Klaus WÜSTHOFF (né en 1922), fait prisonnier de guerre par l’armée russe, a pu bénéficier durant sa captivité de l’enseignement du contrepoint grâce à Hans Vogt. À sa libération, il a pu entreprendre des études à Berlin, entre autres auprès du compositeur Boris Blacher (1903-1975).

Die Schelde (L’Escaut), composé en 1956 pour une compétition à Radio Bruxelles, rend un joyeux hommage au fleuve prenant sa source en France, traversant la Belgique et se jetant dans la Mer du Nord à Flessingue (Pays-Bas). Cette œuvre de caractère descriptif, toujours en mouvement, comprend 3 parties : Ouverture : Trajet sur l’Escaut ; Nocturne : Clair de lune et Rondo. Finale : Anvers, page tonitruante. Les auditeurs s’y sentiront ballottés.



Son Poème symphonique : Die Regentrude — pour narratrice et orchestre — est une parabole et un avertissement concernant la responsabilité du changement climatique, thème d’actualité s’il en est... Écrit à l’âge de 95 ans par Klaus WÜSTHOFF (né en 1922), il s’agit, en fait, d’une nouvelle version d’un Ballet datant de la fin des années 1960 et reposant sur le récit éponyme du romancier, poète et novelliste allemand, Theodor Storm (1817-1888). Elle a été créée le 27 janvier 2018 par le

l’Orchestre de l’État de Brandebourg (Francfort), dirigé par Ulrich Kern.

L’actrice Martine Gödeck, formée à l’Université des Arts de Berlin, a fait ses débuts au Théâtre de Francfort et pris part à de nombreux films et émissions de télévision. Son excellente diction et son timbre agréable servent admirablement le récit (toujours à découvert). Le texte, vivement ressenti, relate un été particulièrement chaud et sec, où les rues du village sont vides. La narration est illustrée par des épisodes orchestraux créant l’atmosphère. L’action met en scène un pompier, la terrible sécheresse, Andrees et Maren qui cherchent à sortir la Regentrude de son sommeil…, enfin la découverte du secret permettant la reverdie de la nature. Le compositeur s’inspire de la technique du Leitmotiv wagnérien. Le thème principal solennel (12 mesures) est confié aux cuivres. L’écriture instrumentale est souple et très vivace. Cette œuvre se réclame d’un romantisme tardif et associe tradition et modernité. Le chef Ulrich Kern, né à Stuttgart, a étudié au Conservatoire de sa ville natale et à Weimar, encouragé notamment par Bernard Haitink. Il a fait ses débuts à Mayence, au Théâtre d’État, puis à l’Opéra de Kiel. À Görlitz, il exerce les fonctions de premier maître de chapelle puis remplace le directeur général de la musique au Théâtre de cette ville. Sa carrière internationale l’a amené aux États-Unis, en Corée du Sud et en Russie.

À la suite du compositeur et de l’auteur, chef, narratrice et orchestre se sont investis dans la défense de la nature. Une curiosité rafraîchissante…
Édith Weber