Michel Paul Guy de Chabanon (1731-1792) est non seulement un homme de lettres, mais encore un mélomane, violoniste et compositeur accomplis. Le CD joint à la Revue ci-dessus illustre cet aspect complémentaire grâce au concours d’Elisa Barbessi (clavecin et pianoforte) et de Stephan Dudermel (violon). Ils ont sélectionné trois instruments historiques : Clavecin de Marco Brighenti (Parme), copie du clavecin Taskin (1765) ; Pianoforte réalisé par le facteur Jean Bascou, accordé au Tempérament de Jean Le Rond d’Alembert ; Violon de David Ayache (Montpellier), copie d’Amati, avec Archet de Michel Proulix (Montpellier) d’après John Dodd (v. 1780).

Données pour le plaisir dans des salons et mentionnées notamment dans le Mercure de France et l’Almanach musical, ses Sonates pour clavecin à deux claviers ou pianoforte avec parfois accompagnement de violon (et non l’inverse) ont été composées entre 1770 et 1785 : il y a donc une parfaite correspondance chronologique entre la musique et les instruments. M. P. G. de Chabanon y exploite la forme sonate au sens étymologique consistant à « sonner ». Elles sont structurées en deux mouvements contrastants (lent/vif) ou en trois (avec mouvement lent central). Les instrumentistes y trouveront des indications relatives à l’atmosphère (Gratioso,

Amoroso) ou aux tempi (Sans lenteur, Un peu lent…). Pour clavecin seul, figurent les Sonates 1, 2 (la plus élaborée, faisant appel à la virtuosité) et 3 ; pour piano-forte et violon, la Sonate 17 qui se prête davantage aux épanchements préromantiques. Enfin, le Duo tripartite, bien enlevé dans l’Allegro ma poco, se fait plus intériorisé dans l’Adagio ; il se termine avec grâce dans l’Allegro molto. Les interprètes déploient tous leurs talents au service de cette musique d’agrément.

Lecture et audition s’enrichissent mutuellement ; l’aspect historique est complété par le contexte sonore. Ce disque démontre le talent et l’originalité de cet honnête homme de lettres, violoniste et compositeur : un vrai modèle de publication.
Édith Weber