des faits dramatiques : arrestation par la police française (15 février 1942), remise aux forces d’occupation allemandes (23 mars), transfert au Fort de Romainville (24 août), enregistrement à la Gare d’Auschwitz sous le matricule 31655 (26 janvier 1943). À Birkenau, étant dentiste, elle fait preuve d’une solidarité indéfectible vis-à-vis de ses compagnes en les sauvant de la mort mais, en avril, l’épidémie de typhus est particulièrement mortelle, elle meurt le 9 mai 1943. C’est cette trame si dramatique que traduit Joanna Bruzdowicz dans son langage d’avant-garde révélant — avec une intensité peu commune — la triste réalité, le drame et toute l’horreur des camps de concentration. La compositrice considère sa partition presque comme un opéra, et l’importance du texte conditionna un chœur de voix de femmes et deux solistes, à l’instar des voix dans les tragédies grecques. Les instruments à cordes, le hautbois et la percussion accompagnent la souffrance de femmes exprimée en paroles par des accords profonds, tenus, simples. Les « voix off » en allemand, préenregistrées, accompagnent l’ensemble en accentuant l’atmosphère d’effroi et d’oppression. L’oratorio commence par la narration de l’histoire ponctuée énergiquement à la percussion, soutenue par le quatuor à cordes, évoquant l’atrocité de la situation irréversible, encore renforcée par les accents implacables du chœur. Il est interprété par le NeoQuartet (quatuor à cordes) et, dans le rôle titre, la mezzo-soprano Liliana Gorska ainsi que la chorale française Osmose (3 sopranos et 3 mezzo-sopranos). En son temps, le critique Antoine Goléa avait — à propos de Johanna Bruzdowicz — déjà relevé « …un extraordinaire talent musical et dramatique. Une musique naturelle et en même temps extraordinairement sophistiquée. Un langage musical inhabituellement intéressant. » Les discophiles seront très impressionnés par les effets sonores : à écouter absolument par devoir de mémoire et avec émotion.