Formé sur le tas, il sera encouragé par Albert Roussel et Charles Koechlin. L'association du Festival international Albert-Roussel et les éditions Azur classical tirent peu à peu de l'ombre sa riche production. Après la Sonate pour violon et piano, les quatuors, le quintette (Cf. NL de 1/2014) voici, pour ce troisième volume, d'autres pièces non moins passionnantes. A propos desquelles s'applique si bien le mot de Koechlin « c'est infiniment sérieux, âpre souvent, étrange même, parfois assez austère, tragique aussi ». Car l'écriture de Goué, si elle reste ancrée dans la tonalité, l'élargit en des harmonies denses et complexes. Le Trio à cordes op. 22, de 1939, déploie une belle veine mélodique et une sûre architecture. Débutant par un presto, à la verve digne du style de Roussel, il offre un adagio dont le parcours mélodieux s'inscrit dans une rythmique assurée, ce qui lui confère une étonnante résonance grave, mais nullement triste. L'allegro final, sur un rythme de tarentelle, distille une joie sans mélange, celle d'un air populaire. Le Sextuor à cordes op. 33, écrit en 1942, durant la longue période de captivité du musicien au nord de l'Allemagne, s'avère plus charnu et laisse percevoir les sentiments partagés du musicien durant cette période difficile. Une introduction lente prélude à un mouvement vivement rythmé. Une profonde cantilène rompt ce climat enjoué pour des accents presque lugubres. Ce climat semble perdurer dans le deuxième mouvement « très animé ». Le sens de l'urgence ne laisse pas beaucoup d'espoir quant à la désolation qui parcourt ces pages. Le thème du « Lent » est tiré du Poème symphonique de 1933 : la thématique est là encore résolument sombre, aux altos notamment, mais empreinte d'une vraie délicatesse. Le finale, « vif », est comme un manifeste d'espoir. Le Duo pour violon et piano op. 34, de 1943, qui s'inscrit dans un genre déjà expérimenté par Ravel et Honegger, se signale par une vraie osmose entre les deux instruments, au fil de ses trois mouvements, « animé », «  très lent », belle médiation, et « très vif », dégageant quelque optimisme en l'existence. Le CD présente une autre composition pour violon et piano, inédite : « Fleurs mortes », de 1934, évoquant comme la nostalgie des souvenirs d'enfance dans ses deux séquences, la première au balancement typiquement gallique, la seconde au parfum de comptine populaire. Enfin, les « Trois Mélodies pour voix et quatuor à cordes » op. 36, de 1943, de tonalité automnales, sont écrites sur des textes de Jean de La Ville de Mirmont et de Rainer Maria Rilke. La mélodie isolée « L'Amitié », sur un texte de Christiane Delmas (1935) offre pareil climat austère. Les solistes de l'Orchestre du MET de New-York et le ténor Damien Top apportent leur talent pour nous faire découvrir ces compositions.