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septembre-octobre 2008
n° 555-556
mai-juin 2008

mai-juin 2008
n° 553-554



BACCALAUREAT 2009
Supplément au n° 555-556




Sommaire :

1. L'éditorial de Francis Cousté : "Sifflotis et fredons"
2. Informations générales
3. Varia
4. Manifestations et Concerts
5. L'édition musicale
6. Bibliographie
7. CDs et DVDs
8. Saisons et créations
9. La vie de L’éducation musicale


Sifflotis & fredons

 

Parmi les universellement branchés que nous sommes, en perpétuelle attente de communication, qui trouverait encore le temps de la paresseuse flânerie ?  Il n’est pourtant pas si lointain le joli temps où nous pouvions, par les rues et par les chemins, entendre fredonner ou siffloter quelque passant désœuvré…

 

Saturés ad nauseam de confiseries sonores, comment éprouverions-nous encore l’onaniste tentation du soliloque musical?  Sinon peut-être – whistling in the dark – dans la haute solitude des parkings ou la traversée d’autres lieux non moins inquiétants…

 

Ainsi, l’été dernier, sur certaine jetée violemment battue par les flots, il n’était guère d’« aventurier » qui ne sifflotât d’un air dégagé.  Et l’auteur de ces lignes…

 

Le chant choral, heureusement, ne s’est jamais mieux porté !

 

Francis B. Cousté

 


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Le Bulletin officiel de l’Éducation nationale est librement consultable sur :

www.education.gouv.fr/pid285/le-bulletin-officiel.html

 

Lundi rose !  Dans sa conférence de presse du 15 septembre 2008, le ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos a annoncé la signature d’une convention de partenariat avec six institutions dédiées à la musique : l’Ircam, Radio Classique, France Musique, les Jeunesses musicales de France, le Hall de la chanson et la Cité de la musique.

 

Le Louvre invite Pierre Boulez.  Du 6 novembre 2008 au 9 février 2009 : concerts, exposition, musique filmée, débat, conférence, colloque.  Le 6 novembre (18h30) : Conférence inaugurale par Pierre Boulez.  Le 7 novembre (18h30) : Conversation d’architecture avec Pierre Boulez, Jean Nouvel & Laurent Bayle.  Le 8 novembre (10h-18h) : L’œuvre en suspens, colloque en présence du compositeur.  Renseignements : www.louvre.fr

 

La session d’été 2009 du World Youth Choir se tiendra Gand (Belgique).  Il est d’ores et déjà possible de s’inscrire.  Renseignements : www.worldyouthchoir.org

 

Collège « Musique contemporaine » 08-09.  Salle des Colloques de la Cité de la musique [notre photo], les jeudis de 19h30 à 21h30 (15 séances).  Intervenant : Pierre-Albert Castanet.  Archives sonores et vidéos illustrent ces cours.  Premières séances : Le rapport au bruit (2 octobre), L’ère des machines (9 octobre), Messiaen et ses élèves (16 octobre), Dans le sillage de Pierre Boulez (23 octobre), Dans le sillage de Iannis Xenakis (6 novembre)… 

Renseignements : www.cite-musique.fr/francais/activites/_database/S06047.htm

 

Salle Favart. En 2008-09, l’Opéra-Comique [notre photo] propose : Dido and Aeneas (Purcell), Zampa ou La fiancée de marbre (Hérold), Fra Diavolo ou L’hôtellerie de Terracine (Auber), Lady Sarashina (Eötvös), Albert Herring (Britten), Zoroastre (Rameau), Le roi malgré lui (Chabrier), Carmen (Bizet). Renseignements : 1, place Boieldieu, Paris IIe. Tél. : 08 25 01 01 23.  www.opera-comique.com

 

L’exposition « Gainsbourg 2008 » sera ouverte, à la Cité de la musique de Paris, du 21 octobre 2008 au 1er mars 2009.  Salle des concerts, les 22, 23, 24, 25 et 28 octobre : « Les années Gainsbourg ».  Musée de la musique, les 25 et 26 octobre : concert-promenade et projections.  Renseignements : 01 44 84 44 84.  www.cite-musique.fr

 

 

Le Concours national du Florilège vocal de Tours 2009 se déroulera du 19 au 31 mai.  Trois catégories : Chœurs d’adultes (12-34 chanteurs), Ensembles de jeunes de moins de 24 ans (12-34 chanteurs), Expression libre (4-34 chanteurs).  Inscriptions jusqu’au 15 novembre 2008.  [notre photo : Ensemble vocal Arthemys].  Renseignements : www.florilegevocal.com

 

Le Théâtre français de la Musique, sis en le Théâtre impérial de Compiègne [notre photo], partage sa programmation entre opéra, opéra-comique, opérette, théâtre musical, récital, musique de chambre & symphonique.  Renseignements : Laure de Boulois : 03 44 40 17 10.  www.theatre-imperial.com

 

Ircam/Centre Pompidou, saison 08-09.  Fort de vingt-sept concerts & spectacles différents (à Paris et en tournée), huit colloques & conférences, l’Ircam propose : 19 créations mondiales, un cycle consacré au quatuor, deux concerts en liaison avec les expositions du Centre Pompidou (« Jacques Villeglé » / « Wassily Kandinsky »), une rencontre entre la chorégraphe Myriam Gourfink et le compositeur Georg Friedrich Hass.  Renseignements : 1, place Igor-Stravinsky, Paris IVe.  Tél. : 01 44 78 48 43.  www.ircam.fr

 

À l’Opéra national de Paris sont programmés, en 2008-09 : Fidelio (Beethoven), La petite renarde rusée (Janáček), La flûte enchantée (Mozart), La fiancée vendue (Smetana), Lady Macbeth de Mzensk (Chostakovitch), Tristan et Isolde (Wagner), L’affaire Makropoulos (Janáček), Idomeneo (Mozart), Yvonne, princesse de Bourgogne (Boesmans), Le roi Roger (Szymanowski), Un bal masqué (Verdi), Eugène Oneguine (Tchaïkovski) et Madame Butterfly (Puccini).  Renseignements : 08 92 89 90 90.  www.operadeparis.fr

 

Jazz à l’université Toulouse II-Le Mirail : Cours, concerts & master-classes 08/09.  Renseignements : http://jazzfac.net ou contact@jazzfac.net

 

Le pianiste Pierre-Laurent Aimard [notre photo] donnera sa Leçon inaugurale au Collège de France - chaire de Création artistique - le 22 janvier 2009, à 18 heures, en l’amphithéâtre Marguerite de Navarre.  Elle portera sur : « Rôle et responsabilité de l’interprète aujourd’hui ».  Entrée libreRenseignements : 11, place Marcellin-Berthelot, Paris Ve. www.college-de-france.fr

 

Saison 2008-09 à l’Opéra de Tours : Armida (Haydn), Un festin imprévu / Mesdames de la Halle (Offenbach), Mozart (Reynaldo Hahn), Il viaggio a Reims (Rossini), Ariadne auf Naxos (R. Strauss), Così fan tutte (Mozart), Mireille (Gounod).  Renseignements : 34, rue de la Scellerie, 37000 Tours.  Tél. : 02 47 60 20 20.

 

Les demi-sœurs Eva Wagner-Pasquier (63 ans) et Katharina Wagner (30 ans) [nos photos], arrière-petites-filles du compositeur, succèdent à leur père Wolfgang à la direction du festival de Bayreuth.  Évinçant le tandem – trop « audacieux » dit-on - constitué de leur cousine Nike Wagner (63 ans) et du Belge Gérard Mortier.  Renseignements : www.bayreuther-festspiele.de

 

L’Ensemble Télémaque [notre photo], formation marseillaise dédiée à la musique contemporaine, fêtera ses 15 ans en 2009.  Étonnamment riche est, dès octobre 2008, sa programmation.  Renseignements : 04 91 39 29 13.  www.ensemble-telemaque.com

 

Opéra de Montréal.  Pour la 5e année, le projet éducatif coOpéra permettra à une centaine d’élèves de quatre écoles primaires de concevoir leur propre spectacle musical à partir d’un opéra à l’affiche.  En 2007-08, c’était : Didon et Énée (Purcell), Le monde de la lune (Haydn) et Un bal masqué (Verdi).  De la conception scénique au livret, en passant par des ateliers sur la voix, ces jeunes bénéficient du soutien technique & artistique de la compagnie et de l’Atelier lyrique [notre photo].  Renseignements : www.operademontreal.com

 

« Petits et grands » à l’Opéra national de Paris : spectacles musicaux, opéras, danse contemporaine, hip-hop…  Renseignements : Animation et Jeune Public.  Agnès de Jacquelot : 01 40 01 19 88.  adejacquelot@operadeparis.fr / www.operadeparis.fr

 

« Découvrir la musique » à Radio France ! Innombrables sont les concerts destinés au jeune public, lors de la saison 2008-2009.  Aussi bien à la Maison de Radio France [notre photo : « la Maison ronde », vue depuis la Tour Eiffel] qu’au Théâtre des Champs-Élysées, au Petit Palais, au Conservatoire Francis-Poulenc, au Théâtre du Châtelet, à la Salle Pleyel…  Renseignements : 01 56 40 15 16.  www.concerts.radiofrance.fr

 

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Verbatim : « Je n’en revenais pas quand j’ai appris qu’il y a davantage d’apprentis-pianistes en Asie que d’habitants en Allemagne.  Ah non, pardon… Pas en Asie, en Chine ! » (Sir Simon Rattle, Trip to Asia).

 

Selon le Shanghai Daily, Google aurait choisi la Chine pour lancer son 1er service de téléchargement gratuit de musique - en partenariat avec www.top100.cn  La Chine serait aujourd’hui le premier pays du monde en nombre d’internautes : 253 millions (contre 215 millions aux USA).

 

16’33 : tel est le temps moyen nécessaire à un travailleur interrompu par un courriel pour revenir à ce qu’il ou elle faisait auparavant (source : University of Illinois).  En mai 2008, 82 % des Étasuniens utilisaient Internet (source : Parks Associates), cependant que 97 % de leurs compatriotes âgés de 12 à 17 ans pratiquaient les jeux vidéo (source : Pew Survey).

 

Myspace annonce 230 millions d’utilisateurs dans le monde, dont (seulement) 3 millions en France.  Il y aurait, en revanche, 15 millions de blogs en France, record du monde.

 

Le Centre de musique médiévale de Paris organise des Ateliers réguliers (Technique vocale, Yoga pour chanteurs, Chant grégorien, Chansons & motets en France (XIIIe-XIVe siècles), Hildegard von Bingen, Vièle à archet & luth, Cornemuses & vielles à roue…) et des Stages de week-end (Harpes anciennes, Chant grégorien, Improvisation vocale, Notation Ars nova & Ars subtilior, Guillaume de Machaut, Frottole, Percussions…).  Renseignements : 47, rue Bobillot, Paris XIIIe.  Tél. : 01 45 80 74 49.  http://assoc.orange.fr/cmmp

 

Le réalisateur & écrivain Frédéric Mitterrand a pris ses fonctions, le 1er septembre 2008, à la direction de la Villa Médicis.  Il entend « élargir le collège des pensionnaires, en mettant la Villa au cœur d’une démarche culturelle euro-méditerranéenne ».  Renseignements : www.villamedici.it

 

Centre Pompidou.  La Bibliothèque publique d’information (BPI) met gratuitement à la disposition du public (par séquences de 75’, sur réservation) deux pianos numériques avec « logiciels musicaux ».  Renseignements : 01 44 78 12 33 (demander : « Espace Musiques et documents parlés »).  www.bpi.fr

 

Découverte d’une Étude pour piano de Beethoven.  C’est en étudiant les derniers travaux du compositeur conservés à la Bibliothèque nationale de Berlin que Peter McCallum, maître-assistant en musicologie de l’Université de Sydney, a mis la main sur cette partition qui n’avait pas, jusqu’à présent, retenu l’attention des spécialistes.  Apparemment complète mais très courte, l’œuvre aurait été écrite en octobre 1826, soit quelques mois avant la mort du compositeur, en mars 1827.

 

Les ventes de musique numérique ont représenté, au premier semestre 2008, un volume de 35,4 millions de titres téléchargés - en augmentation de 47,5% par rapport au premier semestre 2007.

 

Amazon.com & IMDb (Internet Movie Database) lancent une encyclopédie musicale participative.  Sorte de Wikipedia de la musique, le site mérite assurément le détour : www.soundunwound.com

 

Verbatim : « Les convaincus sont terribles ! » (Jules Vallès). 

 

À l’Académie des Beaux-Arts, le 24 septembre 2008, Seiji Ozawa était installé, en tant que « Membre associé étranger ».  Hugues Gall prononça le discours de réception.  Auquel le chef d’orchestre répondit par l’éloge de son prédécesseur Yehudi Menuhin (décédé le 12 mars 1999).  Renseignements : www.academie-des-beaux-arts.fr

 

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Journées Ravel à Montfort-l’Amaury : « Maîtres et élèves », les 4-5 et 11-12 octobre 2008.  Lieux : Château de Bluche, Centre Maurice-Ravel, Château du Tremblay, Château de Groussay, Église Saint-Pierre, Centre des Capucins.  Renseignements : 01 34 86 96 10.  www.lesjourneesravel.com

 

Église du Val-de-Grâce.  Le concert inaugural de la XVIe saison d’orgue sera donné, le dimanche 5 octobre, à 17h30, par Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense, titulaire de l’instrument.  Au programme : Bach, Walther, Claussmann, Chostakovitch, Pasquet, Morançon.  Entrée libreRenseignements : 1, place Alphonse-Laveran, Paris Vewww.valdegrace.org

 

 

Musée d’Orsay.  Sur le thème de L’art de l’accompagnement vocal, seront données des master-classes, le dimanche 5 octobre 2008, par les pianistes Julius Drake (11h), Roger Vignoles (14h) et Graham Johnson (16h).  Avec le concours de « couples pianiste-chanteur ».  Table ronde à 17h30. Entrée libre.  Sur ce même thème, le ténor Ian Bostridge donnera deux concerts : le jeudi 23 octobre à 20h (œuvres de Britten, Warlock et Vaughan Williams, avec le Nash Ensemble) et le vendredi 24 octobre à 20h (œuvres de Brahms et Schumann, avec le pianiste Julius Drake).  Renseignements : M’O’ – 1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris VIIe. www.musee-orsay.fr

 

Le Tango boréal. Dans le cadre d’un concert organisé par « La Casa de Santa Fe en Paris » (tél. : 06 86 76 19 28), le duo Kristina Kuusisto, bandonéon, et Mari Mäntylä, décacorde [notre photo], se produira le 10 octobre 2008, à 21h, en la Maison de l’Amérique latine.  « Le tango est le seul moyen de survivre en Finlande » (Aki Kaurismäki).  Renseignements : 217, bd Saint-Germain, Paris VIIe.  Tél. : 01 49 54 75 00.  www.mal217.org

 

Festival Présences.  Le premier des 5 week-ends proposés en 2008-2009 se déroulera à Paris, Maison de Radio France.  Œuvres de Malika Kishino, Jan Erik Mikalsen, Jonny Greenwood, Luciano Berio, John Lennon & Paul McCartney (10 octobre, 20h) ; de Giuliano d’Angiolini, Thierry Escaich, Bernard Cavanna (11 octobre, 18h) ; de Alexander von Zemlinski, Aubert Lemeland, Frank Zappa, Led Zeppelin (12 octobre, 16h) ; de Anthony Girard, Laurent Petitgirard, Jonny Greenwood, Jean-Louis Florentz (12 octobre, 18h).  Entrée libre. Renseignements : 01 56 40 15 16.  www.radiofrance.fr/chaines/orchestres/presences/prog

 

Le Quatuor Psophos [notre photo], en résidence à l’Athénée/Théâtre Louis-Jouvet, invite le clarinettiste Jörg Widmann, le samedi 11 octobre 2008, à 15h.  Programme : Quatuor à cordes (Maurice Ravel), Quatuor à cordes n°4 (Jörg Widmann), Quintette pour clarinette et cordes (Wolfgang Amadeus Mozart).  Renseignements : 24, rue de Caumartin, Paris IXe.  Tél. : 01 44 91 80 11.  www.quatuor-psophos.com

 

« L’automne des Concerts de Poche » propose : Nouveau trio gitan, avec Christian Escoudé, David Reinhardt & Jean-Baptiste Laya (10 octobre/Marcq-en-Baroeul), Michel Dalberto & le Quatuor Ébène (12 octobre/Perthes-en-Gâtinais), Quintette à vent & piano (16 octobre/Vouziers et 18 octobre/Vernou-la-Celle-sur-Seine), Jean-François Zygel (21 octobre/Reims et 22 octobre/Charleville-Mézières).  Renseignements : 01 60 71 69 35.  www.concertsdepoche.com

 

En hommage à l’altiste Fiodor Droujinine (membre du légendaire Quatuor Beethoven de Moscou, dédicataire de la Sonate pour alto op. 147, œuvre ultime de son ami Chostakovitch), sera donné un concert, le 15 octobre 2008, à 20h30, en la Salle Cortot (78, rue Cardinet, Paris XVIIe).  Par le Quatuor Danel : œuvres de Dimitri Chostakovitch & Fiodor Droujinine [notre photo] et de Théophile de Wallensbourg.  Renseignements : 01 47 03 90 43. www.chostakovitch.org

 

Auditorium du Louvre.  Le mercredi 15 octobre 2008, à 20h, Petra Lang (mezzo-soprano) & Charles Spencer (piano) interpréteront : Deutsche Volkslieder (extraits) de Brahms, Frauenliebe und -leben de Schumann, Mörike-Lieder (extraits) de Wolf, Rückert-Lieder de Mahler.  Renseignements : 01 40 26 77 94.  auditorium@louvre.fr

 

« Aux origines du dialogue humain : parole & musique ». Dans le cadre de ce colloque organisé par le Collège de France [notre illustration], seront données le jeudi 16 octobre, à 17h40 : Strette d’Hèctor Parra et Récitations (extraits) de Georges Aperghis.  Avec Donatienne Michel-Dansac (soprano).  Réalisation informatique musicale : Ircam (travail sur le phonème, la prosodie ou le chant, segmentation, contrôle et synthèse).  Entrée libreRenseignements : Collège de France (11, place Marcelin-Berthelot, Paris Ve).  Tél. : 01 44 27 11 47.  www.college-de-france.fr

 

« Toulouse Les Orgues ». La 13e édition de ce festival international se déroulera, dans la ville rose, du 3 au 19 octobre 2008.  Renseignements : 05 61 33 76 87. www.toulouse-les-orgues.org

 

Le Concert Trio, composé de Michèle Scharapan (piano) [notre photo], Martine Bailly (violoncelle) et de Thomas Gautier (violon), donnera, le samedi 18 octobre 2008, au Théâtre du Conservatoire national supérieur d’Art dramatique (2bis, rue du Conservatoire, Paris IXe) un programme Schubert : Trio en sib majeur D.898 et Trio en mib majeur D.929.  Renseignements : 06 75 57 63 73.  http://michele-scharapan.com ou concertrio@voila.fr

 

The King’s Singers [notre photo] se produiront à Arcachon (Théâtre Olympia, le 19 octobre), à Paris (Salle Gaveau, le 20 octobre) et à Martigues (Théâtre des Salins, le 21 octobre).  Au programme : Madrigaux anglais, Nonsense Madrigals de Ligeti, Chansons de la Renaissance française.  Renseignements : 02 47 95 83 60.  www.kingssingers.com

 

L’Ensemble Intercontemporain propose, à la Cité de la musique de Paris : « La mesure du temps » (2 octobre), « Hommage à Elliott Carter » [notre photo] (9 octobre) et, au Centre Pompidou : « Tournoiement » (29 octobre).  Sans préjudice de concerts donnés à Cologne (5 octobre), Donaueschingen (18 octobre) et Louvain (29 octobre).  Renseignements : 01 44 84 44 53.  www.ensembleinter.com

 

Espace de projection de l’Ircam.  Le mercredi 22 octobre 2008, à 20h : Carnets d’études : percussion.  Œuvres de Elliott Carter, Yan Maresz, Javier Álvarez et, en création mondiale, de Lorenzo Pagliei et Luis Naón [notre photo].  Renseignements : 01 44 78 48 43.  www.ircam.fr

 

Salle Pleyel.  Saison 2008-09 (octobre 2008 : vingt-six concerts).  Renseignements : 252, fg Saint-Honoré, Paris VIIIe.  Tél. : 01 42 56 13.  www.sallepleyel.fr

 

L’Orchestre Poitou-Charentes, direction artistique Jean-François Heisser [notre photo], donne, ce mois d’octobre, 3 programmes : L’histoire du soldat (Stravinski), Concerto en sol / Ma mère l’Oye (Ravel), El Retablo de Maese Pedro (Falla).  À Poitiers, en région et à Paris.  Renseignements : 05 49 55 91 10.  www.orchestrepoitoucharentes.com

 

Auditorium du musée Guimet : « Koma », ensemble d’instruments traditionnels du Japon composé de Yoji Ueki (shamisen, percussions, chant), Atsuhisa Kawasaki (shakuhachi), Tomoya Terao (wadaiko), se produira le vendredi 7 novembre, à 20h30.  Renseignements : 6, place d’Iéna, Paris XVIe.  Tél. : 01 40 73 88 18.  www.guimet.fr/-auditorium

 

Quatuors à cordes. Pour son XXe anniversaire, le Quatuor Arpeggione donnera une double intégrale des 17 quatuors de Beethoven, en l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne [notre photo] et en le Réfectoire des Cordeliers (15, rue de l’École de Médecine, Paris VIe), du samedi 11 octobre au vendredi 12 décembre 2008.  Renseignements : 01 42 62 71 71. www.quatuorarpeggione.fr

Francis Cousté

 

 

 

 


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CLÉS USB

Charley BOURNEL-BOSSON, Gilles COULOT & Antoine LEMOINE : Timbres & Couleurs.  Clés USB : VV 284-P et VV 284-E (uniquement pour PC).  Van de Velde (27, bd Beaumarchais, Paris IVe. www.van-de-velde.fr).

Ce merveilleux petit « livre » électronique de 1 Go (un Giga-octet) - compatible avec Windows 2000/XP/Vista - s’adresse, sous deux versions, aux élèves de Sixième et à leurs professeurs d’Éducation musicale.  Il propose 7 parcours musicaux autour de : l’Afrique, la nuit, la Renaissance, la voix, musiques populaires, nouvelles technologies, le blues.  Il inclut, en outre, « AVMix Studio », logiciel de montage audio/vidéo, à utiliser avec la séquence « nouvelles technologies ».  Tous documents nécessaires étant inclus dans ce nouveau sésame, les élèves pourront, tout à loisir, poursuivre leurs recherches à la maison.  Une production d’avenir.  Sans autrement évoquer le poids des cartables…

 

PIANO

Jean-Sébastien BACH : Sinfoniae BWV 787-801.  En couleurs.  Claude Charlier/Éditions Pôle Nord (66, rue du Nord B, 1000 Bruxelles.  Tél. : 00 32 (2) 218 45 76.  pole.nord@skynet.be).  30 €

Avec cette édition en couleurs des quinze Sinfoniae BWV 787-801, « raisonnée & argumentée en fonction des critères d’analyse utilisés au XVIIIe siècle », le musicologue belge Claude Charlier poursuit sa louable entreprise de restauration - dans sa véritable dimension historique - de la musique pour clavier de Bach, mettant ainsi en évidence sa richesse polythématique.  Travail assorti de commentaires et de la fiche technique de chaque Sinfonia (en français et en anglais).  Sont déjà parues les Inventions à deux voix.  Devraient incessamment paraître (en cahiers séparés) les Préludes & fugues du Clavier bien tempéré.

 

Jürgen BORSTELMANN : Jazzy Xmas.  Pour piano.  Breitkopf (www.breitkopf.de) : EB8818.  10,50 €.

Il s’agit là de 20 célèbres Christmas Carols jazzistiquement relookés.  Si les mélodies demeurent intactes, rythmique et harmonie leur infusent une nouvelle sève.  Voilà qui devrait égayer bien des soirées familiales de fin d’année !

 

George GERSHWIN : 3 Préludes.  Pour piano.  Doigtés par Monika Twelsiek.  Schott (www.schott-music.com) : ED 09809.

« J’ai vécu dans nombre d’endroits, mais le piano fut toujours ma maison » disait George Gershwin [notre photo].  Exigeant un bon niveau technique, ces trois pièces récompenseront largement les efforts consentis.

 

Carl CZERNY (1791-1857) : 40 Exercices journaliers.  Pour piano.  Préface : Ulrich Mahlert.  Schott (www.schott-music.com) : ED 20214.  14,10 €.

Pour un pianiste tant soit peu ambitieux, il serait inconséquent de faire l’économie d’une gymnastique quotidienne, dont l’efficacité est universellement attestée… Corpus assorti d’un utile « Index des caractéristiques musicales et techniques » de chaque exercice.

 

Stéphane BLET : Improvisation n°11 « Éther ».  Pour piano.  « Plaisir de jouer ».  Pierre Lafitan (www.lafitan.com) : P.L.1801.

Ne dépassant guère les 2’, cet andante est fort agréable. Il permettra à tout apprenti pianiste de se jouer d’une pièce résolument contemporaine.  Flottant a piacere sur toute l’étendue du clavier…

 

VIOLON

Igor STRAVINSKY : 9 Pièces pour piano et violon.  « The Stravinsky Violin Collection ».  Boosey & Hawkes (www.boosey.com).  Distrib. : Hal Leonard (www.halleonard.com).  En parties séparées.  24,95 €.

Révisées par Samuel Dushkin, Jeanne Gautier, Albert Spalding ou Joseph Szigeti, ces neuf pièces sont, pour la première fois, réunies en un même album.  Elles s’intitulent Ballad, Chanson russe, Danse russe, Divertimento, Duo concertante, Élégie, Suite (d’après Pergolèse), Suite italienne, Variation d’Apollon (d’après Apollon musagète).

 

SAXOPHONE

Claude GEORGEL (Collection dirigée par) : « Vent de Sax ».  Alphonse-Leduc, éditeur (tél. : 01 42 96 89 11.  www.alphonseleduc.com).

« La collection qui décoiffe » est-il annoncé d’entrée…  Assurément !  Destinée à des saxophonistes de tous niveaux, cette collection regroupe des œuvres de compositeurs contemporains de diverses mouvances (sérielle, jazz, électroacoustique, postmoderne, spectrale…), faisant parfois appel à l’improvisation.  Quatre couleurs de couverture différencient les cibles : jaune (répertoire de concert pour instrumentistes peu expérimentés), bleue (sans virtuosité excessive mais expression de sensibilité), rouge (œuvres de haute volée), noire (pour quatuor de saxophones).  Sont notamment parues diverses pièces pour « Saxophone & dispositif électroacoustique » [avec CD inclus] de Claude Barthélémy (Le Dos des caïmans, Gazebo, Okawati’s, Ubud), Tomás Gubitsch (…and yet, Des bords déments, Clair-obscur, Pour mémoire), Jean-Claude Risset (Diptère, Distyle, Reprises, Rumeur, Saxatile, Saxtractor) et François Rosset (Kanente, Prélude à Kanente) ; pour « Saxophone & piano » de François Rosset (Jonction) ; pour « Saxophone seul » de Claude Georgel (Aiguille rouge, Rivage pâle) ; pour « Deux saxophones » de Betsy Jolas (Allô, Oh là !, Scat, Walking ground) ; pour « Quatuor de saxophones » de Jean-Louis Chautemps (Carré de quatuors).

Francis Cousté

 

FORMATION MUSICALE

Sophie PENITZKA : J’écoute, j’écris. Fin du cycle II.  Volume 4.  Livre élève + corrigés.  1CD.  Billaudot : G 7854 B.

Nous avons dit déjà dans le numéro de mai-juin 2006 de la revue tout le bien que nous pensions de ce travail. Rappelons qu’il s’agit d’un ouvrage destiné aux classes de Formation musicale, mais également à tous ceux qui souhaitent travailler de façon autonome leur oreille musicale sous ses différents aspects (timbre, hauteur, durée, intensité, structure…) tout en développant la mémoire et l’esprit d’analyse.  Ce travail s’effectue entièrement à partir d’œuvres du répertoire.  Le CD est magnifiquement enregistré par un véritable petit ensemble symphonique de grande qualité. Ajoutons qu’il ne s’agit pas seulement d’extraits des œuvres (bien que ceux-ci soient présents pour les exercices de dictée proprement dite, mais que les œuvres ou mouvements d’œuvres sont enregistrés intégralement pour permettre les exercices d’analyse formelle proposés.  Bref, il s’agit d’un outil de tout premier plan.

 

Patrick KERSALÉ : Musiques traditionnelles du monde. Un volume, 2CDs.  Lugdivine (www.lugdivine.com).

Aux antipodes d’une vision folklorique, Patrick Kersalé nous fait découvrir, à travers ce copieux livre et ses deux CDs tout un panorama des musiques du monde. Chaque œuvre ou chaque extrait d’œuvre est abondamment situé dans son contexte, expliqué, commenté. Les textes, les instruments font l’objet d’un commentaire fouillé complété par de très nombreuses photographies et illustrations. Le livre insiste en particulier sur la fonction première de la musique : la communication, ici, là-bas et au-delà.  Nous y découvrons comment l’homme communique avec ses semblables, avec les animaux, avec la nature… Bref il s’agit d’un parcours remarquablement documenté et absolument passionnant.

 

Stéphane BLET : L’Énigme Satie. Combre : C06520.

Une brochure, plus qu’un ouvrage. Mais au contenu dense et passionnant.  Stéphane Blet se fait le chantre du « maître d’Arcueil » (rappelons que ce nom lui fut donné par dérision…). Il rappelle à la fois que nombreux furent les grands musiciens à le considérer effectivement comme un maître, même si d’autres, aussi nombreux, n’eurent pour lui que dédain.  Bien sûr, en douze pages, Stéphane Blet n’écrit pas une somme sur Satie, mais il ouvre des pistes. Il rend bien sûr hommage aux excellents travaux d’Ornella Volta mais souhaite que « les jeunes étudiants en musicologie, ainsi que les pianistes de la nouvelle génération se penchent désormais de manière plus fréquente et plus approfondie sur les ‘cas’ Satie ». Souhaitons qu’il soit entendu !

 

Élisabeth & Emmanuelle LAMARQUE : La magie de la musique, vol. 3.  3e année de Formation musicale.  CD en option. Henry Lemoine : H.L. 28 707.

Après le volume 2 dont il a été rendu compte dans notre Lettre n°15 (janvier 2008), voici le troisième volume. Il est structuré, comme le précédent, en deux parties : une première partie composée de 14 chapitres bien structurés, une seconde est un complément utilisable par le professeur selon le temps dont il dispose.  Les auteurs tiennent ainsi compte des disparités de temps et de niveau entre CRR, CRD, CRC, écoles associatives… Le CD permet aux élèves de se familiariser avec de larges extraits des œuvres proposées.  Ajoutons que, sur justificatif, un livret du professeur peut être obtenu gracieusement.  Les explications données sont simples et pertinentes, la présentation très agréable, sans fioritures inutiles.  Bref, il s’agit d’un outil de travail alliant rigueur de la démarche et souplesse nécessaire.

 

PIANO

Maurice JOURNEAU : Ronde enfantine pour piano.  Combre : C06540.

Les éditions Combre se sont attachées à publier les œuvres de ce musicien français né en 1898 et mort en 1999, plus que centenaire, élève en particulier de Nadia Boulanger.  L’œuvre qui nous est ici proposée a été composée en 1930 et ne porte pas de numéro d’opus.  Cette ronde en forme de rondo est pleine d’imprévus et de trouvailles harmoniques.  Faussement simple, elle est d’un charme certain et, si elle n’offre pas de difficultés techniques particulières, elle demandera beaucoup de finesse et de goût dans l’exécution.  Souhaitons que cette publication nous aide à mieux connaître un compositeur discret et trop méconnu.

 

André CHARLIER, Benoît SOURISSE : Initiation et perfectionnement à l’improvisation.  10 compositions sur des grilles standard.  Piano. Les cahiers Carlier-Sourisse. « Jazz ».  1 vol., 1 CD.  Leduc : AL 29 822 (cahier) – AL 29 823 (CD).

Ce volume fait partie d’une série de 8 cahiers qui concerneront divers instruments.  Après une présentation générale des accords et des modes, les auteurs proposent dix réalisations qui peuvent se décliner de différentes façons : simple exécution, support à diverses sortes d’improvisation.  Il s’agit d’un travail très intéressant et exigeant.  Souhaitons que beaucoup de pianistes s’y essaient.  Ils y trouveront un profit et un plaisir inestimable ainsi que la découverte d’un langage auquel beaucoup ne sont que peu familiarisés.

 

ALTO

Charlotte LAPEYRE : Souvenir pour alto & piano.  Combre : C06506.

De niveau début de 2e cycle, cette pièce mélancolique et chantante à souhait devrait permettre au jeune altiste de montrer ses qualités expressives et sa sensibilité.  Pas de mièvrerie, mais une mélodie simple et belle.  Que demander d’autre ?

 

Charlotte LAPEYRE : Un soir. Pour alto & piano.  Combre : C06505.

Du même auteur et pour le même niveau, voici une œuvre aussi intéressante que la précédente, mais d’un style assez différent.  Si on y retrouve les mêmes qualités expressives, la mesure à 5/4 surprendra sans doute le jeune exécutant ainsi que certains rythmes… Mais une bonne partie du charme de cette pièce tient précisément à cette souplesse rythmique, jamais artificielle.

 

Jean-Michel TROTOUX : La voix de l’alto. Pour alto & piano.  Lafitan : P.L. 1745.

Cette pièce, dédiée à la première année du premier cycle, permettra au jeune altiste de faire entendre une fort jolie voix, et de se faire plaisir musicalement.  C’était une gageure que d’écrire une pièce dont l’intérêt musical ne soit pas altéré par le peu de moyens techniques disponibles chez un jeune interprète.

 

FLÛTE TRAVERSIÈRE

André CHARLIER, Benoît SOURISSE : Initiation et perfectionnement à l’improvisation. 10 compositions sur des grilles standard.  Flûte.  Les cahiers Carlier-Sourisse. « Jazz ».  1 vol., 1 CD. Leduc : AL 29 820 (cahier) – AL 29 821 (CD).

Nous invitons les flûtistes à se reporter aux rubriques piano et saxophone pour découvrir tout le bien que nous pensons de cette remarquable réalisation.  Les deux compères se sont adjoint, pour la flûte, Stéphane Guillaume - sur lequel Frédéric Chatoux, flûte solo de l’Opéra ne tarit pas d’éloges.

 

SAXOPHONE

Didier ROPERS : Bossax novax pour 12 saxophones.  Billaudot : G 7867 B.

Voilà une pièce d’une durée de quelque six minutes qui mettra à l’épreuve les qualités musicales et rythmiques des exécutants.  Elle est, en effet, considérée comme « difficile », et elle l’est effectivement.  Mais elle n’en est pas moins fort plaisante et les interprètes seront récompensés de leurs efforts.

 

André CHARLIER, Benoît SOURISSE : Initiation et perfectionnement à l’improvisation. 10 compositions sur des grilles standard. Saxophone. Les cahiers Carlier-Sourisse. « Jazz ».1 vol., 1 CD.  Leduc : AL 30 443 (cahier) – AL 30 444 (CD).

Nous invitons les saxophonistes à se reporter à la rubrique piano, car ce volume fait partie d’une collection destinée à différents instruments. Ces cahiers sont conçus à la fois pour le jeu individuel (grâce au CD) et pour le jeu collectif. Espérons qu’ils aideront les instrumentistes à - comme le disent les auteurs - « mieux saisir et mieux appréhender le langage du jazz qui, même s’il est improvisé, ne s’improvise pas ».  Le saxophoniste qui a collaboré à ce travail est Pierrick Pédron.

 

TROMPETTE

Charles KOECHLIN : Monodie op.213, extraite des « 12 monodies pour instruments à vent ».  Pour trompette en ut.  Billaudot : G 7771 B.

 

CHANT

Jean LANGLAIS : Légende de la ville d’Ys. Pour une voix & piano. Combre : C06546.

C’est un grand plaisir de retrouver cette œuvre (1947), harmonisation d’un chant populaire breton. Rappelons qu’elle est écrite également pour chœur mixte.  La légende du roi Gralon et de sa « fille au cœur méchant » Dahut s’égrène sur une mélopée qu’illustre et commente la partie de piano. Voilà une œuvre simple et émouvante, dans un langage résolument modal comme la mélodie qu’elle accompagne.

 

Daniel Blackstone

 

 

 

 



Frédéric GONIN : Processus créateurs et musique tonale.  « Univers musical », L’Harmattan.  254 p., ex.mus., bibliographie, index.  24,50 €.

Plus on cerne l’acte de création, plus il fuit.  Avec sagesse, Fr. Gonin a choisi d’en approcher la part technique, ce que facilite le champ cohérent du système tonal.  Explorant d’abord les contraintes externes de la création, limites naturelles et surtout environnement culturel dans lequel se forge le métier de compositeur, l’auteur évoque ensuite l’idée créatrice et le projet qui en rationalise les intuitions, avant d’observer ce que ces « étincelles » initiales deviennent lors du long travail d’écriture, dont les choix se mesurent sur « l’échelle du prévisible et de l’imprévisible ».  Chacun des trois niveaux fait l’objet de solides hypothèses théoriques qu’éclairent des analyses fouillées mais aussi des travaux de réécriture (Bach, Mozart…) pertinents et jubilatoires.  L’œuvre musicale bâtit ainsi sa nécessité parmi une infinité d’autres possibles et devient ce « fruit singulier partagé entre la tranquillité ennuyeuse de la responsabilité et la crainte excitante de la transgression ».  Un livre passionnant et lumineux.

 

John KRUTH : Rahsaan Roland Kirk.  Des moments lumineux. Sa vie, son héritage. Traduction de l’américain : P. Nuoffer.  Préface : V. Bessières.  Infolio (www.infolio.ch).  16 x 23,5 cm, 416 p., photos.  Discographie, vidéographie, bibliographie, index.  25 €.

« Écoutez de toute vos forces » exigeait R. Kirk (1936-1977), jazzman fabuleux dont voici une bio captivante, en un patchwork de témoignages bien adapté à sa personnalité proliférante.  Chaman joyeux, barde explosif, voyant aveugle, ce champion de la respiration circulaire exprimait sa nature boulimique en jouant de trois saxophones en même temps ou en chantant avec double contrepoint de flûtes à bec, une dans chaque narine.  Mais ces prouesses spectaculaires, dictées par ses rêves, ne cessaient de servir le jazz dont il avait une culture encyclopédique, balayant dans ses interprétations incandescentes tous les styles, du New Orleans au free le plus radical.  Fier de cette histoire, il fut aussi un activiste énergique du mouvement des droits civiques.  Jouissif !

 

Gérard LAROCHE : Les notes guides du jazz. Préface F. Billard. Van de Velde. Discographies, bibliographie, filmographie, sites web, index.  320 p.  28 €.

Un aperçu général du jazz (histoire, musicien-nés, éléments techniques…) en un petit guide riche et clair qui instruira tout un chacun, surtout si néophyte.  Grosse place aux jazz latins et français.

Paul Gontcharoff

 

Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY & Éric LEBRUN : Alexandre P.-F. Boëly.  Bleu nuit éditeur, « Horizons ».  14,5 x 20 cm, 176 p., 20 €.

Brigitte François-Sappey, éminente musicologue spécialiste de la période de transition qui a suivi la chute de la royauté en France et des musiciens souvent négligés ou mal connus qui l’ont illustrée, brosse dans la première partie de ce très intéressant livre les grandes lignes de la vie d’Alexandre Pierre-François Boëly.  Ses études, son rôle de pédagogue, son talent prestigieux d’organiste à Saint-Gervais puis à Saint-Germain l’Auxerrois où il a fait connaître Jean-Sébastien Bach sont évoqués, ainsi que les concerts de musique de chambre où, avec son ami le célèbre violoniste Pierre Baillot, il révèle son talent d’altiste ; mais une injuste disgrâce frappe, à la fin d’une vie entièrement consacrée à la musique, cet artiste dont l’existence s’achève dans la misère et une solitude quasi totales.  Les très abondantes œuvres pour piano (sonates, caprices, études, suites) et pour musique de chambre (trios, sonates, quatuors) qui jalonnent la vie de Boëly sont également présentées au long des divers chapitres, révélant leur caractère résolument moderne et déjà romantique.

Due à Éric Lebrun, organiste et enseignant, la deuxième partie du livre est entièrement consacrée à la très riche littérature d’orgue d’Alexandre Boëly ; compositeur prolifique, il laisse quelque 300 œuvres.  Si l’on sait peu de choses sur sa formation d’organiste, de récentes découvertes prouvent qu’il n’ignorait rien non seulement des techniques de l’orgue français et de sa littérature, mais aussi des écoles italienne et surtout allemande dont il fait adopter le pédalier.  Les instruments des deux tribunes où officie Boëly (Saint-Gervais et Saint-Germain l’Auxerrois) sont décrits, ainsi que les diverses réfections permettant l’exécution de tout un nouveau répertoire.  Le rôle majeur de l’orgue à l’église, en tant qu’instrument liturgique destiné à suivre et souligner les principaux temps forts des offices, ses rapports avec la musique vocale avec laquelle il dialogue suivant les lois du plain-chant parisien sont ensuite évoqués.  Aux multiples pièces composées dans cette perspective (kyrie, offertoires, messes…), d’autres œuvres plus indépendantes (fugues, préludes, fantaisies) sont mises en parallèle, toutes présentées de façon claire et précise.  Ce passionnant ouvrage se termine avec plusieurs tableaux synoptiques : chronologie de la vie et des œuvres de Boëly, en relation avec les faits contemporains, catalogues de ses multiples œuvres classées par rubriques, bibliographie et discographie.

Francine Maillard

 

Margit VARRÓ : L’enseignement vivant du piano. Sa méthode et sa psychologie.  Quatrième édition, augmentée.  Traduit de l’allemand par Edith Karinthi.  « Proximités ». E.M.E. & Intercommunications (rue de Hanret, 40 B.  B-5380 Fernelmont. http://www.intercommunications.be).  34 €.

Cet ouvrage magistral est publié pour la première fois en français.  La première édition de cette somme pédagogique remonte à 1921 en Hongrie. La dernière édition, augmentée, est de 1958.  Margit Varro (1898-1978), élève du dernier élève de Liszt, en dialogue constant avec Béla Bartók, est la grande pédagogue hongroise du piano.  Son enseignement a dépassé de beaucoup les frontières de son pays puisqu’elle a enseigné à Chicago pendant soixante ans.  Qu’on ne s’attende pas à trouver, dans ce livre de plus de deux cents pages, des recettes. Il s’agit d’une réflexion minutieuse sur tous les composants de la pédagogie du piano, en commençant par la formation de l’oreille.  Une première partie traite de l’éducation du sens musical et de l’intelligence musicale ; une deuxième examine en détail la partie technique de l’enseignement du piano ; la troisième, aussi importante que les deux autres, traite de la partie psychologique de l’enseignement du piano.  Margit Varró explore tous ces domaines à la fois dans une réflexion théorique profonde, mais toujours en partant de son expérience pédagogique la plus concrète et en donnant constamment des exemples d’application.  Il faudrait des pages pour rendre pleinement compte de ce si remarquable ouvrage.  Je laisserai seulement la parole à Béla Bartók qui écrivait en 1938 : « Je connais depuis de nombreuses années le travail de Mme Varró comme professeur de piano et experte de la théorie pédagogique pianistique et je considère qu’elle est sans conteste la meilleure dans ce domaine.  Son livre sur l’enseignement du piano est d’une valeur extraordinaire et ne sera jamais daté ».  Et János Starker, après la parution de la traduction française en 2008, écrit : « Maintenant que la vie et l’œuvre de Margit Varró, pianiste et pédagogue légendaire, sont enfin, grâce à cette traduction, portées à la connaissance de ceux qui jusqu’ici l’ignoraient à cause du barrage de la langue, je me réjouis que son enseignement puisse perdurer et vienne renforcer sa légende ! »

Daniel Blackstone

 

Édith WEBER : Le Concile de Trente (1545-1563) et la musique.  De la Réforme à la Contre-Réforme.  Deuxième édition révisée et mise à jour.  « Musique-Musicologie », Librairie Honoré Champion (www.honorechampion.com).  15 x 22 cm, 330 p., ill. n&b, ex. mus. 38 €.

Largement augmentée, cette réédition de l’ouvrage de référence de l’éminente musicologue comporte - après une introduction décrivant, notamment, la situation de la musique religieuse catholique antérieure à la Contre-Réforme - quatre grandes parties : La Réforme (en Allemagne, en Alsace et Suisse alémanique, en France et Suisse romande, en Angleterre), La Contre-Réforme (réunion du Concile, décrets et canons, sessions XXII et XXIV, réactions suscitées), L’époque post-tridentine (Commission des cardinaux et polyphonie, Commissions pour la réforme du Bréviaire et du Missel romains, Congrégation des rites, Conciles et synodes provinciaux, réforme du chant grégorien), La musique post-tridentine (problèmes, écoles, formes, esthétiques tridentine et post-tridentine).  Il est traité, en conclusion, des diverses problématiques du Concile, de la Réforme et de la Contre-Réforme.  En appendice sont regroupés un historique de la messe (ordonnance, texte officiel, messe polyphonique aux XIVe et XVe siècles, messes pré-tridentine et tridentine) et un dossier Jacques de Kerle.  Bibliographie, glossaire, tables et index.

 

Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY : Felix Mendelssohn.  La lumière de son temps.  « Les chemins de la musique », Fayard.  13,5 x 21,5 cm, 300 p., ill. n&b, ex. mus.  18 €. 

Premier né de la « génération de 1810 » qui vit éclore tant de grands musiciens, Felix Mendelssohn fut en effet - de par un milieu familial culturellement privilégié (son grand-père n’était-il pas le philosophe Moses Mendelssohn ?) - un « homme de lumière ».  Brigitte François-Sappey développe ici une brève étude qu’elle avait déjà consacrée à ce compositeur, trop longtemps considéré – du moins en France – comme un petit maître.  L’ouvrage comporte huit parties principales : L’envol du génie, Composer du vivant de Beethoven, Pérégrination et fixation, De Matthäus à Paulus, Le Kapellmeister de Leipzig, Sur les ailes du chant, La vie déchirée, Chants du cygne.

 

Revue L’Orgue (n°281) : Jean GUILLOU.  Symétrie (tél. : 04 78 29 52 14. www.symetrie.com).  17 x 24 cm, 140 p., ill. n&b, ex. mus.  20 €.

Consacré à l’un de nos plus grands organistes, compositeurs & improvisateurs, ce bulletin des Amis de l’Orgue a été conçu et réalisé par Sylviane Falcinelli.  Outre une préface, l’éminente musicologue signe l’article « Timbre, Espace, Énergie » et les analyses de Ballade ossianique n°1 « Temora », de Ballade ossianique n°2 « Les chants de Selma » et de La Chapelle des Abîmes.  Articles également de Christine Januel (« L’orgue selon Jean Guillou »), Giampaolo Di Rosa (« Évidence ‘registrale’ dans le traitement de l’orgue selon Jean Guillou »), Vincent Crosnier (« Éloges et Scène d’enfant »).  Du compositeur lui-même, un long poème inspiré : La Digitale.  Blason des doigts.  Liste des œuvres et discographie.  Sans préjudice des ordinaires « chroniques » signées François Sabatier et Jean-Marc Leblanc.

 

Alan RICH : American Pioneers : Ives to Cage and BeyondEn anglais.  Phaidon (www.phaidon.com).  15,5 x 22 cm, 240 p., ill. n&b.  Dessin de couverture : Sempé.  9,95 €.

Au tout début du XXe siècle, Charles Ives fut le premier grand pionnier ; puis ce furent Edgard Varèse, Henry Cowell et John Cage.  Critique musical au LA Weekly, l’auteur ne s’intéresse pas moins à leurs successeurs : Milton Babbitt, Earle Brown, George Crumb, Morton Feldman, Lou Harrison, Colin McPhee, Harry Partch, Terry Riley, Vladimir Ussachevsky, Christian Wolff, La Monte Young…  Catalogue des œuvres, bibliographie, discographie, index.

 

K. Robert SCHWARZ : Minimalists.  En anglais.  Phaidon (www.phaidon.com).  15,5 x 22 cm, 240 p., ill. n&b.  Dessin de couverture : Sempé.  9,95 €.

Le minimalisme est sans doute, aux États-Unis, le plus populaire style de musique qu’ait produit le XXe siècle, ralliant aussi bien les amateurs de rock, que de jazz, que de musique classique.  Philip Glass et Steve Reich en sont, bien sûr, les figures emblématiques…  Importante est naturellement la place qui leur fait ici l’auteur, regretté critique musical au New York Times et Opera Now.  Mais ne sont pas moins mis en valeur leurs prédécesseurs (La Monte Young, Terry Riley) et leurs successeurs étasuniens ou européens (John Adams, Meredith Monk, Michael Nyman, Louis Andriessen, Arvo Pärt…).  Catalogue des œuvres, bibliographie, discographie, index.

         

 

 

 

Henri Jules JULIEN : Défrichage sonore.  Entretiens autour du festival « Musique Action ».  Le mot et le reste (tél. : 04 91 73 41 88. www.atheles.org/lemotetlereste).  Vilo Diffusion.  21 x 14,8 cm, 200 p., ill. n&b.  20 €.

Aux deux questions : « Comment peut-on être musicien ? » et « Comment fait-on de la musique ? » répondent en toute liberté quelque 30 artistes interprètes de trois générations, parmi lesquels Beñat Achiary, Georges Aperghis, Jean-Christophe Feldhandler, Dominique Répécaud, Camel Zekri, Jean-François Pauvros, Lê Quan Ninh, Jérôme Noetinger, Xavier Charles, Isabelle Duthoit…  Fruit d’entretiens menés depuis le printemps 2007, il s’agit là d’une mosaïque de questionnements intimes, d’aveux pudiques, de pensées surprenantes, d’anecdotes, de doutes, de convictions…

 

Matthew RYE (Ouvrage réalisé sous la direction de) : Les 1001 œuvres classiques qu’il faut avoir écoutées dans sa vie.  Traduit de l’anglais.  Préface d’Ève Ruggieri.  Introduction de Matthew Rye.  Flammarion.  Relié, couverture souple.  16 x 21 cm, 960 p., ill. n&b et couleurs.  32 €.

On pourra toujours regretter l’absence de telle ou telle œuvre, mais le panorama n’en demeure pas moins extraordinairement large et varié, depuis A child of our time (Tippett) jusqu’à Zémire et Azor (Grétry), via [pour choisir une initiale peu illustrée aux catalogues] Jagden und Formen (Rihm), Jenůfa (Janáček), Jephté (Carissimi), Jeux (Debussy), Job (Vaughan Williams), Les Joyeuses commères de Windsor (Nicolai), Judas Maccabée (Haendel), Juditha triumphans (Vivaldi).  L’ouvrage se divise en 7 périodes depuis le XIIe siècle (Antiennes de Hildegard von Bingen, Carmina Burana…) jusqu’à nos jours.  Il comporte, en outre, plus d’un millier d’illustrations : portraits de compositeurs, photographies d’interprètes, fac-similés de partitions, couvertures de disque… Pour chaque œuvre, est conseillé un enregistrement.  Glossaire, index des œuvres, des compositeurs, des chefs d’orchestre et interprètes.

 

Céline CHABOT-CANET : Léo Ferré : une voix et un phrasé emblématiques.  « Univers musical », L’Harmattan.  16 x 24 cm, 232 p., ex. mus.  23 €.

Déjà auteur, dans la revue L’éducation musicale, d’articles remarquablement circonstanciés sur l’œuvre de Ferré [« Le populaire à l’origine du savant chez Léo Ferré », in n°541/542, mars-avril 2007, et « Analyse des chansons Avec le temps, Green et Requiem », in supplément au n°555/556, Baccalauréat 2009], Céline Chabot-Canet élargit encore son propos dans un ouvrage qui - n’en doutons pas - rendra les plus signalés services aux candidats au baccalauréat et à leurs professeurs.  En trois parties : Tension entre tradition & liberté dans le phrasé vocal initial / Évolution & spécificités du phrasé vocal induites par l’éclatement du genre / Sens & visées du phrasé ferréen.

          

 

Brian EPSTEIN : J’ai inventé les Beatles.  Préface de Patrick Eudeline.  Traduit de l’anglais par Johann Defer.  « Oldies but goodies », Scali (tél. : 01 48 00 00 99.  www.scali.net).  13,5 x 21,5 cm, 214 p., ill. n&b, 19,50 €.

Manager historique du célèbre groupe anglais, Brian Epstein s’est suicidé en 1967.  Il s’agit ici de la première traduction en français d’une célèbre autobiographie - où l’on peut deviner, entre les lignes, son amour pour John Lennon.  Relation des trois fabuleuses années qui conduisirent un petit groupe de Liverpool aux sommets de la gloire.

 

Olivier JULIEN (Edited by) : Sgt. Pepper and the BeatlesIt was forty years ago today.  « Ashgate popular and folk music series », Ashgate (www.ashgate.com).  23,4 x 15,6 cm, 208 p., ex. mus., tables.  Hardback : £55.00.  Paperback : £16.99.

Enseignant l’histoire & la musicologie des musiques populaires à Paris IV-Sorbonne et Paris III-Sorbonne nouvelle, Olivier Julien a ici réuni un savant aréopage international de 12 universitaires, tous spécialistes des Beatles, qui analysent le célèbre album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band sous l’angle de disciplines telles que la musicologie, l’ethnomusicologie, l’histoire, la sociologie, la littérature, la psychologie sociale, les théories culturelles… Une somme sans précédent - dont il n’est pas indifférent qu’un Français ait, pour une fois, pris l’initiative.

 

Bruno BLUM : Lou Reed. Electric dandy.  Biographie.  Hors Collection (www.horscollection.com).  15,4 x 24 cm, 512 p., cahier de photos n&b et couleurs.  20 €.

Fondateur avec Andy Warhol (apôtre de l’art rock) du mythique groupe « Velvet Underground », Lou Reed inspira, d’une certaine manière, le mouvement punk & sa postérité.  Son parcours fut, en tout cas, l’un des plus subversifs de l’univers rock.  Bruno Blum, lui-même musicien et producteur, aura bien connu Lou Reed, la sublime Nico et le Velvet Underground.  Il analyse l’œuvre en détail, depuis So Blue (1958) jusqu’à la mise en scène de Berlin (2007).  Trois parties composent cette biographie : L’autodestruction (1942-1980), La rédemption (1981-1989), La transcendance (1990-2008).  Discographie, bibliographie.

 

Gabrielle VINCENT : Brel.  Préface de France Brel.  Casterman (www.casterman.com).  Couverture cartonnée, 25 x 25 cm, 56 p. quadri.  22 €.

Par l’illustratrice & conteuse belge Gabrielle Vincent (malheureusement disparue en 2000), voici le magnifique hommage - doublement posthume - à son compatriote.  Bouleversants sont, en effet, ces 24 portraits de Brel, « un homme debout ! ».  Mais davantage encore les illustrations de sa poignante chanson Les Vieux

Francis Cousté

 

Youri BORISSOV : Du côté de chez Richter. Conversations.  Préface de Bruno Monsaingeon.  Actes Sud.  11,5 x 22 cm, 283 p.  21 €.

Encore un livre sur Sviatoslav Richter ! Voire… « Plutôt une série d'impressions non développées, de conversations éparses, d'idées sans lien apparent entre elles ayant trait à la musique et à la vie » selon Bruno Monsaingeon, cultivant la chose qui frappait le plus dans la conversation du grand pianiste russe : l'inattendu.  Il faut dire qu'à cet égard, le lecteur n'est pas déçu.  De batifolages intellectuels – sa culture était immense - en reflexions primesautières tirées parfois de rêves éveillés, du descriptif à l'imaginaire cocasse, l'esprit de l'homme est toujours en éveil, espiègle – quelques coups de patte à tel confrère ou autre chef d'orchestre en vue – et combien perspicace, surtout lorsqu'il s'agit de parler des musiciens tant admirés, Britten, Fischer-Dieskau, Rostropovitch, et bien sûr Prokofiev.  L'ouvrage se conclut par quelques reflexions diverses à propos de musique, ce qui nous vaut des phrases senties comme « Franck, c'est Dieu en toi » à propos du Quintette avec piano, ou encore des sentences de choix : « Les mazurkas de Chopin sont comme des palmiers nains.  Une petite plantation de palmiers... »

 

Festival d’Aix 1948-2008.  Essai illustré.  Actes Sud.  15 x 21,7 cm, 150 p., ill. n&b et couleurs.  29 €.

Soixante ans en soixante images tel est le dessein de l’ouvrage sur le Festival d'Aix en Provence paru cet été d’anniversaire grâce au regard attentif et complice de trois générations de photographes, la famille Ely, et de quelques autres.  Au fil de ces clichés émouvants se lit l’histoire vivante d'un lieu mythique, le théâtre de l’Archevêché, dans une ville de rêve.  Les diverses phases créatrices du festival sont ainsi illustrées, des débuts enthousiastes en forme de pari, à la consolidation sous la férule de Gabriel Dussurget, puis l’ère Lefort avec l’arrivée des grandes voix et l’intronisation du baroque, enfin l’ouverture universelle avec Stéphane Lissner et le règne des grands metteurs en scène, les Carsen, Brook, Grüber ; politique poursuivie par l’actuel directeur Bernard Foccroulle pour qui « il faut déployer le festival, partir de ses racines ».  Une passionnante conversation de Edmonde Charles-Roux, une des pionnières, nous conte sans fard les débuts sans complexe et passionnants, ces temps inouïs où, pour la décoration, on faisait appel à des peintres célèbres comme Derain, Balthus, Cassandre, Wahkevitch, Masson ou Malclès.

Jean-Pierre Robert

 

 

 



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Sources : Monodies et polyphonies médiévales.  Mora vocis (B.P. 50032 30006 Nîmes Cedex 4.  mora.vocis@wanadoo.fr) : MOVO I-2007.  TT : 61’23.

L’ensemble Mora vocis, fort de cinq « voix de femmes solistes » (Agnès Minier, Monique Avril, Annie Paris, Hélène Decarpignies, Caroline Marçot), propose une judicieuse anthologie totalisant 20 monodies et polyphonies médiévales latines, parmi lesquelles une monodie de Hildegard von Bingen (O vivens fons) ; des pièces à deux voix : les versus De monte lapis scinditur, Vellus rore ; des conduits cum caude à deux voix, Monstruosis fluctibus ; des conduits à 3 voix, Ave Maris Stella, ainsi que le motet polytextuel : Ave in styrpe / Ave gloriosa / Manere ; l’organum : Abiecto V. Rigat ora lacrimis ; des œuvres à 4 voix : le conduit : Mundus vergens et le motet Salve mater redemptoris/Salve lux/Salve sine spina/Sancta parens.  À côté des formes traditionnelles - conduit, motet et organum - figurent des hymnes comme celle à St Jean-Baptiste : Ut queant laxis ou encore Immense caeli conditor.  Certains textes proviennent du Cantique des Cantiques, d’autres des Psaumes, de Jérémie, du Siracide (livre apocryphe), ou encore de l’Apocalypse.  Ces pages illustrent, selon l’expression de Georges Duby : « l’essor marial, le printemps des cathédrales, le temps de Notre-Dame ».  Gisèle Clément-Dumas est l’auteur d’un livret très détaillé.  Les sources manuscrites (mss de Montpellier, de Wolfenbüttel…) et éditions sont également précisées.  Les textes latins et leur traduction française sont reproduits. Des voix profondes, cristallines sont le fruit des quinze ans d’expérience de Mora vocis, ensemble qui s’attache à mettre en valeur des manuscrits de toute l’Europe et qui se produit en France et à l’étranger. Texte de présentation et interprétation seront très appréciés des médiévistes.

 

Danza. Danses médiévales.  Ricercar (3, rue Crébillon, 75006 Paris.  stephanie.flament@alpha-prod.com) : RIC274.  TT : 68’38.

Ce florilège de 19 danses fait appel à un instrumentarium typiquement médiéval utilisé par l’Ensemble Millenarium, qui a pris le parti de reconstituer un répertoire neuf et de faire revivre une pratique orale, ce qui ne l’empêche pas de proposer des arrangements de musique vocale, et notamment de chansons à danser.  Dans ces pièces - à mi-chemin entre fantaisie et improvisation -, l’interprète laisse libre cours à sa créativité, à la virtuosité de l’ars subtilior, à l’ornementation, à la diminution propre aux jongleurs-instrumentistes.  Ce répertoire illustre la musique anonyme remontant à l’époque des cathédrales et la musique de danse pratiquée par la société féodale.  Les musiciens étaient alors protégés par la noblesse et la bourgeoisie.  Comme le précise Christophe Deslignes, « Millenarium s’est fixé pour but d’interpréter, de manière résolument moderne et créatrice, les musiques les plus virtuoses et fascinantes de l’époque médiévale…  Millenarium veut montrer le point d’aboutissement du savoir-faire du musicien instrumentiste virtuose au Moyen Âge » et avant la Renaissance.  Au fil des plages, il anime un programme de danses : trotto, estampita (dont la célèbre 7e Estampie royale, conservée à la BnF), rota, saltarello, entre autres.  Bel exemple de vitalité, d’exubérance, de spontanéité et de fraîcheur bienfaisantes.

 

La Chapelle des chantres des Ducs de Lorraine (1492-1523).  Le Couvent Haut-Clocher (57400 Sarrebourg.  laurent.blaise@lecouvent.org) : K617 148.  TT : 67’12.

Ce disque a le mérite d’attirer l’attention sur un répertoire très digne d’intérêt, mais encore relativement peu diffusé : celui de la Chapelle des chantres des Ducs de Lorraine, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, illustrant le rayonnement intellectuel et artistique du duché de Lorraine, sous les règnes des ducs René II et Antoine.  Il permet de découvrir Pierquin de Thérache (ca 1460-1528) et Matthieu Lasson (ca 1500-1553).  La messe O vos omnes, du premier - maître des enfants de chœur, puis maître de chapelle à la collégiale St-Georges de Nancy - est conservée à la Bibliothèque nationale de Vienne. Elle a été composée entre 1508 et 1511.  Son Kyrie est particulièrement expressif ; son Gloria, assez saisissant.  Le Credo, avec le rappel de l’intonation grégorienne, est très développé et un peu plus animé.  Le Sanctus, intense, est suivi de l’Agnus Dei tout aussi intériorisé.  Matthieu Lasson, maître de chapelle du duc Antoine, fondateur des « Haultz bois de monseigneur » (ensemble instrumental de l’Hôtel ducal), recteur de Notre-Dame à Pont-à-Mousson, auteur de 5 motets à 4 voix imprimés en France, Italie et Allemagne, est représenté par 3 motets - dont Virtute magna ayant servi de modèle à des messes-parodies.  L’ensemble Cantus figuratus de la Schola Cantorum Basiliensis, dirigé par Dominique Vellard, frappant par son interprétation souple, d’une extrême justesse, fait également entendre des motets (dont O vos omnes) de Loyset Compère (ca 1440-1518), plus connu.  Cette réalisation, tout à l’honneur de la vie artistique en Lorraine, est un modèle du genre.

 

Johann Sebastian BACH : Missae Breves BWV 234 & 235Pygmalion (3, rue Crébillon, 75006 Paris.  stephanie.flament@alpha-prod.com).

L’Ensemble Pygmalion dirigé par Raphaël Pichon, propose, dans le cadre de la collection « Ut pictura musica » (Université Laval), tout d’abord le motet Der Gerechte kommt um (J. S. Bach / Johann Kuhnau), enregistré en octobre 2007 au Temple du Saint-Esprit (Paris).  Ce motet à 5 voix est issu du motet Tristis est anima mea a cappella, attribué à Johann Kuhnau (1670-1722), prédécesseur de Bach à Leipzig, auquel ce dernier a ajouté « un accompagnement orchestral emblématique de nombreux chœurs d’ouverture de ses cantates, tout en enrichissant l’harmonie des parties vocales ».  On y retrouve entre autres le chœur initial de la cantate BWV 127, Herr Jesu Christ, wahr' Mensch und Gott et un arioso de basse BWV 1088 So heb ich denn mein Auge sehnlich auf.  Voici l’idée générale de ce motet : Der Gerechte kommt um/Und niemand ist, der es zu Herzen nehme… Le juste meurt, et personne n’y prend garde et, plus loin : Ceux qui ont marché dans le droit chemin entrent dans la paix.  Il est suivi des Messes brèves en sol mineur BWV 234 et en la majeur BWV 235, peut-être composées pour la cour de Dresde, mais ayant surtout été interprétées dans les principales églises de Leipzig. La messe brève ne comprend que le Kyrie et le Gloria. Le chœur et l’orchestre Pygmalion recréent avec bonheur ces chefs-d’œuvres pastichant des cantates antérieures, arrangées et réinstrumentées par J. S. Bach, et leur confèrent une cohérence nouvelle.

 

Alexandre GUILMANT : Septième Sonate... Ricercar (3, rue Crébillon 75006 Paris. stephanie.flament@alpha-prod.com) : RIC267.  TT : 73’.

Alexandre Guilmant (né à Boulogne-sur-Mer le 12 mars 1837, mort à Meudon le 23 mars 1911) est à la fois organiste, maître de chapelle, compositeur et l’un des fondateurs de la Schola Cantorum de Paris.  Il a terminé sa carrière comme titulaire de l’orgue de la Trinité, à Paris. Il est surtout connu par ses Cahiers : Les Archives des Maîtres de l’Orgue, L’école classique de l’Orgue, L’Organiste liturgique.  S’il sait mettre en valeur les qualités sonores de l’orgue symphonique, ses œuvres n’échappent pas à une certaine banalité et à la grandiloquence.  Quoi qu’il en soit, par sa facture, l’orgue H. Willis & fils de la cathédrale St Patrick à Dundalk (Irlande) convient parfaitement aux œuvres interprétées par Joris Verdin qui en tire le meilleur parti, par exemple : sa 7e Sonate en fa majeur, op. 89, typique de l’écriture organistique française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ; ou son Stabat Mater dolorosa, op. 65, méditation faisant alterner strophes chantées et paraphrases à l’orgue.  Ce répertoire, qui date quelque peu, est magistralement servi par le Chœur Resurgam, dirigé avec compétence par Mark Duley et par l’excellent organiste Joris Verdin.

 

« Kantate » : Cantates baroques allemandes.  Harmonia Mundi (33, rue Vandrezanne, Paris XIIIewww.harmoniamundi.com) : HMG 501651. TT : 71’50.

Ce disque regroupe quatre générations de compositeurs allemands, allant de Heinrich Schütz (1585-1672) à Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714).  Conformément aux usages luthériens, la cantate s’intègre parfaitement à l’ordonnance du culte.  Selon sa durée, elle est chantée, soit intégralement avant la prédication, soit en deux parties, avant et après la prédication. L’excellent contre-ténor Andreas Scholl, soutenu par le Concerto di viole et le Basel Consort, s’adapte à tous les styles, par exemple des Geistliche Konzerte de H. Schütz avec basse continue, ou au chromatisme expressif...  Giovanni Rovetta (ca 1595-1668) est à découvrir avec Ach, Herr, lass deine lieben Engelein… sur le thème de la mort, environné de gravité et de confiance, relayée par une atmosphère plus sereine.  Les musiciens nord-allemands sont présents avec Franz Tunder (dont le Salve mi, Jesu, proche de la prose assonancée de Bernard de Clairvaux), puis Dietrich Buxtehude (avec sa Cantate Jubilate Domino… brillante et bien enlevée), tous deux célèbres par les Abendmusiken dans la ville hanséatique de Lübeck.  Deux Sonates instrumentales de L. Albertini et G. Legrenzi posent un excellent point d’orgue sur ce programme irrésistible.

 

« Grands Jeux » : The Organ of Royal Holloway.  University of London.  Rupert Gough.  Regent (Regent Records, PO Box 528, Wolverhampton, WV3 9YW, England) : REG-CD272. TT : 78’18.

Le titre « Grands Jeux » de ce CD « made in England » évoque immédiatement un programme organistique français.  L’excellent interprète Rupert Gough, chef, directeur de la musique chorale et organiste à l’Université de Londres, très bien formé à la Chapel Royal et à la Purcell School entre autres (piano, orgue), est célèbre par ses tournées de concerts, interventions télévisées et émissions radiophoniques de très haute qualité.  Il a le mérite - et tout à fait « en connaissance de cause » - de consacrer son programme uniquement à la musique d’orgue contemporaine française.  Côtoyant les Litanies de Jehan Alain (1911-1940), la Suite brève de Jean Langlais (1907-1991), avec des registrations particulièrement étudiées (grands jeux, mixtures…), frappe par sa fraîcheur.  Le régionalisme français est illustré par 10 Noëls de Provence sur des mélodies traditionnelles des XVIIe et XVIIIe siècles (Tambourin provençau, De Bouen Matin, Dans une grange champêtre…) de Guy Morançon (°1927), l’éminent titulaire du grand-orgue de la basilique Notre-Dame des Victoires à Paris.  La Bretagne figure en bonne place avec Quatre Pièces sur des cantiques bretons de Jean-Dominique Pasquet (°1951), professeur à l’École normale de musique de Paris & au Conservatoire du Ve, brillant organiste et compositeur ; ses paraphrases, proches de l’esthétique de Marcel Dupré, sont tour à tour mélancoliques, calmes, méditatives, avec des résonances de plain-chant.  Disque incontournable.

 

Zad MOULTAKA : Visions. Œuvres vocales.  L’empreinte digitale (catherinepeillon@wanadoo.fr) : ED13231.  Distrib. : Nocturne.  TT : 58’39.

Le livret (100 p.) est très séduisant avec ses nombreuses illustrations et textes français, anglais et arabes.  À titre expérimental, le compositeur libanais Zad Moultaka, né en 1967, réussit une synthèse entre l’écriture occidentale contemporaine et la musique arabe.  Ce CD regroupe des pages vocales écrites entre 2003 et 2007 ; c’est le grand mérite de Joël Suhubiette qui, en parfaite connivence, a réussi - avec son chœur de chambre Les élémens, Fadia Tomb el-Hage (contralto) et l’ensemble instrumental Ars nova - à rendre cette musique accessible à des auditeurs occidentaux.  D’emblée, l’attention est attirée par les sonorités vocales très travaillées et les phonèmes arabes.  Les langues vont de l’arabe au latin, en passant par le français et l’italien, jusqu’à la « langue imaginaire ».  Les titres très évocateurs : Khat (calligraphies pour 18 chanteurs) ; Enluminures (2004, plus développé, pour 9 voix de femmes), sur des poèmes de Georges Shehadé (extraits de ses Poésies).  Les sources de Zikr (2003) - commande de l’ensemble vocal Ex tempore (Belgique), en hommage à G. Velay - sont inattendues : Audi coelum (anonyme, XVIe s.), Salve Regina et Psaumes.  Ces résonances bibliques côtoient un texte contemporain (2007) : Visions (très développé) de Catherine Peillon.  Neb Ankh (2007) repose sur le Livre de la Lumière interprété par des voix et un environnement électroacoustique.  Il fallait vraiment un chœur de chambre d’exception pour maîtriser toutes les intentions de Zad Moultaka.

 

Esprit romantique sacré/secret.  http://lestemperamens.free.fr.  TT : 66’52.

Le chœur de chambre « Les temperamens variations », en collaboration avec l’organiste Emmanuel Hocdé (aux orgues de Sainte-Marie d’Antony et Sainte-Marie d’Auteuil), à l’initiative de son fondateur, Thibault Lam Quang, spécialisé dans le répertoire allemand baroque, s’est aussi lancé dans le répertoire romantique.  Le programme vocal, entrecoupé de quelques pièces d’orgue, comprend des œuvres d’inspiration catholique de Franz Liszt et des chorals luthériens composés par Felix Mendelssohn-Bartholdy et Johannes Brahms.  Parmi les œuvres moins connues, figure le Chant du soir (Abendlied) de Joseph Gabriel von Rheinberger (1839-1901) - célèbre notamment pour ses Études op. 113 pour la main gauche seule.  Ce programme romantique et postromantique est aussi représenté par le redoutable Prélude et fugue sur (le nom de) B.A.C.H. par Fr. Liszt, ou encore par une des Passacailles massive de Max Reger, particulièrement bien structurée par E. Hocdé à l’orgue Sainte-Marie d’Antony et avec une minutieuse registration. Quant au chœur - dont la qualité vocale et le paysage sonore sont exceptionnels -, il réussit aussi bien dans des petites formes (O Salutaris Hostia…) que dans la Missa canonica de J. Brahms, pour chœur et orgue.  Ce programme de concert intéressera à plus d’un titre les mélomanes, chefs de chœur et organistes : ils y trouveront une excellente leçon d’interprétation, avec toutes les nuances, l’intériorité et le relief souhaitables en fonction de l’esthétique spécifique à Liszt, Bruckner, Brahms, Mendelssohn et Reger.  Ce parcours entre pièces d’origine catholique et sphère luthérienne invite irrésistiblement aux prochains concerts du chœur de chambre « Les temperamens variations » qui s’impose d’emblée par la discipline des choristes et grâce à l’intelligence musicale de Thibault Lam Quang.

 

Livioù an Amzer (« Les couleurs du temps »).  Jade (43, rue de Rennes, Paris VIejade@milanmusic.fr) : 699659-2.  TT : 60’49.

Le chœur d’hommes de Bretagne (« Mouezh Paotred Breizh ») - soixante chanteurs, tous amateurs -, dirigé par Jean-Marie Airault, a été créé en 1993 pour répondre à l’invitation de « World Choir », association galloise regroupant de nombreux chœurs d’hommes gallois, canadiens et australiens.  Il propose une quinzaine de pièces d’origine bretonne ou celtique sur des thèmes typiques.  Le répertoire régional est illustré par La marche du roi Arthur, Le chant des Celtes, Le cantique de Saint-Yves, ou encore la mer…  Dans ces pages chantées en breton, les titres à connotation religieuse sont évocateurs : Dieu miséricordieux, Esprit de Dieu, Le cantique du paradis…  Le lyrisme n’est point absent : on y trouve même la mélodie irlandaise d’Amazing Grace, avec les paroles bretonnes : Broioù Ar Mor (« Peuples de la mer »), particulièrement développée.  Le chœur se produit a cappella ou avec soutien instrumental (orgue, harpe celtique, bombarde…).  Cet ensemble de 15 pièces révèle la ferveur religieuse, rappelle des mélodies bien connues et est dominé par le souci de mieux faire connaître l’héritage breton et celtique si attachant : belle « Défense et illustration » d’un riche patrimoine culturel fort attachant.

 

Scattered Rhymes.  Harmonia Mundi USA (33, rue Vandrezanne, Paris XIIIe. http://www.harmoniamundi.com) : HMU 807 469.

L’intitulé de ce disque : Scattered Rhymes (« Rimes éparses », expression empruntée à Pétrarque) n’est autre que le titre de l’œuvre du musicien contemporain Tarik O’Regan (°1978), qui a eu l’idée d’« entrelacer deux textes du XIVe siècle, l’un anglais, l’autre proche de la sphère culturelle d’influence de la papauté lorsqu’elle s’était réfugiée en Avignon » (de 1309 à 1378).  On peut également entendre le virelai Douce dame jolie de ce dernier (commande de l’Orlando Consort), ainsi que Super flumina de Gavin Bryars (né en 1943), œuvre de commande du National Centre for Early Music (York).  Des œuvres de l’Ars nova : Messe et Douce dame jolie de Guillaume de Machaut, Ave Regina coelorum de Guillaume Dufay sont interprétées par The Orlando Consort et The Estonian Philharmonic Chamber Choir (chef de chœur : Mikk Üleoja), sous la direction de Paul Hillier.  La comparaison entre deux œuvres sur le même incipit : Douce dame jolie de G. de Machaut et de Tarik O’Regan (2007) est originale.  Les interprètes, en connaissance de cause, passent avec aisance d’une esthétique à l’autre.  Disque sortant des sentiers battus.

 

Théodore GOUVY : Requiem.  Cantate Le PrintempsK617.  www.lecouvent.org.  K617046.  TT : 77’44.

Grâce, d’une part, à René Auclair et Martin Kaltenecker et, d’autre part, à Jacques Houtmann, le Requiem de Théodore Gouvy (1819-1898), assez conservateur, est à la portée des discophiles.  Ce musicien lorrain, né à Goffontaine (territoire appartenant depuis 1815 à la Prusse), souffrira toute sa vie de son statut de frontalier et sera oublié très vite après sa mort.  Son Requiem (1874), composé la même année que celui de Verdi, porte l’empreinte du XIXe siècle.  Cette œuvre, quelque peu inégale (non respect occasionnel de la prosodie latine), voire décevante (notamment : impression d’inachevé concernant la fin de l’Agnus Dei), s’impose toutefois par certaines audaces harmoniques, et par la Fugue de l’Hosanna pour chœur et orchestre, tout à fait scolaire, avec pédale et strette.  Solistes, chœur de la Schola de Vienne, chœur d’hommes de Hombourg-Haut, Philharmonie de Lorraine n’ont pas ménagé leur peine pour révéler également sa cantate Le Printemps.  Cet enregistrement attire l’attention sur ce musicien encore méconnu et sur l’apport de la Lorraine à la musique liturgique catholique.

Édith Weber

 

Hector BERLIOZ : Benvenuto Cellini.  Gregory Kunde, Laura Claycomb, Peter Coleman-Wright, Isabelle Cals, John Relyea.  London Symphony Orchestra & Chorus, dir. Sir Colin Davis.  2CDs Live : LSO 0623.  TT : 74'11 + 74'05.

Dans Benvenuto Cellini, l’extravagance d'un livret aux invraisemblables péripéties, où le thème du drame de l'artiste n'est vraiment traité qu'à la denière scène, ne doit pas pour autant cacher une partition d'une richesse et d'une verve étonnantes dont le pittoresque descriptif n'a d'égal que l'exubérance.  Qui mieux que Sir Colin Davis peut aujourd'hui en livrer les clés ? Le chef anglais fait ses délices de ce disparate shakespearien, musique mouvante aux accélérations subites, aux continuels changements de tempo, de cette rythmique ambiguë faite de ruptures, de débordements dynamiques.  Il possède surtout le sens des harmonies colorées qui parent le développement musical d'un singulier foisonnement.  Une belle rigueur préside à la gestion des ensembles, dans la tumultueuse scène du Carnaval romain en particulier, alors que l'action dégénère en émeute.  Il y a là, en même temps, un brio raffiné dans les enchaînements rapides, voire cursifs, où tout est dit en courtes phrases haletantes.  Le LSO répond avec engagement et éclat, couleurs pastorales des bois, prestige sonore des cuivres. Les chœurs sont brillants et bien différenciés. La distribution est de qualité.  Gregory Kunde, un des spécialistes de Cellini, réussit la délicate synthèse entre exigences héroïques et souplesse bel cantiste. Laura Claycomb sait tirer parti des vocalises audacieuses de la radieuse Teresa.  Une glorieuse conclusion au second cycle Berlioz de Sir Colin.

 

Giaccomo PUCCINI : La Bohème.  Anna Netrebko, Rolando Villazón, Boaz Daniel, Stéphane Degout, Nicole Cabell.  Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, dir. Bertrand de Billy.  2CDs DG/Universal : 477 6600 GH2.  TT : 52'36 + 52'52.

Le succès de La Bohème ne se démentira sûrement pas à l'écoute de la récente version enregistrée par le nouveau couple star de la scène lyrique.  C’est en effet au tour du tandem Netrebko-Villazón d'incarner les deux amants pucciniens.  Et de quelle façon !  Lui est ardent et enflammé dès ses premières interventions, bien sûr dans « Che gelida manina », toujours d'un formidable élan, comme tendu à blanc dans le registre de tête, et ménageant d'intéressantes inflexions au passage du medium au forte pour renforcer l'impact dramatique.  De par sa personnalité et son timbre sombre, Anna Netrebko est nul doute plus à l'aise dans le tragique des deux derniers actes que dans la fragilité des premiers émois de Mimi.  Le soliloque du IIIe acte et la confrontation avec Rodolfo trouvent des accents bouleversants et le dernier acte est un modèle de sensibilité dramatique. À l'heure des duos les deux voix confinent à l'incandescence.  La scène finale a cette énergie du désespoir qui ne laisse pas les yeux secs.  Ils sont magnifiquement entourés : une Musetta qui fait son miel d'un air redoutable, un sensible brelan de potaches dont se détachent un Marcello claironnant et un glorieux Schaunard.  Alors que l'orchestre est le vrai narrateur, et toujours d'une formidable concision, la direction vive, vigoureuse parfois, de Bertrand de Billy trouve un bel équilibre entre éclat et lyrisme.  L'évocation colorée des atmosphères l'est avec doigté, tel le début du IIIe acte où est palpable la désolation d'un froid matin blême sur le pavé parisien de la Barrière d'Enfer, avec des arpèges de harpe, une note tenue de la flûte piccolo et le tintement du triangle. Une version qui conserve intact l'attrait de ces scènes attendues.

 

Serge PROKOFIEV : Les Fiançailles au Couvent.  Viacheslav Voynarovskiy, Sergei Alexashkin, Alan Opie, Lyubov Petrova, Alexandra Durseneva.  London Philharmonic Orchestra, dir. Vladimir Jurowski.  2CDs Glyndebourne : GFOCD 002-06.  TT : 71'44 + 63'47.

À l'instar d’autres grandes scènes, le festival de Glyndebourne lance son propre label d'édition discographique, de manière à révèler ses archives et étendre son rayonnement.  Captée lors du Festival 2006, l'exécution brillante des Fiançailles au Couvent illustre le niveau d'excellence atteint par le théâtre du Sussex.  Dirigé avec une belle vivacité par son directeur musical Vladimir Jurowski, l'opéra lyrico-comique de Prokofiev déploie ces sonorités étranges, en elles-mêmes comiques, cette énergie interne fondée sur une extrême articulation, souvent tendue comme un arc.  On est vite pris dans le dédale de rebondissements nombreux, ponctués de brusques accélérations du débit pour traduire la farce et achever ce trait satirique qui fascinait le compositeur ; et qu'apprécie visiblement le public, de manière encore plus enthousiaste en seconde partie après le « dinner interval », c'est-à-dire le picnic !  La distribution rend pleine justice à ce qui est une passionnante galerie de portraits et une fine évocation de situations contrastées évoluant simultanément sur plusieurs plans.

 

« Songs My Mother Taught Me » : Mélodies de Anton DVOŘÁK, Leos JANÁČEK, Jan Josef RÖSLER, Erwin SCHULHOFF, Petr EBEN, Vitězslav NOVÁK, Bohuslav MARTINŮ.  Magdalena Kožená, soprano ; Malcolm Martineau, piano ; Michael Freimuth, guitare ; D. Röschmann, soprano.  DG/Universal : 477 6665.  TT :70'06.

C'est à un beau voyage dans le paysage mélodique tchèque que nous convie Magdalena Kožená.  Elle, qui dit être habitée par ces chants depuis toujours, rappelle qu'il s'agit de pièces puisées à la tradition populaire bohème ou morave. Le bouquet est passionnant en effet, que ce soit Dvořák dans ses chants populaires moraves ou ses duos moraves, Janáček qui écrivit ses pièces à l'orée de sa carrère, ou encore Martinů et ses petites chansons, d'une simplicité trompeuse dans leur extrême concision.  Il faut compter aussi avec les plus modernes, Novák, grand tenant de la poétique musicale tchèque et qui cultive un certain raffinement, Schulhoff qui laisse percer dans ses chants populaires de la région de Silésie une certaine influence debussyste ; ou encore les six chants avec luth de Petr Eben délivrés dans le ton de la confidence.  Le parcours est un constant bonheur car Kožená distille avec simplicité ces émotions tour à tour tendrement joyeuses ou délicatement mélancoliques. L'accompagnement du pianiste est d'une grande sensibilité ; celle du guitariste ne le cède en rien en finesse.  Une occasion de découvrir combien le répertoire tchèque pour voix seule est fécond et enrichissant.

 

Bohuslav MARTINŮ : Concerto pour violon et orchestre n°2, Sérénade n°2, Toccata e due canzoni.  Isabelle Faust, violon, Cédric Tiberghien, piano.  The Prague Philharmonia, dir. Jiri Bĕlohlávek.  Harmonia Mundi : HMC 901951.  TT : 62'54.

Voilà une intéressante introduction à l'univers musical du compositeur tchèque Martinů (1890-1959). La Sérénade n°2 pour cordes qui appartient à ses années parisiennes néo-classiques, est l'orchestration d'un trio pour deux violons et alto, une merveille de couleurs et de dissonances, de concision aussi. Le Concerto pour violon n°2, de 1943, écrit durant sa période dite américaine, se situe dans la tradition postromantique et la lignée de celui de Dvořák.  D'un charme étrange, il est très lyrique dans la partie soliste, et fluide au niveau de l'accompagnement.  Il combine des harmonies « presque bucoliques » selon l'auteur, évocation des campagnes tchèques, d'une douceur que perce l'émotion, au 2e mouvement, et une texture plus extravertie dans les mouvements extrêmes, très animés, et d'une complexité croissante pour le soliste, au final.  Isabelle Faust fait montre d'une stupéfiante maîtrise et d'une empathie certaine pour cet idiome particulier.  Toccata e due canzoni (1947), fruit d'une commande de Paul Sacher, emprunte la forme du concerto grosso qu'affectionnait Martinu – ici rehaussé d'un piano obligé.  Ce triptyque déploie une grande variété de climats.  À l'énergie presque motorique de la toccata - le piano assurant la fonction rythmique - fait suite l'atmosphère changeante de la première canzone que le clavier enrichit de son ostinato lancinant. Le final est comme une lutte entre fantaisie narrative et extrême rythmicité, avant de s'achever dans le profond tragique.  Les superbes couleurs du Prague Philharmonia sous la conduite sensible de Jiri Bĕlohlávek, dans l'acoustique flatteuse du Rudolfinum de Prague, font ici la différence.

 

Gustav MAHLER : Symphonie n°6.  London Symphony Orchestra, dir. Valery Gergiev.  LSO Live : LSO 0661.  TT : 77'.

Premier volet de ce qui doit être une intégrale, la VIe Symphonie, dite tragique, de Mahler connaît, sous la conduite de Valery Gergiev, une lecture on ne peut plus dramatique : extrêmement tendue, comme théâtralisée par endroit, presque tourmentée; à l'image d'un chef survolté qui ne cherche pas le confort de l'auditeur.  L'allegro energico initial est tumultueux, l’indication ma non troppo comme mise entre parenthèse.  L’épisode alpestre n'en apparaît que plus contrasté.  La tension se relâche à peine dans l'andante moderato – placé ici en deuxième position conformément au souhait du compositeur après la publication de l'œuvre – pourtant destiné à apporter la paix après l'orage.  La composante grotesque et violente du scherzo n'est pas éludée, loin de là.  Le final est rien moins qu'implacable.  Gergiev en dénoue l'extrême complexité avec exaltation, à la limite de la rupture, mélange de chant funèbre, de lambeaux de joie passée, d'affirmation héroïque et d'impossible félicité.  Précédé des deux coups du destin assénés au marteau, le dernier accord après un angoissant silence sera terrifiant et dévastateur, avant que la pâte sonore ne se dissolve dans le néant.  Cette exécution, saisie en concert, en restitue toute la densité et le formidable impact.  Si pas toujours confortable, elle est grandiose.  Soumis à rude épreuve, l’orchestre répond avec brio aux vigoureuses sollicitations du chef.

Jean-Pierre Robert

 

Musiques au temps de Richelieu.  Maîtrise de l’Institut musical de Vendée, Le Chœur du Marais, La Simphonie du Marais (www.simphonie-du-marais.org , dir. Hugo Reyne.  2CDs « Musiques à la Chabotterie » (www.vendee.fr) : 605005.

Le CD 1 « Musiques sacrées » comporte le De profundis d’Antoine Boesset, un Te Deum anonyme, plus divers motets signés Louis Constantin, Nicolas Formé, Annibal Gantez et quelques autres attribués à Guillaume Bouzignac.  Le CD 2 « Musiques profanes » propose, quant à lui, les cinq actes du Ballet de la Prospérité des armes de France, dont les récits et entrées dansées sont de la plume des sieurs Chancy, La Barre, Mollier et Verpré.  Merci à Hugo Reyne de nous révéler ici des répertoires étonnamment peu fréquentés – sachant l’intérêt passionné que leur portaient le roi Louis XIII & son fidèle premier ministre.

 

Gustav MAHLER : Das Lied von der Erde.  Janet Baker, mezzo-soprano.  John Mitchinson, ténor.  BBC Northern Symphony Orchestra, dir. Raymond Leppard.  Johannes BRAHMS : Rhapsodie pour contralto.  Janet Baker.  BBC Men’s Chorus & BBC Symphony Orchestra, dir. Sir Adrian Boult.  BBC (www.mediciarts.co.uk)  : BBCL 4243-2.  TT : 79’19.

Dans la collection « BBC Legends » (Great performers of the twentieth century), voici la précieuse captation de chefs-d’œuvre de Mahler, le 22 février 1977, au Free Trade Hall de Manchester, et de Brahms, le 6 novembre 1968, au Royal Festival Hall de Londres.  L’intensité dramatique que Dame Janet Baker confère à ses rôles lyriques (dans Purcell, Haendel, Gluck, Donizetti, Massenet ou Britten) est tout à fait, ici, en situation.  John Mitchinson, l’un des plus vaillants ténors de sa génération, ne démérite certes pas à ses côtés.

 

Dimitri CHOSTAKOVITCH : Symphonie n°12 op.112, « L’année 1917 ».  Symphonie n°6 op.54.  Arrangements de pièces de Johann Strauss II et Vincent Youmans.  Philharmonia Orchestra & BBC Symphony Orchestra, dir. Gennady Rozhdestvensky.  « BBC Legends », BBC (www.mediciarts.co.uk)  : BBCL 4242-2.  TT : 73’22.

Il s’agit là de la captation de la « première » à l’Ouest (Usher Hall d’Édimbourg, le 4 septembre 1962) de la 12e Symphonie de Chostakovitch, sous la direction de Gennady Nikolayevich Rozhdestvensky, chef préféré du compositeur [notre photo].  Les autres pièces furent enregistrées en 1980-81, au Royal Albert Hall de Londres.  Prises de son magnifiquement contrastées.

 

Richard STRAUSS : Une vie de héros op 40.  Mort et transfiguration op. 24.  Fritz Görlach, violon solo.  Rias-Symphonie-Orchester, dir. Karl Böhm.  Audite (www.audite.de) : 95.586.  TT : 71’33.

Enregistrées en studio (Berlin, 1950-51) et remastérisées, voici deux œuvres majeures de Richard Strauss conduites par l’un de ses plus ardents défenseurs.  Au cœur de ces tumultes, l’extrême précision de la battue de Karl Böhm fait merveille.

 

Hommage à Horowitz.  Stéphane Blet, piano. Marcal Classics : MA 080701. Distr. Codaex. TT : 54'26

Éblouissante est certes la virtuosité du pianiste-compositeur Stéphane Blet.  N’est-ce d’ailleurs pas le moins pour rendre hommage à celui qui, avec Byron Janis, fut son mentor à New York dans les années 80.  Outre les Carmen Variations d’Horowitz, il interprète ici de nombreuses pièces transcendantes ou lyriques de Rachmaninov, Moszkowsky, Scriabine, Schumann, Chopin, Stravinsky, Erroll Garner, Blet ou… Albinoni/Blet.  Anthologique !

 

Claude DEBUSSY : Préludes pour piano. Livres 1 et 2.  Ivan Ilić, piano.  Disques Paraty (www.paraty.fr) : 108 105.  Intégral Distribution.  TT : 75’40.

Pointes sèches, ces interprétations du jeune Ivan Ilić, pianiste américain d’origine serbe (diplômé du CNSMDP & de l’École Normale de musique de Paris), pour être certes moins « séduisantes » que celles d’une Marcelle Meyer ou d’un Daniel Barenboim, n’en sont pas moins attachantes.

 

Robert SCHUMANN : Gesänge der Frühe op. 133.  Novelletten op. 21.  Vier Märsche op. 76.  Klaviersonate op.22.  Nachtstücke op. 23.  Drei Phantasiestücke op. 111.  Éric Le Sage, piano.  2CDs Alpha (www.alpha-prod.com) : 129.  TT : 61’02 + 66’26. 

Dédiés à la comtesse Bettina von Arnim, amie de Goethe et de Beethoven, les Gesänge der Frühe (« Chants de l’aube »), ultimes pages du compositeur, sont assortis de la recommandation - toute beethovénienne - suivante : « Plutôt expression des émotions que peinture ».  À laquelle obtempère magnifiquement Éric Le Sage [notre photo]…

 

 

Les « Archives internationales de musique populaire » (AIMP) viennent de publier trois nouveaux enregistrements (Musée d’ethnographie de Genève. www.adem.ch ou musee.ethno@ville.ge.ch) :

AZERBAÏDJAN : Le kamancha d’Elshan Mansurov.  Enregistrements & texte : Jean During.  VDE : CD-1240.  TT : 79’23.  Virtuose du kamancha, instrument à archet d’origine caucasienne, Elshan Mansurov improvise de délicates phrases subtilement ornementées.

LAOS : Musique de l’ancienne cour de Luang-Prabang par Yiao Phün Muang.  Enregistrements & texte : Jean-Marie Knapp.  VDE : CD-1213.  TT : 54’09.  Voix, vièles, gongs et xylophones recréent une esthétique à la fois souple, élégante et vigoureuse.

MALI : Le chant des chasseurs.  Enregistrements & texte :Vincent Zanetti.  VDE : CD-1244.  TT : 59’01.  De tradition animiste, ces anciennes pratiques rituelles de la confrérie des chasseurs (donsow) confèrent au chant un rôle central.  Enregistrement réalisé chez les griots des chasseurs (donso jeli) des Bamana du Mali.

           

 

Piccolo et flûte à l’Opéra.  Jean-Louis Beaumadier, piccolo.  Shigenori Kudo, flûte.  Anne Guidi, piano.  Skarbo (www.skarbo.fr) : DSK 4085.  TT : 61’47.

Il s’agit ici d’un plaisant florilège de transcriptions, pour deux flûtes & piano, de pages de Rigoletto (Guiseppe Rabboni), Lucia de Lamermoor (Cesare Ciardi), Un bal masqué (Luigi Hughes), Mefistofele (Luigi Hugues), Aïda (Luigi Hughes) et Maria Padilla (Cesare Ciardi).

 

Sergueï RACHMANINOV : Variations sur un thème de Corelli, Préludes op.23, n°4 et 6, Kreisler Liebeslied, Études-tableau op.39, n°2 et 6, Lullaby, d’après Tchaikovski.  Natalia Sitolenko, piano.  Marcal Classics : 061201.  Distr. Codaex (tél. : 01 39 08 01 02). 

Gravité et modestie d’une grande interprète, entièrement dévolue à ces musiques avec lesquelles elle a, d’évidence, de profondes affinités.  Et quelle puissance de frappe chez une aussi frèle jeune femme ! Une révélation…

 

Du Shtetl à New York : Isabelle Georges & Sirba Octet, dir. Richard Schmoucler.  Naïve/Ambroisie : AM 173.  TT : 64’.

Bonheur de chaque instant, à l’écoute de ce merveilleux disque consacré aux musiques traditionnelles juives du shtetl (naguère petite ville ou quartier juif de l’Europe de l’Est) et à leurs avatars new-yorkais !  Isabelle Georges est une magnifique interprète : outre de classiques chants yiddishs (Amol iz geveyn a mayse, Rozhinkes mit mandlen, Bublitchki…), elle reprend, accompagné par l’excellent Sirba Octet, quelques grands standards composés par des musiciens juifs new-yorkais (Harold Arlen, Irving Berlin, Jerry Bock, George Gershwin, Richard Rogers, Sholom Secunda…) : My funny Valentine, So wonderful, Get happy, Stormy weather, Over the rainbow, I got rhythm…  Précipitez-vous !

Francis Gérimont

 

POUR LES PLUS JEUNES

Jean-Yves LACOMBE : Les chansons animalières. 1CD + 1DVD.  Victorie Music : 301776-3.  Distrib. : Universal.  Partitions disponibles via : www.musiques-buissonnieres.fr

Champion du re-recording, Jean-Yves Lacombe assume les parties de chant, de guitares, de tuba et de… violoncelle (n’est-il pas titulaire de cet instrument dans le célèbre groupe « Le Quatuor » ?).  Il est également l’auteur des 22 chansons ci-incluses, de leurs arrangements et des illustrations du livret.  Petite voix certes, mais est-ce bien important ? Joyeuse originalité des textes & des illustrations, mais musiques un peu tristounettes.  Les clips du DVD promeuvent vache, cheval, orignal et roquet !

 

Henri DÈS : L’hirondelle et le papillonClub Tralalère (www.club-tralalere.com) : 301776-2.  Distrib. : Universal. 

Vieux routier de la chanson enfantine, le délicieux Henri Dès sort ici son 16e album.  Auquel son fidèle public transgénérationnel fera un triomphe mérité : 12 chansons + leurs play-back (paroles dans le livret).  Avec, en bonus, un « Petit abécédaire au pays des chansons d’Henri Dès, en 23 lettres, couplets, jeux et devinettes » (éditions du Mille-pattes).

Francis Gérimont

 

DVD

Patrick KERSALÉ : Aux origines de la musique. Afrique-Asie.  « Ethnys, écouter & voir le monde ». 1DVD Lugdivine.

Ce DVD nous invite à un voyage hors du temps dans l’univers de la communication des sociétés traditionnelles.  Ceci nous permet de découvrir comment l’homme, par des techniques vocales, des outils sonores, des langages et des stratégies communique à distance, ces distances pouvant être géographiques, ou celle qui sépare le monde des vivants de celui des morts ou de celui des esprits. Ce DVD est présenté sous forme d’un film qui peut être regardé en continu, mais il contient aussi une remarquable table analytique qui permet de se construire soi-même un parcours de découverte à travers la grande histoire de la communication.

 

Anne-Marie GROSSER : Jeux de mime et jeux de mains. Jeux chantés en Maternelle et en Primaire. « Trésors d’enfance ».  1DVD : Fuzeau 6906.

Ce DVD très bien réalisé permet, mieux que n’importe quel livre, de mettre en œuvre des chansons et comptines enfantines traditionnelles.  Cette réalisation soignée fait partie de toute une collection disponible chez le même éditeur.

Daniel Blackstone

 

 

 


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La saison 08-09 à l’Opéra de Lyon

 

La grande maison noire des bords du Rhône voit, cette saison, la prise de fonctions de son nouveau chef permanent, Kazushi Ono, dont on a apprécié les éminentes qualités à La Monnaie.  Cette arrivée coïncide avec le 25e anniversaire de l'Orchestre de l'Opéra de Lyon.  La programmation lyrique, éclectique comme toujours, sera placée sous le théme des héros perdus.  Ceux de La Clémence de Titus de Mozart, qui marquera le retour de Georges Lavaudant à la régie d'opéra, et sera dirigée par Jérémie Rhorer (du 11 au 25 octobre), de Lulu de Berg aussi, mis en scène par Peter Stein et conduit par Kazushi Ono (du 20 avril au 2 mai) et de La Traviata, reprise de la régie de Klaus Michael Grüber (du 23 juin au 7 juillet 2009).  On donnera aussi Mort à Venise, l'ultime opéra de Britten, méditation sur la beauté (du 23 mai au 1er juin).  Mais aussi La Chauve Souris, le chef-d'œuvre de Johann Strauss, et de l'opérette en général, dont la présentation sera confiée à Peter Langdal, et la direction musicale à Emmanuel Krivine qui, lui aussi, fera un come-back remarqué à Lyon (du 17 décembre au 1er janvier), et Le Roi malgré lui de Chabrier, dont on reverra avec plaisir la mise en scène léchée de Laurent Pelly (du 26 février au 8 mars 2009).

Le fil conducteur sera peut-être encore plus apparent lors du festival d'hiver intitulé « leurs prisons » qui présentera trois œuvres peu connues.  Dans Le Joueur, Prokofiev s'emparant du texte de Dostoïevski, en magnifie les émotions.  Dirigé par Kazushi Ono, dont ce sera la première prestation dans la fosse, il sera mis en scène par Grzegorz Jarzyna, un grand de la scène polonaise à côté de Warlikowski (du 22 janvier au 5 février).  Le Vin herbé, cet autre histoire de Tristan et Yseut puisée au texte de Joseph Bédier – Le Philtre - sur laquelle le compositeur suisse Frank Martin a écrit une musique attachante, sera défendu par Willy Decker à la régie et Friedemann Layer au pupitre (du 24 au 30 janvier).  Enfin, Dans la colonie pénitentiaire de Philip Glass, d'après la nouvelle de Kafka, opéra de chambre, avec pour tout dipositif musical un quatuor à cordes et une contrebasse, sera joué dans une régie de Richard Brunel, et à la Maison d'arrêt de Lyon ; une belle initiative (du 23 janvier au 4 février).

Outre une version de concert de Anna Bolena de Donizetti, dirigée par ce spécialiste qu'est Evelino Pido (20/11), plusieurs concerts symphoniques enrichiront la saison, conduits par Kazushi Ono qui rapprochera la Symphonie de Chausson du Petrouchka de Stravinsky (29/4), Marc Minkowski, dans un programme Haydn (25/5) et Thomas Hengelbrock dans les trois dernières symphonies de Mozart (15/3).  Enfin Anna Caterina Antonacci donnera un récital français et italien (18/1).

Renseignements et location : place de la Comédie, BP 1219, 69203, Lyon Cedex 01.  Tél. : 08 26 30 53 25. www.opera-lyon.com

Jean-Pierre Robert

 

La saison du Capitole de Toulouse

 

Pour sa dernière saison à la tête du célèbre théâtre de la Ville rose, Nicolas Joel a concocté un programme varié, fidèle à sa conception d'une programmation partageant habilement les divers genres lyriques.  Un regard particulier est toutefois porté sur l'opéra français.  C'est en effet à ce répertoire qu'il faut rattacher Œdipe de George Enesco, le plus français des compositeurs roumains, et créé à l'Opéra de Paris en 1936.  Aussi passionnante que méconnue, l'œuvre offre une musique puissante et généreuse. La production réunira Pinchas Steinberg, direction, Nicolas Joel, mise en scène et Ezio Frigerio, décors (l0, 14, 17 octobre 2008 à 20h, 12 et 19 octobre à 15h).  La Périchole de Jacques Offenbach reviendra à l'affiche dans une régie de Omar Porras et sous la direction de Emmanuel Joel, avec Karin Deshayes et Jean-Philippe Lafont ; du plaisir en perspective (23, 26, 27 et 30 décembre à 20h, 25 et 28 décembre à 15h). La belle tragédie en musique de Rameau Hippolyte et Aricie sera conduite par Emmanuelle Haïm, une spécialiste, et mise en scène par Ivan Alexandre (6, 10, 13 mars à 20h, 8 et 15 mars à 15h).  Carmen et Faust seront mis en scène par le patron. L'œuvre phare de Bizet, chantée par Anna Caterina Antonacci, et Inva Mula en Micaela, sera dirigée par Daniele Callegari (3, 7, 10 avril à 20h, 5 et 12 avril à 15h).  Quant à l'opéra le plus célèbre de Gounod, dont le rôle éponyme sera chanté par Guiseppe Filianoti, il sera dirigé par Emmanuel Plasson, un nom de famille pas inconnu à Toulouse (19, 23, 26 juin à 20h, 21 et 28 juin à 15h).

On donnera en outre Les Noces de Figaro dans une régie de Marco Arturo Marelli, dirigées par Marco Armiliato (21, 22, 25, 28, 29 novembre, 23 et 30 novembre à 15h).  L'un des chefs-d'œuvre du répertoire vériste, André Chénier, de Giordano, renferme une musique enflammée qui sera défendue par Pinchas Steinberg, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty (23, 27, 30 janvier et 3 février à 20h ; 25 janvier et 1er février à 15h).  Salomé de Richard Strauss reviendra à l'affiche dans la régie de Pet Halmen, dirigé également par Pinchas Steinberg, avec une distribution dont on attend beaucoup, puisque réunissant Camilla Nylund dans le rôle-titre et Ludovic Tézier en  Jokanaan.  Enfin deux concerts avec voix présenteront Sophie Koch, qui interprètera le Poème de l'amour et de la mer de Chausson, sous la direction de Yves Abel (13/12), et la soprano finlandaise Soile Isokoski en récital avec piano (16/2).

Renseignements & location : Théâtre du Capitole, place du Capitole, 31000 Toulouse. Tél. : 05 61 63 13 13. www.theatre-du-capitole.org

Jean-Pierre Robert

 

Chœur de la Radio-Télévision de Mongolie chinoise

 

Le grand événement de la rentrée chorale est, sans doute, la première tournée en France du « Chœur de la Radio-Télévision de Mongolie chinoise » que dirige Mme Wu Ren San Na.  Ce chœur - qui a obtenu de nombreuses distinctions dans des concours internationaux en Corée, en Chine, aux Philippines… - a pour mission de faire connaître la musique mongole.  Son répertoire propose de grands poèmes symphoniques chantés, ainsi que des mélodies traditionnelles mêlées de chant diphonique.  Voyage aux confins de l’Asie centrale pour une évocation chorale époustouflante.

Dates de la tournée : www.sedrumusic.com/concerts.php3?id_artiste=10

Christian Pariot

 

 

Trip to Asia [En quête d’harmonie]

Un éblouissant film-documentaire

 

Réalisé d’après les images d’une tournée asiatique de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Trip to Asia nous propose - outre de larges séquences orchestrales de Ein Heldenleben de Richard Strauss, de la 3e Symphonie de Beethoven et de Asyla de Thomas Adès – de fabuleuses images des six métropoles visitées : Beijing, Séoul, Shanghai, Hong-Kong, Taipei et Tokyo, sous leurs aspects aussi bien traditionnels qu’hypermodernes.

Mais ce sont, surtout, les entretiens avec une trentaine des 126 musiciens de l’orchestre et, bien sûr, Sir Simon Rattle, leur chef permanent depuis 2002, qui font l’incomparable intérêt d’un film dont aucun musicien, mélomane, voire simple cinéphile ne saura se dispenser de voir et de revoir…

Comment, en effet, ne pas être admiratif devant l’extrême rigueur professionnelle et la générosité d’artistes qui n’ont plus, bien sûr, grand’chose à prouver, si ce n’est qu’ils sont toujours dignes – vis-à-vis notamment de ceux qui les cooptèrent (le Berlin Philharmoniker est le seul orchestre à ainsi fonctionner) - d’appartenir à la plus prestigieuse phalange qui soit.

Inimaginables sont les vagues d’enthousiasme que suscita cette tournée - notamment lors du concert de Taipei auquel assistèrent quelque 30 000 personnes.  In vivo, une utopie réalisée… Inoubliable !

Réalisateur : Thomas Grube.  Musiques additionnelles : Simon Stockhausen.  Durée du film : 1h48.  Dolby SRD-VOSTF.  En salles, le 21 octobre 2008.  Renseignements : www.films-sans-frontieres.fr

Francis Cousté

 

« Musiques pour Vézelay »

Autour d’une création mondiale

 

Ivan Bellocq, « compositeur flûtiste », lauréat de concours, est professeur de flûte et de musique de chambre, directeur de collection chez Delatour ou encore programmateur de festivals.  Directeur du conservatoire de Saint-Cloud - avant de se consacrer entièrement à la composition et à l’interprétation -, il a enregistré de nombreux disques, réalisé de nombreuses œuvres de commande, notamment celle de l’Ariam/Île-de-France : Au-delà pour chœur mixte.  Cette œuvre, à mi-chemin entre tradition et modernité, a été créée à Vézelay, le jeudi 8 mai 2008, sous le titre global : « Musiques pour Vézelay ».  Sa musique a été largement diffusée dans une trentaine de pays.  Cette personnalité originale privilégie la pluridisciplinarité musique-poésie-peinture-sculpture.

Thibault Lam Quang [notre photo], lors d’un mémorable concert dans le cadre prestigieux de la basilique de Vézelay, a dirigé son chœur de chambre « Les Temperamens Variations ».  Ils ont brillamment interprété trois œuvres : le Requiem de Vittoria (1603), Nunc dimittis (2001) d’Arvo Pärt et, en création mondiale, Au-delà (2007) d’Ivan Bellocq, ayant pour dénominateur commun l’évocation poignante du destin.  Si la composition de ce triptyque peut paraître insolite, elle est d’une cohérence parfaite, en résonance avec la pierre de cet édifice.  Ivan Bellocq précise d’ailleurs ses objectifs, en ces termes :

« Au-delà a été conçu pour faire résonance, d’une part, à l’œuvre principale du programme d’une série de concerts : une Messe de Vittoria (le Requiem de 1603) et, d’autre part, à celui des chapiteaux de la Basilique de Vézelay (l’un des lieux où sera créée l’œuvre) qui représente la musique profane ».

Au-delà, dédiée à Thibault Lam Quang, professeur agrégé, chef du chœur de chambre « Les temperamens Variations », est structurée en 6 mouvements : Introït, avec citation liturgique : Requiem aeternam…  Hymnus Deus in Sion aeternam ; Kyrie, dont les paroles sont énoncées au ténor, est sous-tendu par des onomatopées en ostinato, auquel - par effet de contraste - succède une Danse animée et sautillante à 4 voix, avec allègement des parties et brusque opposition de nuances, pour aboutir au Graduel liturgique, avec les expressions : Requiem aeternam ; Lux perpetua…  La cinquième partie : Au-delà I, se présente sous la forme d’une valse « céleste » à 6/8.  La sixième : Au-delà II, homorythmique et homosyllabique, ne repose, pour l’essentiel, que sur des onomatopées, avec un passage ornementé et deux voix en rythme égal.  Tout en exploitant la résonance de l’édifice, le compositeur recherche l’inattendu : éléments profanes insérés dans le sacré ; passages sans paroles, chant libre et intonation liturgique, mélodies grégoriennes harmonisées à sa manière ; bruitages et sons insolites contribuant au paysage vocal inouï.

L’interprétation n’était pas de tout repos, sur le plan vocal, par exemple, occasionnellement : altos divisés par deux, ténors par quatre, basses par deux, nécessitant des chanteurs absolument chevronnés ayant une excellente acuité auditive et sachant spéculer sur les hauteurs, les sonorités à triturer.  L’ensemble vocal s’est adapté aux différentes esthétiques allant de 1603 (Requiem de Victoria) à 2001 (Nunc dimittis, cantique de Siméon, d’Arvo Pärt) jusqu’à 2007 (Au-delà d’Ivan Bellocq).  Il s’est imposé par la qualité vocale, le fondu des voix, la justesse extrême au milieu des dissonances les plus scabreuses, et son relief extraordinaire.  Concert exceptionnel, interprétation exceptionnelle, cadre exceptionnel : rien ne manquait au compositeur comme aux chanteurs et à Thibault Lam Quang pour créer l’atmosphère faite de mystère, d’extase, de mysticisme contenu.

Édith Weber

 

 

P…, cinq ans !

 

Cinq ans, c’est la durée du mandat proposé à Daniele Gatti [notre photo], nouveau directeur musical de l’Orchestre national de France ! National ? De quelle nation parle-t-on, à l’heure de l’Europe… la France ? On jouerait donc de la musique française, après le règne Masur qui donna si souvent des sueurs froides aux pronostiqueurs. Rappelez-vous : Schumann serait-il donné en première partie et Brahms en deuxième… ou l’inverse ? Beethoven partagerait-il la soirée avec Mahler ou avec Mendelssohn ? Une fois terminé le programme Schumann, qui avait succédé au programme Mendelssohn, le programme Mendelssohn serait-il redonné, ou passerait-on au programme Beethoven ? Auquel succéderait la saison Brahms ? Non, Mahler ? Ou Mendelssohn ! À moins que… Schumann encore ?!…

Changement complet donc, avec Gatti. De la diversité ! Du neuf ! Ainsi voit-on que, sur les 9 concerts de la saison octobre-avril, on ne jouera que 6 fois du Brahms (c’est pourtant si beau, du Brahms bien dirigé !). Surtout, le public français l’ignorant, nous sommes à la veille d’un double événement CAPITAL : la commémoration de la naissance et de la mort du malheureux Gustav Mahler, qui, chacun le sait, n’est jamais joué en France et mérite donc cette réhabilitation nous valant l’INTÉGRALITÉ de ses symphonies et lieder au long des cinq saisons à venir.  Un « bon rythme » pour notre éclectique directeur (entretien avec l’excellent Christian Wasselin auquel on peut faire toute confiance quant à la fidélité des propos publiés sur le programme du concert inaugural, miroir aux alouettes françaises).  Autres confondantes nouveautés : l’intégrale des symphonies de Beethoven, presque tout Brahms… parfois, c’est vrai, du Ravel, du Debussy.

Le ton haut, l’allure seigneuriale, le maître annonce ses « trois axes principaux : le grand répertoire (Beethoven, Brahms, Mahler…), le XXe siècle (Stravinsky, Bartók…) et (buona questa !)… la musique française » (laquelle, n’appartenant donc ni au « grand répertoire » ni au « XXe siècle », n’existe pas… comment faire entendre quelque chose qui n’existe pas ?).

Que de hardiesse et de nouveauté dans cette politique « qui permet les aventures musicales sans être brimé par l’obsession de la recette » (je vous l’ai dit, le maestro est un humoriste !).  Là où l’affaire prend un tour inattendu, c’est lorsque notre chef qui, à 46 ans, n’est plus un chérubin, avoue benoîtement qu’il a « découvert Debussy récemment » ! Récemment.  On serait curieux de connaître la formation permettant à un chef d’orchestre international la « découverte » de Debussy après la quarantaine !  Au demeurant, l’aveu était bien inutile.  Quand La Mer est fouettée à grands coups de serpe et que le Prélude à l’après-midi d’un faune devient une lourde étude post-mahlérienne, nul doute que le praticien qui a eu l’humanité d’en achever l’exécution n’éprouve aucun sentiment à l’endroit de la victime ! En seconde partie de ce concert inaugural, le Sacre a électrisé une foule dont les longs beuglements ont offert un digne écho au fracas prestissimo - hallucinante virtuosité de tous les pupitres - qui venait de le mettre en transe au point de se gifler les mains avec une fureur toute barbare.  Sans doute l’évocation de la Russie des âges farouches…

Nous voilà presque soulagés d’apprendre que le maestro devant lequel se vautraient tous les invités du cocktail d’après concert (au fait, qu’y faisait l’auteur de ces lignes, coupe d’excellent champagne à la main !?) aime « modérément » le Boléro ; ce qui lui évitera, sur un malentendu, de l’immoler à son tour.  Quant à Berlioz, notre homme a « une relation difficile avec lui » !  Il en a quand même donné un jour Le Carnaval romain - abusé par la transalpinité du titre ? - mais personne n’aura la cruauté d’exiger qu’il en fît entendre ne fût-ce qu’une note.  Tant mieux, nous continuerons à voyager de Londres à Genève, de Moscou à New York pour entendre la voix du grand proscrit !  Bien sûr, comme on n’est pas fou au point de ne pas savoir où gît le vrai pouvoir, on jouera un grand compositeur vivant, euh, voyons… Boulez par exemple !  Et aussi, de « jeunes compositeurs français » commandités par Radio France et qu’on donnera, pour le fun, entre une symphonie de Brahms et un recueil de Mahler.  À l’entracte ?

Quelques drôleries pour finir. Gatti, qui est italien, non point allemand, évoque les orchestres italiens qui « jouent toujours Puccini, Verdi et Respighi » et les orchestres russes qui « passent de Tchaïkovski à Rachmaninov et inversement » ! J’ai pourtant entendu dans ces deux pays, comme tant d’autres à qui on ne donne pas la parole, des interprétations du « grand répertoire » qui pourraient ramener notre homme à un peu plus de modestie.  Alors, on se prend à rêver, à imaginer… je ne sais pas, moi, l’impossible, un vrai chef…  Libre, original, souverain.  Puis on se résigne, comme un vulgaire taulard.  La quille dans cinq ans !

Gérard Denizeau

 

 

 

 

 

 

 


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Le supplément Baccalauréat 2009. Comme chaque année, L’éducation musicale propose le supplément indispensable aux professeurs d’Éducation musicale et aux élèves de Terminale qui préparent l’épreuve de spécialité « série L » ou l’épreuve facultative « Toutes séries générales et technologiques du baccalauréat ».

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Notre numéro de septembre/octobre est à découvrir sans attendre ! Au sommaire de ce numéro, vous trouverez un dossier spécial consacré aux femmes compositrices avec notamment Lili Boulanger, Cathy Berberian, Isabelle Aboulker, Edith Canat de Chizy et bien d'autres...

 

 

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Laëtitia Girard