Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils), a obtenu de nombreuses partitions.

Après Songs 1 (cf. LI 120, juin 2018), ce Volume 2 présente 17 mélodies profanes et 3 chants spirituels de ce compositeur particulièrement inventif. Il est introduit par deux œuvres d’orgue : Romanza (op. 2) et une transcription de sa Lamentation : Tu ne peux pas savoir combien je suis misérable, interprétées par l’organiste bien connu, Stanislaw Diwiszek. Les mélodies suivantes sont centrées sur le thème de l’amour, suscitant présence ou absence, énergie ou désespoir. Le lyrisme émane des textes concernant Le printemps (1925) après la froidure de l’hiver, ou encore Les Chrysanthèmes (1924). Le titre Triolet V (1925) traduit la confession d’un homme profondément touché et passionné par la présence d’une fille. En revanche, un autre Triolet, composé l’année suivante, relate l’histoire d’un amant, « histoire qui ne fut

qu’un rêve ». Avec l’image d’une figurine chinoise, le compositeur représente un homme qui n’arrive pas à rejoindre sa bien-aimée. À noter 3 pièces spirituelles : une Invocation (d’après une prière remontant au IIIe siècle, comme le précise le livret) ; l’Annonciation (1922), selon le texte biblique bien connu, concernant la visite de l’ange à Marie ; et Bénie, vision mystique décrivant, au ciel, la salutation de l’Archange à Marie : Ave Maria.

Lyrisme, amour, mysticisme sont vivement ressentis par les interprètes Anna Barska (soprano), Jacek Szponarski (ténor), Robert Kaczorowski (baryton), accompagnés par les pianistes Anna Mikolon et Margaryta Nagaieva. Comme le Label polonais ACTE PRÉALABLE, ils sont soucieux de révéler — ici en premier enregistrement mondial — la musique de leur pays. À défaut de comprendre le sens des paroles polonaises, les discophiles apprécieront à leur juste valeur les voix ainsi que la diversité du langage et des paysages sonores cultivés par J. GABLENZ.
Édith Weber
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