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Sommaire :

1. Editorial : "Claude de France"

2. Informations générales

3. Varia

4. Manifestations et Concerts

5. Le Festival de musique de Dresde

6. Recensions de spectacles et concerts

7. A réserver sur l'agenda

8. Nouveautés dans l'édition musicale

9. Bibliographie

10. CDs et DVDs

11. La librairie de L’éducation musicale

12. Où trouver la Revue de L’éducation musicale ?

13. La vie de L’éducation musicale

14. Où trouver le numéro du Bac ?

 

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   Claude de France

 

De larges pans de mystère enveloppent la personnalité de Claude Debussy…  Et cela, quel que soit le nombre de savantes études qui lui furent consacrées, telles celles de Léon Vallas, Edward Lockspeiser, Marcel Dietschy, Christian Goubault et surtout François Lesure - dont on ne saurait trop louer la « biographie critique », assortie d’un catalogue raisonné de l’œuvre (Fayard, 2003).  Ouvrage où, en regard du génie de l’artiste, ne sont jamais dissimulées les faiblesses de l’homme…

 

De par son dédain même du clinquant et de la rhétorique, ce musicien – l’un des plus grands qui furent – n’en demeure pas moins, de tous, le plus français.  Même si l’ardent consumérisme de nos contemporains ne les porte guère à reconnaître pareilles qualités…

 

Le dossier que nous lui consacrons aujourd’hui comporte, outre une Chronologie minutieusement circonstanciée, des entretiens avec Jean-Michel Nectoux (commissaire de l’exposition « Debussy, la musique et les arts ») & Denis Herlin (rédacteur en chef, pour le CNRS, des Œuvres complètes de Claude Debussy, en 36 volumes), un article sur « la pure modernité sonore de Debussy », une analyse de La Damoiselle élue, une approche poétique de L’Après-midi d’un faune de Mallarmé, un parallèle (influences et coïncidences) entre Debussy et Ligeti.

 

Sans préjudice d’un entretien avec le compositeur Alain Bancquart, d’un plaidoyer pour le chant choral en tant que remède à l’Attention Deficit Disorder, de considérations sur César Franck, musicien religieux, et de la conclusion de notre étude sur le traitement de la voix chez Pink Floyd…

Francis B. Cousté.

 

 


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Hommage à Simone Féjard (1911-2012).   À  cette grande dame qui vient de nous quitter à l’âge de 101 ans, hommage solennel était rendu à Paris, le 31 mai 2012, en l’église Saint-Nicolas-des-Champs.  Merveilleuse compositrice – que sa légendaire modestie aura quelque peu desservie -, elle fut longtemps Chef de chant à l’Opéra de Paris, et enseigna également au Centre La Fontaine (Centre de préparation au professorat d’Éducation musicale).  Une foule d’artistes de l’Opéra qu’elle aura musicalement formés était venue participer à la cérémonie. Au cours de laquelle nous pûmes entendre : « Libera me » du Requiem de Fauré (par Vincent Le Texier), Ronsard à son âme de Ravel (par Jérôme Varnier), Laudate Pueri de Vivaldi (par Élisabeth Vidal), Ave Maria de Gounod (par Roberto Alagna), et par le chœur des solistes de l’Opéra : Complainte à la mémoire de François Villon de Simone Féjard et Ave Verum de Mozart.

 

Simone Féjard, Xavier Depraz (Classe d’Art lyrique)

 

 

BOEN n°22 du 31 mai 2012. « Poursuivre le développement des pratiques musicales collectives à l’école, au collège et au lycée » (Circulaire n°2012-083 du 9 mai 2012).  Où est notamment annoncée la création d’un Chœur de l’Éducation nationale, réunissant une quarantaine de professeurs-chanteurs expérimentés ; il sera dirigé par Didier Grojsman, fondateur du Créa (notre photo).

Consulter : www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=60252

 

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©DR

 

 

« Chanson d’expression française, jazz & musiques actuelles »,  tel est l’intitulé du cursus de licence (sur 3 ans) qu’ouvre, en septembre 2012, l’Université de Bordeaux 3.  Renseignements : 06 81 96 35 11.  www.bordarts.com

 

 

 

« Radio : ouvrez grand vos oreilles ! »  Cette remarquable exposition sur « L’histoire de la radiodiffusion en France, des années 20 à nos jours » se poursuit, au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), jusqu’au 2 septembre 2012.   Sous le parrainage de José Artur, du Mouv’ et de France Culture.  Renseignements : 60, rue Réaumur, Paris IIIe.  Tél. : 01 53 01 82 00. http://radio.arts-et-metiers.net

 

    

 

 

Claude Debussy, le Saint-Germanois :  « Journée anniversaire », le mercredi 22 août 2012, en la maison natale du compositeur : Visite exceptionnelle de l’exposition / Récital de piano par Mûza Rubackyté / « Soufflons les 150 bougies… »  Renseignements : 38, rue au Pain, 78100 Saint-Germain-en-Laye.  Tél. : 01 30 87 20 63. 

www.saintgermainenlaye.fr/en/loisirs/culture/150e-anniversaire-claude-debussy

 

 

 

Le Palazzetto Bru Zane,  « Centre de musique romantique française »,  programme en 2012-2013 : 320 concerts dans 141 villes, 155 partenariats, 7 projets pédagogiques & 6 concours internationaux, 8 colloques, 20 chantiers biographiques de compositeurs & 12 chantiers thématiques, 2 livres, 35 coproductions discographiques.  Renseignements : San Polo 2368, I-30125 Venezia.  Tél. : +39 041 52 11 005.  www.bru-zane.com

 

 

 

 

« Musique en académies », le diaporama : www.canalacademie.com/ida7169-Musique-en-academies-notre-diaporama.html

 

 

Francis Cousté.

 

 

Marie-Thérèse MICHAUX-BESSON, organiste,  est décédée le 1er juin 2012 à l’âge de 84 ans.  Née à Paris en 1928, elle a remporté de nombreuses récompenses au Conservatoire de Paris (Orgue & improvisation, Esthétique musicale, entre autres) et travaillé avec Maurice Duruflé, Simone Plé-Caussade, Norbert Dufourcq, Roland-Manuel mais aussi Marie-Claire Alain et Gaston Litaize.  Soliste attitrée à l’ORTF, on a pu l’entendre souvent sur les ondes.  Très investie dans l’enseignement, elle a exercé diverses charges pédagogiques au sein de l’École César-Franck de 1971 à 1991, ainsi que dans diverses Académies ou stages. Elle a occupé la tribune de Notre-Dame d’Espérance à Paris.  Mais son nom reste surtout attaché à celle de Saint-Louis-en-l’Île, comme organiste de chœur, puis co-titulaire du grand orgue.  Elle était rompue au métier d’organiste liturgique, mais cette activité laissait, hélas ! quelque peu dans l’ombre une nature musicienne de qualité, excessivement modeste. Sa grande culture musicale, sa sensibilité aux problèmes de l’orgue, sa curiosité toujours en éveil, sa générosité pour encourager élèves et confrères étaient proverbiales.  Son regard d’une terrible lucidité était pourtant empreint de bonté.  Merci pour tout, Marie-Thérèse.

 

Saint-Louis-en-l’Île ©Aubertin

 

Georges Guillard.

 

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Florilège vocal de Tours 2012.  1er Prix du Concours international de chœurs de jeunes : Solfa de la Schola cantorum « Coralina », La Havane (notre photo). Palmarès complet : www.florilegevocal.com/page.php?page_id=52 

 

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©DR

 

 

Steven Spielberg :

- Si vous pouviez vous réincarner en quelqu'un d'autre, qui aimeriez-vous être ?

-          John Williams.

-           

  

©DR

 

 

Sur France Culture : « Continents Musiques ».  Du lundi au vendredi de 16h à 17h.  Musiques d’en France et d’ailleurs (23-27 juillet), Amérique du Nord (30 juillet-3 août), Afrique (6-10 août), Asie-Pacifique (13-17 août), Amérique du Sud (20-24 août). Renseignements : www.franceculture.fr 

 

 

 

Le Concours international de quatuor de cuivres  se déroulera, les 22 et 23 mars 2013, à Paris/Ville-d’Avray. Effectif : 2 trompettes, cor, trombone (ou 2 trompettes), 2 trombones.  Renseignements : +33 1.78.33.14.57.  http://ensembledecuivres.asso-web.com 

 

 

 

À Patricia Petibon,  France 2 va consacrer sa nouvelle émission musicale « Berlingot » (90’), les vendredis 6, 13, 20 et 27 juillet 2012.

 

©DR

 

 

Wata Music (Musique de l’eau).  À Gaua (Archipel du Vanuatu) : www.dailymotion.com/video/xcwwwc_wata-music-musique-de-l-eau_music

 

©DR

 

 

Berklee College of Music.  Brian Cole vient d’être nommé Doyen du 1er Campus international de Valence (Espagne).  Renseignements : 06 38 80 88 24. www.berkleevalencia.org

 

Brian Cole ©Berklee

 

 

« La » recette !   http://www.youtube.com/watch?v=G2CvIV3dFHo

 

© PV Nova 

 

 

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©Wes Anderson

 

 

« La Croisée des cultures »,  18e stage de danses & musiques du monde, se déroulera à Genève (Suisse) du 1er au 8 juillet 2012.  Renseignements : Ateliers d’ethnomusicologie – 10, rue de Montbrillant, CH-1201 Genève.  Tél. : +41 22 919 04 94.  www.adem.ch

 

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En l’Auditorium de Lyon,  l’Orchestre national de Lyon donnera – « Ciné-concert exceptionnel » - le 3e volet du Seigneur des Anneaux, les 6, 7, 8, 10 et 11 juillet 2012. Renseignements : 149, rue Garibaldi, Lyon IIIe.  Tél. : 04 78 95 95 95.  www.auditorium-lyon.com

 

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L’Association internationale Dimitri Chostakovitch  organise un concert au Théâtre antique de Delphes (Grèce), le 7 juillet 2012 : « Chostakovitch et ses amis compositeurs Tishchenko & Weinberg ».  Avec le concours du Quatuor Danel.  Renseignements : 19bis, rue des Saints-Pères, Paris VIe.  Tél. : 01 47 03 90 43.  www.chostakovitch.org

 

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©DR

 

 

La soprane Barbara Hannigan se produira dans deux nouvelles productions : Written on Skin de George Benjamin (7 juillet 2012, Festival d’Aix-en-Provence), Lulu d’Alban Berg (1er octobre 2012, Théâtre de La Monnaie, Bruxelles).  Renseignements : www.barbarahannigan.com

 

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©Elmer de Haas

 

 

L’Université d’été judéo-espagnole se déroulera à Paris, du 8 au 13 juillet 2012.  Mercredi 11 juillet : Journée consacrée aux musiques judéo-espagnoles, avec Chochana Weich-Shahak, Jessica Roda, Marlène Samoun, Naïma Chemoul. Modérateur : Hervé Roten.  Durant cette session, auront également lieu quatre concerts, avec Marlène Samoun, Vanessa Paloma, Liat Cohen, Hayati Kafé & Naïma Chemoul.  Renseignements : Centre Alliance Edmond J. Safra – 6bis, rue Michel-Ange, Paris XVIe.  www.cfmj.fr

 

 

 

« Messiaen au Pays de la Meije », 15e édition,  rendra hommage au grand compositeur-pédagogue et à, notamment, son disciple Gérard Grisey, du 14 au 22 juillet 2012.  Renseignements : 05320 La Grave. Tél. : 04 76 79 90 05.  http://blogmessiaen.blogspot.com ou : www.festival-messiaen.com

 

 

 

Chanson & poésie…  Les 20 et 21 juillet 2012, en la chapelle Notre-Dame-des-Croix de Loctudy (Finistère), se produiront Brigitte Maillard & Christophe Rosenberg. Entrée libre. Renseignements : 02 98 87 53 78.  www.brigittemaillard.net

 

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« Chambre avec Vues »,  festival de musique de chambre, 4e édition, se déroulera à Rabastens (Tarn), du 19 au 22 juillet 2012.  « Hommage à Astor Piazzolla ».  Renseignements : 3, quai des Escoussières, 81800 Rabastens.  Tél. : 06 86 85 03 17.  www.chambreavecvues.fr

 

          

 

 

Le XIIIe Festival de musique « Ars Terra »  se déroulera en Somme/Picardie maritime, du 22 au 27 juillet 2012. Sur le thème : « Musique française, musique allemande : un Concerto européen ».  Renseignements : 13, rue de l’Église, 80120 Villers-sur-Authie. Tél. : 06 38 12 53 38.  www.arsterra.fr 

 

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Les Nuits d’Été de Mâcon  dérouleront leur 10e édition du 22 au 28 juillet 2012.  Avec le concours, notamment, de : Bruno Fontaine, Marie-Christine Barrault, Arnaud Richard, Xavier Le Roux, Éric Geneste, Jean-Pascal Meyer & Nicolas Mallarte.  Renseignements :  06 81 29 13 74.  www.artenliberte.fr

 

 

 

Flâneries musicales de Reims.  Cette manifestation se déroulera jusqu’au 12 juillet 2012.  Renseignements : 03 26 36 78 00.  www.flaneriesreims.com

 

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©DR

 

 

La cambiale di matrimonio  (« Le mariage par lettre de change »), opéra bouffe en un acte de Gioachino Rossini, livret de Gaetano Rossi, pour 6 chanteurs & orchestre, sera en tournée du 8 au 24 juillet 2012.  Direction musicale : Leonardo García Alarcón.  Régie : Stephan Grögler.  Calendrier :

08 juillet | Nuits de Fourvière, église Saint-Just, Lyon

10 juillet | Festival de Namur (Belgique)

12 juillet | Musée national d’Art roumain, Bucarest (Roumanie)

15 juillet | Festival des Arts jaillissants, Montsapey

17 juillet | Collegio Ghislieri, Pavie (Italie)

19 juillet | Académie philharmonique de Ljubljana (Slovénie)

21 juillet | Festival d’Aix-en-Provence

22 juillet | Festival Les Estivales, Perpignan

24 juillet | Opéra de Vichy

et…

16 & 17 novembre | Opéra royal de Versailles

 

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Versailles Festival propose « Le triomphe de Haendel » :  Le Messie (Chapelle royale, les mardi 10 et mercredi 11 juillet, à 20h00), avec The King’s Consort, dir. Robert King /  Tamerlano (Opéra royal, le mercredi 11 juillet, à 19h30), avec Les Musiciens du Louvre/Grenoble, dir. Marc Minkowski.  Renseignements : 01 30 83 78 89.  www.chateauversailles-spectacles.fr

 

 

 

Francofolies…  Elles se dérouleront du 11 au 15 juillet 2011.  Renseignements : 6, rue de la Désirée, 17000 La Rochelle.  Tél. : 05 46 28 28 28.  www.francofolies.fr

 

 

 

Lyric des Lices,  festival de musique sur la plage de Ramatuelle, propose notamment, le 29 juillet 2012 : « De Chopin à Debussy, le chemin de la grâce », récital donné par le pianiste & compositeur Yves Henry (directeur du Festival de Nohant).  Renseignements : Épi Plage, 83350 Ramatuelle.  Tél. : 04 98 12 95 95.  www.epi-plage.com

 

 

 

39e Académie-Festival de musique des Arcs.  Cette manifestation se déroulera du 18 juillet au 2 août 2012.  Renseignements : 01 40 07 11 48.   www.festivaldesarcs.com

 

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Le 32e Festival international de piano de La Roque d’Anthéron  se déroulera du 22 juillet au 22 août 2012.  Renseignements : 04 42 50 51 15.  www.festival-piano.com 

 

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Le 89e Festival « Cornouaille Quimper »  propose du 24 au 29 juillet 2012 : rock, musiques du monde, pop, culture bretonne & spectacles de danse. Avec notamment : Loreena McKennit, le Bagad Kemper & Red Cardell (Fest Rock), Sharon Corr (notre photo), Tri Yann (40 ans de scène), Emir Kusturica & The No Smoking Orchestra, Ian Anderson (Jethro Tull), Gabriel & Marie (Malicorne), Soïg Siberil, Sonerien Du, le trio Ewen/Delahaye/Favennec, Sin Antesia, Ronan Le Bars Group, Armel An Hejer, Guichen, Raggalendo, les Goristes, Hamon/Martin (création Blue & Black Zebra), Breabach...  Renseignements : 02 98 55 53 53.  www.festival-cornouaille.com

 

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« Jazz aux frontières », 3e édition,  se déroulera à Montgenèvre (Hautes-Alpes), du 26 au 29 juillet 2012.  Renseignements : 04 92 21 52 55.  www.jazzauxfrontieres.com

 

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Saint-Tropez : « Les Nuits du château de la Moutte »  se dérouleront du 26 juillet au 13 août 2012.  Renseignements : 04 94 96 96 94.

www.lesnuitsduchateaudelamoutte.com

 

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« Jazz in Marciac », 35e édition,  se déroulera du 27 juillet au 15 août 2012.  Renseignements : place de l’Hôtel de Ville, 32230 Marciac. Tél. : 0892 690 277. www.jazzinmarciac.com

 

 

 

Le 42e Festival interceltique de Lorient  se déroulera – « Année de l’Acadie » - du 3 au 12 août 2012.  Renseignements : 11, espace Nayel, 56100 Lorient.  Tél. : 02 97 21 24 29.   www.festival-interceltique.com

 

 

 

« Classique au vert ».  Ce festival se déroulera au Parc floral de Paris, tous les samedis et dimanches, du 4 août au 16 septembre 2012, à 16h00.  Renseignements : Esplanade Saint-Louis, devant le château de Vincennes, Paris XIIe.  www.classiqueauvert.paris.fr

 

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Le Festival Berlioz  se déroulera à La Côte-Saint-André (ville natale du compositeur) du 22 août au 2 septembre 2012.  Renseignements : 04 74 20 20 79. www.festivalberlioz.com

 

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« Les Nuits de la Vallongue » présentent :  Didon et Énée de Purcell (vendredi 24 août 2012, 21h15) et « Soirée Bel Canto » (samedi 25 août 2012, 21h15).  Renseignements : Domaine de la Vallongue, 13810 Eygalières.  Tél. : 04 90 95 91 70.  www.lavallongue.com/content/13-nuits-lyriques

 

 

 

« Rencontres musicales de Vézelay »  Elles se dérouleront du 23 au 26 août 2012. Renseignements : 03 86 94 84 40.  www.rencontresmusicalesdevezelay.com

 

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« Jazz à la Villette »  se déroulera du 29 août au 9 septembre 2012.   Renseignements : 01 40 03 75 75. www.citedelamusique.fr/minisites/1209_jazzalavillette/programme.aspx ou : www.villette.com

 

 

 

Diasporas, Musiques en partance,  tel est l’intitulé du Festival d’Île-de-France qui se déroulera du samedi 8 septembre au dimanche 14 octobre 2012.  Venus de 29 pays : 450 artistes, 26 lieux, 29 concerts.  Renseignements : www.festival-idf.fr

 

 

 

65e Festival de musique de Besançon.  Intitulée « L’enfance de l’art », cette manifestation se déroulera du 14 au 23 septembre 2012.  Compositeur en résidence : Misato Mochizuki (notre photo).  Renseignements : 03 81 82 08 72.  www.festival-besancon.com

 

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Le 27e Festival baroque de Pontoise  se déroulera du 14 septembre au 20 octobre 2012.  Renseignements : 7, place du Petit-Martroy, 95300 Pontoise. Tél. : 01 34 35 18 71.  www.festivalbaroque-pontoise.fr

 

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Le 41e Festival d’Automne à Paris  se déroulera du 13 septembre au 31 décembre 2012.  Compositeurs programmés Benedict Mason |Hans Abrahamsen  |  Frédéric Pattar  |  LuciaRonchetti  |  Karlheinz Stockhausen  | Gavin Bryars  |  Heiner Goebbels  |  Pierre-Yves Mace Brian Ferneyhough  |  Guillaume de Machaut Ryoji Ikeda Edgard Varèse  |  Enno Poppe  |  Mauro Lanza Gérard Pesson  |  Maurice Ravel  |  Igor Stravinsky  |  Anton Webern.  Renseignements : 156, rue de Rivoli, Paris Ier.  Tél. : 01 53 45 17 17.  www.festival-automne.com

 

 

 

Angers Nantes Opéra  a établi le programme de sa saison 2012-2013.  Six productions : Deux veuves de Bedřich Smetana (création française), Un chapeau de paille d’Italie de Nino Rota, Vénus et Adonis de John Blow, La rose blanche d’Udo Zimmermann, L’Enlèvement au sérail de W. A. Mozart, La Traviata de Giuseppe Verdi.  Renseignements : www.angers-nantes-opera.com 

 

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« Mémoires d’instants »,  tel est l’intitulé de la saison 2012-2013 de l’ensemble genevois Contrechamps.   Renseignements : 8, rue de la Coulouvrenière, CH-1204 Genève.  Tél. : +41 22 329 24 00.  www.contrechamps.ch/saison

 

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L’Ensemble Intercontemporain, dir. Susanna Mälkki  a établi sa saison 2012-2013.  Renseignements : 01 44 84 44 50.  www.ensembleinter.com

 

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©Élisabeth Schneider

 

 

Le Théâtre du Capitole de Toulouse  a arrêté son programme pour 2012-2013.  Renseignements : 1, place du Capitole, 31000 Toulouse. Tél. : 05 61 63 13 13.    www.theatre-du-capitole.fr

 

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Le Festival Musica  se déroulera à Strasbourg du 21 septembre au 6 octobre 2012 : 38 manifestations, 50 compositeurs, 80 œuvres, 28 créations. Renseignements : 1, place Dauphine, 67000 Strasbourg.  Tél. : 03 88 23 46 46.   www.festival-musica.org

 

          

 

 

« Orchestres en fête », 5e édition,  se déroulera du 16 au 25 novembre 2012.  Renseignements : 01 42 80 26 27. www.orchestresenfete.com ou : www.france-orchestres.com

 

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L’Orchestre Lamoureux,  dir. Fayçal Karoui, a établi le programme de sa saison 2012-2013.  Renseignements : 01 58 39 30 30.  www.orchestrelamoureux.com

 

 

 

 

Salle Pleyel, saison 2012-2013.  Renseignements : 252, fg Saint-Honoré, Paris VIIIe.  Tél. : 01 42 56 13 13. www.sallepleyel.fr

 

Francis Cousté.

 

 

Journées Heinrich Schütz à Torgau (Allemagne), 27-30 septembre 2012.

La Société internationale Heinrich Schütz organise ses Journées d’Études à Torgau, autour de la chapelle du Château, première église luthérienne dès le début de la Réforme, où M. Luther a prêché. Elles ont lieu en liaison avec la « Décade Luther » (2012) et sont placées sous le titre : « Réformation et Musique ».

Les Conférences souligneront les liens entre Heinrich Schütz, ses convictions religieuses et sa musique, et seront illustrées par des Concerts (musique religieuse et profane), avec la participation de la Lautten-Compagney dirigée par Wolfgang Katschner, l’ensemble français Sagittarius dirigé par Michel Laplénie, bien connu de nos lecteurs, et la Kantorei Johann Walter de Torgau.

Au programme, figurent, entre autres, les Dafne-Fantasien, adaptation de la Tragicomoedia de Dafne avec des marionnettes et sur la musique de l’époque de Schütz, au Château de Torgau, en souvenir de la représentation locale de Dafne (1627) dont la musique de Schütz est perdue. La Batzdorfer Hofkapelle participera également au concert.

À ces manifestations, s’ajoutent encore une excursion à Wittenberg, avec un concert à l’orgue Ladegast de l’église du Château, un concert d’orgues itinérant à Torgau et un projet avec participation d’un chœur. Venez nombreux pour renforcer notre Section française de l’Association internationale Heinrich Schütz.

Pour de plus amples renseignements et pour obtenir le prospectus, s’adresser à la : Internationale Heinrich-Schütz-Gesellschaft e. V.  (Heinrich-Schütz-Allee 35, D-34131 Kassel.  Tél. : 00 49 (0)561-3105-0. info@schuetzgesellschaft.de)

 

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©DR

 

 Édith Weber

(Responsable de la Section française)

 

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Haut

 

 

Dresde est une cité culturelle comme il en est peu d'exemple en Europe.  Durement affectée par les atrocités de la guerre, reconstruite avec autant d'opiniâtreté que d'efficacité, la « Florence du nord » a retrouvé son lustre d'antan et offre une étonnante foison d'œuvres d'art.  À l'ombre de la gigantesque Frauenkirche, l'emblème de la ville, se dressent l'ensemble du Residenzschloss, le château, avec son trésor et ses cabinets de curiosités, et le grandiose ensemble du Zwinger, sorte de Versailles en pleine ville, qui renferme diverses collections prestigieuses, dont le musée de la porcelaine.  C'est que les grands de Saxe aimaient les belles choses, dont la matière de la porcelaine, fabriquée à tout juste une encablure, dans la petite cité riante de Meissen.  Mais aussi l'ivoire, dont un saisissant ensemble d'objets tournés est livré à l'admiration du visiteur, les nacres, les pierres précieuses, et une panoplie d'objets guerriers d'un étonnant raffinement.  Tout à côté, l'harmonieuse façade du Semperoper, du nom de son fameux architecte Gottfried Semper, s'offre à la vue.  Et au souvenir, de la multitude d'œuvres musicales qui y virent le jour.  On pense aux opéras de Richard Strauss, Salomé, Elektra, Der Rosenkavalier.  Plusieurs palais abritent de riches collections picturales, mais accueillent aussi des concerts.  La ville moderne, à l'architecture avant-gardiste, ménage un contraste non sans intérêt. Là encore le mélomane averti saura dénicher des lieux inattendus, telle cette usine Volkswagen, d'assemblage du haut de gamme, toute de verre, la « Gläserne Manufaktur », sise en pleine verdure. 

 

Frauenkirche ©DR

 

 

Émergeant d'une saison déjà fort riche, le Dresdner Musikfestspiele établit ses quartiers au printemps. Il aligne un certain nombre de manifestations prestigieuses, mêlant orchestres, musique de chambre et solistes. Du Wiener Philharmoniker à Pierre-Laurent Aimard, de la Camerata Salzburg à Angelika Kirchschlager, les programmes sont attirants, et confirment la place de ce festival parmi les grands.  Sous le thème « Cœur d'Europe », la présente édition célébrait la proximité de la saxonne Dresde avec la Bohème, l'Autriche et la Hongrie, à l'aune de ce fécond triangle reliant Vienne, Budapest et Prague.  Le génie musical qui les façonne serait impensable sans la musique tzigane, ce désir de vie chez les gens du peuple, associé à la vitalité des élites émergeant des grandes cités. « Un volcan créatif », comme l'appelle Jan Vogler, l'intendant du festival.

 

 

Bach à la Frauenkirche

 

©Killig

 

 

La Frauenkirche, dévouée au culte protestant, en impose à la vue du spectateur, par ses vastes proportions octogonales, et son orgue de Silbermann trônant au-dessus du maître-autel.  Plus sans doute qu'il ne flatte ses oreilles, car l'acoustique y est quelque peu capricieuse : l'imposante coupole, qui se hisse bien haut, absorbe le son, qui a tendance à s'envoler ver les cieux, plus qu'à combler les auditeurs assis dans la nef ou peuplant les divers balcons qui la ceignent.  Qu'importe, l'assistance, très nombreuse, se presse pour entendre l'Orchestra of the Age of Enlightenment et le ténor britannique Ian Bostridge jouer Bach.  La soirée mêle pièces instrumentales et vocales.  Le cantor sera assuré d'exécutions rigoureuses, car les musiciens anglais savent ce que précision veut dire.  Ainsi le 4e Concerto brandebourgeois, passée la volatilité de l'acoustique, se pare-t-il de la suprême finesse des trois instrumentistes solos, deux flûtes à bec et un violon.  On sait la richesse de cette pièce, qui comme les nos 2 et 5, appartient au genre du concerto grosso, où le ripieno converse avec le concertino des solistes.  L'invention mélodique y est légendaire. La vigoureuse rythmique exprime une sorte d'exubérance optimiste.  Ian Bostridge dédie l'exécution de la cantate « Ich habe genug », BWV 82 (1727), à Dietrich Fischer-Dieskau, qui, dit-il, l'a si souvent chantée.  De fait, l'émotion est perceptible dans cette voix, elle aussi reconnaissable entre toutes, comme l'était celle du grand chanteur disparu.  Il en est aussi de la recherche du mot expressif, de la note tenue ppp.  Ce cantique de l'agonie cultive la nostalgie de la mort, si chère à Bach, qui contraste pourtant affligé et allègre, à l'aune de cette aria finale « Je me réjouis de ma mort ».  L'accompagnement de flûte de Lisa Beznosiuk est enchanteur, et les cordes ont un velouté remarquable.  Le mysticisme qui baigne la plupart des cantates d'églises, on le retrouve dans l'aria extraite de la cantate « Komm, du Süsse Todesstunde », BWV 161, ou dans l'hymne de mort « Lass, Fürstin, lass noch einen Strahl », BWV 198, qui se signale par les interventions de la flûte traversière & de la flûte piccolo et les vocalises du chanteur.  Tandis qu'un extrait de l'Oratorio de Pâques, BWV 249, se déroule telle une berceuse, agrémentée des deux flûtes baroques, et que cette autre air de la Passion selon saint Jean, dans sa deuxième version, se montre héroïque, faisant appel chez le soliste à une succession de mots pointés.  Bostridge montre combien il est à l'aise dans cet univers qui cultive la belle nuance et le fin legato.  Des morceaux purement instrumentaux complètent le programme, intercalés entre les pièces vocales.  Ainsi de la Sinfonia de la Cantate BWV 169, avec accompagnement d'orgue positif, ou de celle de la Cantate  BWV 35.  Ils prolongent le plaisir, sous la houlette du claveciniste Steven Devine, déjà nanti d'une sûre gloire artistique outre-Manche, pour servir dans les phalanges aussi prestigieuses que le London Baroque Orchestra ou le présent Orchestre de l'Âge des Lumières. Écouter Bach dans ce cadre tant chargé d'histoire est une expérience unique.

 

 

La Staatskapelle de Dresde chez elle

 

©Matthias Creutziger

 

 

La Staatskapelle de Dresde est l'un des plus anciens orchestres d'Allemagne.  Sa fondation remonte en effet à 1548, date à laquelle le Kurfürst Moritz von Sachsen réunit un ensemble de musiciens pour sa chapelle princière.  Depuis lors, elle s'est illustrée sous la direction de musiciens tels que Heinrich Schütz ou Adolf Hasse, puis Carl Maria von Weber et Richard Wagner.  Pour ne reprendre que les cent dernières années, elle fut dirigée par Reiner, Busch, Böhm, Keilberth, Kempe, Sanderling, Blomstedt et Sinopoli.  Après quelques années difficiles, où Haitink prêta son concours, elle devrait connaître un nouveau lustre avec l'arrivée comme « Chefdirigent », à compter de septembre 2012, de Christian Thielemann. Celui-ci est déjà fêté, à en juger par les nombreuses affiches s'étalant dans les rues.  À noter que le compositeur en résidence pour la prochaine saison n'est autre que Hans Werner Henze, le doyen révéré des compositeurs allemands actuels.  La patine de  l'orchestre est légendaire et ses interprétations souvent de référence, à l'aune des nombreux disques publiés.  Le concert exceptionnel, donné le 24 mai, dans le cadre du Musikfestspiele, dirigé par Thielemann précisément, programmait la VIIIe Symphonie de Bruckner. La tradition brucknérienne de l'orchestre est bien établie, qui remonte à 1885, avec la première audition de la IIIe Symphonie.  L'affection que porte Christian Thielemann au compositeur autrichien l'est tout autant.  Cette VIIIe Symphonie a connu une gestation délicate, Bruckner la remaniant à plusieurs reprises, l'adagio notamment, et il en existe plusieurs éditions.  Thielemann a choisi de diriger la version, conforme à l'originale, établie par Robert Haas, en 1939, et donnée à Vienne cette même année, par Furtwängler.  Il s'agit, en fait, de la version dite « mixte », adoptée aussi par des chefs comme Wand, Karajan ou Haitink, mais non par Böhm ou Jochum : une synthèse de la partition de 1887 et des remaniements instaurés dans la seconde version, de 1890.  Au dire du chef « cette édition est plus concluante et plus intégrée, ce qui est décisif en matière d'interprétation ».  Comme à son habitude, Thielemann va au bout du bout de la recherche de l'idée, de la phrase, de l'élan.  Rien n'apparait brutal, non plus que tonitruant, le contraste se fait subtil, au scherzo par exemple, où la coupe du premier thème est  plus amène que sous d'autres baguettes.  Les grands crescendos « cathédralesques » restent vertueux et libèrent une puissance qui n'est pas écrasante. Si la manière est à certains moments quelque peu étudiée (1er mouvement), la sincérité n'est jamais en défaut, et la pâte orchestrale rien moins qu'incandescente.  L'effet de saisissement est sans doute moindre et l'habituelle démesure revue à la baisse, au profit d'une coulée plus naturelle.  Thielemann privilégie des tempos lents, qui conduisent logiquement à faire de la poignante méditation qu'est l'adagio, le centre de gravité de l'œuvre.  Le parti de ralentissement n'est pas sans risque, mais celui-ci, mesuré au demeurant, est assumé, lors du trio qui folâtre généreusement avec ses arpèges des trois harpes. Dire que la Staatskapelle est à son meilleur tient de l'euphémisme, tant chaque ensemble, cordes, bois, cuivres, chaque pupitre même, des timbales en particulier, atteint la splendeur sonore, dans l'acoustique chaude et présente, quoique sans effet de loupe, de la salle du Semperoper.

 

 

Rapsodie, folklore et passion chez VW

 

©Killig

 

 

Assister à un concert dans le cadre de l'atelier d'une chaîne de montage automobile, voilà qui n'est pas commun !  Mais VW est le partenaire n° 1 du festival. Le lieu est nickel, un bijou de technologie : vous êtes au milieu d'une théorie de carcasses de « Phaéton », suspendues sur un rail, attendant de prendre leur aspect définitif, et d'appareils étranges, semble-t-il dernier cri, dont on vous explique, vidéo à l'appui, comment ils vont conduire chaque pièce détachée naturellement à sa place sur le futur bolide.  Dans un environnement de lumière tamisée, aux couleurs bleu de nuit, la mise en place du concert prend une allure surréaliste lorsque débarquent, par petits groupes, les spectateurs endimanchés, menés par des hôtesses à la manière chic.  Mais ce lieu improbable, offert pour écrin à un concert, cadre finalement avec la personnalité de la violoniste Patricia Kopatchinskaja dont on sait l'anticonformisme.  La jeune Moldave ne se déclare-t-elle pas elle-même « subversive » !  Son programme, « Rapsodia », marie folklore est-européen et pages classiques, dans le mode tzigane, puisées chez Bartók, Kurtág, Ravel et Enescu.  Comme il en est de son disque, paru en 2010, chez Naïve.  Le concert débute et se conclut par un bouquet de pièces empruntées au folklore moldave, où l'on mesure l'engagement de l'intéressée et de ses partenaires. La transcription pour violon et piano des Danses roumaines de Bartók sonne avec passion, et l'héritage du folklore est ici évident.  Les huit Duos pour violon & cymbalum op. 4 de György Kurtág, apparaissent tels des aphorismes musicaux, tant le langage y est raréfié, ce que la sonorité du cymbalum souligne.  Mais sous ces notes filées et cette introspection, le drame est sous-jacent. La veine tsigane, on la retrouve dans Tzigane de Ravel, donnée ici dans sa version avec accompagnement de violon, contrairement au disque où Kopatchinskaja avait opté pour le cymbalum.  La liberté prise dans les premières phrases est étonnante, et l'énergie débordante ne se démentira pas. Une façon de voir que n'aurait peut-être pas désapprouvée l'auteur, tant la manière bohémienne est placée au centre d'une vision ébouriffante de caractère.  Le sommet du concert restera l'exécution de la 3e Sonate pour violon & piano, op. 25, de George Enescu, « dans le caractère populaire roumain ».  La donnée folklorique de cette pièce, qui a vu le jour en 1926, est réappropriée de l'intérieur, sans pour autant perdre la fraîcheur de l'inspiration populaire moldave. Enescu, violoniste virtuose, sait mêler traits populaires et savants.  Yehudi Menuhin, l'un de ses interprètes de légende, estimait, à son propos, que « le violon chante avec une liberté et un élan d'improvisation inégalés ».  La pièce, de forme rhapsodique, occupe aussi une place de choix dans l'art énescien, pour allier liberté tirée de son inspiration folklorique, et rigueur de la construction. Antoine Goléa y voyant « la flèche étonnamment hardie qui indique la direction profonde, secrète, de toute la vie créatrice d'Enesco ».  Une ligne alliant expansivité et fragilité caractérise le « Moderato malinconio » initial.  L'andante « sostenuto e misterioso » est un chant nocturne, déployant des sonorités évocatrices de paix, mais aussi de trouble, de l'âme roumaine sans doute, de par le travail sur le timbre et le rythme parlando-rubato, où le piano se voit traité comme un cymbalum précisément.  Le finale reprend le chemin d'un récit pittoresque paysan, non sans passion, tandis qu'en conclusion, revient le thème initial.  Patricia Kopatchinskaja et sa consœur Mihaela Ursuleasa en proposent une interprétation vibrante.        

 

 

Où l'on retrouve l'Orchestre du Mariinski en tournée...

 

©Killig

 

 

Autre concert de prestige, au Semperoper, que celui de l'Orchestre du Mariinski et de Valery Gergiev, qui présentait aussi l'intendant Jan Vogler, sous sa casquette de violoncelliste.  Pour l'occasion, était donné le Concerto d'Arthur Honegger, achevé en 1929, et créé l'année suivante par Marcel Maréchal et le Boston Symphony Orchestra dirigé par Serge Koussevitzky.  Au sein de la production du musicien, ce concerto pour violoncelle demeure rare, de par sa concision, quelque 18 minutes, et son agencement savant : trois mouvements, joués d'un seul tenant, une cadence ad libitum servant de transition entre les deux derniers, chacun étant lui-même divisé en trois séquences, selon le schéma A-B-A.  Le rythme est aisé, l'écriture cursive, l'esprit enjoué, voire ironique, allant jusqu'à mêler des éléments de jazz dans un discours sévèrement classique qui fait la part belle aux procédés cycliques.  Le lento central est une ample cantilène du cello, qui se voit par ailleurs sollicité dans tous ses registres.  L'orchestre est coloré et transparent.  Le finale déborde de fantaisie, avec un soliste volubile.  En un mot, selon la belle formule de Marcel Delannoy, voilà « un ouvrage de gracieuse allure où l'orchestre laisse suffisamment d'air au soliste ».  Jan Vogler, de sa sonorité ample, lui donne tout son zest, et Gergiev y prend visiblement plaisir.  Cette petite perle était entourée par Bartók et Strauss.  Du premier, la suite du Mandarin merveilleux montre la virtuosité de l'orchestre du Mariinski.  Cette « Pantomime dansée » n'est en effet pas avare de climats mystérieux ou orgiaques, de rythmes syncopés ou de valses extatiques, d'harmonies dissonantes ou grotesques.  Nourri plus qu'on ne le croit de l'impressionnisme français, le langage de Bartók, avec sa touche magyare, le conduit à imposer une esthétique d'atmosphère, parée d'allusions, de symboles et d'inexprimé.  Tirée du ballet (1919), la suite (1928) en est la synthétique émanation, plus qu'un digest, d'une tension qui ne se relâche pas un instant.  L'interprétation de Gergiev ménage le grotesque et une énergie tellurique lors de l'épisode de la mort du mandarin.  La seconde partie est consacrée à Ein Heldenleben (Une vie de héros) de Strauss, « poème symphonique pour grand orchestre » (1898).  De ce morceau de choix s'il en est, Gergiev livre une lecture fastueuse, transcendant la pure virtuosité orchestrale.  Dès les premières pages, et leur ample envolée, l'empathie du chef avec l'idiome straussien s'impose, sa multitude de climats, sa faconde forgée à une dramaturgie essentielle. Les six mouvements de cette grandiose épopée, la « symphonie fantastique de l'aurore du XXe siècle » (Antoine Goléa), vont dérouler une imagerie, où la tendresse n'est pas afféterie, la brillance refuse l'ostentatoire, la puissance l'effet gratuit.  Le héros, nul doute Strauss lui-même, est noble et fougueux, sensible et volontaire, imaginatif, jusque dans ses élans intimes.  Les univers dans lesquels il se trouve immergé, dont l'épisode du champ de bataille sont peints avec un immense respect de l'écriture complexe, quoique immédiatement séduisante de Strauss. Car Gergiev, dont la gestuelle se fait de plus en plus épurée, pétrit chaque épisode avec une justesse du trait qui sort ce morceau d'orchestre de la pure démonstration, et l'assure d'une vraie noblesse, au-delà de son aspect grandiose.  L'orchestre répond avec ferveur, dont son premier violon, et le cor qui accompagne le héros, et un rare sens de l'adaptation, sans jamais donner l'impression d'effet de masse.  Les deux derniers épisodes, « Les œuvres de paix du héros » et « Solitude et plénitude de la vie du héros » offrent une suavité marquée au coin d'un apaisement sûrement conquis, qui ne verse aucunement dans le sentimental.  Une formidable exécution !

Jean-Pierre Robert.

 

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L’eau & le feu au Théâtre des Champs-Élysées.  Orchestre Philharmonique de Rotterdam, dir. Yannick Nezet-Seguin.  Nicholas Angelich, piano.

Dernier concert de la saison au TCE pour le jeune et fougueux chef québécois, Yannick Nézet-Seguin à la tête de son Orchestre philharmonique de Rotterdam, qu’il quittera la saison prochaine pour prendre en charge les destinées du Philadelphia Orchestra outre-Atlantique. Un programme associant Brahms (Concerto pour piano n°1 et Symphonie n°2) et Webern (Cinq pièces pour orchestre op. 10) qui donna l’occasion au public de l’avenue Montaigne de ressentir successivement l’eau et le feu, la fougue et l’ennui.  Une première partie comprenant le Concerto n°1 de Brahms achevé en 1858, créé en 1859 par le compositeur, à Hanovre, sous la direction de Joachim.  Une œuvre particulière dont la composition semble avoir demandé plusieurs années et de nombreuses modifications, traduisant la transmutation difficile du langage pianistique au langage orchestral (la forme initiale étant une sonate pour deux pianos).  Nicholas Angelich en donna une interprétation assez plate, platitude confinant rapidement à l’ennui, malgré une direction d’orchestre attentive et un orchestre parfaitement en place.  En revanche, la seconde partie permit de retrouver la fougue, l’intelligence et le savoir-faire du jeune chef canadien qui enchaîna sans transition les Cinq pièces pour orchestre  (1911-1913) de Webern, toute en délicatesse et succession de timbres, et la Symphonie n°2 (1877) de Brahms, éminemment romantique.   Une direction très engagée qui sculpte la pâte sonore, un phrasé qui fait alterner tension et détente, lyrisme et mystère, profondeur et légèreté, une belle sonorité orchestrale riche en couleurs malgré quelques dérapages au niveau des cuivres, un plaisir de jouer et un enthousiasme communicatif.  Une belle soirée de musique !

 

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Sans enthousiasme…  Orchestre national de France, dir. Sir Colin Davis.  Emanuel Ax, piano. Théâtre des Champs-Élysées.

Un manque d’enthousiasme et une certaine tristesse ressentis dès l’entrée en scène de Sir Colin Davis, chef emblématique s’il en est, président du London Symphony Orchestra, âgé aujourd’hui de 85 ans, marchant difficilement, soutenu par Emanuel Ax, pour gagner, à petits pas mal assurés, la chaise installée sur l’estrade d’où il dirigera tout le concert.  Un programme associant le Concerto pour piano n°5 dit « L’Empereur » (1809-1811) de Ludwig van Beethoven et la Symphonie n°7 (1884-1885) d’Antonín Dvořák.  Une démonstration pianistique d’Emanuel Ax, un merveilleux toucher, mais un curieux manque d’émotion pour une interprétation sans éclat de ce concerto qui demandait certainement plus d’engagement, d’expressivité, de profondeur et de passion.  Point de souffle épique mais une désespérante et magistrale platitude…  Une direction réduite à sa plus simple expression, pour ne pas dire inexistante, et un National qui ne semblait pas dans ses meilleurs jours, comme en témoignent quelques décalages et attaques approximatives, pour aborder la Symphonie n°7 de Dvořák dont on nous donna à entendre une lecture assez terne et confuse, chaotique, sans allant ni fil conducteur sauf, peut être, lors du dernier mouvement qui sembla, sans nul doute mais bien tardivement, retrouver un peu de cohérence dans la conception et de cohésion dans l’exécution orchestrale.  Une soirée sans enthousiasme qu’on oubliera rapidement, des applaudissements du public qui sonnent plus comme un hommage au grand chef britannique pour une carrière exemplaire, que comme la manifestation immédiate d’une quelconque émotion musicale.

 

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Aux âmes bien nées… Formidable Vladimir Jurowski !  London Philharmonic Orchestra, dir. Vladimir Jurowski.  Truls Mork, violoncelle.  Théâtre des Champs-Élysées.

Le théâtre de l’avenue Montaigne était loin d’être plein et les absents avaient assurément tort, privés de ce magnifique concert du LPO dirigé par son chef titulaire, le jeune et talentueux Vladimir Jurowski, âgé de 40 ans, héritier d’une grande tradition musicale familiale et fils du chef d’orchestre Mikhail Jurowski.  Un programme associant La petite renarde rusée, suite d’orchestre de Leoš Janáček (1854-1928) le Concerto pour violoncelle et orchestre n°2 d’Antonín Dvořák (1841-1904) avec le violoncelliste Truls Mork en soliste et la Symphonie n°1 dite « Linz » d’Anton Bruckner (1824-1896).  La très belle Suite symphonique, en deux parties de Janáček, ouvrait la soirée, partition ardue et complexe où l’important travail sur les timbres instrumentaux fut parfaitement rendu par la direction précise et efficace du jeune chef russe. Suivait ensuite le Concerto pour violoncelle de Dvořák dont le violoncelliste norvégien donna une interprétation d’exception, à la fois lyrique et virtuose, fougueuse et fervente, douloureuse et passionnée, modèle d’équilibre entre soliste et orchestre, entre chant du violoncelle et réponse des bois.  En « bis » Le Chant des oiseaux, comme un hommage à Casals. Après la pause, la Symphonie « Linz » de Bruckner, composée en 1865, créée à Linz en 1868, dont Vladimir Jurowski donna une lecture particulièrement claire et juste, évitant le « trop » et le « trop peu », loin de toute lourdeur et emphase, se concentrant sur le phrasé délicat, toute en nuances, alternant tour à tour sentiment d’urgence dans le premier mouvement, méditation dans le second, violence ambiguë dans le troisième et fougue du final,   sachant maintenir la tension malgré les nombreuses variations rythmiques, dirigeant un orchestre totalement réactif, parfaitement en place, faisant preuve d’une évidente complicité avec son chef.  Une ovation de la salle et les applaudissements, mérités, des musiciens pour leur chef concluaient cette magnifique soirée.  Bravo messieurs !

 

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Parfait ! Tout simplement.  Orchestre philharmonique de Vienne, dir. Sir Simon Rattle.  Théâtre des Champs-Élysées.

Si certains esprits chagrins se plaisaient à répéter, au vu de ses récentes prestations, parfois décevantes, comme notamment le cycle Beethoven sous la direction de Christian Thielemann, que l’Orchestre philharmonique de Vienne n’atteignait plus les sommets d’antan, force est de reconnaître que les Wiener Philharmoniker ont apporté, par ce concert au TCE, un démenti formel à ces tristes augures, restant à l’évidence une phalange d’exception, surtout  lorsqu’elle est dirigée par le - non moins exceptionnel - chef anglais.  Un programme viennois, sur mesure, associant Brahms, Webern et Schumann, permettant à ce magnifique orchestre de faire montre de tout son talent individuel et collectif.  En première partie, la Symphonie n°3 de Brahms, créée à Vienne en 1883 par Hans Richter ; Simon Rattle en donna une vision pleine d’allant, dynamique, contrastée, tant dans les nuances que les tempi, à la fois emplie de verve et de méditation, modèle d’équilibre entre la douceur des cordes et la poésie des vents.  Une mention particulière pour la clarinette de Norbert Täubl, le hautbois de Harald Hörth et le merveilleux solo de cor de Lars Michael Stransky.  Après la pause, un peu de confusion et un léger manque de précision dans les attaques pour les Six Pièces pour grand orchestre op. 6 (1909, révision 1928) de Webern, qui contraste avec la lecture précise et dense donnée, ici même, il y a quelques jours, des Cinq Pièces pour orchestre de chambre op. 10 (1911-1913) par Yannick Nézet-Seguin à la tête du Philharmonique de Rotterdam (mais l’effectif instrumental n’est pas le même et peut-être s’agit-il d’une préférence personnelle).  Pour conclure cette magnifique soirée, la Symphonie n°3, dite « Rhénane » de Schumann dont le chef anglais donna une interprétation ample, comme habitée,  trouvant toujours le ton juste, dirigeant avec intelligence et précision un orchestre totalement conquis, faisant preuve d’une rare cohésion, d’une superbe sonorité et d’une empathie certaine pour son chef d’un soir.  Bref, un concert d’exception !

 

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©DR

Patrice Imbaud.

 

 

Re Orso à l'Opéra-Comique

Marco STROPPA : Re Orso.  Légende musicale en deux parties, pour 4 chanteurs, 4 acteurs, 11 instruments, voix et sons invisibles, spatialisation et totem acoustique. Livret : Catherine Ailloud-Nicolas & Giordano Ferrari, d'après la fable d'Arrigo Boito.  Rodrigo Ferreira, Monica Bacelli, Marisol Montalvo, Alexander Kravets, Geoffrey Carey, Piera Formenti, Daniel Carraz, Cyril Anrep, Anthony Millet. Ensemble intercontemporain, dir. Susanna Mälkki.  Mise en scène : Richard Brunel.

 

©Elisabeth Carecchio

 

 

Pour son premier opéra, créé à l'Opéra-Comique, Marco Stroppa (°1959) ne donne pas dans la facilité. Il emprunte son sujet à Arrigo Boito, librettiste de Verdi pour Othello et  Falstaff, et à son poème dramatique Re Orso, le Roi Ours, écrit en 1864.  Ce conte, en vers, narre le destin d'un despote sanguinaire, dans la Crète de l'an 1000, qui, hanté par une voix invisible le mettant en garde contre la puissance du Ver, tue ses semblables, mû par l'espoir vain de faire cesser cette voix.  Ce Barbe-Bleue moderne sombrera dans la folie, attendant son châtiment. Deux parties opposent, d'une part, la vie privée et sociale du monarque tyrannique, entouré de courtisans complaisants, minés par la peur, d'autre part, son agonie, parée de visions de cauchemar, d'apparitions des figures trucidées.  La victoire du Ver, conçu comme la voix du peuple, sur le tyran, en constitue l'épilogue.  Ce singulier personnage n'est pas sans rappeler « L'Épopée du Ver », un des poèmes de La Légende des siècles de Victor Hugo.  À partir d'un texte déjà très élaboré sur le plan formel, dans ses rythmes et ses couleurs, sa démesure même, Stoppa a conçu un dispositif original, où l'intrication entre musique et texte est poussée loin, assemblage sonore associant voix naturelle et voix virtuelle, mêlant musiciens et interprètes, comme chanteurs et acteurs.  Chacun des quatre personnages principaux est accompagné par un instrument spécifique, et se voit assigner un type de voix particulier : le roi est un contre-ténor, et le basson dans le registre aigu, sa référence sonore, le Ver une mezzo-soprano, et l'alto sa « voix », Oliba, que le roi épouse de force, une soprano colorature, à laquelle est associée la clarinette, et le Trouvère, bouffon sardonique, un ténor de composition dont le falsetto rivalise avec la trompette.  Un savant travail électroacoustique complète le panel sonore, au point de s'approprier tout l'espace dans la seconde partie.  Stroppa se veut sincère et accessible : la dénonciation des dérives du pouvoir est clairement visée, comme un décalage ironique et grinçant entre réalité et fiction, à l'image de ce Trouvère illuminé, qui accompagne son chant d'un piano robotisé, assisté par ordinateur. La tension ne lâche pas l'auditeur un seul instant, mis à part un grand silence peu avant la dernière scène, volonté affirmée jusque dans le choix des voix, privilégiant les tessitures aiguës ; une manière partagée par la plupart des compositeurs actuels touchant à l'opéra.

 

©Elisabeth Carecchio

 

 

Le spectacle est haut en couleurs, et intimement lié à la composante musicale.  Les auteurs l'explicitent pour chaque scène, dont l'intitulé est accompagnée de son commentaire d'ordre musical, tel que « Duel dialectique (embrouillé) et larve de Tango (émietté) », ou encore « Litanie, grand tutti bordélique (grand pandémonium, comme une gigue boiteuse) ».  Et on n'a là qu'une faible idée des prétentions dramatiques.  La régie de Richard Brunel, comme chorégraphiée, insiste puissamment sur la violence et les débordements en tous genres, sanguinaires en particulier.  Ainsi de l'épisode des noces du Roi, ou celui de la « Litanie », qui tient plus du « mess » indescriptible, que de la parade carnavalesque à laquelle ont pensé ses concepteurs.  Une succession interminable de sons de cloche, censés évoquer le glas de l'agonie, ouvre sur une ultime scène, symbolique, où par le truchement d'un « totem acoustique », savoir une colonne de haut-parleurs, les sons, distribués en rafales,  évoquent une sorte de métamorphose, le Ver, seul « survivant » de cette histoire, savourant sa victoire. Le travail scénique est valeureux, souvent ingénieux, et les protagonistes se tirent d'affaire vaillamment, chanteurs comme acteurs, unis dans une même émulation. Tous sont sonorisés, pour éviter tout phénomène d'absorption par l'univers musical, nous dit-on, lorsque la régie les contraint à s'exprimer à une certaine distance du public. La poignée de musiciens de l'Ensemble intercontemporain, dont un accordéoniste, s'acquittent scrupuleusement d'une tâche que l'on comprend fort complexe.  Et qu'il revient à leur chef attitrée, Susanna Mälkki, de coordonner, quoique celle-ci demeure cachée durant la seconde partie.  Le compositeur et ses assistants, à la console informatique, s'occupent alors du travail de synthèse. Reste que l'ésotérisme sonore et visuel du spectacle a tendance à obscurcir la portée de la fable. Et que ce qui dure moins d'une heure et demi, confine peu à peu à la lassitude, au travers de ces mots chuchotés ou mâchonnés, notamment par étirement des syllabes, ces sons susurrés, ces cris ou invectives bizarres, ces tournures elliptiques, répétées à l'envi.  Cette impression, surtout, de quelque chose constamment porté sur le fil du rasoir.  L'âpreté d'une histoire effroyable, souvent tournée en dérision, captée par une musique largement basée sur l'électronique, est-ce là le lot de l'opéra du XXIe siècle ?

 

 

Les débuts parisiens de l'Orchestra Mozart

 

©Orchestra Mozart

 

 

Dernier né des orchestres de jeunes à être dirigé par le maestro Claudio Abbado, l'Orchestra Mozart a conquis le public de la Salle Pleyel.  Un programme taillé sur mesure lui permet de faire valoir ses qualités : transparence sonore, caractère pellucide des cordes, attaques des bois d'une clarté exemplaire, luminosité d'ensemble.  La direction extrêmement lisible d'Abbado facilite les choses : une gestuelle extrêmement liée, mais d'une efficacité redoutable, façonnant chaque trait avec patience.  Les jeunes musiciens paraissent fascinés par pareille appropriation du matériau musical. L'effectif n'est pas trop fourni, cinq contrebasses, par exemple, et la disposition intéressante, les bois placés sur le même plan que les cordes, et les timbales juste derrières les basses, au fond à droite.  L'ouverture d’Egmont donne la clé de ce que sera tout le concert : retrouver la quintessence, dans une simplicité affirmée, qui se défie de l'emphase.  Beethoven vouait un culte immodéré au poète Goethe.  Le héros Egmont, pour lequel il confessera à l'auteur avoir « pris feu à son sujet aussitôt que je l'ai lu ! », lui inspirera, en 1810, une musique de scène, précédée d'une ouverture héroïque devenue célèbre. La lutte pour la liberté trouve là, comme déjà dans Léonore/Fidelio, matière à s'exprimer puissamment.  L'attaque de la trompette et la coda victorieuse sonnent comme l'élan même de la vie. Le Concerto pour piano op. 54 de Schumann (1845), créé par Clara, occupe une place particulière dans le répertoire.  Schumann admirait les deux œuvres concertantes de Chopin consacrées à ce genre. Et pourtant, on est loin de la brillance associée aux pièces du romantisme.  Ce « Phantasie-concerto » intègre le soliste dans l'orchestre, au point que Clara dira qu'il est « impossible de penser séparément l'un de l'autre ».  Sa tonalité, de la mineur, a été puisée chez Beethoven, celui de Fidelio « ou l'amour conjugal ».  Rapprochement saisissant.  L'allegro introductif, qui fut longtemps conçu comme un tout, indépendant de ce qui suit, est un grand mouvement de sonate, lui-même en trois parties, selon une construction en arche.  L'Intermezzo, andantino grazioso, s'il prolonge la partie andante du mouvement précédent, introduit un autre climat, plus détendu, qu'agrémentera bientôt le solo de violoncelle ; ce que Brahms reprendra dans son 2e Concerto. L'allegro final est vif et s'achemine vers une conclusion héroïque. Le pianiste roumain Radu Lupu, figure de sage dans le bel automne de sa carrière, voit cette pièce comme un colloque intérieur.  La démarche, d'un dépouillement inouï, comme en apesanteur, souvent sur le ton de la confidence, s'impose dans l'allegro affettuoso, façonné avec infinie douceur, chuchoté presque, d'une simplicité qui tranche avec la manière décidée adoptée par bien de ses collègues.  Et Abbado tisse une trame translucide et apaisée, idéal écrin pour le soliste.  La cadence est abordée avec une infinie tendresse, et les phrases finales se parent de l'aérien d'une danse d'elfe.  Le mouvement médian sera dans la même veine. Comme le finale, coulant dans le style de la ballade, conquérant, sans être extraverti.  Car il y a chez Lupu une retenue, qui si elle surprend au premier abord, sévère, à la réflexion, sur l'ensemble du concerto, heureuse quant au maintien de l'équilibre entre les deux composantes schumanniennes, de  Florestan et d'Eusébius. 

 

La 2e Symphonie en ut de Schumann (1846), donnée en seconde partie, n'est pas sans rappeler l'atmosphère du concerto, et le choix de les rapprocher est, nul doute, judicieux.  On a dit tout le bien de cette interprétation, à propos du concert donné au récent Festival de Pâques de Lucerne (cf. NL de mai 2012).  Son opalescence prend peut-être une dimension encore plus marquée dans l'acoustique feutrée de Pleyel. C'est que l'exécution est d'une classe en elle-même, la jeune phalange n'ayant rien à envier aux formations les plus aguerries, dont la salle parisienne nous livre les vertus. Il en émane une clarté exceptionnelle, grâce à la battue expressive du maestro Abbado.  On se délecte de la limpidité d'une pièce dont on a loué l'économie motivique digne de Haydn, et l'art de la métamorphose pratiquée par Liszt.  La rythmique marquée de son premier mouvement, la ronde preste et fiévreuse du scherzo, que ne traversent pas moins de deux trios, sont proprement enthousiasmantes. Le lyrisme ému de l'adagio atteint une grandeur tout sauf pesante, avec ses vagues, qui aux cordes passent de pupitre en pupitre.  Le finale emporte une effervescence qui, là encore, signe un élan vital irrépressible. Un vent de jeunesse, une leçon de style devant un public conquis, qui comprend qu'il tient là des instants précieux où se gagne l'essence même de la musique.  

 

 

L'Histoire du soldat  à l'Athénée : un moment de théâtre total.

Igor STRAVINSKY : L'Histoire du soldat.  Conte musical.  Texte de Charles-Ferdinand Ramuz. Laurent Cuniot, Raphaëlle Delaunay, Mathieu Genet, Serge Tranvouer.  Ensemble orchestral TM +, dir. Laurent Cuniot.  Mise en scène : Jean-Christophe Saïs.

 

©Florent Mayolet

 

 

« Un des chefs-d'œuvre les plus secrets de Stravinsky » (André Boucourechliev), L'Histoire du soldat offre ceci de fascinant d'élever ce qui est au départ une pièce inspirée du théâtre de tréteaux, au rang de fable à portée universelle.  Chacune des composantes du spectacle relève de la trouvaille de génie.  Le texte, a priori banal, rejoint le mythe de Faust, le pacte avec le diable : un brave soldat qui s'en revient de guerre, échange son violon contre un livre merveilleux dont s'échappe la richesse.  C'est au Diable qu'il vend son âme, comme celle de son instrument...  La composition musicale, en apparence simple, est un incroyable patchwork de manières diverses et de rythmes empruntés aux danses les plus avancées de l'époque, tango, ragtime.  Et pourtant, elle se vit comme une épure, avec ses rythmes marqués, ses motifs récurrents, et son Petit concert placé en son centre.  Les sept musiciens représentent les diverses familles instrumentales et, à l'intérieur de celles-ci, les extrêmes, dans l'aigu et dans le grave : les cordes, un violon & une contrebasse, les bois, le basson & la clarinette, les cuivres, une trompette & un trombone, sans oublier un brelan de  percussions, bien senties.  La facture même de l'œuvre est un savant mélange de musique, de texte parlé, de danse et de mime. Les protagonistes sont réduits à quatre, un acteur, un récitant, deux danseurs.  Mais l'acteur peut se faire danseur, et ce dernier déclamer.  Tandis que le récitant n'est pas cantonné dans un rôle formel.  Stravinsky assigne aux musiciens un rôle de soliste, pas seulement musical, lui qui professait avoir « toujours eu horreur d'écouter la musique les yeux fermés, sans une part active de l'œil ».

 

©DR

 

 

Ce spectacle de poche, puisé au conte populaire, retrouve, dans la production du théâtre de l'Athénée, l'esprit qui a guidé ses auteurs. La mise en scène de Jean-Christophe Saïs lie intimement tous ses éléments en une rare adéquation : récit et musique se rejoignent, danse et mime ne font qu'un.  Surtout, les musiciens sont intégrés à l'action.  Là où Stravinsky les voit « bien en évidence d'un côté de la scène », la régie pousse l'idée à son point ultime : l'orchestre se fait personnage.  N'est-il pas le multiple du Diable ?  Assurément, car le chef endosse le costume de ce personnage séducteur, dansé à l'origine.  Il se mêle aux autres, le Soldat, le Narrateur, la Princesse, dans un tout fusionnel.  Le spectacle, d'une étonnante fluidité, est d'une vraie légèreté, à l'image du soldat, d'abord funambule sur son trapèze, accroché à un immense ballon blanc, comme en apesanteur.  Il semble ne pouvoir s'en détacher, et plane au-dessus du monde.  Descendu de ce perchoir, pour aller guérir la fille du Roi, il se mêlera aux arabesques de cette énigmatique Princesse, se faisant danseur lui-même.  Le Diable est, à la fois, chef des musiciens et puissant révélateur du destin.  Tous les protagonistes sont, à la fois, d'une consistance réelle et presque immatériels dans leur statut archétypal.  Mathieu Genet, transfuge de la Comédie Française, est un Soldat désarmant de sincérité et de spontanéité.  Il émane même quelque tendresse chez ce jeune homme qui ne chancelle pas dans sa confrontation avec son diabolique partenaire.  Il ne paraît pas ébranlé et saura rebondir. Le Narrateur, Serge Tranvouez, sait trouver les mots justes, pour tracer le Destin, de ces phrases qui reviennent en boucle, et sont souvent frappées au coin de la maxime.  Ainsi : « On ne peut pas être à la fois qui on est et qui on était ».  Laurent Cuniot, le Diable, passe du statut d'acteur à celui de démiurge musical dans une rare solution de continuité.  Il est satanique, certes, mais sans excès, et mène prestement ses musiciens, qui le suivent à la trace ou l'entourent en des groupes suggestifs.  La fraîcheur du jeu de ceux-ci est un sujet d'émerveillement.  La dynamique du spectacle leur doit beaucoup.  Et l'on en apprécie que plus ce qui ressortit au rythme implacable ou malléable, à travers ces marches, couplets, voire un choral imitant Bach.  À ces mirifiques couleurs aussi, qui trouvent leur zénith lors du Petit concert et ses danses travaillées, dans la meilleure veine du Stravinsky des années 20.  La Princesse de Raphaëlle Delaunay, qu'elle a elle-même chorégraphiée, est d'une étonnante lascivité dans son solo, qui peu à peu absorbe les gestes et tout l'être du Soldat.  Un pur moment de théâtre total.   

 

 

Le charismatique Bernard Haitink enflamme le LSO

 

©bruceduffie.com 

 

 

Bernard Haitink, que d'aucuns avaient jadis affublé du sort de passe-muraille, jugé comme trop au pied de la lettre du texte, est aujourd'hui quasi vénéré pour sa direction inspirée.  Plus qu'un kapellmeister stoïque, une sorte de sage, qui nous redécouvre la musique dans ce qu'elle a de fondamental.  Le second des deux concerts de la résidence de printemps du LSO l'aura montré, si il en était encore besoin, car cette vérité est partagée partout en Europe.  Il aura aussi démontré quelle phalange de tout premier ordre est l'orchestre londonien : la plastique sonore atteint une plénitude qui le fait s'aligner aux côtés des plus grands, avec nul doute un plus, la qualité de ses bois.  Haitink avait réuni Purcell, Mozart et Schubert.  De l'auteur de Didon et Énée, la Chaconne à quatre, en sol mineur, est donnée dans une version pour les seules cordes. Elle sonne clair, malgré son contexte de tristesse, proche de la « mourning music », chère au compositeur anglais.  Ses variations à partir du thème d'origine, ou « ground », déploient une extrême noblesse de ton. Le 23e Concerto pour piano, K. 488, de Mozart est joué par Maria João Pires.  À la différence des trois œuvres qui le précèdent, il est d'un caractère intimiste, mélange de joie et de douleur, oscillant entre sourire et larmes.  Simple dans son orchestration, il laisse de côté trompettes et timbales. Il offre une clarté bienfaisante dans son allegro initial, faisant entrer le soliste après une introduction où s'est déjà forgé ce dialogue entre cordes et vents, qui va marquer l'œuvre toute entière.  L'adagio signe un mémorable échange entre piano et orchestre, sur un délicat rythme de sicilienne, que la pianiste portugaise livre avec une touchante simplicité.  L'entrelacs du piano et de la petite harmonie, la flûte en particulier, qui surnage comme aérienne, est un miracle d'équilibre. L'allegro assai final est pris énergiquement par le chef, plein d'optimisme, et le va-et-vient des thèmes semble ne pas devoir s'arrêter, alors que d'imperceptibles modifications en agrémentent le cours. Il y a plus qu'une vraie entente entre Haitink et Pires : le sentiment d'aller à l'essentiel.  Dans une sorte d'idéal de jeu, au-delà de la délicatesse et de l'agilité, comme coulant de source.  Par un travail d'orchestre asservi à une profonde cohérence musicale.  On retrouve, mais à une plus vaste échelle, cette dernière caractéristique dans l'exécution de la Symphonie en ut de Schubert.  Elle jouit d'une célébrité plus proche de l'admiration convenue que du franc enthousiasme, puisque, depuis Schumann, on dit à l'envi qu'elle se complaît dans de « divines longueurs ».  Voire !  Elle est abordée par Haitink avec une telle énergie que le souffle qui l'anime relègue au second plan lesdites longueurs.  Depuis la noble introduction des cors, jusqu'à l'apothéose finale, jamais la pulsation ne vient à faiblir.  L'animation du flux, on la mesure à moult impulsions.  Par exemple, lors de la transition entre les deux premiers sujets de l'allegro initial, où la battue se fait soudain très généreuse, ou lorsque telle reprise est abordée un soupçon plus vite.  De même, l'andante con moto est-il décidé, apportant au cheminement régulier du voyageur une pulsation qui en anime la rêverie.  Le grand climax qui clôt une progression volontaire, et son fabuleux accord fff, laissent interdit :  devant la tension ne se relâchant qu'après un silence, et la rupture étonnante qu'introduisent les pizzicatos des cordes.  L'esprit de la danse aussi n'est pas loin, qui fleurit encore au scherzo, pris justement vivace, d'une extrême vitalité.  Haitink contraste le trio par un geste très mesuré,  paisible, mélange de force et de douceur.  Mais quel bonheur sonore avec de tels bois !  L'immense finale voit perdurer la même ardente pulsion, un souffle incantatoire par moment. La concentration de l'orchestre est palpable, la brillance instrumentale proprement inouïe.  Le dynamisme visionnaire de ces pages pousse jusqu'à la limite de la frénésie.  Sans doute, cet ultime message confié à l'orchestre, avec l'Inachevée, n'était pas destiné à rester le dernier mot de Schubert.  Il annonce, en tout cas, une ère nouvelle.

 

 

Un Trouvère d'une singulière présence à La Monnaie

Giuseppe VERDI : Il Trovatore.  Drame lyrique en quatre parties.  Livret de Salvatore Cammarano & Leone Emanuele Bardare, d'après le drame El Trovador de Antonio Garcia Gutiérrez.  Scott Hendricks, Misha Didyk, Sylvie Brunet, Marina Poplavskaya, Giovanni Furlanetto.  Orchestre symphonique & chœurs de La Monnaie, dir. Marc Minkowski.  Mise en scène : Dmitri Tcherniakov.

 

©Bernd Uhlig

 

 

Et si Le Trouvère, dont on sait l'intrigue incompréhensible, devenait lisible ?  C'est la pari tenté par Dmitri Tcherniakov à La Monnaie. Le metteur en scène russe, connu pour ses lectures radicales, prend les choses à bras le corps : « Il Trovatore sera raconté comme une histoire intime, privée et secrète ».  Cinq personnages, dans un huis clos, au sens propre. Réunis par l'un d'eux, Azucena, pour évoquer, et réinterpréter, une histoire qu'ils ont jadis vécue, et qui les a si profondément marqués.  « La principale force motrice, c'est la découverte progressive du passé grâce aux efforts communs ».  L'opéra de Verdi n'est-il pas centré sur des récits et des souvenirs du passé, confus et embrouillés, primant l'action. Et ne voulait-il pas, à l'origine, l'appeler « Azucena ou la gitane » ?  Dans ce qui est une interprétation-fiction, Tcherniakov assemble ses personnages pour « éclaircir les mystères du passé ».  Et le passé devient présent, le conflit ne résistant pas longtemps à l'analyse de mémoire. Ils sont constamment en scène, participant, même muets, à toutes situations, qu'ils observent ou analysent, qu'ils soient dans la position de simuler, de bluffer, ou de protester. Les rôles secondaires sont évacués, leurs répliques dites par les protagonistes eux-mêmes, et le chœur relégué en coulisses ou dans la fosse.  En fait, l'effort pour remettre de l'ordre est certain, et ce qui passe pour incohérent, prend une allure, sinon de clarté, du moins de vraisemblance. Le concept dramaturgique du lieu unique et de l'intimisme permet un glissement subtil entre jeu de rôles et réalité, comme une mise en abyme entre espace de la représentation et perception qu'en a le spectateur, temps de l'histoire et vécu de celle-ci.  L'entreprise, audacieuse, est facilitée par une direction d'acteurs millimétrée. Un exemple : son premier air, « Tacea la notte placida », et la cabaletta qui suit, Leonora les enlève, ivre de bonheur, face à une Azucena-Inés transportée par l'évocation de ces souvenirs joyeux.  Encore : le récit et l'air du comte de Luna, « Il balen del suo sorriso », fruit d'un amour passion, il les vit comme une torture, alors que les deux amants, Manrico et Leonora s'enlacent à l'arrière-plan.  Le personnage de Luna est peint avec une rare sagacité : loin du traître d'opéra, du banal méchant, mais un homme qui souffre, et perd peu à peu tout jugement. Le fait de se remémorer le passé devient vite tourment du présent, et la froide harmonie qui prévaut dans la maison, au début, bascule dans un effroyable désordre. Le policé sombre dans la violence, au point que Luna tuera Ferrando.  Certes, la médaille a quelques revers : les passages emphatiques sont gommés, théâtralement, tels le chœur des gitans, ou la scène chorale d'envoi au combat, qui clôt la troisième partie.  Mais le gain dramatique est tel qu'on passe sur ces libertés.  Car l'essentiel est préservé, révélé même.  On approche des personnages vrais, non des marionnettes.  On est happé par une énergie théâtrale quasi volcanique qui, à y regarder de près, progresse par des thèmes récurrents, associés à l'idée dramatique : le souvenir obsessionnel de l'immolation de sa mère par Azucena, et sa stratégie calculée de revanche, bien plus prégnante que la soif de vengeance de Luna, impénitent jaloux amoureux, la quête d'identité de Manrico, au cœur de cette sombre trame d'enfant jadis précipité dans les flammes.  « La mémoire est l'avenir du passé », disait Paul Valéry.

 

©Bernd Uhlig

 

 

Face à un tel défi scénique, la pure exhibition vocale, associée à la pièce, a tendance à passer au second plan.  Mais Marc Minkowski est là pour montrer combien l'exécution musicale est déterminante, dans ce qui est aussi un opéra de chef.  Sa vision est nerveuse et extrêmement contrastée, libérant une énergie souvent spectaculaire. Loin de tout décor, l'orchestre se fait personnage. Et celui de La Monnaie offre une brillance bien supérieure à sa prestation dans Les Huguenots, avec le même chef.  La chaleur instrumentale est intense, que Minkowki a renforcée aux altos et violoncelles.  Justice est rendue au travail d'orchestre si minutieux de Verdi, que les recherches récentes ont d'ailleurs fini par réhabiliter.  Ce que le chef définit comme « du bel canto sur le fil », requiert beaucoup des interprètes, confrontés à l'exigence de force et de tension, mais aussi de lyrisme très nuancé.  Sans parler de la tradition qui s'est emparée de l'opéra, du carré d'as vocal, des contre-ut fulgurants demandés au ténor, de l'incroyable ductilité à la soprano, etc.  On reste un peu sur sa faim, question splendeur, chez la Leonora de Marina Poplavskaya, si souvent distribuée dans les productions verdiennes à travers le monde, et qui pourtant peine à maintenir une ligne digne de ce nom, comme dans l'air de l'acte IV, au demeurant chanté intégralement de dos.  Garçon façon blouson doré, le Manrico de Misha Didyk, d'abord décomplexé, est peu à peu pris au piège de l'émotion, et vocalement satisfaisant, nonobstant une émission à la résonance peu italienne.  Le Ferrando de Giovanni Furlanetto est plus clair que de coutume, pour jouer ici l'apaisement, tel un médiateur.  Avec les deux autres, les personnages « bruns », si chers au maître de Busseto, et tant mis en valeur par la présente production, les choses prennent une toute autre allure.  Scott Hendricks, Luna, possède un timbre de baryton de bronze, et un legato enviable.  La composition est d'une théâtralité pointilleuse, celle d'une violence envers tous, qui ne sait plus se contenir.  Sylvie Brunet tient la palme : prestation aristocrate d'une Azucena, autre que la gitane à l'emporte-pièce, prosaïque, qu'on présente si souvent, mais femme de caractère, intelligente, sans doute la seule à savoir les clés du drame, voix de mezzo-contralto impressionnante, dominant le plateau, à l'image d'une régie qui en fait le centre de gravité.

 

 

Retour des Pêcheurs de perles à l'Opéra-Comique

Georges BIZET : Les Pêcheurs de perles.  Opéra en trois actes.  Livret d'Eugène Cormon & Michel Carré.   Sonya Yoncheva, Dmitry Korchak, André Heyboer, Nicolas Testé.  Chœur Accentus.  Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Léo Hussain.  Mise en scène : Yoshi Oida.

 

©Pierre Grosbois

 

 

Bizet n'est pas que l'auteur de Carmen.  Et, peut-être, celle-ci ne serait pas sans cette sympathique œuvre jeunesse, Les Pêcheurs de perles, qui montre déjà le don mélodique du musicien. Inspiré du livre d'un certain Octave Sachot, L'île de Ceylan et ses curiosités naturelles, le livret peut paraître convenu, et ses personnages stéréotypés.  On a puisé dans les clichés des coutumes primitives, celles des pêcheurs risquant leur vie pour un improbable trésor, des lieux inaccessibles, tel le rocher sur lequel la vierge Leila doit prier pour eux.  Des cérémonies religieuses aussi, de l'emprise de la nature encore, et du poids des forces élémentaires, l'orage qui s'empare du climat comme des cœurs, le feu qui embrasera les lieux, facilitant la fuite des amants.  Deux hommes, amis d'enfance, aiment la même femme, une vestale inaccessible, et ont fait serment, au nom de leur amitié, de taire cette passion.  L'un deux succombera.  L'autre pardonnera au nom de la reconnaissance envers la jeune femme, qui lui avait jadis sauvé la vie.  Le conflit devoir-passion, l'affirmation de l'individu face à la communauté, mais aussi la lutte entre générations, les jeunes, les plus anciens, tout cela est ménagé en une construction classique, somme toute.  L'exotisme du sujet, dont a fait des gorges chaudes, agit comme une toile de fond, empruntée à la mode de l'ailleurs, tant prisée au XIXe : un orientalisme coulé dans le moule gallique, plutôt que servile imitation.   Encore que Bizet instille finement quelques mélismes originaux, ornements harmoniques sonnant « oriental », ostinatos, inflexions dans l'instrumentation, traits de harpes, de flûte, de percussions.  Et sait l'évoquer magistralement au fil de l'histoire, à partir du thème de l'amitié, qui scellé dans le duo réunissant Nadir et Zurga, reviendra plus d'une fois, finement.  L'opinion fut pourtant divisée lors de la création, en 1863 : Berlioz estima que l'opéra « contient un nombre considérable de beaux morceaux expressifs pleins de feu et d'un riche coloris ».  Mais Chabrier reprochera à la musique de « manquer de style ou plutôt de les avoir tous ».  Il reste que l'ouvrage est fort agréable, et finalement pas si daté qu'il y paraît.  La nouvelle production de l'Opéra-Comique se distingue par l'excellence de son volet musical. Léo Hussain dirige un orchestre vigoureux, et ne ménage pas la fièvre qui prévaut dans ces pages.  Familier du répertoire lyrique, le Philhar de Radio France connaît sur le bout des doigts rythmes et couleurs.

 

©Pierre Grosbois

 

 

La distribution est intéressante par sa jeunesse et son expérience.  Sonya Yoncheva propose une Leila assurée.  Loin de la femme fragile et mystérieuse, celle-ci est maître d'elle-même et du jeu. Le timbre de cette artiste bulgare n'est pas sans rappeler celui de sa devancière dans le rôle, la roumaine Ileana Cotrubas, voire même la façon vocale d'une Angela Georghiu.  Ces voix, venues d'Europe du centre, ont en elles l'exacte couleur de l'idiome français, et un sens du phrasé, qui les met de plain-pied avec ce type de rôle.  Dmitry Korchak est un Nadir plein de charme, qui ne cherche pas à se mettre en avant.  Son ténor ductile ménage des nuances remarquables, que son parfait français approche de l'idéal.  Le Zurga d’André Heyboer, figure centrale ici, distille puissance inextinguible et souveraine ligne de chant, et la composition, naturelle, offre ceci d'intéressant qu'elle se détache du cliché du baryton entravant l'union nécessaire du couple ténor-soprano.  Nicolas Testé, Nourabad, complète, à la basse, un quintette fort bien achalandé.  Le chœur Accentus, outre une diction exemplaire, apporte à la représentation une aura de spontanéité inattendue.  La mise en scène de Yoshi Oida joue la discrétion et la finesse. Ne cherchant pas à tirer la pièce vers l'orientalisme, précisément, il l'aborde avec la distance qui sied à une interprétation pour le public d'aujourd'hui.  Pas de relecture alambiquée, mais une vision objective, qui fait du personnage de Zurga le centre de l'intrigue : témoin malgré lui, et victime, de l'amour d'un autre, il saura mettre au second plan sa propre passion, son orgueil d'homme blessé, sa haine au premier degré, pour ce qui est un renoncement exemplaire.  Traitées de manière stylisée, façon chœur antique, les interventions chorales sont conçues avec un subtil mouvement.  Cette animation, aussi discrète qu'efficace, assure à des passages clés le rebond nécessaire.  Ainsi de l'air de Nadir, qu'agrémentent les pirouettes de sveltes plongeurs en fond de scène, ou de celui de Leila, qu'accompagne le jeu des pêcheurs jonglant avec leurs paniers en osier.  L'atmosphère demeure toujours limpide, d'une lande aux tons bleutés, agréablement évoquée en un espace ouvert, qui cherche même à repousser les limites du plateau de Favart. 

Jean-Pierre Robert.

 

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Le Festival d'Ambronay et ses « métamorphoses »

 

 

 

Pour sa 33e édition, le festival d'Ambronay place sa programmation sous le thème des « métamorphoses ».  Déclinées de diverses manières.  En questionnant les musiques, leurs multiples facettes, à partir du baroque, pour explorer bien au-delà.  Ainsi de concerts centrés sur l'idée de variations : « Amour & Folie », illustrés par Patricia Petibon, accompagnée de l'ensemble Amarillis (22/9), par exemple, ou les héroïnes d'Ovide, célébrées par Roberta Invernizzi, l' Accademia bizantina et Ottavio Dantone (27/9).  L'interrogation peut porter sur la notion de transformation. Il en va ainsi d'une soirée de variations sur les Variations Goldberg de Bach (15/9), et d'une journée du « Clavier métamorphosé » (23/09), autrement dit le clavier dans tous ses états, clavecin, pianoforte et piano moderne.  En matière d'interprétation aussi, qui se vit en constante évolution, avec une nouvelle lecture des dernières symphonies de Schubert, due à Marc Minkowski (16/9), ou du Requiem de Mozart que Leonardo García Alarcón veut détacher de Süssmayr, pour revenir aux sources (29/9).  Dans la forme même du concert enfin, en imaginant d'autres relations avec le public, plus disposé, eu égard à la beauté du lieu et à sa situation non citadine, à explorer de nouvelles expériences.  Bien sûr, les grands noms du baroque seront là, comme la Petite Bande des Kuijken dans un programme Bach avec le claveciniste Benjamin Allard (21/9), William Christie et ses Arts Florissants, pour les « Histoires sacrées » de Charpentier (5/10), Jérémie Rhorer et le Cercle de l'Harmonie, le Chœur Arsys de Bourgogne.  Comme les solistes Nathalie Stutzmann et son ensemble Orfeo 55 (6/10), ou Max Emmanuel Cencic et le Concerto Köln (7/10) ; mais aussi de jeunes solistes et ensembles, que le festival se plaît à projeter dans la lumière.  De nouveaux textes seront explorés, dont un Nabucco (1683) de Michelangelo Falvetti (14/9), ou L'Ippolito (1752) du portugais Francisco António d'Almeida, d'après la tragédie de Racine (20/9).  Et des nouvelles musiques, puisqu'aussi bien l'évolution des dernières années n'oppose plus baroque et moderne, mais s'attache à une synthèse.  Ambronay, à la pointe de l'innovation et de la recherche, à travers les divers aspects de ce qui est avant tout un centre culturel, n'en finit pas de scruter l'horizon musical.  Et le festival d'été, pour en être le phare, n'est qu'une de ses facettes.  

Comme d'usage bien établi, le festival se déroulera sur quatre week-ends, du 14 septembre au 7 octobre.  Les concerts du soir, précédés de « mise en oreilles », auront vu, au long de la journée, se succéder « carte blanche aux jeunes ensembles », « déambulation musicale », atelier de découverte, de fado en particulier, ou autre « scène amateurs en plein air ». L'académie baroque européenne d'Ambronay, qui comprend depuis 2010, des résidences de jeunes ensembles, abordera cette année, et pour la première fois, Rossini et sa Cambiale di matrimonio, opéra de jeunesse, composé en 1810.  Ses musiciens ont été recrutés en partenariat avec le Festival d'Aix-en-Provence. 

 

©Jérémie Kerling

 

 

À noter qu'Ambronay mène une action culturelle essentielle, proposant durant l'année, diverses activités destinées aux publics scolaires, jeunes publics et familles, jeunes professionnels, étudiants et formateurs.  Une convention de jumelage a été passée avec l'Inspection académique de l'Ain et le Rectorat de l'Académie de Lyon. Le partenariat avec les conservatoires s'inscrit dans le réseau des conservatoires européens.

 

Renseignements et location : Festival d'Ambronay. Week-ends du 14 au 16 septembre, 19 au 23 septembre, 27 au 30 septembre, et 3 au 7 octobre 2012. Tarifs de 10 à 65 €. Divers tarifs réduits sont proposés, ainsi qu'un Pass « Métamorphoses du clavier ».  Centre culturel de rencontre d'Ambronay, place de l'Abbaye, 01500 Ambronay. Tél. : 04 74 38 74 04. contact@ambronay.org

 

 

Saison 2012/2013 de la Péniche Opéra

 

©DR

 

 

La Péniche Opéra se vit boulimique pour la saison 2012-2013, celle de son 30e anniversaire, qui multiplie les spectacles, mais aussi les lieux : canaux et routes de France, Opéras d'Avignon, Reims, Limoges et Rouen, et à Paris un nouveau site : l'Espace Pierre Cardin, venant complémenter le vaisseau amiral, amarré quai de la Loire.

Plusieurs productions verront le jour : « Les maîtres de chapelle », réunissant ceux composés par Telemann, Cimarosa et Paër, mis en scène par Alain Paties, assisté de Francesca Bonato, avec l'ensemble Carpe Diem (11, 12 et 13 octobre).  Puis Hänsel et Gretel de Humperdinck, les 9 novembre à Meaux, 17 novembre à Fontainebleau, 16 et 17 décembre à Vitry, 22, 23, 29 et 30 décembre, à l'Espace Pierre Cardin.  Enfin, Le peintre amoureux de son modèle, opéra-découverte d'Egide Duny, les 24, 25 et 26 mai.  On reprendra, vu le succès, Rita, elle est pas belle la vie ? de Donizetti, du 18 janvier au 31 mars, tous les vendredis, samedis et dimanches.

Trois anniversaires vont rythmer la saison : Celui des 30 ans d'activité de la compagnie, le 29 novembre, dans le cadre du festival « Les nuits des musiciens ».  Christophe Crapez assurant la direction musicale, et Alain Patiès la mise en scène.  Puis celui de Poulenc les 10, 11, 12 janvier 2013, avec les Amis de Francis Poulenc.  Et enfin celui de Britten, le 20 avril, réunissant Salomé Haller et Christophe Crapez, accompagnés par Nicolas Krüger.   Trois « coups de cœur » encore : Dominique Visse et son ensemble de jazz-rock, « 17 sous tension » (26 au 31 décembre), Le C' pop, chœur amateur de la Péniche Opéra (22, 23, 24 novembre), et Dorothée Lorthiois pour des contes et légendes autour de Hänsel et Gretel (9 décembre).  Trois « De bouches à bouches » déclineront la thématique de la bouffe, de la bouche, du baiser, de la boulimie, de l'ivresse, dans un spectacle conçu sur le modèle, qui a fait recette, de « À Corps et à Cris », les 14 janvier, 18 février, 8 avril, le programme, inédit, variant chaque fois.  Enfin, un « lundi de la contemporaine », est prévu autour du britannique Finzi, avec le Quatuor Helios, le 19 novembre.

 

Renseignements et location : Péniche Opéra - 46, quai de la Loire, Paris XIXe.  Tél. : 01 53 35 07 77.  www.penicheopera.com ou penicheopera@hotmail.com  

 

 

Le Costume à l'Opéra se met en scène

 

©Julien Benhamou/OnP

 

 

Une exposition est consacrée aux costumes du XXe siècle à l'Opéra de Paris.  La passion pour le costume de théâtre remonte à loin, et le XIXe l'avait déjà portée haut.  Mais c'est le directorat de Jacques Rouché (1914-1945) qui va en marquer l'apogée, avec l'arrivée des peintres dans les ateliers, Léon Bakst, Fernand Léger ou Giorgio de Chirico. Le costume s'assigne une fonction qui, au-delà de la mise en valeur du chanteur ou du danseur, est de s'inscrire dans la vision scénographique du spectacle.  L'École de Paris, avec Chapelain-Midy, Wakhevitch, Carzou, et bien sûr Lila de Nobili, va marquer d'une empreinte essentielle la scène parisienne. On pense à la Carmen de cette dernière.  Dans les années 1960, ce sont les stylistes qui entrent en scène, Yves Saint-Laurent, puis Kenzo et bientôt Christian Lacroix. Cette exposition retrace cette fabuleuse histoire d'étoffes, qui a toujours été le miroir de son époque. Quelque 150 maquettes, photo, costumes et accessoires l'illustrent au Palais Garnier.

 

L'étoffe dans la modernité, costumes du XXe siècle à l'Opéra de Paris.  Bibliothèque-Musée de l'Opéra, Palais Garnier, du 19 juin au 30 septembre 2012, de 10h00 à 17h00.  Entrée angle des rues Scribe et Auber, Paris IXe.  Tarif : 9 €, tarif réduit : 6 €.  Catalogue : 20 €.

 

 

« Musique en l'Île » : orgue et chœurs à foison 

 

©DR

 

 

Pour sa 24e saison, le festival « Musique en l'Île » livre des soirées plurielles.  L'orgue y tient, bien sûr, une large part, avec en particulier une trilogie emmenée par Thierry Escaich, début juillet : le 3, à Saint-Étienne-du-Mont, pour le Requiem de Duruflé, lieu oblige, le 5, à Saint-Sulpice, où l'on donnera la Messe à deux orgues de Widor, et les 7 et 8, à La Madeleine, pour le Requiem de Fauré.  Le célèbre organiste exécutera aussi des pièces de Messiaen, Langlais ou Dupré, et se livrera peut-être encore à des improvisations.  Le festival se poursuit tout l'été, dans les belles églises parisiennes.  Avec, entre autres, des soirées autour de chœurs de la Russie éternelle, venus de Saint-Pétersbourg, les 24 et 29 juillet, 10 et 12 août, et le 2 septembre, alternativement à Saint-Germain-des-Prés et à Saint-Louis-en-l'Île. Ou de formations chorales débarquées d'outre-Manche, ceux du King's College de Londres, le 3 août, et les Oxford Voices, le 21 août.  L'assistance à ces concerts est libre.

 

Renseignements : www.latoisondart.com/paris.html

Jean-Pierre Robert.

 

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FORMATION MUSICALE

Nathalie MARKARIAN et Sylvie VILLEMIN : Cap sur la musique.  Cours complet de Formation musicale. 1er cycle : volume 2. Lemoine : 28 999 H.L.

Après un premier volume dont nous avons rendu compte en mars/avril 2006, voici donc le deuxième volume de cette méthode. On en appréciera le côté éminemment pratique. Lecture de notes, lecture de rythmes, intonation, écoute, découverte du répertoire, théorie, contrôle des connaissances : tout se trouve dans chaque leçon.  Mais cela ne dispensera pas le professeur de « nourrir » ces dix leçons bien charpentées et très agréablement présentées.

 

 

 

Sophie ALLERME-LONDOS : Des notes et des couleurs.  1 vol. CD. Lemoine : 29034 H.L.

Voici une entreprise intéressante et trop peu souvent tentée : une initiation pratique aux rudiments de l’harmonie, basée sur un travail d’oreille et aidée par un CD. La réussite est certaine. Mais il faudra étoffer le propos des auteurs par de nombreux jeux musicaux dans le prolongement de ceux proposés.  Cela n’enlève rien au mérite de cet ouvrage qui pourra servir de support à bien des découvertes qui feront que nos instrumentistes seront aussi des musiciens.

 

 

 

Christian BELLEGARDE : Au fil de l’écriture. 70 textes en 3 recueils des accords de 3 sons aux styles d’auteurs. 1er recueil : 26 textes d’harmonie. Basses et chants donnés. 1 vol. de textes, 1 vol. de réalisations.  Billaudot : G 9302 B.

L’avantage de ces textes par rapport aux textes « classiques » est notamment la variété des formations proposées : quatuor vocal, quatuor à cordes, piano, instrument et piano qui mettent l’élève en situations réelles d’écriture. Textes et réalisations sont intéressants et stimulants pour développer le sens musical et l’oreille de ceux qui les utiliseront.

 

 

 

 

Jean-Jacques METZ : Urbain’s band book.  La pratique orchestrale à l’école. Volume 1. Billaudot. Livre de l’enseignant : G 9159 B.  Livre de l’élève : G 9160 B.

Nés de l’initiative du conservatoire et de la mairie de Nantes qui, en 2000, initient la création d’une « fanfare urbaine », ces livres sont, comme le dit l’auteur, « l’écrit d’une transmission orale ». Bien loin de refuser l’écrit, ce travail y conduit tout naturellement. Éminemment pratique, il propose tous les instruments nécessaires à la réalisation.  Il faudra compléter ces deux recueils par dix posters indispensables à la mise en œuvre. Il est difficile d’en dire plus sans avoir vécu soi-même l’expérience, mais il s’agit d’une aventure passionnante et pleine de promesses.

 

 

 

 

PIANO

Claude PASCAL : À portée de mains.  Six pièces assez faciles pour piano.  Sempre più : SP0010.

Chacun des titres de ces courtes pièces permettront au jeune pianiste de se faire une image mentale et de raconter en quelques secondes toute une petite histoire. Grasse matinée, Câlin du soir, Foot-ball : autant d’ambiances évocatrices qui permettent, sur des morceaux techniquement faciles, de procéder à tout un travail de recherche de timbre et d’ambiance. Pour faciles qu’elles soient, ces pièces sont donc loin de manquer d’intérêt.

 

 

 

SATIE : Ogives-Gymnopédies. « Pianistic Milestones ». Bärenreiter Urtext : BA 10806.

On peut effectivement considérer que ces pièces de Satie constituent des jalons dans l’histoire de la musique moderne. Les Ogives sont certes moins connues que les Gymnopédies, mais ne sont pas moins importantes que ces dernières par leur influence sur les compositeurs français de l’époque. Si on est germanophone ou anglophone, on appréciera l’importante préface ainsi que les abondantes notes pour l’interprétation. On regrettera seulement que, pour un compositeur français, l’éditeur ne nous en ait pas donné, comme il le fait souvent, une traduction française.

 

 

 

André DELCAMBRE : Dompteur de tigrespour piano.  Préparatoire. Lafitan : P.L.2406.

Cette charmante pièce exercera l’interprète à dompter les rythmes syncopés présents tant à la main gauche qu’à la main droite. La mélodie se partage d’ailleurs équitablement entre les deux mains…

 

 

 

Arletta ELSAYARY : Le piano côté… cours.  Cinq pièces originales pour pianiste débutant. Lafitan : P.L. 2405 -1 à 5.

C’est toujours avec un grand plaisir qu’on retrouve les compositions d’Arletta Elsayary, toujours remarquablement écrites et pleines d’humour. C’est encore le cas ici, où l’auteur explore les différents « cours » que suivent nos élèves : cours de… piano, bien sûr, mais aussi de danse, d’équitation, de judo et même de langue arabe… Le tout en glissant dans chaque pièce une difficulté caractéristique mais tout à fait en situation.

 

 

 

Alexandre THEODOULIDES : Intermède  pour piano.  Élémentaire. Lafitan : P.L.2338.

Cette pièce attachante commence dolce et joue d’abord sur les résonances : les indications très précises de pédale en sont la preuve. Mais le discours se complique peu à peu dans des gerbes sonores de plus en plus complexes et un mouvement de plus en plus rapide. Cela demandera à l’interprète à la fois technique et sensibilité.

 

 

 

Jean-Michel TROTOUX : J’ai le sentiment…  pour piano. Préparatoire. Lafitan : P.L.2403.

Que voilà un joli sentiment ! Écrite en bonne partie dans une tonalité vague de sol mineur, cette valse mélancolique flotte en quelque sorte sur des harmonies délicates et un peu évanescentes qui lui donne beaucoup de charme tout en créant un certain malaise… bien agréable !

 

 

 

Antonin SERVIERE : Bagatelle sans altérité  pour piano.  Delatour : DLT1021.

Il est difficile d’en dire autre chose que l’auteur : « Exorde, narration, digression, péroraison... Tentative de recréation. "La disposition rhétorique classique". Un hommage à Ludwig, aussi. La Bagatelle pour clavier. Mais point de futilité : le Vrai ! L'œuvre est composée de manière compulsive, narrative.  Implacable logique, Du travail motivique, Du reste, D'isotopies sémantiques. Figurations dérivées, Rendre les gestes empruntés, Contourner l'altérité. »  Cette œuvre difficile est donc à découvrir.

 

 

 

Gérard HILPIPRE : Winter Music.  Poème pour piano.  Delatour : DLT0832.

On connait le côté quasi mystique des œuvres de Gérard Hilpipre. Cette pièce en est un nouvel exemple, qui déroule ses harmonies délicates et mystérieuses sous le patronage de Shelley : « If Winter come scan Spring be for behind ? » (Si l’hiver arrive, le printemps peut-il être loin derrière ?).  Les couleurs sonores sont à rechercher plus que tout. Les indications de l’auteur y aident d’ailleurs avec efficacité.

 

 

 

GUITARE

Bruno GINER : Tiempo de saeta.  Octuor de guitares (1er cycle).  Dhalmann : FD0354.

Si elle n’est pas techniquement difficile, cette œuvre demandera à être présentée pour que les interprètes en saisissent l’esprit.  Rappelons qu’une « saeta » est une courte chanson à caractère religieux qui intervient spontanément dans une procession.  C’est bien de cela dont il s’agit ici. Il y a donc toute une ambiance à créer, essentiellement rythmique, scandée à certains moments par de courtes mélodies.

 

 

 

Auteurs divers : Brasil.  Pièces pour 1 ou 2 guitares recueillies par Patrick Guillem. Delatour : DLT1257.

Ces pièces, de niveau assez difficile à difficile sont empruntées essentiellement à l’univers de la musique brésilienne : le choix des compositeurs confère malgré cela à ce recueil une grande diversité.

 

 

 

Auteurs divers : Autour de la Valse.  Pièces pour 1 à 4 guitares recueillies par Patrick Guillem.  Delatour : DLT1256.

De niveau assez facile à difficile, ce recueil va, par le choix très varié des auteurs, de la valse classique à la valse contemporaine en passant par le jazz et la valse musette… Il est toujours intéressant de pouvoir orienter une classe dans ses différents niveaux en lui fournissant un thème fédérateur. Ce pourra être l’un des objectifs de ce recueil.

 

 

 

Bruno GINER : Tiempo de vientos.  Quatuor de guitares (2e cycle). Dhalmann : FD0355.

C’est la deuxième pièce du cycle dont fait partie l’œuvre précédente. La pièce superpose des couches rythmiques différenciées inspirées à l’auteur par les différents vents qui balayent régulièrement la Catalogne.  Il faudra donc que les interprètes fassent preuve d’imagination et de sensibilité pour restituer ces vents aux caractères aussi affirmés que différents.

 

 

 

Alain VÉRITÉ : Play Jazz.  8 pièces pour guitare.  Lemoine : 28999 H.L.

Allant de la quatrième année à la septième année de guitare, ces pièces comportent, comme le précise l’auteur, « du swing (beaucoup), de vraies mélodies, des harmonies inspirées par la pratique assidue des « standards », une diversité de tempos et d’ambiances, et, au passage, des suggestions pour traduire dans les « gestes » certains des aspects propres à « l’esprit » du jazz ».  Disons simplement que le contenu du recueil est absolument fidèle à ce programme et qu’il devrait permettre un véritable « pont » entre le guitariste « classique » et le guitariste de jazz… Ajoutons que l’ouvrage contient de très judicieux conseils pédagogiques et de mise en œuvre.

 

 

 

ACCORDÉON

Jean-Michel TROTOUX : 2 = 1 + 1.  Pièce pour accordéon.  Débutant.  Lafitan : P.L.2418.

Outre que la pièce est à deux temps, le titre s’explique par la dédicace : « à mes jumeaux Bleuenn et Maël » ! Cette petite promenade sur les degrés I, IV et V est pleine de bonhomie et aidera l’interprète à structurer son oreille harmonique.

 

 

 

VIOLON

Gilles MARTIN : Maestro violino !  pour violon et piano.  1re et 3e positions.  Fin de 1er cycle. Lafitan : P.L.2388.

Cette valse allègre et tonique écrite dans un sol majeur de bon aloi module sagement tout en permettant au jeune violoniste de montrer ses talents de futur virtuose. Assez curieusement, on sent dans l’introduction comme une réminiscence de bourrée… ce qui ne nuit nullement au charme de cette pièce. La partie de piano est facilement abordable par un élève de niveau moyen.

 

 

 

François BOCQUELET : Oasis  pour violon et piano.  Préparatoire.  Lafitan : P.L.2456.

Pourquoi Oasis ? Peut-être à cause du charme rafraichissant de la mélodie ou de quelques chromatismes… Toujours est-il que cette très jolie pièce est pleine d’intérêt par les qualités de justesse, de phrasé et d’expressivité qu’elle exige de l’interprète. On remarquera aussi la marche harmonique descendante de la deuxième page, répétée deux fois, mais variée la deuxième fois par un accompagnement de piano en mouvement contraire. Ce pourra être l’occasion d’une séance d’analyse « sur le tas »… Là encore, la partie de piano peut être interprétée facilement par un élève.

 

 

 

ALTO

Claude-Henry JOUBERT : Variations sur « Au près de ma blonde »  pour alto avec accompagnement de piano.  Sempre più : SP0005.

En variant pour son instrument de prédilection cette vieille chanson française écrite par son homonyme (et, pourquoi pas, ancêtre !) André Joubert du Collet en 1704, Claude-Henry Joubert nous offre une œuvre bien agréable.  Construite selon les canons traditionnels de la variation française (double, triple, etc.) et comportant également la traditionnelle variation au ton homonyme (lui aussi !) mineur, elle se termine par un dialogue entre les deux instrumentistes suivi d’un baroud d’honneur « più vivo » bien réjouissant.

 

 

 

VIOLONCELLE

Éric FISCHER : La ligne de partage du jour.  Violoncelle seul. Dhalmann : FD0342.

Éric Fisher a composé pour toutes sortes d’instruments et d’ensembles. Cette œuvre pour violoncelle seul, écrite dans un langage contemporain, allie timbres et techniques de jeu pour créer une ambiance sonore tout à fait intéressante. Inutile de préciser qu’il ne s’agit pas d’une œuvre pour débutant…

 

 

 

Gérard HILPIPRE : Trois petites pièces  pour violoncelle et piano.  Delatour : DLT0713.

Très concentrée (trois pièces pour une durée d’à peine cinq minutes), cette œuvre comporte donc trois tableaux très caractérisés. Passant d’un « Prestissimo misterioso » quasi impalpable à un « Tempo molto moderato » dans lequel s’intercale un très bref passage « molto accelerando » réservé au piano sur une longue pédale de violoncelle pour terminer par un « Adagissimo » méditatif, cette véritable « Suite » se conclut dans un calme à la fois méditatif et énigmatique.

 

 

 

HAUTBOIS

Pascal PROUST : Pluie d’été  pour hautbois et piano.  Sempre più : SP0009.

On peut espérer que lorsque cette recension paraîtra, le titre sera moins d’actualité… Une première partie, rêveuse, mais sans mélancolie, précède un allegretto à trois temps dansant comme les gouttes et les gouttelettes.  Il faudra respecter scrupuleusement le phrasé qui donne à cette pièce tout son caractère.

 

 

TROMPETTE

Jérôme NAULAIS : L’échappée belle  pour trompette en ut ou sib (ou cornet) et piano. Sempre più : SP0007.

Deux parties se répondent, permettant d’explorer deux registres de l’instrument : une dans le grave, en sib majeur construite sur un joli thème très mélodieux, et l’autre en mib majeur, reprenant à la quarte supérieure ce même thème pour de nouvelles gracieuses arabesques. Il s’agit d’une pièce fort agréable qui fera ressortir les qualités musicales des interprètes.

 

 

 

TROMBONE

Jérôme NAULAIS : Court métrage  pour trombone et piano. Sempre più : SP0006.

Pourquoi « Court métrage » ? Sans doute parce que cette courte pièce est composée de séquences également courtes et de styles très variés qui font penser à de la musique de film décrivant les ambiances de plans contrastés et assez courts. On pourrait suggérer aux interprètes de se faire, dans la tête, un « cinéma » pour mieux correspondre à l’esprit de cette pièce. Il y a certainement beaucoup de plaisir à prendre à cette interprétation.

 

 

 

Jérôme NAULAIS : 10 petites pièces variées  pour trombone. Sempre più : SP0008.

Précisons qu’il s’agit de pièces pour trombone solo.  Jérôme Naulais a su faire de ces dix petites pièces dix petits tableaux contrastés allant de la marche à la rêverie nostalgique. Si elles peuvent évidemment se jouer séparément, elles constituent également un ensemble plein de charme autant que de variété (comme le titre l’indique fort justement).

 

 

 

COR

Pascal PROUST : Primavera  pour cor et piano.  Sempre più : SP0004.

Cette œuvre est le morceau imposé du Concours national de l’Association française du cor, à Saint-Étienne, pour octobre 2012.  Une première partie, en forme de habanera, à la fois un peu mélancolique et très chantante est suivie d’une mini-cadence qui sert d’introduction à un Allegro moderato sous-tendu par un rythme d’anapeste. À la fois vigoureux et expressif, il développe dans un la mineur tout à fait classique une mélodie pleine de charme et de finesse.

 

 

 

PERCUSSIONS

Régis FAMELART : Capalès.  Concert’Opéra pour piano et percussion d’après Carmen de Georges Bizet pour la fin du cycle 1. Dhalmann : FD0373.

Voici une œuvre bien réjouissante qui s’inscrit dans la lignée des nombreuses « fantaisies » sur des thèmes d’opéra pour divers instruments qui ont fait florès au XIXe siècle. On la voit bien terminer brillamment une audition d’élèves. Bref, souhaitons beaucoup de plaisir aux interprètes et à leurs auditeurs !

 

 

 

Christian HAMOUY, Paul MINDY : Hamy.  Ensemble pour marimba et percussions traditionnelles.  Dhalmann : FD0275.

De difficulté moyenne, cette œuvre en quatre parties est tout à fait originale en ce qu’elle veut permettre des passerelles entre les classes de percussions classiques et celles de percussions traditionnelles. Les auteurs, issus eux-mêmes de ces deux traditions, présentent la manière d’interpréter ces pièces. Ils donnent ce conseil très judicieux qui résume bien leur propos : « Il est recommandé d’explorer auparavant ces instruments qui peuvent paraître rudimentaires mais qui nécessitent un certain goût et pourraient développer une certaine esthétique sonore et musicale afin de donner l’impression de l’eau qui coule, de vagues qui s’échouent sur la plage et de vent qui pousse des feuilles sur le sol ou dans les arbres… ».

 

 

 

CHŒURS

CALDARA : Stabat mater.  Bärenreiter. Conducteur : BA 8955.  Partition de chœur avec réduction de piano : BA 8955-90.

Ce Stabat mater est écrit pour cordes, orgue, deux trombones et orgue. Le matériel est également disponible à la vente. On appréciera, comme d’habitude, la clarté et la lisibilité de l’ensemble ainsi que le sérieux de la révision.

 

 

 

 

BACH : Chorsätze aus dem Weihnachts-Oratorium BWV 248.   Parties I à III arrangées pour chœur et orgue. Bärenreiter : BA 7525.

Il ne fait nul doute que les chorales apprécieront ces chœurs et chorals extraits de l’Oratorio de Noël accompagnés seulement à l’orgue. Cet accompagnement, réalisé par Holger Gehring demande un instrument à deux claviers et pédalier. Il s’agit non d’une simple réduction mais d’une véritable transcription qui permettra d’interpréter ces extraits sans en trahir l’esprit.

  

 

 

MUSIQUE D’ENSEMBLE

Charles BALAYER : I remember  pour hautbois et flûte solo, harpe, 3 cors et orchestre à cordes.  Delatour : DLT0487.

Cette pièce a été composée en 1997 à la mémoire de Jean Doz, flûtiste et directeur du Conservatoire de Brive.  Tout au long de l’œuvre, la harpe égrène ses arpèges qui soutiennent la mélodie exposée d’abord au hautbois puis reprise par la flûte pour aboutir à un dialogue final des deux instruments solistes tandis que les cordes forment une nappe sonore.  Le thème, d’abord modal, s’épanouit ensuite en la majeur. Est-ce une impression ou la tête de ce thème est-elle une réminiscence de l’« In Paradisum » de l’Office des défunts ? Quoiqu’il en soit, c’est de la fort belle musique.

 

Daniel Blackstone.

 

 

ÉDUCATION MUSICALE

Johan GUITON  & Hervé MAGNAN : Musiques plurielles.  « Crescendo », Gérard Billaudot (www.billaudot.com).  21 x 29,5 cm, 50 p., ill. n&b et couleurs, tableaux, ex. mus. 

Il s’agit là d’un « Cours complet d’Éducation musicale » qui, au fil des parutions, s’adressera aux classes de 6e, 5e, 4e et 3e.  Le « parcours de formation » du présent volume (niveau 6e, livre de l’élève) propose : Musique et arts du spectacle vivant / Musique, intention et mémoire / Musique et société contemporaine / Musique, interprétation et recréation / Musique et arts du langage / Musique, fonctions et circonstances / Frise chronologique / Planisphère.  Un tout nouvel et fort éclairant itinéraire !

 

 

 

ÉCRITURE MUSICALE

Christian BELLEGARDE : Au fil de l’écriture.  70 textes en 3 recueils (des accords de 3 sons aux styles d’auteurs). Textes & réalisations. Gérard Billaudot (www.billaudot.com).  23 x 31 cm, 30 p. 

Dans ce premier recueil (comportant 2 fascicules : textes & réalisations) sont rassemblés 26 textes d’harmonie - basses et chants donnés.  Pour diverses formations : Quatuor vocal, quatuor à cordes, piano seul...  Privilégiant écoute intérieure et musicalité.

 

     

 

 

PIANO

Aline SANS : Objectif piano.  Nouvelle édition revue & coloriée (+ CD).  Hit Diffusion (www.editions-hit-diffusion.fr).   112 p.

Fruit de l’expérience pédagogique de l’auteur (http://alinesans.com), cette méthode pour débutants offre un parcours global, à la fois précis et ludique : 99 morceaux, célèbres ou à découvrir (à 2 ou 4 mains) jalonnent le parcours – dans une mise en page aérée, en couleurs et richement illustrée. Le CD propose la version audio de tous les morceaux du recueil (classiques, traditionnels, jazz, pop, musiques du monde).

 

 

 

MUSIQUES D’ENSEMBLE

Éric PÉNICAUD : Thème, variations et carillon.  Version concertante, pour ensemble de guitares.  Éditions d’Oz (www.productionsdoz.com) : DZ 1667. 

Résolument contemporaine, cette œuvre (d’une durée d’environ 6’00) fait concerter un soliste de niveau avancé & trois guitaristes de niveau moyen - ensemble ponctué de percussions, éventuellement assurées par le professeur.  Signalons que le carillon final autorise l’aléatoire, « jusqu’à devenir un joyeux désordre au point culminant ».

 

 

 

Éric PÉNICAUD : Jubilatio,  pour violon & guitare. Durand (www.durand-salabert-eschig.com) : DF 15915.

Très « virtuose » - comme souvent chez Éric Pénicaud –, cette pièce (de quelque 5’30) mêle la plus extrême précision agogique à des séquences librement improvisées, rythmes ad libitum.

 

Francis Gérimont.

 

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Véronique DOMINGUEZ (trad.) : Le Jeu d’Adam.  Paris, Honoré Champion, « Champion Classiques », 2012, 368 p.  13,50 €.

Conservé à la Bibliothèque municipale de Tours (cote 927), le Jeu d’Adam peut être considéré comme le premier drame religieux en langue vernaculaire avec des chants latins. Nécessitant des mises en scène et des décors différents, au temps de l’Avent et de Noël, il était représenté devant le parvis des églises. L’idée directrice en est la culpabilité, c’est-à-dire le péché d’Adam. Cette édition est accompagnée de la traduction en français moderne, de nombreuses annotations, de commentaires explicatifs, d’indications relatives au jeu, d’analyses (rimes et mètres) complétant le sens du texte.  Elle fera aussi mieux comprendre les mystères de la composition du texte médiéval.  Le manuscrit groupe deux Ordines avec dialogue en anglo-normand entre Adam et Figura (la Figure), ainsi que des descriptions, conseils et réparties. Les littéraires seront intéressés par l’évolution de la langue, mais aussi par des analyses (rimes et mètres) ; les spécialistes du théâtre, par des indications à propos de la technique scénique ; enfin, les musicologues & hymnologues, par les répons chantés par le chœur  (cf. indications : chorus cantet). Ce Jeu marque la transition entre le drame liturgique latin et le drame semi-liturgique. Il appartient au patrimoine littéraire et liturgique médiéval. Cette nouvelle édition bilingue de Véronique Dominguez fera référence.

 

 

 

Bernard BANOUN, Lenka STRANSKA, Jean-Jacques VELLY : Leoš Janáček. Création et culture européenne.  « L’Univers musical », Paris, L’Harmattan (www.librairieharmattan.com), 2011, 296 p. 31 €.

Ce volume reproduit les Actes du Colloque international (Paris-Sorbonne, 3-5 avril 2008), organisé par des Équipes de recherche « Patrimoines et Langages musicaux » (Paris-Sorbonne) et « Histoire des représentations » (Université François-Rabelais, Tours).  Le dénominateur commun « Création et culture européenne » est, selon la formule de l’ambassadeur de la République tchèque à Paris, Pavel Fischer : « Leoš Janáček, ou le trait d’union entre la culture tchèque et la culture française ». En effet, ce compositeur (né en 1854 et mort en1928) occupe une place importante dans l’histoire de la musique tchèque, puis européenne, mais ce n’est qu’à partir de 1916, avec son opéra Jenůfa, qu’il attire l’attention de la sphère musicale internationale. La première partie : « Territoires de Janáček » le situe à la fois dans l’histoire, l’espace et le contexte idéologique, et aborde la réception de son œuvre en Allemagne. La seconde partie, intitulée : « La pensée compositionnelle », présente ses écrits littéraires et théoriques, les processus compositionnels avec notamment les « interactions entre son, image, texte et geste dans le processus de création » ; les problèmes de timbre, de métaphore et d’orchestration. Ces Actes trilingues publiés par des enseignants Paris-Sorbonne comportant des contributions d’une vingtaine de musicologues français et étrangers, montrent comment Janáček, d’abord marqué par le régionalisme et la tradition, s’imposera sur le plan international où il deviendra  « le représentant d’une avant-garde européenne ».

 

 

 

Manfred Hermann SCHMID : Notationskunde. Schrift und Komposition 900-1900.  Kassel, Bâle, Londres…  « Bärenreiter Studien Musik, n°18 » Bärenreiter.  2012, 298 p.  29,95 €.

Par rapport aux manuels traditionnels déjà anciens de Johannes Wolf et de Willi Apel, cet ouvrage a le mérite de faire le point du dernier état de la question, d’élargir l’histoire de la notation jusqu’en 1900 et d’aborder également la paléographie non musicale et l’écriture.  Il est en même temps une initiation à la musique antique, à la théorie médiévale, à la conception des partitions de Monteverdi jusqu’à Wagner.  La musique monodique s’est longtemps transmise oralement, jusqu’au moment où le répertoire devenu plus complexe était difficile à retenir par cœur.  L’apprenti paléographe trouvera un guide sûr à travers tous les types de notations : dasiane, syllabique, neumatique, avec lignes, lettres, puis notes…  De nombreux extraits musicaux proviennent de manuscrits bien connus : pour l’Ars Antiqua : Winchester Tropar, Bamberg (Paris), Las Huelgas… ;  pour l’Ars Nova, manuscrits de Machaut et de Vitry (Codex Ivrea) De très utiles indications bibliographiques raisonnées par chapitre rendront service.  Au fil des pages, les musicologues trouveront des précisions relatives à la notation et sa terminologie latine ; aux durées (relatives), aux figures de notes, silences et ligatures, à l’utilisation du color (rouge), puis à la mesure.  Ils apprendront à restituer des textes anciens en notation moderne, à mettre en partition des motets à 3 et 4 voix depuis le XIIIe siècle.  Ils comprendront la théorie de la notation franconienne (durées des notes, prolations, principes de perfection, d’imperfection et d’altération), le passage de la notation noire à la notation blanche, l’indication du tempo, les principes des tablatures de luth allemandes, françaises et italiennes.  Un chapitre aborde l’évolution de la pensée polyphonique et les partitions correspondantes. À noter également : les devoirs (« Aufgaben ») : transcriptions et questions judicieusement posées (pourquoi la noire est-elle appelée crotchet en anglais ?) (voir : www.baerenreiter.com).  À tous points de vue, ce livre pratique, facilitant la compréhension, la restitution et l’interprétation d’œuvres anciennes et plus récentes, deviendra un indispensable et incontournable vademecum.

 

 

Édith Weber.

 

 

Marianne MASSIN (Textes réunis par) : Transe, Ravissement, Extase.  Éditions Ambronay, 2012, 109 p.  14 €.

Troisième volet d’un triptyque consacré aux rapports entre « Musique et Sacré », ce cahier d’une centaine de pages étudie l’expérience - paradoxale et incontrôlable - que constitue l’émotion musicale, ainsi que ses rapports avec le rituel, en analysant ses manifestations les plus intenses que sont la transe, le ravissement et l’extase, toutes manifestations susceptibles d’effacer les limites entre profane et sacré.  Chaque état est, ici, défini et replacé dans des contextes différents - comme la civilisation arabo-musulmane, le soufisme, le candomblé brésilien, l’opéra baroque ou l’œuvre de Liszt… Un livre particulièrement riche en questionnements, apportant des conclusions parfois contradictoires qui témoignent d’une pensée vivante, foisonnante, enrichie par la pluridisciplinarité.  Un ouvrage important et une bibliographie pertinente pour aller plus loin dans une réflexion plus large sur l’esthétique musicale.  À méditer…

 

 Patrice Imbaud.

 

 

James LION : Leoš Janáček, Jean Sibelius, Ralph Vaughan Williams : Un chemin commun vers les sources.  Beauchesne, « Le miroir des savants », 2012.  15,5 x 24 cm, 719 p.  79 €.

Une mise en perspective de trois compositeurs emblématiques de leurs pays, de leur culture, puisée à ses origines populaires, voilà qui caractérise l'ouvrage de James Lion.  De ceux-ci, Janáček est paradoxalement le moins ignoré.  Car Sibelius n'en finit pas, en France du moins, de purger un incompréhensible purgatoire.  Quant à Vaughan Williams, il est, pour la plupart, à peu près inconnu. Ils sont sensiblement contemporains et partagent un amour immodéré de leur patrie, cette relation particulière de l'homme à sa terre, comme une vaste culture philosophique et musicale.  Chacun à sa manière, s'est attaché à la collecte des sources orales du chant, du folklore, dans ce que ce mot a de plus essentiel, étymologiquement « the lore of the people », le savoir du peuple.  Ce qui permet de les réunir, c'est l'hymnologie, qui, en tant que science des sources, dit l'auteur, « ne se s'intéresse pas seulement au chant religieux », mais « s'occupe du chant en tant que tel, depuis ses origines, dans et par ses manifestations en tous lieux et tous temps ».  À cet égard, ces musiciens « ont joué le même rôle, de révélateur du passé à travers la recherche des sources », défendant et valorisant « les traditions appartenant à trois langues imprégnées de poétique, le morave, le finnois, l'anglais ».  La première partie se concentre sur l'itinéraire biographique croisé des trois compositeurs. Cette approche plurielle s'avère enrichissante car elle révèle des affinités insoupçonnées, des admirations mutuelles, et un dénominateur commun : leur pragmatisme, en particulier vis-à-vis de l'appréhension du chant populaire, conçu comme une poétique musicale, en vue de son intégration dans la musique savante.  Car « musique populaire et musique savante sont indéfectiblement liées ». La quête de vérité intérieure chez Janáček, la recherche ethnologique, on les retrouve chez Vaughan Williams.  L'Anglais admirait Sibelius et ce qui chez ce dernier ressortit au sentiment national. Sa  musique en est imprégnée, si marquée par l'hymnique. Chacune des autres parties s'attache à analyser, pour chaque musicien, les œuvres essentielles, dans l'optique choisie par l'auteur.  Chez Janáček, ce sont les opéras Jenůfa, « ce drame psychologique imprégné de folklore », et La petite renarde rusée, qui « montre le fossé qui sépare la vie conventionnelle et plate de certains hommes et la vie naturelle, instinctive, stoïque et grandiose de Bystrouška ».  C'est l'univers du Kalevala, chez Sibelius, et ce qui appartient aux mélodies runiques, dans La Fille de Pohjola op.49, et le cycle de Lemminkäinen, op.22 : ou « comment l'homme, en quête d'insatiables plaisirs terrestres, est conduit inexorablement à l'échec ».  Pour ce qui est de Vaughan Williams, qui se voit offrir l'exposé le plus détaillé, l'auteur se penche d'abord sur la notion de folk-song et le concept de « National Music ». Puis il analyse son grand œuvre, The Pilgrim's Progress (Le voyage du pèlerin), depuis ses origines dans le récit allégorique du poète puritain John Bunyan (1628-1688), jusqu'au détail de sa composition : sa longue maturation, entre 1904 et 1952, sa dramaturgie particulière basée sur l'élément religieux, à travers le cheminement de son héros, Chrétien, « victorieux de la banalisation grâce à sa foi en la justice ».  Pour eux tous, la mélodie est une forme d'expression du « calcul de satisfaction » qui régit la vie intérieure de l'Homme. L'ouvrage est assorti d'un dictionnaire biographique comprenant quelque 477 entrées, et d'une bibliographie exhaustive.  C'est le qualificatif qui caractérise ce riche et stimulant livre.

 

Jean-Pierre Robert.

 

 

Marc BELISSA : Haendel en son temps.  Ellipses (www.editions-ellipses.fr).  16 x 24 cm., 434 p., cahier d’ill. sépia et couleurs.  24,40 €.

Réputé dix-huitiémiste, Marc Belissa s’attache, cette fois, à ce « tonneau de porc et de bière », tel que Berlioz décrivait le compositeur du Messie.  Personnalité curieuse, inventive et cosmopolite qu’il était certes nécessaire de débarrasser des multiples scories accumulées depuis sa mort… C’est chose faite !   Ouverture : Portraits avec & sans perruque.  Acte I : de Halle à Rome en passant par Hambourg (1685-1709). Premier entracte : l’Angleterre de 1603 à 1737.  Acte II : Haendel l’Anglais ou l’acclimatation de l’opéra seria à Londres (1710-1736).  Deuxième entracte : l’Angleterre de 1737 à 1759.  Acte III : de l’opéra à l’oratorio (1737-1759).  Épilogue : la postérité de Haendel, icône britannique ou figure du cosmopolitisme musical ?  En annexes : cartes, chronologie, glossaire, catalogue, discographie, bibliographie, index.

 

 

 

Valentine DECHAMBRE (Sous la direction de) : Pascal Dusapin. Entretiens sur la musique & la psychanalyse.  Préface : Richard Peduzzi.  Postface : François Ansermet.  « Psyché », Les Éditions nouvelles Cécile Defaut (http://encd.fr). 14 x 22,5 cm, 186 p., ill. n&b.  18 €.

Il s’agit là d’une conversation en quatre temps : Le flux, La trace, Le temps, L’inconscient,  réalisée par des psychanalystes avec le compositeur Pascal Dusapin. Avec, en ouverture : Lettre et variations puis L’espace d’une inspiration (Valentine Dechambre) et Une garde-robe au paradis (Richard Peduzzi).  En addendum : La composition & l’exercice de la parole (Jacqueline Dheret), Une musique du paradoxe (Myriam Mitelman), Capter la voix (François Ansermet), Mio sole (Valentine Dechambre), L’instant « Perelà » (Nathalie George),  Un usage du « parlando » (Paulo Siqueira), Les timbres de l’humeur (Valentine Dechambre).  En postface, François Ansermet s’interroge sur Les paradoxes de la création.

 

 

 

Jacques OFFENBACH : Notes d’un musicien en voyage.  Précédées d’une notice biographique par Albert Wolff (1876).  « Opéra », éditions Cartouche (www.cartouche-editions.com).  Diff. : Les Belles Lettres.  16 x 20 cm, 160 p.  14 €.

Il s’agit là d’un recueil de plaisantes anecdotes et impressions - souvent décalées – consignées par le compositeur au fil d’un périple vers le Nouveau Monde : traversée en bateau & mœurs de ses hôtes américains.  Succulent !

 

 

 

Jack-Alain LÉGER : Place de l’Opéra.  « Opéra », éditions Cartouche (www.cartouche-editions.com).  Diff. : Les Belles Lettres.  16 x 20 cm, 88 p.  14 €.

Écrivain sulfureux et musicien de la scène underground française, Jack-Alain Léger a souvent publié des notices destinées aux brochures de l’Opéra de Paris.  Sous les auspices de Jean Cocteau (« Quand une tête dépasse, les étrangers l’admirent, les Français veulent la couper »), en voici un florilège : « Je suis le Chevalier à la rose ! », « Pour le plaisir », « Une secrète malveillance », « Mais moi, je sais qui je suis ! », « Totus mundus agit histrionem », « Le silence partout, comme si le monde était mort… » , « Fair is foul and foul is fair », « L’ombre du désir », « Wagner l’antisémite », « Pour Rossini… Aria d’ironia », « Le trio des adieux ».

 

 

 

Jean-Christophe BRANGER, Vincent GIROUD et alii : Présence du XVIIIe siècle dans l’opéra français du XIXe siècle, d’Adam à Massenet.  « Musique et musicologie », Université de Saint-Étienne (http://publications.univ-st-etienne.fr).  15 x 21 cm, 496 p., ill. n&b, ex. mus. 30 €.

Il s’agit là des Actes du colloque qui se déroula, en novembre 2009, lors du « Xe Festival Massenet », à l’Université de Saint-Étienne.  Mise en lumière de l’influence du XVIIIe siècle sur l’opéra du XIXe : du Toréador (1849) d’Adolphe Adam à la Manon (1884) et au Chérubin (1905) de Jules Massenet.  Outre les Prolégomènes (Stephen Huebner), trois grandes parties composent l’ouvrage : Modèles musicaux & historiques du XVIIIe siècle, entre attirance et répulsion (Stéphane Lelièvre, Alban Ramaut, Gérard Condé, Thierry Santurenne) / Nostalgie, pastiche & parodie du XVIIIe siècle (Stephan Etcharry, Ryszard D. Golianek, Charlotte Loriot, Jean-Claude Yon, Pauline Girard, Sabine Teulon Lardic, Vincent Giroud) / Interpréter & mettre en scène le XVIIIe siècle (Julien Garde, Michela Niccolai, Rémy Campos).

 

 

 

Sergiu CELIBIDACHE (1912-1996) : La musique n’est rien.  Textes & entretiens pour une phénoménologie de la musique (réunis & traduits de l’allemand par Hadrien France-Lanord & Patrick Lang).  Préface : Ida Haendel.   Actes Sud (www.actes-sud.fr).  11,5 x 21,7 cm, 336 p., ex. mus.  29 €.

« Sur la phénoménologie musicale » (conférence prononcée en 1985 à Munich) est le seul texte théorique publié du vivant du célèbre chef d’orchestre.  Mais riche est le corpus de ses écrits consignés en cahiers & de ses entretiens…  Ensemble ici réuni sous trois rubriques : Phénoménologie de la musique / Autour de Furtwängler / Musique & méditation.  Où est notamment abordé le problème de l’essence de la musique : espace & temps musical, tempo, transcendance du son… En annexes : Chronologie, Références des textes, Celibidache aujourd’hui, Index rerum et nominum.

 

 

 

Hélios AZOULAY : Tout est musique.  Vuibert (www.la-librairie-vuibert.com).  14 x 21 cm, 192 p., ill. n&b. 16 €.

Sous les auspices de Ben & de Paul Valéry (« Je n’hésite jamais à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture »), ci-git un florilège d’amères bouffonneries autour d’Euterpe et de ses officiants.

 

 

 

Stéphane OLIVESI : L’expérience esthétique. Une archéologie des arts & de la communication. « Champion Essais, 14 », Honoré Champion (www.honorechampion.com).   15,5 x 23,5 cm, 452 p.  42 €.

Pour familière qu’elle soit, l’expérience esthétique n’en demeure pas moins énigmatique – eu égard à l’extrême diversité de ses logiques, conduisant d’aucuns à s’exprimer, produire, créer, contempler, lire, écouter… cependant que d’autres commentent, classent, éditent, produisent, répertorient…

Expliciter « comment ça communique », tel est le propos de Stéphane Olivesi, professeur en Sciences de l’information à l’université Lumière Lyon 2.  Sous six rubriques : Historicité, anhistoricité / Juger & classer / Du sujet en art / De l’expérience esthétique du sens… au sens de l’expérience esthétique / Représentation, narration, expression / Dynamiques de l’expérience.

 

 

 

Marie-Pierre LASSUS : Gaston Bachelard musicien.  Une philosophe des silences et des timbres.  « Esthétique & sciences des arts », Presses universitaires du Septentrion (www.septentrion.com).  20 x 20 cm,  270 p.  24 €.

Penser & sentir semblaient, pour Bachelard, une seule et même chose : aussi - estime le philosophe - appartient-il au musicien qui « entend par l’imagination plus que par la perception » de nous apprendre à sentir & penser un monde désormais soumis à une dé/perception, au profit de la sensation.  Enseignant à Lille 3, Marie-Pierre Lassus a conçu son ouvrage en 8 parties : Gaston Bachelard et la musique des éléments / Qu’est-ce que la musique ? / Le postulat de non-analyse / Une ontologie de l’invisible & de l’inaudible / La musique ou le chant de l’alouette / Marcher-danser, nager / L’alchimie de la perception & l’art de la musique / Rêver, penser, voir.   Riche bibliographie.

 

 

 

Edmond COUCHOT : La nature de l’art.  « Ce que les sciences cognitives nous révèlent sur le plaisir esthétique ». Hermann  (www.editions-hermann.fr). 15 x 23 cm, 316 p. 28 €.

S’adressant à un lectorat de non-spécialistes mais suffisamment averti des choses de l’art, le présent essai dresse un tableau général & historique de ce qu’ont apporté, en ce domaine, les sciences cognitives.  Neuf chapitres : Sciences & technologies de la cognition (bref aperçu historique) / L’expérience esthétique / Approches neurobiologiques des conduites esthétiques / Les processus de la création artistique / L’empathie dans la communication intersubjective / Les conduites esthétiques comme expériences vécues / Le temps dans l’empathie / Évolution & culture, fonction de l’art / Art & science.  Index nominum et rerum.

 

 

 

Arts de la synchronisation.  Revue Circuit (vol. 22, n°1), Les Presses de l’Université de Montréal (www.revuecircuit.ca).  21,2 x 22,8 cm, 120 p., ill. n&b, ex. mus.  18 $.

Sommaire : « Harmonie préétablie ? » (Jonathan Goldman), « Synchronisme musical & musiques mixtes : du temps écrit au temps produit » (Arshia Cont), « Composition interactive : du geste instrumental au contrôle de l’électronique dans Synesthesia 4 : Chlorophylle » (Cléo Palacio-Quentin), « Rien dans les mains… Light music de Thierry de Mey » (Barah Héon-Morissette), « Unconducting the Self-Synchronizing Orchestra » (Andrew Culver).  Où est, notamment, mis en lumière que - parmi les processus cognitifs impliqués dans la synchronisation musicale - le phénomène de l’anticipation joue un rôle majeur.

Document : « Sur l’aléatorisme (1962). Quelques notes en marge de Jeux vénitiens » de Witold Lutoslawski » (Zbigniew Skowron).  

Cahier d’analyse : Éclaircies à l’aube du XXIe siècle de Michel Longtin (François-Hugues Leclair).  Brèves & recensions de spectacles.

 

 

 

Chantal CAZAUX : Giuseppe Verdi, mode d’emploi.  Avant-Scène Opéra. 15 x 21 cm, 290 p., ill. n&b et couleurs.  25 €.

Par la très érudite rédactrice en chef de L’Avant-Scène Opéra, voici un « mode d’emploi » qui – n’en doutons pas – rendra de signalés services.  Où l’on suit Verdi, de ses années de « galère » aux triomphes de la maturité…  Au fil de cinq chapitres abondamment illustrés : Points de repère biographiques / Études / Regards sur les 28 opéras (d’Oberto, 1839, à Falstaff, 1893) / Écouter & voir / Repères pratiques.  Ouvrage disponible en librairie & en PDF (via le site : www.asopera.com).

 

 

 

Marianne MASSIN et alii : Transe, Ravissement, Extase.  « Cahiers d’Ambronay, 3 », Éditions Ambronay (www.ambronay.org) / Symétrie (www.symetrie.com).  16 x 22 cm, 112 p., tableaux.  14 €.

Où sont décantées les plus intenses manifestations – parfois paradoxales - de l’émotion musicale : états de transe, de ravissement, d’extase… Grâce aux contributions de personnalités issues d’horizons divers : Aline Tauzin (« L’émotion musicale dans la civilisation arabo-musulmane »), Marion Aubrée (« La transe : de la musique et de la voix »), Marianne Massin (« La grâce fragile du ravissement musical »), Sylvie Pébrier (« Écoute et ravissement dans quelques scènes d’opéra baroque »), Pierre Kuentz (« Dramaturgie de la bouche »), Violaine Anger (« Le plaisir musical suprême au XIXe siècle : quelques pistes »), Bruno Moysan (« La virtuosité romantique de Liszt comme expérience de la transe, du ravissement et de l’extase »).  De tout nouveaux éclairages…

 

 

 

Jean-Michel VIVES : La Voix sur le divan. Musique sacrée, opéra, techno.  « Psychanalyse », Aubier/Flammarion (www.editions.flammarion.com). 13,5 x 22 cm, 272 p.  22 €.

« Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la voix sans jamais oser le demander à votre psychanalyste », tel est l’ambitieux propos de l’ouvrage.  En six séances : Petit conte psychanalytique sur l’origine d’une voix / La voix perdue des castrats / Évolution du genre opéra : une irrésistible tension vers le cri / Le féminin au risque de la voix / Pourquoi les adolescents préfèrent écouter de la techno plutôt que leurs parents / Fiat vox ! 

 

 

 

Klaus HUBER (°1924) : Au nom des opprimés. Écrits et entretiens.  Avant-propos de Philippe Albèra. Envoi signé Brian Ferneyhough. Éditions Contrechamps (www.contrechamps.ch).  14 x 22 cm, 310 p., ill. n&b, ex. mus.  25 €.

Aussi bien proche des mystiques que des tenants de la théologie de la libération, Klaus Huber refuse « l’art pour l’art ».  Dénonçant l’injustice, l’oppression, l’asservissement, la réification, ses œuvres renvoient à des conceptions éthiques… Ainsi l’auteur se montre-t-il solidaire de Mahmoud Darwich, Ernesto Cardenal, Ossip Mandelstam… L’ouvrage comporte un choix d’essais & l’intégralité des notices écrites sur ses propres œuvres.  Planches de salut ?

 

 

 

Stephen BROAD : Olivier Messiaen : Journalism 1935-1939.  Ashgate (www.ashgate.com).  Relié sous jaquette.  16 x 24 cm., 170 p., ex. mus.  55 £.

Dans une première partie, Stephen Broad (Royal Conservatoire of Scotland, UK) a – pour la première fois - regroupé les articles originels publiés par Messiaen, de 1935 à 1939, dans La Revue musicale, La Sirène (puis La Syrinx), Le Monde musical, La Page musicale et autres publications.  Traduction anglaise en seconde partie.  Nombreux exemples musicaux.  En appendice : Catalogue des articles (par titres, date, revues), notices biographiques (d’une centaine de personnalités), bibliographie, index.

 

 

 

Oscar ODENA et alii : Musical Creativity : Insights from Music Education Research.  « Sempre (Society for Education, Music & Psychology Research) », Ashgate (www.ashgate.com).  Relié sous jaquette.  16 x 24 cm., 224 p., schémas, ex. mus.  50 £.

Comment développer la créativité musicale ?  Comment se nourrit-elle de l’improvisation collective ? Peut-elle être un outil de communication en musicothérapie ?  Telles sont les interrogations ici développées par une équipe d’experts internationaux.  Au fil de trois chapitres : Conceptualizing musical creativity / Examples from practice / Paths for further enquiry.

 

 

 

Leiling CHANG : Dialogues, temps musical, temps social.  « Univers musical », L’Harmattan.  13,5 x 21,2 cm, 120 p.  13,50 €.

Docteur en musicologie de l’Université de Montréal, Leiling Chang a rassemblé divers essais autour du rôle social de l’expérience esthétique & de la place des émotions dans l’ensemble des faits sociaux.  Réflexion assortie de commentaires sur les Méditations pascaliennes de Pierre Bourdieu - temporalisation, émotions & sentiments temporels, sens de la vie…

 

 

 

Évelyne ENDERLEIN & Tatiana VICTOROFF (Textes réunis par) : Pouchkine, poète de l’altérité.  « Configurations littéraires », Presses universitaires de Strasbourg (www.pu-strasbourg.com). 16,5 x 24 cm, 188 p., ill. n&b. 22 €.

Né des rencontres qui se tinrent à Strasbourg à l’occasion de l’exposition « Pouchkine illustré » (BNUS, printemps 2010), cet ouvrage collectif met l’accent sur ce qui fit « l’altérité » d’un poète se heurtant - sa vie durant - à l’hostilité de son propre milieu & des autorités.  Quatre parties : Modernité de Pouchkine : nouveaux regards / Pouchkine, poète européen / Pouchkine face au pouvoir / Pouchkine face à la postérité.  Comprenant notamment les articles : Pouchkine, un Mozart russe ? (Nikita Struve), Le Don Juan russe : mythe national, héros apprivoisé (Katia Goloubinova-Cennet), Pouchkine, le malpensant, quelques réflexions à propos de Boris Godounov (Évelyne Enderlein)…

 

 

 

Allan F. MOORE : Song Means : Analysing and Interpretating Recorded Popular Song.  « Popular & Folk Music Series », Ashgate (www.ashgate.com).  15,5 x 23,5 cm, 412 p., figures, tables, ex. mus.  19.99 £.

Ce florilège de quelque 20 ans d’écrits autour d’enregistrements de chansons (essentiellement anglo-étasuniennes) comporte les chapitres suivants : Methodology, Shape, Form, Delivery, Style, Friction, Persona, Reference, Belonging, Syntheses, Questions.  Très nombreux exemples musicaux.

 

 

 

Christian GUTLEBEN & Michel REMY (Sous la direction de) : Le refus.  Esthétique, littérature, société, musique.  « Cycnos », L’Harmattan. 15,5 x 24 cm, 254 p. 27 €.

Dans ce volume consacré à « Nécessité et intempestivité du refus, formes & stratégies », nous trouvons une vingtaine de communications (sur la cinquantaine qui constituèrent le colloque organisé, en janvier 2011, à l’Université de Nice). Au chapitre « Musique », trois communications : « Du refus dans mon œuvre de compositeur » (Alain Fourchotte), « Lulli refusé par Lully » (Annick Fiaschi-Dubois), « Refus de la mondialisation musicale chez Bartók et Enescu » (Liliana-Isabela Aposyu Haider).

 

 

 

Françoise CLAUS  et alii : L’histoire des arts et les maîtres de l’école primaire.  « Ressources Formation / Enjeux du système éducatif », CNDP/CRDP de l’académie de Toulouse (www.sceren.com).  18 x 25 cm, ill. couleurs, Cédérom inclus. 25 €.

Dans une première partie, sont rappelés le sens & les enjeux de l’Histoire des arts, dessinés les processus de mise en œuvre de son enseignement en Primaire ; il est, en outre, insisté sur le rôle de cette discipline dans la formation du futur citoyen & sur sa contribution à l’acquisition d’une culture humaniste et la maîtrise de la langue.   La seconde partie propose de nombreuses ressources pour son enseignement au cycle 3 - en lien avec le programme d’Histoire. Des entretiens avec de grands artistes enrichissent l’ouvrage : Paul Andreu, Philippe Beaussant, William Christie, Thierry Crépin-Leblond, Pierre Encrevé, Cédric Klapisch.  Précieux cédérom – autour, notamment, de l’opéra Hippolyte et Aricie de J. Ph. Rameau.

 

 

 

Annie BACHELARD, Daniel COULON & Jean-Paul LOISY : Musique au quotidien.  De la Maternelle au CE1.  Scérén/CRDP de l’académie de Dijon (www.ac-dijon.fr/crdp).  20,5 x 29 cm, 290 p., ill. n&b, ex. mus. 2 CDs. 69 €.

L’ouvrage s'adresse aux enseignants « de la Maternelle au CE1 », quelle que soit leur maîtrise du langage musical.  Avec les CDs inclus, il fournit la matière nécessaire pour explorer en classe différents domaines : chant & jeux vocaux, écoute, activités rythmiques, corporelles, instrumentales ou de codage/décodage...  Plus de 100 fiches pédagogiques donnent l'assurance de développer progressivement, chez les élèves, des compétences à la fois techniques et artistiques, mettant en jeu sensibilité et imagination.  Les auteurs proposent deux utilisations possibles : soit en suivant l'ordre chronologique des fiches, soit en suivant dix parcours thématiques.  Les CDs comportent plus de 90 extraits : chansons, œuvres musicales ou extraits sonores nécessaires à la mise en œuvre des séquences.   Un formidable outil !

 

 

 

Valérie KLEIN & Baptiste BUOB : Luthiers, de la main à la main.  Actes Sud (www.actes-sud.fr) / Musée de Mirecourt.  19,6 x 25,5 cm, 192 p., ill. n&b et couleurs.  39 €.

Catalogue de l’exposition éponyme qui se tiendra à Mirecourt jusqu’au 31 décembre 2013 (www.musee-lutherie-mirecourt.fr), ce somptueux ouvrage (remarquable iconographie historique)  propose : Artefacts (La juste mesure du violon / Trois générations de fabricants de guitares au XIXe siècle / Chronique épistolaire de la crise des années 1950-1960 / Une dynastie d’archetiers : les Bazin / Mirecourt & la facture instrumentale, historique), Art de faire (De quelques idées reçues en lutherie / Du vol à l’appropriation du savoir / Les gestes du luthier / De la main à l’oreille).  En annexes : résumés des articles (en français & anglais), bibliographie.

 

 

 

Alain POULANGES : Boby Lapointe ou les mamelles du destin.  Préface de Pierre Perret.  L’Archipel (www.editionsarchipel.com).  14 x 22,5 cm, 254 p., album de photos n&b.  19,94 €.

Inoubliable Boby Lapointe (1922-1972), pour ceux qui eurent le privilège de l’entendre au Cheval d’or, à l’Échelle de Jacob ou au Port du Salut !  Chansons loufoques, surréalistes, truffées de virelangues, d’onomatopées et de calembours que découvriront - avec bonheur - les nouvelles générations : Aragon et Castille, Bobo Léon, Avanie et framboise, L'Hélicon, Ta Katie t'a quitté, L'été où est-il ?, La Maman des poissons, L'Ami Zantrop… Merci à Alain Poulanges d’avoir réalisé - pour le 40e anniversaire de sa disparition - la biographie d’un génial virtuose de « l’à-peu-près ».

 

 

 

Dans leur collection « Voix du Monde », les éditions Demi Lune (www.editionsdemilune.com) publient une série de biographies dédiées aux grandes figures des musiques du monde (13 x 18 cm, 150-200 p., ill. n&b, 14-15 €).

·         Sont déjà parues : Cesaria Evora / Nusrat Fateh Ali Khan / Youssou N’Dour / Salif Keita.

·         Viennent de paraître :  Caetano Veloso, l’âme brésilienne (Ricardo Pessanha & Carla Cintia Conteiro), Fela Kuti, le génie de l’Afrobeat (François Bensignor).  

·         À paraître : Gilberto Gil / Ravi Shankar / Astor Piazzolla / Manu Dibango

 

       

 

 

Régine DETAMBEL : Opéra sérieux,  roman. Actes Sud (www.actes-sud.fr). 11,5 x 21,7 cm, 144 p.  14,5 €.  Version numérique.

Plus encore que l’histoire d’Elina Marsch (qui, née en 1926, aura grandi en compagnie de célèbres cantatrices, maîtresses de son père, ténor préféré de Janáček), Opéra sérieux est le roman de la voix - fascinante, apaisante ou terrifiante - d’Elina, qui ne saurait imaginer… ce que peuvent bien faire les gens lorsqu’ils ne chantent pas !

 

 

 

Max GENÈVE : Virtuoses,  roman. Serge Safran (www.sergesafranediteur.fr  ). 14 x 21 cm, 400 p.  19,50 €.

Voilà qui couronnera joyeusement vos lectures estivales ! (en librairie le 23 août…) Admirablement écrit, ce « polar » vous plongera dans les aventures étasuniennes d’un cinéaste européen - amant d’une célèbre jeune violoniste, sur laquelle il doit réaliser un film pour Arte.  Rattrapé qu’il sera par son passé de reporter dans les pays du Golfe, lorsqu’il filmait le commandant Massoud, Oussama ben Laden et autres personnages diversement recommandables…  Soit le livre d’un grand écrivain - fort versé, de surcroît, dans les problématiques musicales. 

 

 

 

POUR LES PLUS JEUNES

Y a d’la joie !  Album/CD « Tralalère » illustré par Thibault Prugne, incluant la chanson de Charles Trenet. Casterman (www.casterman.com).  23 x 23 cm, couverture cartonnée, 14 p. couleurs.  9,95 €.

À lire et à chanter ! Ravissantes illustrations sur Paris…

 

Francis Cousté.

 

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Anthologie, chant grégorien et polyphonie.  Jade (www.jade-music.net) : 699 753-2. TT : 76’53.

Réalisée en 2002 par le Chœur des Pères norbertins (ou prémontrés) de l’Abbaye Saint-Michel, au sud de Los Angeles (Californie), communauté fondée en 1957 par des prêtres hongrois, cette sélection de 18 pièces donne un aperçu éloquent du répertoire norbertin. Par exemple : des chants liturgiques traditionnels (7 Traits ; Introït, Alleluia, Offertoire, Communion, Répons…), ou encore 4 pièces polyphoniques de G. P. da Palestrina : Tu nobis dona, Arbor decora, Ave Maria, Panis angelicus qui s’imposent par l’indépendance des voix d’hommes, le caractère calme et méditatif.  À noter : une pièce appartenant à la liturgie norbertine, plus développée, chantée après les fêtes pascales : Exultet jam angelica turba caelorum (Que la musique angélique tressaille de joie dans les cieux) ; à l’introduction monodique, succèdent versets et répons ; la suite traduit la joie, invoque la miséricorde divine ; l’ensemble se termine sur une prière : Que le cierge « brûle durant toute cette nuit pour nous en dissiper les ténèbres… que l’étoile du matin le trouve encore allumé », chantée avec émission vocale plus directe et très différente de celles de Solesmes ; de plus, les auditeurs seront frappés par la prononciation spécifique du latin par des Américains… et un legato qui peut sembler excessif. Ce répertoire prévu pour divers temps liturgiques : Noël, Pâques, Pentecôte, entre autres, montre que, parallèlement à l’observance monastique, le chant « grégorien » occupe une place de choix à côté de la pratique polyphonique.

 

 

 

Canzoni et Madrigali passaggiati.  Hybrid’Music (www.hybridmusic.com) : H1828.  TT : 50’21.

Ce disque propose une petite anthologie de musique italienne des XVIe et XVIIe siècles comprenant des pièces reposant sur des thèmes de chansons bien connues et à la mode, comme, par exemple, Suzanne ung jour qui a inspiré tant de musiciens, ou de madrigaux comme Io son ferito, ahi lasso, ainsi que 2 Canzoni (G. Frescobaldi, B. de Selma), 1 Capriccio (G. Frescobaldi) pour orgue et cornet et 1 Partita pour orgue seul.  Il offre une triple démonstration. D’abord, avec l’association de timbres : cornet à bouquin (qui se prête parfaitement à la vocalité), cornet muet, flûte à bec et orgue) ; puis, la perception de l’accord mésotonique de l’orgue, de la flûte à bec soprano (accordée en la = 466) ; enfin, l’art de la diminution (passages rapides autour de la mélodie d’origine) en usage, instrumentistes et chanteurs ayant l’habitude d’improviser, d’inventer des lignes musicales, d’introduire des diminutions et des Passaggiati selon les théories exposées par Giovanni Battista Bovicelli dans son Traité : Regole, passaggi di musica (1594), bref de pratiquer l’ornementation en virtuoses. Cette réalisation, reprenant cette habitude du XVIIe siècle, propose des versions instrumentales, avec le concours d’Eva Godard (cornet à bouquin) accompagnée à l’orgue par Arnaud Van de Cauter qui se produit aussi en soliste dans la Partita (très développée) sopra l’aria della Romanesca. Ces pièces brèves associent par exemple Cyprien de Rore et Richardo Rogniono, G. Palestrina et G. B. Bovicelli, Thomas Créquillon et Girolamo dalla Casa… Un modèle du genre tant par la qualité de la démonstration que par la musicalité de l’interprétation très fidèle à l’esthétique du temps.

 

 

 

Vesperae Bohemicae (Ceske nespory). Radioservis Distribution. CD Diffusion (info@cddiffusion.fr 28, route d'Eguisheim, BP 4, 68920 Wettolsheim) : CR0321-2-131. TT : 48’53.

À l’époque baroque, les Vêpres (Nespory), prières du soir, appartenant à la liturgie catholique, évoluent vers l’esthétique du concert, permettant à la fois aux chanteurs et aux compositeurs de faire preuve de leurs talents vocaux et techniques.  Débutant par l’intonation grégorienne, elles peuvent être chantées selon la pratique alternée (alternatim praxis) entre soliste et fidèles, ou orgue (ou autre instrument) et chœur qui se répondent ou s’unissent.  Au XVIIe siècle, les compositeurs exploitent la basse continue, utilisent des instruments solistes et préconisent la traduction figuraliste musicale des images et des idées du texte, selon les règles de la rhétorique et le principe de l’ornementation. Traditionnellement, ces Vêpres commencent par l’exclamation extraite du Psaume 70 (69) : Deus in adjutorium meum intende (Seigneur, viens à mon secours), suivi d’une lecture chantée, des versus et responsorium, d’une hymne strophique et du Magnificat, ainsi que d’une prière (Oratio) et, en réponse, du Benedicamus Domino conclusif.  Mais cette ordonnance sera simplifiée au profit de la forme de l’antienne harmonisée. L’ensemble des Vêpres doit se terminer dans la méditation et le calme. Ce disque comporte 22 plages avec, d’une part, des œuvres brèves du Pater Albericus Mazak (1650) à découvrir, d’Adam Vaclav Michna (1648), Andreas Hammerschmidt (1649), de Philipp Jakob Rittler (1659), Johann Josef Flixi (avant 1662) et Wendelin Hueber (1650) ; d’autre part, plus proches de nous, des pages provenant du Liber usualis (Rome, 1927).  Les Prague Chamber Singers sont fidèles à la tradition vocale du XVIIe siècle, avec uniquement des voix d’hommes, pratiquent la prononciation italienne du latin généralement en usage en Moravie, et privilégient le fondu et la justesse des voix, ainsi que l’atmosphère de calme et d’intériorité inhérente aux Vêpres.  Cette réalisation avec un programme assez neuf dans la production discographique d’Europe de l’Est mérite amplement l’attention des mélomanes curieux.

 

 

 

J. S. BACH : Cantates BWV 170 & 35.  Zig Zag Territoires (stephanie@outhere-music.com) : ZZT 305.  TT : 72’56.

L’ensemble Le Banquet céleste propose 2 Cantates de Jean-Sébastien Bach.  La Cantate 170 : Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust (Bienheureuse paix, bien aimée béatitude) créée à Leipzig le 28 juillet 1726, se rattache à la catégorie des cantates à une seule voix.  Elle comprend 3 Airs entrecoupés de 2 Récitatifs sur le livret de Georg Christian Lehms. Le Cantor de Leipzig fait appel notamment au hautbois d’amour (son instrument de prédilection) et au violon pour traduire la paix profonde et l’harmonie céleste si bien exprimées par la voix agréable et calme de Damien Guillon, contre-ténor et chef qui, grâce à un travail minutieux et approfondi, tire le meilleur parti de l’orchestre.  La Cantate 35 : Geist und Seele wird verwirret (L’esprit et l’âme sont confondus) sur le livret du même poète, plus développée, a été créée à Leipzig le 8 septembre 1726.  Comme la précédente, elle ne comporte pas de choral. Son effectif comprend hautbois, taille, violons, alto, orgue obligé & continuo.  Elle commence par une sinfonia bien enlevée un peu à la manière d’un concerto de soliste réservant un rôle important à l’orgue. Son idée générale repose sur la contemplation et la louange, la consolation et la confiance. Après une autre sinfonia, un chant d’exultation évoque aussi les douleurs de la vie si bien ressenties par le remarquable soliste.  Ce CD est complété par deux pièces d’orgue redoutables interprétées à l’orgue Thomas (2007) de l’Église réformée du Bouclier, à Strasbourg, par Maude Gratton. Dans la Sonate en trio n°3 en ré mineur, BWV 527, elle s’impose par sa solide technique et son indépendance aux claviers et pédalier et, dans la Fantaisie et Fugue en sol mineur, BWV 542, par son énergie, son excellent tempo et son sens précis de la construction.  Ce CD, qui a aussi le mérite de compléter le répertoire de cantates pour voix seule, se devrait de figurer dans toute discothèque de musique religieuse baroque.

 

 

 

Albert SCHWEITZER spielt Orgelwerke / plays organ works.  4 CDs  Musée A. Schweitzer, F-68140 Gunsbach (http://www.schweitzer.org/french/assoc/asfgun.htm) : FABFOUR 233041.  TT : 63’40 + 76’25 + 78’59 + 76’24.

Albert Schweitzer (1875-1965), Prix Nobel de la Paix (1965), le « grand docteur blanc » est aussi théologien, pasteur luthérien, philosophe, hymnologue et organiste.  Ses penchants vers le romantisme à la fois pour le répertoire et la facture d’orgue sont bien connus. Ce coffret en est en quelque sorte l’illustration avec, pour la facture d’orgue, les instruments historiques de l’église paroissiale de Gunsbach (simultaneum), de All Hallows Church, Barking by the Tower (Londres), l’orgue Silbermann de Sainte-Aurélie (Strasbourg) ; pour ses goûts des œuvres J. S. Bach, F. Mendelssohn-Bartholdy et C. Franck, entre autres. Ces disques permettent de mieux saisir ses conceptions esthétiques reflétées par ses propres interprétations à l’orgue, marquant toute une époque…  Les enregistrements remontent à 1935 (Sainte-Aurélie et Londres), 1936-37 et (Sainte-Aurélie) et 1951-52 (Gunsbach) : d’où l’intérêt non seulement historique, mais encore révélateur de ses mentalité et sensibilité musicales bien particulières dans l’interprétation de nombreux Préludes de chorals, Préludes et Fugues, Passacaille, Fantaisie et Fugue de J. S. Bach. La Sonate, op. 65, n°6 de F. Mendelssohn-Bartholdy est redoutable, avec la citation de la paraphrase allemande (M. Luther) du Notre Père et sa mélodie conjointe énoncée dans un tempo propre à A. Schweitzer, avec le thème de la Fugue exposé en un legato soutenu. Enfin, malgré l’acoustique peu favorable, le 4e CD se termine aux accents bien romantiques, puis majestueux des 3 Chorals de C. Franck. Curiosité esthétique et organistique.

 

 

 

André CAPLET : Le Miroir de Jésus.  Rondeau Production (www.rondeau.de) : ROP 6055.  TT : 60’53.

L’œuvre d’André Caplet (1878-1925) a été quelque peu oubliée par la postérité. Il a, entre autres, composé  le Miroir de Jésus sur 15 petits poèmes du poète Henri Ghéon (1875-1944) sur les saints mystères du Rosaire. Après le Prélude annonçant le titre, l’œuvre est structurée en 3 parties : Miroir de joie,  Miroir de peine et Miroir de gloire. Le texte évoque les moments décisifs de la vie du Christ : Annonciation, Nativité, Présentation au Temple ; agonie, flagellation jusqu’à la Crucifixion ; Résurrection, Ascension, Pentecôte, Assomption jusqu’au Couronnement au ciel.  A. Caplet tire le meilleur parti de ces brefs poèmes en strophes rimées de 4 vers très évocateurs, à la fois descriptifs et lyriques, parfois impressionnistes à la manière de Cl. Debussy.  Le Chœur de filles (Mädchenchor) de Hanovre fait preuve d’une excellente prononciation de la langue française, ce qui n’est pas le moindre mérite pour un ensemble vocal allemand, d’une extrême justesse dans l’aigu, d’une précision dans les vocalises, résultat d’un travail acharné et en profondeur.  Ce chœur, avec le concours d’Esther Choi (mezzo-soprano), de Teresa Zimmermann (harpe) et d’un orchestre de cordes, est placé sous la direction si sensible de Gudrun Schröfel qui a parfaitement assimilé et transmis l’esprit de cette page méditative.  Le Miroir de Jésus, œuvre si originale, dans laquelle sont associés tradition médiévale, chant alterné entre soliste et chœur, et langage musical contemporain, est réhabilité grâce à cette belle « Défense et illustration » réalisée en Allemagne par des interprètes qui ont bravé les difficultés phonétiques de la langue française. Cette version de référence a droit aux plus vifs éloges.

 

 

 

Jaroslav KRČEK : Oratorio Ten, ktery jest / The One Who Is.  Arcodiva : UP 0144-2 131. CD Diffusion (info@cddiffusion.fr ; 28, route d'Eguisheim, BP 4, 68920 Wettolsheim). TT : 74’47.

Lors de l’écoute, pour comprendre le sens de l’oratorio : Ten, ktery jest / The One Who Is (Celui qui est), en langue tchèque, il est indispensable de suivre la traduction anglaise du livret.  Cet enregistrement a été pris sur le vif, lors du concert (6 mars 2011) de la Société anthroposophique de la République tchèque, pour commémorer le 150e anniversaire de la naissance de Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de l’anthroposophie. Très inféodé à l’héritage national, J. Krček (né en 1939, en Bohême du Sud) a le don d’exploiter des mélodies populaires et d’en tirer le meilleur parti dans des œuvres symphoniques. Le livret, influencé par la Christologie de R. Steiner, comprend des citations bibliques (Sermon sur la montagne, Évangile de Jean), des textes apocryphes (Évangile de Thomas-Didyme) et  quelques extraits du livre du réformateur tchèque Jan Amos Comenius (1592-1670) se situant dans le sillage des Frères moraves.  L’oratorio comporte 3 parties : 1. Des pierres au pain. 2. Notre Père. 3. Le Verbe.  Dans la 1re, le récitant (la Voix) dialogue avec Jésus et sa mère ; dans la 2e, le récitant, la voix du tentateur, le Christ, le chœur interviennent.  La 3e se présente davantage, après l’introduction confiée au récitant, comme un dialogue entre le Christ et le chœur. D’une manière générale, cette œuvre concerne la vie et le message du Christ, et se termine par l’affirmation du chœur : « L’obscurité s’est transformée en pierre. Ce qui était n’est plus…  « Seuls l’amour et la foi sont éternels, celui qui aime ne mourra pas ».  Ce disque a été réalisé avec le concours de 3 solistes : Edita Adlerova (mezzo-soprano), Roman Janal (baryton), Alfred Strejcek (récitant), de l’Orchestre philharmonique de Pilsen et du Chœur  philharmonique de Prague qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour respecter les intentions du compositeur dirigeant sa propre œuvre : ce qui représente une réelle garantie d’authenticité.

 

 

 

Shakespeare 21.   Rondeau Production (www.rondeau.de) : ROP 6056.  TT : 55’49.

Dans cette anthologie hors des sentiers battus, les poèmes de William Shakespeare (1564-1616), écrits à la charnière entre le XVIe et le XVIIe siècle, sont transposés dans le langage musical de notre temps, tels qu’ils ont été traités par 8 compositeurs dont les plus célèbres sont incontestablement l’Anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958) et le Suisse Frank Martin (1890-1974) ; les moins connus : les Suédois Sven-Eric Johanson (1919-1997) et Sven Hagvil (°1953) et l’Italien Fabio Nieder (°1957) résidant en Allemagne. Les thèmes évoqués sont, entre autres, Orphée avec son luth, la belle Silvia, les Sirènes... ; des lieux (tours, palaces, temples...), mais encore la nature (arbres, vent, sable, hiver et l’éternel été...) ; des sentiments et états d’âme (amour, rêve...).  Ces œuvres sont extraites notamment de King Henry VIII, des Songs, A Midsummer Night’s Dream, Fancies (I et II), The Tempest,  As You Like It...  Des interprètes de premier ordre : Johanna Marie Hennig (piano), Anna Betina Diouf (alto), Anke Franzius (harpe), Snezana Nesic (accordéon), Dörte Siefert (percussions) et le Kammerchor Hannover font mieux connaître, voire découvrir, ces pages de Shakespeare.  Ces instrumentistes et le Chœur de chambre de Hanovre, dirigés en connaissance de cause par Stephan Doormann (issu d’une famille de cantors d’Allemagne du Nord et fondateur, en 2007, du Kammerchor Hannover), ont signé cette incontournable anthologie pour le plaisir des anglicistes, des mélomanes et discophiles.

 

 

 

Adriaen WILLAERT : Vespro della beata Vergine.  Ricercar (stephanie@outhere-music.com) : RIC 325.  TT : 79’30.

Récemment, les Vespro della beata Vergine ont retenu l’attention des éditeurs de disques depuis le grand succès des Vêpres de Monteverdi.  Les Vêpres (de vespera, soir), célébrées de 17h à 18h, comprennent un verset d’ouverture (Deus in adiutorium), 5 psaumes, une lecture du chapitre, une hymne, un Magnificat avec antienne, des prières et, pour terminer, le Benedicamus Domino. Adriaen Willaert (1490-1562) a lui aussi composé des Vespro della Madonna (Venise, 1555). Ces pièces, régies par le principe de la pratique alternée (Alternatimpraxis) entre grégorien et polyphonie d’un verset à l’autre, nécessitent donc l’alternance d’un groupe soliste et d’un autre groupe à plusieurs voix par partie.  Le programme, provenant du recueil Di Adriano [Willaert] e di Iachet [de Mantoue] i salmi appartenenti alli Vesperi publié par A. Gardane en 1550, regroupe des extraits de plain-chant ; des Salmi con le sue risposte : Psaumes 109 : Dixit Dominus à 8 voix (Jachet de Mantua (1483-1559) : 1er chœur – Willaert : 2e chœur), 121 et 126 ; d’autres Psaumes (112, 147).  Chaque pièce est précédée de son intonation grégorienne suivies du développement polyphonique en contrepoint simple ou avec des entrées successives. La musique d’orgue est représentée par deux Toccate d’Annibale Padovano (1527-1575), organiste à San Marco aux côtés de Willaert, deux Ricercar de Willaert, interprétés par Joris Verdin à l’orgue Lorenzo da Prato (1471-75) et Giovanni Fachetti (1531) de la basilique de San Petronio, à Bologne. C’est le mérite de Dirk Snellings, à la tête de La Capilla Flamenca, d’avoir fidèlement reconstitué ce service vénitien de Vêpres pour plusieurs chœurs en l’honneur de la Vierge Marie et de l’avoir replacé dans le cadre de l’histoire de la musique pour double-chœur. Ces Vêpres s’imposent par la justesse et le fondu des voix, par leur musicalité, leur expression profonde et leur intériorité.

 

 

 

Thomas Luis da VICTORIA : La Fiesta de Pascua en Piazza Navona.  2 CDs Lauda Musica : LAU 012.  Diffusion : Outhere (stephanie@outhere-music.com). TT : 52’ + 52’53.

Tomas Luis da Victoria (1548-1611) se rattache à la Confrérie espagnole de la Résurrection active à l’église San Giacomo, à Rome où elle devait prendre en charge la procession qui avait lieu à l’aube sur la place Navone : d’où le titre de cette production.  En fait, elle associe des pages non seulement de T. L. da Victoria, mais encore de Jacobus de Kerle, musicien allemand défenseur de la polyphonie attaquée par les Pères du Concile de Trente (1545-1563) ; des musiciens italiens G. P. da Palestrina, G. M. Asola, G. Animuccia, et espagnols Francisco Guerrero, Fernando de las Infantas… Le programme prévoit d’abord les Matines et Laudes (avec des motets, psaumes, antiennes et hymnes) ; puis la Procession (avec ces mêmes formes, y compris des fanfares instrumentales) ; et, enfin, la Messe, les Vêpres et les Complies. Au total : 25 pièces offrant un aperçu de ces festivités pascales et processions précédées par une fanfare de trompettes.  Elles illustrent le rôle capital accordé à ces cérémonies dans l’église et autour de la place Navone.  La Grande Chapelle, placée sous la direction d’Albert Recasens, a réalisé un remarquable enregistrement en première mondiale qui intéressera aussi bien les discophiles curieux que les historiens de la musique et des sensibilités religieuses en Italie dans la mouvance de la Contre-Réforme.

 

 

 

César FRANCK : Œuvres posthumes et inédites.  2 CDs Ricercar (stephanie@outhere-music.com) : RIC 324.  TT : 53’37 + 51’56.

L’œuvre d’orgue de C. Franck (1822-1890) est surtout connue par ses 6 Pièces, 3 Pièces, 3 Chorals publiés entre 1868 et 1890 souvent interprétés.  Pour les rendre dans les meilleures conditions de timbre et d’acoustique des œuvres posthumes et inédites, Joris Verdin a eu raison de sélectionner l’orgue de la cathédrale de Saint-Omer, comme le précise J.-M. Fauquet : « un Cavaillé-Coll ancien, où les plans symphoniques ne sont pas encore figés, avec un habillage plein-jeu classique, un grand chœur massif et une multitude de possibilités de combinaisons de jeux de fond et de solos ».  Les discophiles pourront découvrir, en 2 disques, 37 pièces posthumes (Offertoires, Grands Chœurs, Préludes, 2 Amen, 1 Gloria, 1 Sortie et plusieurs Allegretto et Andantino…) ainsi qu’un Petit Offertoire inédit.  Dans de nombreuses pièces, Franck s’impose comme organiste liturgique selon la pratique du XIXe siècle, avec Entrée, Offertoire, Élévation, Communion et Sortie, devant aussi dialoguer pour l’Introït, le Gloria, Sanctus et Ite missa est (mais ne devant pas alterner avec le Credo entièrement chanté).  Il se souvient des thèmes de plain-chant (Ave maris stella), mais aussi des Noëls français de N. Saboly (Mes bonnes gens, attendez-moi ; Venez, divin Messie…), compose aussi des pièces libres pouvant aller jusqu’au style symphonique.  L’excellent organiste J. Verdin précise qu’il n’a pas toujours respecté les registrations indiquées par le compositeur ; toutefois, par ses registrations adéquates, il en restitue toute l’atmosphère. En ce sens, il a le mérite de révéler aux discophiles et organistes la « face cachée » de la production de C. Franck.

 

Édith Weber.

 

 

« La lira di Napoli ».  Joseph HAYDN : Notturnos pour deux lyres organisées, deux clarinettes en ut, deux cors, deux altos & basse, n°1 en ut, et n°2 en fa.  Concerto pour deux lyres organisées, deux violons, deux altos, basse & deux cors, n°3, en sol.  Wolfgang Amadeus MOZART : Concerto pour deux lyres organisées, deux cors & cordes. Vincenzo ORGITANO : Sinfonia n°3.  Ignace PLEYEL : Notturno pour deux lyres organisées, deux clarinettes en ut, deux cors, deux altos & basse.  Matthias Loibner, Thierry Nouat, Tobie Miller, lyres organisées.  Ensemble Baroque de Limoges, dir. : Christophe Coin.  Laborie : LC07.  TT : 66'06.

La lyre organisée est un instrument hybride qui tient de la vielle et de l'orgue. Mélange d'une vielle à roue et de tuyaux d'orgue, elle permet de marier le timbre et le phrasé clairs de l'instrument à vent avec la dynamique et la flexibilité de l'instrument à cordes.  Elle se joue toujours en duo. C'est le roi Ferdinand IV de Naples qui la popularisa, la jouant lui-même.  Il fit appel aux compositeurs de passage à la cour, notamment viennois, fasciné qu'il était par la culture autrichienne : Joseph Haydn, en particulier, qui coucha sur la papier pas moins de 5 concertos et 8 nocturnes. Le maître d'Esterháza, qui aimait les sonorités inaccoutumées, y trouvait matière à satisfaire une inventivité mélodique légendaire. Ainsi les deux Notturno gravés ici sont-ils imaginatifs, particulièrement lorsque les lyres sont alliées à la clarinette aiguë. Le Concerto n°3, d'un sûr classicisme, met peut-être plus encore en valeur cette curieuse et rare combinaison : par exemple, lorsqu'à l'allegro con spirito initial, les deux lyres dialoguent avec le cello, ou dans un finale quasi dansé, sorte de scherzo agrémenté de ce qui semble être un trio. De même, Ignace Pleyel, dans son propre Nocturne, utilise-t-il les diverses façons de sonner des instruments : proche de la vielle dans la « marcia » initiale, élargissant le spectre pour un effet militaire amusant,  ou assimilable à l'orgue, à l'andante.  Le finale unira les deux manières. La lyre peut aussi participer au tutti orchestral, comme dans la brève Sinfonia d'un certain Vincenzo Orgitano (1738-1815), précepteur des filles du monarque napolitain : les lyres sont intégrées dans les vents. Quant au Concerto en fa de Mozart, morceau dont l'attribution est sujette à caution, il offre un traitement intéressant de l'instrument, exploitant au mieux ses possibilités techniques et sa tessiture, comme le constate Matthias Loibner. Ainsi d'une cadence au premier mouvent, et de diverses manières, tour à tour chantante à l'arioso cantabile, et enjouée au rondo final, agrémenté de quelques traits spirituels. Mozart connaissait l'existence de la vielle à roue, pour l'avoir utilisée dans ses Danses allemandes K. 602.  Il s'est arrêté à Naples lors de son périple italien de 1768. Et le manuscrit dudit concerto est conservé dans la bibliothèque de Naples.  Autant  d'indices...  En tout cas, s'il n'est pas de sa main, il en est une belle imitation. Alors qu'il n'existe pratiquement plus d'instruments de ce type, à part dans quelques musées, l'Ensemble Baroque de Limoges en a fait reconstituer deux, à l'initiative de Christophe Coin.  Le résultat est passionnant : Coin et ses collègues se font une fête de ces harmonies envoûtantes. Ce CD est à rapprocher d'un autre volume, intitulé « deLirium » (LC03), consacré à Joseph Haydn, comportant, entre autres, le Concerto n°1 et le Notturno n°3 pour deux lyres organisées. 

 

 

 

Georg Philipp TELEMANN : « Quixotte & La Changeante ».  Concertos en fa majeur pour trois violons, TWV 53, en sol majeur pour alto, TWV 51, en do majeur pour deux violons, TWV 52.  Suites « Burlesque de Quixotte », en sol majeur, TWV 55/10, « La Changeante » en sol mineur, TWV 55/2.  Europa Galante, dir. Fabio Biondi. CD agOgique : AGO005.  TT : 71'57.

La production considérable de Telemann n'est jamais aussi captivante que lorsqu'il  est question de la petite formation chambriste.  Le présent disque en donne un aperçu significatif. Les concertos adoptent le schéma tripartite italien, le ou les solistes n'étant soutenus que par les cordes et la basse continue.  Mais le modèle est transcendé, car ils offrent une large dynamique aux mouvements extrêmes, qui tranche avec le caractère plus pensif du passage médian. Ainsi, le Concerto pour trois violons, qui appartient à la série de la Tafelmusik, musique de table, est-il bondissant, tandis que les entrelacs des solistes soutiennent la cantilène du largo. Le Concerto pour deux violons, de sa ritournelle obstinée, mais pas obsédante, se différencie de Vivaldi, et le chant à deux de l'adagio est d'une remarquable discrétion. Bâtie sur le modèle de la sonate « da chiesa », lent-vif-lent-vif, le Concerto pour alto, quasiment le premier livré à cet instrument, offre un chant progressant majestueusement aux premier et troisième mouvements, mesurés, alors que les deux autres séquences sont coulantes, voire fougueuses au presto final.  Mais l'originalité du programme réside dans les deux suites. Celle dite « Burlesque de Quixotte », passée son Ouverture tripartite, dans le goût français, dresse, en six épisodes, un portrait suggestif du Chevalier de la Longue Figure.  Le piquant le dispute au pénétrant. Telle la désopilante « Son attaque des Moulens a Vent », à la rythmique preste qui ménage quelques ruptures saisissantes, ou « Ses soupirs amoureux auprès de la Princesse Dulcinée », aux délicieux tressaillements, légèrement exagérés, pour évoquer l'aimable insistance à se faire entendre.  Ou encore « Le Galop de Rossinant », un sommet d'esprit de par son sautillement cocasse. Cela finit avec «  La couche de Quixotte », par une sorte de danse à la sonorité de vielle, un sommeil agité de pensées grandioses.  L'instrumentation est un trésor d'ingéniosité. La Suite « La Changeante » brille par les nombreuses indications de tonalités affectant ses sept parties. Qui font suite à une Ouverture très développée et variée dans ses séquences, annonçant les diverses danses qui vont suivre. Parmi celles-ci « Les Scaramouches - Vitement » sont irrésistibles dans leurs ritournelles avec des saillies ppp, et les menuets empreints de grâce, sans maniérisme. Délaissant son cher Vivaldi, Fabio Biondi et ses musiciens de Europa Galante apportent de fabuleuses couleurs à ces musiques enchanteresses.  

 

 

 

Anton BRUCKNER : Symphonie n°9.  Version en quatre mouvements : finale reconstruit par Samale-Phillips-Cohrs-Mazzucca (1983-2012). Berliner Philharmoniker, dir.  Simon Rattle.  EMI : 9 52969 2.  TT : 80'10.

On pensait tout connaître de la dernière symphonie de Bruckner. Miné par la maladie, il ne pourra en mener à bien l'achèvement, et le troisième mouvement, adagio, en est resté la conclusion.  En fait, Bruckner a laissé plus que des esquisses d'un quatrième mouvement.  Il existe une partition d'orchestre, à peu près complète. Sur 653 mesures, près de 600 sont de la main de l'auteur, ou « clairement reconstituables sur la base des esquisses développées qu'il a laissées », dit Rattle.  Quatre musiciens,  Nicola Samale, Giuseppe Mazzuca, John Phillips et Benjamin-Gunnar Cohrs se sont attelés à reconstituer le finale, en travaillant à partir de ces données.  Ils ont ainsi restauré les morceaux manquants, qui totalisent, d'une part, 117 mesures rédigées directement à partir des esquisses originales ou des ébauches de déroulement et 96 mesures au titre des lacunes comblées.  C'est cette version complétée que présente aujourd'hui Simon Rattle. Il n'est pas le premier à avoir tenté l'expérience et ainsi cherché à jouer la symphonie dans son entièreté.  Alors que des travaux existaient depuis 1983, Nikolaus Harnoncourt avait déjà, en 2002, avec la Philharmonie de Vienne, décidé de jouer le dernier mouvement, n'omettant que la coda. Ce quatrième mouvement qui comprend exposition, développement, réexposition et coda, dévoile un matériau novateur insoupçonné et une audace harmonique étonnante.  Il est bâti de courtes séquences, avec le souci de résoudre la tension accumulée durant les trois précédents, l'adagio en particulier. Il comporte un choral avec un ostinato aux violons, reprenant un motif du Te Deum, une fugue, et une citation de la 6e Symphonie. Il diffère complètement du finale des autres symphonies.

Influencée ou non par cet ajout, la vision que forgent de la symphonie Rattle et ses Berlinois s'inscrit dans une dynamique beethovénienne, et vise plus l'affirmation de la tension dramatique que la recherche d'un mysticisme plus ou moins hérité de Wagner ; à la différence d'un Barenboim, dans sa récente exécution à Pleyel (cf. NL de mai 2012).  Elle s'appuie aussi sur la modernité de l'œuvre : une approche nouvelle du développement thématique, une conception de la tonalité quasi avant-gardiste pour l'époque, une harmonie audacieuse par ses dissonances. Les tempos sont allant et le flux volontariste, sans s'appesantir sur les silences entre phrases. Le premier mouvement est soutenu, sans hiératisme excessif, le chef n'hésitant pas à accélérer pour maintenir la tension. Il en ressort une extrême clarté des plans. La violence démoniaque du scherzo n'est pas recherchée pour elle-même, mais offre une perspective assurée, celle de la coupe rageuse des accords en aplats.  Le trio est frémissant dans son premier thème, expansif, sans excès, dans le second et sa guirlande des bois. Ne cachant pas sa référence à Wagner, au thème du Graal de Parsifal, l'adagio ne cherche plus à masquer son instabilité tonale.  Mais, pour Rattle, la méditation sera plus dramatique que poignante. Là encore, plus tendu vers Beethoven que tourné vers Wagner. L'irrésistible montée des cordes jusqu'au climax grandiose, le contraste des sections centrales, la coda fabuleuse de force, triple fortissimo, montrent la voie à une paix retrouvée. Il est certain qu'après cette étape frôlant l'extase, le finale nouveau, marqué « misterioso, pas vite », fait un choc. On ne s'attendait pas à voir l'instabilité tonale s'amplifier, se vivre comme une autre lutte, avec son rappel de la thématique agitée du 1er mouvement, ses rythmes pointés, à l'allure obsessionnelle. Ce n'est pas sans faire penser au Beethoven de la IXe, relayé par le vaste appareil brucknérien. La dynamique et la texture laissent le discours s'acheminer vers une coda unificatrice, sorte d'action de grâce au Créateur, à qui est dédié ce monument.  Est-ce le reflet exact de la résolution triomphale voulue par Bruckner ? Simon Rattle le pense, qui n'hésite pas à affirmer qu'« il y a ici plus de Bruckner qu'il n'y a de Mozart dans le Requiem ». Cette interprétation vérifie les bienfaits de l'enregistrement live.  Elle est adornée d'une des plus belles prises de son effectuées dans la Philharmonie de Berlin.

 

 

 

Arnold SCHOENBERG : Pelleas und Melisande,  op. 5.  Richard WAGNER : Tristan und Isolde,  Prélude du Ier  acte.  Gustav Mahler Jugendorchester, dir. Pierre Boulez.  Universal/DG : 477 9347.  TT : 51'12.

Ce disque est la captation d'un concert de la tournée, au Japon, en avril 2003, effectuée par l'Orchestre des jeunes Gustave Mahler, sous la direction de Pierre Boulez. Il rapproche deux œuvres appartenant au romantisme tardif, dont la seconde se nourrit de la première. Le Prélude du premier acte de Tristan et Isolde est considéré comme l'acte fondateur de la modernité.  Le « début de l'ère chromatique contemporaine », selon Boulez.  Celui-ci en donne la version dite de concert.  Transparence et lisibilité, mais aussi fougue dans la partie centrale, livrent comme un épure de cette stricte construction en arche.  Il est dommage qu'à part une exécution au festival d'Osaka, en 1967, le chef français n'ait plus dirigé cet opéra.  Le poème symphonique Pelleas und Melisande, op. 5 de Schoenberg fut réputé, par Mahler entre autres, injouable, de par sa complexité, sa polytonalité exubérante sans doute.  Avec le recul du temps, on le catégorise dans la première manière du compositeur, alors que que celui-ci vouait une admiration non feinte pour les classiques et ses contemporains, Wagner bien sûr. L'univers de Tristan plane sur cette pièce. Mais le message emporte déjà son lot  d'ambiguïté, et l'abandon de la tonalité est proche.  Mis en regard du drame lyrique de Debussy, la manière dont Schoenberg s'empare du texte de Maeterlinck peut sembler quelque peu absconse. Un drame sans texte, d'une violence à peine contenue. Ses diverses séquences, alternant modes vif et lent, dessinent une symphonie en quatre parties, qui fait la part belle aux thèmes récurrents, façon leitmotiv, pour caractériser les personnages. L'ensemble réserve quelques solos fugaces de violoncelle, ou du cor anglais mélancolique (qui rappelle le IIIe acte de Tristan), d'aériens arpèges de harpe, voire un traitement concertant du quatuor à cordes. On trouve même, à l'occasion, quelques traits d'une manière que n'aurait pas reniée Richard Strauss qui, au demeurant, aurait soufflé ce sujet à l'auteur de Moïse et Aaron. Dans cette pièce de 1903, Schoenberg ne tourne pas encore le dos aux vastes effluves romantiques chargées, et la transparence n'est, certes, pas immédiate, mais elle triomphe d'une certaine obscurité.  Les pages finales, amorcées par d'étranges sonorités, fantasmagoriques, progressent en s'élargissant, avec leurs crescendos successifs, vers un apaisement ultime. Avec un orchestre fourni, au niveau des cordes, l'objectivité boulézienne débarrasse du texte ce qui ressortit au pathos postromantique.

 

 

 

Pierre WISSMER : « Un long voyage ».  Sonatine pour violon & piano.  Sonate pour piano. Trois Études pour piano.  Trio Adelfiano.  Trio Steuermann.  Hortus : 094. TT : 52'31.

Le compositeur franco-suisse Pierre Wissmer (1915-1992), au sein d'une abondante production, a privilégié la musique de chambre.  Sa manière se caractérise par l'équilibre, alliant « la clarté française, la précision suisse, un goût italien pour le brio et une pointe d'abandon slave » selon la belle formule de Bernard Gavoty et de Daniel-Lesur.  Les pièces inscrites dans ce disque montrent on ne peut mieux son souci d'exigence de la forme.  La Sonatine pour violon & piano, de 1946, frappe par la fluidité de l'écriture, qui se fait expressive dans ses contrastes, mêlant délicatesse et esprit des pièces françaises du début du XXe siècle, et netteté helvétique.  Débutant par un allegro joyeux, mêlant les tonalités de si majeur et de sol# mineur, sa « Romance » centrale déploie un beau chant, et le rondo conclusif, fort enjoué, est construit autour d'un refrain dansant repris dans plusieurs déclinaisons.  La Sonate pour piano (1949) s'ouvre par un allegro décidé, qui fait penser à l'espièglerie de Poulenc, ou à l'étrangeté de Milhaud, se poursuit par un andante méditatif, nostalgique dans son mètre de sicilienne, et déborde d'inventivité rythmique au finale, dans la manière française, avec un refrain en forme de barcarolle. Les Trois Études pour piano, de 1967, offrent cette originalité de faire jouer, tour à tour, la seule main droite, puis la main gauche, et enfin les deux réunies à la troisième, qui récapitule toutes les difficultés précédemment accumulées, dont des intervalles dissonants.  Enfin, le Trio Adelfiano, pour trio avec flûte ou piano, a pour origine une commande de la Société d'étudiants Adelphia de Genève, pour son centenaire, en 1978.  Dans sa version pour piano, de 1981, il fait se succéder un « Prélude et fugue » virtuose, fondé sur une série dodécaphonique, puis un « Nocturne » empli de mystère, évoqué par les deux cordes, susurrant, presque langoureuses, et un piano discret.  Le dernier mouvement, « Meletouga », est agité, voire facétieux, à l'image de quelques agapes estudiantines. Le piano mène la danse dans une rythmique assurée, avec un épisode plus calme au milieu, qui déchaînera cependant une conclusion vive en forme de course-poursuite haletante.  On saluera la belle interprétation des membres du Trio Steuermann, dont sa pianiste, Anne de Fornel.

 

 

 

Franz SCHUBERT : Quatuors n°13, « Rosamunde » D. 804 en la mineur / n°14, « La jeune fille et la mort » D. 810 en ré mineur ; n°15, D. 887 en sol majeur.  Artemis Quartet.  2 CDs Virgin Classics : 50999 602512 2.  TT : 78'23 + 51'35.

Les trois derniers quatuors constituent chez Schubert un achèvement et, en même temps, un point de départ, le chemin vers la symphonie.  L'idée est juste de les rapprocher, pour analyser ce qui les distingue ou les rapproche.  Ce que le Quatuor Artemis met on ne peut mieux en lumière dans une interprétation spectrale.  Le Quatuor D. 804, dit « Rosamunde », du lied du même nom, est sombre.  À l'image du thème mélancolique, presque éploré, qu'énonce, d'entrée de jeu, le 1er violon, s'épanchant douloureusement.  Les Artemis privilégient une sonorité charnue, ce qui confère au développement une extrême puissance.  La mélodie de l'andante, d'une désarmante simplicité, est savamment agencée dans sa progression expressive.  Les Artemis ralentissent ici, en un effet saisissant.  Le menuetto n'en a plus que le nom : une danse d'une tristesse indicible, un sursaut de l'âme.  Le trio cherche à introduire quelque joie, mais y parvient-il, dans son relent de Ländler ?  La reprise sombre de nouveau dans le chagrin.  L'allegro conclusif offre ce rythme enjoué que le mouvement précédent a refusé. Les Artemis respectent scrupuleusement l'indication moderato, et le rythme ne s'emballe pas. Comme toujours chez Schubert, le drame refait vite surface.  Le 14e Quatuor, « La jeune fille et la mort », génère une tension qui s'exprime dès l'attaca, sorte d'appel du Destin.  Si le deuxième thème se fait plus souple, l'urgence est au cœur de la manière des Artemis, un élan palpable parcourant tout le premier mouvement, qui ne connaît que peu le répit.  Ils n'hésitent pas à booster le tempo, amplifiant les contrastes.  L'andante sera tout aussi soutenu, le dialogue de la jeune fille avec la mort traduit en une succession de variations éloquentes.  La deuxième, menée par le cello, sur un entrelacs des deux violons, voit sa courbe s'enfler ou se dilater.  La troisième, scandée, porte l'opposition entre les deux personnages à son maximum. La dernière s'achève en s'éteignant doucement.  Du fier scherzo, le trio vient adoucir l'élan.  Le presto final, prestissime sous les présents archets, voit, dans sa forme de tarentelle, le rythme s'animer, jusqu'au vertige.  Les Artemis vont au bout de la logique d'extrême dramatisme, rapprochant les diverses séquences en un geste de danse macabre. Cette vision, qui peut surprendre, force l'intérêt par son absolue cohérence.

Avec le dernier quatuor, en sol majeur, qui ne sera joué et publié que posthume, l'univers s'élargit, comme il en est de la Symphonie en ut. Les proportions sont, ici comme là, immenses.  Le geste musical change de nature, comme plongé dans un autre univers. Les vingt minutes que dure l'allegro molto moderato offrent une alternance de passages majeur/mineur, d'oppositions abruptes, de séquences ppp et forte, de visions presque ésotériques débouchant sur des climats étranges.  Les quatre voix se fraient des chemins distincts, pour se rejoindre après bien des péripéties.  Les Artemis ne cherchent pas à s'éloigner de ce schéma.  Au contraire, ils le confortent avec un rare volontarisme, révélant ce qui, dans ce texte musical, est « incroyablement nouveau », selon le celliste Eckart Runge.  La longue mélopée du violoncelle, qui ouvre l'andante, introduit un climat où va vite s'installer une grande agitation, aux traits péremptoires. Les couleurs nocturnes dominent le scherzo, empressé et grotesque, comme chez Mendelssohn.  Le trio contraste une danse simple et émouvante, que les interprètes retiennent d'abord, pour l'animer peu à peu, dans un effet de douce mélancolie.  L'effervescence de la reprise n'en est que plus éclatante.  Du rondo final, on dira qu'il est ici haletant, car les Artemis accentuent le rythme, comme à grandes enjambées, et enchaînent rapidement les phrases.  Là encore, c'est toute la modernité d'une pièce étonnamment libérée qui est soulignée.  Les variations de la dynamique, très étudiées, apportent une note inquiète plus qu'enthousiaste. On demeure pantois devant la perfection instrumentale des quatre musiciens berlinois. Leur souci de doser les volumes, d'utiliser l'entier spectre sonore, du ppp infinitésimal au fff glorieux, est admirable.  Ils sont servis par une prise de son finement équilibrée dans son intimisme et son expansion naturelle dans les passages de force.   

 

 

 

« Love and Longing ».  Maurice RAVEL : Shéhérazade. Trois poèmes pour chant et orchestre sur des vers de Tristan Klingsor.  Anton DVOŘÁK : Chants Bibliques, op. 99. Gustav MAHLER : 5 Lieder sur des poèmes de Friedrich Rückert.  Magdalena Kožená, mezzo-soprano.  Berliner Philharmoniker, dir. Simon Rattle.  Universal/DG : 479 0065. TT : 64'12.

Magdalena Kožená et Simon Rattle programment trois cycles de mélodies que peu de choses rapprochent, si ce n'est l'époque, 1902 et 1903, dans le cas de Mahler et de Ravel, ou un commun attachement pour la Bohème de leurs origines, chez l'Autrichien et le Tchèque.  Dans ses dix Chants Bibliques, de 1894, Dvořák s'inspire des Psaumes, et conçoit une déploration de l'homme vénérant son Créateur.  Le chant, marqué par une grande sobriété et l'intériorité de l'expression, traduit à la fois le bonheur simple et rustique, et l'invocation fervente.  Reflet du concert donné à la Philharmonie de Berlin, en janvier dernier (cf. NL de mars 2012), cette exécution est frappée au coin de la sincérité.  Et l'on admire, sous la baguette de Rattle, la belle écriture de Dvořák, à la petite harmonie en particulier.  Dans le triptyque  Shéhérazade, Ravel déploie les sortilèges d'une orchestration enchanteresse, l'appel des contes des Mille et une nuits.  « L'influence au moins spirituelle de Debussy » que celui-ci estime « assez visible » est quasi-réalité : un vrai hommage à Claude de France.  Le mystère qui prévaut dans la première mélodie, « Asie », voyage imaginaire dans un Orient de rêve, en dit long sur une profonde admiration.  Le langage de Pelléas et Mélisande n'est pas loin.  Le timbre ambré de Magdalena Kožená pare ces pages d'une aura de secrète magie.  Sa diction immaculée se fait un régal de ces textes superbes, mêlant lascivité et érotisme à peine dissimulé, ce qu'accentue la direction très retenue de Rattle.  Sa Mélisande à la scène y est sans doute pour beaucoup.  L'intonation n'est jamais prise en défaut, mise à part une note aiguë dans « Asie », que même la grande Crespin n'atteignait qu'avec effort.  Rattle, dont on sait l'affinité pour l'idiome français, compose un écrin de choix, que les Berlinois parent de nuances d'une finesse inouïe : la flûte d’Emmanuel Pahud nimbe d'une impalpable douceur, sensuelle, « La Flûte enchantée » et « L'Indifférent ».  L'atmosphère est tout aussi caractéristique des Rückert Lieder de Mahler.  Ces chants, sur des textes évocateurs du poète allemand, participent de l'intime, et l'orchestration s'avère essentiellement chambriste.  Aussi à l'aise que dans la déclamation tchèque ou française, Kožená possède la voix naturelle pour Mahler.  Et l'on savoure les relents de la thématique sonore du « Cor merveilleux de l'enfant », qui parcourt plus d'une pièce.  On est encore une fois bouleversé par « Um Mitternacht », à minuit, évocation de quelque paysage désolé, de par ses courbes fantastiques, son hautbois insinuant pour dire toute la désespérance d'une âme douloureuse.  Avec « Ich atmet' einen linden Duft », je respirais un doux parfum, proche harmoniquement du Chant de la terre, le chant se fait berceuse.  Et l'ultime mélodie, qui se vit tel un adieu serein au monde, et ne trouve l'apaisement que dans le chant, couronne une interprétation à placer après des plus grandes.

 

 

 

« La Lyre de l'âme ».  Déodat de SÉVERAC : Intégrale de l'œuvre pour orgue,  Suite en mi mineur. Cinq versets pour les Vêpres d'un confesseur non pontife. Prélude de Quatuor. Élégie héroïque. Petite suite scholastique. Motets pour chœurs & orgue : Tantum ergo, 4 Cantiques, Salve Regina, Ave Verum, O sacrum convivium.  Olivier Vernet, orgue. Maîtrise des garçons de Colmar, dir. Arlette Steyer.  Ligia : Lidi 010244-12.  TT : 64'10.

Déodat de Séverac (1872-1921), pour ce qui est de la musique instrumentale, n'a pas écrit que pour le piano.  Ayant découvert très jeune, dans son Languedoc natal, les beautés de « la lyre de l'âme », il va cultiver cette passion auprès de son maître Alexandre Guimant, puis à la Schola Cantorum.  Sa production, peu abondante, n'en est pas moins d'une qualité exceptionnelle.  C'est que ce fin musicien, amoureux de la couleur, a renouvelé l'approche de l'instrument : habile improvisateur, il lui confie de belles harmonies, que leur simplicité ne réduisent pas à la pure illustration.  À la différence de plusieurs de ses contemporains, il se refuse à l'effet décoratif et inutilement grandiose.  Cet homme de conviction religieuse cherche dans les sonorités de l'orgue le langage de la foi partagée.  Sa manière est d'une extrême concision.  À l'image La Suite en mi, de 1898, nostalgique et tragique, du Prélude quatuor (1904 ou 1905), élégiaque et poignant, ou des Cinq versets pour les Vêpres d'un confesseur non pontife (1912), d'une étonnante brièveté et d'un total dépouillement, intimiste même, comme des tableaux aussi…  Il en est de même de la Petite suite scholastique, de la même période, sous-titrée « d'après un thème languedocien ».  De ses six brèves parties, on détachera la « Méditation », conclue par une longue pédale, une « Prière-Choral », telle une confidence fervente, une « Cantilène mélancolique », qui précède une « Fanfare fuguée », en forme de refrain.  L'Élégie héroïque, dédiée aux soldats morts pour la Patrie, est sombre dans sa progression, cortège funèbre dont le thème est repris dans différents registres.  Là encore, l'ému le dispute au bouleversant.  Le disque offre aussi un florilège de motets pour chœur & orgue.  Séverac s'inscrit là dans le mouvement pour une recherche de la vraie polyphonie religieuse, aux sources de Palestrina.  Ces pages sont souvent destinées au culte. Tels les Quatre cantiques, confiés à des voix de garçons, au langage sobre, empruntant à la souplesse du plain-chant, loin de toute théâtralisation, magnifiquement soutenus par l'orgue.  Ou les  motets latins, dont un Salve Regina, un Ave verum, ou encore O sacrum convivium, ce dernier pour voix mixtes d'hommes et de garçons.  L'autre intérêt de ce CD réside dans les instruments joués, dont l'orgue Dominique Thomas de la cathédrale de Monaco.  Inauguré en décembre 2011, l'instrument est exceptionnel : de type classique, car issu de la restauration du précédent,  dû à Boisseau, datant de 1975-76, il offre avec ses 77 jeux, une multitude de possibilités, enrichies par une construction architecturale nouvelle, autorisant une sonorité moins étouffée.  Le maître d'œuvre de ces interprétations inspirées est Olivier Vernet, titulaire de l'orgue monégasque, grand spécialiste de la musique française.

      

 

 

« Latino ».  Pièces pour guitare d’Astor PIAZZOLLA, Jorge MOREL, Heitor VILLA-LOBOS, Roland DYENS, Carlos GARDEL, Jorge CARDOSO, Agustín BARRIOS MANGORÉ, Leo BROUWER, Osvaldo FARRÉS, Isaías SÁVIO, Manuel PONCE, Gerardo MATOS RODRÍGUEZ.  Miloš Karadagliċ, guitare. Studioorchester des Europäischen FilmPhilharmonie, dir. Christoph Israel.  Universal/DG : 479 0063. TT : 61'00.

La guitare a-t-elle trouvé son nouveau Segovia ? En tout cas, le jeune et sympathique monténégrin Miloš Karadaglic est sur la trace des grands, et en passe de devenir - matraquage médiatique aidant - une vedette