| www.leducation-musicale.com


Sommaire :
1. L'éditorial de Francis Cousté
: Éducation artistique... et culturelle (?)
2. Informations générales
3. Varia
4. Manifestations et Concerts
5. L'édition musicale
6. Bibliographie
7. CDs et DVDs
8. Entretien avec Jean-François Zygel
9. La vie de L’éducation musicale
Éducation
artistique... et culturelle (?)
Dès
la rentrée 2009, un enseignement d'Histoire des arts sera
obligatoirement dispensé - de l'école élémentaire
à la classe de terminale (annonce faite conjointement par
les ministres de l'Education nationale et de la Culture, le mercredi
30 janvier 2008, en Conseil des ministres). Cet enseignement occupera,
notamment, la moitié des programmes d'Education musicale
et d'Arts plastiques - jusqu'alors consacrés aux "pratiques
instrumentales et picturales" (sic). Il sera également
intégré aux programmes d'Histoire (pour un quart
de l'horaire), de Lettres et de Langues. Assorti des épreuves
ad hoc au brevet des collèges et au baccalauréat...
Sans
préjudice de non moins radieuses perspectives, telles que
- dès la rentrée 2008 - le renforcement des pratiques
artistiques au collège (après 16 heures...) ou le
développement de partenariats avec les grandes institutions
culturelles nationales et locales. Tout projet d'établissement
devra, en outre, comporter un volet culturel. Quant au nombre
de Classes à horaires aménagés, il devrait
passer, en cinq ans, de 200 à 800.
Comment
ignorer, toutefois, que si l'art libére nos désirs,
la culture tend à les juguler ? Que si l'art c'est la chose,
la culture c'est le rapport à la chose ? D'où les
éternelles réticences de nos politiques à
développer - dans le cadre d'un enseignement pour tous
- d'aussi libertaires apprentissages que ceux de la pratique et
de la création artistiques... Faisant, bien au contraire,
en sorte que les arts perdent de leur hédoniste dangerosité
- addiction à la liberté et aux plaisirs des sens
-, voire qu'ils disparaissent, tels d'endoréiques cours
d'eau, dans les glorieuses incontinences verbales ou scripturales
de la culture. Nostalgie de l'impénitent bavard que fut
un Malraux...
Est-il
sage, pour autant, de jouer l'art contre la culture, de se claquemurer
dans sa discipline ? Assurément non ! Il n'empêche
que l'éducation - naguère initiatrice et informative
- ne dispense plus guère aujourd'hui que des informations
destinées à asservir l'homme à ses futures
fonctions. Cependant que les pratiques musicales - démarches
initiatiques s'il en est - structurent bien plutôt les sensibilités
et forgent les caractères...
Prenons garde
à ce que ne soit bientôt défait le peu qu'il
nous reste encore !
Francis B. Cousté

Haut
BOEN n°11,
du 13 mars 2008, p.459 : Classes préparatoires aux grandes écoles.
Discipline complémentaire Musique : Composante
historique et socio-économique (histoire de
la musique, esthétique & culture musicale
générale / musique & société), Composante analytique et pratique (l’œuvre & son image /
l’œuvre, sa réalisation & son interprétation).
Le
Bulletin officiel de
l’Éducation nationale est librement
consultable sur :
www.education.gouv.fr/pid285/le-bulletin-officiel.html
CFMI
d’Aix-en-Provence. Les tests d’entrée à ce Centre de formation de musiciens
intervenants se dérouleront du lundi 16 au vendredi
20 juin 2008. Inscriptions closes le lundi
5 mai 2008. Renseignements : 04
42 95 32 40. www.cfmiprovence.com
Conseil européen de
la musique (EMC). Du 17 au 20 avril 2008, sa conférence annuelle est domiciliée à Brno,
ville chère au cœur de Leoš Janáček.
Thème : « L’accès à la musique : agir au niveau
européen pour l’améliorer au niveau local ».
Renseignements :.
www.emc-imc.org
« Portrait de
l’ornithologue Olivier Messiaen », par François-Bernard Mâche [notre photo] : http://www.canalacademie.com:80/Olivier-Messiaen-ornithologue.html
À la Maison de l'Amérique Latine, un jeudi
par mois, de 18h30 à 20h, la « Tribune de
la musique, des disques et des spectacles »
invite des musiciens, chanteurs, compositeurs,
ethnomusicologues, danseurs, anthropologues, vidéastes
ou cinéastes documentaires à débattre autour des
musiques d'Amérique latine, qu'elles soient traditionnelles,
populaires ou savantes, et présente CDs, livres,
partitions, films ou videos-films de production
récente.
Le site
web de la Maison de l'Amérique
Latine communique la liste des invités une quinzaine
de jours avant la séance. Prochaines
séances : les 10 avril, 22 mai et 12 juin
2008. Renseignements : 217, bd Saint-Germain, Paris VIIe.
Tél. : 01 49 54 75 00. www.mal217.org
2008 : Année du centenaire de la naissance
du grand guitariste, poète et compositeur argentin
Atahualpa Yupanqui.
Quelle gouvernance
territoriale pour l’éducation artistique et culturelle ? Tel est le thème du Colloque national
qui se déroulera, le jeudi 29 mai 2008, à
Chambéry (Centre de Congrès « Le Manège »).
Renseignements :
04 79 33 30 30. www.cneac.info
ou www.observatoire-culture.net
Le programme Opéra-Université
accueille, chaque saison, près de 2 000 jeunes
dans le cadre de « parcours » proposés
autour de productions de ballet et d'opéra.
Un partenariat rassemble des élèves de l'Institut
national des jeunes aveugles, des étudiants
de Sciences-Po et de l'Université
de Paris I. Deux manifestations publiques
clôtureront ce partenariat : le mardi 15
avril, à 19h, au Studio Opéra-Bastille, sur le
thème « Figures de l’exclusion dans la cité »
et, le jeudi 17 avril à 19h, en l’Institut national
des jeunes aveugles [notre photo], concert par
l’Ensemble vocal de l’INJA, le Chœur et l’Orchestre
de l’Institut d’Études politiques, sur le thème
de l’exil intérieur ou réel (œuvres de Haendel
à Hindemith). Renseignements : Évelyne Paris.
Tél. : 01 40 01 24 96. eparis@operadeparis.fr
Hervé
Désarbre, organiste du ministère de la Défense, titulaire de l’orgue historique
du Val-de-Grâce, à Paris [notre photo], donnait,
le 9 mars 2008, le concert d’ouverture du Festival
international d’orgue de Moscou, aux claviers
du mythique Cavaillé-Coll de la Grande salle du
Conservatoire Tchaïkovsky. Le 15 mars 2008,
il créait, au Val-de-Grâce [notre photo], le Concerto pour orgue, trompette & orchestre
à cordes, composé par Aubert Lemeland à la
mémoire des soldats morts pendant la Première
Guerre mondiale. Il était accompagné par
l’Orchestre de la Garde républicaine, dir. Sébastien
Billard. Renseignements : www.desarbre.com
Le XVIe
Concours international de piano Frédéric Chopin se déroulera, à Varsovie,
du 2 au 23 octobre 2010. Il est ouvert à
tout pianiste né entre 1980 et 1993. Présélection :
du 12 au 21 avril 2010. Renseignements :
www.konkurs.chopin.pl
ou www.nifc.pl

***
Gérard Grisey : « Nous sommes des musiciens
et notre modèle est le son, pas la littérature ;
le son, pas les mathématiques ; le son, pas
le théâtre, ni les arts plastiques, ni la théorie
quantique, ni la géologie, ni l’astrologie, ni l’acupuncture. »
Ce buste de Jean-Sébastien Bach, reconstitué grâce à une technique de modélisation informatique
médico-légale, a été présenté le 3 mars 2008 au
Musée J. S. Bach d’Eisenach, ville natale
du compositeur. Sa ressemblance est estimée
à quelque 70 %.
Le Teatro Colón de
Buenos Aires,
mythique scène lyrique, ne pourra célébrer son centenaire,
en 2008. Motif invoqué : prolongation
des travaux de restauration. Réouverture en
2010. Renseignements : www.teatrocolon.org.ar
Igor Stravinski :
« Le film ne saurait se passer de musique,
pas plus que je ne saurais moi-même me passer de
tapisser de papier peint les parties nues du mur
de mon studio. Mais ne me demandez pas de
considérer mon papier peint comme une peinture ou
de lui appliquer les canons de l’esthétique. »
Un site remarquable… Dédié aux activités de notre collègue
Jean-Pierre Chalet - réputé musicien de jazz, compositeur
et humaniste - ne manquez pas de visiter :
www.jpchalet.com
« La
réussite en Éducation musicale, des facteurs individuels
aux facteurs contextuels ». Il s’agit là d’une thèse de toute première importance. Librement
accessible sur : http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00259778/fr

Lauréats de l’Académie
des Beaux-Arts. Grand Prix d’Orgue Jean-Louis Florentz : Saki Aoki.
Prix
de Composition musicale Pierre Cardin :
Krystof Maratka. Prix
pour le Chant choral Liliane Bettencourt :
Les Jeunes Solistes, dir. Rachid Safir. Prix de Composition musicale de la Fondation
Simone & Cino del Duca : Gilles
Tremblay. Prix
Bernier : Marie-Laure Ragot et Simon-Pierre
Perret pour leur ouvrage Paul
Dukas (Fayard). Prix
Paul Marmottan : André Lischke pour
son ouvrage Histoire de la musique russe, des origines
à la Révolution (Fayard). Prix de la Fondation Thorlet :
Gérard Denizeau [notre photo] pour son ouvrage Jean Dewasne, traité d’une peinture plane et autres écrits (Minerve).
Renseignements : 23, quai de Conti, Paris VIe.
www.academie-des-beaux-arts.fr
À la Bibliothèque de
l’Institut de France, Camille Saint-Saëns, Jacques Halévy, Jules Massenet, Claude Debussy et
Henri Büsser firent don d’œuvres musicales autographes.
Il faut aussi mentionner le don, par un particulier,
en 1921, du manuscrit autographe de huit œuvres
de Mozart. Cette bibliothèque vient de se
voir, en outre, confier les archives du musicologue
Bernard Gavoty.
Nouveaux catalogues
librement consultables en ligne. Celui de la Bibliothèque Mazarine (www.bibliotheque-mazarine.fr)
comporte déjà 170 000 notices. Celui
de la Library of Congress [notre photo] (www.flickr.com/commons) propose plus
d’un million d’images.
Le Printemps de Bourges :
Du
15 au 20 avril 2008, ce Festival des musiques actuelles
programme plus de 100 groupes et artistes - chanson,
world, rock, pop, folk, metal, hip-hop, reggae,
soul, musiques électroniques… Renseignements : www.printemps-bourges.com
Accentus & Le Jeune
Chœur de Paris,
dir. Laurence Equilbey [notre photo] développent
leur action culturelle en direction des publics
scolaires, des conservatoires & des « publics
empêchés » (milieu hospitalier, pénitentiaire
et maisons de retraite). Renseignements : Alice de Monfreid. Tél. : 01
42 46 20 24. a.demonfreid@accentus.fr
ou www.accentus.fr
Budget 2008 de l’Ircam,
Institut
de recherche & coordination acoustique/musique
[notre photo] : 10 097 437 €.
Ressources propres : 3 155 397 €,
soit plus de 31 % d’autofinancement.
Subvention : 6 567 040 €.
Renseignements : www.ircam.fr
Bourse de talent Jean-Luc
Lagardère (25 000 €). Si vous êtes auteur et/ou compositeur et/ou interprète
de moins de 30 ans, n’hésitez pas à déposer votre
dossier – au plus tard le 14 juin 2008. Renseignements : www.fondation-jeanluclagardere.com
De l’Académie des Beaux-Arts,
le blog : http://www.academie-des-beaux-arts.fr/debats
À l'Opéra-Comique. Roméo et Juliette, opéra de Pascal Dusapin [notre photo], a été composé en 1989 (pour le bicentenaire
de la Révolution), en collaboration avec l'écrivain
Olivier Cadiot. Par la technique du montage,
le fractionnement du texte et la virtuosité vocale,
les auteurs ont souhaité remettre à plat le genre
opératique. Personnages-titres (dédoublés)
et situations sont traités comme des archétypes.
Avec le concours d’un quatuor vocal et d’un chœur
important. Les 28 et 29 avril, 2 et 5 mai
2008. Renseignements : 08 25 01 01 23.
www.opera-comique.com
Le jeune corniste étasunien
Kevin Rivard [notre photo] a remporté le Concours international de cor de Paris/Ville-d’Avray.
Renseignements : http://jlpetit.club.fr/concours_international/index.html
***

Haut
« Mai 68 et la musique », tel est le thème du colloque qui
se déroulera, sous la direction de Pierre Albert Castanet
& François Nicolas, les 3 et 4 avril 2008, au Conservatoire
national de région de Paris (14, rue de Madrid, Paris
VIIIe). Sur le même thème, un Atelier
musical se déroulera le jeudi 22 mai 2008. Entrée
libre. Renseignements :
www.cnr-paris.com
Alain Louvier est « compositeur
invité » à la Semaine de musique contemporaine (9-15 avril 2008)
du Conservatoire national de région de Boulogne-Billancourt.
Avec le concours, notamment, de l’Orchestre du CNR [notre
photo]. Entrée libre, sur réservation.
Renseignements : CNR – 22, rue de la Belle-Feuille, 92100
Boulogne-Billancourt. Tél. : 01 55 18 45
85. www.bb-cnr.com
« Momo », spectacle musical pour jeune public
(4-10 ans), de Pascal Dusapin [notre photo], sera donné,
du 7 au 12 avril 2008, en la salle Bizet de l’Opéra
Comique. Renseignements : 0 825
01 01 23. www.opera-comique.com
Auditorium du Musée
d’Orsay. Dans
le cadre des week-ends « Portes ouvertes »
de Radio France, est programmé : Beethoven
et la musique française du XIXe siècle
(concerts de musique de chambre), les 5, 6, 12, 13,
19 et 20 avril. Entrée libre. Renseignements :
http://www.musee-orsay.fr/fr/manifestations/musique.html
« Des ténèbres
à la lumière », tel
est l’intitulé de la tournée régionale que l’Orchestre
national d’Île-de-France, dir. Yoel Levi [notre photo],
consacre à Gustav Mahler. Programme : Kindertotenlieder (Ekaterina Semenchuk,
mezzo-soprano), Symphonie
n°5 en do# mineur. Meudon (92) : 11
avril, 20h45. Suresnes (92) : 12 avril, 21h.
Saint-Quentin-en-Yvelines (78) : 13 avril, 16h.
Meaux (77) : 15 avril, 21h. Paris (75) :
20 avril, 16h. Renseignements : 01
43 68 76 00. www.orchestre-ile.com
« Les Musiques »,
Festival
international des musiques d’aujourd’hui, se déroulera
à Marseille du 17 au 26 avril 2008. Concerts,
spectacles, danse, rencontres… Avec, notamment,
plusieurs œuvres & créations du compositeur Bernard
Cavanna. Ainsi que différents spectacles multimédia,
la résidence des Percussions de Strasbourg et le concours
d’une dizaine de formations de musique contemporaine.
Tarif unique : 5 €. Renseignements :
04 96 20 60 10. www.gmem.org
Journées Tristan Murail,
à Genève. Le
dimanche 27 avril, à la Radio, studio Ernest-Ansermet :
rencontre avec Françoise Nyssen, œuvres de Tr. Murail,
I. Fedele, J. Harvey et G. Benjamin.
Le lundi 28 avril, au Victoria Hall, œuvres de Tristan
Murail [portrait ci-dessous] : Désintégration
pour grand ensemble & bande magnétique (1983), La Barque mystique pour flûte, clarinette, violon, violoncelle &
piano (1993), Terre
d’ombre pour grand orchestre (2004). Renseignements : +41 (0)22 329
24 00. www.contrechamps.ch
Le 1er « Festival
de musique de Bougival » se déroulera du 18 au 31 mai 2008. Avec, les 18 et
19 mai, en la Villa Viardot, une master-classe sur Carmen de Bizet, par Teresa Berganza. Renseignements : 01
39 69 55 12. festivaldebougival@free.fr
ou www.lesamisdebizet.com
« Klag Babylonis » : Le lundi 5 mai, à 20h, en l’Auditorium du Louvre [notre photo], le Jeune
Chœur de Paris et un ensemble instrumental (dir. Laurence
Equilbey & Geoffroy Jourdain) interpréteront des
motets de Georg Philipp Telemann, An dem Flüssen Babylons de Johann Philipp
Kirnberger, le Te
Deum de Felix Mendelssohn et deux créations pour
chœur a cappella de Bruno Mantovani et Oscar Strasnoy. Renseignements :
01 40 20 55 55. www.louvre.fr
Le Festival « Extension
du domaine de la note », 8e édition, se déroulera, du 5 au 31
mai 2008, à Paris et dans le Val-de-Marne. Films,
concerts, théâtre musical… Renseignements : 01 43 78 80 80. www.alamuse.com
Le Festival international
des Chœurs de montagne se déroulera, du 10 au 13 juillet 2008, à Saint-Martin-Vésubie,
Parc du Mercantour (Haut pays niçois). Avec le
concours, notamment, des Chœurs de Crimée, de Vox Bigerri
(ensemble tarbais) et du Coro della Sat (Società Alpina
di Trenta, www.corosat.it)
– dont le chef, Mauro Pedrotti, animera en outre une
masterclass. Renseignements :
04 93 03 37 86. http://leschoeursdumercantour.fr.st
Francis Cousté

Haut
PIANO
Astor PIAZZOLLA :
Vuelvo al
sur. Tangos
et autres pièces. Boosey & Hawkes (www.boosey.com).
Ce superbe album inclut les partitions originales, pour piano,
de Vuelvo
al sur et de Los sueños, extraits de la bande originale
du film Sur
de Fernando Solanas, des extraits de la musique
du film El
sueño de una noche de verano, ainsi que Mumuki,
Sin rumbo,
Milonga for three, Milonga picaresque
et Street
tango. Accessible à tout honnête pianiste.
Christopher NORTON :
MicroLatin. 20 pièces basées sur rythmes latinos,
pour pianiste débutant. Boosey & Hawkes.
Partitions faciles, à écouter puis jouer en même temps que
le CD d’accompagnement (40 pistes) - enregistré
par une authentique formation latino-américaine.
Furieusement stimulant !
Francis Gérimont
FORMATION MUSICALE
Jean-François ALEXANDRE :
Invitation
à la musique. Second
cycle de Formation musicale. Volume 6.
1 vol. 1 CD. Combre : C06555.
Dans notre livraison de janvier-février 2007, nous avions
rendu compte du volume 5 de cette méthode de formation
musicale. Par rapport au précédent, ce volume
ajoute un cours de technique du son : initiation
aux phénomènes acoustiques, à la sonorisation
et à l’enregistrement, un cours de jazz (réalisé
par Aurélie Verrier) et des exercices d’écriture :
harmonisation et écriture d’un accompagnement.
On trouve, comme dans le précédent volume, les
« ateliers créatifs » et des « réalisations ».
Voilà donc un ouvrage extrêmement riche et complet.
Le CD fait évidemment partie intégrante de la
méthode.
Anne-Marie GROSSER :
1 – Les
poissons et autres animaux aquatiques. « Trésors d’enfance », anthologie thématique de
la chanson d’enfants. 1 vol. 1 CD.
Fuzeau : 8244.
Bien qu’il ne s’agisse pas, à proprement parler, d’une nouveauté,
il est bon de rappeler l’existence de cette anthologie
fort agréablement présentée et contenant les trésors
de la mémoire populaire. S’agissant de chansons
de tradition souvent orale, on pourra parfois
regretter le choix de telle variante musicale
ou encore le patronyme de Charles Gros attribué
au grand Charles Cros. Ce n’est pas une
édition critique… Mais foin de ces remarques !
Assortie d’une bibliographie et d’une discographie,
cette collection peut rendre de grands services.
Anne-Marie GROSSER,
10 – La nature. La rivière, la mer, la montagne,
la forêt… « Trésors d’enfance ». 1 vol.
1 CD. Fuzeau : 0504.
Les précédentes remarques concernent également ce volume.
Le CD, comme dans le précédent, est essentiellement
destiné à l’apprentissage. Cette collection ne
comporte pas moins de trente recueils répartis
en quatre coffrets.
Marie-France BONNET,
Gaëlle COURTINE, Gilles LAMUGNIÈRE, Jean-Luc BROUILLON :
Au-delà de la chanson. Écouter, chanter, bouger, jouer,
inventer… N°2 – spécial cycle 3. 1 vol.
1 CD. Fuzeau : 9747.
Le titre laisse deviner l’ambition de ces petits volumes :
exploiter les chansons sous tous leurs aspects.
Outre le texte musical, le petit livre contient
donc d’abondants conseils pédagogiques.
Ces conseils concernent non seulement la mise
en œuvre vocale, mais aussi les possibilités d’écoute,
de gestique et même de jeu instrumental. C’est
très bien fait, joliment illustré, et le CD, qui
contient chansons et play-back, est de grande
qualité esthétique. Un régal !
ORGUE
Louis VIERNE :
3e Symphonie, op. 28. L’œuvre d’orgue, vol. III.
Bärenreiter : BA 9223.
Il est bien agréable de retrouver l’œuvre de Louis Vierne
dans une présentation aussi intéressante. Outre
une grande clarté et facilité de lecture, cette
édition nous offre une copieuse préface trilingue,
notamment en français. L’ensemble du rapport critique
est également en français. Cette édition a été
faite à partir de l’édition de 1912 et du manuscrit
autographe. C’est dire l’intérêt du travail
accompli. Ajoutons qu’en tête de cette édition
figure une photographie de Louis Vierne à la tribune
de l’orgue de Notre-Dame de Paris vers 1910. On
appréciera également la présence de trois pages
en fac-similé du manuscrit, dont la première comporte
la dédicace à Marcel Dupré.
Jean-Sébastien BACH : Weimarer orgeltablatur. Œuvres de Buxtehude, Reinken et Pachelbel.
Édition : Michael Maul et Peter Wollny. Bärenreiter :
BA 5248.
Voici que nous est proposée l’édition d’un manuscrit datant
des années 1700, en partie de la main de Bach
et en partie vraisemblablement de celle de son
élève Johan Martin Schubart. Tout l’intérêt de
ce manuscrit est de nous donner des versions originales
d’œuvres de Buxtehude, Reinken et Pachelbel. On
lira avec grand profit les passionnantes explications
fournies par les éditeurs – malheureusement seulement
en anglais et en allemand.
PIANO
Roger COHEN :
Cinémaginaire. 7 pièces originales pour piano.
1 vol. 1 CD. Hit Diffusion.
Ces sept pièces – allusion, bien sûr, au septième art - vont
du Paris des années folles au Mississipi, en passant
par les grands espaces et les déserts de glace.
Rien de mièvre dans ces évocations. Simplement
une belle musique qui raconte des histoires et
pourra aisément nourrir l’imaginaire des élèves,
les aidant à transmuter les notes en musique…
Ajoutons que le CD enregistré par l’auteur est
un exemple de délicatesse et de poésie.
Lucie ROBERT-DIESSEL :
Toccata
pour piano. Combre : C06583.
Il s’agit d’une œuvre imposée pour le Concours International
Jean-Sébastien Bach de décembre 2008. Premier
Grand Prix de Rome et ex-professeur au CNSMDP,
Lucie Robert-Diessel a composé une œuvre d’aujourd’hui
dans la structure classique de la Toccata, en
commençant par un prélude non mesuré.
GUITARE
Pascal BOURNET :
En descendant
l’Amazone, 7 pièces pour guitare seule inspirées
du répertoire traditionnel des Andes et du Brésil.
Van de Velde : VV 280.
D’un niveau de deuxième cycle, ces sept pièces portent des
titres évocateurs : Prima
flora ou Locomotora
loca… Inutile de dire qu’elles vont affiner
le sens du rythme des élèves. Mais elles ont surtout
beaucoup de charme et de poésie.
VIOLONCELLE
Frédéric BORSARELLO :
Curiosités. 5 pièces pour violoncelle
seul. Delrieu : GD 40 015.
Il s’agit de « courtes pièces originales pour expérimenter
des réflexes digitaux et gestuels dans la découverte
de sonorités contemporaines ». Par
exemple, la pièce Domino 7 est constituée d’un ensemble de séquences musicales
indépendantes les unes des autres. Il appartient
donc à l’interprète, après avoir assimilé chacun
des « dominos », d’établir la succession
des séquences à relier par un pont, également
au choix… Toutes les techniques contemporaines
sont par ailleurs utilisées dans ce recueil.
PERCUSSIONS
Jean-Jacques FLAMENT :
Sauterelle
pour caisse claire et piano. Lafitan :
P.L. 1740.
Cette Sauterelle porte
bien son nom, qui permettra au jeune batteur de
montrer son habileté rythmique et son sens de
la pulsation. La partie de piano n’est pas très
difficile mais le pianiste devra marier son sens
rythmique à celui de son compagnon !
François BOCQUELET :
Berceuse
pour Anaïs, pour vibraphone et piano. Lafitan :
P.L. 1785.
De niveau facile, cette charmante pièce n’est pas sans rappeler
les harmonies debussystes ou fauréennes, ni sans
évoquer certaines berceuses bien connues… Ne boudons
surtout pas notre plaisir qui sera, j’en suis
sûr, partagé par les exécutants.
Thierry DELERUYELLE :
Tranquille, pour xylophone et piano. Lafitan :
P.L. 1777.
Une pièce bien tranquille et sage dont le rythme ternaire
risque cependant de donner quelques soucis aux
exécutants. Juste ce qu’il faut de frottements
pour aiguiser l’oreille… Une pièce agréable et
pleine de charme.
MUSIQUE D’ENSEMBLE
Olivier ALAIN :
Threnos
(Deuils), op. 167 pour piano et orgue.
Annotations & adaptation par Marie-Claire
Alain. Delatour : DLT1484.
Nous ne reviendrons pas sur l’intérêt que constitue l’édition
posthume des œuvres d’Olivier Alain, dont les
talents de directeur et de professeur ont un peu
éclipsé les mérites de compositeur. Peu
d’auteurs se sont risqués à allier ces deux instruments.
Cette œuvre, d’un caractère à la fois tragique
et angoissé, avec son cheminement de la douleur
à l’espoir, connaîtra, espérons-le, une large
diffusion. Marie-Claire Alain, qui édite
ainsi les œuvres de son frère, a complété le manuscrit
par les indications de registration et d’interprétation
qui faisaient défaut.
Daniel Blackstone
***

Haut
Luigi NONO : Écrits. Traduits (italien, allemand)
& annotés par Laurent Feneyrou. Préface
de Philippe Albèra. Contrechamps (www.contrechamps.ch).
Catalogue des œuvres avec notices du compositeur,
index, CD inclus (Conférence du 17/03/83, Genève).
720 p, 47 €.
Louons l’éditeur genevois pour ces volumes d’écrits de compositeurs
publiés avec le plus grand soin (Bartók il y a peu) !
Luigi Nono (1924-1990) a souhaité, avec ses compositions
résolument modernes, « témoigner de la réalité
historique » et ainsi « contribuer à l’éveil
de la responsabilité, à la lutte ». Un
engagement total, technique et idéologique, que réaffirment
ses nombreux textes, parfois strictement politiques :
manifestes, polémiques, témoignages sur les peuples
sud-américains en lutte, etc. Une
langue curieusement hachée y articule création
et révolution sous le signe d’une doxa
marxiste raide et rarement consciente des dérives
liberticides (appel cependant sans réserve pour Solidarność).
Mais cette rhétorique incantatoire, surtout inquiète
de ne jamais délier formes musicales nouvelles et
contenu militant, met à jour certains fondements d’une
des œuvres majeures du XXe siècle :
« utilisation critique des langages », actualité
et « matérialité » des moyens électroniques,
refus de l’eurocentrisme, sources idéologiques d’une
nouvelle conception du théâtre musical (Meyerhold,
Piscator, Svoboda…), conception de l’œuvre comme pratique
sociale, etc. Elle peut aussi condamner l’anhistorique
« régression cagienne » ou le fétichisme
scientifico-technique sans conscience de Stockhausen.
En revanche, on cherchera en vain quelque chose de
vraiment clair sur l’esthétique infantile des musiques
composées sous les régimes communistes ou sur la qualification
de « décadence bourgeoise » que ceux-ci
accolaient à toute musique aventureuse comme celle
de Nono [notre photo]. Mais qui ne souscrirait
au projet fondamental : « réveiller l’oreille » ?
Les éditions MF (ex-Musica Falsa. www.editions-mf.com) assurent depuis une
dizaine d'années la publication de 6 collections d'ouvrages :
romans, essais ou livres d'art, qui entendent contribuer
à la réflexion philosophique comme au débat politique
tout en accordant une place centrale à la musique.
Les deux livres ci-dessous recensés attestent de la
grande qualité du label MF, antidote à l'insignifiance,
l'irresponsabilité, au bling-bling.
Pierre
GERVASONI : La musique contemporaine en
100 disques. MF. 224 p.
La
routine de musiques usées jusqu'à la moelle vous apparaît
soudain mais les partitions contemporaines vous font
peur : ce guide est pour vous. L'auteur,
critique au Monde et notre collègue, y présente
une sélection plutôt consensuelle de disques monographiques
« de qualité » que balise une typologie
par « modes d'accès » : histoire, profils
créatifs, quête spirituelle, etc. Rien d'abscons
par conséquent, ni de technique, le strict minimum
étant renvoyé en un parfait mini-glossaire.
Mais éclairage par images justes ou métaphores lumineuses
des voies que chacune des œuvres risque de tracer
en notre sensibilité. Soit, en toute simplicité
(et aussi humour), un livre de « partage d'émotion ».
Hugues DUFOURT : Essais sur les principes de la musique.
Tome I : Mathesis et subjectivité. Des conditions historiques de possibilité
de la musique occidentale.
« Répercussions », MF. Index. 396 p.,
26 €.
La musique occidentale s'est peu à peu détachée du pythagorisme
en devenant construction du temps. C'est ce
qu’Hugues Dufourt [notre photo] analyse dans le premier
tome d'une tétralogie qui s'annonce de première importance.
Revenant longuement sur les concepts mathématiques
des Grecs, qui construisent une vision du monde fondée
sur le principe des proportions, induisant aussi bien
les fondements théoriques de la musique que l'affirmation
autoritaire de la hiérarchisation du social, l'auteur
montre comment l'Occident s'est graduellement défait
de ces idéologies antiques sous la poussée des avancées
scientifiques qui, progressant vers le continu et
l'infini (ensemble des réels, concept de limite, calcul
différentiel...), ont permis de concevoir le temps
dans l'uniformité de son écoulement et donc comme
une variable indépendante dont les variables musicales
(mètre, harmonie...) seraient des fonctions.
Le XVIIe siècle, où « la musique se
trouve au carrefour des sciences », est alors
l'objet d'approches approfondies. La science
physique s'y fait « résolument mathématique »
et la qualité des sensations s'y voit traitée dans
l'intensité de ses grandeurs, un travail d'objectivation
qui fonde les paradigmes de la rationalité musicale
telle qu'elle s'instaure avec les fonctions tonales.
« Le cap de la modernité ne peut être franchi,
en musique, qu'à partir du moment où sa mathesis s'y
prête ». C'est ainsi que la musique savante
occidentale exprime en son abstraction croissante
« les mouvements indéchiffrables de l'intériorité
subjective » et qu'elle sait aujourd'hui élaborer
l'indéterminé et le confus, « exhiber les terreurs
originelles ». Loin du réconfort et de
la simplicité, elle « aiguise notre perception
du monde » (on ne peut oublier les horizons et
tempêtes aux splendides camaïeux de plomb des œuvres
de Dufourt). Ces questions passionnantes et
complexes, adossées aux thèses de Max Weber (Sociologie de la musique, Métailié), sont présentées dans une langue
claire et dense qui reformule constamment ses propositions
en les affinant. La lecture sera cependant plus
aisée avec quelques bases en mathématiques.
Paul Gontcharoff
Céline MAQUA : L’apogée
du masque au XVIIIe siècle ou La Sérénissime masquée, L’Harmattan, 16,50 €.
Abstract
d’une thèse soutenue en Sorbonne sous l’autorité de
Michèle Barbe, spécialiste accomplie des rapports
entre les expressions artistiques, cet ouvrage retrace
l’historique du masque dans la Venise du XVIIIe
siècle, un masque qui devient une façon de penser
la création et ses avatars dans un contexte culturel
et social complexe. Sont ainsi répertoriées
les significations psychologiques et symboliques du
masque vénitien, sa fonction sociale, sa position
privilégiée dans le faisceau interactif des diverses
expressions sensibles. Sollicitant la musique,
le théâtre, la peinture, Céline Maqua met à jour ce
qui permet ici une articulation fusionnelle et méta-sensorielle
qui ne relèverait pas de la seule analogie, conférant
à son étude une ampleur qui ne pourra que séduire
les tenants d’un véritable éclectisme culturel.
Gérard Denizeau
Michaël ANDRIEU :
Jean-Jacques Werner. Mille ponts entre un homme & sa musique. Delatour.
106 p.
Par son approche multiple, ce livre - loin de
doubler l’excellente monographie consacrée par Pierrette
Germain à Jean-Jacques Werner et le dernier Catalogue
de ses œuvres (2006) - s’inscrit en complément.
Le sous-titre « Mille ponts… » se réfère
à sa Cantate n°5 Tausend Brücken (1982) pour
soprano et orchestre, sur le poème de Maxime Joinville-Ennezat.
J.-J. Werner [notre photo], né à Strasbourg, en 1935, compositeur, harpiste,
chef d'orchestre, pédagogue, administrateur, a suivi
les cours de Fritz Munch au Conservatoire de sa ville
natale, de Daniel-Lesur et Pierre Wissmer à la Schola
Cantorum, du chef américain, Léon Barzun, entre autres.
Sa brillante carrière de chef d’orchestre international
ne l’a pas empêché de composer, d’enseigner ou d’administrer.
Pour souligner la complexité et la richesse de son
œuvre, M. Andrieu a d’abord interviewé le compositeur,
puis réuni des documents (articles, textes de présentation
de disques…). Cette double démarche lui permet de
fournir des clés d’analyse, de favoriser une approche
esthétique et synthétique, sans perdre de vue la dimension
humaine et l’insertion du musicien dans le monde artistique
contemporain. À partir d’exemples précis, l’auteur
dégage les principales caractéristiques d’écriture
du maître : contrepoint, timbre, rythme, structure,
genres musicaux, mais aussi présence du choral luthérien,
du lyrisme et spéculations sur l’utilisation de « grappes »
et de « fusées ». Ce livre contribue
à une meilleure compréhension de la personnalité exceptionnelle
de J.-J. Werner qui n’a pas dit son dernier mot et
dont l’œuvre aux accents si profondément humains mériterait
d’être plus largement diffusée. Il éclaire à
la fois les activités artistiques, compositionnelles,
pédagogiques et administratives de ce musicien à la
vaste culture musicale qui, éloigné de toute école,
veut « être dans son temps pour partager avec
ceux de son temps » (p. 89).
Christophe CORBIER :
Maurice Emmanuel. Bleu Nuit (30, rue Grégoire de Tours 75006 Paris.) « Horizons »,
176 p., 20 €.
Si de nombreux articles ont été consacrés à Maurice
Emmanuel (1862-1938), en revanche une monographie
en langue française faisait défaut. Christophe
Corbier, secrétaire général de l’association éponyme,
spécialiste de musique française et de littérature
comparée, vient de combler cette lacune sur ce compositeur
et musicologue français. Selon les préoccupations
de son temps, il s’est intéressé aux modes anciens,
à l’accompagnement modal des psaumes. Son Histoire
de la langue musicale souligne l’évolution de
la musique depuis l’Antiquité grecque jusqu’à son
époque. Ses conceptions, assez proches de celles
de F.-A. Gevaert, d’A. Gedalge et de L’histoire
de la langue française de F. Bruneau (1905) accentuent
davantage les notions d’intervalles, d’échelles, d’harmonie,
de notation et de rythmique. Considérant la
musique comme un « organisme vivant qui se développe
progressivement », il est à la fois historien,
musicologue, esthéticien. Son enseignement au
Conservatoire lui permettra de diffuser ses idées,
dans le respect du passé et de son époque. Par ses
analyses, ses commentaires et ses exemples musicaux,
cet ouvrage - abondamment illustré, accompagné d’un
excellent Tableau synoptique événementiel, d’une Liste
des 33 œuvres conservées et d’une Discographie sélective
- apporte une précieuse contribution à une meilleure
connaissance du rôle de Maurice Emmanuel dans la culture
française.
Jean BÉRENGER : Joseph II d’Autriche,
serviteur de l’État. Fayard. 623 p.
27 €.
« Serviteur de l’État », mais aussi
bon musicien : voilà ce que révèle, entre autres,
Jean Bérenger, l’historien bien connu, dans sa monographie
de Joseph II (1741-1790), en 20 chapitres, accompagnée
d’une Bibliographie, d’une Chronologie,
d’un Glossaire, de Cartes et d’un Index
important. Au fil des chapitres, l’auteur, spécialiste
de l’Europe centrale, situe d’abord la monarchie autrichienne
dans son contexte (diversité linguistique et confessionnelle,
entre autres), présente les ancêtres, puis donne un
aperçu de la jeunesse et de l’éducation du futur monarque.
À remarquer : les révélations sur « Joseph II,
musicien » (p. 62 sq.), mélomane
averti pour lequel la musique constitue « l’un
de ses passe-temps favoris » ; il la pratique
quotidiennement dans un ensemble de musique de chambre,
joue du violoncelle, du clavecin, chante également
des airs d’opéra en s’accompagnant. Comme le
souligne un correspondant anonyme, « s’il y avait
dans notre capitale quelqu’un qui aimait et appréciait
la musique, c’était bien lui ». Il a contribué
à l’essor de la musique instrumentale lors de concerts
publics (au Burgtheater…). Il entretenait un
ensemble de huit instruments à vent. Son jugement
était solide. Il ne faut donc point s’étonner de trouver
dans l’Index des noms tels que J. J. Fux,
K. D. von Dittersdorf, Chr. W. Gluck, I. Pleyel,
A. Salieri, parmi d’autres. L’Empereur est aussi
présenté dans son environnement familial, par rapport
à l’Allemagne, l’Europe de l’Est, la France, l’Italie.
Son apport à la culture est non négligeable. On trouvera
également des renseignements sur la politique ecclésiastique,
la réforme liturgique, les réformes sociales.
Il a ouvert Vienne aux idées des Lumières et au principe
de tolérance. Les sources de première main,
notamment sa correspondance, souvent rédigée en français,
garantissent la nouveauté et l’authenticité de cette
monographie qui comble une très sérieuse lacune.
Édith Weber
Philippe CASSARD : Franz Schubert. Petit
lexique amoureux. « Classica »,
Actes Sud. 10 x 19 cm, 128 p.,
15 €.
De la plume fervente du pianiste Philippe Cassard, voici
un merveilleux hommage au compositeur de lieder, dont
toute l’œuvre converge, selon l’auteur, vers le chef-d’œuvre
ultime, la Sonate en sib majeur D.960. Parmi les mots-clés
de ce lexique, citons : Wanderer,
Sehnsucht,
schubertiades, Moderato, Vienne, Nacht… ou bien noms de personnages familiers du musicien : Vogl,
Goethe, Mayrhofer, Seidl… Index, repères bibliographiques,
discographie.
Marie-Catherine GOURDON :
Écritures de
femmes. « Cahiers-répertoire »
n°7. Musique-Danse Bourgogne (BP 40046, 21072
Dijon Cedex. Tél. : 03 80 68 23 59. marie-catherine.gourdon@mdbg.org).
21 x 21 cm, 56 p.
Les écritures de femmes sont à l’honneur dans cette publication.
Depuis les premiers siècles de notre ère jusqu’à la
fin du XXe siècle, y sont en effet recensées…
102 compositrices. Cahier-répertoire assorti
d’éléments bibliographiques & discographiques,
d’une sélection de sites Internet, ainsi que d’un
catalogue d’œuvres à chanter par formations vocales
(voix égales, mixtes et voix d’enfants). Une
précieuse plaquette.
Sylvie DOUCHE (Sous la direction de) : Maurice
Emmanuel, compositeur français. Épitaphe
par Henri Dutilleux. Préface de Michel Guiomar.
Université de Paris IV-Sorbonne/Editio Bärenreiter,
Praha. 15,5 x 23 cm, 288 p.,
ill. n&b, ex. mus.
Tout d’abord reconnu comme musicographe, le compositeur Maurice
Emmanuel (1862-1938) fit trop longtemps l’objet d’un
mal-entendu. Après une émouvante introduction
signée Anne Eichner-Emmanuel, petite-fille du compositeur,
trois parties composent l’ouvrage : Maurice Emmanuel
en regard de ses contemporains (Debussy, notamment) /
L’helléniste, le compositeur d’opéra / Les chemins
de la composition (analyse des Trois Odelettes anacréontiques pour soprano, flûte & piano et
du Quatuor à
cordes). À cette savante monographie ont
concouru : Alban Ramaut, Denis Herlin, Delphine
Grivel, Michèle Alten, Mara Lacchè, Christophe Corbier,
Jean-Christophe Branger, Florence Doé de Maindreville,
Philippe Cathé et Sylvie Douche, vice-présidente de
l’« Association des Amis de Maurice Emmanuel »
(amis.maurice.emmanuel@orange.fr).
Catalogues, bibliographie, index.
Santiago E. ESPINOSA : L’ouïe de Schopenhauer. Musique
et réalité. Préface de Clément Rosset.
« Ouverture philosophique », L’Harmattan.
78 p., 11 €.
Ordinairement aberrantes sont les opinions émises sur la
conception de la musique selon Schopenhauer (1788-1860)
et sa prétendue influence sur Wagner. Alors
qu’en réalité, le compositeur aura pris le parfait
contrepied des écrits du philosophe. Pour Arthur
Schopenhauer [notre portrait], en effet, la musique
n’est-elle pas, par essence, indépendante des émotions
et des affections humaines ? Préfigurant en cela
le jugement d’un Stravinsky… Quatre parties composent
l’essai : Le système : Schopenhauer et son
temps / L’art ou le prélude à l’harmonie /
Mundus quia
musica / Reprise, répétition, rengaine.
Timothée HORODYSKI & Philippe LALITTE (Sous la direction
de) : Edgard Varèse. Du son organisé aux
arts audio. « Arts 8 », L’Harmattan.
350 p., schémas, ex. mus. 34,50 €.
L’œuvre de Varèse constitue une manière de programme d’action
pour la plupart des compositeurs de notre temps -
seraient-ils tenants des musiques de film ou des arts
audio. Après Jolivet, Xenakis, Nono et Ligeti,
il n’est que de citer les noms de Risset, Dufour,
Dusapin, Castanet, Dolden, Tœpliz… Quatre grandes
parties composent ces actes des Journées Varèse (30-31
mars 2006, Université Paris VIII) : Fondamentaux (Meyer, Risset, Castanet, Codron) / Filiations, liens, amitiés (Vinay, Stoïanova,
Solomos, Barthel, Marrero) / Support(s)-surface(s) (Authier, Horodyski, Lalitte) / Le son organisé : une notion en perpetuelle
expansion (Bridoux-Michel, Sousa Dias, Montesse,
Marquis).
Michel FAURE : L’influence de la société sur la musique.
Analyse d’œuvres musicales à la lumière des sensibilités
collectives. Préface de Pascal Ory.
« Univers musical », L’Harmattan.
264 p., illustr., diagrammes, ex. mus.
26,50 €.
Pour l’auteur – éminent historien, musicologue & professeur
d’Éducation musicale -, la forme d’une pièce
musicale, aussi bien que la personnalité, le langage
et l’esthétique de son compositeur sont largement
affaire d’histoire sociale. Non moins que les
moyens techniques mis en œuvre, les modes de diffusion
et les goûts des interprètes et publics… Volontiers
provocatrice, la thèse est passionnante. En
voici les principaux jalons : Fernand
Cortez de Spontini (couverture culturelle d’une
conquête et naissance de l’opéra historique) /
Masaniello de
Carafa & La
Muette de Portici d’Auber (droit nouveau de la
résistance à l’oppression) / Musique et liberté
de conscience & de culte sous la monarchie de
Juillet (émergence des protestants et des juifs sur
les scènes lyriques) / Valmy, Sedan, Cronstadt
(l’actualité politique en chansons) / La barcarolle
(forme historiquement et mentalement insignifiante ?) /
Samson et Dalila de Saint-Saëns (Israélites et Philistins en lutte
dans la France du XIXe siècle) / Prélude à l’après-midi d’un faune (de la littérature à la musique,
de la mythologie à l’invention de la musique contemporaine) /
Le néoclassicisme musical (une esthétique de crise ?) /
De quelques mélodies (échos des guerres et révolutions
du premier XXe siècle) / Trois
complaintes du soldat d’André Jolivet (nœud du
musical, de l’historique, du politique et du religieux).
Gérard ZWANG : Mémoires d’une chanteuse française.
La vie et les amours de Madeleine Grey (1896-1979).
L’Harmattan. 300 p., cahier de photos n&b,
riches annexes. 29,50 €.
Créatrice des Mirages
de Gabriel Fauré, dédicataire du 3e cahier
des Chants d’Auvergne de Joseph Canteloube et interprète privilégiée de
Maurice Ravel [voir couverture ci-dessous], la grande
cantatrice s’était confiée en 1975, lors de douze
entretiens d’une réjouissante crudité, à Gérard Zwang,
réputé musicographe et… sexologue. Vie assurément
hors du commun que celle de cette fille de juifs russes
émigrés en France, qui aura bien connu Gabriele d’Annunzio
et entretenu une liaison passionnée, avant la Seconde
Guerre mondiale, avec le professeur Emilio Bodrero
- fasciste notoire, sous-secrétaire d’État sous Mussolini.
Trois parties composent cette - à tout le moins -
peu conventionnelle biographie : Premiers
pas et apprentissages (1896-1919) / Artiste et femme (1920-1939) / La roue tourne (1940-1979).
Claude ABROMONT : Petit précis du commentaire d’écoute.
Panama (26, rue Berthollet, Paris Ve. Tél. :
01 55 43 38 38. www.editionsdupanama.com).
14 x21 cm, 208 p., ill. n&b, ex.
mus. 18 €.
Voilà un « précis » qui rendra les plus éminents
services à tout étudiant-musicien (en lycée, conservatoire
ou UFR de musicologie). D’un extrait musical
non identifié, ne doivent-ils pas désormais déterminer
l’effectif instrumental, situer le langage, retranscrire
le caractère, trouver le genre, relever le matériau,
dégager la forme, voire identifier le compositeur ?…
Il sera également un ouvrage de référence pour bien
des mélomanes, en un temps où telle ou telle radio
– excès d’honneur ou d’indignité ? – n’annonce
ni ne désannonce les musiques qu’elle diffuse.
Seonaid McARTHUR & Valérie LAGIER : Découvrir
le musée d’Orsay en famille. Gallimard-Éducation/Musée
d’Orsay. 18 21 cm, 80 p., 7 cartes
au trésor, 24 pages d’activités + 3 parcours-ados.
Pour enfants de 8 à 12 ans et adolescents de 12 à
16 ans. 18,50 €.
Quatre parties distinctes composent ce fort plaisant guide :
Pour les parents
(partie spiralée : informations à lire aux enfants
pour mieux pénétrer les œuvres exposées) / Pour
les enfants (cartes au trésor leur permettant
de piloter leurs parents dans le musée - deux niveaux
de difficulté : « Aventuriers » et
« Explorateurs ») / Pour
les ados (3 cartes pour parcours originaux et
décalés : « Le musée, oui… mais on ne va
pas y passer la journée », « Déroutant… »,
« Ce n’est pas facile, la vie d’artiste » /
À la maison
(activités pour les enfants - dessins, jeux et énigmes
- à réaliser pour prolonger le plaisir de la visite).
Francis Cousté
POUR LES PLUS JEUNES
Sophie RAZEL (texte), Bernard MERCIER (musique), Laurence
RAZEL-LANG (aquarelles) : Le peintre et l’enfant. Conte
musical en quatre langues (français, anglais, allemand,
portugais du Brésil). Préface de Zao Wou Ki.
Éditions LJSA (tél. 01 46 60 54 61. www.peintre-et-enfant.com). Un album
(22 x 22 cm, 74 p.) + deux CDs.
Neuf chansons, durée de chacune des quatre versions
chantées et parlées : 26’ + version instrumentale
et play-back pour faire chanter. 26 €.
Préfacé par le célèbre peintre Zao Wou Ki, voilà le merveilleux
voyage d’un petit garçon, Neige, dans la toile de
son ami peintre, en compagnie de pinceaux exubérants,
d’un bonhomme truculent, de fleurs envoûtantes et
d’une douce cigogne. Un remarquable outil pédagogique,
poétique et ludique réalisé avec le concours de chanteurs
d’opéra et de seize musiciens classiques et de jazz.
Léa GOLDBERG (Textes), Dori PARNES (Musique), Doron TAVORI
(Chant), Audrey BERGNER (Illustrations) : Monsieur Rêve & Cie.
18 historiettes & poèmes (2 en français, 16 en
hébreu). Chandeigne (tél. : 01 43 36 34
37. www.editions-chandeigne.com).
Diffusion : Les Belles Lettres. 13 x
17 cm, 56 p., ill. couleurs. 1CD inclus.
21,50 €.
Ces historiettes sont autant de contes qui auront bercé l’enfance
de tout Israélien - classiques de la littérature hébraïque.
Elles sont ici chantées avec infiniment de séduction
par le grand comédien qu’est Doron Tavori, accompagné
d’une dizaine d’instruments… Tous les textes
ont été, bien sûr, traduits dans cette merveilleuse
plaquette.
Fr.C.
Manuela Salvi
(auteur), Maurizio A. C. Quarello :
Toni
Mannaro. Album illustré. Dès 4 ans. Éditions
du Rouergue, « Varia ». 36 p.
15 €.
Imaginez un loup aux dents acérées, aux griffes effilées,
à la fourrure hirsute. Son rêve : devenir
le plus célèbre saxophoniste de la ville. Mais le
public le rejette : peu importe son génie, seule
compte son apparence. Un soir, les quelques
notes improvisées par ce musicien dévoré par le spleen
séduiront Carmine, un pianiste aveugle de talent.
Le duo de jazz le plus couru de la cité est né !
Cet album plonge le lecteur dans l’ambiance des années
1920, aux États-Unis. Il y découvre la vie nocturne
d’une capitale qui voit l’essor d’une nouvelle musique.
Une histoire sur la différence et l’excellence !
Un conte sur le jazz !
Paule DU Bouchet :
Chante
Luna. Roman. Dès 13 ans. Gallimard Jeunesse,
« Scripto ». 272 p. 9,50 €.
Luna a 14 ans. Cette charmante adolescente a une voix merveilleuse.
Elle est promise à un brillant avenir. Mais
Luna est juive ; elle vit à Varsovie en 1939.
Enfermée dans le ghetto, elle découvre l’horreur de
la guerre, du nazisme. Elle découvre la déportation
et les camps. Elle perd les siens ; elle vivra
grâce à son chant. Luna connaît un amour interdit
avec l’ennemi. Elle résistera. Ce récit
poignant décrit avec une grande justesse l’histoire
d’une époque à ne pas oublier. Publié en 2004,
Chante Luna
a obtenu 14 prix littéraires. Ce livre est un hymne
à la vie, un récit sur la force et l’espoir.
Aurélie Clément
***

Haut
Iannis XENAKIS (°1922), Roger TESSIER (°1939), Jean-Luc DARBELLAY
(°1946), Jean-Yves BOSSEUR (°1947), Rico
GUBLER (°1972) : Cinq
Octuors du XXe siècle.
Ensemble Antipodes. Saphir (www.saphirproductions.net). TT : 65’.
Dans le répertoire de la musique de chambre,
l’octuor ne répond pas à une formation précise
comme le quatuor à cordes, note Jean-Yves
Bosseur. Sa plus classique configuration
est toutefois celle adoptée par l’Ensemble
Antipodes : quintette à cordes, clarinette,
cor et basson. Sont ici interprétés :
Envol in memoriam Nicolas de Staël (16’16)
de R. Tessier. Anaktoria,
(12’35) de I. Xenakis. Lumières
(10’29) de J.-L. Darbellay.
Fal
(7’29) de R. Gubler. Passionnante
confrontation de cinq œuvres d’écriture délibérément
contemporaine, mais d’une confondante diversité.
Francis Gérimont
Heinrich SCHÜTZ : Histoire de la Résurrection & Musikalische
Exequien. K 617 199 (Le Couvent Haut-Clocher, 57400 Sarrebourg. laurent.blaise@lecouvent.org). TT : 75’44.
H.
Schütz est né à Bad-Köstritz, en Thuringe,
le 14 octobre 1585 - soit un siècle avant
J. S. Bach - et mort à Dresde, le 6 novembre
1672. Considéré comme le premier grand
musicien allemand protestant, il a souvent
été qualifié de musicus poeticus.
Son œuvre vocale est considérable : Musikalische
Exequien (1636), Petits Concerts Spirituels
(1636 à 1639), Sinfoniae sacrae (1647-1650)...,
3 Passions selon saint Luc,
St Matthieu et St Jean… Son
Historia der Auferstehung… : « Histoire
de la joyeuse et victorieuse Résurrection
du Seigneur, Sauveur et Rédempteur Jésus Christ »
est écrite pour solistes, chœur mixte, violes,
violone, théorbe, orgue et clavecin. Il s’agit
d’une compilation des 4 Évangiles, tournée
vers le passé (récit de l’Évangéliste, tournures
mélodiques archaïques) et vers l’avenir (influence
italienne dans le sillage de G. Gabrieli et
Cl. Monteverdi). Ce CD est complété par les
Musikalische Exequien (1635), Obsèques
(exequiae) en musique (n’ayant rien
à voir avec
la structure d’un Requiem) :
« concert » commandé par Heinrich
Posthumus von Reuss pour ses funérailles luthériennes.
Pour ces deux œuvres, Benoît Haller - qui
a travaillé le chant à Strasbourg et en Allemagne
auprès de maîtres spécialisés dans le répertoire
baroque et l’oratorio en particulier -, dirige
la Chapelle rhénane et des solistes triés
sur le volet. Les chanteurs assimilent tout
à fait les intentions exégétiques et figuralistes
de H. Schütz. La présentation et le
texte (avec traductions) sont un modèle du
genre ; l’interprétation dans un esprit
liturgique justifie largement le « diapason
d’or » tant mérité.
George
Friedrich Haendel :
Solomon. 2CD Harmonia Mundi :
HMC 901949-50. TT : 80’11 + 75’07.
Une ouverture majestueuse à la française sert
d’introduction à l’oratorio Solomon
HWV 67, composé par G. Fr. Haendel en 1748
sur un livret anonyme, et créé, à Londres,
l’année suivante. Il s’agit essentiellement
d’un oratorio descriptif de caractère poétique.
À côté des sources vétérotestamentaires (Chroniques,
Rois), figurent des extraits des Antiquités
judaïques de l’historien juif Flavius
Josèphe (Ier siècle). Les
3 actes évoquent : la dédicace du Temple
construit par Salomon ; le jugement de
Salomon ; la visite de la Reine de Saba.
Les chanteurs se sont pleinement investis
dans leurs rôles : Salomon (alto) ;
la Reine (fille de Pharaon) ; la Reine
de Saba ; deux prostituées ; Zadock,
un serviteur et un Lévite. Un double
chœur commente l’action. Selon son habitude,
Haendel procède à quelques emprunts :
à ses opéras italiens ou à des œuvres de musiciens
contemporains. Les chœurs des Prêtres, des
Israélites, alternent avec les récitatifs.
Le RIAS Kammerchor, bien connu, ainsi que
l’Académie de Musique ancienne de Berlin,
dirigés par Daniel Reuss, et d’excellents
solistes se tirent à merveille de la prononciation
anglaise. Ils créent les atmosphères,
tour à tour graves, recueillies, solennelles,
pesantes ou encore joyeuses, vigoureuses et
festives. Les personnages sont, en fait, des
symboles de la prospère royauté britannique.
Document d’histoire biblique, mais aussi oratorio
qui, par son écriture raffinée et aboutie,
gagnerait à être entendu plus souvent.
George
Frideric Handel :
Organ Concertos, op. 4.
Harmonia Mundi USA (mbenoit@harmoniamundi.com) : HMU 807446. TT : 71’35.
Ce disque présente G. Fr. Haendel sous un éclairage
bien plus connu, en tant que « maître
de l’orgue ». L’accompagnateur et soliste
très demandé, Richard Egarr, dirige l’ensemble
orchestral avec élan et souplesse. Les répliques
à l’orgue de chambre Robin Jennings 2005 sont
très précises dans les six Concertos
de l’op. 4, tous en 4 mouvement sauf le dernier.
Ceux en sol mineur (n°1) et sib majeur (n°6) sont plus développés,
comme celui en fa majeur
(n°4) incisif et plus brillant. Les
tempi sont raisonnables. L’interprétation
mise sur la transparence. L’Academy
of Ancient Music, mettant l’accent sur la
finesse et la subtilité, a signé ces versions
plus discrètes, plus intimes, « honnêtes
et sobres », que Haendel n’aurait pas
désavouées.
Hackbrett
und Zithern in der Schweiz. Historische Aufnahmen. Musiques suisses.
Migros : MGB CD 6258. CD Diffusion.
TT :
60’10.
En mécène averti, la Migros - dans le cadre d’un
pourcentage destiné à la culture - a le mérite
d’encourager, d’une part, la musique nationale
suisse, d’autre part, les enregistrements
historiques. Après avoir privilégié
la trompette marine (Trumscheidt) ou
le cor des Alpes (Alphorn), 29 pièces
brèves extraites de deux disques microsillon
historiques ont été numérisées. Ce disque
compact intéressera à plus d’un titre les
interprètes de musique populaire traditionnelle
ou expérimentale et les amateurs curieux.
Dans ce pays, notamment dans les écoles de
musique (Canton d’Appenzel) et au Conservatoire
de Zurich, la pratique de différentes espèces
de tympanons et de cithares est privilégiée.
L’excellente pochette propose tous les renseignements
techniques sur leurs factures, dissociant
par exemple les cithares « de montagne »
et celles « de salon ». Ce
programme original comporte des improvisations,
des formes de danses (valse, polka, marche,
mazurka…), mais aussi des œuvres populaires
connues avec des incipit en dialecte suisse,
sans oublier une berceuse ou encore le jodl,
bref : un festival de sonorités insolites
et originales, à ne pas manquer.
Frank MARTIN : Cantate pour le temps
de Noël. Trois Chants de Noël.
Musiques suisses. Mogros : MGB CD 6259.
CD Diffusion. TT : 50’22.
Comme Arthur Honegger, son contemporain et compatriote
Frank Martin (1890-1974) affectionne les grandes
fresques vocales dans une langue accessible
et un langage musical de son temps.
Sa Cantate pour le temps de Noël (1929-30)
est structurée en deux parties : Avent
(La Promesse, La Visitation), annonçant la
deuxième partie : Noël (La Nativité,
Les Bergers). À travers cette œuvre
de caractère très narratif, l’auditeur se
remémorera le récit biblique bien connu, encore
amplifié par sa traduction musicale. Le chœur,
le petit chœur et les principaux protagonistes :
l’Ange, Marie, Élisabeth, alternent.
Le chœur chante, entre autres, le Psaume
113 - qui sera repris -, ainsi
que le Magnificat ; le récit est
confié au petit chœur. Dans le Gloria,
le chœur et le chœur de garçons sont réunis.
Cette œuvre très descriptive, le chœur de
garçons (Luzerner Kantorei) et un soliste
(voix de garçon) jouent un rôle important,
au service de l’action. Le compositeur
revalorise aussi l’unisson. Les instruments
créent l’atmosphère de cette partition si
évocatrice du message de Noël. Trois
Chants de Noël (1947), pour soprano, flûte
et orgue, complètent cette intéressante réalisation,
rendant justice à la Cantate pour le temps
de Noël, œuvre qui n’avait pas été exécutée
du vivant de Frank Martin et qui méritait
amplement d’être donnée en première audition,
en décembre 1994 à Lucerne, déjà sous la direction
d’Alois Koch, et enfin à la disposition des
discophiles.
Salve Regina. Hortus (2, rue Diderot, 92600 Asnières. editionshortus@wanadoo.fr) :
056. TT : 65’51.
Conformément à son intitulé, ce disque s’ouvre
sur l’antienne Salve Regina qui sera
suivie de la Messe éponyme pour chœur,
soli et deux orgues d’Yves Castagnet (°1964),
reposant sur ce thème grégorien. Elle
est structurée en 4 parties : Kyrie,
Sanctus, Agnus Dei (2002), le
Gloria a été ajouté en 2007.
Cette œuvre a été pensée pour la facture de
l’orgue de Notre-Dame de Paris. Le Kyrie
trinitaire fait appel au traitement en canon
- réminiscence médiévale insérée dans un langage
musical contemporain -, le grand orgue développera
ensuite ce thème auquel s’ajoutent les supplications
du chœur. Même présence de l’incise
du Salve Regina dans le Gloria
qui, traditionnellement, est énoncé
par le baryton en soliste, puis reprise par
le chœur, le grand orgue ponctuant ses interventions
à la manière d’un carillon. Selon le
compositeur, « le Sanctus est
écrit sous la forme d’une grande Toccata pour
orgue véhémente ». Les deux orgues
réunis soutiennent l’Hosanna chanté
par le chœur. Dans l’Agnus, après
l’introduction du grand orgue, la prière Miserere
se fait plus intense. La conclusion
est à l’apaisement. Le compositeur a le sens
de la mélodie souple et expressive.
Le même thème du Salve Regina est repris
par Olivier Latry (°1962) qui développe
largement pour orgue et voix cette
antienne mariale datant du XIe
siècle et qui n’a pas fini d’inspirer les
musiciens. Sylvain Dieudonné (chant grégorien),
Olivier Latry (grand orgue), Yves Castagnet
(orgue de chœur) et la Maîtrise Notre-Dame
de Paris, sous la direction avisée de Lionel
Sow, proposent des interprétations dignes
du prestige de la cathédrale au si riche passé
musical.
Édith Weber
Jean-Sébastien BACH :
L'Art
de la fugue. Pierre-Laurent Aimard,
piano. DG/Universal : 477 7345.
TT :78'36.
Somme musicale, exercice savant, L'Art de la fugue fascine autant qu'elle intimide. Le pianiste
P.-L. Aimard dit avoir longtemps hésité avant
d'en livrer sa vision au disque. Pour lui
il n'y a pas là quelque chose d'abstrait,
mais un chef-d'œuvre « en réalité incroyablement
vivant ». On aurait pu penser que
la fréquentation des auteurs contemporains,
Ligeti, qui lui dédicaça plusieurs pièces,
Messiaen dont il était si proche, le conduirait
à une approche froide et mathématique.
Tout le contraire ici : la vision, outre
qu'elle est parée d'une parfaite maîtrise,
déborde de couleurs. La progression
du discours est naturelle, comme la démarche
est inventive dans la construction de l'alchimie
inhérente à chaque contrepoint, dans le choix
des tempos, notamment ceux rapides qui offrent
presque un parfum d'humour. On admire
le sens des proportions justes qui semblent
comme déjouer la complexité de l'ensemble,
l'articulation sans raideur, dépourvue d'effet
mécanique, la graduation dynamique pour un
résultat plein d'élan et tout de clarté.
Du très grand pianisme qui allie équilibre
et générosité ; ces composantes qui lui
viennent sans doute d'une autre fréquentation,
celle des concertos pour piano de Mozart.
On sort enrichi de cette exécution, immense
méditation, trait d'union entre passé et avenir.
Arnold SCHOENBERG, Jean SIBELIUS : Concertos pour violon. Hilary Hahn, violon, Orchestre de la
radio suédoise, dir. Esa-Pekka Salonen.
DG/Universal : 477 7346. TT :
63'07.
Intéressante idée que de rapprocher deux concertos si dissemblables.
Celui de Schoenberg, écrit en 1936, est d'une
diabolique virtuosité, « ingrate et non
payante », selon Dominique Jameux. Il met à rude épreuve le
jeu de l'interprète, gratifié de toute sorte
de difficultés techniques. L'orchestre
est lui aussi traité avec virtuosité, par
exemple le dialogue du violon avec les percussions
au final. La maîtrise de H. Hahn est
stupéfiante, qui transcende l'aridité de la
pièce pour en faire saillir le lyrisme dont
elle ne manque pas, notamment à l'andante
grazioso central, traité comme un Lied. Le
Concerto
de Sibelius (1905) est plus tourné vers le
XIXe iècle, encore que sa hardiesse
harmonique en fasse une pièce de transition
dans la production du musicien, entre les
deuxième et troisième symphonies. Grande
fresque sonore, elle fait la part belle au
soliste fort sollicité, mais aussi à l'orchestre
qui se voit assigner des belles pages symphoniques.
Le premier mouvement est sans doute le plus
innovant, avec de brillantes interventions
du violon et mêmes plusieurs cadences. Une
large mélodie du violon jouant dans le registre
grave ouvre l'adagio tandis que le final donne
dans la veine épique avec ses scansions martelées
alors que l'archet surfe sur les vagues d'un
orchestre déchaîné. H. Hahn est ici l'égale
des plus grands, livrant la beauté sensuelle
d'une pièce magnifiqement écrite pour l'instrument,
la nostalgie typiquement nordique, la puissance
aussi. L'accompagnement prodigué par E. P. Salonen
est très dramatisé.
Léoš JANÁČEK :
Les
Excursions de M. Brouček, opéra en
deux parties. J. Vacík,
P. Straka, M. Haan, BBC Symphony
Orchestra, BBC Singers, dir. J. Bĕlohlávec. 2CD DG/Universal : 477 7387.
TT : 65'01 + 57'59.
Les excursions de M.
Brouček
est le seul opéra que Janáček a composé
sur le mode burlesque. Relativement
peu joué, une nouvelle version discographique
vient combler un vide et rappeler les mérites
d'une œuvre des plus intéressantes.
S'inspirant de la nouvelle du poète tchèque
Čech, la construction dramaturgique est
aussi originale qu'ambitieuse, puisque narrant
les aventures improbables d'un brave citoyen
praguois des alentours de 1920, d'abord sur
la lune, puis au XVe siècle.
Ce thème de la remontée dans le temps, on
le retrouvera plus tard au cœur de L'Affaire Makropoulos. Le conte, formé de deux parties, apparamment
dissemblables, mêle surréalisme et humour
terre à terre. Mais, à chaque fois,
la fable délivre un message : la satire
des esthètes de tout poil, la critique sociale ;
à l'aune du héros, homme ordinaire, content
de soi, vantard et couard, un brin ridicule,
plus préoccupé de banal quotidien que d'émotion
artistique. Il interpelle la lune et
la découvre peuplée d'êtres éthérés ;
tout le contraire de ses péoccupations matérialistes.
Il se plonge dans le passé tchèque et le voilà
transporté au temps des guerres hussites,
accusé d'espionnage. Occasion aussi
pour Janáček de célébrer quelque hymne
nationaliste. La réussite de ce nouvel enregistrement
doit beaucoup à la direction de Jiři
Bĕlohlávec qui saisit toute l'opulence
de l'orchestration, sa brillance, mais aussi
son lyrisme, plus expansif que nulle part
ailleurs dans la production de Janáček.
La distribution, entièrement tchèque, est
de qualité, au premier rang de laquelle il
faut citer le ténor J. Vacík qui prête
au rôle-titre une solide verve. À noter
aussi la contribution des chœurs auxquels
le musicien offre des pages mémorables.
Jean-Pierre Robert
DVD
Kati BASSET (Mise en
scène & conseil à la réalisation) :
Danse, musiques et masques de Bali.
Livre + 1CD + 1DVD. Accords croisés
(www.accords-croises.com) : AC
123.24. Distr. Harmonia Mundi.
Donné au théâtre romain de Fourvière, ce spectacle en sept
actes, d’une ébouriffante somptuosité, incorpore
mille légendes au sein de la fameuse épopée
du Ramayana (Rama étant l’incarnation incognito
de Vishnou). Le CD comporte 21 moments
musicaux, cependant que le DVD propose - outre
la représentation (140’) - des documentaires
tournés à Bali sur la genèse du spectacle
(31’49), « Dalang aux mille talents »
(19’31) et une revisite du Ramayana (10’16).
Supervisée par l’éminente spécialiste qu’est
Kati Basset, il s’agit là - vivant rituel
millénaire vécu avec un naturel inconnu sous
nos climats - de la plus somptueuse production
qui se puisse imaginer. Seule ombre
au tableau : l’incongruité de certains
sous-titres, par trop décidément « modernistes ».
Francis Gérimont
***
Haut
Jean-François Zygel évoque quelques questions relatives à l’enseignement de la musique.
[Interview électronique
réalisée en mars 2008]
L’éducation musicale.
Jean-François Zygel, vous êtes un brillant « produit »
de l'enseignement spécialisé de la musique en France.
Quels souvenirs gardez-vous des cours de musique dans
l'enseignement général ? Quel bac avez-vous
passé ?
Jean-François Zygel. J'ai passé un
bac littéraire avec option musique, et sans latin (ce
que je regrette ! D'ailleurs, ma sœur est
professeur de lettres classiques au lycée français de
Montréal...). À l'époque (j'avais 16 ans !),
cela s'appelait « A6 bis ». Je
me souviens parfaitement que beaucoup de musiciens,
élèves du CNSM de Paris, préféraient arrêter leurs études
générales avant le bac pour se consacrer exclusivement
à la musique. J'ai un souvenir très net des cours
de Mademoiselle André, en Terminale, une ancienne résistante
qui vient d'ailleurs de mourir il y a environ un an.
Mais la personne qui a été déterminante dans ma décision
de devenir musicien a été mon professeur en Sixième,
au lycée Buffon, dont les cours me passionnaient.
Malheureusement je ne me souviens plus de son nom...
La musique a-t-elle sa
place dans l'enseignement général ?
À une époque, j'avais le sentiment que c'était surtout les conservatoires
et les écoles de musique que l'État devait conforter,
aussi bien d'ailleurs en ce qui concerne l'accueil des
adultes que des plus jeunes. Mais il faut bien
se rendre compte que, pour beaucoup d'enfants, l'école,
le collège ou le lycée sont les seuls endroits où ils
auront la chance de rencontrer la musique classique.
Bien entendu, une seconde heure hebdomadaire serait
l'idéal, sans compter la généralisation de la pratique
chorale et la création de petits orchestres, mais est-ce
envisageable ?
De façon plus générale,
de votre point de vue, que peut apporter la musique
dans l'éducation d'un jeune aujourd'hui ?
Le plus important ! À savoir que notre monde de tous les
jours, aussi important soit-il, doit se doubler d'un
autre monde : celui des œuvres. Découvrir
et connaître les grandes œuvres (qu'il s'agisse de musique,
de littérature ou de peinture...) est le seul moyen
que nous ayons de vivre plusieurs vies, de rencontrer
d'autres époques, de ne pas rester enfermé dans le présent.
Vous êtes professeur
au CNSMDP, tout en bout de cursus de l'enseignement
spécialisé. Pensez-vous que celui-ci répond dans
son ensemble à ses missions ? Quelles éventuelles
mesures permettraient selon vous d'en améliorer le fonctionnement ?
Les CNSM de Paris et de Lyon ont une spécificité : ce sont des
maisons d'art, de savoir-faire, et non de transmission
théorique du savoir. Il y a une force particulière
dans ces classes où un petit nombre d'élèves vivent
pendant un an la musique avec un professeur, qui est
souvent un artiste dont la carrière nourrit et détermine
son enseignement. Je suis assez inquiet de l’évolution
actuelle de l'enseignement dans ces deux établissements,
qui me semble de plus en plus pencher vers une logique
« universitaire » (le savoir avant le savoir-faire,
l’amour des « cursus » plus que des rencontres,
la fragmentation de l'année scolaire et des enseignements,
la spécialisation pédagogique avant l'esprit artistique).
Quelle que soit sa bonne volonté, la Direction de la
musique n'a pas su prendre réellement en compte cette
dimension de l'enseignement artistique.
Rêvons que les ministères
de l'Éducation nationale et de la Culture vous confient
la mission d'une réorganisation complète de l'enseignement
de la musique. Quelles grandes lignes dessinerait
votre réforme ? Comment envisageriez-vous
l'articulation entre l'enseignement général et l'enseignement
spécialisé, si tant est qu'une telle articulation est
souhaitable ?
Ce n'est pas parce que je suis un artiste dont on parle assez souvent
dans les médias que j'ai pour autant la compétence requise
pour répondre à vos deux questions ! J'ai
des intuitions, mais il faudrait que je réfléchisse
beaucoup, et que je discute également avec beaucoup
pour être capable d'envisager ce que vous nommez une
« réorganisation complète de l'enseignement de
la musique ». D'ailleurs, a-t-on besoin d'une
« réorganisation complète » ou d'un certain
nombre d'innovations, de moyens et d'encouragements ?
Vos « Leçons de
musique » - transmission d'un savoir technique
de façon vivante, par l'exemple systématique et pertinent,
et par la métaphore ou l'image qui parle - ont acquis
une notoriété considérable. Quelles ont été les
motivations à l'origine de ces initiatives pédagogiques ?
Principalement la constatation que la parole sans l’exemple (ou si
vous préférez, la conférence sans le concert) ne marche
pas bien, ne parvient pas à créer cette circulation
entre la sensation et l'explication qui permet à l'oreille
des auditeurs de se former et à leur esprit d'être « saisi »
par la force de la musique. D'autre part, l'idée
s'est imposée à moi que je ne pouvais pas vivre une
vie de musicien uniquement composée de concerts et de
voyages. J'aime la transmission, et suis persuadé
qu'on ne pratique pas la musique de la même manière
si l'on se préoccupe en même temps de la partager de
temps à autre avec le plus grand nombre.
En dehors de vos qualités
de musicien et de pédagogue, à quoi en attribuez-vous
le succès de ces Leçons ? Comment analysez-vous
l'origine d'une telle demande de connaissances sur la
musique ?
Ce succès prouve en tout cas que beaucoup plus de gens qu'on ne croit
peuvent aimer la musique classique, à condition de renouveler
la manière dont elle est traditionnellement présentée...
Si tant est que vous
puissiez le savoir, connaissez-vous le profil global
du public qui répond à vos propositions ? Comment
le public jeune se sent-il concerné ?
Mon public n'est pas le même à mes concerts d'improvisation, à France
Musique, au théâtre du Châtelet, à la mairie du XXe
arrondissement de Paris ou à la télévision. Mais
apparemment, de plus en plus de jeunes viennent au théâtre
du Châtelet ou regardent mon émission sur France 2.
Et puis il y a évidemment tout ce que nous faisons avec
l'Orchestre Philharmonique de Radio France (« Les
clefs de l'orchestre ») qui est, par nature, destiné
au jeune public. Former et initier le public de
demain a même été l'une des premières préoccupations
de Myung-Whun Chung lorsqu'il a été nommé à la tête
de l'Orchestre Philharmonique.
Quels conseils tirés
de votre expérience de « passeur » pourriez-vous
donner au professeur de musique en collège/lycée ou
de formation musicale ou culture musicale en conservatoire ?
Restez passionné !
[Pourquoi] faut-il parler
de la musique ?
La parole est à la fois une grâce et une limite. Mais elle
permet sans aucun doute l'entrée dans un univers qui
peut intimider, désorienter, ou pire, ennuyer !
Les jeunes en général
baignent dans la musique du matin au soir, voire réciproquement.
Cette situation crée-t-elle les conditions favorables
à la construction d'une culture musicale outillée et
argumentée à laquelle visent vos Leçons de musique ?
Quelle que soit la réponse à cette question, je doute que vous arriviez
à changer leurs habitudes !
Comment expliquez-vous
l'apparent paradoxe entre le succès d'initiatives de
transmission comme les vôtres, la Folle journée nantaise
ou les émissions de Frédéric Lodéon, et la désertification
croissante constatée dans les salles du concert « classique »,
à l'exception peut-être de l'Opéra ?
D'abord, la « désertification croissante » dont vous parlez
n'est corroborée par aucune étude sérieuse. Ensuite,
il me semble qu'il est important que les musiciens classiques
trouvent effectivement d'autres moyens que celui du
récital ou du disque de transmettre leur art et leur
artisanat. Cela dit, je reste attaché à la scène,
au spectacle, au concert. Vous appelez mes Leçons
de musique « initiatives de transmission »,
mais ce sont avant tout des concerts ! Ma
conviction est qu'il faut renouveler le concert traditionnel.
Mais il y a de nombreuses manières pour cela :
le mêler d'une parole pédagogique est une solution,
la collaboration avec d'autres arts (que je pratique
beaucoup dans mes concerts d'improvisation) en est une
autre. Il y a aussi le mélange, au sein d'une
même soirée, de plusieurs types de musiques (par exemple,
je fais beaucoup de concerts à deux pianos avec des
pianistes de jazz comme Antoine Hervé ou Yaron Herman).
Comment convaincre les
jeunes de l'expérience irremplaçable et souvent bouleversante
que constitue le concert ?
En les y emmenant ! Et en les préparant de manière active
au concert ou à la représentation. Les faire participer
à une répétition et rencontrer des professionnels est
également une manière très efficace de susciter leur
intérêt.
À ma connaissance, vos
Leçons n'abordent pas la musique dite « contemporaine ».
Pensez-vous que la transmission de la musique doit inévitablement
s'appuyer sur les socles de la musique tonale au sens
large (échelles polarisées, pulsation perceptible, rhétoriques
balisées, etc.), sur lesquels fonctionnent toujours
les musiques populaires ?
Vous êtes mal renseigné ! J'ai déjà fait plusieurs fois des
Leçons de musique sur Ligeti, Bernstein, Milhaud, Messiaen,
Britten, Varèse, Chostakovitch et Stravinsky.
D'autre part, j'ai également déjà choisi comme thème
« l'improvisation » ou même « la musique
contemporaine », sans compter des thèmes comme
« la variation » ou « le rythme »,
qui permettent naturellement d'aborder aussi bien le
passé que le présent. N'oubliez pas qu'en dehors
des « Leçons de musique », des « Clefs
de l'orchestre » et de mes émissions à la télévision,
je suis avant tout compositeur et improvisateur, donc
confronté en permanence aux expressions musicales d'aujourd'hui !
Propos recueillis par Paul Gontcharoff

Jean-François Zygel

Haut
L’éducation musicale se fera un plaisir de
vous accueillir sur son stand à Musicora. Vous pourrez rencontrer
l’ensemble de l’équipe et profiter d’une offre d’abonnement
exceptionnelle. Pour venir au Salon, il vous suffit de
télécharger notre invitation gratuite.
Notre revue organise le samedi 5 avril
2008, de 11h à
12h, une rencontre-débat sur le thème :
Quels horizons pour
l’Éducation musicale à l’école, au collège, au lycée… avec le concours de Vincent Maestracci, Inspecteur général de
l’Éducation nationale.
La musique et les arts à l’École ne cessent, en effet,
d’évoluer – cependant que s’élargit encore le champ des possibles
pour connaître et pratiquer les arts et la musique. En cette
période cruciale, se font jour de grands espoirs, mais aussi
de vives inquiétudes. Scénarios envisagés.
Musicora, Carrousel
du Louvre, du 4 au 6 avril 2008, salle Delorme, stand F2.
TELECHARGEZ
UNE INVITATION GRATUITE
Depuis janvier 2008, L’éducation musicale inclut un grand dossier dans chaque numéro. :
- Le
bruit (en référence au programme de l’agrégation de musique)
- Activités
instrumentales & vocales à l’école (chorales, orchestres,
spectacles musicaux)
- La
percussion (dans les musiques contemporaines, électroniques,
extra-européennes, actuelles)
- Musique
& cinéma (en référence au programme du baccalauréat)
- Empreintes
croisées (compositrices et compositeurs)

janvier-février 2008
n° 549-550
|

mars-avril 2008
n° 551-552 |
ACCEDER
AU SITE DE L'EDUCATION MUSICALE
Le supplément
Baccalauréat 2008. Comme chaque année,
L’éducation musicale propose le supplément
indispensable aux professeurs d’Éducation musicale et aux élèves
de Terminale qui préparent l’épreuve de spécialité « série
L » ou l’épreuve facultative « Toutes séries générales
et technologiques du baccalauréat ».
Le supplément Baccalauréat 2008 réunit les connaissances culturelles et techniques
nécessaires à une préparation réussie de l’épreuve ; il
ouvre également sur tous les univers sonores qui nous entourent.
Il peut être commandé directement sur le site
de L’éducation musicale :
www.editions-beauchesne.com/product_info.php?products_id=674
Passer
une publicité. Si vous souhaitez promouvoir votre activité, votre programme éditorial
ou votre saison musicale dans L’éducation
musicale, dans notre Lettre d’information ou sur notre site
Internet, n’hésitez pas à m’envoyer un courriel pour connaître
nos tarifs publicitaires.
a.clement@leducation-musicale.com
Aurélie Clément
|