à travers ses quatre mouvements, une sonorité pleine dans une structure ferme, chevauchée animée, chant monotone marqué par une progression exacerbée, course effrénée, évocatrice, dans la lignée des scherzos romantiques, et finale animé, offrant une étonnante variété de climats. La Petite suite facile, op. 28 (1940), est la première œuvre que Goué écrira en captivité, ayant été fait prisonnier dans un Stalag du nord de l'Allemagne, dont il ne sera libéré qu'en 1945. Si la manière est plus avenante, le ton n'en est pas moins intense. «  Ce n'est pas un amuseur. Ce n'est pas, même, un adroit charmeur » dira de lui, Charles Koechlin (in Contrepoints, 1946) qui fut un de ses maîtres. Enfin, le Quintette pour piano et cordes, complété en 1944, dans des conditions plus que difficiles, signe une des plus fascinantes partitions de ce musicien atypique. Plus que toute autre, il met en avant le monothématisme, au cœur de la manière d'Émile Goué, qui s'attache à construire l'œuvre à partir d'un seul thème dont procèdent tous ses dérivés, au fil de multiples combinaisons : « soit horizontalement, par extrapolation ou déformation du thème générateur, ou soit verticalement, les thèmes secondaires étant obtenus en tant que contre-sujets », précise le musicologue Damien Top. Il émane de cette pièce d'envergure un souffle quasi architectural s'imposant dès le premier mouvement, « très modéré », lequel s'ouvre par un thème d'allure atonale, curieusement chez un maitre épris de tonalité. Le geste se fait ample et serré, progression haletante, sans cesse recommencée. Le mouvement « lent » figure une grande et intense digression des cordes, dans laquelle le piano inscrit sa cantilène affirmée. Les climax sont rythmés par celui-ci. Le rondo final, directement enchaîné, propose un jeu de rythmes, là encore arbitré par un piano quelque peu déjanté. L'interprétation du Quatuor Joachim et du pianiste Olivier Chauzu est empreinte d'une belle maîtrise étreignant la vie intérieure qui irise une pièce d'une force rare.