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Catégorie : CDs&DVDs

Cyril Pallaud, professeur agrégé, docteur en musicologie, chef d’orchestre, chef de chœur, brillant organiste, s’est spécialisé entre autres dans la facture d’orgue alsacienne et la musique baroque (Schola Cantorum de Bâle), et s’intéresse tout particulièrement à l’œuvre de Georg MUFFAT (1653-1704). Il enseigne depuis 2017 à Strasbourg. Pour interpréter ses Toccatas, il a retenu à juste titre l’orgue Jaque Besançon (1773) en l’Église Saint-Michel à Sierentz (Haut-Rhin) : instrument historique à deux claviers (Grand Orgue, Positif) et pédalier (avec quelques éléments anciens des facteurs Silbermann et Calinet, accordé au diapason 392 Hz). Il a été restauré en 2014 par la Manufacture Jean-Christian Guerrier.



Georg MUFFAT, baptisé à Megève en 1653, est mort à Passau (Bavière) en 1704. Après ses études à Paris, auprès de J.-B. Lully qui lui a enseigné « le style instrumental français », il s’installe à Molsheim et quittera l’Alsace lors de la Guerre franco-autrichienne pour s’établir à Vienne où, en 1678, il est organiste, puis à Salzbourg et ensuite à Passau, au service du Prince-Évêque. Savoyard de naissance, il se déclare « Allemand ». (Dans son Florilegium I, il stipule en effet : « chez nous, Allemands »).



Il a composé notamment des Sonates instrumentales, des Suites orchestrales, des Concerti grossi… et des ouvrages didactiques, dont l’APPARATUS MUSICO-ORGANISTICUS, datant de 1690, est dédié à Léopold Ier (1640-1705), Empereur du Saint Empire Romain Germanique. Ses 12 Toccatas, pages de virtuosité, sont destinées aux mélomanes « pour leur ravissement tout particulier » (zu derer Musikliebenden sonderbarer Ergötzlichkeit). Elles ont une finalité didactique, notamment pour l’apprentissage de l’ornementation (trilles, tremblements, appoggiatures…) et exigent donc une solide maîtrise technique (traits, accords plaqués…). G. MUFFAT précise, dans son Avant-Propos, qu’il a été influencé notamment par les Toccatas de Girolamo Frescobaldi (1583-1643) et marqué par d’autres compositeurs italiens (Bernardo Pasquini, Arcangelo Corelli et Alessandro Corelli) ; français (Jean-Baptiste Lully), allemands (Johann Jakob Froberger) et autrichien (Heinrich Ignaz Biber).

La forme Toccata permet à l’interprète de se mettre en valeur, ce qui est le cas de Cyril Pallaud qui observe fidèlement les indications de G. Muffat (changements de mesures, contrastes de tempi…). Il est impossible de détailler les 12 Toccatas — « sommet absolu d’invention et de créativité baroque » — ; elles sont magistralement restituées. Une vraie leçon de style.
Édith Weber