BLOCH. KORNGOLD. Ophélie Gaillard, violoncelle. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dir. James Judd. Sirba Octet menbers. 1 CD Aparté : AP 142. TT : 69’.

Ernest Bloch (1880-1959) et Eric Wolfgang Korngold (1897-1957) deux compositeurs exilés, ayant dû fuir l’Europe du fait de leur judéité, deux voix étouffées par la montée du nazisme, dont les oeuvres longtemps méconnues du grand public semblent susciter de nos jours un regain d’intérêt totalement justifié par leur qualité musicale indiscutable. D’Ernest Bloch, Ophélie Gaillard nous présente deux oeuvres bien différentes Schelomo, « Rhapsodie hébraïque » et De la vie juive (Prière, Supplication, Chant juif et Danse de mariage). Schelomo fut composée en 1916 et s’inspire du personnage de Salomon comme décrit dans l’Ecclésiaste.

Une partition aux sonorités luxuriantes et orientalisantes, requérant une grande virtuosité de la part du soliste, comme de l’orchestre. De la vie juive (1924) initialement pour violoncelle et piano, transcrite ici pour clarinette, cymbalum et contrebasse, est à l’inverse toute empreinte de spiritualité, ces différents chants s’élevant comme une prière où se mêlent les voix de la clarinette et du violoncelle, deux instruments reconnus pour leur vocalité proche de la voix humaine. Bien dissemblables également les deux oeuvres de Korngold. Le Concerto pour violoncelle en un mouvement (1946) qui emprunte ses thèmes à la musique de film hollywoodienne (Deception) dont Korngold fut en son temps un des grands maitres. Tendu, concentré, il s’oppose à la Chanson de Pierrot, extraite de l’opéra Die Tote Stadt (1919) lyrique et méditative. Se rajoutent à ce copieux programme l’Ouverture sur des thèmes juifs pour clarinette, cordes et piano (1919) de Sergeï Prokofiev, de genèse bien distincte puisque résultant d’une commande de l’ensemble juif Zimo à New-York et s’appuyant sur des thèmes traditionnels juifs appartenant au répertoire klezmer. Magnifique répertoire klezmer dont on rapprochera, non pas l’émouvante Berceuse « Sarah chante une berceuse au petit Isaac » de la chanteuse yddish Chava Albertstein, mais plutôt l’endiablé Freilechs revisité par le clarinettiste Giora Feidmann où la clarinette et le violoncelle sont rois. Une très belle façon de conclure avec joie ce superbe album où Ophélie Gaillard confirme son exceptionnel talent, faisant montre de toutes les facettes techniques et expressives de son instrument, formidablement entourée par l’orchestre de Monte-Carlo et le Sirba Octet. Émouvant et jubilatoire.