Parmi les universellement branchés que nous sommes, en
perpétuelle attente de communication, qui trouverait encore le temps de la
paresseuse flânerie ? Il n’est pourtant pas si lointain le joli
temps où nous pouvions, par les rues et par les chemins, entendre fredonner ou
siffloter quelque passant désœuvré…
Saturés ad nauseam de confiseries sonores, comment éprouverions-nous encore l’onaniste tentation du
soliloque musical? Sinon peut-être – whistling
in the dark – dans la haute solitude des parkings ou la traversée d’autres lieux
non moins inquiétants…
Ainsi, l’été dernier, sur certaine jetée violemment battue
par les flots, il n’était guère d’« aventurier » qui ne sifflotât
d’un air dégagé. Et l’auteur de ces lignes…
Le chant choral, heureusement, ne s’est jamais mieux porté !
Lundi rose ! Dans sa
conférence de presse du 15 septembre 2008, le ministre de l’Éducation nationale
Xavier Darcos a annoncé la signature d’une convention de partenariat avec six
institutions dédiées à la musique : l’Ircam, Radio Classique, France
Musique, les Jeunesses musicales de France, le Hall de la chanson et la Cité de
la musique.
Le Louvre invite Pierre
Boulez. Du 6 novembre 2008 au 9 février 2009 :
concerts, exposition, musique filmée, débat, conférence, colloque. Le 6
novembre (18h30) : Conférence
inaugurale par Pierre Boulez. Le 7 novembre (18h30) : Conversation d’architecture avec Pierre
Boulez, Jean Nouvel & Laurent Bayle. Le 8 novembre (10h-18h) : L’œuvre en suspens, colloque en présence
du compositeur. Renseignements :www.louvre.fr
La session d’été 2009 du World
Youth Choir se
tiendra Gand (Belgique). Il est d’ores et déjà possible de
s’inscrire. Renseignements :www.worldyouthchoir.org
Collège « Musique contemporaine » 08-09. Salle des Colloques de laCité de la musique [notre photo], les
jeudis de 19h30 à 21h30 (15 séances). Intervenant : Pierre-Albert
Castanet. Archives sonores et vidéos illustrent ces cours.
Premières séances : Le rapport au
bruit (2 octobre), L’ère des machines (9 octobre), Messiaen et ses élèves (16 octobre), Dans le sillage de Pierre
Boulez (23 octobre), Dans le sillage
de Iannis Xenakis (6 novembre)…
Salle Favart. En 2008-09, l’Opéra-Comique [notre photo] propose : Dido and Aeneas (Purcell), Zampa ou La fiancée de marbre (Hérold), Fra Diavolo ou L’hôtellerie de Terracine (Auber), Lady Sarashina (Eötvös), Albert Herring (Britten), Zoroastre (Rameau), Le roi malgré lui (Chabrier), Carmen (Bizet). Renseignements : 1, place Boieldieu, Paris IIe.
Tél. : 08 25 01 01 23. www.opera-comique.com
L’exposition « Gainsbourg 2008 » sera ouverte, à la Cité de la
musique de Paris, du 21 octobre 2008 au 1er mars 2009. Salle
des concerts, les 22, 23, 24, 25 et 28 octobre : « Les années Gainsbourg ». Musée
de la musique, les 25 et 26 octobre : concert-promenade et
projections. Renseignements : 01 44 84 44 84. www.cite-musique.fr
Le Concours national du Florilège vocal de Tours 2009 se déroulera du 19 au 31
mai. Trois catégories : Chœurs d’adultes (12-34 chanteurs),
Ensembles de jeunes de moins de 24 ans (12-34 chanteurs), Expression libre
(4-34 chanteurs). Inscriptions jusqu’au 15 novembre 2008.
[notre photo : Ensemble vocal Arthemys]. Renseignements : www.florilegevocal.com
Le Théâtre français de la Musique, sis en le Théâtre impérial de Compiègne [notre
photo], partage sa programmation entre opéra, opéra-comique, opérette, théâtre
musical, récital, musique de chambre & symphonique. Renseignements : Laure de Boulois : 03 44 40 17 10. www.theatre-imperial.com
Ircam/Centre Pompidou, saison 08-09. Fort de vingt-sept concerts &
spectacles différents (à Paris et en tournée), huit colloques &
conférences, l’Ircam propose : 19 créations mondiales, un cycle consacré
au quatuor, deux concerts en liaison avec les expositions du Centre Pompidou (« Jacques
Villeglé » / « Wassily Kandinsky »), une rencontre entre la
chorégraphe Myriam Gourfink et le compositeur Georg Friedrich Hass. Renseignements : 1, place
Igor-Stravinsky, Paris IVe. Tél. : 01 44 78 48 43. www.ircam.fr
À l’Opéra national de Paris sont programmés, en 2008-09 : Fidelio (Beethoven), La petite
renarde rusée (Janáček), La
flûte enchantée (Mozart), La fiancée
vendue (Smetana), Lady Macbeth de
Mzensk (Chostakovitch), Tristan et
Isolde (Wagner), L’affaire
Makropoulos (Janáček), Idomeneo (Mozart), Yvonne, princesse de Bourgogne (Boesmans), Le roi Roger (Szymanowski), Un bal masqué (Verdi), Eugène Oneguine (Tchaïkovski) et Madame Butterfly (Puccini). Renseignements : 08 92 89 90 90. www.operadeparis.fr
Le pianiste Pierre-Laurent Aimard [notre photo] donnera sa Leçon inaugurale au
Collège de France - chaire de Création artistique - le 22 janvier 2009, à 18
heures, en l’amphithéâtre Marguerite de Navarre. Elle portera sur :
« Rôle et responsabilité de
l’interprète aujourd’hui ». Entrée libre. Renseignements : 11, place Marcellin-Berthelot, Paris Ve. www.college-de-france.fr
Saison 2008-09 à l’Opéra de Tours :Armida (Haydn), Un festin
imprévu / Mesdames de la Halle (Offenbach), Mozart (Reynaldo Hahn), Il viaggio a Reims (Rossini), Ariadne auf Naxos (R. Strauss), Così fan tutte (Mozart), Mireille (Gounod). Renseignements : 34, rue de la Scellerie, 37000 Tours. Tél. : 02 47 60 20 20.
Les demi-sœurs Eva Wagner-Pasquier (63 ans) et Katharina Wagner
(30 ans) [nos
photos], arrière-petites-filles du compositeur, succèdent à leur père Wolfgang
à la direction du festival de Bayreuth. Évinçant le tandem – trop « audacieux » dit-on - constitué de
leur cousine Nike Wagner (63 ans) et du Belge Gérard Mortier. Renseignements : www.bayreuther-festspiele.de
L’Ensemble Télémaque [notre photo], formation marseillaise dédiée à la musique
contemporaine, fêtera ses 15 ans en 2009. Étonnamment riche est, dès octobre
2008, sa programmation. Renseignements : 04 91 39 29 13. www.ensemble-telemaque.com
Opéra de Montréal. Pour la 5e année, le projet éducatif coOpéra permettra à une centaine
d’élèves de quatre écoles primaires de concevoir leur propre spectacle musical
à partir d’un opéra à l’affiche. En 2007-08, c’était : Didon et Énée (Purcell), Le monde de la lune (Haydn) et Un bal masqué (Verdi). De la
conception scénique au livret, en passant par des ateliers sur la voix, ces
jeunes bénéficient du soutien technique & artistique de la compagnie et de
l’Atelier lyrique [notre photo]. Renseignements : www.operademontreal.com
« Petits et grands » à l’Opéra national de Paris : spectacles musicaux, opéras,
danse contemporaine, hip-hop… Renseignements :Animation et Jeune Public. Agnès
de Jacquelot : 01 40 01 19 88. adejacquelot@operadeparis.fr / www.operadeparis.fr
« Découvrir la musique » à Radio France ! Innombrables sont les concerts
destinés au jeune public, lors de la saison 2008-2009. Aussi bien à la
Maison de Radio France [notre photo : « la Maison ronde », vue
depuis la Tour Eiffel] qu’au Théâtre des Champs-Élysées, au Petit Palais, au
Conservatoire Francis-Poulenc, au Théâtre du Châtelet, à la Salle Pleyel… Renseignements : 01 56 40 15 16. www.concerts.radiofrance.fr
Verbatim : « Je n’en revenais pas
quand j’ai appris qu’il y a davantage d’apprentis-pianistes en Asie que
d’habitants en Allemagne. Ah non, pardon… Pas en Asie, en
Chine ! » (Sir Simon Rattle, Trip
to Asia).
Selon le Shanghai Daily, Google aurait choisi la Chine
pour lancer son 1er service de téléchargement gratuit de musique -
en partenariat avec www.top100.cn La
Chine serait aujourd’hui le premier pays du monde en nombre
d’internautes : 253 millions (contre 215 millions aux USA).
16’33 : tel est le temps moyen nécessaire
à un travailleur interrompu par un courriel pour revenir à ce qu’il ou elle
faisait auparavant (source : University of Illinois). En mai 2008,
82 % des Étasuniens utilisaient Internet (source : Parks Associates),
cependant que 97 % de leurs compatriotes âgés de 12 à 17 ans pratiquaient
les jeux vidéo (source : Pew Survey).
Myspace annonce 230 millions d’utilisateurs dans le monde, dont (seulement)
3 millions en France. Il y aurait, en revanche, 15 millions de blogs en
France, record du monde.
Le Centre de musique médiévale de Paris organise des Ateliers réguliers (Technique vocale, Yoga pour chanteurs, Chant grégorien, Chansons & motets
en France (XIIIe-XIVe siècles), Hildegard von Bingen,
Vièle à archet & luth, Cornemuses & vielles à roue…) et des Stages de week-end (Harpes anciennes,
Chant grégorien, Improvisation vocale, Notation Ars nova & Ars subtilior,
Guillaume de Machaut, Frottole, Percussions…). Renseignements : 47,
rue Bobillot, Paris XIIIe. Tél. : 01 45 80 74 49. http://assoc.orange.fr/cmmp
Le réalisateur &
écrivain Frédéric Mitterrand a pris ses fonctions, le 1er septembre 2008, à
la direction de la Villa Médicis. Il entend « élargir le collège des pensionnaires, en mettant la Villa au cœur d’une démarche culturelle
euro-méditerranéenne ». Renseignements : www.villamedici.it
Centre
Pompidou. La
Bibliothèque publique d’information (BPI) met gratuitement à la disposition du
public (par séquences de 75’, sur réservation) deux pianos numériques avec
« logiciels musicaux ». Renseignements : 01 44 78 12 33
(demander : « Espace Musiques
et documents parlés »). www.bpi.fr
Découverte d’une Étude pour piano de Beethoven. C’est en étudiant les derniers
travaux du compositeur conservés à la Bibliothèque nationale de Berlin que
Peter McCallum, maître-assistant en musicologie de l’Université de Sydney, a
mis la main sur cette partition qui n’avait pas, jusqu’à présent, retenu l’attention
des spécialistes. Apparemment complète mais très courte, l’œuvre aurait
été écrite en octobre 1826, soit quelques mois avant la mort du compositeur, en
mars 1827.
Les ventesde
musique numérique ont représenté, au premier semestre 2008, un volume de 35,4 millions de titres téléchargés -
en augmentation de 47,5% par
rapport au premier semestre 2007.
Amazon.com &
IMDb (Internet Movie Database) lancent une encyclopédie musicale participative.
Sorte de Wikipedia de la musique, le site mérite assurément le détour : www.soundunwound.com
Verbatim : « Les convaincus sont terribles ! » (Jules Vallès).
À l’Académie des Beaux-Arts, le 24 septembre 2008, Seiji
Ozawa était installé, en tant que « Membre associé étranger ».
Hugues Gall prononça le discours de réception. Auquel le chef d’orchestre
répondit par l’éloge de son prédécesseur Yehudi Menuhin (décédé le 12 mars 1999). Renseignements :www.academie-des-beaux-arts.fr
Journées Ravel à
Montfort-l’Amaury : « Maîtres et élèves »,
les 4-5 et 11-12 octobre 2008. Lieux : Château de Bluche,
Centre Maurice-Ravel, Château du Tremblay, Château de Groussay, Église
Saint-Pierre, Centre des Capucins. Renseignements : 01 34 86 96
10. www.lesjourneesravel.com
Église du
Val-de-Grâce. Le
concert inaugural de la XVIe saison d’orgue sera donné, le dimanche
5 octobre, à 17h30, par Hervé Désarbre, organiste du ministère de la Défense,
titulaire de l’instrument. Au programme : Bach, Walther, Claussmann,
Chostakovitch, Pasquet, Morançon. Entrée libre. Renseignements : 1, place Alphonse-Laveran, Paris Ve. www.valdegrace.org
Musée d’Orsay. Sur le thème de L’art de l’accompagnement vocal, seront
données des master-classes, le dimanche 5 octobre 2008, par les pianistes
Julius Drake (11h), Roger Vignoles (14h) et Graham Johnson (16h). Avec le
concours de « couples pianiste-chanteur ». Table ronde à 17h30. Entrée libre. Sur ce même thème, le ténor Ian Bostridge donnera
deux concerts : le jeudi 23 octobre à 20h (œuvres de Britten, Warlock et
Vaughan Williams, avec le Nash Ensemble) et le vendredi 24 octobre à 20h (œuvres
de Brahms et Schumann, avec le pianiste Julius Drake). Renseignements : M’O’ – 1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris VIIe. www.musee-orsay.fr
Le Tango boréal. Dans le cadre d’un concert
organisé par « La Casa de Santa Fe en Paris » (tél. : 06 86 76
19 28), le duo Kristina Kuusisto, bandonéon, et Mari Mäntylä, décacorde [notre
photo], se produira le 10 octobre 2008, à 21h, en la Maison de l’Amérique
latine. « Le tango est le seul
moyen de survivre en Finlande » (Aki Kaurismäki). Renseignements : 217, bd Saint-Germain, Paris VIIe. Tél. : 01 49 54 75
00. www.mal217.org
Festival
Présences. Le
premier des 5 week-ends proposés en 2008-2009 se déroulera à Paris, Maison de
Radio France. Œuvres de Malika Kishino, Jan Erik Mikalsen, Jonny
Greenwood, Luciano Berio, John Lennon & Paul McCartney (10 octobre,
20h) ; de Giuliano d’Angiolini, Thierry Escaich, Bernard Cavanna (11
octobre, 18h) ; de Alexander von Zemlinski, Aubert Lemeland, Frank Zappa,
Led Zeppelin (12 octobre, 16h) ; de Anthony Girard, Laurent Petitgirard,
Jonny Greenwood, Jean-Louis Florentz (12 octobre, 18h). Entrée libre. Renseignements :01 56 40 15 16. www.radiofrance.fr/chaines/orchestres/presences/prog
Le Quatuor Psophos [notre photo], en résidence à
l’Athénée/Théâtre Louis-Jouvet, invite le clarinettiste Jörg Widmann, le samedi
11 octobre 2008, à 15h. Programme : Quatuor à cordes (Maurice Ravel), Quatuor à cordes n°4 (Jörg Widmann), Quintette pour clarinette et cordes (Wolfgang Amadeus
Mozart). Renseignements : 24, rue de Caumartin, Paris IXe.
Tél. : 01 44 91 80 11. www.quatuor-psophos.com
« L’automne des
Concerts de Poche » propose : Nouveau trio
gitan, avec Christian Escoudé, David Reinhardt & Jean-Baptiste Laya (10
octobre/Marcq-en-Baroeul), Michel
Dalberto & le Quatuor Ébène (12 octobre/Perthes-en-Gâtinais), Quintette à vent & piano (16
octobre/Vouziers et 18 octobre/Vernou-la-Celle-sur-Seine), Jean-François Zygel (21 octobre/Reims et 22
octobre/Charleville-Mézières). Renseignements : 01 60 71 69
35. www.concertsdepoche.com
En hommage à
l’altiste Fiodor Droujinine (membre du légendaire Quatuor Beethoven de Moscou, dédicataire de la Sonate pour alto op. 147, œuvre
ultime de son ami Chostakovitch), sera donné un concert, le 15 octobre 2008, à
20h30, en la Salle Cortot (78, rue Cardinet, Paris XVIIe). Par
le Quatuor Danel : œuvres de Dimitri Chostakovitch & Fiodor Droujinine
[notre photo] et de Théophile de Wallensbourg. Renseignements : 01
47 03 90 43. www.chostakovitch.org
Auditorium du
Louvre. Le
mercredi 15 octobre 2008, à 20h, Petra Lang (mezzo-soprano) & Charles
Spencer (piano) interpréteront : Deutsche
Volkslieder (extraits) de Brahms, Frauenliebe
und -leben de Schumann, Mörike-Lieder (extraits) de Wolf, Rückert-Lieder de
Mahler. Renseignements : 01 40 26 77 94. auditorium@louvre.fr
« Aux origines
du dialogue humain : parole & musique ». Dans le cadre de ce colloque
organisé par le Collège de France [notre illustration], seront données le jeudi
16 octobre, à 17h40 : Strette d’Hèctor
Parra et Récitations (extraits) de
Georges Aperghis. Avec Donatienne Michel-Dansac (soprano).
Réalisation informatique musicale : Ircam (travail sur le phonème, la
prosodie ou le chant, segmentation, contrôle et synthèse). Entrée
libre. Renseignements : Collège de France (11, place
Marcelin-Berthelot, Paris Ve). Tél. : 01 44 27 11
47. www.college-de-france.fr
« Toulouse Les
Orgues ». La
13e édition de ce festival international se déroulera, dans la ville
rose, du 3 au 19 octobre 2008. Renseignements : 05 61 33 76
87. www.toulouse-les-orgues.org
Le Concert Trio, composé de Michèle Scharapan (piano)
[notre photo], Martine Bailly (violoncelle) et de Thomas Gautier (violon),
donnera, le samedi 18 octobre 2008, au Théâtre du Conservatoire national
supérieur d’Art dramatique (2bis, rue
du Conservatoire, Paris IXe) un programme Schubert : Trio en sib majeur D.898 et Trio en mib majeur D.929. Renseignements : 06 75 57 63 73. http://michele-scharapan.com ou concertrio@voila.fr
The King’s Singers [notre photo] se produiront à
Arcachon (Théâtre Olympia, le 19 octobre), à Paris (Salle Gaveau, le 20
octobre) et à Martigues (Théâtre des Salins, le 21 octobre). Au programme :
Madrigaux anglais, Nonsense Madrigals de Ligeti, Chansons de la Renaissance française. Renseignements : 02
47 95 83 60. www.kingssingers.com
L’Ensemble Intercontemporain propose, à la Cité de la musique
de Paris : « La mesure du temps » (2 octobre), « Hommage
à Elliott Carter » [notre photo] (9 octobre) et, au Centre Pompidou :
« Tournoiement » (29 octobre). Sans préjudice de concerts
donnés à Cologne (5 octobre), Donaueschingen (18 octobre) et Louvain
(29 octobre). Renseignements : 01 44 84 44
53. www.ensembleinter.com
Espace de projection
de l’Ircam. Le
mercredi 22 octobre 2008, à 20h : Carnets
d’études : percussion. Œuvres de Elliott Carter, Yan Maresz,
Javier Álvarez et, en création mondiale, de Lorenzo Pagliei et Luis Naón [notre
photo]. Renseignements : 01 44 78 48 43. www.ircam.fr
L’Orchestre
Poitou-Charentes, direction
artistique Jean-François Heisser [notre photo], donne, ce mois d’octobre, 3
programmes : L’histoire du soldat (Stravinski), Concerto en sol / Ma mère l’Oye (Ravel), El Retablo de Maese Pedro (Falla).
À Poitiers, en région et à Paris. Renseignements : 05 49 55 91
10. www.orchestrepoitoucharentes.com
Auditorium du musée
Guimet : « Koma »,
ensemble d’instruments traditionnels du Japon composé de YojiUeki (shamisen, percussions, chant), Atsuhisa Kawasaki (shakuhachi), TomoyaTerao (wadaiko), se
produira le vendredi 7 novembre, à 20h30. Renseignements : 6, place
d’Iéna, Paris XVIe. Tél. : 01 40 73 88 18. www.guimet.fr/-auditorium
Quatuors à cordes. Pour son XXe anniversaire, le Quatuor Arpeggione donnera une double intégrale des 17
quatuors de Beethoven, en l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne [notre photo]
et en le Réfectoire des Cordeliers (15, rue de l’École de Médecine, Paris VIe),
du samedi 11 octobre au vendredi 12 décembre 2008. Renseignements : 01
42 62 71 71. www.quatuorarpeggione.fr
Charley
BOURNEL-BOSSON, Gilles COULOT & Antoine LEMOINE :Timbres & Couleurs. Clés USB : VV 284-P et
VV 284-E (uniquement pour PC). Van de Velde (27, bd Beaumarchais, Paris
IVe. www.van-de-velde.fr).
Ce merveilleux petit « livre » électronique de 1 Go
(un Giga-octet) - compatible avec Windows 2000/XP/Vista - s’adresse, sous deux
versions, aux élèves de Sixième et à leurs professeurs d’Éducation musicale.
Il propose 7 parcours musicaux autour de : l’Afrique, la nuit, la
Renaissance, la voix, musiques populaires, nouvelles technologies, le
blues. Il inclut, en outre, « AVMix
Studio », logiciel de montage audio/vidéo, à utiliser avec la séquence
« nouvelles technologies ». Tous documents nécessaires étant
inclus dans ce nouveau sésame, les élèves pourront, tout à loisir, poursuivre
leurs recherches à la maison. Une production d’avenir. Sans
autrement évoquer le poids des cartables…
PIANO
Jean-Sébastien
BACH : Sinfoniae BWV 787-801. En couleurs. Claude
Charlier/Éditions Pôle Nord (66, rue du Nord B, 1000 Bruxelles.
Tél. : 00 32 (2) 218 45 76. pole.nord@skynet.be).
30 €
Avec cette édition en couleurs des quinze Sinfoniae BWV 787-801, « raisonnée
& argumentée en fonction des critères d’analyse utilisés au XVIIIe siècle », le musicologue belge Claude Charlier poursuit sa louable
entreprise de restauration - dans sa véritable dimension historique - de la
musique pour clavier de Bach, mettant ainsi en évidence sa richesse
polythématique. Travail assorti de commentaires et de la fiche technique
de chaque Sinfonia (en français et en
anglais). Sont déjà parues les Inventions
à deux voix. Devraient incessamment paraître (en cahiers séparés) les
Préludes & fugues du Clavier bien
tempéré.
Jürgen BORSTELMANN : Jazzy Xmas. Pour piano. Breitkopf
(www.breitkopf.de) :
EB8818. 10,50 €.
Il s’agit là de 20 célèbres Christmas Carols jazzistiquement relookés. Si les mélodies
demeurent intactes, rythmique et harmonie leur infusent une nouvelle sève.
Voilà qui devrait égayer bien des soirées familiales de fin d’année !
George GERSHWIN : 3 Préludes. Pour piano. Doigtés par Monika Twelsiek.
Schott (www.schott-music.com) :
ED 09809.
« J’ai vécu
dans nombre d’endroits, mais le piano fut toujours ma maison » disait George
Gershwin [notre photo]. Exigeant un bon niveau technique, ces trois
pièces récompenseront largement les efforts consentis.
Carl CZERNY
(1791-1857) : 40 Exercices journaliers. Pour piano.
Préface : Ulrich Mahlert. Schott (www.schott-music.com) :
ED 20214. 14,10 €.
Pour un pianiste tant soit peu ambitieux, il serait
inconséquent de faire l’économie d’une gymnastique quotidienne, dont
l’efficacité est universellement attestée… Corpus assorti d’un utile
« Index des caractéristiques musicales et techniques » de chaque exercice.
Stéphane BLET : Improvisation n°11 « Éther ».
Pour piano. « Plaisir de jouer ». Pierre Lafitan (www.lafitan.com) : P.L.1801.
Ne dépassant guère les 2’, cet
andante est fort agréable. Il permettra à tout apprenti pianiste
de se jouer d’une pièce résolument contemporaine. Flottant a piacere sur toute l’étendue du
clavier…
VIOLON
Igor
STRAVINSKY : 9 Pièces pour piano et
violon.« The Stravinsky Violin Collection ». Boosey &
Hawkes (www.boosey.com). Distrib. : Hal
Leonard (www.halleonard.com). En
parties séparées. 24,95 €.
Révisées par Samuel Dushkin, Jeanne Gautier, Albert
Spalding ou Joseph Szigeti, ces neuf pièces sont, pour la première fois,
réunies en un même album. Elles s’intitulent Ballad, Chanson russe, Danse russe, Divertimento, Duo concertante, Élégie, Suite (d’après Pergolèse), Suite
italienne, Variation d’Apollon (d’après Apollon musagète).
« La collection
qui décoiffe » est-il annoncé d’entrée… Assurément !
Destinée à des saxophonistes de tous niveaux, cette collection regroupe des
œuvres de compositeurs contemporains de diverses mouvances (sérielle, jazz,
électroacoustique, postmoderne, spectrale…), faisant parfois appel à
l’improvisation. Quatre couleurs de couverture différencient les cibles :
jaune (répertoire de concert pour instrumentistes peu expérimentés), bleue
(sans virtuosité excessive mais expression de sensibilité), rouge (œuvres de
haute volée), noire (pour quatuor de saxophones). Sont notamment parues
diverses pièces pour « Saxophone & dispositif électroacoustique »
[avec CD inclus] de Claude Barthélémy (Le
Dos des caïmans, Gazebo, Okawati’s, Ubud), Tomás Gubitsch (…and
yet, Des bords déments, Clair-obscur, Pour mémoire), Jean-Claude Risset (Diptère, Distyle, Reprises, Rumeur, Saxatile, Saxtractor) et François Rosset (Kanente, Prélude à Kanente) ; pour « Saxophone & piano » de
François Rosset (Jonction) ;
pour « Saxophone seul » de Claude Georgel (Aiguille rouge, Rivage pâle) ;
pour « Deux saxophones » de Betsy Jolas (Allô, Oh là !, Scat, Walking ground) ; pour « Quatuor de saxophones » de
Jean-Louis Chautemps (Carré de quatuors).
Francis Cousté
FORMATION MUSICALE
Sophie
PENITZKA : J’écoute, j’écris. Fin du cycle II.
Volume 4. Livre élève + corrigés. 1CD.
Billaudot : G 7854 B.
Nous avons dit déjà dans le numéro de mai-juin 2006 de la
revue tout le bien que nous pensions de ce travail. Rappelons qu’il s’agit d’un
ouvrage destiné aux classes de Formation musicale, mais également à tous ceux
qui souhaitent travailler de façon autonome leur oreille musicale sous ses
différents aspects (timbre, hauteur, durée, intensité, structure…) tout en
développant la mémoire et l’esprit d’analyse. Ce travail s’effectue
entièrement à partir d’œuvres du répertoire. Le CD est magnifiquement
enregistré par un véritable petit ensemble symphonique de grande qualité.
Ajoutons qu’il ne s’agit pas seulement d’extraits des œuvres (bien que ceux-ci
soient présents pour les exercices de dictée proprement dite, mais que les
œuvres ou mouvements d’œuvres sont enregistrés intégralement pour permettre les
exercices d’analyse formelle proposés. Bref, il s’agit d’un outil de tout
premier plan.
Patrick
KERSALÉ : Musiques traditionnelles
du monde. Un
volume, 2CDs. Lugdivine (www.lugdivine.com).
Aux antipodes d’une vision folklorique, Patrick Kersalé
nous fait découvrir, à travers ce copieux livre et ses deux CDs tout un
panorama des musiques du monde. Chaque œuvre ou chaque extrait d’œuvre est
abondamment situé dans son contexte, expliqué, commenté. Les textes, les
instruments font l’objet d’un commentaire fouillé complété par de très
nombreuses photographies et illustrations. Le livre insiste en particulier sur
la fonction première de la musique : la communication, ici, là-bas et
au-delà. Nous y découvrons comment l’homme communique avec ses semblables,
avec les animaux, avec la nature… Bref il s’agit d’un parcours remarquablement
documenté et absolument passionnant.
Stéphane BLET : L’Énigme Satie. Combre : C06520.
Une brochure, plus qu’un ouvrage. Mais au contenu dense et
passionnant. Stéphane Blet se fait le chantre du « maître
d’Arcueil » (rappelons que ce nom lui fut donné par dérision…). Il
rappelle à la fois que nombreux furent les grands musiciens à le considérer
effectivement comme un maître, même si d’autres, aussi nombreux, n’eurent pour
lui que dédain. Bien sûr, en douze pages, Stéphane Blet n’écrit pas une
somme sur Satie, mais il ouvre des pistes. Il rend bien sûr hommage aux
excellents travaux d’Ornella Volta mais souhaite que « les jeunes
étudiants en musicologie, ainsi que les pianistes de la nouvelle génération se
penchent désormais de manière plus fréquente et plus approfondie sur les ‘cas’
Satie ». Souhaitons qu’il soit entendu !
Élisabeth &
Emmanuelle LAMARQUE : La magie de la
musique, vol. 3.
3e année de Formation musicale. CD en option. Henry
Lemoine : H.L. 28 707.
Après le volume 2 dont il a été rendu compte dans
notre Lettre n°15 (janvier 2008),
voici le troisième volume. Il est structuré, comme le précédent, en deux
parties : une première partie composée de 14 chapitres bien structurés,
une seconde est un complément utilisable par le professeur selon le temps dont
il dispose. Les auteurs tiennent ainsi compte des disparités de temps et
de niveau entre CRR, CRD, CRC, écoles associatives… Le CD permet aux élèves de
se familiariser avec de larges extraits des œuvres proposées. Ajoutons
que, sur justificatif, un livret du professeur peut être obtenu
gracieusement. Les explications données sont simples et pertinentes, la
présentation très agréable, sans fioritures inutiles. Bref, il s’agit
d’un outil de travail alliant rigueur de la démarche et souplesse nécessaire.
PIANO
Maurice
JOURNEAU : Ronde enfantine pour piano. Combre :
C06540.
Les éditions Combre se sont attachées à publier les œuvres
de ce musicien français né en 1898 et mort en 1999, plus que centenaire, élève
en particulier de Nadia Boulanger. L’œuvre qui nous est ici proposée a
été composée en 1930 et ne porte pas de numéro d’opus. Cette ronde en
forme de rondo est pleine d’imprévus et de trouvailles harmoniques.
Faussement simple, elle est d’un charme certain et, si elle n’offre pas de
difficultés techniques particulières, elle demandera beaucoup de finesse et de
goût dans l’exécution. Souhaitons que cette publication nous aide à mieux
connaître un compositeur discret et trop méconnu.
André CHARLIER,
Benoît SOURISSE : Initiation et
perfectionnement à l’improvisation. 10 compositions sur des
grilles standard. Piano. Les cahiers Carlier-Sourisse.
« Jazz ». 1 vol., 1 CD. Leduc : AL
29 822 (cahier) – AL 29 823 (CD).
Ce volume fait partie d’une série de 8 cahiers qui
concerneront divers instruments. Après une présentation générale des
accords et des modes, les auteurs proposent dix réalisations qui peuvent se
décliner de différentes façons : simple exécution, support à diverses
sortes d’improvisation. Il s’agit d’un travail très intéressant et
exigeant. Souhaitons que beaucoup de pianistes s’y essaient. Ils y
trouveront un profit et un plaisir inestimable ainsi que la découverte d’un
langage auquel beaucoup ne sont que peu familiarisés.
ALTO
Charlotte
LAPEYRE : Souvenir pour alto & piano.
Combre : C06506.
De niveau début de 2e cycle, cette pièce
mélancolique et chantante à souhait devrait permettre au jeune altiste de
montrer ses qualités expressives et sa sensibilité. Pas de mièvrerie,
mais une mélodie simple et belle. Que demander d’autre ?
Charlotte
LAPEYRE : Un soir. Pour alto & piano.
Combre : C06505.
Du même auteur et pour le même niveau, voici une œuvre
aussi intéressante que la précédente, mais d’un style assez différent. Si
on y retrouve les mêmes qualités expressives, la mesure à 5/4 surprendra sans
doute le jeune exécutant ainsi que certains rythmes… Mais une bonne partie du
charme de cette pièce tient précisément à cette souplesse rythmique, jamais artificielle.
Jean-Michel
TROTOUX : La voix de l’alto. Pour alto & piano.
Lafitan : P.L. 1745.
Cette pièce, dédiée à la première année du premier cycle,
permettra au jeune altiste de faire entendre une fort jolie voix, et de se
faire plaisir musicalement. C’était une gageure que d’écrire une pièce
dont l’intérêt musical ne soit pas altéré par le peu de moyens techniques
disponibles chez un jeune interprète.
FLÛTE TRAVERSIÈRE
André CHARLIER,
Benoît SOURISSE : Initiation et
perfectionnement à l’improvisation. 10 compositions sur des grilles standard.
Flûte. Les cahiers Carlier-Sourisse. « Jazz ». 1 vol.,
1 CD. Leduc : AL 29 820 (cahier) – AL 29 821 (CD).
Nous invitons les flûtistes à se reporter aux rubriques
piano et saxophone pour découvrir tout le bien que nous pensons de cette
remarquable réalisation. Les deux compères se sont adjoint, pour la flûte,
Stéphane Guillaume - sur lequel Frédéric Chatoux, flûte solo de l’Opéra ne
tarit pas d’éloges.
SAXOPHONE
Didier ROPERS : Bossax novax pour 12 saxophones. Billaudot :
G 7867 B.
Voilà une pièce d’une durée de quelque six minutes qui
mettra à l’épreuve les qualités musicales et rythmiques des exécutants.
Elle est, en effet, considérée comme « difficile », et elle l’est
effectivement. Mais elle n’en est pas moins fort plaisante et les
interprètes seront récompensés de leurs efforts.
André CHARLIER,
Benoît SOURISSE : Initiation et
perfectionnement à l’improvisation. 10 compositions sur des grilles standard. Saxophone.
Les cahiers Carlier-Sourisse. « Jazz ».1 vol., 1 CD.
Leduc : AL 30 443 (cahier) – AL 30 444 (CD).
Nous invitons les saxophonistes à se reporter à la
rubrique piano, car ce volume fait partie d’une collection destinée à
différents instruments. Ces cahiers sont conçus à la fois pour le jeu
individuel (grâce au CD) et pour le jeu collectif. Espérons qu’ils aideront les
instrumentistes à - comme le disent les auteurs - « mieux saisir et mieux
appréhender le langage du jazz qui, même s’il est improvisé, ne s’improvise
pas ». Le saxophoniste qui a collaboré à ce travail est Pierrick
Pédron.
TROMPETTE
Charles
KOECHLIN : Monodie op.213, extraite des « 12 monodies
pour instruments à vent ». Pour trompette en ut. Billaudot : G 7771 B.
CHANT
Jean LANGLAIS : Légende de la ville d’Ys. Pour une voix & piano.
Combre : C06546.
C’est un grand plaisir de retrouver cette œuvre (1947),
harmonisation d’un chant populaire breton. Rappelons qu’elle est écrite
également pour chœur mixte. La légende du roi Gralon et de sa
« fille au cœur méchant » Dahut s’égrène sur une mélopée qu’illustre
et commente la partie de piano. Voilà une œuvre simple et émouvante, dans un
langage résolument modal comme la mélodie qu’elle accompagne.
Frédéric GONIN : Processus créateurs et musique tonale.
« Univers musical », L’Harmattan. 254 p., ex.mus., bibliographie,
index. 24,50 €.
Plus on cerne l’acte de création, plus il fuit. Avec
sagesse, Fr. Gonin a choisi d’en approcher la part technique, ce que facilite
le champ cohérent du système tonal. Explorant d’abord les contraintes
externes de la création, limites naturelles et surtout environnement culturel
dans lequel se forge le métier de compositeur, l’auteur évoque ensuite l’idée
créatrice et le projet qui en rationalise les intuitions, avant d’observer ce
que ces « étincelles » initiales deviennent lors du long travail
d’écriture, dont les choix se mesurent sur « l’échelle du prévisible et de
l’imprévisible ». Chacun des trois niveaux fait l’objet de solides
hypothèses théoriques qu’éclairent des analyses fouillées mais aussi des
travaux de réécriture (Bach, Mozart…) pertinents et jubilatoires. L’œuvre
musicale bâtit ainsi sa nécessité parmi une infinité d’autres possibles et devient
ce « fruit singulier partagé entre la tranquillité ennuyeuse de la
responsabilité et la crainte excitante de la transgression ». Un
livre passionnant et lumineux.
John
KRUTH : Rahsaan Roland Kirk. Des moments
lumineux. Sa vie, son héritage. Traduction de l’américain :
P. Nuoffer. Préface : V. Bessières. Infolio (www.infolio.ch). 16 x
23,5 cm, 416 p., photos. Discographie, vidéographie,
bibliographie, index. 25 €.
« Écoutez de toute vos forces » exigeait R. Kirk
(1936-1977), jazzman fabuleux dont voici une bio captivante, en un patchwork de
témoignages bien adapté à sa personnalité proliférante. Chaman joyeux,
barde explosif, voyant aveugle, ce champion de la respiration circulaire
exprimait sa nature boulimique en jouant de trois saxophones en même temps ou
en chantant avec double contrepoint de flûtes à bec, une dans chaque
narine. Mais ces prouesses spectaculaires, dictées par ses rêves, ne
cessaient de servir le jazz dont il avait une culture encyclopédique, balayant
dans ses interprétations incandescentes tous les styles, du New Orleans au free
le plus radical. Fier de cette histoire, il fut aussi un activiste
énergique du mouvement des droits civiques. Jouissif !
Gérard LAROCHE : Les notes guides du jazz. Préface F.
Billard. Van de Velde. Discographies, bibliographie, filmographie, sites web,
index. 320 p. 28 €.
Un aperçu général du jazz (histoire, musicien-nés,
éléments techniques…) en un petit guide riche et clair qui instruira tout un
chacun, surtout si néophyte. Grosse place aux jazz latins et français.
Brigitte François-Sappey, éminente musicologue spécialiste
de la période de transition qui a suivi la chute de la royauté en France et des
musiciens souvent négligés ou mal connus qui l’ont illustrée, brosse dans la
première partie de ce très intéressant livre les grandes lignes de la vie d’Alexandre
Pierre-François Boëly. Ses études, son rôle de pédagogue, son talent
prestigieux d’organiste à Saint-Gervais puis à Saint-Germain l’Auxerrois où il
a fait connaître Jean-Sébastien Bach sont évoqués, ainsi que les concerts de
musique de chambre où, avec son ami le célèbre violoniste Pierre Baillot, il
révèle son talent d’altiste ; mais une injuste disgrâce frappe, à la fin
d’une vie entièrement consacrée à la musique, cet artiste dont l’existence
s’achève dans la misère et une solitude quasi totales. Les très abondantes
œuvres pour piano (sonates, caprices, études, suites) et pour musique de
chambre (trios, sonates, quatuors) qui jalonnent la vie de Boëly sont également
présentées au long des divers chapitres, révélant leur caractère résolument
moderne et déjà romantique.
Due à Éric Lebrun, organiste et
enseignant, la deuxième partie du livre est entièrement consacrée à la très riche
littérature d’orgue d’Alexandre Boëly ; compositeur prolifique, il laisse
quelque 300 œuvres. Si l’on sait peu de choses sur sa formation
d’organiste, de récentes découvertes prouvent qu’il n’ignorait rien non
seulement des techniques de l’orgue français et de sa littérature, mais aussi
des écoles italienne et surtout allemande dont il fait adopter le pédalier.
Les instruments des deux tribunes où officie Boëly (Saint-Gervais et
Saint-Germain l’Auxerrois) sont décrits, ainsi que les diverses réfections
permettant l’exécution de tout un nouveau répertoire. Le rôle majeur de
l’orgue à l’église, en tant qu’instrument liturgique destiné à suivre et
souligner les principaux temps forts des offices, ses rapports avec la musique
vocale avec laquelle il dialogue suivant les lois du plain-chant parisien sont
ensuite évoqués. Aux multiples pièces composées dans cette perspective
(kyrie, offertoires, messes…), d’autres œuvres plus indépendantes (fugues,
préludes, fantaisies) sont mises en parallèle, toutes présentées de façon
claire et précise. Ce passionnant ouvrage se termine avec plusieurs
tableaux synoptiques : chronologie de la vie et des œuvres de Boëly, en
relation avec les faits contemporains, catalogues de ses multiples œuvres
classées par rubriques, bibliographie et discographie.
Francine Maillard
Margit VARRÓ : L’enseignement vivant du piano. Sa
méthode et sa psychologie. Quatrième édition, augmentée. Traduit de l’allemand par Edith Karinthi.
« Proximités ». E.M.E. & Intercommunications (rue de Hanret,
40 B. B-5380 Fernelmont. http://www.intercommunications.be).
34 €.
Cet ouvrage magistral est publié pour la première fois en
français. La première édition de cette somme pédagogique remonte à 1921
en Hongrie. La dernière édition, augmentée, est de 1958. Margit Varro
(1898-1978), élève du dernier élève de Liszt, en dialogue constant avec Béla
Bartók, est la grande pédagogue hongroise du piano. Son enseignement a
dépassé de beaucoup les frontières de son pays puisqu’elle a enseigné à Chicago
pendant soixante ans. Qu’on ne s’attende pas à trouver, dans ce livre de
plus de deux cents pages, des recettes. Il s’agit d’une réflexion minutieuse
sur tous les composants de la pédagogie du piano, en commençant par la
formation de l’oreille. Une première partie traite de l’éducation du sens
musical et de l’intelligence musicale ; une deuxième examine en détail la
partie technique de l’enseignement du piano ; la troisième, aussi
importante que les deux autres, traite de la partie psychologique de
l’enseignement du piano. Margit Varró explore tous ces domaines à la fois
dans une réflexion théorique profonde, mais toujours en partant de son
expérience pédagogique la plus concrète et en donnant constamment des exemples
d’application. Il faudrait des pages pour rendre pleinement compte de ce
si remarquable ouvrage. Je laisserai seulement la parole à Béla Bartók
qui écrivait en 1938 : « Je connais depuis de nombreuses années le
travail de Mme Varró comme professeur de piano et experte de la théorie
pédagogique pianistique et je considère qu’elle est sans conteste la meilleure
dans ce domaine. Son livre sur l’enseignement du piano est d’une valeur
extraordinaire et ne sera jamais daté ». Et János Starker, après la
parution de la traduction française en 2008, écrit : « Maintenant que
la vie et l’œuvre de Margit Varró, pianiste et pédagogue légendaire, sont
enfin, grâce à cette traduction, portées à la connaissance de ceux qui
jusqu’ici l’ignoraient à cause du barrage de la langue, je me réjouis que son
enseignement puisse perdurer et vienne renforcer sa légende ! »
Daniel Blackstone
Édith WEBER : Le Concile de Trente (1545-1563) et la
musique. De la Réforme à la Contre-Réforme. Deuxième
édition révisée et mise à jour. « Musique-Musicologie »,
Librairie Honoré Champion (www.honorechampion.com).
15 x 22 cm, 330 p., ill. n&b, ex. mus. 38 €.
Largement augmentée, cette réédition de l’ouvrage de
référence de l’éminente musicologue comporte - après une introduction décrivant,
notamment, la situation de la musique religieuse catholique antérieure à la
Contre-Réforme - quatre grandes parties : La Réforme (en Allemagne, en Alsace et Suisse alémanique, en France
et Suisse romande, en Angleterre), La
Contre-Réforme (réunion du Concile, décrets et canons, sessions XXII et
XXIV, réactions suscitées), L’époque
post-tridentine (Commission des cardinaux et polyphonie, Commissions pour
la réforme du Bréviaire et du Missel romains, Congrégation des rites, Conciles
et synodes provinciaux, réforme du chant grégorien), La musique post-tridentine (problèmes, écoles, formes, esthétiques
tridentine et post-tridentine). Il est traité, en conclusion, des diverses
problématiques du Concile, de la Réforme et de la Contre-Réforme. En
appendice sont regroupés un historique de la messe (ordonnance, texte officiel,
messe polyphonique aux XIVe et XVe siècles, messes
pré-tridentine et tridentine) et un dossier Jacques de Kerle. Bibliographie,
glossaire, tables et index.
Brigitte FRANÇOIS-SAPPEY : Felix Mendelssohn. La
lumière de son temps. « Les chemins de la musique »,
Fayard. 13,5 x 21,5 cm, 300 p., ill. n&b,
ex. mus. 18 €.
Premier né de la « génération de 1810 » qui vit
éclore tant de grands musiciens, Felix Mendelssohn fut en effet - de par un milieu
familial culturellement privilégié (son grand-père n’était-il pas le philosophe
Moses Mendelssohn ?) - un « homme de lumière ». Brigitte
François-Sappey développe ici une brève étude qu’elle avait déjà consacrée à ce
compositeur, trop longtemps considéré – du moins en France – comme un petit
maître. L’ouvrage comporte huit parties principales : L’envol du
génie, Composer du vivant de Beethoven, Pérégrination et fixation, De Matthäus à Paulus, Le Kapellmeister de Leipzig, Sur les ailes du chant, La vie
déchirée, Chants du cygne.
Revue L’Orgue (n°281) : Jean GUILLOU. Symétrie
(tél. : 04 78 29 52 14. www.symetrie.com).
17 x 24 cm, 140 p., ill. n&b, ex. mus. 20 €.
Consacré à l’un de nos plus grands organistes,
compositeurs & improvisateurs, ce bulletin des Amis de l’Orgue a été conçu et réalisé par Sylviane
Falcinelli. Outre une préface, l’éminente musicologue signe l’article
« Timbre, Espace, Énergie » et les analyses de Ballade ossianique n°1 « Temora », de Ballade ossianique n°2 « Les chants
de Selma » et de La Chapelle des
Abîmes. Articles également de Christine Januel (« L’orgue selon
Jean Guillou »), Giampaolo Di Rosa (« Évidence ‘registrale’ dans le
traitement de l’orgue selon Jean Guillou »), Vincent Crosnier
(« Éloges et Scène d’enfant »). Du compositeur lui-même, un
long poème inspiré : La
Digitale. Blason des doigts. Liste des œuvres et
discographie. Sans préjudice des ordinaires « chroniques »
signées François Sabatier et Jean-Marc Leblanc.
Alan
RICH : American Pioneers : Ives to Cage and Beyond. En anglais. Phaidon (www.phaidon.com). 15,5 x
22 cm, 240 p., ill. n&b. Dessin de couverture :
Sempé. 9,95 €.
Au tout début du XXe siècle, Charles Ives fut le
premier grand pionnier ; puis ce furent Edgard Varèse, Henry Cowell et
John Cage. Critique musical au LA Weekly,
l’auteur ne s’intéresse pas moins à leurs successeurs : Milton Babbitt,
Earle Brown, George Crumb, Morton Feldman, Lou Harrison, Colin McPhee, Harry
Partch, Terry Riley, Vladimir Ussachevsky, Christian Wolff, La Monte Young…
Catalogue des œuvres, bibliographie, discographie, index.
K. Robert SCHWARZ : Minimalists. En
anglais. Phaidon (www.phaidon.com).
15,5 x 22 cm, 240 p., ill. n&b. Dessin de
couverture : Sempé. 9,95 €.
Le minimalisme est sans doute, aux États-Unis, le plus
populaire style de musique qu’ait produit le XXe siècle, ralliant
aussi bien les amateurs de rock, que de jazz, que de musique classique. Philip
Glass et Steve Reich en sont, bien sûr, les figures emblématiques… Importante
est naturellement la place qui leur fait ici l’auteur, regretté critique
musical au New York Times et Opera Now. Mais ne sont pas moins
mis en valeur leurs prédécesseurs (La Monte Young, Terry Riley) et leurs
successeurs étasuniens ou européens (John Adams, Meredith Monk, Michael Nyman,
Louis Andriessen, Arvo Pärt…). Catalogue des œuvres, bibliographie,
discographie, index.
Henri Jules JULIEN : Défrichage sonore.Entretiens autour du festival
« Musique Action ». Le mot et le reste (tél. : 04 91
73 41 88. www.atheles.org/lemotetlereste).
Vilo Diffusion. 21 x 14,8 cm, 200 p., ill. n&b.
20 €.
Aux deux questions : « Comment peut-on être musicien ? » et « Comment fait-on de la musique ? »
répondent en toute liberté quelque 30 artistes interprètes de trois générations,
parmi lesquels Beñat Achiary, Georges Aperghis, Jean-Christophe Feldhandler,
Dominique Répécaud, Camel Zekri, Jean-François Pauvros, Lê Quan Ninh, Jérôme
Noetinger, Xavier Charles, Isabelle Duthoit… Fruit d’entretiens menés
depuis le printemps 2007, il s’agit là d’une mosaïque de questionnements intimes,
d’aveux pudiques, de pensées surprenantes, d’anecdotes, de doutes, de
convictions…
Matthew RYE (Ouvrage réalisé sous la direction de) : Les
1001 œuvres classiques qu’il faut avoir écoutées dans sa vie. Traduit
de l’anglais. Préface d’Ève Ruggieri. Introduction de Matthew
Rye. Flammarion. Relié, couverture souple. 16 x
21 cm, 960 p., ill. n&b et couleurs. 32 €.
On pourra toujours regretter l’absence de telle ou telle
œuvre, mais le panorama n’en demeure pas moins extraordinairement large et
varié, depuis A child of our time (Tippett) jusqu’à Zémire et Azor (Grétry), via [pour choisir une initiale peu illustrée aux catalogues] Jagden und Formen (Rihm), Jenůfa (Janáček), Jephté (Carissimi), Jeux (Debussy), Job (Vaughan
Williams), Les Joyeuses commères de
Windsor (Nicolai), Judas Maccabée (Haendel), Juditha triumphans (Vivaldi).
L’ouvrage se divise en 7 périodes depuis le XIIe siècle (Antiennes de Hildegard von Bingen, Carmina Burana…) jusqu’à nos
jours. Il comporte, en outre, plus d’un millier d’illustrations :
portraits de compositeurs, photographies d’interprètes, fac-similés de
partitions, couvertures de disque… Pour chaque œuvre, est conseillé un
enregistrement. Glossaire, index des œuvres, des compositeurs, des chefs
d’orchestre et interprètes.
Céline CHABOT-CANET : Léo Ferré : une voix et un
phrasé emblématiques. « Univers musical »,
L’Harmattan. 16 x 24 cm, 232 p., ex. mus.
23 €.
Déjà auteur, dans la revue L’éducation musicale, d’articles remarquablement circonstanciés sur
l’œuvre de Ferré [« Le populaire à l’origine du savant chez Léo
Ferré », in n°541/542,
mars-avril 2007, et « Analyse des chansons Avec le temps, Green et Requiem », in supplément au n°555/556, Baccalauréat 2009], Céline Chabot-Canet
élargit encore son propos dans un ouvrage qui - n’en doutons pas - rendra les
plus signalés services aux candidats au baccalauréat et à leurs
professeurs. En trois parties : Tension entre tradition &
liberté dans le phrasé vocal initial / Évolution & spécificités du
phrasé vocal induites par l’éclatement du genre / Sens & visées du
phrasé ferréen.
Brian EPSTEIN : J’ai inventé les Beatles. Préface
de Patrick Eudeline. Traduit de l’anglais par Johann Defer. « Oldies
but goodies », Scali (tél. : 01 48 00 00 99. www.scali.net).
13,5 x 21,5 cm, 214 p., ill. n&b, 19,50 €.
Manager historique du célèbre groupe anglais, Brian
Epstein s’est suicidé en 1967. Il s’agit ici de la première traduction en
français d’une célèbre autobiographie - où l’on peut deviner, entre les lignes,
son amour pour John Lennon. Relation des trois fabuleuses années qui
conduisirent un petit groupe de Liverpool aux sommets de la gloire.
Olivier
JULIEN (Edited by) : Sgt. Pepper and the Beatles. It was forty years ago today.
« Ashgate popular and folk music series », Ashgate (www.ashgate.com). 23,4 x
15,6 cm, 208 p., ex. mus., tables. Hardback :
£55.00. Paperback : £16.99.
Enseignant l’histoire & la musicologie des musiques
populaires à Paris IV-Sorbonne et Paris III-Sorbonne nouvelle, Olivier
Julien a ici réuni un savant aréopage international de 12 universitaires, tous
spécialistes des Beatles, qui analysent le célèbre album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band sous l’angle de
disciplines telles que la musicologie, l’ethnomusicologie, l’histoire, la
sociologie, la littérature, la psychologie sociale, les théories culturelles…
Une somme sans précédent - dont il n’est pas indifférent qu’un Français ait,
pour une fois, pris l’initiative.
Bruno
BLUM : Lou Reed. Electric dandy.Biographie. Hors Collection (www.horscollection.com). 15,4 x
24 cm, 512 p., cahier de photos n&b et couleurs. 20 €.
Fondateur avec Andy Warhol (apôtre de l’art rock) du mythique groupe « Velvet
Underground », Lou Reed inspira, d’une certaine manière, le mouvement punk
& sa postérité. Son parcours fut, en tout cas, l’un des plus
subversifs de l’univers rock. Bruno Blum, lui-même musicien et
producteur, aura bien connu Lou Reed, la sublime Nico et le Velvet Underground.
Il analyse l’œuvre en détail, depuis So
Blue (1958) jusqu’à la mise en scène de Berlin (2007). Trois parties composent cette biographie : L’autodestruction
(1942-1980), La rédemption (1981-1989), La transcendance (1990-2008).
Discographie, bibliographie.
Gabrielle VINCENT : Brel. Préface de
France Brel. Casterman (www.casterman.com).
Couverture cartonnée, 25 x 25 cm, 56 p. quadri. 22 €.
Par l’illustratrice & conteuse belge Gabrielle Vincent
(malheureusement disparue en 2000), voici le magnifique hommage - doublement posthume
- à son compatriote. Bouleversants sont, en effet, ces 24 portraits de
Brel, « un homme debout ! ». Mais davantage encore les
illustrations de sa poignante chanson Les
Vieux…
Francis Cousté
Youri BORISSOV : Du côté de chez Richter. Conversations.
Préface de Bruno Monsaingeon. Actes Sud. 11,5 x
22 cm, 283 p. 21 €.
Encore un livre sur Sviatoslav
Richter ! Voire… « Plutôt une série d'impressions non développées, de
conversations éparses, d'idées sans lien apparent entre elles ayant trait à la
musique et à la vie » selon Bruno Monsaingeon, cultivant la chose qui frappait
le plus dans la conversation du grand pianiste russe : l'inattendu.
Il faut dire qu'à cet égard, le lecteur n'est pas déçu. De batifolages
intellectuels – sa culture était immense - en reflexions primesautières tirées
parfois de rêves éveillés, du descriptif à l'imaginaire cocasse, l'esprit de
l'homme est toujours en éveil, espiègle – quelques coups de patte à tel
confrère ou autre chef d'orchestre en vue – et combien perspicace, surtout lorsqu'il
s'agit de parler des musiciens tant admirés, Britten, Fischer-Dieskau,
Rostropovitch, et bien sûr Prokofiev. L'ouvrage se conclut par quelques
reflexions diverses à propos de musique, ce qui nous vaut des phrases senties comme
« Franck, c'est Dieu en toi » à propos du Quintette avec piano, ou encore des sentences de choix :
« Les mazurkas de Chopin sont comme des palmiers nains. Une petite
plantation de palmiers... »
Festival d’Aix 1948-2008. Essai illustré. Actes
Sud. 15 x 21,7 cm, 150 p., ill. n&b et couleurs.
29 €.
Soixante ans en soixante
images tel est le dessein de l’ouvrage sur le Festival d'Aix en Provence paru
cet été d’anniversaire grâce au regard attentif et complice de trois générations
de photographes, la famille Ely, et de quelques autres. Au fil de ces
clichés émouvants se lit l’histoire vivante d'un lieu mythique, le théâtre de
l’Archevêché, dans une ville de rêve. Les diverses phases créatrices du
festival sont ainsi illustrées, des débuts enthousiastes en forme de pari, à la
consolidation sous la férule de Gabriel Dussurget, puis l’ère Lefort avec
l’arrivée des grandes voix et l’intronisation du baroque, enfin l’ouverture
universelle avec Stéphane Lissner et le règne des grands metteurs en scène, les
Carsen, Brook, Grüber ; politique poursuivie par l’actuel directeur
Bernard Foccroulle pour qui « il faut déployer le festival, partir de ses
racines ». Une passionnante conversation de Edmonde Charles-Roux,
une des pionnières, nous conte sans fard les débuts sans complexe et
passionnants, ces temps inouïs où, pour la décoration, on faisait appel à des
peintres célèbres comme Derain, Balthus, Cassandre, Wahkevitch, Masson ou
Malclès.
L’ensemble Mora vocis, fort de cinq
« voix de femmes solistes » (Agnès Minier, Monique Avril, Annie
Paris, Hélène Decarpignies, Caroline Marçot), propose une judicieuse anthologie
totalisant 20 monodies et polyphonies médiévales latines, parmi lesquelles une
monodie de Hildegard von Bingen (O vivens fons) ; des pièces à deux
voix : les versus De monte lapis scinditur, Vellus rore ;
des conduits cum caude à deux voix, Monstruosis fluctibus ;
des conduits à 3 voix, Ave Maris Stella, ainsi que le motet
polytextuel : Ave in styrpe / Ave gloriosa / Manere ;
l’organum : Abiecto V. Rigat ora lacrimis ; des œuvres à 4
voix : le conduit : Mundus vergens et le motet Salve mater
redemptoris/Salve lux/Salve sine spina/Sancta parens. À côté des
formes traditionnelles - conduit, motet et organum - figurent des hymnes comme celle
à St Jean-Baptiste : Ut queant laxis ou encore Immense caeli
conditor. Certains textes proviennent du Cantique des Cantiques,
d’autres des Psaumes, de Jérémie, du Siracide (livre
apocryphe), ou encore de l’Apocalypse. Ces pages illustrent, selon
l’expression de Georges Duby : « l’essor marial, le printemps des
cathédrales, le temps de Notre-Dame ». Gisèle Clément-Dumas est
l’auteur d’un livret très détaillé. Les sources manuscrites (mss de
Montpellier, de Wolfenbüttel…) et éditions sont également précisées. Les
textes latins et leur traduction française sont reproduits. Des voix profondes,
cristallines sont le fruit des quinze ans d’expérience de Mora vocis, ensemble
qui s’attache à mettre en valeur des manuscrits de toute l’Europe et qui se
produit en France et à l’étranger. Texte de présentation et interprétation
seront très appréciés des médiévistes.
Ce florilège de 19 danses fait appel à un
instrumentarium typiquement médiéval utilisé par l’Ensemble Millenarium, qui a
pris le parti de reconstituer un répertoire neuf et de faire revivre une
pratique orale, ce qui ne l’empêche pas de proposer des arrangements de musique
vocale, et notamment de chansons à danser. Dans ces pièces - à mi-chemin
entre fantaisie et improvisation -, l’interprète laisse libre cours à sa
créativité, à la virtuosité de l’ars subtilior, à l’ornementation, à la
diminution propre aux jongleurs-instrumentistes. Ce répertoire illustre
la musique anonyme remontant à l’époque des cathédrales et la musique de danse
pratiquée par la société féodale. Les musiciens étaient alors protégés par
la noblesse et la bourgeoisie. Comme le précise Christophe Deslignes,
« Millenarium s’est fixé pour but d’interpréter, de manière résolument
moderne et créatrice, les musiques les plus virtuoses et fascinantes de
l’époque médiévale… Millenarium veut montrer le point d’aboutissement du
savoir-faire du musicien instrumentiste virtuose au Moyen Âge » et avant
la Renaissance. Au fil des plages, il anime un programme de danses : trotto, estampita (dont la célèbre 7e Estampie royale,
conservée à la BnF), rota, saltarello, entre autres. Bel
exemple de vitalité, d’exubérance, de spontanéité et de fraîcheur
bienfaisantes.
La Chapelle des chantres des Ducs de Lorraine
(1492-1523). Le Couvent Haut-Clocher (57400 Sarrebourg. laurent.blaise@lecouvent.org) : K617 148. TT : 67’12.
Ce disque a le mérite d’attirer l’attention
sur un répertoire très digne d’intérêt, mais encore relativement peu
diffusé : celui de la Chapelle des chantres des Ducs de Lorraine, à la fin
du XVe et au début du XVIe siècle, illustrant le rayonnement intellectuel et
artistique du duché de Lorraine, sous les règnes des ducs René II et
Antoine. Il permet de découvrir Pierquin de Thérache (ca 1460-1528) et Matthieu Lasson (ca 1500-1553). La messe O vos omnes, du premier
- maître des enfants de chœur, puis maître de chapelle à la collégiale
St-Georges de Nancy - est conservée à la Bibliothèque nationale de Vienne. Elle
a été composée entre 1508 et 1511. Son Kyrie est particulièrement
expressif ; son Gloria, assez saisissant. Le Credo,
avec le rappel de l’intonation grégorienne, est très développé et un peu plus
animé. Le Sanctus, intense, est suivi de l’Agnus Dei tout
aussi intériorisé. Matthieu Lasson, maître de chapelle du duc Antoine,
fondateur des « Haultz bois de monseigneur » (ensemble instrumental
de l’Hôtel ducal), recteur de Notre-Dame à Pont-à-Mousson, auteur de 5 motets à
4 voix imprimés en France, Italie et Allemagne, est représenté par 3 motets -
dont Virtute magna ayant servi de modèle à des messes-parodies.
L’ensemble Cantus figuratus de la Schola Cantorum Basiliensis, dirigé par
Dominique Vellard, frappant par son interprétation souple, d’une extrême
justesse, fait également entendre des motets (dont O vos omnes) de
Loyset Compère (ca 1440-1518), plus
connu. Cette réalisation, tout à l’honneur de la vie artistique en
Lorraine, est un modèle du genre.
Johann
Sebastian BACH : Missae Breves BWV 234 & 235. Pygmalion (3, rue
Crébillon, 75006 Paris. stephanie.flament@alpha-prod.com).
L’Ensemble Pygmalion dirigé par Raphaël
Pichon, propose, dans le cadre de la collection « Ut pictura musica »
(Université Laval), tout d’abord le motet Der Gerechte kommt um (J. S.
Bach / Johann Kuhnau), enregistré en octobre 2007 au Temple du
Saint-Esprit (Paris). Ce motet à 5 voix est issu du motet Tristis est
anima mea a cappella, attribué à Johann Kuhnau (1670-1722), prédécesseur de
Bach à Leipzig, auquel ce dernier a ajouté « un accompagnement orchestral
emblématique de nombreux chœurs d’ouverture de ses cantates, tout en
enrichissant l’harmonie des parties vocales ». On y retrouve entre
autres le chœur initial de la cantate BWV 127, Herr Jesu Christ, wahr'
Mensch und Gott et un arioso de basse BWV 1088 So heb ich denn mein Auge
sehnlich auf. Voici l’idée générale de ce motet : Der
Gerechte kommt um/Und niemand ist, der es zu Herzen nehme… Le juste meurt, et
personne n’y prend garde et, plus loin : Ceux qui ont marché dans
le droit chemin entrent dans la paix. Il est suivi des Messes brèves en sol mineur BWV 234 et en la majeur BWV 235,
peut-être composées pour
la cour de Dresde, mais ayant surtout été interprétées dans les principales
églises de Leipzig. La messe brève ne comprend que le Kyrie et le Gloria.
Le chœur et l’orchestre Pygmalion recréent avec bonheur ces chefs-d’œuvres
pastichant des cantates antérieures, arrangées et réinstrumentées par
J. S. Bach, et leur confèrent une cohérence nouvelle.
Alexandre Guilmant (né à Boulogne-sur-Mer le 12 mars
1837, mort à Meudon le 23 mars 1911) est à la fois organiste, maître de
chapelle, compositeur et l’un des fondateurs de la Schola Cantorum de
Paris. Il a terminé sa carrière comme titulaire de l’orgue de la Trinité,
à Paris. Il est surtout connu par ses Cahiers : Les Archives des
Maîtres de l’Orgue, L’école classique de l’Orgue, L’Organiste
liturgique. S’il sait mettre en valeur les qualités sonores de
l’orgue symphonique, ses œuvres n’échappent pas à une certaine banalité et à la
grandiloquence. Quoi qu’il en soit, par sa facture, l’orgue H. Willis
& fils de la cathédrale St Patrick à Dundalk (Irlande) convient
parfaitement aux œuvres interprétées par Joris Verdin qui en tire le meilleur
parti, par exemple : sa 7e Sonate en fa majeur, op. 89, typique de l’écriture
organistique française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ; ou son Stabat Mater dolorosa, op. 65, méditation
faisant alterner strophes chantées et paraphrases à l’orgue. Ce
répertoire, qui date quelque peu, est magistralement servi par le Chœur
Resurgam, dirigé avec compétence par Mark Duley et par l’excellent organiste
Joris Verdin.
« Kantate » : Cantates baroques allemandes. Harmonia Mundi (33, rue
Vandrezanne, Paris XIIIe. www.harmoniamundi.com) : HMG 501651. TT : 71’50.
Ce disque regroupe quatre générations de compositeurs
allemands, allant de Heinrich Schütz (1585-1672) à Philipp Heinrich Erlebach
(1657-1714). Conformément aux usages luthériens, la cantate s’intègre
parfaitement à l’ordonnance du culte. Selon sa durée, elle est chantée,
soit intégralement avant la prédication, soit en deux parties, avant et après
la prédication. L’excellent contre-ténor Andreas Scholl, soutenu par le
Concerto di viole et le Basel Consort, s’adapte à tous les styles, par exemple
des Geistliche Konzerte de H. Schütz avec basse continue, ou au
chromatisme expressif... Giovanni Rovetta (ca 1595-1668) est à découvrir avec Ach, Herr, lass deine lieben
Engelein… sur le thème de la mort, environné de gravité et de confiance,
relayée par une atmosphère plus sereine. Les musiciens nord-allemands
sont présents avec Franz Tunder (dont le Salve mi, Jesu, proche de la
prose assonancée de Bernard de Clairvaux), puis Dietrich Buxtehude (avec sa
Cantate Jubilate Domino… brillante et bien enlevée), tous deux célèbres
par les Abendmusiken dans la ville hanséatique de Lübeck. Deux Sonates instrumentales de L. Albertini et G. Legrenzi posent un excellent
point d’orgue sur ce programme irrésistible.
« Grands Jeux » : The Organ of Royal Holloway. University
of London. Rupert Gough. Regent (Regent Records, PO Box 528,
Wolverhampton, WV3 9YW, England) : REG-CD272. TT : 78’18.
Le titre « Grands Jeux » de ce CD « made in England » évoque
immédiatement un programme organistique français. L’excellent interprète
Rupert Gough, chef, directeur de la musique chorale et organiste à l’Université
de Londres, très bien formé à la Chapel Royal et à la Purcell School entre
autres (piano, orgue), est célèbre par ses tournées de concerts, interventions
télévisées et émissions radiophoniques de très haute qualité. Il a le
mérite - et tout à fait « en connaissance de cause » - de consacrer
son programme uniquement à la musique d’orgue contemporaine française.
Côtoyant les Litanies de Jehan Alain (1911-1940), la Suite brève de
Jean Langlais (1907-1991), avec des registrations particulièrement étudiées
(grands jeux, mixtures…), frappe par sa fraîcheur. Le régionalisme
français est illustré par 10 Noëls de Provence sur des mélodies
traditionnelles des XVIIe et XVIIIe siècles (Tambourin
provençau, De Bouen Matin, Dans une grange champêtre…) de Guy
Morançon (°1927), l’éminent titulaire du grand-orgue de la basilique Notre-Dame
des Victoires à Paris. La Bretagne figure en bonne place avec Quatre
Pièces sur des cantiques bretons de Jean-Dominique Pasquet (°1951),
professeur à l’École normale de musique de Paris & au Conservatoire du Ve,
brillant organiste et compositeur ; ses paraphrases, proches de
l’esthétique de Marcel Dupré, sont tour à tour mélancoliques, calmes,
méditatives, avec des résonances de plain-chant. Disque incontournable.
Le livret (100 p.) est très séduisant avec ses nombreuses
illustrations et textes français, anglais et arabes. À titre
expérimental, le compositeur libanais Zad Moultaka, né en 1967, réussit une
synthèse entre l’écriture occidentale contemporaine et la musique arabe.
Ce CD regroupe des pages vocales écrites entre 2003 et 2007 ; c’est le
grand mérite de Joël Suhubiette qui, en parfaite connivence, a réussi - avec
son chœur de chambre Les élémens, Fadia Tomb el-Hage (contralto) et l’ensemble
instrumental Ars nova - à rendre cette musique accessible à des auditeurs
occidentaux. D’emblée, l’attention est attirée par les sonorités vocales
très travaillées et les phonèmes arabes. Les langues vont de l’arabe au
latin, en passant par le français et l’italien, jusqu’à la « langue
imaginaire ». Les titres très évocateurs : Khat (calligraphies pour 18 chanteurs) ; Enluminures (2004, plus
développé, pour 9 voix de femmes), sur des poèmes de Georges Shehadé (extraits
de ses Poésies). Les sources de Zikr (2003) - commande de
l’ensemble vocal Ex tempore (Belgique), en hommage à G. Velay - sont
inattendues : Audi coelum (anonyme, XVIe s.), Salve
Regina et Psaumes. Ces résonances bibliques côtoient un texte
contemporain (2007) : Visions (très développé) de Catherine
Peillon. Neb Ankh (2007) repose sur le Livre de la Lumière interprété par des voix et un environnement électroacoustique. Il fallait
vraiment un chœur de chambre d’exception pour maîtriser toutes les intentions
de Zad Moultaka.
Le chœur de chambre « Les temperamens variations »,
en collaboration avec l’organiste Emmanuel Hocdé (aux orgues de Sainte-Marie
d’Antony et Sainte-Marie d’Auteuil), à l’initiative de son fondateur, Thibault
Lam Quang, spécialisé dans le répertoire allemand baroque, s’est aussi lancé
dans le répertoire romantique. Le programme vocal, entrecoupé de quelques
pièces d’orgue, comprend des œuvres d’inspiration catholique de Franz Liszt et
des chorals luthériens composés par Felix Mendelssohn-Bartholdy et Johannes
Brahms. Parmi les œuvres moins connues, figure le Chant du soir (Abendlied)
de Joseph Gabriel von
Rheinberger (1839-1901) - célèbre notamment pour ses Études op. 113
pour la main gauche seule. Ce programme romantique et postromantique est
aussi représenté par le redoutable Prélude et fugue sur (le nom de) B.A.C.H. par Fr. Liszt, ou encore par une des Passacailles massive
de Max Reger, particulièrement bien structurée par E. Hocdé à l’orgue
Sainte-Marie d’Antony et avec une minutieuse registration. Quant au chœur - dont
la qualité vocale et le paysage sonore sont exceptionnels -, il réussit
aussi bien dans des petites formes (O Salutaris Hostia…) que dans la Missa
canonica de J. Brahms, pour chœur et orgue. Ce programme de
concert intéressera à plus d’un titre les mélomanes, chefs de chœur et
organistes : ils y trouveront une excellente leçon d’interprétation, avec
toutes les nuances, l’intériorité et le relief souhaitables en fonction de
l’esthétique spécifique à Liszt, Bruckner, Brahms, Mendelssohn et Reger.
Ce parcours entre pièces d’origine catholique et sphère luthérienne invite
irrésistiblement aux prochains concerts du chœur de chambre « Les
temperamens variations » qui s’impose d’emblée par la discipline des
choristes et grâce à l’intelligence musicale de Thibault Lam Quang.
Livioù an Amzer (« Les couleurs du temps »).
Jade (43, rue de Rennes, Paris VIe. jade@milanmusic.fr) : 699659-2. TT : 60’49.
Le chœur d’hommes de Bretagne (« Mouezh Paotred
Breizh ») - soixante chanteurs, tous amateurs -, dirigé par Jean-Marie
Airault, a été créé en 1993 pour répondre à l’invitation de « World
Choir », association galloise regroupant de nombreux chœurs d’hommes
gallois, canadiens et australiens. Il propose une quinzaine de pièces
d’origine bretonne ou celtique sur des thèmes typiques. Le répertoire
régional est illustré par La marche du roi Arthur, Le chant des
Celtes, Le cantique de Saint-Yves, ou encore la mer… Dans ces
pages chantées en breton, les titres à connotation religieuse sont
évocateurs : Dieu miséricordieux, Esprit de Dieu, Le
cantique du paradis… Le lyrisme n’est point absent : on y trouve
même la mélodie irlandaise d’Amazing Grace, avec les paroles
bretonnes : Broioù Ar Mor (« Peuples de la mer »), particulièrement développée. Le
chœur se produit a cappella ou avec soutien instrumental (orgue, harpe
celtique, bombarde…). Cet ensemble de 15 pièces révèle la ferveur
religieuse, rappelle des mélodies bien connues et est dominé par le souci de
mieux faire connaître l’héritage breton et celtique si attachant : belle
« Défense et illustration » d’un riche patrimoine culturel fort
attachant.
Scattered Rhymes. Harmonia Mundi USA (33, rue Vandrezanne, Paris XIIIe.http://www.harmoniamundi.com) :HMU 807 469.
L’intitulé de ce disque : Scattered Rhymes (« Rimes éparses »,
expression empruntée à Pétrarque) n’est autre que le titre de l’œuvre du
musicien contemporain Tarik O’Regan (°1978), qui a eu l’idée
d’« entrelacer deux textes du XIVe siècle, l’un anglais,
l’autre proche de la sphère culturelle d’influence de la papauté lorsqu’elle
s’était réfugiée en Avignon » (de 1309 à 1378). On peut également
entendre le virelai Douce dame jolie de ce dernier (commande de
l’Orlando Consort), ainsi que Super flumina de Gavin Bryars (né en
1943), œuvre de commande du National Centre for Early Music (York). Des
œuvres de l’Ars nova : Messe et Douce dame jolie de
Guillaume de Machaut, Ave Regina coelorum de Guillaume Dufay sont
interprétées par The Orlando Consort et The Estonian Philharmonic Chamber Choir
(chef de chœur : Mikk Üleoja), sous la direction de Paul Hillier. La
comparaison entre deux œuvres sur le même incipit : Douce dame jolie de
G. de Machaut et de Tarik O’Regan (2007) est originale. Les interprètes,
en connaissance de cause, passent avec aisance d’une esthétique à
l’autre. Disque sortant des sentiers battus.
Théodore GOUVY : Requiem.
Cantate Le Printemps. K617. www.lecouvent.org.
K617046. TT : 77’44.
Grâce, d’une part, à René Auclair et Martin Kaltenecker et, d’autre part, à Jacques Houtmann, le Requiem de Théodore Gouvy (1819-1898), assez
conservateur, est à la portée des discophiles. Ce
musicien lorrain, né à Goffontaine (territoire appartenant depuis 1815 à la
Prusse), souffrira toute sa vie de son statut de frontalier et sera oublié très
vite après sa mort. Son Requiem (1874), composé la même année que
celui de Verdi, porte l’empreinte du XIXe siècle. Cette œuvre,
quelque peu inégale (non respect occasionnel de la prosodie latine), voire
décevante (notamment : impression d’inachevé concernant la fin de l’Agnus
Dei), s’impose toutefois par certaines audaces harmoniques, et par la Fugue
de l’Hosanna pour chœur et orchestre, tout à fait scolaire, avec pédale
et strette. Solistes, chœur de la Schola de Vienne, chœur d’hommes de
Hombourg-Haut, Philharmonie de Lorraine n’ont pas ménagé leur peine pour
révéler également sa cantate Le Printemps. Cet enregistrement
attire l’attention sur ce musicien encore méconnu et sur l’apport de la
Lorraine à la musique liturgique catholique.
Édith
Weber
Hector
BERLIOZ : Benvenuto Cellini. Gregory Kunde, Laura Claycomb,
Peter Coleman-Wright, Isabelle Cals, John Relyea. London Symphony
Orchestra & Chorus, dir. Sir Colin Davis. 2CDs Live : LSO
0623. TT :
74'11 + 74'05.
Dans Benvenuto
Cellini, l’extravagance d'un livret aux invraisemblables péripéties, où le
thème du drame de l'artiste n'est vraiment traité qu'à la denière scène, ne
doit pas pour autant cacher une partition d'une richesse et d'une verve
étonnantes dont le pittoresque descriptif n'a d'égal que l'exubérance.
Qui mieux que Sir Colin Davis peut aujourd'hui en livrer les clés ? Le
chef anglais fait ses délices de ce disparate shakespearien, musique mouvante
aux accélérations subites, aux continuels changements de tempo, de cette
rythmique ambiguë faite de ruptures, de débordements dynamiques. Il
possède surtout le sens des harmonies colorées qui parent le développement
musical d'un singulier foisonnement. Une belle rigueur préside à la
gestion des ensembles, dans la tumultueuse scène du Carnaval romain en particulier,
alors que l'action dégénère en émeute. Il y a là, en même temps, un brio
raffiné dans les enchaînements rapides, voire cursifs, où tout est dit en
courtes phrases haletantes. Le LSO répond avec engagement et éclat,
couleurs pastorales des bois, prestige sonore des cuivres. Les chœurs sont
brillants et bien différenciés. La distribution est de qualité. Gregory
Kunde, un des spécialistes de Cellini,
réussit la délicate synthèse entre exigences héroïques et souplesse bel
cantiste. Laura Claycomb sait tirer parti des vocalises audacieuses de la
radieuse Teresa. Une glorieuse conclusion au second cycle Berlioz de Sir
Colin.
Giaccomo PUCCINI : La Bohème. Anna
Netrebko, Rolando Villazón, Boaz Daniel, Stéphane Degout, Nicole Cabell.
Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, dir. Bertrand de Billy. 2CDs
DG/Universal : 477 6600 GH2. TT : 52'36 + 52'52.
Le succès de La
Bohème ne se démentira sûrement pas à l'écoute de la récente version
enregistrée par le nouveau couple star de la scène lyrique. C’est en
effet au tour du tandem Netrebko-Villazón d'incarner les deux amants
pucciniens. Et de quelle façon ! Lui est ardent et enflammé
dès ses premières interventions, bien sûr dans « Che gelida manina »,
toujours d'un formidable élan, comme tendu à blanc dans le registre de tête, et
ménageant d'intéressantes inflexions au passage du medium au forte pour
renforcer l'impact dramatique. De par sa personnalité et son timbre
sombre, Anna Netrebko est nul doute plus à l'aise dans le tragique des deux
derniers actes que dans la fragilité des premiers émois de Mimi. Le
soliloque du IIIe acte et la confrontation avec Rodolfo trouvent des
accents bouleversants et le dernier acte est un modèle de sensibilité
dramatique. À l'heure des duos les deux voix confinent à l'incandescence.
La scène finale a cette énergie du désespoir qui ne laisse pas les yeux
secs. Ils sont magnifiquement entourés : une Musetta qui fait son
miel d'un air redoutable, un sensible brelan de potaches dont se détachent un
Marcello claironnant et un glorieux Schaunard. Alors que l'orchestre est
le vrai narrateur, et toujours d'une formidable concision, la direction vive,
vigoureuse parfois, de Bertrand de Billy trouve un bel équilibre entre éclat et
lyrisme. L'évocation colorée des atmosphères l'est avec doigté, tel le
début du IIIe acte où est palpable la désolation d'un froid matin
blême sur le pavé parisien de la Barrière d'Enfer, avec des arpèges de harpe,
une note tenue de la flûte piccolo et le tintement du triangle. Une version qui
conserve intact l'attrait de ces scènes attendues.
Serge PROKOFIEV : Les Fiançailles au Couvent.
Viacheslav Voynarovskiy, Sergei Alexashkin, Alan Opie, Lyubov Petrova,
Alexandra Durseneva. London Philharmonic
Orchestra, dir. Vladimir Jurowski. 2CDs Glyndebourne : GFOCD
002-06. TT : 71'44 + 63'47.
À l'instar d’autres grandes scènes, le festival de
Glyndebourne lance son propre label d'édition discographique, de manière à
révèler ses archives et étendre son rayonnement. Captée lors du Festival
2006, l'exécution brillante des Fiançailles
au Couvent illustre le niveau d'excellence atteint par le théâtre du
Sussex. Dirigé avec une belle vivacité par son directeur musical Vladimir
Jurowski, l'opéra lyrico-comique de Prokofiev déploie ces sonorités étranges,
en elles-mêmes comiques, cette énergie interne fondée sur une extrême
articulation, souvent tendue comme un arc. On est vite pris dans le
dédale de rebondissements nombreux, ponctués de brusques accélérations du débit
pour traduire la farce et achever ce trait satirique qui fascinait le
compositeur ; et qu'apprécie visiblement le public, de manière encore plus
enthousiaste en seconde partie après le « dinner interval », c'est-à-dire le picnic ! La distribution rend pleine justice à ce qui
est une passionnante galerie de portraits et une fine évocation de situations
contrastées évoluant simultanément sur plusieurs plans.
« Songs My
Mother Taught Me » : Mélodies de Anton DVOŘÁK, Leos
JANÁČEK, Jan Josef RÖSLER, Erwin SCHULHOFF, Petr EBEN, Vitězslav
NOVÁK, Bohuslav MARTINŮ. Magdalena Kožená, soprano ; Malcolm
Martineau, piano ; Michael Freimuth, guitare ; D. Röschmann,
soprano. DG/Universal : 477 6665. TT :70'06.
C'est à un beau voyage dans le paysage mélodique tchèque
que nous convie Magdalena Kožená.
Elle, qui dit être habitée par ces chants depuis toujours, rappelle qu'il
s'agit de pièces puisées à la tradition populaire bohème ou morave. Le bouquet
est passionnant en effet, que ce soit Dvořák dans ses chants populaires
moraves ou ses duos moraves, Janáček qui écrivit ses pièces à l'orée de sa
carrère, ou encore Martinů et ses petites chansons, d'une simplicité
trompeuse dans leur extrême concision. Il faut compter aussi avec les
plus modernes, Novák, grand tenant de la poétique musicale tchèque et qui
cultive un certain raffinement, Schulhoff qui laisse percer dans ses chants
populaires de la région de Silésie une certaine influence debussyste ; ou
encore les six chants avec luth de Petr Eben délivrés dans le ton de la
confidence. Le parcours est un constant bonheur car Kožená distille avec simplicité ces
émotions tour à tour tendrement joyeuses ou délicatement mélancoliques.
L'accompagnement du pianiste est d'une grande sensibilité ; celle du
guitariste ne le cède en rien en finesse. Une occasion de découvrir
combien le répertoire tchèque pour voix seule est fécond et enrichissant.
Bohuslav MARTINŮ : Concerto pour violon et
orchestre n°2, Sérénade n°2, Toccata e duecanzoni. Isabelle
Faust, violon, Cédric Tiberghien, piano. The Prague Philharmonia, dir.
Jiri Bĕlohlávek. Harmonia Mundi : HMC 901951. TT :
62'54.
Voilà une intéressante introduction à l'univers musical du
compositeur tchèque Martinů (1890-1959). La Sérénade n°2 pour
cordes qui appartient à ses années parisiennes néo-classiques, est
l'orchestration d'un trio pour deux violons et alto, une merveille de couleurs
et de dissonances, de concision aussi. Le Concerto
pour violon n°2, de 1943, écrit durant sa période dite américaine, se situe
dans la tradition postromantique et la lignée de celui de Dvořák.
D'un charme étrange, il est très lyrique dans la partie soliste, et fluide au
niveau de l'accompagnement. Il combine des harmonies « presque
bucoliques » selon l'auteur, évocation des campagnes tchèques, d'une
douceur que perce l'émotion, au 2e mouvement, et une texture plus
extravertie dans les mouvements extrêmes, très animés, et d'une complexité
croissante pour le soliste, au final. Isabelle Faust fait montre d'une
stupéfiante maîtrise et d'une empathie certaine pour cet idiome
particulier. Toccata e due canzoni (1947), fruit d'une commande de Paul Sacher, emprunte la forme du concerto
grosso qu'affectionnait Martinu – ici rehaussé d'un piano obligé. Ce
triptyque déploie une grande variété de climats. À l'énergie presque
motorique de la toccata - le piano assurant la fonction rythmique - fait suite
l'atmosphère changeante de la première canzone que le clavier enrichit de son
ostinato lancinant. Le final est comme une lutte entre fantaisie narrative et
extrême rythmicité, avant de s'achever dans le profond tragique. Les
superbes couleurs du Prague Philharmonia sous la conduite sensible de Jiri Bĕlohlávek, dans
l'acoustique flatteuse du Rudolfinum de Prague, font ici la différence.
Gustav
MAHLER : Symphonie n°6. London Symphony Orchestra, dir. Valery
Gergiev. LSO Live : LSO 0661. TT : 77'.
Premier volet de ce qui doit être une intégrale, la VIe Symphonie, dite
tragique, de Mahler connaît, sous la conduite de Valery Gergiev, une lecture on
ne peut plus dramatique : extrêmement tendue, comme théâtralisée par
endroit, presque tourmentée; à l'image d'un chef survolté qui ne cherche pas le
confort de l'auditeur. L'allegro energico initial est tumultueux, l’indication
ma non troppo comme mise entre parenthèse. L’épisode alpestre n'en
apparaît que plus contrasté. La tension se relâche à peine dans l'andante
moderato – placé ici en deuxième position conformément au souhait du
compositeur après la publication de l'œuvre – pourtant destiné à apporter la
paix après l'orage. La composante grotesque et violente du scherzo n'est
pas éludée, loin de là. Le final est rien moins qu'implacable.
Gergiev en dénoue l'extrême complexité avec exaltation, à la limite de la
rupture, mélange de chant funèbre, de lambeaux de joie passée, d'affirmation
héroïque et d'impossible félicité. Précédé des deux coups du destin
assénés au marteau, le dernier accord après un angoissant silence sera
terrifiant et dévastateur, avant que la pâte sonore ne se dissolve dans le
néant. Cette exécution, saisie en concert, en restitue toute la densité
et le formidable impact. Si pas toujours confortable, elle est
grandiose. Soumis à rude épreuve, l’orchestre répond avec brio aux
vigoureuses sollicitations du chef.
Jean-Pierre Robert
Musiques au temps de Richelieu. Maîtrise de l’Institut musical de Vendée, Le Chœur du Marais, La
Simphonie du Marais (www.simphonie-du-marais.org , dir. Hugo Reyne. 2CDs « Musiques à la Chabotterie » (www.vendee.fr) : 605005.
Le CD 1 « Musiques sacrées » comporte le De profundis d’Antoine Boesset, un Te Deum anonyme, plus divers motets
signés Louis Constantin, Nicolas Formé, Annibal Gantez et quelques autres
attribués à Guillaume Bouzignac. Le CD 2 « Musiques
profanes » propose, quant à lui, les cinq actes du Ballet de la Prospérité des armes de France, dont les récits et entrées
dansées sont de la plume des sieurs Chancy, La Barre, Mollier et Verpré. Merci
à Hugo Reyne de nous révéler ici des répertoires étonnamment peu fréquentés – sachant
l’intérêt passionné que leur portaient le roi Louis XIII & son fidèle
premier ministre.
Gustav MAHLER : Das Lied von der Erde. Janet Baker, mezzo-soprano. John
Mitchinson, ténor. BBC Northern Symphony Orchestra, dir. Raymond Leppard.
Johannes BRAHMS : Rhapsodie pour
contralto. Janet Baker. BBC Men’s Chorus & BBC Symphony
Orchestra, dir. Sir Adrian Boult. BBC (www.mediciarts.co.uk) : BBCL
4243-2. TT : 79’19.
Dans la collection « BBC Legends » (Great
performers of the twentieth century), voici la précieuse captation de chefs-d’œuvre
de Mahler, le 22 février 1977, au Free Trade Hall de Manchester, et de Brahms,
le 6 novembre 1968, au Royal Festival Hall de Londres. L’intensité dramatique
que Dame Janet Baker confère à ses rôles lyriques (dans Purcell, Haendel,
Gluck, Donizetti, Massenet ou Britten) est tout à fait, ici, en situation.
John Mitchinson, l’un des plus vaillants ténors de sa génération, ne démérite certes
pas à ses côtés.
Dimitri
CHOSTAKOVITCH : Symphonie n°12 op.112, « L’année 1917 ». Symphonie
n°6 op.54. Arrangements de pièces de Johann Strauss II et
Vincent Youmans. Philharmonia
Orchestra & BBC Symphony Orchestra, dir. Gennady Rozhdestvensky.
« BBC Legends », BBC (www.mediciarts.co.uk) : BBCL 4242-2. TT : 73’22.
Il s’agit là de la captation de la « première » à
l’Ouest (Usher Hall d’Édimbourg, le 4 septembre 1962) de la 12e Symphonie de
Chostakovitch, sous la direction de
Gennady Nikolayevich Rozhdestvensky, chef préféré du compositeur [notre
photo]. Les autres pièces furent enregistrées en 1980-81, au Royal Albert
Hall de Londres. Prises de son magnifiquement contrastées.
Richard
STRAUSS : Une vie de héros op 40. Mort et transfiguration op. 24. Fritz Görlach, violon solo. Rias-Symphonie-Orchester,
dir. Karl Böhm. Audite (www.audite.de) :
95.586. TT : 71’33.
Enregistrées en studio (Berlin, 1950-51) et remastérisées,
voici deux œuvres majeures de Richard Strauss conduites par l’un de ses plus
ardents défenseurs. Au cœur de ces tumultes, l’extrême précision de la
battue de Karl Böhm fait merveille.
Hommage à Horowitz. Stéphane
Blet, piano. Marcal Classics : MA 080701. Distr. Codaex. TT : 54'26
Éblouissante est certes la virtuosité du
pianiste-compositeur Stéphane Blet. N’est-ce d’ailleurs pas le moins pour
rendre hommage à celui qui, avec Byron Janis, fut son mentor à New York dans
les années 80. Outre les Carmen
Variations d’Horowitz, il interprète ici de nombreuses pièces
transcendantes ou lyriques de Rachmaninov, Moszkowsky, Scriabine, Schumann,
Chopin, Stravinsky, Erroll Garner, Blet ou… Albinoni/Blet.
Anthologique !
Claude
DEBUSSY : Préludes pour piano.
Livres 1 et 2. Ivan Ilić, piano. Disques Paraty (www.paraty.fr) : 108 105.
Intégral Distribution. TT : 75’40.
Pointes sèches, ces interprétations du jeune Ivan
Ilić, pianiste américain d’origine serbe (diplômé du CNSMDP & de
l’École Normale de musique de Paris), pour être certes moins
« séduisantes » que celles d’une Marcelle Meyer ou d’un Daniel
Barenboim, n’en sont pas moins attachantes.
Robert
SCHUMANN : Gesänge der Frühe op. 133. Novelletten op. 21. Vier Märsche op. 76. Klaviersonate op.22. Nachtstücke op. 23. Drei Phantasiestücke op. 111.
Éric Le Sage, piano. 2CDs Alpha (www.alpha-prod.com) :
129. TT : 61’02 + 66’26.
Dédiés à la comtesse Bettina von Arnim, amie de Goethe et
de Beethoven, les Gesänge der Frühe(« Chants de l’aube »), ultimes pages du compositeur, sont
assortis de la recommandation - toute beethovénienne - suivante : « Plutôt expression des émotions que peinture ».
À laquelle obtempère magnifiquement Éric Le Sage [notre photo]…
Les « Archives
internationales de musique populaire » (AIMP) viennent de publier trois nouveaux
enregistrements (Musée d’ethnographie de Genève. www.adem.ch ou musee.ethno@ville.ge.ch) :
AZERBAÏDJAN : Le kamancha d’Elshan Mansurov. Enregistrements
& texte : Jean During. VDE : CD-1240. TT : 79’23. Virtuose du kamancha,
instrument à archet d’origine caucasienne, Elshan Mansurov improvise de
délicates phrases subtilement ornementées.
LAOS : Musique de l’ancienne cour de Luang-Prabang par Yiao Phün Muang. Enregistrements & texte : Jean-Marie
Knapp. VDE : CD-1213. TT : 54’09. Voix, vièles, gongs et
xylophones recréent une esthétique à la fois souple, élégante et vigoureuse.
MALI : Le chant des chasseurs.
Enregistrements & texte :Vincent Zanetti. VDE :
CD-1244. TT : 59’01. De tradition animiste, ces anciennes pratiques rituelles
de la confrérie des chasseurs (donsow)
confèrent au chant un rôle central. Enregistrement réalisé chez les griots
des chasseurs (donso jeli) des Bamana
du Mali.
Piccolo et flûte à l’Opéra. Jean-Louis Beaumadier, piccolo. Shigenori Kudo,
flûte. Anne Guidi, piano. Skarbo (www.skarbo.fr) :
DSK 4085. TT : 61’47.
Il s’agit ici d’un plaisant florilège de transcriptions, pour
deux flûtes & piano, de pages de Rigoletto (Guiseppe Rabboni), Lucia de
Lamermoor (Cesare Ciardi), Un bal
masqué (Luigi Hughes), Mefistofele (Luigi Hugues), Aïda (Luigi Hughes)
et Maria Padilla (Cesare Ciardi).
Sergueï
RACHMANINOV : Variations sur un
thème de Corelli, Préludes op.23,
n°4 et 6, Kreisler Liebeslied, Études-tableau op.39, n°2 et 6, Lullaby, d’après Tchaikovski.
Natalia Sitolenko, piano. Marcal Classics : 061201. Distr.
Codaex (tél. : 01 39 08 01 02).
Gravité et modestie d’une grande interprète, entièrement
dévolue à ces musiques avec lesquelles elle a, d’évidence, de profondes
affinités. Et quelle puissance de frappe chez une aussi frèle jeune
femme ! Une révélation…
Du Shtetl
à New York : Isabelle Georges & Sirba Octet, dir. Richard Schmoucler.
Naïve/Ambroisie : AM 173. TT : 64’.
Bonheur de chaque instant, à l’écoute de ce merveilleux
disque consacré aux musiques traditionnelles juives du shtetl (naguère petite ville ou quartier juif de l’Europe de l’Est)
et à leurs avatars new-yorkais ! Isabelle
Georges est une magnifique interprète : outre de classiques chants
yiddishs (Amol iz geveyn a mayse, Rozhinkes mit mandlen, Bublitchki…),
elle reprend, accompagné par l’excellent Sirba Octet, quelques grands standards
composés par des musiciens juifs new-yorkais (Harold Arlen, Irving Berlin,
Jerry Bock, George Gershwin, Richard Rogers, Sholom Secunda…) : My funny Valentine, So wonderful, Get happy, Stormy weather, Over the rainbow, I got
rhythm… Précipitez-vous !
Francis Gérimont
POUR LES PLUS JEUNES
Jean-Yves
LACOMBE : Les chansons animalières.
1CD + 1DVD. Victorie Music : 301776-3. Distrib. :
Universal. Partitions disponibles via : www.musiques-buissonnieres.fr
Champion du re-recording,
Jean-Yves Lacombe assume les parties de chant, de guitares, de tuba et de…
violoncelle (n’est-il pas titulaire de cet instrument dans le célèbre groupe
« Le Quatuor » ?). Il est également l’auteur des 22 chansons
ci-incluses, de leurs arrangements et des illustrations du livret. Petite
voix certes, mais est-ce bien important ? Joyeuse originalité des textes
& des illustrations, mais musiques un peu tristounettes. Les clips du
DVD promeuvent vache, cheval, orignal et roquet !
Henri DÈS : L’hirondelle et le papillon. Club Tralalère (www.club-tralalere.com) : 301776-2. Distrib. : Universal.
Vieux routier de la chanson enfantine, le délicieux Henri
Dès sort ici son 16e album. Auquel son fidèle public transgénérationnel
fera un triomphe mérité : 12 chansons + leurs play-back (paroles dans le
livret). Avec, en bonus, un « Petit
abécédaire au pays des chansons d’Henri Dès, en 23 lettres, couplets, jeux et
devinettes » (éditions du Mille-pattes).
Francis Gérimont
DVD
Patrick
KERSALÉ : Aux origines de la
musique. Afrique-Asie.
« Ethnys, écouter & voir le monde ». 1DVD Lugdivine.
Ce DVD nous invite à un voyage hors du temps dans
l’univers de la communication des sociétés traditionnelles. Ceci nous
permet de découvrir comment l’homme, par des techniques vocales, des outils
sonores, des langages et des stratégies communique à distance, ces distances pouvant
être géographiques, ou celle qui sépare le monde des vivants de celui des morts
ou de celui des esprits. Ce DVD est présenté sous forme d’un film qui peut être
regardé en continu, mais il contient aussi une remarquable table analytique qui
permet de se construire soi-même un parcours de découverte à travers la grande
histoire de la communication.
Anne-Marie
GROSSER : Jeux de mime et jeux de
mains. Jeux
chantés en Maternelle et en Primaire. « Trésors d’enfance ».
1DVD : Fuzeau 6906.
Ce DVD très bien réalisé permet, mieux que n’importe quel
livre, de mettre en œuvre des chansons et comptines enfantines traditionnelles.
Cette réalisation soignée fait partie de toute une collection disponible chez
le même éditeur.
La grande maison noire des
bords du Rhône voit, cette saison, la prise de fonctions de son nouveau chef
permanent, Kazushi Ono, dont on a apprécié les éminentes qualités à La
Monnaie. Cette arrivée coïncide avec le 25e anniversaire de
l'Orchestre de l'Opéra de Lyon. La programmation lyrique, éclectique
comme toujours, sera placée sous le théme des héros perdus. Ceux de La
Clémence deTitus de Mozart, qui marquera le retour de
Georges Lavaudant à la régie d'opéra, et sera dirigée par Jérémie Rhorer (du 11
au 25 octobre), de Lulu de Berg aussi, mis en scène par Peter Stein et
conduit par Kazushi Ono (du 20 avril au 2 mai) et de La Traviata,
reprise de la régie de Klaus Michael Grüber (du 23 juin au 7 juillet
2009). On donnera aussi Mort à Venise, l'ultime opéra de Britten,
méditation sur la beauté (du 23 mai au 1er juin). Mais aussi La
Chauve Souris, le chef-d'œuvre de Johann Strauss, et de l'opérette en
général, dont la présentation sera confiée à Peter Langdal, et la direction
musicale à Emmanuel Krivine qui, lui aussi, fera un come-back remarqué à Lyon
(du 17 décembre au 1er janvier), et Le Roi malgré lui de
Chabrier, dont on reverra avec plaisir la mise en scène léchée de Laurent Pelly
(du 26 février au 8 mars 2009).
Le fil conducteur sera
peut-être encore plus apparent lors du festival d'hiver intitulé « leurs
prisons » qui présentera trois œuvres peu connues. Dans Le Joueur,
Prokofiev s'emparant du texte de Dostoïevski, en magnifie les émotions.
Dirigé par Kazushi Ono, dont ce sera la première prestation dans la fosse, il
sera mis en scène par Grzegorz Jarzyna, un grand de la scène polonaise à côté
de Warlikowski (du 22 janvier au 5 février). Le Vin herbé, cet
autre histoire de Tristan et Yseut puisée au texte de Joseph Bédier – Le Philtre - sur laquelle le compositeur
suisse Frank Martin a écrit une musique attachante, sera défendu par Willy
Decker à la régie et Friedemann Layer au pupitre (du 24 au 30 janvier).
Enfin, Dans la colonie pénitentiaire de Philip Glass, d'après la
nouvelle de Kafka, opéra de chambre, avec pour tout dipositif musical un
quatuor à cordes et une contrebasse, sera joué dans une régie de Richard
Brunel, et à la Maison d'arrêt de Lyon ; une belle initiative (du 23
janvier au 4 février).
Outre une version de concert
de Anna Bolena de Donizetti, dirigée par ce spécialiste qu'est Evelino
Pido (20/11), plusieurs concerts symphoniques enrichiront la saison, conduits
par Kazushi Ono qui rapprochera la Symphonie de Chausson du Petrouchka de
Stravinsky (29/4), Marc Minkowski, dans un programme Haydn (25/5) et Thomas
Hengelbrock dans les trois dernières symphonies de Mozart (15/3). Enfin
Anna Caterina Antonacci donnera un récital français et italien (18/1).
Renseignements et location : place
de la Comédie, BP 1219, 69203, Lyon Cedex 01. Tél. : 08 26 30 53
25. www.opera-lyon.com
Jean-Pierre Robert
La saison du
Capitole de Toulouse
Pour sa dernière saison à la tête du célèbre théâtre de la
Ville rose, Nicolas Joel a concocté un programme varié, fidèle à sa conception
d'une programmation partageant habilement les divers genres lyriques. Un
regard particulier est toutefois porté sur l'opéra français. C'est en
effet à ce répertoire qu'il faut rattacher Œdipe de George Enesco, le plus français des compositeurs roumains, et créé à
l'Opéra de Paris en 1936. Aussi passionnante que méconnue, l'œuvre offre
une musique puissante et généreuse. La production réunira Pinchas Steinberg,
direction, Nicolas Joel, mise en scène et Ezio Frigerio, décors (l0, 14, 17
octobre 2008 à 20h, 12 et 19 octobre à 15h). La Périchole de Jacques Offenbach reviendra à l'affiche dans une
régie de Omar Porras et sous la direction de Emmanuel Joel, avec Karin Deshayes
et Jean-Philippe Lafont ; du plaisir en perspective (23, 26, 27 et 30
décembre à 20h, 25 et 28 décembre à 15h). La belle tragédie en musique de
Rameau Hippolyte et Aricie sera
conduite par Emmanuelle Haïm, une spécialiste, et mise en scène par Ivan
Alexandre (6, 10, 13 mars à 20h, 8 et 15 mars à 15h). Carmen et Faust seront mis en scène par le patron. L'œuvre phare de Bizet,
chantée par Anna Caterina Antonacci, et Inva Mula en Micaela, sera dirigée par
Daniele Callegari (3, 7, 10 avril à 20h, 5 et 12 avril à 15h). Quant à
l'opéra le plus célèbre de Gounod, dont le rôle éponyme sera chanté par
Guiseppe Filianoti, il sera dirigé par Emmanuel Plasson, un nom de famille pas
inconnu à Toulouse (19, 23, 26 juin à 20h, 21 et 28 juin à 15h).
On donnera en outre Les
Noces de Figaro dans une régie de Marco Arturo Marelli, dirigées par Marco
Armiliato (21, 22, 25, 28, 29 novembre, 23 et 30 novembre à 15h). L'un
des chefs-d'œuvre du répertoire vériste, André
Chénier, de Giordano, renferme une musique enflammée qui sera défendue par
Pinchas Steinberg, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty (23, 27, 30
janvier et 3 février à 20h ; 25 janvier et 1er février à 15h). Salomé de Richard Strauss reviendra à
l'affiche dans la régie de Pet Halmen, dirigé également par Pinchas Steinberg,
avec une distribution dont on attend beaucoup, puisque réunissant Camilla
Nylund dans le rôle-titre et Ludovic Tézier enJokanaan. Enfin deux concerts avec voix présenteront Sophie Koch,
qui interprètera le Poème de l'amour et
de la mer de Chausson, sous la direction de Yves Abel (13/12), et la
soprano finlandaise Soile Isokoski en récital avec piano (16/2).
Renseignements & location : Théâtre du Capitole, place du
Capitole, 31000 Toulouse. Tél. : 05 61 63 13 13. www.theatre-du-capitole.org
Jean-Pierre Robert
Chœur de la
Radio-Télévision de Mongolie chinoise
Le grand événement de la rentrée chorale est, sans doute,
la première tournée en France du « Chœur de la Radio-Télévision de
Mongolie chinoise » que dirige Mme Wu Ren San Na. Ce chœur - qui a
obtenu de nombreuses distinctions dans des concours internationaux en Corée, en
Chine, aux Philippines… - a pour mission de faire connaître la musique mongole.
Son répertoire propose de grands poèmes symphoniques chantés, ainsi que des
mélodies traditionnelles mêlées de chant diphonique. Voyage aux confins
de l’Asie centrale pour une évocation chorale époustouflante.
Réalisé d’après les images d’une tournée asiatique de
l’Orchestre philharmonique de Berlin, Trip
to Asia nous propose - outre de larges séquences orchestrales de Ein Heldenleben de Richard Strauss, de
la 3e Symphonie de
Beethoven et de Asyla de Thomas Adès
– de fabuleuses images des six métropoles visitées : Beijing, Séoul,
Shanghai, Hong-Kong, Taipei et Tokyo, sous leurs aspects aussi bien traditionnels
qu’hypermodernes.
Mais ce sont, surtout, les entretiens avec une trentaine
des 126 musiciens de l’orchestre et, bien sûr, Sir Simon Rattle, leur chef permanent
depuis 2002, qui font l’incomparable intérêt d’un film dont aucun musicien, mélomane,
voire simple cinéphile ne saura se dispenser de voir et de revoir…
Comment, en effet, ne pas être admiratif devant l’extrême rigueur
professionnelle et la générosité d’artistes qui n’ont plus, bien sûr,
grand’chose à prouver, si ce n’est qu’ils sont toujours dignes – vis-à-vis
notamment de ceux qui les cooptèrent (le Berlin Philharmoniker est le seul
orchestre à ainsi fonctionner) - d’appartenir à la plus prestigieuse phalange
qui soit.
Inimaginables sont les vagues d’enthousiasme que suscita
cette tournée - notamment lors du concert de Taipei auquel assistèrent quelque
30 000 personnes. In vivo,
une utopie réalisée… Inoubliable !
Réalisateur :
Thomas Grube. Musiques additionnelles : Simon Stockhausen.
Durée du film : 1h48. Dolby SRD-VOSTF. En salles, le 21
octobre 2008. Renseignements : www.films-sans-frontieres.fr
Francis Cousté
« Musiques pour
Vézelay »
Autour d’une création
mondiale
Ivan Bellocq, « compositeur flûtiste »,
lauréat de concours, est professeur de flûte et de musique de chambre,
directeur de collection chez Delatour ou encore programmateur de festivals.
Directeur du conservatoire de Saint-Cloud - avant de se consacrer entièrement à
la composition et à l’interprétation -, il a enregistré de nombreux disques,
réalisé de nombreuses œuvres de commande, notamment celle de l’Ariam/Île-de-France : Au-delà pour chœur mixte. Cette œuvre, à mi-chemin entre tradition
et modernité, a été créée à Vézelay, le jeudi 8 mai 2008, sous le titre
global : « Musiques pour Vézelay ». Sa musique a été
largement diffusée dans une trentaine de pays. Cette personnalité
originale privilégie la pluridisciplinarité musique-poésie-peinture-sculpture.
Thibault Lam Quang [notre photo], lors d’un
mémorable concert dans le cadre prestigieux de la basilique de Vézelay, a
dirigé son chœur de chambre « Les Temperamens Variations ». Ils
ont brillamment interprété trois œuvres : le Requiem de Vittoria
(1603), Nunc dimittis (2001) d’Arvo Pärt et, en création mondiale, Au-delà (2007) d’Ivan Bellocq, ayant pour dénominateur commun l’évocation poignante du
destin. Si la composition de ce triptyque peut paraître insolite, elle
est d’une cohérence parfaite, en résonance avec la pierre de cet édifice.
Ivan Bellocq précise d’ailleurs ses objectifs, en ces termes :
« Au-delà a été conçu pour faire
résonance, d’une part, à l’œuvre principale du programme d’une série de
concerts : une Messe de Vittoria (le Requiem de 1603) et,
d’autre part, à celui des chapiteaux de la Basilique de Vézelay (l’un des lieux
où sera créée l’œuvre) qui représente la musique profane ».
Au-delà, dédiée à Thibault Lam Quang, professeur
agrégé, chef du chœur de chambre « Les temperamens Variations », est
structurée en 6 mouvements : Introït, avec citation liturgique : Requiem aeternam… Hymnus Deus in Sion aeternam ; Kyrie,
dont les paroles sont énoncées au ténor, est sous-tendu par des onomatopées en
ostinato, auquel - par effet de contraste - succède une Danse animée et
sautillante à 4 voix, avec allègement des parties et brusque opposition de
nuances, pour aboutir au Graduel liturgique, avec les expressions : Requiem aeternam ; Lux perpetua… La cinquième partie : Au-delà I, se présente sous la forme d’une valse
« céleste » à 6/8. La sixième : Au-delà II,
homorythmique et homosyllabique, ne repose, pour l’essentiel, que sur des
onomatopées, avec un passage ornementé et deux voix en rythme égal. Tout
en exploitant la résonance de l’édifice, le compositeur recherche
l’inattendu : éléments profanes insérés dans le sacré ; passages sans
paroles, chant libre et intonation liturgique, mélodies grégoriennes
harmonisées à sa manière ; bruitages et sons insolites contribuant au
paysage vocal inouï.
L’interprétation n’était pas de tout repos,
sur le plan vocal, par exemple, occasionnellement : altos divisés par
deux, ténors par quatre, basses par deux, nécessitant des chanteurs absolument
chevronnés ayant une excellente acuité auditive et sachant spéculer sur les
hauteurs, les sonorités à triturer. L’ensemble vocal s’est adapté aux
différentes esthétiques allant de 1603 (Requiem de Victoria) à 2001 (Nunc
dimittis, cantique de Siméon, d’Arvo Pärt) jusqu’à 2007 (Au-delà d’Ivan Bellocq). Il s’est imposé par la qualité vocale, le fondu des
voix, la justesse extrême au milieu des dissonances les plus scabreuses, et son
relief extraordinaire. Concert exceptionnel, interprétation
exceptionnelle, cadre exceptionnel : rien ne manquait au compositeur comme
aux chanteurs et à Thibault Lam Quang pour créer l’atmosphère faite de mystère,
d’extase, de mysticisme contenu.
Édith Weber
P…, cinq ans !
Cinq ans, c’est la
durée du mandat proposé à Daniele Gatti [notre photo], nouveau directeur
musical de l’Orchestre national de France ! National ? De quelle
nation parle-t-on, à l’heure de l’Europe… la France ? On jouerait donc de
la musique française, après le règne Masur qui donna si souvent des sueurs
froides aux pronostiqueurs. Rappelez-vous : Schumann serait-il donné en
première partie et Brahms en deuxième… ou l’inverse ? Beethoven
partagerait-il la soirée avec Mahler ou avec Mendelssohn ? Une fois
terminé le programme Schumann, qui avait succédé au programme Mendelssohn, le
programme Mendelssohn serait-il redonné, ou passerait-on au programme
Beethoven ? Auquel succéderait la saison Brahms ? Non, Mahler ?
Ou Mendelssohn ! À moins que… Schumann encore ?!…
Changement complet
donc, avec Gatti. De la diversité ! Du neuf ! Ainsi voit-on que, sur
les 9 concerts de la saison octobre-avril, on ne jouera que 6 fois du Brahms
(c’est pourtant si beau, du Brahms bien dirigé !). Surtout, le public français
l’ignorant, nous sommes à la veille d’un double événement CAPITAL : la
commémoration de la naissance et de la mort du malheureux Gustav Mahler, qui,
chacun le sait, n’est jamais joué en France et mérite donc cette réhabilitation
nous valant l’INTÉGRALITÉ de ses symphonies et lieder au long des cinq saisons
à venir. Un « bon rythme » pour notre éclectique directeur
(entretien avec l’excellent Christian Wasselin auquel on peut faire toute
confiance quant à la fidélité des propos publiés sur le programme du concert inaugural, miroir aux alouettes françaises). Autres confondantes
nouveautés : l’intégrale des symphonies de Beethoven, presque tout Brahms…
parfois, c’est vrai, du Ravel, du Debussy.
Le ton haut, l’allure
seigneuriale, le maître annonce ses « trois axes principaux : le
grand répertoire (Beethoven, Brahms, Mahler…), le XXe siècle
(Stravinsky, Bartók…) et (buona
questa !)… la musique française » (laquelle, n’appartenant donc
ni au « grand répertoire » ni au « XXe siècle », n’existe
pas… comment faire entendre quelque chose qui n’existe pas ?).
Que de hardiesse et de
nouveauté dans cette politique « qui permet les aventures musicales sans
être brimé par l’obsession de la recette » (je vous l’ai dit, le maestro
est un humoriste !). Là où l’affaire prend un tour inattendu, c’est
lorsque notre chef qui, à 46 ans, n’est plus un chérubin, avoue benoîtement
qu’il a « découvert Debussy récemment » ! Récemment. On
serait curieux de connaître la formation permettant à un chef d’orchestre
international la « découverte » de Debussy après la
quarantaine ! Au demeurant, l’aveu était bien inutile. Quand La Mer est fouettée à grands coups de
serpe et que le Prélude à l’après-midi
d’un faune devient une lourde étude post-mahlérienne, nul doute que le praticien qui a eu
l’humanité d’en achever l’exécution n’éprouve aucun sentiment à l’endroit de la
victime ! En seconde partie de ce concert inaugural, le Sacre a électrisé une foule dont les
longs beuglements ont offert un digne écho au fracas prestissimo - hallucinante virtuosité de tous les pupitres - qui
venait de le mettre en transe au point de se gifler les mains avec une fureur
toute barbare. Sans doute l’évocation de la Russie des âges farouches…
Nous voilà presque
soulagés d’apprendre que le maestro devant lequel se vautraient tous les
invités du cocktail d’après concert (au fait, qu’y faisait l’auteur de ces
lignes, coupe d’excellent champagne à la main !?) aime
« modérément » le Boléro ;
ce qui lui évitera, sur un malentendu, de l’immoler à son tour. Quant à
Berlioz, notre homme a « une relation difficile avec lui » !
Il en a quand même donné un jour Le
Carnaval romain - abusé par la transalpinité du titre ? - mais
personne n’aura la cruauté d’exiger qu’il en fît entendre ne fût-ce qu’une
note. Tant mieux, nous continuerons à voyager de Londres à Genève, de
Moscou à New York pour entendre la voix du grand proscrit ! Bien
sûr, comme on n’est pas fou au point de ne pas savoir où gît le vrai pouvoir,
on jouera un grand compositeur vivant, euh, voyons… Boulez par exemple !
Et aussi, de « jeunes compositeurs français » commandités par Radio France
et qu’on donnera, pour le fun, entre une symphonie de Brahms et un recueil de
Mahler. À l’entracte ?
Quelques drôleries
pour finir. Gatti, qui est italien, non point allemand, évoque les orchestres
italiens qui « jouent toujours Puccini, Verdi et Respighi » et les
orchestres russes qui « passent de Tchaïkovski à Rachmaninov et
inversement » ! J’ai pourtant entendu dans ces deux pays, comme tant
d’autres à qui on ne donne pas la parole, des interprétations du « grand
répertoire » qui pourraient ramener notre homme à un peu plus de modestie.
Alors, on se prend à
rêver, à imaginer… je ne sais pas, moi, l’impossible, un vrai chef…
Libre, original, souverain. Puis on se résigne, comme un vulgaire
taulard. La quille dans cinq ans !
Le supplément Baccalauréat 2009. Comme chaque année, L’éducation musicale propose le supplément
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de Terminale qui préparent l’épreuve de spécialité « série
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Notre numéro de septembre/octobre est à découvrir sans attendre ! Au sommaire de ce numéro, vous trouverez un dossier spécial consacré aux femmes compositrices avec notamment Lili Boulanger, Cathy Berberian, Isabelle Aboulker, Edith Canat de Chizy et bien d'autres...
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