Samuel Barber (1910-1981) et son contemporain Randall Thompson (1899-1984), son maître,  sont deux figures marquantes dans l’histoire de la musique américaine. Le premier, né en 1910 et mort à New York en 1981, n’est pas que le compositeur du célèbre Adagio pour cordes. Il a composé des pages vocales, des mélodies pour chant et piano, pour soprano et orchestre, ou pour chœur et orchestre. Son opus 43, The Lovers, est écrit pour baryton solo, chœur et orchestre. Il s’agit d’une œuvre de commande de la Banque Girard (de Philadelphie) qui souhaitait une transcription musicale des 20 Chansons d’amour et d’une chanson désespérée (Twenty Poems and a Song of Despair) de Pablo Neruda (1904-1972), poète, diplomate et homme politique chilien.

Après le Prelude, l’œuvre concerne de nombreux sujets parmi lesquels : le corps d’une femme, une petite fille brune, une berceuse (Close Your Eyes), la profonde tristesse : « Tonight, I can write the saddest lines… », jusqu’à la conclusion : Cemetery of Kisses (Cimetière de baisers) évoquant la destinée et le départ. Il s’agit d’une musique descriptive enrobée de désirs, associant également des passages lyriques (chaleur de l’été, crépuscule perdu…). Composée en pleine dépression après la

Voici un rare exemple d’une fratrie (fils d’organiste) dont 4 sur 8 sont des compositeurs. L’aîné, Otton Mieczyslaw Zukowski (1867-1942), a fait ses études à Lwow et vraisemblablement à Vienne. À partir de 1888, il enseigne dans diverses institutions, puis sera inspecteur national des Écoles polonaises ; il est également compositeur et pianiste. Jan (1870-1911), Docteur en théologie, a été professeur au Département de Théologie de l’Université de Lwow ; Stanislaw (1881-1935) aussi professeur de théologie et, à deux reprises, Doyen de l’Université ; Aleksander (1879-1911), compositeur. Leurs œuvres religieuses comportent des Messes pour chœur mixte ou solistes avec orgue, un recueil de chants religieux, des œuvres chorales dont ces deux disques donnent un aperçu éloquent.



La musique religieuse d’Otton Mieczyslaw Zukowski et de ses frères est respectivement consacrée à Marie, Mère de Dieu tant vénérée en Pologne, à la Vierge bénie, à sa louange, ainsi qu’aux antiennes Ave Maria et Salve Regina et à la fête de l’Assomption (Vol. 7) ;  à la Mère du Perpétuel Secours, mais aussi aux Sacrements à l’honneur du Christ-Roi (vol. 8). Parmi les textes en latin, figurent Adoro te, devote, la Missa in Honorem immaculatae Conceptionis Beatae Mariae Virginis. Les paroles presque toutes en

Ce disque reprend le titre de la pièce Terra aria de Giovanni Sollima, compositeur et violoncelliste italien né à Palerme en 1962. Après avoir été initié par son père au violoncelle et à la composition, il fréquente le Conservatoire de Palerme, poursuit ses études à la Musikhochschule de Stuttgart auprès de Milko Kelemen et au Mozarteum de Salzbourg. Il a subi l’influence du jazz, du rock et des traditions ethniques du bassin méditerranéen. Sa musique se réclame du minimalisme, il fait aussi appel aux mélodies modales et aux structures répétitives.



Au programme figurent, entre autres, sa brève Lamentatio (Intro), sa Lamentatio, plus développée, sa Mort de Didon (Dido’s Death), arrangée par Nicolas Lambert d’après Dido and Aeneas de Henry Purcell (1659-1695) sur le texte de Nahum Tate (1652-1715), chantée Soraya Berent selon la mode interprétative actuelle, soutenue par quelques instruments, vraiment aux antipodes de l’émotion suscitée par l’Opéra de Purcell dans cet Air particulièrement émouvant et si prenant. L’atmosphère de blues se dégage de la pièce la plus élaborée : Mapi blues de Joël Musy (né à Lausanne en 1968), musicien de jazz professionnel, auteur de La Charmeuse de serpent. Figurent en

Ce disque réalisé par le trio de musiciens Filidh Ruadh (« Le barde roux ») comprenant la franco-britannique Isabelle Watson (chant, bodrhan — tambour irlandais —, sifflet), Christiane Rupp (chant, professeur de harpe celtique) et Nikita Pfister (professeur de tympanon et d’accordéons diatoniques, bodrhan, chef et fondateur du Loch Léman Ceilidh Band — orchestre de bal helvético-écossais) ainsi que trois invités.

Le programme propose une sélection de ballades gaéliques et d’airs traditionnels d’hier et d’aujourd’hui. Il s’agit d’un hommage aux bardes et poètes écossais ayant, dans leurs ballades, traduit la « beauté sauvage et évoqué  l’histoire mouvementée et émouvante de leur pays ».

L’enregistrement a été réalisé à Glenfinnan, village écossais au pied de la splendide montagne éponyme. Parmi les auteurs figurent Donald John MacDonald (1919-1986), Robert Burns (1759-1796) — le « Barde de l’Ayrshire » — ainsi que Neil Gow (1727-1807), violoniste et compositeur. Les thèmes évoqués au fil des 21 plages concernent, entre autres, une chanson de marin rentré sain et sauf après un voyage tempétueux à bord du Lurgainn, une chanson d’amour pleine de tendresse d’un poète souhaitant

Les Wiener Symphoniker (orchestre) occupent une place prépondérante dans la vie musicale viennoise et sont, depuis la fin du XIXe siècle, à l’origine de nombreuses créations (Anton Bruckner, Richard. Strauss, Arnold Schönberg). Ils ont été dirigés notamment par Bruno Walter, Richard Strauss, Wilhelm Furtwängler et, plus récemment, par Herbert von Karajan (1950-1960) et Wolfgang Sawallisch (1960-1970). Depuis 2014, leur chef est le suisse Philippe Jordan. En 1994, il est admis au Conservatoire de Zurich et obtient le diplôme de professeur de piano. Après avoir été maître de chapelle au Théâtre d’Ulm, il assiste Daniel Barenboïm à l’Opéra Unter den Linden de Berlin, puis s’impose sur le plan international.

Il est depuis 2009 directeur musical de l'Opéra national de Paris. En 2014-15, il enregistre ses versions de la Symphonie inachevée en si mineur (D 759) et de la Symphonie n°9 (8 selon le disque) en Do majeur (D 944) — appelée « La Grande » — de Franz Schubert (1797-1828).
La composition de l’Inachevée, commencée le 30 octobre 1822, a donné lieu à de nombreux commentaires. Elle comprend deux mouvements : Allegro moderato à 3/4,

Depuis un certain temps, les éditeurs de disques proposent une meilleure approche de timbres particuliers et de paysages sonores variés avec, parfois, des associations instrumentales insolites ou la présentation de toute une famille d’instruments (cf. notre recension du CD : No parking. Bruno Bonansea & Nicolas Nageotte (clarinettes), TRITON).
Le présent CD fait la part belle à la viola d’amore (seule), à la viola d’amore associée à la guitare et à l’alto. La viole d’amour, instrument en principe à 7 cordes frottées — dont 2 vibrant par sympathie — apparaissant vers le milieu du XVIIe siècle, sera ensuite privilégiée notamment par Jean Sébastien Bach. La guitare est un instrument à cordes pincées avec caisse de résonance. Enfin, l’alto est un instrument à cordes frottées plus grave que le violon.



Ce choix de Concerti en 3 ou 4 mouvements est illustré par des œuvres d’Antonio Vivaldi (1678-1741) et de Christoph Graupner (1683-1760) interprétées par Donald Maurice (viole d’amour), Jane Curry (guitare), Marcin Murawski (alto) et l’Orkiestra Ars Longa, tous placés sous la solide direction d’Eugeniusz Dabrowski.

Fritz Spengler, célèbre contreténor allemand, a regroupé 9 Airs très connus de Haendel, deux œuvres de Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680), ainsi que 4 nouveaux Airs d’Adam Krieger (1634-1666). Il est soutenu par Christian Voss (violon baroque et viole d’amour) et l’Ensemble Contrapunctus. Cette réalisation du Label Kanglogo, à l’initiative de RONDEAU PRODUCTION, datant de 2017, donne un aperçu de l’esthétique de l’air baroque — religieux et profane — cultivé en Allemagne par Haendel et ses prédécesseurs.


Johann Heinrich Schmelzer (autrichien né en 1623, mort à Prague en 1680) a été membre de la Chapelle royale à Vienne, puis vice-maître de chapelle et ensuite maître de chapelle de Léopold Ier. Lors de la peste en 1680, il s’est installé à Prague. En 1668, il a composé son ballet : Musikalische Fechtschul qui évoque en musique l’école d’escrime. Il comprend deux Airs (pétillants et bien scandés, suivis de deux brèves danses : Sarabande et Curente, puis du ballet proprement dit, descriptif et percutant (coups d’épée), et se termine par un Air misant sur l’émotion. (Il s’agit d’airs sans paroles).

L’organiste Matthias Grünert, souvent présenté dans la Lettre d’information, a eu l’excellente idée de reconstituer et d’interpréter le programme que J. S. Bach — chargé d’inspecter le nouvel Orgue Gottfried Silbermann (1683-1753) à la célèbre Frauenkirche de Dresde — y avait joué le 1er décembre 1736. Il s’agit donc d’un document historique (à partir de recherches d’archives), non plus interprété au nouvel orgue d’alors, mais à celui de la manufacture alsacienne Kern et Fils, après la reconstruction de l’édifice détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.


Selon toute vraisemblance, les œuvres ont dû retentir en ce lieu, il y a 280 ans, sous les doigts du Cantor de Leipzig. Elles ne sont plus à présenter aux mélomanes et amis de l’orgue : Toccata et Fugue en ré mineur (BWV 538), si souvent galvaudée ; Sonata n°3 dans la même tonalité (BWV 527), œuvre redoutable, ainsi que le Prélude de choral (Choralvorspiel) Allein Gott in der Höh sei Ehr (BWV 663) ou encore quelques chorals provenant du Recueil de Schübler (BWV 645-650). À noter une pièce rarement enregistrée : l’Aria (BWV 988.1) extraite des célèbres Variations Goldberg. Bach était un hôte à la Frauenkirche ; Matthias Grünert, le dynamique cantor et

Ludwig van Beethoven (1770-1827) s’est lancé très tôt dans la musique de chambre, notamment avec ses 3 Quatuors avec piano (WoO 36). Dans l’esprit du concerto de chambre, le piano est accompagné par un trio à cordes. Il s’agit d’œuvres précoces composées en 1785 et publiées post mortem en 1832 à Vienne. Ces Quatuors sont très différents des Trios de la maturité.
Le Milander Quartet comprend Milana Chernyavska (piano), Lisa Schatzmann (violon), Alexander Moshnenko (alto) et Beni Santora (violoncelle) — ou Rupert Buchner dans le 1er Quatuor de l’op. 36. Ils interprètent les 3 Quatuors avec piano (WO 36, 1785) respectivement en Do Majeur (n°3 — en fait chronologiquement le premier —), en Ré Majeur (n°2) et en Mi b Majeur (n°1), structurés selon la tradition (entre autres mozartienne) en 3 mouvements contrastés. Cette équipe devra résoudre le problème de l’équilibre entre les 4 instrumentistes et le rapport entre les cordes et le clavier, ce qui sera définitivement réalisé dans les Trios avec piano composés vers la fin de sa vie.

La relation artistique, fondée sur une mutuelle amitié, entre Pierre Boulez et Daniel Barenboim restera l'une des plus fructueuses de la fin du XX ème siècle et du début du XXI ème. Leur première rencontre se situe à Berlin en 1964, dans la toute nouvelle Philharmonie, alors que le jeune pianiste irsaélien interprète le 1er concerto de Bartók sous la direction du maitre français qui lui-même fait ses premiers pas à la direction d'orchestre. Depuis lors combien de projets en commun, par exemple lorsque Barenboim, alors directeur musical de l'Orchestre de Paris, passe commande à Boulez de « Notations pour orchestre », puis à Chicago, Salzbourg... Jusqu'à cette collaboration avec le West-Eastern Divan Orchestra, l'orchestre israélo-palestinien fondé par Barenboim et Edward Said, que le chef français dirigera à plusieurs reprises à partir de 2007.

Ultime hommage : la construction, à Berlin, de la « Pierre Boulez Saal », la salle modulable au cadre intime dont rêvait Boulez pour Paris, et inaugurée en mars dernier. Une salle en ellipse sur les plans de l'architecte Frank Gehry, située sur la Französischestrasse... à deux pas du Theater unter den Linden. Le présent album résume les

Grâce aux efforts de la Fondation Bru Zane, Fernand de La Tombelle (1854-1928) sort de l'ombre, du moins pour ce qui est de ses mélodies. Ce compositeur prolifique et atypique, ami de Théodore Dubois et de Camille Saint-Saëns, qui fut aussi poète, chroniqueur, photographe et peintre, s'est, entre autres, illustré dans le répertoire chambriste et a écrit de nombreuses mélodies tout au long de sa carrière, dont le cycle « Pages d'amour » en 1912. Si elles furent essentiellement chantées dans les salons musicaux de l'époque, dont celui de son épouse, femme de lettres, en son hôtel particulier à Paris et dans sa propriété à Fayrac en Périgord, elles n'en demeurent pas moins de parfaites illustrations d'un style musical romantique français tardif qui tient sa place parmi ses contemporains.

De La Tombelle se tint en effet à distance à la fois du wagnérisme envahissant ambiant et de la modernité assumée d'un Debussy, revendiquant farouchement son indépendance. Puisant chez Victor Hugo (« Hier au soir »), Lamartine (« Ischia »), Théophile Gautier (« Les Papillons », « Promenade nocturne ») ou encore Beaumarchais (« Couplets de Chérubin »), il s'adresse aussi à des auteurs de son époque, quelque peu oubliés aujourd'hui, tels La Boétie (« Sonnet ») ou André Theuriet (« Ballade »).

Le programme de ce disque, concocté par Gidon Kremer, est centré sur le Deuxième Trio élégiaque op. 9 de Rachmaninov (1894). Sous-titré « A la mémoire d'un grand artiste », l'œuvre est née de l'immense admiration du compositeur pour son aîné Tchaïkovski et de l'émotion intense causée par sa disparition en 1893. La partie de piano, traitée avec égards, est toujours mise en avant. Une grande tristesse baigne l'œuvre au fil de ses trois mouvements. Ainsi de la plainte abyssale qui ouvre le moderato, qui va crescendo, violon et violoncelle s'épanchant à l'unisson sur un lamento du piano. Rapidement vient une section plus animée, allegro vivace, où la ton de confession se fait plus tendu, conduisant à un flot virtuose. Mais la coda reviendra à un tempo plus serein, comme l'expression d'une douleur insondable exprimée aux deux cordes de nouveau à l'unisson.

Le « Quasi variazione », qui n'est pas sans rappeler le mouvement identique du Trio avec piano de Tchaïkovski, est basé sur un thème que Rachmaninov a emprunté à son poème symphonique « Le Rocher », et énoncé par le piano. Suivent huit variations, chacune traitée de manière originale dans des univers sonores très différents,

Serge Rachmaninov était un pianiste virtuose. Cela se ressent dans son écriture. Ses trois concertos pour piano agissent tel un aimant tant vis à vis des interprètes que du public. Il était immanquable que la fougueuse Khatia Buniatishvili se lance dans l'aventure. Là où on s'attendait à des débordements, il semble bien que la dame se soit assagie. Le Deuxième concerto op. 18 que Rachmaninov complète en 1901, après une longue crise dépressive, reste sans doute le plus joué et aimé du public. On en a aussi utilisé servilement bien des thèmes au cinéma et ailleurs, celui de l'adagio en particulier. C'est le prototype du grand concerto romantique finissant. Le premier mouvement découvre un monde onirique depuis ses sombres grands accords détachés du piano crescendo introduisant quelque tourbillon sonore, pour un concentré de tension dramatique et de lyrisme presque voluptueux.

À l'opulence orchestrale fait écho la virtuosité tellurique du clavier. Buniatishvili et Järvi jouent les changements de climat extrêmes et l'on perçoit une volonté commune de ne pas « faire trop virtuose ». De même la rêverie qu'est l'adagio sostenuto avec son thème mémorable initié à la flûte est justement hors de tout sentimentalisme. Si le

Le genre du piano à quatre mains émaille la production schubertienne depuis 1810, avec une première Fantaisie, jusqu'à 1828, année où vont éclore plusieurs pièces majeures. Jouer de la sorte – et Schubert lui-même y excellait - passait à l'époque pour une des meilleures manières de savourer le temps de la compagnie entre amis et plus encore la communion dans la musique. Andreas Staier et Alexander Melnikov se sont concentrés sur les pièces tardives. Et d'abord la Fantasie op. 103, D. 940 en fa mineur. Son thème initial inquiet, fragile, distille une infinie tristesse. Il reviendra en boucle au fil d'une pièce que caractérise son architecture libre : un seul et vaste mouvement divisé en quatre sections ; en fait, une sorte d'impromptu.

Ses climats différents traduisent le parcours d'un ''Wanderer'' solitaire et nostalgique. D'après ses amis, Schubert rend hommage à celle qui restera son « amour idéal », sa jeune élève la comtesse Caroline Esterhàzy. Le moment le plus étonnant reste la troisième partie, allegro vivace, sorte de scherzo engageant, plein de verve, et son trio marqué « con delicatezza », L'œuvre s'achève par un vaste développement fugué à l'ampleur presque orchestrale, jusqu'à ce silence qui précède le retour du thème d'une

Poursuivant l'exploration de territoires peu labourés, Les Vents Français abordent des pièces de Beethoven rarement jouées. Elle appartiennent aux années de jeunesse, partagées entre Bonn et Vienne, alors que le compositeur était influencé par la musique d'harmonie si en vogue à l'époque. Il bénéficiait des conseils de Joseph Haydn et était impressionné par la virtuosité de musiciens tels le clarinettiste Anton Stadler, le corniste Jan Vaclav Stich, dit Giovanni Punto, ou encore les hautboïstes Johann, Franz et Philipp Teimer. Le Trio WoO 37 pour piano, flûte et basson remonte à 1786 – Beethoven a seize ans -, mais publié op. posthume, voit le clavier mener la danse quoique l'écriture pour les deux bois soit habile, en particulier le joyeux babil de la flûte dans l'allegro initial. Au fil d'un adagio mélancolique, flûte et basson se partagent la mélodie tandis que le piano renforce ce dialogue original.

Le finale, enchainé après une belle pirouette de la flûte, offre la première série de variations composées par Beethoven ; un thème clair ouvre la voie à sept variations mettant en valeur l'un ou l'autre des trois partenaires avant qu'ils ne s'unissent dans la dernière pour une fin en apothéose. Le Trio op. 87, de 1795, originellement pour

La pratique du concerto chez Telemann (1681-1767) s'avère d'une extrême richesse dans sa variété, procédant sans doute de bien des influences italiennes, de Corelli, de Torelli et bien sûr de Vivaldi, mais aussi des français dont il admirait la manière calquée sur la danse. Les œuvres enregistrées sur le présent disque se situent entre les années 1710 et 1720. Outre la diversité des instruments solistes choisis et leurs combinaisons pour le moins originales souvent, on est frappé par l'inventivité sans fin de la thématique. Il s'agit de pièces démonstratives pour les solistes réunis et visant à mêler des atmosphères différentes, comme l'intimisme lié à la musique de chambre et l'opulence de ce qui était destiné à des exécutions publiques, le cas échéant à l'extérieur même de toute salle de concert.

D'où la singularité de pièces dont l'effectif instrumental est distribué de manière différentiée selon les mouvements. Ainsi du concerto TWV 54:D3 pour trois trompettes, timbales, deux hautbois, cordes et basse continue qui démarre dans son « Intrada-Grave », sur les fanfares des trompettes et timbales, puis s'alanguit au fil d'un largo où se distinguent les hautbois. Il en va de même du concerto TWV 53:h1 pour deux flûtes et calchedon (sorte de luth), bâti sur le schéma quadripartite lent-vif-lent-vif, et

Philippe Jaroussky réalise un rêve : créer un mini opéra imaginaire centré sur l'histoire d'Orfeo, en empruntant à trois compositeurs qui l'ont célébrée, chacun dans leur œuvre éponyme, à des périodes différentes du Seicento : Claudio Monteverdi (Mantoue, 1607), Luigi Rossi (Paris, 1647) et Antonio Sartorio (Venise, 1672). «  Une cantate à deux voix et chœur, recentrée sur les seuls personnages d'Orphée et d'Eurydice », précise le chanteur. Pour un concentré dramatique de la trame bien connue, et alors que chacun des trois compositeurs, avec son style propre, met plus spécifiquement l'accent sur un moment différent de celle-ci. Les enchainements imaginés ici se révèlent particulièrement judicieux dramatiquement et musicalement.

On passe sans solution de continuité, mais dans le souci du déroulement de l'histoire bien connue d'Orphée, de l'un à l'autre au fil de solos, duos ou interventions du chœur. Surtout il est fascinant de constater l'évolution du langage musical et l'importance des changements stylistiques entre ces trois musiciens du XVII ème siècle italien : Monteverdi qui réalise à l'opéra une synthèse poético-dramatique parfaite à partir de la composante pastorale et apporte un faste instrumental jusqu'alors inconnu ; Rossi

Voici un disque qui présente nombre d’œuvres de musique de chambre, à l’exception du quatuor à cordes Ainsi la nuit, composées par Henri Dutilleux (1916-2013) tout au long de sa période créatrice étendue sur plus de soixante ans, de 1942 à 2010. Ne boudons pas notre plaisir à l’écoute de ces quelques œuvres de jeunesse, quatre pièces (Sarabande et cortège pour basson et piano, Sonatine pour flûte et piano, Sonate pour hautbois et piano, Choral, cadence et fugato pour trombone et piano) que le compositeur renia par la suite au point de demander qu’on les retirât de son catalogue car ne correspondant pas véritablement à « sa » musique. Des pièces de concours, certes, empreintes d’une indéniable fraicheur et interprétées ici par des musiciens prestigieux comme Nora Cismondi (hautbois), Emmanuel Curt (percussions), Alexis Descharmes (violoncelle), Mathieu Dupouy (clavecin), Fany Maselli (basson), Magali Mosnier (flûte), Jonathan Reith (trombone), Axel Salles (contrebasse) et Sébastien Vichard (piano).

S’y ajoutent des compositions plus tardives, non apocryphes celles-là, comme les Trois Strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle solo et Les Citations, dyptique pour

Après le succès de son premier album (« Russian Impulse ») la jeune pianiste Fanny Azzuro nous présente, ici, son second opus discographique sous le titre un peu abscons « 1905 Impressions ». Un titre mystérieux sous lequel se cachent bien des merveilles et un programme d’une belle cohérence associant Ravel, Debussy et Albéniz pour des œuvres toutes contemporaines, datant de 1905, marquant un début de siècle riche en bouleversements artistiques, et notamment musicaux, où les compositeurs suggèrent un foisonnement d’images et de correspondances entre musique et peinture sans pour autant faire allégeance au pouvoir de la représentation (Impressionnisme).

Miroirs (Noctuelles, Oiseaux tristes, Une barque sur l’océan, Alborada del gracioso et La Vallée des cloches) de Maurice Ravel nous fait pénétrer sur le versant caché de la vraie médaille et nous donne à saisir l’insaisissable. Cinq pièces où Ravel déploie toute son originalité, expression de l’âme, peinture d’atmosphère faite de fluidité, de rêve, de tristesse, de balancement, mais aussi d’humour, de tragique ou de sérénité. Le premier livre d’Images de Claude Debussy (Reflets dans l’eau, Hommage à Rameau,

Un disque superbe du clarinettiste français Patrick Messina, associé au pianiste Fabrizio Chiovetta et pour quelques pièces à l’altiste Pierre Lenert. Un enregistrement qui reprend tous les incontournables du répertoire schumannien pour la clarinette (Drei Romanzen op. 94, Fantasiestücke op. 73, Marchenerzählungen op. 132) auxquels s’ajoutent des pièces moins connues comme les Drei Romanzen op. 22 composées par Clara et dédiées au violoniste Joseph Joachim, ainsi que trois pièces résultant de transcriptions à partir des Pièces à quatre mains pour petits et grands enfants (Trauer op. 86 n° 6 et Abenlied op. 85 n° 12) ou encore de Lied comme In der Nacht op. 74 n° 4. Un CD magnifique où la prouesse technique (rondeur de la sonorité, legato, souplesse de la ligne, complicité et équilibre) le dispute à la qualité superlative de l’interprétation capable de rendre toutes les facettes de la personnalité complexe de Robert Schumann.

Les Trois Romances de l’opus 94, datant de 1849, offertes en cadeau de Noël à Clara figurent les temps heureux dans un climat toutefois teinté de mélancolie, de candeur enfantine et d’élan romantique, ce clair obscur caractéristique à travers lequel semble filtrer une indicible inquiétude qu’on retrouvera par instants dans les

Comme le titre de cet album ne l’indique pas, le programme de cet enregistrement comprend en fait les deux quintettes pour clarinette et quatuor à cordes de Mozart (K. 581) et de Weber (Op. 34). Deux pièces majeures et incontournables du répertoire de tout clarinettiste. Pièces célèbres, certes, dont les versions de référence ne manquent pas, c’est dire le niveau d’excellence qu’un tel enregistrement présuppose…Pari audacieux mais pari parfaitement réussi pour le clarinettiste français Pierre Génisson associé pour l’occasion au Quartet 212 composé de solistes du Metropolitan Opera de New York. Si le premier album de Pierre Genisson en compagnie de David Bismuth au piano (« Made in France ») avait recueilli tous les suffrages dans le répertoire français (Debussy, Chausson, Saint-Saëns, Poulenc, Massenet), il ne fait pas de doute que celui-ci récoltera les mêmes louanges tant la profondeur et la finesse de l’interprétation le dispute à la virtuosité et à la facilité technique.

Il n’est pas nécessaire de rappeler, ici, les liens familiaux unissant les deux compositeurs avec toutefois une génération de décalage, l’un appartenant à la fin de l’époque classique, l’autre au début du Romantisme. Deux compositions bien différentes, profonde, pure, lumineuse et intime pour Mozart, sans doute plus théâtrale, exubérante,

Un disque d’une particulière force expressive que cette Passio Secundum Johannem, probablement composée par Alessandro Scarlatti en 1685 à Naples, où le drame se joue tant par la voix (déclamation et le contraste des tessitures) que par le jeu des instruments entretenant le pathos. Pour cet enregistrement Leonardo García Alarcón a intercalé, avec pertinence entre les différents numéros de cette Passion, des Responsori per la Settimana Santa du même Scarlatti, sous forme de méditations du Chœur, dont l’analogie stylistique frappante avec la Passion, témoigne de la contemporanéité des deux œuvres. Un disque parfaitement maitrisé au plan musical, tant vocalement (Giuseppina Bridelli dans le rôle de l’Evangéliste, Salvo Vitale dans celui du Christ, ainsi que le Chœur de Namur sont, ici, remarquables) qu’instrumentalement. Une interprétation ardente et sobre, une belle prise de son et un livret didactique ajoutent au succès de cet album. Que demander de mieux ?