1CD DIVOX ANTIQUA (www.divox.com). CDX79805. TT : 74’ 04.

Dans sa Série Orgues historiques, le Label DIVOX ANTIQUA présente l’instrument de l’Église Sant’Andrea in Riva à Trévise, accordé en tempérament inégal, comprenant un clavier manuel de 45 notes avec première octave courte, et pédalier avec — parmi les jeux rares — un tambour (tamburo). Il est incliné en forme de pupitre de 17 notes, accouplé au clavier. Cet Orgue, de la Manufacture Callido typique de l’esthétique vénitienne, a été restauré en 1982-1983.

Dans sa Série L’héritage frescobaldien, l’organiste Andrea Marcon a — pour son Volume 2 — regroupé des pièces de compositeurs d’origine allemande, italienne, française, anglaise, espagnole du XVIIe siècle. Ce programme cosmopolite illustre des formes baroques traditionnelles : Toccata, Fugue, Passacaille, Fantaisie, Canzon, Caprice, Intonation et, pour l’Angleterre : Voluntary.



Les 18 œuvres révèlent l’influence de Girolamo Frescobaldi (1583-1643) notamment sur ses élèves comme Johann Jakob Froberger (1616-1667) — qui a séjourné à Rome, Dresde et Paris — son souci de la variation, son exploitation du contrepoint, de la technique des diminutions et du chromatisme. Pour sa Toccata pour l’Élévation, il s’est inspiré de l’œuvre éponyme de son maître et pratique certaines audaces harmoniques. La Toccata VI de Georges Muffat (1653-1704), d’origine savoyarde ayant séjourné à Paris, en Alsace, à Vienne, Prague et Salzbourg, résume l’influence à la fois française, italienne et allemande (style homophonique et homorythmique, contrepoint plus élaboré, imitation annonçant le nouveau style). Johann Kaspar Kerll (1627-1693) est représenté par sa Passacaglia à confronter avec celle d’Alessandro Poglietti, son contemporain mort en 1683 qui — comme le signale Gian Franco Ferrara — « est une paraphrase de la Passacaille de Frescobaldi ». Parmi les formes moins cultivées figure le Caprice sur le sujet de sa fugue 2ème de François Roberday (1624-1680). John Blow (1649-1708) et Henry Purcell (1659-1695) cultivent la forme typiquement anglaise du voluntary ; le premier, dans le Voluntary II, emprunte les 9 premières mesures de la Toccata XII du Premier Livre de Frescobaldi.

En spécialiste de la musique italienne, le remarquable organiste Andrea Marcon, professeur d’orgue et de clavecin à la Schola Cantorum de Bâle et au Conservatoire Sweelinck d’Amsterdam, fait ici montre d’un jeu clair et précis. Il exploite judicieusement les possibilités de registration de cet instrument « à découvrir », maîtrise toutes les difficultés techniques et se joue des particularités compositionnelles de ce programme cosmopolite dans le sillage de Frescobaldi. De nombreux Prix lui ont été décernés, entre autres celui de la Critique allemande de disques et un Diapason d’Or (pour le présent CD, déjà ancien) : un programme en or.
Édith Weber