Aleksandra GARBAL : Mysterious Garden of 20th and 21st Century’s Miniatures. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), AP0416. 2018. TT : 78’ 15.

La pianiste, claveciniste, organiste, soprano et théoricienne polonaise, Aleksandra Garbal (née en 1970) est également compositrice. Cette réalisation, en premier enregistrement mondial, témoigne de sa polyvalence compositionnelle : musique vocale, œuvres pour : piano (1997/2010), saxophone alto et piano (2011), clarinette (1994/2009, Incantation pour clarinette solo), marimba (1997), flûte (2005/2016), violoncelle (2010) — poignant Recitativo e Arioso per violoncello solo à la mémoire des victimes de l’accident d’avion à Smolensk, traduisant ses sentiments personnels de solitude et d’impuissance face à cette tragédie — ; soprano, baryton et piano (2014), et aussi orgue (2017). Elle cultive les formes traditionnelles : Préludes pour piano (2011-13), Valse (2013), Toccata Sursum corda-Habemus ad Dominum pour orgue (2017), où se manifeste sa joie de vivre et sa vision mystique du monde. Ces Miniatures s’insérant dans la longue tradition du folklore polonais, et témoignant de l’attachement de la musicienne à son pays et à sa langue, sont émaillées de nombreuses réflexions sur l’existence. Compositrice polonaise gagnant à être connue (et reconnue).
Édith Weber

Jozef WIENIAWSKI : Complete Vocal Works. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP0410. TT : 72’ 37.

Jozef Wienawski, pianiste, pédagogue et compositeur polonais, est né en 1837 à Lublin où, après une première formation, il étudie le piano au Conservatoire de Paris avec Antoine François Marmontel et Charles-Valentin Alkan, et la composition avec Félix Le Couppey, puis la théorie musicale à Berlin. À Paris, il rencontre Rossini, Gounod, Berlioz et deviendra l’un des artistes favoris de Napoléon III. Après avoir enseigné au Conservatoire de Moscou, il s’installe à Bruxelles où il meurt en 1912. Bien que très apprécié de son temps, il est quand même tombé dans l’oubli, et c’est le mérite de Jan A. Jarnicki d’avoir relancé son œuvre vocale en polonais et allemand, sur les thèmes : amour, matin, nature et mois de mars, de mai, alouette et oiseaux… (d’après V. Hugo, H. Heine, J. W. von Goethe, entre autres). Cinq solistes et le Chœur de l’Académie Sztuki de Stettin placés sous la direction autorisée de Barbara Halec permettent enfin de redécouvrir son œuvre vocale empreinte de sensibilité et de sentimentalité.
Édith Weber

Constance Heller - Gerold Huber : Lieder von Hans SOMMER. SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ). SM 281. TT : 63’ 02.

L’enregistrement des Lieder de Hans SOMMER (1837-1922) est réalisé par la mezzo-soprano Constance Heller (née à Laufen, en Bavière) qui, après ses études au Mozarteum de Salzbourg, devenue Master of Art, a fait ses débuts à l’Opéra dans le rôle de La Muse (Contes d’Hoffmann) et se produit sur le plan international tant dans les salles d’opéra que de concert. Elle est accompagnée au piano par Gerold Huber (né à Munich), élève en piano au Conservatoire de Munich et ayant bénéficié, à Berlin, des cours de Lieder de Dietrich Fischer-Dieskau. Accompagnateur souvent sollicité, sa discographie est impressionnante. Depuis 2013, il est professeur d’accompagnement au Conservatoire de Wurzbourg.

Henri MARTEAU : Entdeckung eines Romantikers (Découverte d’un romantique) vol. 2.SOLO MUSICA (www.solo-musica.de ). SM 263. 2017. TT : 53’ 17.

La vie et la carrière de Henri MARTEAU (1874-1934) — né à Reims d’un père français et d’une mère allemande, résidant en Allemagne, ballotté entre deux pays et, victime de l’antagonisme franco-allemand, finalement naturalisé suédois, parfaitement bilingue et biculturel — sont tributaires des aléas de l’histoire. Grand voyageur, ami de Max Reger, successeur du célèbre violoniste Joseph Joachim, il se situe dans la mouvance romantique tant par ses choix de textes que par son style musical.

Sports et divertissements Erik SATIE… et autres musicodrames. GALLO (www.gallo.com). CD 1507. 2017. TT : 39’ 05.

Sports et divertissements (texte et musique) révèlent un des divers aspects de l’inspiration protéiforme d’Érik Satie (1866-1925) en 20 miniatures : d’un côté, le yachting, le golf, le tennis… ; de l’autre, la comédie italienne, le carnaval, le feu d’artifice. Les paroles sont déjà musique. Ces pages sont destinées aux théâtres d’alors.

Dominique Michel (voix, comédienne), formée au Conservatoire National d’Art Dramatique et professeur invitée au CNSMD de Lyon, et Thierry Ravassard, pianiste et chef de chant dans ce même Conservatoire, authentiques spécialistes du Musicodrame, s’investissent pleinement dans ce climat d’insouciance régnant avant 1914. Ils interprètent également Histoire (Jacques Prévert) et la musique d’Alphonse Stallaert (1920-1995), chef d’orchestre et compositeur néerlandais influencé notamment par Arthur Honegger. Selon Marion Navone, cette œuvre figure parmi les « exemples les plus significatifs du musicodrame du XXe siècle. Le piano agit en véritable comédien… il devient tour à tour un cœur qui bat, des mains qui s’ouvrent en larges arpèges, une romance de printemps ou encore la pesanteur en accords minimalistes et brutaux d’un homme baignant dans son sang. » Descriptions réalistes correspondant aux quatre parties : Cœur de docker ; Le fusillé ; On frappe ; Adrien.

Ji WON SONG, José GALLARDO : MOZART-BEETHOVEN. KLANGLOGO (www.klanglogo.de ) (www.rondeau.de ).KL1523. 2018. TT : 69’ 13.

Lauréate du 9e Concours international de violon Leopold Mozart, qui a eu lieu en 2016 à Augsbourg, Ji Won Song, violoniste sud-coréenne née à Séoul, prouve à la fois ses qualités de concertiste virtuose et de partenaire avisée en musique de chambre. Elle s’est imposée très tôt sur la scène internationale : en Chine, en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis. José Gallardo, pianiste brésilien né à Buenos Aires, a fait ses études dans sa ville natale, puis à l’Université de Mayence. Concertiste invité par de nombreux Festivals internationaux, il a enseigné à Mayence, puis au Centre Leopold Mozart (Université d’Augsbourg). Le nom du père de Wolfgang Amadeus plane sur l’interprétation violonistique, conformément à son ouvrage didactique : Versuch einer gründlichen Violinschule (1756). Leur programme s’échelonne de W. A. MOZART à Fritz KREISLER (1875-1962), en passant par Ludwig van BEETHOVEN et Pablo de SARASATE (1844-1908), d’horizons divers mais associés par des emprunts thématiques d’une part à Mozart (Flûte enchantée) et d’autre part à Beethoven.

Charles BORDES : Œuvres basques. 2 CD : Disque 1 : François-René Duchâble, Olivier Laville, Ensemble Hélios ; Disque 2 : Ensemble Hélios. CHANTELOUP (www.chanteloup-music.org ). CMDOO9. 2018. TT : 62’ 52 ; 26’ 38.

Atavisme, folklore, couleurs locales, traditions régionales servent indubitablement d’inspiration aux poètes et compositeurs. C’est le cas, entre autres, de Charles BORDES (1863-1909), l’un des fondateurs de la Schola Cantorum (Paris), ardent défenseur des folklores français et espagnol.

Le contenu de cet album est totalement basque. Il comprend la Suite basque (op. 6), en sa transcription d’Ernest Chausson (1855-1899) pour piano à 4 mains, en 4 mouvements : I. Prélude, II. Intermezzo, III. Paysage, IV. Pordon Dantza (danse des bâtons), objet du CD 1 et — en version originale pour flûte, 2 violons, alto et violoncelle — (CD 2) : Rhapsodie basque pour piano et orchestre (op. 9), présentée dans l’adaptation de Gustave Samazeuilh, la partie d’orchestre étant réduite au second piano. Euskal Herria (musique de fête pour accompagner une partie de paume au Pays basque [français]), ainsi que Dix Danses, marches et cortèges populaire du Pays basque espagnol, interprétées par l’excellent pianiste François-René Duchâble.

Christmas Cantatas. HOMILIUS, STÖLZEL… Deutschlandfunk et CPO (Classic Produktion Osnabrück). CPO 555 052 - 2. 2016. TT : 67’ 40.

Hanna Herfurtner (soprano), Carola Günther (alto), Georg Poplutz (ténor), Raimonds Spogis (basse) et la Kölner Akademie, tous placés sous la baguette énergique et alerte de Michael Alexander Willens, interprètent avec entrain et dynamisme 5 Cantates de Noël qui — en marge de l’imagerie traditionnelle pour la Nativité — sortent des sentiers battus. Ce disque permettra de découvrir : de Gottfried August HOMILIUS (1715-1785) : Erhöhet die Tore der Welt (Ouvrez haut les portes du monde), évoquant la gloire du Christ ; de Johann Heinrich STÖLZEL (1690-1749) commençant à être mieux connu en France : Kündlich gross ist das gottselige Geheimnis (concernant le mystère divin) ; de Johann Heinrich ROLLE (1716-1785) : Siehe, Finsternis bedecket das Erdreich (Voici, les ténèbres recouvrent la terre), se terminant par la jubilation des anges, et Jauchze, du Tochter Zion (Toi, fille de Sion, exulte), relatif à l’accueil d’Emmanuel ; enfin, de Christoph FÖRSTER (1693-1745) : Ehre sei Gott in der Höhe (Gloire à Dieu au plus haut des cieux). Les mélomanes reconnaîtront aussi quelques Chorals conclusifs bien connus, par exemple : Ich lag in tiefer Todesnacht ; Sei mir willkommen, edler Gast. De quoi varier agréablement le répertoire et recréer autrement l’atmosphère de Noël.
Édith Weber

Jerzy GABLENZ : Songs 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ). AP 0419. 2018. TT : 78’ 10.

Jerzy Gablenz — né à Cracovie, le 23 janvier 1888, dans une famille de musiciens, disparu lors d’un tragique accident d’avion, le 11 novembre 1937 — a retenu l’attention de Jan A. Jarnicki qui, grâce à Tomaz Gablenz (son fils) a obtenu de nombreuses partitions. (cf. Lettre d’information n°119, avril 2018, concernant le CD Piano and Chamber Works). Le Label polonais Acte Préalable vient de lancer une série concernant ses Songs (Chants) accompagnés par sa pianiste attitrée Anna Mikolon (piano) qui interprète également en solo 4 Bagatelles pour piano (op. 1, n°1) — mettant en valeur les oppositions de mouvements : Moderato, Vivo, Andantino triste et Tempo di valse — et 2 de l’op. 8, 2 Morceaux pour piano (op. 3 : Mélodie et Menuet), 3 Improvisations pour piano (op. 1, n°4) et 2 Esquisses « Es war einmal » (Il était une fois…), de caractère triste, puis rêveur ; toutes ces pièces s’imposent par la clarté de leur structure.

BEETHOVEN : Symphonies 4/5. Wiener Philharmoniker. Dir. : Philippe Jordan. WIENER SYMPHONIKER (www.wienersymphoniker.at ). WS 014 . 2017. TT : 66’ 25.

Les nostalgiques des critères traditionnels d’interprétation — s’interrogeant sur le dilemme : orchestre symphonique du XIXe siècle ou orchestre « de poche » (de chambre) — pourront confronter les deux conceptions différentes de Peter Stangel (cf. recension supra) et de Philippe Jordan. Autrement dit : d’un côté, le modeste Taschen Philharmoniker Orchester ; de l’autre : les imposants Wiener Symphoniker, orchestre fondé en 1900 par Ferdinand Löwe, entre autres dirigé par Herbert von Karajan... Se produisant dans le monde entier, il est actuellement placé sous la baguette du chef suisse Philippe Jordan (né à Zurich en 1974), le fils d’Armin Jordan. Il a fait partie des Zürcher Sängerknaben (Petits Chanteurs de Zurich), obtenu le diplôme de professeur de piano décerné par le Conservatoire de sa ville natale. Il a été successivement maître de chapelle et assistant au Théâtre d’Ulm et de Daniel Barenboïm à l’Opéra de Berlin, puis directeur musical de l’Opéra et de l’Orchestre Philharmonique de Graz jusqu’en 2004. Il est très sollicité sur le plan international.

BEETHOVEN : Revisited Symphonies 1-9. Taschenphilharmonie Orchester (Orchestre Philharmonique de poche), direction Peter Stangel. Edition Taschen Philharmonie (www.die-taschenphilharmonie.de ) ETP 010. 6 CD. 2017.

Aussi inattendue qu’instructive, cette version des 9 Symphonies de BEETHOVEN conçue par Peter Stangel pour un orchestre très réduit (« de poche ») propose une nouvelle approche, une nouvelle écoute, une autre compréhension au bénéfice de la transparence : autrement dit une re-découverte en première mondiale. Le « plus petit orchestre au monde », fondé en 2006 par Peter Stangel, son chef actuel, réunit entre 12 et 19 musiciens, ce qui permet de conférer une très grande clarté à l’audition et de percevoir autrement ces Symphonies souvent galvaudées. Enregistrées entre 2012 et 2017, leur écoute exige une adaptation et un ajustement de l’oreille.

BACH : Himmelfahrtsoratorium (BWV 11) et deux Cantates. RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ). ROP 6154. 2018. TT : 61’ 11.

Moins souvent interprété que l’Oratorio de Noël, celui de l’Ascension (Himmelfahrt) vient d’être enregistré pour le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION, par le Chœur de chambre Gutenberg (Mayence) et le Neumeyer Consort (instruments historiques), placés sous la direction de Felix Koch, en une version pleine de vitalité grâce à l’enthousiasme des interprètes et aux trompettes et timbales.

La Prière, un film de Cédric KAHN (Bande originale). JADE (www.jade-music.net ). 699 903-2. 2018. AP 174. TT : 31’ 30.

Les Éditions JADE ont lancé une démarche très originale consistant à associer au film de Cédric Kahn un disque interprété par des comédiens recréant l’atmosphère du film, le dénominateur commun étant La Prière (titre de la bande originale du film).

Le scénario est simple : le protagoniste, Thomas (22 ans) — pour échapper à la dépendance — rejoint une communauté d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il y découvre l’amitié, la règle, le travail, la foi. Comme l’affirme Cédric Kahn : « Le chant et les témoignages sont les piliers de la thérapie. Dans la maison, les garçons chantent tout le temps, en chapelle, après le repas, au coin du feu… Ils n’ont droit à aucune distraction : ni musique, ni journaux. L’esprit ne doit jamais être oisif pour éviter de penser à la drogue. En dehors du travail, ils prient et ils chantent. » Leur répertoire comprend des hymnes bien connues, par exemple : Veni Sancte Spiritus (Pentecôte), des chants mariaux (Je vous salue, Marie ; Salve Regina), des prières (Prends pitié, le Notre Père (Jacques Berthier)).

Faire interpréter des chants par des acteurs (et non des chanteurs professionnels) pourrait sembler une gageure. Toutefois, par leur ferveur communicative, ils ont signé une leçon de morale tout à fait d’actualité.
Édith Weber

Cosmopolitan MENDELSSOHN KLANGLOGO (www.rondeau.de ), KL 1522. 2018. TT : 59’ 20.

Actuellement, certains labels (allemands, français) confèrent à leurs productions un titre suggestif figurant à côté de la mention du compositeur. C’est ainsi que l’Orchestre de Chambre Mendelssohn (Leipzig) et son chef Peter Bruns proposent, sous le signe du cosmopolitisme, un voyage de près d’une heure permettant de côtoyer Felix Mendelssohn Bartholdy, entouré de quatre contemporains français, allemand, italien et norvégien.

Au départ de cette démonstration musicale cosmopolite, figure sa Symphoniesatz en do mineur avec, entre autres, une Fugue à 3 thèmes, œuvre de jeunesse de ce grand voyageur (Berlin, Angleterre, Suisse, Italie, Leipzig). Lors de son grand tour en Europe entre 1829 et 1833, Mendelssohn rencontre Hector BERLIOZ, grand admirateur de l’actrice Harriet Smithson ; sa passion s’est extériorisée dans La mort d’Ophélie (1842), page si intensément vibrante.

Clarion Quartett : Breaking the Silence. KLANGLOGO (www.rondeau.de ), KL 1415. 2018. TT : 56’ 00.

« Rompre le silence » concernant, entre autres, E. Schulhoff, V. Ullmann, E. Korngold : tel est l’objectif du Clarion Quartett composé de Jennifer Orchard (violon 1), Marta Krechkovsky (violon 2), Tatjana Mead Chamis (alto) et Bronwyn Banerdt (violoncelle), membres de l’Orchestre Symphonique de Pittsburgh. Grâce à elles, des compositeurs mis à l’index, persécutés et victimes du régime nazi, sont remis à l’honneur, voire découverts.

Au programme de cette découverte posthume, figurent : 5 Pièces pour Quatuor à cordes d’Erik SCHULHOFF (1894-1942), s’intéressant au Dadaïsme, à l’Expressionnisme, au jazz…, pianiste et compositeur juif, interdit en Allemagne, capturé à Prague, puis interné à Wurzbourg (Bavière) où il meurt en 1942. Son œuvre était alors tombée dans l’oubli ; le Quatuor à cordes n°3 (op. 46) du compositeur et pianiste autrichien, Viktor ULLMANN (né en 1890, mort deux ans après ce dernier, en 1944, à Auschwitz, après avoir séjourné au camp de Theresienstadt), disciple d’Alexander von Zemlinsky ; le Quatuor à cordes n°3 (op. 34) d’Erich Wolfgang KORNGOLD (1897-1957), compositeur autrichien naturalisé américain, un des derniers représentants du Romantisme viennois, auteur du célèbre Opéra Die tote Stadt (1920), ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale. En conclusion, le Clarion Quartett interprète encore A Walk to Cesarea commençant par Eli, Eli (dans l’arrangement de Boris Pigovat) de David ZEHAWI (1910-1977). Ces musiciennes vaillantes et passionnées par un objectif si méritoire n’ont pas ménagé leurs efforts pour sortir de l’ombre des œuvres de ces 4 compositeurs. Post tenebras lux.
Édith Weber

Alberto HEMSI : Coplas Sefardies RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ), ROP 6155. 2018. TT : 73’ 37

Pour marquer le 120e anniversaire d’Alberto Hemsi (1898-1975), ardent défenseur de la tradition sépharade, le hazan (chantre) de la paroisse libérale juive (Hanovre) Assaf Levitin, basse baryton israëlien — accompagné par son compatriote, le pianiste Naaman Wagner, formé en Allemagne et en Italie —, a lancé une collection de chansons judéo-espagnoles en ladin, de transmission orale.

Le premier Volume propose 24 Coplas, sur des thèmes variés : mariage, femme, jolie fille, fiancé, fiancée, beauté (proches du Cantique des Cantiques)… mais aussi d’essence lyrique : rose, mûrier (n°12, très développé) ou encore le Roi de France… Le livret permettra de suivre ces pièces grâce à deux traductions en allemand et en anglais, et de mieux appréhender ces chants strophiques regroupés et restitués par A. Hemsi ayant si largement contribué à la relance et à la défense d’un demi-millénaire de traditions juives et à la diffusion de ces Coplas initialement monodiques dans la Péninsule ibérique et dont il a réalisé une version avec piano.

Marcin KOPCZYNSKI : Przymikam oczy ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), AP 0411. 2017. TT : 62’ 47.

Cette sélection de compositions vocales repose sur des textes polonais et latins pour soprano et piano, soprano et cordes ; baryton et cordes, baryton et orchestre, baryton et piano. Marcin Kopczynski (né en 1973), Docteur en composition et théorie musicale, titulaire de divers Prix internationaux, rappelle la genèse de ces chants dont l’op. 1, Lacrimosa, date de 1990. Par la suite, il a transcrit d’autres pages entre 2007 et 2010 et d’autres pièces profanes et religieuses. Parmi ces dernières, figurent : Felix namque es, sacra Virgo Maria (op. 71), lumineux, chanté avec effusion ; Omnipotens sempiterne Deus (op. 66) pièce plus expressive ; Tota formosa et suavis es (op. 50) ; Ars consolatrix (op. 43/2) pour baryton et piano et Dico ego opera mea Regi (op. 69), page plus développée pour soprano et cordes, ainsi que des poésies polonaises de l’écrivain, dramaturge et poète Leopold Staff (1878-1957), se rattachant au mouvement « Jeune Pologne ». Encore un compositeur polonais contemporain à découvrir grâce à des interprètes polonais, recrutés par Jan A. Jarnicki, directeur artistique du Label polonais ACTE PRÉALABLE, toujours soucieux de faire connaître les multiples facettes de la musique de son pays.
Édith Weber

Richard STRAUSS : Don Quixote & Cello Works. Ophélie Gaillard. APARTEMUSIC (www.apartemusic.com ). 2018. AP 174. TT : 79’ 24.

Ophélie Gaillard — prestigieuse violoncelliste franco-helvétique, intrépide et d’un activisme débordant, titulaire des plus hautes distinctions internationales et discographiques — a signé autour de Richard STRAUSS (1864-1949) un programme éclectique et très raffiné pour violoncelle seul, violoncelle et piano (avec Vassilis Varvaresos), violoncelle et orchestre (Orchestre national symphonique tchèque, dir. Julien Masmondet) ou encore violoncelle, piano et mezzo-soprano (Béatrice Uria Monzon).

À découvrir immédiatement avec intérêt et admiration, entre autres, pour la sonorité et l’intériorité des mouvements lents (Andante de la Sonate en Fa majeur (op. 6), Andante cantabile de la Romance (op. 13) avec accompagnement d’orchestre) et pour les choix judicieux des tempi dans Don Quixote, Variations fantastiques sur un thème à caractère chevaleresque (op. 35).

G. F. HANDEL : Melodies in Mind. Suites & Trio Sonatas, Ensemble Amarillis. EVIDENCE CLASSICS (www.evidenceclassics.com ). EVCD 049. 2018. TT : 63’ 18.

De la « mélodie » avant toute chose : telle est la motivation de ce nouveau disque réalisé par le jeune et dynamique Ensemble Amarillis avec instruments historiques. Le programme placé sous le signe du lyrisme propose — autour de la forme Sonate en trio — des transcriptions qui, grâce à une instrumentation renouvelée, rendent un bel hommage à Handel (orthographe anglaise).

Héloïse Gaillard (flûtes à bec baroques et direction artistique) rappelle ainsi la genèse du « programme que nous avons choisi de concevoir autour du genre de la sonate en trio, est né d’une commande de la Philharmonie de Paris. À cette occasion, Bruno Reinhard — répondant à une commande du Musée de la musique — a reproduit une très belle flûte d’un facteur anglais contemporain de Haendel : Thomas Stanesby Junior. Cependant, l’opportunité donnée à Violaine [Cochard] par le Musée de la musique de jouer sur un remarquable Clavecin anglais Longman and Broderip nous a conduit à proposer en regard de ces Sonates en trio des pièces pour clavecin solo jouées seulement au clavecin ou instrumentées par nos soins pour notre formation. » Ces commentaires permettent aux auditeurs de mieux comprendre la démarche de cette réalisation si originale sur laquelle règne l’esprit de la mélodie, ne perdant jamais de vue le lyrisme.

Jean-Paul GASPARIAN. RACHMANINOV – SCRIABIN – PROKOFIEV. Evidence classics (http://evidenceclassics.com/) : EVCD048. 74’ 26.

Voici donc le premier disque en solo de Jean-Paul Gasparian, dont nous avons fait le portrait dans notre lettre 116 de juillet 2017. Ce CD comprend les Études-Tableaux op. 39 de Serge Rachmaninov, la Sonate pour piano n° 2 op. 19 et les Trois Études op. 65 d’Alexandre Scriabine, et la Sonate pour piano n°2 en ré mineur op. 14 de Serge Prokofiev. J.P. Gasparian nous offre de ces quatre œuvres une interprétation remarquable à tous égards. Pas un instant l’intérêt ne faiblit tant la lecture qui nous est proposée revêt une tranquille évidence. Ce qui frappe au premier abord, c’est la lisibilité du discours. Le pianiste excelle dans la différenciation des timbres qui permettent une distinction parfaite et une caractérisation des différents plans sonores. On pourra s’en rendre compte en particulier dès la deuxième Étude tableau : Lento assai. Mais cette lisibilité parfaite se retrouve tout au long de ce disque.

Artur CIMIRRO (né en 1982) : Piano Works 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), 2017. AP 0400. TT : 75’ 31.

Cet enregistrement en première mondiale est réalisé par Artur Cimirro, compositeur né en 1982, pianiste virtuose, également arrangeur et éditeur, spécialiste de la « technique de l’interprétation respectant le contexte historique sur les plans harmonique, contrapuntique et analytique, autrement dit herméneutique ». Comme il ressort des 13 œuvres de ce volume, il cultive les formes polonaises traditionnelles (cf. Chopin) : Nocturnes (op. 5, op. 26, op. 39) à différentes périodes de sa vie, Préludes, Scherzo (op. 10, n°2) avec un grand sens du rythme. À noter les pièces d’inspiration romantique (op. 12) : Barcarolle, Sérénade, Night Waltz ou encore d’inspiration hors des sentiers battus : 2 Eccentric Preludes ou On a « Carotenoid »… Il excelle dans les pages descriptives « à programme » : The Meridional Seasons (op. 30) — inspirées par les poèmes de sa femme Anita Cimirro —, affectant un qualificatif à chaque saison, à la manière de Tchaikovsky. Sa musique évoque la pluie, les feuilles colorées : The Three Saints (Les Trois Saints de glace, en juin), mais aussi les sentiments, tel que l’oubli. Il a composé récemment (en 2017) : Little Music Box to HADASSA (future fille d’un de ses amis), avec des inflexions correspondant à des notes de boîte à musique. Ce jeune musicien polonais déborde d’imagination. Volume 2 attendu avec curiosité.
Édith Weber

Zbigniew POPIELSKI (1935-2015), Jerzy MAKSYMIUK (né en 1936), Kazimierz SEROCKI (1922-1981). Poème Piano Duo. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP 0404. 2017. TT : 46’ 33.

Olga Anikiej et Katarzyna Makal-Zmuda forment le « Poème Piano Duo ». Elles se produisent soit en duo, soit en solo et s’efforcent de promouvoir trois compositeurs polonais du XXe siècle. Elles proposent les Variations au sujet personnel (sic) pour deux pianos de Z. POPIELSKI (1935-2015), pédagogue et compositeur ayant cultivé pratiquement tous les genres (musiques vocale, instrumentale, religieuse et profane, y compris théâtre, marionnettes et film). Ses Variations comportent un bref thème puis 11 variations d’une grande inventivité exploitant tous les registres des deux pianos. Comme le signale le livret, ses Préludes datent de 1956 et se présentent à la manière d’une sonate en 4 parties, dans des tonalités différentes. L’atmosphère calme, mélancolique, nostalgique est bien exprimée par Katarzyna Makal-Zmuda, avec des réminiscences mélodiques très expressives dans la conclusion.