Wolfgang Amadeus MOZART : Sérénade KV 360 Gran Partita.  Alban BERG : Concerto de chambre pour 13 instruments à vent, piano et violon.  Mitsuko Uchida, piano, Christian Tetzlaff, violon. Ensemble Intercontemporain, dir. Pierre Boulez.  Decca : 478 0316. TT : 80’18.

Il peut paraître singulier de rapprocher la Sérénade Gran Partita de Mozart du Concerto de chambre de Berg ; encore que les deux pièces requièrent le même nombre d'instruments, treize, et à vent dans les deux cas, outre un piano et un violon chez Berg ; comme improbable de voir Pierre Boulez diriger Mozart – ce qu’il fit pourtant à Salzbourg, l’été 2006, dans cette même œuvre. Il y a selon lui, une même culture du chant et de la mélodie chez ces deux musiciens de théâtre, et dans les variations créées par l'un et l'autre « la même richesse, la même prolifération d'idées ». Dans la Sérénade l'accent est mis sur les contrastes de climat et les combinaisons de timbres. Voilà un Mozart en pleine lumière (menuetto décidé), sans afféterie (adagios au

tempo proche d'un andante), d'une exubérance certaine au final. Avec le Kammerkonzert, Berg à la fois regarde vers un monde nouveau et jette un ultime regard en arrière. La composition savante qui fait intervenir le piano au 1er mouvement, le violon au deuxième, et les deux à parts égales au final, n'est pas si ésotérique qu'il y paraît. La matière du Thème et variations initial est riche mais claire. L'adagio offre des pages inspirées et un ample lyrisme malgré la densité de la texture. Le rondo ritmico qui voit enfin les deux solistes côte à côte, d'une redoutable complexité, évoque un continuum cinématographique, pour se résumer dans un pianissimo. Les vents de l'Ensemble Intercontemporain, la pianiste et le violoniste établissent ce délicat équilibre entre masses sonores pour en préserver la transparence, voire les effets théâtraux. La confrontation des deux pièces s'avère plus que judicieuse