Les Abendmusiken (Musiques du soir) ont été fondées en 1673 par Franz TUNDER (1614-1667), depuis 1641 organiste titulaire à la célèbre Marienkirche de Lubeck. Elles avaient lieu d’abord le jeudi, puis les 2e, 3e et 4e dimanches du temps liturgique de l’Avent. Destinées aux marchands et négociants qui transitaient par cette ville hanséatique pour se rendre à la Bourse de Hambourg, elles étaient soutenues par les riches bourgeois et d’abord dévolues à la musique d’orgue. Toutefois, Dietrich BUXTEHUDE (v. 1637-1707), successeur de Fr. Tunder, les transformera en cycles de Cantates qui sont, en fait, à l’origine des concerts avec oratorios, passions, cantates. Cette institution s’est maintenue jusqu’en 1810 et sa réputation dépassera largement la ville de Lubeck.

Pour son second disque sous le Label MUSO, l’Ensemble Stravaganza, spécialisé dans le répertoire baroque — comprenant Domitille Gilon (violon, direction), Louis Creac’h (viole), Robin Phato (basse de viole), Vincent Maurice (théorbe), Thomas Soltani (clavecin et direction) et Chloé Sévère (orgue) — a retenu la formule instrumentale des

Abendmusiken. Il utilise des instruments anciens (ou copies) et interprète 4 Sonates et une Partita. Ces œuvres sont non seulement marquées par le contrepoint d’Allemagne du Nord, mais encore influencées par le Stile nuovo italien. D. BUXTEHUDE (né vers 1637 à Oldesloe dans le Holstein et mort en 1707 à Lubeck, — fils d’organiste —, titulaire à la Marienkirche de Lubeck) se taille la part du lion, avec ses Sonates en Do majeur (BuxWV 266) et en sol mineur (BuxWV 271).

Parmi les autres révélations du programme, figurent la brève Sonata duplex a 3 de Johann THEILE (né en 1646 à Naumburg et mort en 1724 dans cette ville, juriste, chanteur, violiste, élève de Heinrich Schütz, professeur et maître de chapelle à la Cour de Wolfenbüttel, puis de Mersebourg) ; la Sonata quinta en Si b Majeur de Philipp Heinrich ERLEBACH (baptisé en 1657 et mort en 1714 à Rudolstadt, en Thuringe, maître de chapelle à la Cour de Rudolstadt, ayant quelque peu subi l’influence française — œuvres perdues : Oratorios, Cantates, Motets… —) ; et l’Hortus musicus IV en ré mineur (publié en 1687), plus développé et imprégné du stylus phantasticus, de Johann Adam REINCKEN (baptisé en 1643 à Deventer et mort en 1722, organiste de Ste Catherine à Hambourg, ami de D. Buxtehude et ayant influencé J. S. Bach). Avec ce disque original, l’Ensemble Stravaganza confirme ses qualités : exceptionnelle sonorité, lignes mélodiques intenses et remarquable paysage sonore.
Édith Weber
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