Les discophiles et, en particulier, les pianistes seront ravis de pouvoir écouter à nouveau des enregistrements de Blanche Selva (1884-1942) parus chez Columbia en 1929 et 1930 (78 t/m) et récemment remasterisés grâce à l’heureuse initiative d’Yvette Carbou, directrice du Label FY & du Solstice. Après de minutieuses recherches à la Discothèque de Radio France, auprès de l’Association Blanche Selva et de son Président Guy Selva, elle a admirablement réussi à faire revivre cette grande pianiste de la première moitié du XXe siècle.

Plusieurs méthodes avaient alors cours en France, celle de Marie Jaëll (1846-1925) qui, avec des moyens techniques diamétralement opposés, obtenait, à l’audition, une qualité sonore comparable à celle de Blanche Selva mais, à la vue, si différentes dans leurs gestiques respectives (cf. photo de sa main, technique du poignet et du poids, p. 13) ou encore les ouvrages de technique et de virtuosité (Isidor Philipp, Alfred Cortot…). Blanche Selva a consigné ce travail mental et corporel dans son Enseignement musical de la technique du piano (rédigé entre 1915 et 1925).



La pianiste était très appréciée entre autres par Vincent d’Indy qui l’a nommée, alors âgée de 18 ans, professeur à la Schola Cantorum, où elle enseigna pendant une vingtaine d’années. Puis elle effectua de nombreuses tournées de concert, avant de s’installer en 1925 à Barcelone, où elle formera un duo exceptionnel avec le violoniste virtuose, Joan Massia. Chassée par la Guerre civile en Espagne, elle reviendra en France. Elle meurt à Saint-Amant-Tallende en 1942.

Elle a consacré ces deux enregistrements à ses maîtres de prédilection : Jean Sébastien BACH : Partita n°1 en Si b Majeur, BWV 825 particulièrement transparente, avec un jeu très précis et une remarquable agilité digitale, (Paris, 4. 5. 1929) ; dans l’Adagio ma non tanto de la Sonate en mi mineur (BWV 1023) pour violon (Paris, 3. 1. 29), elle l’accompagne avec discrétion et sensibilité ; Ludwig van BEETHOVEN : Sonate n°5 en Fa majeur op. 24 « Le Printemps », (1929-30) dans lequel elle s’impose par son jeu perlé et son soutien précis du violon. César FRANCK : Prélude, Choral et Fugue (Madrid, 1930) où elle fait preuve de sa grande maîtrise technique et de son incomparable sonorité ; dans la Sonate en La majeur (Madrid, 1930), elle est en parfaite connivence avec Joan Massia. Une attention toute particulière doit être accordée à 3 œuvres typiques de Déodat de SÉVERAC (1872-1921) : Baigneuse au soleil, Les muletiers devant le Christ de Llivia, Vers le mas en fête (En Languedoc), pièce plus impressionniste (Paris, 1929). Ce coffret révèle aussi la Sardana extraite de la Sonate en ut mineur de Julien GARRETA (1875-1925), compositeur catalan.

Soit — grâce à cette émouvante remasterisation — un total de 8 œuvres et 4 compositeurs, presque deux heures d’audition. Vraie illustration sonore et interprétative de l’enseignement et de la technique si particulière de Blanche Selva.
Édith Weber