Le programme particulièrement diversifié comprend des pièces assez descriptives composées par Marcel Cominotto (né en 1956) : Les Tombeaux d'Alexandre (2011), s'inspirant quelque peu d'Alexandre Scriabine, page très développée, très personnelle, interprétée au piano par le compositeur, dans laquelle la virtuosité et la dynamique sont associées à l'émotion. Dans Storia per corno (2013), il fait explorer au corniste Francis Orval « l'univers particulier des micro-intervalles naturels au sein d'un propos narratif », s'écartant ainsi « de la normalisation imposée par le tempérament » dans le cadre de la musique tonale. À la recherche de F… [Fa] (1981), écrite pour le clarinettiste basse Jean-Pierre Peuvion, créée en 2006, nécessite une maîtrise technique éblouissante, comme d'ailleurs Marcel Cominotto le souligne : « Effrayante de difficulté, elle explore tous les registres de l'instrument. Mais elle relate aussi un combat intérieur d'une profonde humanité entre plaintes, douleurs, révoltes et cris de désespoir… La recherche n'aboutit qu'à la dernière note : le Fa medium, son qui n'est jamais vraiment présent auparavant… ». Espaces improbables pour violoncelle, dédiés à son professeur et ami Henri Pousseur, créés en mai 2009 par Sébastien Walnier, est une « invitation au voyage dans un monde étrange où certains modes en quarts de ton font perdre les repères habituels, voyage aux confins de l'espace sonore de ce bel instrument qu'est le violoncelle. On y médite, on s'y rebelle, on y grince des dents, on s'y emporte, passionnément parfois… puis on y retrouve la paix reposante et tellement douce » : c'est bien ce que traduit le remarquable violoncelliste qui utilise un instrument de Giovanni Grancino (1699). Antithesis, œuvre de concours de jeunes instrumentistes (2007), doit « répondre à un cahier des charges bien précis : durée… niveau de difficulté à ne pas surpasser… être adaptable à l'ensemble des bois et y introduire quelques passages d'improvisation ». « Le matériau musical comprend trois climats musicaux : un motif incantatoire assez récurrent, des parties improvisées forcément peu prévisibles mais, de par leur contenu générateur, assez éclatées et enfin un motif d'inspiration grégorienne qui invite à la méditation » : contrat bien rempli par V. Alpaerts. Dans Mutations… pour orgue (2011), de « contenu à la fois brillant, virtuose et expressif, des grandes Toccatas de J. S. Bach », Marcel Cominotto préconise « l'expression triomphante ». Le langage est assez particulier : « les dissonances harmoniques y créent un scintillement à la fois tonique et inquiétant, alors que la mélodie s'y oppose, empreinte d'une certaine mélancolie. » Cette opposition va animer le discours… : « d'un côté, un personnage assez tendre, à l'esprit rêveur ; de l'autre, un individu plus espiègle et frondeur. Ce dernier semble progressivement s'imposer et atteindre son apogée dans une fugue d'une extrême densité ! » « Par après, pourtant, il laissera l'autre personnage le tendre, le mélancolique, s'exprimer à nouveau. Mais cet individu est un obstiné ! Il reviendra donc à la charge pour enflammer le dialogue. C'est alors le retour du propos initial encore plus tendu au niveau de la registration » minutieusement assurée par deux personnes. « Toutefois… il est pris de doute et perd son arrogance, comme résigné… ». Edward Vanmarsenille est tout à fait à la hauteur des exigences techniques et expressives de cette redoutable partition. Quant à Marcel Cominotto, par ses œuvres si originales, il s'impose comme « l'un des plus brillants représentants de l'école belge contemporaine ».