« Un frisson francais » : un siècle de mélodies françaises.  Susan Graham, mezzo-soprano ; Malcom Martineau, piano. Onyx : 4030. TT :77'34.

Voici un disque qui sort vraiment de l'ordinaire : une anthologie de mélodies françaises présentant 22 compositeurs, dont quelques oubliés (Caplet, Bachelet, Paladilhe), représentés chacun par une seule pièce. Elle est conçue en cinq parties : les pères fondateurs cultivant la ligne musicale plus que le rythme (Au rossignol de Gounod) ; les postromantiques où priment la couleur vocale et le discours pianistique (Les cigales de Chabrier) au service d'atmosphères nocturnes parfumées, et qui n'évitent pas le caractère opératique (Duparc : Au pays où l'on fait la guerre) ; l'avènement du siècle nouveau, réaction contre la manière romantique, par le dépouillement du style (Le Paon de Ravel ) ou la modernité de l’harmonie (Messiaen : La fiançée perdue) ; le

retour au passé, sur le thème de l'enfance, qui voit éclore les styles les plus divergents, diversement traités, du pastiche (À Chloris de Hahn) à la parodie (La souris d’Angleterre de Rosenthal). Le récital se conclut par le mélodrame de Poulenc, La Dame de Monte-Carlo, sur un texte de Cocteau, modèle de ce qu’est l'art de la mélodie française, une « fusion si agréable et séduisante de poésie et de musique » souligne le pianiste. Faculté d'adaptation à des compositions si diverses, intelligence du texte, goût sûr pour l’inflexion gallique, suprême distinction caractérisent l'approche de Susan Graham. Ces compliments, on peut aussi les adresser au pianiste. Un étonnant récital vraiment.