble Stravaganza, spécialisé dans le répertoire baroque — comprenant Domitille Gilon (violon, direction), Louis Creac’h (viole), Robin Phato (basse de viole), Vincent Maurice (théorbe), Thomas Soltani (clavecin et direction) et Chloé Sévère (orgue) — a retenu la formule instrumentale des

Après s’être fait remarquer à 11 ans en soliste dans le Concerto pour piano et orchestre n°23 (KV488) de W. A. MOZART, avec l’Orchestre de la Radio roumaine, puis avoir bénéficié d’une exceptionnelle formation internationale au Conservatoire George Enescu de Bucarest, à la Haute École de Lausanne, à l’École Normale de Musique de Paris et au Conservatoire Royal de Bruxelles, Axia Marinescu se produit dans de nombreux Festivals. Artiste, elle est aussi une philosophe avertie (études à Paris) et conférencière maîtrisant 5 langues.

Le choix de son programme n’est pas le fait du hasard car le projet, longuement mûri, est conforme à sa recherche de la beauté : « Je me souviens que le chef d’orchestre me dit lors de la dernière répétition : Tu partages avec Mozart son esprit de musicalité ravissante. Je ne comprenais pas tout à fait en quoi cet esprit se traduisait à l’époque, mais j’ai associé cela à la joie et au bonheur que la musique de Mozart me procurait en la jouant » (p. 2). C’est cette connivence joviale qui émane de

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils), a obtenu de nombreuses partitions.

Après Songs 1 (cf. LI 120, juin 2018), ce Volume 2 présente 17 mélodies profanes et 3 chants spirituels de ce compositeur particulièrement inventif. Il est introduit par deux œuvres d’orgue : Romanza (op. 2) et une transcription de sa Lamentation : Tu ne peux pas savoir combien je suis misérable, interprétées par l’organiste bien connu, Stanislaw Diwiszek. Les mélodies suivantes sont centrées sur le thème de l’amour, suscitant présence ou absence, énergie ou désespoir. Le lyrisme émane des textes concernant Le printemps (1925) après la froidure de l’hiver, ou encore Les Chrysanthèmes (1924). Le titre Triolet V (1925) traduit la confession d’un homme profondément touché et passionné par la présence d’une fille. En revanche, un autre Triolet, composé l’année suivante, relate l’histoire d’un amant, « histoire qui ne fut

Philippe CHAMOUARD (né en 1952), a été, en piano, élève de Guy Lasson ; en harmonie, contrepoint et composition, de Roger Boutry. Il a enseigné l’écriture musicale à l’UFR de Musicologie. Sa Thèse de Doctorat concernant l’orchestration des symphonies de Gustav Mahler a été brillamment soutenue à l’Université Paris-Sorbonne. Il a surtout composé des partitions orchestrales : 10 Symphonies, des œuvres concertantes pour trompette, violoncelle, violon, orchestre à cordes, voix et chœurs, mais aussi pour harpe celtique et koto (instrument japonais à cordes). Ses Symphonie n°5 : Le Manuscrit des Étoiles et n°6 : Les Rêves de l’ombre ont déjà été recensées dans de précédentes Lettres d’information.

En créations mondiales, la Symphonie n°4 et le Madrigal d’été pour violoncelle et orchestre sont interprétés par l’Orchestre Philharmonique de Plovdiv, en Bulgarie, sous la direction de Nayden Todorov (novembre 2017). Ce disque contient aussi l’antienne grégorienne Salve Regina — œuvre environnée de douceur —, chantée par le Madrigal

Cédric Burgelin, né à Nantes en 1970, est depuis 2000 le titulaire des Grandes Orgues historiques Jehan Ourry (1627) à la Cathédrale de Saintes (restaurées en 1985 par Yves Sévère), instrument à 3 claviers et pédalier avec système mécanique à doubles soupapes permettant un toucher expressif.

Après avoir été remarqué par Gaston Litaize, il devient son élève et, à 20 ans, est admis au CNSMDP. Il y obtient les Premiers Prix d’orgue et de basse continue ainsi que le Diplôme de Formation supérieure en orgue. Enseignant au Conservatoire de Saintes, il s’est beaucoup investi en faveur de l’Orgue en Saintonge. Cédric Burgelin continue son exploration de l’univers organistique de Jean Sébastien Bach après ses deux disques : Au-delà du silence (c’est-à-dire autour du « choc de la création » selon ses propres termes) et Épures méditatives et mondes en devenir (frayant « un chemin de méditation » dans l’œuvre du Cantor). Il a enregistré en 2017 son 3e volet intitulé Consolation, concernant « les plus doux Chorals » du Petit Livre d’Orgue et notamment, en conclusion le Choral pour le temps de l’Avent et de Noël : Nun Komm, der

L’œuvre d’orgue de Max REGER (1873-1916) n’était guère enseignée en France, sauf au Conservatoire municipal de Strasbourg par le professeur Charles Muller dans les années 1950. En fait, le contrepoint très poussé semblait avoir découragé les organistes mais, grâce à Jean-Baptiste Dupont, né en 1979, organiste de la Cathédrale de Bordeaux, une brillante Intégrale discographique est en cours de réalisation (cf. LI nos 59 et 85). Elle a atteint le Volume 5 avec les CD n°7 et 8.

Trois instruments contemporains de Max REGER — correspondant donc à la configuration sonore pour laquelle il a pensé ses œuvres —, de manufactures allemandes, ont été retenus : à la Marienkirche de Landau dans le Palatinat, l’Orgue Steinmeyer (1927) restauration Seiffert (2012) ; à la Stadtkirche de Pössneck en Thuringe, l’Orgue Kreutzbach (1896) restaurations Jehmlich (1926) et Eule (2014) ; et, à la Pauluskirche d’Ulm, l’Orgue Link (1910) restauration Gaida (2014), imposant et complexe (cf. livret, p. 28-29) avec de très nombreuses possibilités de registrations.

Les artistes sud-coréens se distinguent de plus en plus sur la scène internationale et lors de redoutables concours. Ji Won Song (née à Séoul) a été initiée au violon dès l’âge de 5 ans, à l’Université Nationale des Arts, puis auprès de maîtres réputés à l’Institut de Musique de Cleveland. Elle est titulaire de nombreuses distinctions : Premier Prix du Concours international Leopold Mozart, prix des Concours internationaux de violon Tibor Varga, Yehudi Menuhin entre autres. À 26 ans, elle donne des concerts avec de nombreux orchestres en Corée, Chine, Allemagne et au Canada. Elle forme un duo d’exception avec le pianiste argentin José Gallardo (né en 1970, à Buenos Aires), ayant étudié au Conservatoire de sa ville natale, puis à l’Université de Mayence. Titulaire de nombreuses récompenses internationales, il se produit notamment en Allemagne, Asie, Israël, Amérique du Sud, et a été professeur à l’Université de Mayence et, à Augsbourg, au Centre Leopold Mozart.