Un moment musical chez les Schumann. KLARTHE (www.klarthe.com ). K093. 2020. TT : 79’ 39.

Voici une confrontation patronymique et musicale peu commune, associant Robert SCHUMANN (1810-1856), les frères Georg (1866-1952) et Camillo SCHUMANN (1872-1946) et, de surcroît, avec une sortie physique et numérique mondiale, à partir d’un enregistrement en 2019, en l’Église protestante Saint-Marcel (Paris) réputée pour sa remarquable acoustique et sa sonorité large.
Cyrielle Golin (violoncelle Caussin, 1866) et Antoine Mourlas (piano Steinway & Sons, 1986) convient les mélomanes à un exceptionnel moment musical romantique et postromantique, illustré par deux formes : Stücke (pièces) et Sonates. Selon le texte de présentation, la fratrie Camillo et Georg SCHUMANN, « issue d’une grande tradition musicale partage pourtant de nombreux liens avec l’illustre Robert Schumann », d’où la problématique du disque. Cette invitation au voyage dans le temps (XIXe-XXe siècles), avec les 5 Stücke im Volkston, pièces de caractère populaire, de Robert (op. 102, 1849) qui ont enchanté son épouse Clara, avec une certaine tendance à l’imagination est de facture romantique et vivement ressentie par les deux interprètes. Il s’agit de 5 œuvres brèves avec des indications précises : Vanitas vanitatum (avec humour) ; Lent ; pas vite ; pas trop rapide ; Fort et marqué, scrupuleusement respectées.
Georg SCHUMANN a écrit, fin 1897, sa Sonate en mi mineur (op. 19) ; il y privilégie l’alternance binaire/ternaire, des harmonies rares et se souvient de BRAHMS. Il a accompli une carrière de concertiste internationale. Camillo SCHUMANN, son frère, aussi originaire de Saxe, est organiste, pianiste et chef d’orchestre. Sa Sonate n°1 (op. 59, éditée par Breitkopf & Härtel en 2017), très imprégnée de romantisme allemand, est une première mondiale.
Passionnant voyage comparatif (avec découverte) en Schumannie
. Édith Weber
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Claude DELVINCOURT : L’œuvre pour piano, vol. 1. AZUR Classical AZC 152. Distribution : CIAR (ciar.e-monsite.com ). TT : 60’.

Voici, en premier enregistrement mondial, l’œuvre pour piano de Claude DELVINCOURT (né à Paris en 1888, mort à Ortebello (Italie) en 1954), élève de Léon Boëllmann, Henri Busser, Georges Caussade et Charles-Marie Widor. Grand Prix de Rome (1913), éborgné fin 1915 en Argonne, il sera organiste titulaire de l’Église St-Jacques, à Dieppe (1926). En 1941, directeur du Conservatoire de Paris, il y modernise les méthodes pédagogiques. Dans ce premier CD, sont réunies une vingtaine de pièces brèves interprétées au Piano Steinway D Concert, sous les doigts agiles de Diane Andersen, pianiste belge d’origine danoise (née en 1937), professeur honoraire au Conservatoire royal de Bruxelles.
Le recueil (1931), Croquembouches (dédié à sa « fille Annie Pifre », comporte 12 pièces brèves aux titres alléchants : Omelette au rhum, Grenadine, Meringue à la crème, Plum pudding… et n’engendrant pas la morosité. À noter 4 pages inédites proches des formes traditionnelles : Prélude et Fugue, Menuet, Gavotte, Valse ; son ultime pièce pour piano bitonale : Galéjade (éditée en 1952) témoigne de sens invétéré de la plaisanterie. Le volume contient encore Cinq Pièces pour le piano : Prélude, Danse pour rire, Tempo di Minuetto, Berceuse, Danse hollandaise… hautes en couleur. Le toucher délicat et si précis de Diane Andersen rend un somptueux hommage à ce maître français. Édith Weber
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Raul KOCZALSKI : Piano Concertos 3. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0503. 2019. TT : 60’ 28.

Considéré comme le « Mozart polonais », le compositeur et pianiste Raul KOCZALSKI (1885-1948) a rencontré un grand succès sur le plan international sauf dans son pays natal. Après s’être perfectionné en piano avec Anton Rubinstein, vers 1903, il se consacre davantage à la composition, avant de revenir à une carrière européenne de concertiste. C’est encore l’éminente pianiste polonaise, Joanna Lawrynowicz, qui poursuit l’enregistrement des Concertos nos 5 et 6, toujours accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Lublin, dirigé par Wojciech Rodek — tous deux infatigables promoteurs de la musique polonaise — qui ont répondu avec enthousiasme à la poursuite du projet d’exhumation de cette musique concertante. Le Concerto pour piano n°5 en Ré Majeur (op. 140) comporte 4 mouvements contrastés : Moderato, Adagio, Vivo et final Maestoso, tout comme le n°6 en Ré Majeur (op. 145) : Andante, Lento sostenuto, Scherzo. Vivace et Deciso, patetico, chacun rendu avec soin et musicalité par les interprètes au service de la musique de leur compatriote.
Édith Weber

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Aleksandra GARBAL : Works for Piano 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com ), AP0465. 2019. TT : 75’ 45.

La pianiste, claveciniste, organiste, harpiste, soprano et théoricienne polonaise au grand rayonnement international, Aleksandra GARBAL (née en 1970, formée à Varsovie et Katowice) est également compositrice. Un CD précédemment recensé témoignait de sa polyvalence compositionnelle, mais son corpus pour piano est également conséquent. 22 plages hautes en couleurs, regroupent, sous des titres anglais et polonais, notamment Les Voyages des Nains, 20 Images d’une visite au zoo, Épilogue, Les Couleurs de la Mer, Étude-Polonaise dédiée à Artur Cimirro, incontournable et talentueux pianiste d’ACTE PRÉALABLE qui s’illustre au fil des divers pages. Le CD s’ouvre sur une combinaison percussion/piano du meilleur effet. Dans ce premier volume, le pianiste fait preuve d’émotion, d’une grande concentration, d’un engagement total toujours proche du public. Aleksandra GARBAL mise sur l’importance de la mélodie et de l’harmonie, le chromatisme, les clusters (avec 5 doigts), le lyrisme mélodique dans les miniatures ainsi que les rythmes variés. Sur le plan pédagogique, ces morceaux s’adressent à des niveaux différents. Une belle réalisation de plus à l’actif de Jan A. Jarnicki et de son Label si prolifique au service de la musique notamment polonaise.

Édith Weber
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Enrique GRANADOS, Myriam Barbaux-Cohen, piano. ARS PRODUKTION (www.bs-artist.com ), ARS 38 288. 2019. TT : 69’ 35.

La pianiste et accompagnatrice française, Myriam Barbaux-Cohen, formée à Paris, puis en Suisse et en Espagne, installée à Francfort, est spécialisée dans la musique romantique. Ce premier CD traduit sa dilection hispanique qu’elle partage avec un rare bonheur. Son jeu n’est pas sans rappeler la méthode Blanche Selva (technique du poignet, sonorité chatoyante grâce à la somptuosité timbrique du Piano Bechstein convenant admirablement à ce répertoire). L’interprète a choisi la musique pour piano du compositeur catalan Enrique GRANADOS (1867-1916) en raison de son « mélange de légèreté et de profondeur ». Pour s’imprégner pleinement du climat ibérique, elle s’est rendue sur place. Au programme : le Livre d’heures, des Lettres d’amour (Valses intimes), des Scènes poétiques (Livres I et II), Valses poétiques, Oriental (n°2 des Danses espagnoles), sans oublier un Allegro de concert où Myriam Barbaux-Cohen donne toute sa mesure. Une échappée belle catalane à suivre.
Édith Weber
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Cyril Guillotin : Sortilèges. MOUSSORGSKY-TCHAIKOWSKY. Transcription et arrangement pour piano. CALLIOPE (www.bs-artist.com ), CAL 1972. 2019. TT : 68’ 03.

Cyril Guillotin réserve un sort royal à deux grandes œuvres du répertoire : la Suite Casse-Noisette de Piotr Illitch TCHAIKOWSKY (1840-1893), transcrite et arrangée pour piano par Mikhail Pletnev et Les Tableaux d’une exposition de Modeste MOURSSORGSKY (1839-1881). Dès les premières notes, son toucher tient l’auditeur en haleine et la trame romantique se déploie sans rétension. Les Tableaux révèlent la même capacité à passer d’une focale minimaliste à l’immensité monumentale.
À noter, en premier enregistrement mondial : la Suite (tricolore) « Les Visages » de Laurent LEFRANÇOIS (compositeur né à Caen en 1974) : Bleu le courageux ; Rouge le héros ; Blanc le rusé, chaque couleur étant hautement caractérisée. Une autre découverte…
Édith Weber
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Eaux-fortes. Kirill Zvegintsov (piano). DISQUES FY & DU SOLSTICE (www.solstice-music.com ). SOCD 362. 2019. TT : 74’ 21.

Le pianiste et chef ukrainien Kirill Zvegintsov, formé dans son pays, puis en Suisse, Lauréat de plusieurs concours internationaux, convie les amateurs à un programme pour le moins divers et original autour de 4 compositeurs, dont deux peu connus.
Le CD s’ouvre avec l’Onzième Ordre de François COUPERIN (1668-1733), attestant la diversité esthétique du pianiste qui s’y illustre par son traitement spécifique de chaque miniature. Claude DEBUSSY (1862-1918) est représenté par Masques dont la percussivité est rendue à merveille. À retenir Eaux-fortes (qui donne son titre au CD) de Georges HUGON (1904-1980), élève d’Isidore Philipp et Georges Caussade, Jean Gallon et Paul Dukas au Conservatoire où il enseignera l’harmonie. Son écriture se veut sobre, marquée par les forts contrastes et la polytonalité et devient très originale. Dans ce quadriptyque datant de 1963, ce compositeur resté au second plan dresse 4 portraits aussi subtils qu’acrobatiques : Ophélie et Ariel (appartenant au théâtre sheakespearien) ; L’innocent et Maldoror (empruntés au Chants de Maldoror du poète Isidore Ducasse, alias le Comte de Lautréamont (1846-1870)). Kirill Zvegintsov y fait preuve d’une parfaite maîtrise du langage hugonien ainsi que d’une grande richesse expressive.
Le CD s’achève par l’inédite Fantaisie pour piano de Jacques LENOT (né en 1945), compositeur précoce, autodidacte ayant bénéficié de rencontres tutélaires, reconnu vers 2000, dont l’œuvre dans la mouvance sérielle bénéficie d’une écriture personnelle et exigeant une grande virtuosité. Très développée, cette vaste épopée sonore fait se percuter plusieurs plans expressifs que le pianiste mène de front avec une rare densité. Incontestablement : une découverte.

Édith Weber
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Jeanne-Marie DARRÉ joue SAINT-SAËNS. DISQUES FY & DU SOLSTICE (www.solstice-music.com ). SOCD 363/4. 2020. 2 CD : TT : 62’ 53 ; 74’ 48.

Les discophiles trouveront avec intérêt des enregistrements inédits d’œuvres pour piano, et piano avec orchestre, interprétées par Jeanne-Marie Darré (1905-1999), ancienne élève de Marguerite Long (1874-1966). À son époque, la sonorité chaude et chantante est obtenue par les méthodes Marie Jaëll (1846-1925) et Blanche Selva (1884-1942) ; l’agilité et la précision digitales, par la technique d’Isidore Philipp (1863-1958).
Cette sélection d’œuvres de Camille SAINT-SAËNS (1835-1921) comprend : l’Étude en forme de Valse, la Bourrée pour la main gauche (vraie gageure), enregistrées en 1953, la redoutable Toccata (op. 727/3), forme aussi cultivée par Charles-Marie Widor et Louis Vierne, gravée à l’âge de 26 ans.
Les deux CD, sous digipack, offrent également la Sonate pour violon et piano n°1 en ré mineur (op. 75) — avec Denise Soriano (1916-2006) — et celle pour violoncelle et piano n°1 en ut mineur (op. 32) — avec Maurice Maréchal (1892-1964) —, ainsi que 3 Concertos pour piano et orchestre, n°4 en ut mineur (op. 44), n°2 en sol mineur (op. 22) et n°5 en Fa majeur (op. 103), dirigés respectivement par Roberto Benzi, Charles Munch (Boston Symphony Orchestra) ainsi que Thomas Shippers — que les mélomanes retrouveront avec plaisir. Dans ces pages, Jeanne-Marie Darré s’affirme par sa méticulosité, sa concision, son phrasé, son contrôle de la sonorité mais aussi son romantisme et son lyrisme.
Cette réalisation met en valeur la brillante technique de la « grande dame du piano » (Harold Schonberg), concertiste internationale (dès 1920) tombée dans l’oubli et incomparable professeur (depuis 1958 au CNSM) mais — grâce à Yvette Carbou et au label SOLSTICE — de nouveau très présente.
Édith Weber
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Henri TOMASI : Complete piano solo works. CALLIOPE (www.bs-artist.com ). CAL2069. 2020. 2 CD. TT : 56’ 27 ; 30’ 58.

Les discophiles bénéficient actuellement de nombreuses Intégrales. Henri TOMASI (Marseille, 1904 - Paris, 1971) a accompli une carrière internationale de chef d’orchestre, a étudié au CNSM l’harmonie, la direction d’orchestre avec Vincent d’Indy, la composition avec Paul Vidal et Philippe Gaubert. Prix de Rome, il est aussi titulaire de nombreuses distinctions internationales.
Avec enthousiasme et ténacité, la pianiste franco-britannique Emilie Capulet, conférencière, docteur en musicologie et littérature, a réalisé en 2 disques et en première discographique cette intégrale de l’œuvre pour piano solo du compositeur quelque peu oublié, ne se rattachant à aucune école. Ses sources d’inspiration comprennent, par exemple, le folklore, la musique populaire, la collection de chants corses (réunis par son père Xavier Tomasi), dont il exploite le lyrisme, les racines méditerranéennes. Il s’intéresse aux musiques de scène et radiophoniques, à la chorégraphie, recherche les sonorités exotiques, favorise le déroulement narratif, avec un sens inné du drame et de la beauté mélodique.
Dans le CD 1 (en 27 plages), avec passion, sensibilité et une virtuosité à toute épreuve, Emilie Capulet confirme l’affirmation d’Henri TOMASI : « La musique qui ne vient pas du cœur n’est pas de la musique ». Le CD 2 est consacrée à sa Féerie laotienne composée en 1939. Une belle découverte en perspective.

Édith Weber
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Heitor VILLA-LOBOS : Œuvres pour piano. AZUR CLASSICAL (distribution SOCADISC). AZC 175. 2017. TT : 56’ 21.

Heitor VILLA-LOBOS, célèbre musicien brésilien (1887-1959), polyvalent, à la fois compositeur, violoncelliste et guitariste, pédagogue et ethnomusicologue, assez autodidacte, s’est intéressé au Cours de composition de Vincent d’Indy, aux chansons populaires brésiliennes, aux rythmes pratiqués par les Noirs, à la musique de salon venue d’Europe et aussi à l’âme indienne. Il a rayonné comme chef d’orchestre aux États Unis en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Son catalogue prolifique comporte des œuvres de musique de chambre, des opéras, poèmes symphoniques, 6 symphonies… pour un total d’environ 1000 opus, y compris un Guide pratique de pièces pour piano, chant et chœurs. C’est le mérite du CIAR (Festival International Albert Roussel) d’avoir convié Flavio Varani, pianiste virtuose, à interpréter des pages telles que Bachianas Brasileiras, Carnaval das Criancas Brasileiras (des enfants) ou encore des Danses africaines caractéristiques… Elles illustrent les goûts multiformes, l’inspiration féconde, le langage personnel, l’inventivité harmonique, l’alternance entre la mélancolie et la joie, plus importante que le drame.
Comme le résume Damien Top (CIAR) : « la tradition spirituelle occidentale rejoint l’émerveillement sensuel du Continent amérindien » (dernière de couverture). Disque absolument remarquable.

Édith Weber
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Sergei RACHMANINOV : Études-Tableaux. MUSO (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). MU 036. 2020. TT : 60’ 59.

S. RACHMANINOV, né à Semionovo (Russie) en 1873 et mort à Los Angeles en 1943, après ses études de piano et contrepoint au Conservatoire de Moscou, devenu un grand pianiste virtuose, s’est installé aux États-Unis. Il a composé ses 8 Études-Tableaux (op. 33) en 1910 et ses 9 Études-Tableaux (op. 39) en 1916-1917.
Ce contemporain de Maurice Ravel et Bela Bartok, resté attaché à la tonalité, peut être considéré comme le dernier compositeur romantique dans le sillage de Chopin. Il se distingue par sa grande inventivité mélodique très personnelle, son lyrisme douloureux et tourmenté reflétant sa personnalité introvertie (et nerveuse).
Alberto Ferro, pianiste italien né en 1996, titulaire de nombreuses distinctions internationales, s’identifie pleinement aux intentions émotionnelles de ces Études-Tableaux sans titres. Interprétation raffinée à l’aune des états d’âme du compositeur. Sensibilité et raffinement d’exception.
Édith Weber
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THE UNKNOWN DEBUSSY. Grand Piano, GP 822. Distribution (www.naxos.com ). 2020. TT : 84’ 48.

Nicolas Horvath a minutieusement regroupé une intéressante sélection de pièces inconnues dont certaines en brouillon, exhumées par le musicologue anglais Robert Orledge. Sur un total de 8, les 6 Préludes oubliés, particulièrement développés, figurent, révélés en premier enregistrement mondial. Certaines ont été transcrites, d’autres complétées. Claude DEBUSSY (1862-1918) les a élaborées entre 1902 et 1917.
À remarquer, également en première mondiale : la participation du narrateur Florient Azoulay à la plage 10 : No-Ja-Li, Le Palais du silence, Ballet chinois (1914, complété en 2005 et 2014) et à la pl. 15 : Un jour affreux avec le diable dans le beffroi (The Devil in the Belfry d’Edgar Allan POE, 1902/3, transcription 2018) ; inspiré du même auteur : A Night in the House of Usher (Une nuit dans la Maison Usher, 1915-1917, transcription 2010) ; Le Roi Lear (entre 1904 et 1908, complété en 2004 et 2018).
Nicolas Horvath (né en 1977 à Monaco), Lauréat de l’Académie de Musique Prince Rainier III, puis, après un passage à l’École Normale (Paris), s’est spécialisé dans la composition électroacoustique et a remporté de nombreux Concours internationaux. Pour ce programme, il a retenu un piano Steinway modèle C (1926, donc de la même époque).
Cette belle réalisation illustre le problème des transcriptions, compléments et arrangements en vue de l’interprétation dont s’acquitte avec une grande maîtrise et une haute musicalité le pianiste talentueux. Une avancée de plus au service du compositeur contemporain notamment de Maurice Emmanuel (1862-1938) : DEBUSSY autrement.
Édith Weber
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Moritz MOSZKOWSKI (1854-1925) : Piano works. Etsuko Hirose. DANACORD (www.danacord.dk ). DACOCD 866. TT : 72’ 15.

Etsuko Hirose, pianiste et violoniste japonaise, tire de l’oubli Moritz MOSZKOWSKI (né à Breslau (Wroclaw) en 1854-mort à Paris en 1925), musicien allemand d’origine polonaise. Installé à Dresde en 1863 puis, 4 ans après, à Berlin, il y fait de brillantes études, admiré par Franz Liszt, entre autres, puis sera le professeur notamment de Wanda Landowska, Gaby Casadesus, Vlado Perlemuter… La pianiste réussit à recréer et à symboliser la « Belle Époque », avec un programme varié en 14 plages : arrangements (Barcarole des Contes d’Hoffmann ; Mort d’Iseult (Wagner), Valse (un chef-d’œuvre de poésie et de sensibilité), En automne… Un témoignage sonore (piano Bechstein, Église protestante St Marcel (à Paris) et une très juste réhabilitation et illustration de M. Moszkowski, de sa bravoure et de ses enjeux pianistiques.
Édith Weber
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Frédéric CHOPIN : Dernier Concert à Paris. SOUPIR ÉDITIONS. Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). S226. 2013. 2 CD. TT : 53’ 25 ; 32’ 11.

Toujours à l’affût d’une démarche originale voire historique, le Label SOUPIR retrace le dernier concert de CHOPIN donné le 16 février 1848 à Paris. 5 musiciens très motivés par cette restitution, interprètent des pages de W. A. MOZART, C. BELLINI, G. MEYERBEER et, surtout, Fr. CHOPIN, dont des Nocturnes, Sonate, Études, Préludes, Mazurkas, Valse… Décidément, Yves Henry (piano Pleyel 1837), Gilles Henry (violon), Adrien Frasse-Sombet (violoncelle), Julie Fuchs (soprano) et Xavier Le Maréchal (ténor) ont le chic pour transporter les mélomanes actuels dans l’atmosphère légendaire d’un salon parisien de 1848.
Édith Weber
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Frédéric CHOPIN : Intégrale des Mazurkas (1825-1849). SOUPIR ÉDITIONS. Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). S249. Coffret 3 CD. TT : 52’ 56 ; 52’ 56 ; 60’ 49.

CHOPIN a composé sa première Mazurka à l’âge de 14 ans, sa dernière est restée inachevée. Il s’agit d’une danse polonaise paysanne à ¾ originaire de Mazovie, de caractère slave, rustique et populaire. Cette forme engendre une vaste panoplie émotionnelle : tendresse, rêve, douceur ou nostalgie et morosité, mais aussi désinvolture, selon son état d’esprit du moment. Ces quelques 60 pièces illustrent son parcours esthétique et psychologique dans la longue durée. Dans ses miniatures, son langage exploite des accords de septièmes non résolues, des sixtes napolitaines, le chromatisme descendant, des effets d’écho, des contrechants et des motifs spontanés ainsi que diverses variétés de contrepoints. Yves Henry a retenu le piano PLEYEL n°5612 de Croissy (1837) donc contemporain des œuvres, et l’auditeur se croirait dans un salon mondain romantique. Ses analyses précises et percutantes seront très appréciées des mélomanes (cf. texte, p. 6-39).
Né en 1959, ce disciple de Pierre Sancan au CNSM, puis d’Aldo Ciccolini, a remporté de nombreux prix internationaux. Sa technique pianistique éblouissante et sa grande sensibilité forcent l’admiration, de même sa faculté de diversifier l’atmosphère et de respecter les intentions du compositeur. Un modèle inégalable de ténacité , on ne pouvait imaginer un meilleur hommage à Chopin.
Édith Weber
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Michael Winkler plays Francisco TARREGA. SONY MUSIC (www.sonymusic.fr ). EOS 234200-15. 2019. TT : 55’ 49.

L’Espagnol Francisco de Asis TARREGA (né à Villareal, en 1852-mort à Barcelone, en 1909) a commencé la guitare à l’âge de 8 ans ainsi que le piano. Neuf ans plus tard, ayant acquis une guitare bien plus sonore du facteur espagnol Antonio de Torres, il décide de se consacrer à cet instrument. Son œuvre marque un important jalon dans la technique guitaristique. Fondateur de la nouvelle école, il compose des danses (Danza Mora, tango, mazurka, gavotte, valse). Sa pièce la plus célèbre : Recuerdos de la Alhambra imite à souhait une boîte à musique (destinée à son fils).
Le guitariste suisse Michael Winkler (né à Zurich en 1962) — qui a étudié à la Musikakdemie de Zurich et obtenu le Diplôme de soliste au Conservatoire de Berne —, frappé par les mélodies, les harmonisations, l’élégance et le charme de ces 24 pièces brèves, leur réserve un sort royal. À elle seule, la somptueuse restitution de Recuerdos de la Alhambra, où l’écrin arpégé enveloppe doucement la mélodie « mandolinée », emporte l’adhésion... Certains auditeurs seront peut-être un tantinet déroutés par les sonorités et la puissance de la guitare retenue, mais les enseignants et interprètes tireront profit de la leçon technique et esthétique. À la fois déroutant et séduisant.
Édith Weber
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RACHMANINOV-SHOSTAKOVICH-DENISOV. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0601. 2019. TT : 81’ 16.

Né en 1990, Victor Julien-Laferrière se perfectionne au violoncelle au CNSMDP auprès de Roland Pidoux et de Heinrich Schiff à l’Université de Vienne. Très sollicité au plan international, il est accompagné au piano par Jonas Vitaud (né en 1980) — élève entre autres Christian Ivaldi, détenteur de 4 Premier Prix et Lauréat de plusieurs concours, à la carrière internationale. Ils interprètent en premier lieu la Sonate pour violoncelle en mineur (op. 40) de Dmitri CHOSTAKOVICH (St-Petersbourg, 1906-Moscou, 1975) comportant 4 mouvements contrastants : Allegro non troppo, Allegro, un Largo extatique s’opposant à l’espiègle Allegro conclusif. La Sonate pour violoncelle en sol mineur (op. 19) de Sergei RACHMANINOV (Semionovo, 1873-Beverly Hills, 1943) a également retenu leur attention. Aussi quadripartite : Lento. Allegro moderatoAllegro scherzandoAndanteAllegro mosso, elle se présente comme une miniature de ses concertos de piano. Le plus récent des 3 compositeurs : Edison DENISOV (Tomsk, 1929-Paris, 1996, peu apprécié de l’Union des compositeurs soviétiques pour son avant-gardisme) figure avec ses Variations sur un thème de Schubert. Une plongée en profondeur dans l’âme russe par deux interprètes français de haut-vol.
Édith Weber
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Raul KOCZALSKI : Complete Songs 1. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0601. 2019. TT : 81’ 16.

Raul KOCZALSKI (1885-1948), considéré comme le « Mozart polonais », a rencontré un grand succès sur le plan international — mais guère dans son pays natal. Après s’être perfectionné en piano, vers 1903, il se consacre davantage à la composition, avant de revenir à une carrière européenne de concertiste. Le CD réserve une large part à ses 21 Solos et Duos (op. 121) en allemand magistralement servis par Katarzyna Dondalska (soprano fidèle au Label polonais) et Michal Janicki (baryton) accompagnés avec finesse par Michal Landowski (piano), suivis de 4 Chants romantique (op. 63). Le disque se termine gravement sur le cycle Chants des 4 Hafiz (personnes versées dans la connaissance du Coran).
Édith Weber
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Joachim KACZKOWSKI : Violin Concertos. ACTE PRÉALABLE (www.acteprealable.com). AP0470. 2019. TT : 70’ 45.

Tiré de l’oubli grâce à Jan A. Jarnicki, le compositeur et violoniste polonais Joachim KACZKOWSKI (1789-1829), actif à Varsovie, a connu une certaine notoriété en Autriche, Allemagne et Italie. Il est ici représenté par ses deux Concertos pour violon et orchestre. Interprété avec virtuosité par Agnieszka Marucha (après des études à Varsovie et Berlin, soliste, pédagogue, titulaire de nombreux Prix internationaux), accompagnée par l’Orchestre Symphonique Philharmonique Henryka Wieniaskiego de Lublin, sous la baguette experte de Wojciech Rodek, le premier, en la mineur (op. 8) comporte 3 mouvements : Moderato, Adagio et Polonoise, à mi-chemin entre MOZART et BEETHOVEN. Le second, en si mineur (op. 17), également tripartite : MaestosoRomance AdagioRondeau à la Mazure. Allegro, mérite aussi l’enthousiasme du Label. Une belle découverte.
Édith Weber
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BACH : 6 Suites pour violoncelle solo. SOLO MUSICA SM343. (www.solo-musica.de ). Distribution : Laurent WORMS (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). 2020. TT : 63’ 51.

Les Six Suites pour violoncelle solo (BWV 107-112) de Jean Sébastien BACH sont très connues entre autres grâce à la version déjà ancienne de Pablo Casals. Elles ont été enregistrées par Sergey Malov, violoniste et violiste russe, pour le tricentenaire de l’œuvre en 2019, avec un réel souci de vérité historique. Il a retenu un « violoncelle d’épaule » (da spalta), instrument en usage jusqu’au XVIIIe siècle, notamment chez J. S. Bach ; une restitution en a été présentée en 2014 à Londres.
Cette démarche pourrait surprendre les oreilles traditionnelles, car elle révèle une résonance particulière et inhabituelle, autrement dit un « autre paysage sonore », avec un caractère dansant et une certaine légèreté. Par rapport au violoncelle. La viola da spalta (ni alto, ni violoncelle), posée sur l’épaule droite, est maintenue avec une courroie. Chaque Suite commence, selon l’habitude, par un Prélude suivi de 5 brèves danses contrastées. Allemande (tempo modéré), Courante (gracieuse) Sarabande (méditative), Menuet (élégant) — ou, selon les Suites : Bourrée (virevoltante) ou Gavotte (tumultueuse) — et Gigue conclusive.
Voici une histoire inattendue du sort ultérieur de ces Suites restituées conformément à la pratique d’alors : ce n’est pas le moindre mérite à l’actif de Sergey Malov. Les comparatistes seront comblés.
Édith Weber
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2020

 

 

Marcel COMINOTTO : Œuvres pour duos. AZUR Classical. Distribution : Centre International Albert Roussel (CIAR) (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.). AZC146. TT : 68’ 17.

L’interprétation de duos exige à la fois une compétence réelle dans l’exploitation des timbres spécifiques et une belle connivence artistique. Marcel COMINOTTO, formé au Conservatoire de Liège, a obtenu, à l’âge de 15 ans, les premiers prix en harmonie, contrepoint, fugue puis de virtuosité. Son programme rassemble des duos pour les formations suivantes : 2 violoncelles, piano à 4 mains, violon et piano, 2 guitares. Pianiste de rayonnement international, depuis 1978, il enseigne l’instrument et l’écriture tonale et s’intéresse au matériau et à la sémantique dans une perspective historique.
Sa Storia pour deux violoncelles, dans laquelle « chacun apporte une qualité d’engagement et de précision, tant expressive que technique », est en fait « un voyage exceptionnel ». Anna-morphoses pour piano à 4 mains — œuvre composée pour le duo Jean Schils et Dominique Swinnen — tire son titre d’un « jeu de mots lié au prénom de leur petite fille ». Proche de la forme sonate, cette page frappe par sa complexité rythmique et contrapunctique, les couleurs harmoniques et les dissonances. La pièce Facéties, également à 4 mains et destinée à Pablo, petit frère « facétieux » d’Anna, entraîne les discophiles dans une valse enivrante. En réalité, ces 2 pièces forment un diptyque. Apollo, duo pour violon et piano, nécessite grande maîtrise technique et solide sens du rythme (le titre se rapporte à la course à la lune, vers 1960) : un mélange d’énergie et d’introspection. Démarche originale explosive autour de « big bang miniatures ». Six Préludes (brefs) pour 2 guitares (à 10 et à 8 cordes) rarement associées, exploitent des accords particuliers. Selon Marcel Cominotto, le 1er est un « mouvement perpétuel » ; le 2e plonge dans l’atmosphère d’une mélodie tzigane ; le 3e, est désinvolte puis mélancolique, avant de reprendre le ruissellement initial ; le 4e exploite des quartes répétées et des clusters ; le 5e se veut méditatif et intériorisé ; enfin le 6e est le « plus mécanique, puis tendu à base de tritons ». La conclusion ramène passionnément la sensation de mécanicité.
Les commentaires de M. Cominotto mettent en évidence son extrême inventivité et originalité compositionelles. Premier enregistrement mondial à ne pas manquer. Inouï et inégalable.

Édith Weber
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Anthony GIRARD : Œuvres pour violon. AZUR Classical (distribution : SOCADISC). AZC148. 2019. TT : 56’ 21. (Premier enregistrement mondial).

Anthony GIRARD (né en 1959 à New York, formé au CNSMDP — 5 Premiers Prix harmonie, contrepoint, analyse, orchestration et composition — et à la Sorbonne : DEA d’Histoire de la musique). Pensionnaire de la Casa Velasquez, lauréat de plusieurs Concours, a composé environ 150 œuvres et enseigne l’orchestration et l’analyse musicale au CRR de Paris et l’orchestration au CNSMDP depuis 2012.
La proximité artistique entre l’interprète : Jean-Luc Richardoz (violon) et le compositeur est palpable. Les Quatre Saisons (Printemps, Juillet l’espiègle, L’Automne en rêve, Vent de neige), 4 caprices pour violon (à la mémoire de Boris Pasternak) exigent une grande virtuosité en raison des doubles cordes, harmoniques doubles, pizzicati… Un autre Caprice : Partons, ô mon âme ! repose sur un poème de Walt Whitman (1819-1892), l’auteur des Leaves of Grass), et propage une oscillation lancinante. L’Étoile Aldébaran, pour 2 violons, est dédiée à Isabelle Flory et Nicolas Risler. Patricia Reibaud rejoint Jean-Luc Richardoz pour accomplir avec une grande sensibilité cette déambulation perpétuelle où l’amarre du temps s’enlève. Dans Lucky ways, 4 études pour violon, les violonistes chevronnés trouveront de quoi développer encore l’appropriation totale de leur instrument. L’écriture très personnelle d’Anthony GIRARD, quelque peu influencée par la musique médiévale, les musiques de l’Inde et le minimalisme, est marquée par une facture mélodique très soignée, une libre utilisation des consonances au service de profondes aspirations spirituelles.
Le discours violonistique, déployé au long du CD, plonge l’auditeur dans un état second, comme rapproché des intentions du compositeur et toujours plus à l’écoute des variations spirituelles subtiles. Expérience intime assurée.

Édith Weber
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