« Amoureuses ». Mozart, Haydn, Gluck : airs extraits d’opéras.  Patricia Petibon, soprano.  Concerto Köln, dir. Daniel Harding. Universal/DG : 00289 477 468. TT : 68'39.

La femme amoureuse est au cœur de l’art opératique. Belle idée que d’avoir rapproché trois compositeurs de l’époque classique qui lui ont dédiée des pages mémorables. Elle est d’abord tragédienne : la désespérée Giunia de Lucio Silla, là où la vocalise est une composante de l'approche dramatique et non pure prouesse technique ; la tragique Iphigénie à laquelle Gluck prête les plus nobles accents ; la magicienne Armide de Gluck encore, froide et calculatrice - un festin de choix pour l'interprète, dévorée de passion comme la chanteuse ici, jusqu'à émettre un son presque vampirisé.  Les affects d'Armide sont aussi traités par Haydn dans une aria d'une grande agitation. On retrouve encore l’épouse éplorée chez Euridice (L'anima del filosofo), ou

les émois de la première rencontre amoureuse de Silvia dans L’Isola Disabitata de Haydn.  Elle peut aussi revêtir des habits comiques, tel le travesti Volpino de Lo Speziale de Haydn, sorte de mamamouchi cocasse. Elle est encore douce ou rouée, chez Mozart, dans Les Noces, telle Barbarina et Susanna dont les deux airs du IIIe acte sont ici judicieusement rapprochés. Ce sont les diverses facettes d'un art vocal façonné à l’école de deux maîtres du style, Harnoncourt et Christie, que prodigue Patricia Petibon.  Outre des vocalises séraphiques, ce florilège d'airs montre une voix parée d'une nouvelle intensité, pour une « approche dramaturgique » dit-elle, et un chant tout sauf d’« une beauté lisse ». De fait, le deuxième air de la Reine de la Nuit est quasi un aria di furore.