« Sous le signe de BACH » : en fait tout un programme d’adaptations pour piano d’œuvres prévues pour un autre instrument et interprétées avec passion et émotion par Corinne Kloska, pianiste lauréate de plusieurs Concours internationaux.

Le Cantor de Leipzig est présent avec des transcriptions de Ferruccio Busoni (1866-1924), remarquable pianiste et habile arrangeur, par exemple de 3 Chorals à l’origine pour orgue : Nun komm, der Heiden Heiland (BWV 659), extrait des 18 Chorals de Leipzig, pour le temps de l’Avent d’après l’Hymne Veni Redemptor gentium (Saint Ambroise de Milan, v. 386), paraphrase allemande de Martin Luther (1524) ; Herr Gott, nun schleuss den Himmel auf (BWV 617), prière à l’approche de la mort et aspiration au repos éternel, sur le texte de Tobias Kiel et la mélodie de Michael Altenburg (1620) figurant dans le Cantional de Gotha (1646) ; Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ (BWV 639), invocation au Christ, sur le texte de Johann Agricola et la mélodie (Haguenau, v. 1525) parue dans le Recueil de Wittenberg (1529). Les mélomanes retrouveront ces mélodies bien connues interprétées au piano dans le respect de l’œuvre initiale. Il en est de même pour les fragments de la Partita n°2 en ré mineur

(BWV 1041) conçue pour le violon.

Corinne Kloska propose encore, tout en retenue, la transcription de Franz Liszt (1811-1886) du Prélude et Fugue n°1 (BWV 543) provenant du Clavier bien tempéré et l’apaisante Paraphrase du Choral en Do# majeur par Alexander Siloti (1863-1945), pianiste russe, compositeur et chef d’orchestre. À noter que, selon le dernier état de la recherche, le Choral Bist du bei mir par Éliane Richepin (1910-1999) — pianiste titulaire de plusieurs premiers Prix du CNSM — n’est pas de J. S. Bach, mais de Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) récemment redécouvert en France.

Dans son Prélude, Choral et Fugue (pour piano), César Franck (1822-1890) se souvient de la structure tripartite de J. S. Bach et introduit un choral central. Cette œuvre de la maturité composée en 1884 et créée en janvier 1885, — quelque peu romantique avec un thème cyclique — exige une grande virtuosité, un sens solide de la construction et de la mise en valeur de plans sonores diversifiés. Au Piano 218 Fazioli convenant parfaitement à ce répertoire, Corinne Kloska use d’une large palette de couleurs et fait preuve d’une grande intelligence dans l’interprétation d’œuvres si variées. Elle a signé une convaincante illustration de l’art de la transcription et relancé des retrouvailles mélodiques très bienvenues.
Édith Weber