Le célèbre pianiste Aldo CICCOLINI, né en 1925 à Naples, est mort en 2015 à Asnières-sur-Seine. Il a été l’élève notamment d’Achille Longo, de Marguerite Long et d’Alfred Cortot. En 1949, il s’installe à Paris et obtient le Premier Grand Prix du Concours Marguerite Long-Jacques Thibaud. Il a joué sous la direction des plus grands chefs internationaux. Naturalisé français en 1971, remarquable pédagogue, il a enseigné au CNSM jusqu’en 1987 et participé à de nombreuses master classes.

Ce précieux coffret comprend 8 disques enregistrés respectivement en 1956, 1961, 2002 et 2005 (CASCAVELLE). Joël Perrot a assuré la direction artistique et l’enregistrement de ceux effectués entre 1996 et 2014 et réédités en 2018 pour le Label GALLO. Cette réalisation représente en quelque sorte le testament pianistique du maître, une synthèse de ses conceptions interprétatives très personnelles résultant de sa connaissance si approfondie de nombreuses œuvres des sept compositeurs.

Dans son cas, le titre Art revêt aussi son sens latin de science (ars musicae) et la notion allemande d’Aufführungspraxis (pratique de l’interprétation). Comme le souligne Joël Perrot : « Chaque disque d’Aldo Ciccolini est unique et ne ressemble jamais à ce que l’on croit savoir d’une œuvre ». Il ne cherche pas à séduire les auditeurs, il souhaite avant tout rester fidèle aux intentions des compositeurs. Pour lui, les esthétiques baroque, romantique et impressionniste n’ont aucun secret.

Autre preuve de l’intérêt de René GERBER pour la France : ses 6 Sonatines du Terroir parisien composées à Paris en 1934, alors qu’il suivait les cours de composition de Paul Dukas à l’École Normale de Musique. Comme le souligne le texte de présentation : « Ressortissant au cadre habituel (sauf la dernière, constituée de trois fugues), elles offrent une captivante synthèse entre le style linéaire et lumineux de l’auteur et les allusions à des thèmes de la tradition populaire ». La 5ecomprend notamment un thème avec variations et la 6e : Prélude-Fugue-Musette. D’une manière générale, les indications de tempi sont précisées, avec, en principe, un mouvement lent central. Catherine Aubert-Tackett fait preuve d’un toucher délicat, du respect des nuances.

Dans son ouvrage : Les exigences de l’art, paru aux Éditions Papillon (Genève/Drize, 2003), René GERBER résume sa démarche forte de 60 ans d’expérience et s’interroge sur l’essence même de l’art paradoxalement « indéfinissable dans son essence, sa source affective et imaginative et, en même temps, définissable dans sa réalisation, dans

René GERBER, né à Travers en 1908, a fait ses études à l’Université de Zurich, puis au Conservatoire de cette ville et ensuite à l’École Normale de Musique de Paris, avec Paul Dukas, tout en suivant des cours chez Nadia Boulanger et Robert Siohan. De 1947 à 1952, il a été directeur du Conservatoire de Neuchâtel. Il a composé des œuvres d’orchestre, de musique de chambre, vocales et pianistiques, ainsi que 2 Opéras.

La pianiste suisse Catherine Aubert-Tackett, diplômée du Conservatoire de Neuchâtel, titulaire de la Licence ès-Lettres classiques, d’un diplôme de pédagogie du piano, a aussi étudié à Washington. Elle donne de nombreux concerts aux Etats-Unis et en Europe. Elle est spécialiste de la Méthode Suzuki appliquée à l’enseignement du piano et de la musique de René GERBER. Commençant aux accents de la Fantaisie sur un air de Bach pour laquelle René GERBER a tiré son thème du Menuet de la Quatrième Partita que J. S. BACH considérait comme « exercice » de piano. Le programme se poursuit avec Douze Divertissements aux titres et sous-titres évocateurs (Le vielleur, Le moutier, La pastourelle, La belle Aude, Les commères…) représentant des « impressions du pays de France cher à l’auteur ». Les Quatre cahiers pour jeunes pianistes, de

Anna Zassimova, pianiste de concert, pur produit de l’école russe, a — dès l’âge de 6 ans — commencé le piano à l’École Gnessin, puis à cette Académie d’élite auprès du maître moscovite Vladimir Tropp, ensuite à l’École Supérieure de Musique de Karlsruhe avec Michael Uhde et Markus Stange. Tout en sillonnant la Russie, les Etats-Unis, la Chine et participant à de nombreux Festivals internationaux, elle enseigne à la Musikhochschule de Karlsruhe. Musicologue et musicienne dans l’âme, il lui tient à cœur de révéler les compositeurs russes de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, dont les œuvres baignent dans le Romantisme tardif. À aucun moment, elle ne verse dans la sentimentalité débordante mais privilégie l’expressivité et l’émotion contenue.

Le programme — concernant la Sonate n°3 en fa # mineur d’Alexander SCRIABINE (1872-1915), de facture classique en 4 mouvements, la Valse de Vladimir REBIKOV (1866-1920) et Deux Préludes d’Anatoly LJADOW (1855-1914), compositeurs connus — permet de découvrir en premiers enregistrements mondiaux : Rêverie, Contraste

Sortie en octobre 2018 comme le CD consacré à Franz LISZT (cf. supra), cette réalisation du pianiste argentin Nelson Goerner démontre combien il a assimilé l’âme slave enrobée de mélancolie et de tristesse exprimée par Sergei RACHMANINOV (1873-1943) qui « note sur le papier la musique intérieure qu’il entend aussi naturellement que possible ».

Le disque 1 propose le Concerto n°3 en ré mineur (op. 30) créé à New York en 1909, exigeant une maîtrise technique de très haut niveau. Accompagné par l’Orchestre Symphonique de la BBC, sous la baguette précise de Vassily Sinaiski, Nelson Goerner réserve un sort royal à cette œuvre monumentale. Suivent 3 Préludes dont le 12e en sol # mineur souvent interprété bénéficie d’une facture mélodique aux accents orientaux, évoluant comme une plainte et se terminant perdando. À retenir l’Étude pour la main gauche en Lab majeur de Felix BLUMENFELD (1863-1930), pianiste russe, chef d’orchestre, accompagnateur, professeur aux Conservatoires de Saint-Pétersbourg et de Moscou : véritable prouesse technique.

Jozef WIENAWSKI, pianiste, pédagogue et compositeur polonais, est né en 1837 à Lublin où, après une première formation, il étudie le piano au Conservatoire de Paris auprès d’Antoine François Marmontel et de Charles-Valentin Alkan, et la composition auprès de Félix Le Couppey, puis la théorie musicale à Berlin. À Paris, il rencontre Rossini, Gounod, Berlioz et deviendra l’un des artistes favoris de Napoléon III. Après avoir enseigné au Conservatoire de Moscou, il s’installe

Antoni KATSKI (alias Chevalier Antoine de Kontski), né à Cracovie en 1817 dans une famille de musiciens (enfants prodiges) est mort à Ivanytchi (Ukraine) en 1899. Il a étudié le piano à Moscou avec John Field, à Vienne avec Sigismond Thalberg, puis a donné des concerts à Paris, en Espagne et au Portugal. Il a été pianiste à la Cour de l’Empereur de Prusse à Berlin. Après avoir beaucoup voyagé, il s’est installé à Londres, puis aux Etats-Unis où il est naturalisé. Véritable globe-trotteur, il sillonnera le monde entier, tout comme son remarquable interprète, le pianiste Slawomir Dobrzanski qui, d’entrée de jeu, avec la Polka nationale variée (op. 81), fait montre de toute sa dextérité et illustre à merveille le caractère cabotin du compositeur, personnage hors norme et haut en couleurs. Il montre une tout autre facette avec L’isolement–méditation (op. 47) sur une mélodie italianisante et mélodramatique, proche la Méditation Toujours seul (n°3, op. 57), en forme de rondo, avec une conclusion assez

Né à Belgrade en 1947, de nationalité américaine, ses parents étant installés aux États-Unis, dès l’âge de 9 ans, Eugen Indjic se produit en concerts avec orchestre ; il sera l’élève du pianiste américain d’origine russe, Alexandre Borowsky. En 1968, Arthur Rubinstein le qualifie de « pianiste de rang mondial, d’une rare perfection musicale et artistique ». Après ses études à l’Université de Harvard, il s’installe en France lors de son mariage avec Odile Rabaud et participe à de nombreux concerts avec des Orchestres prestigieux. Pour l’Année Chopin en 1999, il a enregistré intégralement son œuvre auquel, dès son enfance, il voue une grande admiration.

Ce disque reproduit la Sonate n°2 en Si b majeur (op. 35, 1839), appelée « Sonate funèbre » en raison de son caractère sombre et tragique ayant tenté de nombreux interprètes. Eugen Indjic restitue l’angoisse du premier mouvement et l’agitation, avec oppositions de nuances contrastant avec le Scherzo implacable. Il confère à la Marche son caractère lugubre, et le déchirant Finale (Presto non tanto) s’impose par son modernisme. Également en 4 mouvements, la 3e Sonate en si mineur (op. 58)

Né à San Pedro (Argentine) en 1969, Nelson Goerner commence le piano dès l’âge de 5 ans, puis poursuit ses études au Conservatoire National de Buenos Aires et donne son premier concert en 1980 dans sa ville natale. Grâce à une bourse, il se perfectionne dans la classe de virtuosité de Maria Tipa, au Conservatoire de Genève. Installé dans cette ville, il y est professeur à la Haute École de Musique, et également à l’Académie Barenboim-Said à Berlin. Il participe à de nombreux Festivals internationaux comme soliste et accompagnateur, et a obtenu de nombreuses distinctions internationales.

Nelson Goerner propose une version des 12 Études d’exécution transcendante de Fr. LISZT, dédiées à Carl Czerny, aux titres descriptifs, dans lesquelles il s’impose en authentique prestidigitateur des sons, tour à tour calme, héroïque ou très expressif (con moto). À retenir : Feux follets interprétée avec légèreté (CD 1). D’autres pièces audacieuses font l’objet du CD 2 : la redoutable Sonate n°2 en 3 mouvements : Lento assai, Andante sostenuto et Allegro energico dans lequel il déploie toute sa maîtrise

Voici un très bel enregistrement dans lequel s’entremêlent lyrisme, contrastes, fraîcheur, le tout avec beaucoup de personnalité et d’implication. Une rondeur dans le son et une sincérité constante couronnent cet enregistrement. On ressent chez Damien Aribert l’influence des musiques improvisées d’horizons diverses, comme on peut le retrouver dans le rock, la funk, le blues, l’Espagne et l’Amérique du sud. Ce tour du monde des musique actuelles autour d’un programme original et poétique en laissera plus d’un nostalgique, figé : le temps s’est arrêté…
Rêve, tendresse et swing, voilà qui qualifie parfaitement cet album !
Lionel Fraschini
© L'ÉDUCATION MUSICALE 2018

 

L’intérêt pour Théodore DUBOIS (1837-1924), surtout connu par son célèbre Traité d’harmonie théorique et pratique (1921), a été relancé par Helga Schauerte avec son édition des œuvres d’orgue (Baerenreiter) et son disque Théodore Dubois : Œuvres d’orgue (SYRIUS). Quant à son œuvre pour piano, depuis si longtemps tombée dans l’oubli, elle a enfin en 2018 fait l’objet de 3 CD du label ACTE PRÉALABLE, à l’initiative d’Artur Cimirro (né en 1982), pianiste brésilien virtuose qui — après avoir fréquenté l’Académie de Budapest et enregistré de nombreux disques — s’est imposé notamment par sa vaste palette expressive, son jeu transparent, son toucher délicat et sa remarquable précision d’attaque. Il se joue de tous les traquenards et s’amuse de toutes les exigences pédagogiques.

Georges BIZET, né à Paris en 1838, est mort à Bougival en 1875. Au Conservatoire National, il a été l’élève de Jacques-François-Fromental HALÉVY (1799-1862), compositeur, Prix de Rome et aussi écrivain. Il a composé des œuvres pour l’Opéra Comique et l’Opéra. Noé ou Le Déluge (Bizet et H. de Saint Georges), terminé par G. Bizet, reprend le récit biblique (Genèse, chapitres 6 à 9) concernant la réaction de Dieu à la méchanceté humaine, son châtiment par le déluge mais la sauvegarde d’un reste de chaque espèce vivante, dont Noé et les siens à l’abri dans l’arche.

Jacques-François-Fromental HALÉVY (1799-1862), compositeur de La Juive (créée à l’Opéra de Paris en 1835) et de chants religieux en hébreu et en latin, a été chef de chant au Théâtre Italien puis à l’Opéra. Il a traité le thème biblique de Noé, opéra en 3 actes, resté inachevé, puis complété par Bizet sous le titre Le Déluge, avec alternance de récits, chœurs, scènes, romances (solo), duos, trios, ballets.

 

Cet opéra, créé à Paris en 1883, est édité en premier enregistrement mondial, avec le soutien d’Eurotunnel. Il repose sur le livret de Léonce Détroyat et Armand Sylvestre, d’après Shakespeare et Pedro Calderon de La Barca (La Comédie du Schisme en Angleterre). Henry VIII (1491-1547, 2e Tudor), ayant accédé au trône en 1509, est, par l’Acte de Suprématie (1534), devenu le chef unique de l’Église d’Angleterre. L’enregistrement remonte à 2003.

Parmi les intervenants, figurent 7 solistes vocaux, les Chœurs du Théâtre des Arts de Rouen, la Fanfare de Villers-Cotterêts et l’Orchestre Lyrique Français, dirigés par Alain Guignal. À noter la belle prestation de Dominique Khalfouni (danseuse étoile) et Jan Broeckx (danseur étoile) et la mise en scène très étudiée de Pierre Jourdan.

L’œuvre en 4 actes, assez proche de Giacomo Meyerbeer, représente un mélange d’histoire, d’amour et de cruauté. L’action se passe au Parc de Richmond, au Palais Royal de Londres, chez le Roi, dans les appartements de la Reine Ann, mais aussi au Synode. À remarquer, entre autres, le thème Maestoso d’origine anglicane, le Menuet,

Ambroise THOMAS, né à Metz en 1811, est mort à Paris en 1896. Dès 1828, il étudie le piano, l’harmonie et la composition au Conservatoire National. Membre de l’Institut, il assumera les fonctions de directeur du Conservatoire. Il a composé 3 Ballets, une vingtaine d’ouvrages lyriques. Tout en s’étant affranchi de l’influence italienne, son œuvre reste assez conformiste ; elle est empreinte d’un certain lyrisme et d’un charme un peu désuet. Essentiellement musicien de théâtre, il sait composer pour les voix. Toutefois, la musique de ce Premier Grand Prix de Rome manque quelque peu de personnalité.

Pour le Songe d’une nuit d’été, opéra en 3 actes, Ambroise THOMAS a retenu le poème de Joseph-Bernard Rosier et d’Adolphe de Leuven (et non la comédie de Shakespeare : Midsummer Night’s Dream, que Benjamin Britten (1913-1976) traitera ultérieurement). Dans cette œuvre très bien accueillie lors de sa création (le 20 avril 1850 à l’Opéra Comique), il cherche avant tout à plaire. Cette représentation fait appel à 8 solistes, aux dynamiques Chœurs du Théâtre Français de la Musique, à

La Collection « L’opéra français » — à l’initiative de Pierre Jourdan, directeur du Théâtre Impérial de Compiègne — permet, dans d’excellentes conditions techniques, de visualiser et d’entendre une sélection d’Opéras avec décors, costumes, mise en scène et des solistes triés sur le volet comme, par exemple, Anne-Sophie Schmidt au téléphone dans La voix humaine — chef-d’œuvre de Francis POULENC (1899-1963) sur le livret de Jean COCTEAU (1889-1963) —, accompagnée par l’Orchestre Ostinato, sous la baguette précise de Jean-Luc Tingaud. Lors d’interminables conversations téléphoniques parlando/chantées, avec un rythme verbal haletant et une facture mélodique très disjointe, elle tient constamment en haleine l’auditoire, passe par toutes les nuances de la palette expressive et toutes les positions (assise, allongée, debout, recroquevillée…) exigées par la mise en scène pour ce long huis-clos intimiste. Vraie comédienne, elle fait preuve d’une grande volubilité et d’une virtuosité vocale à toute épreuve, favorisant l’intelligibilité du texte. L’ensemble bénéficie d’un décor sobre et efficace (la grosse ampoule éclairant la chambre est du meilleur effet).

L’Ensemble Artemandoline propose aux discophiles un voyage à Naples, vraie capitale musicale où, au XVIIIe siècle, la mandoline était très appréciée, notamment dans les Salons et Palaces et par des virtuoses nobles. L’instrument peut être pincé par les doigts, ce qui produit un son court, ou joué avec un plectre pour obtenir des sons plus longs (trémolo, grattage).

Les solistes sont Juan Carlos Munoz, Mari Fe Pavon et Alla Tolkacheva. Ils se produisent sur des mandolines baroques. Les 5 Concertos font appel, selon les cas, aux instruments suivants : violons, alto, théorbe, guitare baroque, violoncelle, contrebasse, clavecin. De structure ternaire classique (avec un mouvement lent central gracieux ou méditatif), ils sont signés : Giovanni PAISIELLO (1740-1816) — célèbre compositeur du Barbier de Séville —, ses contemporains napolitains Giuseppe GIULIANO, Domenico CAUDIOSO et Carlo CECERE (1706-1761).

Perry SCHACK, guitariste virtuose — célèbre par ses nombreuses prestations en soliste et accompagnateur, aux États-Unis, Canada, en Corée du Sud, Nouvelle Zélande, Australie, Grèce — a fait ses études à Munich et au Mozarteum à Salzbourg. Il rappelle que, âgé de 8 ans, il a entendu une œuvre de Mauro GIULIANI (1781-1829) interprétée par Andres Segovia, qui a motivé son engouement pour la guitare et le répertoire romantique.

Le programme dans l’ordre chronologique permet de découvrir Six Variations sur la chanson populaire I bin a Kohlbauernbub (Je suis un gars de mineur) exploitée par M. GIULIANI qui l’avait entendue lors de concerts en Autriche. Il y déploie tout son art de la variation et conjugue une mélodie allemande avec le tempérament italien et une forte dose de virtuosité instrumentale. Une vraie explosion de joie. Le volet central concerne Douze Bagatelles (op. 4) de Heinrich MARSCHNER (1795-1861), connu par ses opéras romantiques. Il s’agit de pièces brèves, variées et agréables à entendre. Le compositeur privilégie les mouvements assez rapides (Allegro) alternant avec des

Au départ : des Caprices sur des airs connus extraits de Mireille (1864), de Romeo et Juliette (1867), ainsi que de la Fantaisie sur Faust (drame lyrique, 1859), traités par le violoniste Pablo de SARASATE (1844-1908), puis re-traités, augmentés et orchestrés au XXe siècle par Daniel Tosi (né en 1953), agrégé, docteur du 3e cycle (Sorbonne), musicologue, compositeur et chef à la tête de l’Orchestre de chambre Méditerranée (ensemble de cordes) avec en soliste l’intrépide violoniste Diego Tosi. Ils rendent un hommage brillant à Charles GOUNOD (1818-1893) pour le bicentenaire de sa naissance.

Le tout est placé sous le signe de la variation et de la virtuosité, et Daniel Tosi précise qu’il a « tenté de créer un lien, une histoire, une sorte d’opéra de quinze ou vingt minutes ; le violoniste solo étant chargé de traduire le flot musical qui s’écoule à travers les différents chapitres, les piliers majestueux de l’œuvre » (p. 5). L’audacieux projet de ré-écriture baigne tour à tour dans le romantisme, l’ardeur, l’exaltation, le drame, mais aussi le raffinement et l’émotion à partir de trois Airs cités : Anges du

En collaboration avec les Archives internationales de Musique populaire (Musée d’ethnographie, Genève), le label VDE-GALLO propose un aperçu des possibilités du shakuhachi, genre de flûte vraisemblablement originaire de Chine, devenue un instrument traditionnel au Japon vers le VIIe-VIIIe siècle pour les musiques de la Cour impériale jusqu’à la fin du XIXe siècle. Comme le précise le remarquable texte d’accompagnement, ce disque, complété par des illustrations significatives, deux autres flûtes droites en bambou (à 5 trous) sont utilisées jusque vers 1600. Puis, une flûte plus longue shakuhachi devient l’instrument populaire joué par des moines errants dans le cadre de leurs méditations. Ces Komuso appartiennent à la secte Fuke cultivant la pensée zen. Leur instrument est surtout un outil (hoki) de pratique du zen, doté d’un potentiel acoustique et symbolique, son jeu nécessite une grande concentration.

À l’instar du poème symphonique Les steppes de l’Asie centrale (1880) d’Alexandre Borodine (1833-1887), cet enregistrement est intitulé Mélodies des Grandes Steppes (la steppe désignant une vaste étendue d’herbe dépourvue d’arbres). Il met en valeur notamment deux instruments orientaux : dombura (ou dombra, luth rustique piriforme à manche long et à cordes pincées, à la manière de la guitare, pratiqué de la Turquie jusqu’en Chine) et kobuz (sorte de viole de gambe à 2 cordes).

Il s’agit de versions originales ou d’arrangements de mélodies célèbres au Kazakhstan, par exemple : Konur — du poète, chanteur et compositeur, Korkyt ATA (IXe siècle), figure historique ayant vécu dans les steppes et devenue patron des musiciens — interprétée en deux versions : l’une originale pour kobuz solo ; l’autre, arrangée pour 3 kobuz et quatuor à cordes avec le concours du Kazakh State String Quartet (Quatuor à cordes de l’État Kazakh). Ou encore : la mélodie Yerke Sylkym de Zheldibayv ABDIMOMYN (né en 1934) pour dombra. Au total : 7 compositeurs essentiellement du XIXe siècle, le plus récent étant né en 1972.

À écouter avec curiosité, ce disque retiendra, à plus d’un titre, l’attention des ethnomusicologues et des organologues. Dépaysement assuré.
Édith Weber

Toujours à l’affût de titres accrocheurs, le label GALLO convie les amateurs de hautbois et de guitare à un long parcours chronologique allant de Georg Philipp TELEMANN (1681-1767) et Ernst Gottlieb Baron (1696-1760) jusqu’à Astor PIAZZOLLA (1921-1992) — en passant entre autres par Giovanni Battista PERGOLESI (1710-1736), Heitor VILLA-LOBOS (1887-1959), Jacques IBERT (1890-1962) — et à un vaste itinéraire géographique : Allemagne, Italie, France, Angleterre et Brésil.

Ce disque illustre les formes évoluant au fil des siècles : Partita (variations), Sonate, Sicilienne, Romance, Chansons populaires, Bachianas Brasileira, Aria, Cantilène, Consolation… : 26 plages au total, et plus d’une heure d’écoute, avec des résonances de musique baroque, romantique, classique, brésilienne, anglaise, italienne et contemporaine, émanant de 11 compositeurs : de quoi divertir les discophiles curieux.

Silvano Scanziani, hautboïste, compositeur et chef d’orchestre, a collaboré avec les plus grandes formations internationales. Domenico Lafasciano, guitariste, disciple

Les enregistrements contemporains pour saxophone et piano se font moins rares. Voici une réalisation entièrement polonaise tant par les compositeurs et interprètes que par le Label ACTE PRÉALABLE. Elle est due à Urszula Szyryska (piano) et Julita Przybylska (saxophone).

Les œuvres des compositeurs Marek JASINSKI et Jaromir GAJEWSKI sont très prisés lors de concerts internationaux. Le premier, né en 1949 à Stargard Szczecinski, est mort en 2010 à Cluj (Roumanie). Après ses études de théorie, composition et direction à l’Académie de Musique de Poznan, il a suivi de nombreuses masterclasses organisées par l’UNESCO, puis a enseigné ces différentes matières. Ses compositions sont interprétées non seulement en Europe, mais encore en Argentine, Australie, Israël, au Canada et aux États-Unis. La première œuvre du CD, pour piano et saxophone, concerne Méditations (Medytacje) : insomnie sur la Hudson River, composées en 2009 (soit un an avant la mort de M. Jasinski). L’œuvre se réclame de la musique aléatoire offrant une grande variété dans les tempi du compositeur et des interprètes qui