Lettre d'Information - n°108 novembre 2016

Lettre d'octobre 2016. Tirage : 61.231 exemplaires



L'AGENDA

PAROLES D'AUTEUR : INTRODUCTION ORGANOLOGIQUE A LA CORNEMUSE

REPERES PEDAGOGIQUES : AUBER UN COMPOSITEUR FRANCAIS MAL CONNU

REPERES PEDAGOGIQUES : BICENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE SIR WILLIAM STERNDALE BENNETT

PROPOS PARTAGES : AVEC SA CHEFFE CLAIRE GIBAULT, LE PARIS MOZART ORCHESTRA S'ENGAGE

L'ŒIL ECOUTE

L'EDITION MUSICALE

LE COIN BIBLIOGRAPHIQUE

LE BAC DU DISQUAIRE

MUSIQUE ET CINEMA

LA VIE DE L'EDUCATION MUSICALE




 

L'AGENDA

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La musique juive dans tous ses Žtats

 



LÕInstitut EuropŽen des Musiques Juives organise un grand concert de gala intitulŽ "la musique juive dans tous ses Žtats" - 2e Ždition avec au programme des pices de la Liturgie juive du 17 me  au 20 me sicle par le ChĻur de la synagogue Kehilat Gesher ; puis  des mŽlodies sŽfarades et polyphoniques bulgares, interprŽtŽes par le Quatuor Balkanes et David Bruley ; et enfin de la musique Klezmer et Salsa cubaine par Cigarillos en el Struddle et ses 9 musiciens.

 

Salle Cortot, 78 rue Cardinet, 75017 Paris, le 6 novembre 2016  ˆ 18H.

RŽservations : par tel : 01 45 82 20 52 : en ligne : contact@iemj.org 

 

 

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ére de renouveau ˆ l'Orchestre de Bretagne

 


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Trs motivŽ par son nouveau directeur musical, Grant Liewellyn, nommŽ en mai 2015, l'Orchestre Symphonique de Bretagne vit une re de renouveau tout en prŽservant une identitŽ forte. C'est la premire fois que le chef (Žgalement directeur musical de l'Orchestre Symphonique de Caroline du Nord) va diriger l'OSB ˆ Paris. Franois Dumont, qui s'est lancŽ le dŽfi d'enregistrer l'intŽgrale des concertos de Mozart avec l'orchestre, dirigera une partie du programme depuis son piano (le concerto K. 453). Le concert au cours duquel on pourra entendre l'aria de Mozart Ē  Ch'io mi scordi di te Č, chantŽe par la soprano irlandaise Helen Kearns, et la Symphonie N” 2 op. 36  de Beethoven, prŽsentera encore deux compositions de la compositrice, pianiste et percussionniste FrŽdŽrique Lory (*1970) : Plinn et variations (2001) et Avel Viz, Complaintes du vent d'est (2014) avec Marthe Vassalo, spŽcialiste de chant traditionnel breton.

 

A l'occasion de cette soirŽe ˆ Paris, l'orchestre prŽsentera la sortie de deux nouveaux enregistrements CD sous son propre label, OSB Productions.

 

Salle Gaveau, le 10 novembre 2016 ˆ 20H30.

RŽservations : Billetterie 45-47, rue de la BoŽtie, 75008 Paris ; par tel. : 01 49 53 05 07 ; en ligne : www.sallegaveau.com

 

 

15 - 23 / 11

 


Festival L'esprit du piano de Bordeaux

 

Le grand rendez vous pianistique bordelais de l'automne va de nouveau rŽunir stars de l'instrument et jeunes espoirs ; sans oublier le jazz. Les festivitŽs s'ouvriront par un rŽcital de Boris Berezovsky qui jouera la Sonate  n”29  Ē Hammerklavier Č, op.106 de Beethoven, puis des Pices lyriques de Grieg (15/11, Auditorium, 20H). Le jeune David Violi se produira dans des Ļuvres de Debussy - Children's Corner Š et de Schubert - Sonate D 960 (16/11, UniversitŽ Montaigne, 20H). Nicholas Angelich jouera avec lÕOrchestre National de Bordeaux Aquitaine, dirigŽ par Paul Daniel, le concerto N” 5 Ē l'Empereur Č de Beethoven, avant l'intŽgrale de la musique de scne d'Egmont avec ChloŽ Briot et Marcial Di Fonzo Bo, rŽcitant (17/11, Auditorium, 20H). L'immense Paul Badura Skoda donnera les trois dernires sonates op 109, 110 et 111 de Beethoven, la rencontre des gŽants (19/11, Auditorium, 20H). Pavel Kolesnikov se produira dans un programme rŽunissant Mozart - sonate K. 332  - Tchaichovski Š extraits de Saisons - et Schumann - Carnaval de Vienne op. 36 - (20/11 Auditorium, 11H). Philippe Bianconi partagera son programme entre Beethoven - sonate Ē Pastorale Č op. 28 -, Schumann - DavidsbŸndlertŠnze - et Liszt (21/11, ThŽ‰tre FŽmina, 20H).

 

Autre concert que celui de Guillaume Vincent et d'Isma‘l Margain avec le ChĻur de lÕOpŽra National de Bordeaux, dirigŽ par Salvatore Caputo, juxtaposant des pices pour piano seul de Chopin et de Liszt, un morceau pour deux pianos ou piano ˆ quatre mains telle que la rare sonate op. 56 de Schumann rŽvisŽe par Bizet, et enfin  des pices pour chĻur de Brahms (22/11, Auditorium, 20H). Enfin Jean-Baptiste Fonlupt donnera deux rŽcitals ˆ l'ƒglise Notre Dame, consacrŽs ˆ Schubert Š KlavierstŸcke -, Schumann - Arabesques op. 18 & Novelette op. 21 -, Ravel - La valse - et Liszt (23 et 24 /11 ˆ 20H). Par ailleurs une Carte Blanche Jazz avec Yaron Herman et Ziv Ravitz aura lieu le 18/11 ˆ 20H, ˆ l'Auditorium.

 

Du 15 au 23 novembre 2016 : auditorium et autres lieux

Renseignements et rŽservations : Billetterie, 8-13, Cours Georges Clemenceau, 33000 Bordeaux ; par tel : 05 56 00 85 95; en ligne : www.espritdupiano.fr  ou  www.opera.bordeaux.com

 

 

18, 20, 22, 25, 27, 29 / 11

 

Le Turc en Italie au Capitole

 



La vogue de Rossini ne se dŽment pas et les scnes hexagonales n'hŽsitent pas ˆ prŽsenter ses opŽras buffa les plus originaux. Ainsi le Capitole qui s'offre une nouvelle production du Turc en Italie (1814) qu'on peut considŽrer comme une suite ou une rŽplique de L'Italienne ˆ Alger. Brio, humour, aisance vocale, abondance orchestrale et surtout vitalitŽ contagieuse dans les ensembles caractŽrisent cet opus bouffe. La mise en scne est signŽe d'Emilio Sagi dont on peut prŽdire une solide verve et un sžr maniement de la veine cocasse au fil des imbroglios et quiproquos typiques de ce rŽpertoire. L'Orchestre du Capitole sera dirigŽ par Attilio Cremonesi. Deux basses rompues ˆ l'Žbouriffant comique rossinien sont de la partie : Pietro Spagnioli et l'infatigable Alessandro Corbelli. 

 

ThŽ‰tre du Capitole, les 18, 22, 25, 29  novembre 2016 ˆ 20H et les 20, 27/11 ˆ 15H

RŽservations : billetterie : Place du Capitole, 31014 Toulouse Cedex 6 ; par tel.: 05 61 63 13 13  ; en ligne : www.theatreducapitole.com ou service.location@capitole.toulouse.fr

 

 

18 Š 20 / 11

 

Orchestres en fte ! ou la France en musique !

 



La 8e Ždition d'Orchestres en fte ! organisŽe par l'Association Franaise des Orchestres (AFO) aura lieu le week end du 18  au 20 novembre sur tout le territoire national. Le compositeur choisi pour le thme de ce week-end est Ludwig van Beethoven. En parallle ˆ l'exposition parisienne Ē Ludwig van Č. Le parrain de cette Ždition est Enki Bilal. Quelques 24 orchestres participent ˆ l'opŽration, pour une centaine d'ŽvŽnements dans toute la France. Dont une sŽrie intitulŽe Ē L'orchestre dŽconcertant Č destinŽe ˆ faire dŽcouvrir ˆ tous, petits et grands, de manire souvent ludique, ce qu'est un orchestre symphonique : de Valenciennes ˆ Metz, de Tours ˆ Mulhouse, de Massy ˆ Clermont-Ferrand, de Lyon ˆ Marseille.

 

Plusieurs orchestres rŽgionaux se produiront ˆ la Philharmonie de Paris dans le cadre de son Ē  Week end Beethoven Č, proposant concerts symphoniques mais aussi de musique de chambre et animations festives. Ainsi l'Orchestre du Capitole de Toulouse, dirigŽ par Tugan Sokhiev (avec, entre autres, une crŽation d'Hugues Dufourt ; 18/11, 20H30), l'Orchestre National d'Ile-de-France, dirigŽ par Enrique Mazzola avec Louis Lortie pour le Cinquime concerto Ē l'Empereur Č ; 19/11, 11H) ; l'Orchestre Victor Hugo Franche-ComtŽ (19/11, 12H30), les solistes de l'Ensemble Intercontemporain pour Ludwig van de Kagel (19/11 ˆ 14H30 & 16H), l'Orchestre Poitou-Charentes et Jean-Franois Heisser  (33 Variations sur 33 variations de Hans Zender (19/11, 17H30), l'Orchestre du Conservatoire de Paris (20/11, 11H), l'Orchestre des Pays de Savoie, dirigŽ par Nicolas Chauvin (20/11, 14H30), l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg et Michel Tabachnik pour la IX me Symphonie (20/11, 16H30) ou encore l'Orchestre de Picardie avec chĻur de smartphones, pour la 7 Symphonie et un concert-jeu o il faudra reconna”tre si une pice est de Beethoven ou ne l'est pas (20/11, 19H).

 


DR

 

Des projets artistiques transversaux en partenariat avec l'AFO mettront en avant de jeunes artistes qui auront carte blanche pour tŽmoigner de ce week-end festif : des musiciens (l'Orchestre Franais des jeunes, les CNSMDP de Paris et de Lyon) mais aussi de jeunes photographes (de l'Žcole des Gobelins) et de jeunes dessinateurs (des ƒditions Dargaud).

 

Du 18 au 20 novembre 2016

Renseignements : Association franaise des orchestres (AFO ) : www.france-orchestres.com.

Philharmonie de Paris : Billetterie, 221 avenue Jean Jaures 75019 Pars; par tel :  01 44 84 44 84  ; en ligne : www.philharmoniedeparis.fr

 

 

19, 22, 24, 26, 28 / 11

 

Owen Wingrave par l'AcadŽmie de l'OpŽra de Paris

 


DR

 

CrŽŽ en 1971 ˆ la BBC, l'avant dernier opŽra de Benjamin Britten, Owen Wingrave, op. 85, reste mŽconnu sur le continent. InspirŽ de la nouvelle Žponyme d'Henry James, il fut Žcrit spŽcialement pour la tŽlŽvision, un projet que le compositeur caressait dŽjˆ pour Le Tour d'Žcrou. Il traite du funeste destin du rejeton d'une illustre famille anglaise, de grande tradition militaire, qui refuse d'embrasser la carrire des armes. Un ŽlŽment fantastique, comme dans l'autre opŽra inspirŽ de James, teinte celui-ci d'une atmosphre particulire. L'Ļuvre est l'aboutissement d'un des combats menŽs par l'homme Britten, son antimilitarisme farouche qui trouve son accomplissement musical ˆ travers le thme du hŽros sacrifiŽ, tout comme dans Peter Grimes ou Billy Budd. Cet opŽra singulier mais impressionnant sera interprŽtŽ par les artistes de l'AcadŽmie de l'OpŽra National de Paris, dirigŽ par Stephen Higgins et mis en scne par Tom Creed.

 

AmphithŽ‰tre de l'OpŽra Bastille, les 19, 22, 24, 26 et 28 novembre 2016 ˆ 20H.

RŽservations: Billetterie 130, rue de Lyon, 75012 Paris ; par tel.: 08 92 89 90 90 ; en ligne : www.operadeparis.fr

 

 

20 / 11

 

JournŽe Quatuors en Arles

 


Quatuor Van Kuijk ©Adrien Vecchioni

 

La Ē JournŽe Quatuors Č sera cŽlŽbrŽe le dimanche 20 novembre avec deux formations de choix. D'une part, le Quatuor Van Kuijk, accompagnŽ par le talentueux clarinettiste Rapha‘l SŽvre, qui joueront de Mozart, le quatuor n” 19 en ut majeur K. 565 Ē Dissonances Č, d'Anton Webern, Langsamer Satz, pour quatuor ˆ cordes, et de Johannes Brahms le Quintette pour clarinette et cordes en si mineur, opus 115 (11H) ; et d'autre part, le Quatuor Mosa•ques qui se produira dans le quatuor en rŽ majeur, opus 33 n” 6 de Haydn, le quatuor n” 16 en mi bŽmol majeur, K. 428 de Mozart et le quatuor n” 6 en si bŽmol majeur, opus 18 n” 6 de Beethoven (15H).

 

Jeune ensemble fondŽ en 2012, le Quatuor Van Kuijk est dŽjˆ reconnu ˆ lÕinternational et cŽlŽbrŽ par la critique. RŽvŽlŽ au grand public ˆ lՉge quinze ans, lors des Victoires de la musique classique 2010, Rapha‘l SŽvre appara”t aujourdÕhui comme le plus jeune reprŽsentant de lՎcole franaise de clarinette. Le Quatuor Mosa•ques, quant ˆ lui, est considŽrŽ comme le plus grand quatuor jouant sur instruments dՎpoque.

 

Chapelle du MŽjan, le 20 novembre 2016 ˆ 11H et 15H.

RŽservations: Association du MŽjan, Place Nina Berberova BP 90038,  13633 Arles cedex ; par tel : 04 90 49 56 78 ; en ligne  : www.lemejan.com

 

 

3, 4 / 12

 

Concours de Belcanto Bellini 2016

 



La sixime Ždition du Concours International de Belcanto Vincenzo Bellini aura lieu les 3 et 4 dŽcembre ˆ l'OpŽra de Marseille. La soprano Mady MesplŽ sera la marraine de la compŽtition belcantiste qui accroit d'annŽe en annŽe sa dimension internationale. Buenos-Aires devient partenaire officiel du Concours en 2016. A l'invitation de la Chancellerie Argentine et du Ministre de la Culture argentin, ce pays ˆ forte tradition lyrique a reu dŽbut septembre les dernires auditions de sŽlection des candidats 2016 opŽrŽes ˆ l'auditorium de la radio nationale. Deux des candidats sŽlectionnŽs ˆ Buenos Aires sont issus de l'AcadŽmie du Teatro Colon, aussi partenaire du Concours. Un grand nombre de candidats venus des quatre coins du monde ont participŽ ˆ ces auditions trs sŽlectives tout au long de l'annŽe, en France et ˆ l'international. Au final, 16 candidats affronteront un jury comme ˆ chaque fois trs ciblŽ, placŽ cette annŽe encore sous la prŽsidence d'Alain Lanceron (Warner music Group) qui aura ˆ ses c™tŽs Isabelle Masset, co-directrice artistique du grand ThŽ‰tre de Bordeaux, Maurice Xiberras, directeur gŽnŽral de l'OpŽra de Marseille, Claudio Orazi, surintendant du Teatro Lirico de Cagliari, Alberto Triola, Directeur artistique de l'OpŽra de Florence, PrŽsident du Maggio  Musicale Fiorentino et Directeur artistique du Festival de Martina Franca.

AssociŽ au Concours, la crŽation de la "Vincenzo Bellini belcanto AcadŽmie", en 2015, propose aux chanteurs une formation ciblŽe sur la technique et l'interprŽtation belcantiste. Elle offre aux chanteurs la possibilitŽ de Masterclasses avec les plus grands, toujours sous la houlette du Maestro Marco Guidarini dont l'expertise du rŽpertoire est bien connue . Prochain atelier du 5 au 8 janvier 2017 dans le cadre du Prestigieux "Gstaad New Year Music  Festival". La compŽtition belcantiste inscrit ˆ son palmars la rŽussite de tous ses grands Prix. Ainsi de la soprano Pretty Yende, dŽcouverte lors de sa premire Ždition en 2010. Cette nouvelle star des scnes mondiales est ˆ l'affiche de l'OpŽra Bastille dans le r™le titre de Lucia di Lammermoor et vient d'enregistrer son premier album chez Sony.

Quelques liens :
http://www.concoursinternationaldebelcantovincenzobellini.com/

http://opera.marseille.fr/programmation/evenement/concours-international-de-belcanto-vincenzo-bellini

musicarte-org@live.fr

Contact tŽl : 06 09 58 85 97

Jean-Pierre Robert.

 

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Les Ondes Martenot ˆ l'honneur


Pura PŽnichet, PrŽsidente de la FEAM / DR

 

La FŽdŽration des Enseignements Artistiques Martenot organise le dimanche 4 dŽcembre 2016 un Concert-Expo au thŽ‰tre Adyar, intitulŽ Ē Ondes en Seine Č : ˆ 17h Expo / vernissage, ˆ 18h concert, ˆ 20h rencontre avec les artistes, compositeurs, musiciens, peintres, suivi dÕun pot amical offert. Le concert est consacrŽ principalement ˆ la crŽation dÕĻuvres courtes pour Ondes Martenot et divers instruments Žcrites spŽcialement par les compositeurs : Marie-HŽlne BERNARD, Damian CHARRON, Jean-Franois DEMOULINS, Patrick LENFANT, Laurent MELIN, Arnaud MILLAN, Brigitte NERAT, Martial ROBERT, Roger TESSIER, Jean-Pierre TULLIER, Olivier TOUCHARD, Nicolas VERIN.

Prix des places : 20 Ū plein tarif, 15 Ū adhŽrents ˆ la FEAM, 10 Ū Žtudiants / ch™meurs. Gratuit pour les moins de 12 ans.

ThŽ‰tre Adyar, 7 square Rapp, 75007 Paris, le 4 dŽcembre 2016, ˆ partir de 17H.

Renseignements et rŽservations : par tel. : 06 60 90 10 60 ; en ligne : sur le site de la FŽdŽration :
http://federation-martenot.fr/Ondes-en-Seine
ou directement ˆ :
 
https://www.helloasso.com/associations/federation-des-enseignements-artistiques-martenot/evenements/ondes-en-seine

 

Daniel Blackstone.

 

6, 7, 9, 10, 11 / 12

 

L'Ile du rve de Reynaldo Hahn

 


Reynaldo Hahn en 1907 par Lucie Lambert / BNF

 

Le ThŽ‰tre de l'AthŽnŽe donne une raretŽ, le premier ouvrage lyrique de Reynaldo Hahn (1874-1947) crŽŽ en 1898 ˆ l'OpŽra Comique. Il s'agit de l'adaptation du rŽcit autobiographique de Pierre Loti Ē Le mariage de Loti Č. Cette ''idylle polynŽsienne'' en trois actes narre les amours de l'Žcrivain dans les ”les sous le vent. La musique, encore dans l'influence de Massenet, a dŽjˆ toute cette ŽlŽgance qui fait l'originalitŽ de la manire de Reynaldo Hahn avec ici une pointe d'exotisme raffinŽ. La production, initiŽe au printemps dernier au festival Ē Musiques au pays de Pierre Loti Č ˆ Rochefort, prŽsente une version pour douze instrumentistes, cinq solistes et un ensemble vocal. Elle sera dirigŽe par le jeune Julien Masmondet et mise en scne par Olivier DhŽnin.

 

ThŽ‰tre de l'AthŽnŽe, les 6 (19H), 7, 9, 10 dŽcembre 2016 ˆ  2OH et le 11/12 ˆ 16H.

RŽservations : billetterie, Square de l'OpŽra Louis Jouvet, 7 rue Boudreau, 75009 Paris ; par tel. : 01 53 05 19 19  ; en ligne : www.athenee-theatre.com

 

 

Le Festival de Pentec™te 2017 de Salzbourg

 


Helga Rabl-Stadler & Cecilia Bartoli / DR

 

Profitant de la prŽsence ˆ Paris de la diva Bartoli pour les reprŽsentations de Norma dans la production du Festival de Pentec™te 2013, la prŽsidente du festival de Salzbourg, Helga Rabl-Stadler et la directrice du festival de Pentec™te, Cecilia Bartoli avaient conviŽ la presse ˆ l'Ambassade d'Autriche pour prŽsenter le programme du Festival 2017. Cette sixime Ždition, qui marque le dŽbut du second mandat de la chanteuse, est l'occasion d'un retour rŽtrospectif sur une aventure qui fut vite un vrai succs : Giulio Cesare (2012), Norma (2013), La Cenerentola (2014), IphigŽnie en Tauride (2015) et West Side Story (2016), pour ne citer que l'opŽra montŽ chaque annŽe et repris lors du festival d'ŽtŽ. Aprs la cŽlŽbration de figures fŽminines, Bartoli a pour cette nouvelle Ždition, choisi le thme des Ē DŽlices de la mŽlancolie Č et d'aborder un r™le travesti, celui d'Ariodante de Haendel. Revenant au baroque et ˆ un musicien qu'elle chŽrit entre tous. L'opŽra sera mis en scne par Christoph Loy et affichera un cast de prestige autour de la ''padrona'' (Kathryn Lewek, Sandrine Piau, Norman Reinhardt, Christophe Dumaux). Il sera dirigŽ par le fidle Diego Fasolis qui conduira les Musiciens du Prince Š Monaco. Cette nouvelle formation, prŽcise Bartoli, inspirŽe du modle de l'orchestre de cour, est constituŽe d'interprtes venant de divers pays europŽens. Il accompagnera aussi, avec le mme chef, une exŽcution concertante de La Donna del lago de Rossini, un opera seria rarement donnŽ et pourtant Ē  un vŽritable chef d'Ļuvre Č dont Bartoli dit Ē rver depuis longtemps Č. L'histoire se situe en ƒcosse - comme l'opŽra de Haendel Š  marquant la premire manifestation de l'engouement des romantiques pour la nature.

 

Les concerts dont la programmation est alignŽe sur la mme thŽmatique Žcossaise et mŽlancolique, permettront d'entendre l'Orchestre dell'Academia Nazionale di Santa Cecilia sous la baguette de son chef Antonio Pappano, avec les chanteurs Bryn Terfel (HollŠnder de Wagner) et Tatiana Serjan (Lady Macbeth de Verdi). Une matinŽe donnera ˆ entendre des airs tirŽs d'opŽras composŽs sur l'Orlando Furioso de l'Arioste, chantŽs par le contre tŽnor Max Emmanuel Cencic (Porpora,Vivaldi et Haendel). Puis un concert anniversaire ftera les 40 ans de prŽsence ˆ Salzbourg d'Anne-Sophie Mutter qui jouera Schubert avec des confrres prestigieux tels Daniil Trifonov, et Vivaldi avec les Mutter's Virtuosi. Enfin le ballet, que Bartoli considre comme un art du sublime, sera reprŽsentŽ par La Sylphide avec les forces du ThŽ‰tre Mariinsky. Ē Tradition et innovation Č sont les ma”tres mots de sa politique artistique, conclut Cecilia Bartoli qui espre cette Ždition aussi attractive que festive.   

 

 


Du 2 au 5 juin 2017.

Renseignements et rŽservations : Salzburger Festspiele, Herbert-von- Karajan Platz 11, A 5020 Salzburg ; par tel.:  00 43 662 8045 500 ; par tŽlŽcopie : 00 43 662 8045 555 ; en ligne : www.salzburgfestival.at  ou  info@salzburgfestival.at

 

Jean-Pierre Robert.

 

 

PAROLES D'AUTEUR

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Un instrument multiforme :

Introduction organologique ˆ la cornemuse

 

 

Les debuts de la cornemuse

 

La cornemuse est un instrument trs ancien, datant dÕau moins 2000 ans. En se tournant vers lÕantiquitŽ romaine et les Žcrits des historiens dŽcrivant la vie de lÕempereur NŽron (37-68), nous trouvons la premire trace Žcrite fiable de la cornemuse. En effet, bien que certaines allusions plus anciennes pourraient faire rŽfŽrence ˆ un instrument dotŽ dÕune outre, aucun document ne dŽcrit lÕinstrument clairement avant lÕan 115. CÕest en cette annŽe que lÕhistorien Dion Chrysostome (30-116) Žcrit dans son 71me discours sur le Philosophe en faisant allusion ˆ lÕempereur NŽron : Ē on dit quÕil pouvait peindre, sculpter et jouer de lÕaulos, ˆ la fois par les lvres et en ajustant en sac sous son aisselle Č. NŽron, selon lÕhistorien Gaius Suetonius Tranquillus, Žtait connu pour ses dons en course de chars et en musique. InitiŽ ˆ celle-ci ds son plus jeune ‰ge, il chantait et jouait de la lyre. Il semblerait que lÕempereur, qui nÕaimait point la concurrence et qui aurait marmonnŽ juste avant son suicide que le monde allait perdre un artiste, se produisait Žgalement en tant que joueur dÕinstruments ˆ vent. En effet, en 121 Suetonius Tranquillus Žcrit que NŽron aurait dŽclarŽ quÕil aurait souhaitŽ organiser des jeux et sÕy produire en tant que musicien en jouant de plusieurs instruments ˆ vent, dont lÕutriculus (petite outre) (dans Vita Neronis, De Vita Caesarum VI). Aprs la mort de lÕempereur, la cornemuse se fait discrte pendant quelques sicles. Au Moyen-Age, elle rŽapparait partout en Europe sous diverses formes. AujourdÕhui, la cornemuse est un instrument bien vivant dans de nombreuses cultures autour du monde. Plus de 150 instruments diffŽrents ont ŽtŽ recensŽs,[1] dont un grand nombre sont encore jouŽs aujourdÕhui de lÕInde ˆ lÕIrlande et de la Sude ˆ la Libye.

 

 

Le fonctionnement de la cornemuse

 

La cornemuse se distingue des autres instruments par son rŽservoir dÕair, aussi appelŽ sac ou poche. Celui-ci est rempli dÕair ˆ lÕaide du souffle du musicien et dÕun tuyau dÕinsufflation ou par un soufflet, actionnŽ par lÕun des bras du musicien. LÕair de la poche est distribuŽ dans les diffŽrents tuyaux gr‰ce ˆ la pression exercŽe sur le sac par le bras du musicien. La cornemuse peut avoir une ˆ huit sorties dÕair, aussi appelŽes Ē voix Č par lÕorganologue Marie-Barabara Le Gonidec. Celles-ci peuvent tre des tuyaux mŽlodiques, semi-mŽlodiques ou des bourdons. Les bourdons nÕont aucun trou de jeu et nՎmettent quÕune seule note accompagnatrice. Les tuyaux mŽlodiques sont utilisŽs pour jouer la mŽlodie et les tuyaux semi-mŽlodiques prŽsentent un nombre limitŽ de trous de jeu, souvent utilisŽs pour crŽer un accompagnement harmonique et/ou rythmique.

 

SchŽma du fonctionnement dÕune cornemuse.

Illustration Ilya Franciosi, 2016.

 

 

 

La classification de la cornemuse au cours du temps

 

DÕaprs les diffŽrentes classifications Žtablies au cours du temps, la cornemuse, comme lÕorgue, a toujours ŽtŽ un instrument ˆ part. Elle ne rentre dans aucune catŽgorie prŽcise et provoque souvent lÕajout de commentaires particuliers et la crŽation de catŽgories distinctes.

 

Micha‘l Praetorius, dans le volume De Organographia de son Syntagma musicum (1619/1620), Žtablit une classification qui sŽpare les instruments ˆ vent et ˆ percussion. En tout premier nous trouvons les instruments ˆ vent naturel, c'est-ˆ-dire Ē Ōdont le vent est fournit par la natureÕ, donc pas par le souffle humain ; il sÕagit dÕinstruments ˆ soufflets : orgue, cornemuse Č[2]. Voici un extrait de sa classification (Les catŽgories o se situe la cornemuse sont marquŽes en gras) :

 

1) instruments ˆ vent[3]

            a. A vent naturel

            b. A souffle humain

                       -hauteurs dŽterminŽes par le souffle [(É) cor, trompette, etc]

                       -hauteurs dŽterminŽes mŽcaniquement

-par une coulisse

-par des trous devant, ou devant et derrire, ou devant, de c™tŽ et derrire

2) instruments ˆ percussion

(É)

 

Cette classification est assez peu prŽcise et il est impossible de dŽduire automatiquement que la cornemuse se situe dans la premire catŽgorie. En effet, dans le cas des cornemuses le souffle est majoritairement fourni par un humain et les hauteurs sont dŽterminŽes par des trous sur le tuyau mŽlodique.

 

Une classification dÕimportance qui apparut aprs celle de Praetorius fut Žtablie par Victor Mahillon, fondateur du MusŽe Instrumental de Bruxelles crŽŽ en 1867, afin de pouvoir rŽpertorier les instruments de la collection en incluant mme ceux dont personne ne connaissait le fonctionnement. Selon cette classification la cornemuse est un aŽrophone polyphone ˆ rŽservoir dÕair avec tuyaux. La dŽfinition de cette catŽgorie est beaucoup plus prŽcise que celle proposŽe par Praetorius, dÕautant plus que dans une sous-catŽgorie elle prŽcise Žgalement si lÕinstrument est jouŽ avec ou sans clavier. Cependant, Mahillon ne prend pas en compte la nature de lՎlŽment mis en vibration, cÕest ˆ dire lÕanche. LÕanche est un ŽlŽment important pour lÕinstrument. Le son est toujours crŽŽ par une anche, simple ou double, selon le tuyau et les cornemuses. Ici, Mahillon passe cette partie de lÕanatomie de lÕinstrument sous silence. De plus, il existe certaines cornemuses qui ne sont pas polyphones, tel que le monotsabuno grec o la cornemuse est simplement constituŽe dÕune poche et dÕun tuyau mŽlodique.

 

La classification Hornbostel-Sachs, publiŽe en 1914 dans le Zeitschrift fŸr Ethnologie, est la plus utilisŽe aujourdÕhui. Elle a ŽtŽ crŽŽe ˆ partir de la classification de Mahillon. Son but est de pouvoir classifier les instruments indŽpendamment de leur fonction ou de leur mode de jeu. Seule la structure de lÕinstrument est prise en compte. La cornemuse a sa place dans cette classification mais fait encore une fois lÕobjet de suffixes supplŽmentaires afin dՐtre mieux dŽfinie. Voici un rŽsumŽ de lÕextrait de la classification Hornbostel-Sachs, reproduite dans le New Grove Dictionary of Music and Musicians (2001 :177-178), o elle appara”t.

 

1 Idiophones

2 Membranophones

3 Cordophones

4 AŽrophones

41 AŽrophones libres

42 Instruments ˆ vent proprement dits

421 A biseau flžtes

422 A anche

422.1 Hautbois

422.11 isolŽs

422.21 groupŽs (sets of oboes)

422.121 avec perce cylindrique (double aulos)

422.122 avec perce conique : trouvŽ en Inde

422.2 Clarinettes

422.21 isolŽes

422.211 ˆ perce cylindrique,

422.211.1 sans trous ou avec trous pour les doigts : trouvŽ en Colombie Britannique

422.211.2 avec trous pour les doigts (clarinette europŽenne)

422.212 ˆ perce conique (saxophone)

422.22 groupŽes : trouvŽ en Egypte (zummara)

422.3 A anche libre

423 Trompettes

 

Suffixes additionnels ˆ utiliser avec nÕimporte quelle division de cette catŽgorie :

-6  ˆ rŽservoir dÕair

            -61 rigide

            -62 flexible

-7 trous bouchŽs par les doigts

-71 avec des clŽs

-72 avec Bandmechanik [vraisemblablement un rouleau ou ruban perforŽ]

-8 avec clavier

-9 avec un systme mŽcanique (with mechanical drive)

 

 

Nous pouvons remarquer que la classification Sachs-Hornbostel est plus complte, notamment gr‰ce au suffixe -6 ajoutŽ en note, mais elle nÕest toujours pas satisfaisante. En effet, la cornemuse est un instrument ˆ anche, mais contrairement aux hautbois et aux clarinettes, elle peut tre dŽcrite comme instrument ˆ anches multiples, ainsi quՈ perces multiples. La plupart des cornemuses nÕont pas le mme type dÕanche selon le tuyau mis en vibration. La gaita galicienne, par exemple, a une anche double (catŽgorie hautbois) pour le tuyau mŽlodique et des anches idioglottes (simple, battante, catŽgorie clarinette) pour les bourdons.

 

La classification de la cornemuse nÕest pas une t‰che aisŽe. Avec une morphologie changeante selon la rŽgion et le pays, de nombreuses ramifications sont nŽcessaires afin de pouvoir les classer convenablement. Genevive Dournon, dans son Guide pour la classification des musiques et des instruments traditionnels (2000), classe la cornemuse ainsi :

4 aŽrophones

41 air dans un contenant tubulaire ou globulaire

412 anche (s) = lamelle(s) vibrante(s)- dŽcoupŽe dans ou rapportŽe sur le tuyau- dont l'Žbranlement par le souffle entra”ne la vibration de la colonne d'air

412.4 ˆ anches battantes (simple et/ou double) avec sac, rŽserve dÕair de volume variable (sac); insufflation buccale ou par soufflet = cornemuse.[4]

 

Voici lÕextrait de la classification o se situe la cornemuse.

412.41 deux tuyaux avec anche battante simple [tsambouna (Grce), mashak (Rajhastan), tulum (Turquie)]

412.42 deux tuyaux, ou plus, avec anche simple et/ou double [(biniou (France), gaita (Espagne), Scottish Highland Bagpipe (Ecosse), zampogna (Italie)]

412.421 avec soufflet manuel [musette, cabrette (France)]

 

Bien que plus ŽlaborŽe que la classification de Hornbostel-Sachs, la classification proposŽe par Genevive Dournon reste tout de mme trs simplifiŽe. En effet, lÕinstrument est complexe et prŽsente de nombreuses variŽtŽs dÕune rŽgion ˆ lÕautre. Il est donc difficile de les contenir dans un nombre aussi rŽduit de sous-niveaux si lÕon souhaite tenir compte des particularitŽs de chacun. Cette classification sous-entend ˆ nouveau que la cornemuse est obligatoirement polyphone avec lÕutilisation du pluriel dŽs la description de lÕinstrument : Ē ˆ anches battantes Č.  En effet, bien que rare, une cornemuse peut tre monodique. De plus, la distinction nÕest pas faite entre les instruments ˆ anche(s) simple(s) ou double(s). Dans un ouvrage tel que le guide de Genevive Dournon, ce manque de prŽcision nÕest pas forcŽment gnant car il sÕagit de pouvoir associer un instrument type ˆ une catŽgorie assez prŽcise sans trop aller dans les dŽtails. En effet, le but de cette classification publiŽe ˆ lÕUNESCO est de Ē [fournir] au nŽophyte une base organologique indispensable, pour reconna”tre, identifier et classer les instruments de musique Č.[5]

 

Enfin, la classification de Jean-Pierre Van Hees, spŽcifiquement conue pour la cornemuse, est la plus complte ˆ ce jour. PubliŽe en 2014 dans son livre La cornemuse : un monde sonore, les catŽgories Žtablies peuvent tre ajoutŽes au numŽro classificatoire 412.4 de la taxonomie de Dournon. En effet, Van Hees choisit de classifier les cornemuses en trois catŽgories selon le type dÕanche : les cornemuses ˆ anche(s) simple(s), les cornemuses hybrides (ˆ anches simple(s) et double(s)) et les cornemuses ˆ anche(s) double(s).[6] On peut constater que cette catŽgorisation recoupe Žgalement diverses aires gŽographiques : les cornemuses ˆ anches simples se trouvent principalement ˆ lÕest de lÕEurope, les cornemuses hybrides se trouvent ˆ lÕouest de lÕEurope et les cornemuses ˆ anches doubles se trouvent en Italie et historiquement en France.

 

Avant de passer ˆ trois exemples concrets dans chaque catŽgorie, regardons de plus prs les diffŽrentes composantes dÕune cornemuse.

 

 

Un instrument complexe

 

La cornemuse rŽunit en un instrument plusieurs matŽriaux dÕorigine animale ou vŽgŽtale, voire synthŽtique aujourdÕhui. Voici un aperu des diffŽrentes parties de la cornemuse avec des indications sur la facture et les matŽriaux.

 

Le sac

Le sac de la cornemuse est lՎlŽment nŽcessaire pour rŽussir ˆ produire un son continu. Cette partie indispensable est souvent fabriquŽe ˆ partir de peau dÕanimal. De nombreuses poches sont fabriquŽes ˆ partir de peaux de chevreaux. Le processus de tannage change en fonction des rŽgions selon les savoir-faire mais Žgalement selon la raretŽ de la peau. En Croatie, par exemple, certaines peaux de chvre sont tannŽes longuement afin que la peau devienne Žlastique et translucide, perdant tous ses poils. Ces peaux durent de nombreuses annŽes contrairement aux peaux de chvres utilisŽes par les facteurs bulgares ou grecs, par exemple, qui ont plus dÕanimaux ˆ leur disposition et tannent les peaux avec une solution ˆ base dÕeau et de sel, sans oublier un passage ˆ la chaux. Bien que ces derniers retournent la peau, laissant donc les poils gŽnŽralement coupŽs assez court ˆ lÕintŽrieur de la poche, ceci nÕempche pas une dŽgradation plus rapide du sac due aux changements de taux dÕhumiditŽ ni le risque possible dÕinfestation dÕinsectes ˆ lÕintŽrieur des pores laissŽs par les poils. Afin de contrecarrer cette humiditŽ, les bulgares rangent souvent leurs instruments dans un sac en plastique afin de retenir un certain taux dÕhumiditŽ aprs le jeu pour que la peau ne se dessche pas. Si le sac sŽchait, il deviendrait sec comme du papier et cela le rendrait cassant donc fragile.

 

Le sac peut tre fabriquŽ avec plusieurs matŽriaux, diffŽrents selon les rŽgions. LՔle de Malte, par exemple, est connue pour avoir historiquement utilisŽ des peaux de chiens entiers pour leurs sacs. Ceci se retrouve dans dÕautres partie du monde tel que la Pologne, la Croatie ou encore Majorque. En effet, la peau de chien nÕest pas du tout poreuse donc est moins sensible aux infestations dÕinsectes. Cependant, elle tend ˆ sentir trs fort, et lÕodeur, contrairement aux autres peaux dÕanimal, ne sÕattŽnue pas avec le temps, ce qui a poussŽ les facteurs et joueurs de cornemuse ˆ utiliser des peaux dÕautres animaux tels que la chvre ou la vachette. En France, la peau de vachette est souvent utilisŽe. La peau est tannŽe puis coupŽe et cousue afin dÕobtenir la forme voulue. Depuis la deuxime partie du XXme sicle, les joueurs et les facteurs de cornemuses se sont penchŽs sur dÕautres matŽriaux tels que le caoutchouc ou le GoreTex afin dÕallonger la durŽe de vie dÕun sac, souvent limitŽe ˆ quelques annŽes, voire quelques mois selon le taux dÕhumiditŽ, la frŽquence dÕutilisation et la qualitŽ de la prŽparation de la peau. Plus rŽcemment, quelques sociŽtŽs spŽcialisŽes dans la fabrique de sacs de cornemuses ont brevetŽ des solutions utilisant un mŽlange de matŽriaux rŽsistants ˆ lÕhumiditŽ du type GoreTex et de matŽriaux organiques tels que la peau de vachette. Certains modles sont mme pourvus dÕune fermeture Žclair afin que le musicien puisse vider son sac de la condensation. A ce mme effet, certains sacs sont Žgalement pourvus de dŽshumidificateurs. AujourdÕhui le monde de la cornemuse retient une grande variŽtŽ de matŽriaux pour le sac, variant selon la rŽgion, selon les facteurs des instruments et selon le gožt des musiciens.

 

DiffŽrents stades de prŽparation dÕun sac en peau de chvre. De droite ˆ gauche : la peau fraiche et traitŽe, tendue selon la forme voulue du sac ; la peau sŽchŽe ; le sac attachŽ ˆ toutes ses extrŽmitŽs afin de vŽrifier quÕil est bien Žtanche ; la peau tannŽe attachŽe ˆ la cornemuse, prte ˆ jouer.

Photo : Cassandre Balosso-Bardin, Mallorque, juin 2012.

 

Les anches

Les cornemuses utilisent des anches simples et des anches doubles. Elles sont traditionnellement fabriquŽes ˆ partir de roseau cependant beaucoup de joueurs de cornemuse aujourdÕhui utilisent des anches en plastique qui varient moins selon le taux dÕhumiditŽ et la tempŽrature.

 

Les anches doubles ressemblent ˆ une anche de hautbois avec deux fines languettes de roseau apposŽes lÕune contre lÕautre et reliŽes ˆ leur base. La largeur et la longueur de lÕanche dŽpendra de la facture du tuyau mŽlodique. Les musiciens peuvent Žgalement choisir des anches plus ou moins dures en fonction de leurs besoins musicaux. La facture des anches doubles est dŽlicate et elle est souvent lÕaffaire de spŽcialistes. Les anches simples, cependant, sont fabriquŽes plus aisŽment. Egalement traditionnellement en roseau, elles peuvent aujourdÕhui tre fabriquŽes en plastique, en bois ou en rŽsine selon les facteurs.

 

Le musicien peut ajuster les anches en les modifiant lŽgrement. Pour lÕanche double, le musicien peut ouvrir ou fermer lÕouverture de lÕanche. Plus lÕouverture de lÕanche est Žtroite, plus le tuyau mŽlodique montera et moins la pression sera ŽlevŽe. A lÕinverse, plus lÕouverture sera grande, plus le tuyau mŽlodique baissera et plus le musicien devra exercer de force sur le sac. LÕanche simple peut Žgalement tre rŽglŽe. La longueur de la languette et la largeur de lÕanche dŽterminent la justesse. La longueur de la languette peut tre modifiŽe ˆ lÕaide dÕun Žlastique. Afin dÕempcher lÕanche de se bloquer avec une pression trop grande, le musicien peut gratter la languette afin de lÕallŽger et/ou ajouter un cheveu entre la languette et le corps de lÕanche afin de maintenir lÕanche lŽgrement ouverte. 

De gauche ˆ droite : anche double en plastique ; anche double en plastique pot de yaourt pour une cornemuse du centre France en sol ; anche double en roseau pour la gaita galicienne en do ; anche double en roseau pour la xeremies majorquine en do dise ; anche simple en rŽsine et roseau pour le tuyau mŽlodique dÕune gaida bulgare en sol ; anche simple en roseau pour le petit bourdon en sol de la gaita galicienne ; anche simple en roseau pour le grand bourdon en do de la gaita galicienne (avec un cheveu sous la languette) ; anche simple en plastique pour un bourdon en la.

Photo : Cassandre Balosso-Bardin

 

Le tuyau dÕinsufflation et le soufflet

Le sac de la cornemuse peut tre rempli dÕair par deux systmes : par le souffle humain ou par un soufflet. Dans le premier cas, le musicien souffle dans un tuyau dÕinsufflation muni dÕun clapet qui permet ˆ lÕair de rester dans le sac lorsque le musicien inspire.

A gauche lÕair rentre et passe dans le sac ;
ˆ droite la pression dans le sac pendant le jeu ferme le clapet et empche lÕair de sortir.

 

Dans le deuxime cas, le musicien attache un soufflet au sac ce qui lui permet de gonfler le sac dÕair avec son bras plut™t quÕavec ses poumons. Ceci donne notamment une plus grande libertŽ pour chanter tout en jouant.

 

Tadeusz Rytwinski joue de la cornemuse polonaise avec un soufflet sous son bras droit.

Photo : Sean Kelly 2014

 

Le tuyau mŽlodique et le tuyau semi-mŽlodique

La cornemuse peut avoir plus dÕun tuyau mŽlodique. Lorsque le second tuyau mŽlodique est identique au premier, avec le mme nombre de trous, on peut parler dÕun double tuyau mŽlodique. Lorsque les tuyaux mŽlodiques diffrent, on parle de tuyau mŽlodique et de tuyau semi-mŽlodique. La tsampouna, par exemple, peut se trouver sous deux formes : avec deux tuyaux jumeaux juxtaposŽs, ces derniers peuvent tre deux tuyaux mŽlodiques identiques ou un tuyau mŽlodique et un tuyau semi-mŽlodique avec un, deux ou trois trous selon lÕinstrument.

 

A gauche, on observe une tsampouna avec un tuyau mŽlodique et un tuyau semi-mŽlodique alors que les deux cornemuses au centre et ˆ droite ont des doubles tuyaux mŽlodiques.

Photo : Cassandre Balosso-Bardin 2014.

 

Les tuyaux mŽlodiques sont majoritairement fabriquŽs en bois. Ils peuvent tre tournŽs ou taillŽs. Certains instruments ont des tuyaux mŽlodiques en roseau tels que le tulum (Turquie) la tsampouna (Grce) ou encore le mizwid (Tunisie). Ces derniers sont souvent encastrŽs dans une gouttire en bois afin de les protŽger. AujourdÕhui dÕautres matŽriaux sont parfois utilisŽs tels que la rŽsine ou le plastique mais le bois, exotique ou local, reste le matŽriau le plus courant.

 

 

Le(s) bourdon(s)

Le(s) tuyau(x) mŽlodique(s) de la cornemuse peu(ven)t tre accompagnŽ(s) dÕun ou plusieurs bourdons. Ceux-ci peuvent tre montŽs sur la mme souche que le tuyau mŽlodique (voir ci-dessous la zampogna italienne) ou sŽparŽment (voir lÕexemple de la gaita galicienne). Le bourdon permet dÕeffectuer un accompagnement avec une note continue. Le musicien ne peut pas changer la note de son bourdon lorsquÕil joue Š si cՎtait le cas, nous serions en prŽsence dÕun tuyau semi-mŽlodique avec un ou plusieurs trous de jeu. Le bourdon sÕaccorde sur le tuyau mŽlodique et est gŽnŽralement ajustŽ ˆ la tonique de ce dernier. Lorsque la cornemuse a plusieurs bourdons, ils peuvent doubler la tonique ˆ lÕoctave ou jouer une dominante. Dans certaines cornemuses, les bourdons sont adaptŽs pour pouvoir changer de ton facilement avec des coulisses ou des trous que le musicien peut boucher avant de jouer ou lors dÕune pause musicale.

 

Joueurs de xeremies de Majorque : les trois bourdons sont montŽs sur la mme souche et le tuyau mŽlodique est sŽparŽ. Les joueurs de cornemuse sont accompagnŽs de joueurs de flute (flabiol) et tambour (tambor’). Photo : Cassandre Balosso-Bardin 2013.



CAS DÕETUDES

 

En nous inspirant de la classification de Van Hees, regardons ˆ prŽsent de plus prs un exemple pour chaque catŽgorie : cornemuses ˆ anches simples, cornemuses hybrides et cornemuses ˆ anches doubles.

 

 

Les cornemuses ˆ anches simples

Le territoire des cornemuses ˆ anches simples sՎtend de lÕInde ˆ la Croatie et de lÕAfrique du Nord (Tunisie et Libye) ˆ la Russie. Il existe quelques exemples de cornemuse ˆ anches simples en Europe de lÕOuest tel que la boha en Gascogne et la sŠckpipa en Sude. Alors que la sŠckpipa peut tre reliŽe aux territoires de lÕest par les pays baltiques, la boha est une exception en Europe, entourŽe uniquement par des cornemuses hybrides. Cependant, dÕaprs les ressources iconographiques ˆ notre disposition cette co-existence avec les cornemuses hybrides semble tre apparue au Moyen-åge.

 

De par leur nature, les cornemuses ˆ anches simples ont des tuyaux ˆ perce cylindrique. Deux lŽgres exceptions peuvent tre ŽvoquŽes : le tuyau mŽlodique de la djura gaida bulgare est lŽgrement conique et le tuyau mŽlodique de la kaba gaida des Rhodopes est lŽgrement inversement conique. Dans les deux cas la conicitŽ est trs lŽgre et nÕempche pas le tuyau de fonctionner avec un systme ˆ anches simples. Observons ˆ prŽsent un exemple de cornemuse ˆ anches simples, la tsampouna grcque, aussi appelŽe askomandoura en Crte.

Tsampouna et toumbaki. Photo : Cassandre Balosso-Bardin.


La tsampouna est jouŽe dans les ”les grecques, notamment les ”les ŽgŽennes. Plus au Nord, ˆ la frontire Bulgare, on trouve un autre type de cornemuse ˆ anches simples, la gaida avec un grand bourdon sŽparŽ du tuyau mŽlodique. La tsampouna varie selon les ”les avec soit deux tuyaux mŽlodiques identiques, soit un tuyau mŽlodique et un tuyau semi-mŽlodique, mais lÕinstrument reste le mme aux yeux des musiciens. La tsampouna est traditionnellement jouŽe avec un tambour appelŽ toumbaki ou avec une lyre ˆ cordes frottŽes. Le rŽpertoire est ˆ la fois instrumental et chantŽ et dŽdiŽ ˆ la dance.

 

 

Cas dՎtude organologique : la tsampouna (ėles Grcques)

Nom : tsampouna tsampouna ou askamantoura askamandoura (clarinette ˆ outre). Ce modle est une askamandoura, reconnaissable par son double tuyau mŽlodique accordŽ et jouŽ ˆ lÕunisson.

 

Facteur : Serafim Marmaridis (2015)

 

Aire de jeu : les ”les ŽgŽennes (Grce)

 

Sac : peau de chvre retournŽe (poils ˆ lÕintŽrieur)

 

Tuyau dÕinsufflation : tuyau muni dÕune valve interne afin que lÕair ne ressorte pas lorsque le joueur inspire. Certains modles nÕont pas de valve. Le joueur appose alors sa langue sur le tuyau dÕinsufflation lorsquÕil inspire afin que lÕair ne ressorte pas.

 

Bourdons : non-existants

 

Tuyaux mŽlodiques : double tuyau mŽlodique en roseau insŽrŽ dans une souche en bois. Les tuyaux mŽlodiques sont accordŽs et jouŽs ˆ lÕunisson. DÕautres modles prŽsents sur dÕautres ”les ont un tuyau mŽlodique et un tuyau semi-mŽlodique ce qui leur permet de crŽer des effets de bourdon rythmiques. Les tuyaux mŽlodiques sont encastrŽs dans une gouttire en bois, fixŽs avec de la cire ou de la colle. Le facteur y a gravŽ un motif feuillu selon son imagination. Les pavillons des cornemuses grecques peuvent aussi tre fabriquŽs ˆ partir de corne.

 

Exemple musical: https://youtu.be/_4k2ruLIG5I

Anches : Deux anches simples, une pour chaque tuyau mŽlodique. Les anches sont fixŽes dans les tuyaux mŽlodiques par de la cire afin quÕelles ne se dŽplacent pas. Les anches de ce facteur sont fabriquŽes ˆ partir dÕun morceau de bois creux o il a apposŽ une languette, maintenue par un Žlastique. Celui-ci est amovible et peut aider ˆ rŽgler la justesse des anches. Ce modle dÕanche permet dÕassurer un plus grand contr™le sur la facture. Vous trouverez un modle dÕanche simple plus traditionnel sur bourdon de la gaita.

 

 

 

Les cornemuses hybrides

La cornemuse hybride est le type de cornemuse le plus connu internationalement gr‰ce ˆ la cornemuse Žcossaise, la great Highland bagpipe (abrŽviation : GHB). En effet, la GHB a un tuyau mŽlodique ˆ perce conique et anche double ainsi que trois bourdons ˆ perces cylindriques et anches simples. La GHB est communŽment jouŽe en si bŽmol et a un ambitus dÕune neuvime, du la au si bŽmol. MalgrŽ lÕhŽgŽmonie de la GHB, les cornemuses hybrides sont nombreuses, avec des timbres, des tonalitŽs et des rŽpertoires trs diffŽrents. En France, par exemple, nous pouvons compter plus dÕune dizaine de cornemuses diffŽrentes dont la majoritŽ sont des cornemuses hybrides : la cornemuse du centre France,[7] la veuze, le biniou kozh et le binous bras en Bretagne, la cornemuse ˆ miroirs du limousin, la chabrette du Limousin, la musette bressane, la musette ou cabrette auvergnate, Žgalement jouŽe ˆ Paris dans les bals musette (dÕo son nom), la musette BŽchonnet, la bodega des PyrŽnŽesÉ

 

On trouve les cornemuses hybrides ˆ lÕouest de lÕEurope. Certaines, comme la GHB et la gaita galicienne sont jouŽes ˆ lՎtranger aprs avoir ŽtŽ exportŽe par diffŽrentes voies. La GHB, par exemple, Žtait utilisŽe dans lÕarmŽe et est maintenant fortement reprŽsentŽe dans les pays du Commonwealth tels que lÕInde et lÕAustralie. Le Canada et les Etats-Unis ont Žgalement de nombreux groupes de GHB et participent rŽgulirement aux concours internationaux de pipe bands (groupes de cornemuses et de tambours). La GHB nÕest pas la seule cornemuse ˆ tre fortement reprŽsentŽe et jouŽe par de nombreux musiciens. En Galice, la gaita, la cornemuse galicienne, a connu un renouveau dans les annŽes 1990. Elle est maintenant jouŽe par des milliers de personnes. Regardons de plus prs la gaita galicienne, lÕun des instruments hybrides le plus jouŽ aprs la great Highland bagpipe Žcossaise.

 

 

Cas dՎtude : la gaita gallega (Galice, Espagne)

 

Nom : Gaita gallega

 

Facteur : Cristobal Prieto (2005)

 

Aire de jeu : Galice (nord-est de lÕEspagne). La gaita est Žgalement jouŽe au nord du Portugal o elle cohabite avec la cornemuse portugaise, trs voisine dans son organologie. La gaita est aussi jouŽe dans de nombreuses communautŽs ˆ lՎtranger o des centres galiciens ont ŽtŽ crŽŽs par des gŽnŽrations dՎmigrants dans des villes telles que Buenos Aires, Paris, Bruxelles, Londres, B‰le, Zurich, Bonn, Caracas...

 

 

Sac : Sac en Gore-TexØ, fabriquŽ par la compagnie Žcossaise CANMOREØ. Le Gore-TexØ est une membrane impermŽable qui a la capacitŽ de transpirer tout en Žtant Žtanche. Couramment utilisŽ pour les chaussures et pour le matŽriel de plongŽe, le Gore-TexØ, Žtait utilisŽ pour les sacs de cornemuse afin de crŽer un matŽriau qui se dŽtŽriorait beaucoup moins rapidement lorsquÕexposŽ ˆ des hauts taux dÕhumiditŽ. La sociŽtŽ Žcossaise CANMOREØ, spŽcialisŽe dans la fabrication des sacs de cornemuse, dŽveloppa le premier sac ˆ base de tissus pourvu dÕune membrane Gore-TexØ et le commercialisa en 1987. Depuis, de nombreux autres types de sacs ont ŽtŽ dŽveloppŽs comme certains avec une fermeture Žclair afin de vider plus facilement la condensation du sac ou bien, plus rŽcemment, un sac hybride avec une membrane synthŽtique interne et une membrane externe en peau naturelle afin de recrŽer la texture dÕun sac en peau dÕanimal. DÕautres fabricants de sacs exportent dans le monde entier dont les marques Bannatyne, Ross, Begg et Gannaway.

 

Tuyau dÕinsufflation : Tuyau dÕinsufflation avec une valve au bout afin que lÕair ne ressorte pas lorsque le musicien inspire. La valve est en caoutchouc, attachŽe par une petite vis.

 

Tuyau mŽlodique : Le tuyau mŽlodique de la gaita est conique. Ce tuyau mŽlodique est en palissandre avec un joint en lige. Il a 8 trous de jeu, dont un pour le pouce, ainsi que quelques trous dÕaccord ˆ son pied. Ceux-ci sont souvent retouchŽs par les musiciens afin dÕajuster la justesse du tuyau mŽlodique, influant sur la longueur du tuyau. La justesse des notes Žtant souvent dŽpendante de lÕanche (celle-ci peut tre ajustŽe en lÕouvrant ou la fermant et en lÕinsŽrant plus ou moins profondŽment dans le tuyau) les joueurs de cornemuse modifient souvent la justesse en rajoutant soit de la cire, soit du ruban adhŽsif autour des trous de jeu afin de modifier leur hauteur. La gaita est communŽment jouŽe en do. Afin de pouvoir jouer plus facilement dans diffŽrentes clŽs et de sÕintŽgrer dans des groupes musicaux avec dÕautres instruments, les musiciens ont souvent des tuyaux mŽlodiques en rŽ, si bŽmol ou encore sol.

 

Exemple musical : Duo Dani Bell—n et Diego Maceiras (gaita et accordŽon)

www.youtu.be/JKjekjWuLUs

 

Bourdons : La gaita peut avoir un ˆ trois bourdons. Ceux-ci se nomment le ronc—n (do), la ronqueta (do) et le chill—n (sol). Le grand bourdon (ronc—n) est la base de la musique, accordŽ ˆ la tonique de la cornemuse. Les deux petits bourdons sont optionnels. Certains facteurs ont dŽveloppŽ un systme de robinet qui permet de choisir si lÕon veut activer le bourdon ou non (cf image).

 

Anches : La gaita utilise ˆ la fois des anches simples pour les bourdons cylindriques et une anche double pour le tuyau mŽlodique ˆ perce conique. Historiquement, le chill—n pouvait tre cylindrique et muni dÕune anche double ce qui augmentait sa puissance sonore considŽrablement. Les anches des gaitas sont traditionnellement fabriquŽes ˆ partir de roseau.

 

 

Les cornemuses ˆ anches doubles

Les cornemuses ˆ anches doubles sont beaucoup moins nombreuses que les deux types de cornemuses que nous avons ŽtudiŽs ci-dessus. Elles sont majoritairement de deux familles : la musette baroque, dŽveloppŽe au XVIIe et XVIIIe sicles ainsi que les cornemuses dÕItalie du sud, connues sous le nom de zampogna ou surdulina. Alors que les cornemuses baroques se sont dŽveloppŽes dans un milieu bourgeois et aristocratique, les zampogne sont issues dÕun milieu plus rural. Au XIXe sicle, les joueurs de zampogna, les zampognari Žtaient bien connus ˆ Paris o ils jouaient dans la rue avec des tambourins (tamburelli) ou encore lÕinstrument accompagnateur de la zampogna, un chalumeau appelŽ chiaramella ou piffero. Encore aujourdÕhui la zampogna est associŽe ˆ un monde rural et est notamment emblŽmatique de la pŽriode de No‘l lorsque les bergers passent de village en village, jouant les chants de No‘l ˆ la zampogna et la chiaramella.

 

 

Cas dՎtude : la zampogna (Italie)

 

Nom : Zampogna a chiave (cornemuse ˆ clŽ)

 

Facteur : Ilario Garbani Marcantini (ca. 2002)

 

Aire de jeu : Italie du Sud (Calabre, Pouilles, Salento, Lecce, Sicile)

 

Sac : Peau de vachette. Le sac traditionnel est gŽnŽralement fabriquŽ en peau de chvre. La vachette est utilisŽe surtout en France avec des sacs de cornemuse cousus. Ces derniers sont solides et ont une durŽe de vie assez longue. Le facteur a peut-tre choisi de passer au sac en peau de vachette cousue afin dÕallonger la durŽe de vie du sac.

 

Tuyau dÕinsufflation : tuyau assez long muni dÕun valve interne afin dÕempcher lÕair de ressortir lorsque le musicien inspire.

 

 

 

Tuyaux mŽlodiques : La zampogna est connue pour ses deux tuyaux mŽlodiques, chacun jouŽ par une main diffŽrente.

La diffŽrence de taille des tuyaux permet un jeu diffŽrent sur chacun. Le tuyau mŽlodique court et plus aigu est utilisŽ pour la mŽlodie alors que le tuyau mŽlodique plus long et plus grave est utilisŽ pour lÕaccompagnement harmonique et rythmique. La zampogna a chiave de Garbani, illustrŽe ici, est en sol majeur, une tonalitŽ commune pour les zampogne. Selon sa taille, le tuyau de plus long de la zampogna est souvent muni dÕun systme pour soulager le musicien du poids de lÕinstrument. Ici, la cornemuse est munie dÕune sangle que le musicien se passera autour du poignet afin de rendre le jeu plus aisŽ.

 

Exemple musical : Solo de zampogna https://www.youtube.com/watch?v=CU_xR_mS9YI

Bourdons : La zampogna peut avoir jusquÕa trois bourdons. Les bourdons peuvent tre rendus muets gr‰ce ˆ un bouchon ˆ leur extrŽmitŽ. LÕun des bourdons de cette zampogna, illustrŽ ci-contre, a des trous latŽraux qui permettent de changer le bourdon du rŽ au rŽ# ou mi selon les besoins de la musique et du musicien.

 

La zampogna est aisŽment reconnaissable par sa morphologie unique. Tous les tuyaux de la cornemuse (mŽlodiques et bourdons), ˆ lÕexception du tuyau dÕinsufflation, sont insŽrŽs dans une seule souche ˆ lÕavant de la cornemuse.

 

 

Anches : Les tuyaux mŽlodiques et les bourdons de la zampogna ont une perce conique. Ceci les amne donc ˆ tre munis dÕanches doubles. Traditionnellement fabriquŽes ˆ partir de roseau, ces anches sont en pot de yaourt, un plastique lŽger qui permet ˆ lÕanche de vibrer aisŽment. Les anches en plastique sont rŽpandues dans le monde de la cornemuse. En effet, malgrŽ une lŽgre perte de richesse de timbre, les anches doubles en plastique varient moins en fonction de la tempŽrature et de lÕhumiditŽ ce qui donne un certain confort au musicien.

 

 

CONCLUSION

 

Le monde de la cornemuse est vaste et extrmement riche. Cet article aura servi de brve introduction ˆ lÕinstrument, nÕeffleurant quÕune petite partie de son univers. Allant au delˆ de lÕorganologie, chaque cornemuse est au centre dÕune histoire culturellement passionnante. LÕun des livres les plus complets et des plus rŽcents au sujet de la cornemuse est le livre de Jean Pierre Van Hees, La cornemuse : un infini sonore (Coop Breizh 2014). Pour les adeptes de lÕinternet, il existe un magnifique site compilŽ sous la direction scientifique de Marie-Barbara Le Gonidec pour le MuCEM avec le soutien du ministre de la Culture et de la Communication, mis en ligne en 2007 : http://www.cornemuses.culture.fr. Enfin, je vous invite ˆ visiter la page de lÕOrganisation Internationale pour la Cornemuse qui organise des colloques internationaux biennaux autour de cet instrument, invitant des musiciens, facteurs et universitaires du monde entier pour partager leurs musiques et leurs connaissances.

 

 

Cassandre Balosso-Bardin*.

 

 

*Cassandre Balosso-Bardin est docteur en ethnomusicologie et postdoctorante ˆ l'UniversitŽ Paris-Sorbonne pour le projet de recherche Geste-Acoustique-Musique. Elle est Žgalement directrice de l'International Bagpipe Organisation.

 

 


[1]  Voir lÕouvrage de Jean Pierre Van Hees, La cornemuse, un infini sonore, Breizh Coop, 2014.

[2]  Meeus, cours dÕOrganologie pour les L2, p13

[3]  Source : Nicolas Meeus, cours dÕorganologie pour L2: 13

[4]  Dournon, Guide pour la classification des musiques et des instruments traditionnels 2000 :131

[5]  Dournon, Guide pour la classification des musiques et des instruments traditionnels 2000 : quatrime couverture

[6]  Afin de faciliter la lecture, le pluriel sera dŽsormais utilisŽ pour les anches de cornemuse sauf lorsque lÕinstrument est monodique ou sÕil sÕagit dÕune seule anche.

[7]  Lire Les ma”tres sonneurs de George Sand pour un magnifique portrait dՎpoque du joueur de cornemuse de Centre France.



REPERES PEDAGOGIQUES

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Daniel Franois-Esprit Auber

un compositeur franais mal connu

 

Compositeur de premier plan qui rŽgna ˆ la fois sur lÕOpŽra,

lÕOpŽra Comique et le conservatoire, qui traversa le sicle romantique,

des tourmentes rŽvolutionnaires ˆ la Commune.

 

Une famille dÕartistes aux relations privilŽgiŽes avec la royautŽ

Le grand pre, Daniel Auber , Normand dÕorigine, vient sՎtablir ˆ Paris, exerce la profession de ma”tre sculpteur. Il dŽcore les carrosses de Louis XVI. Il dŽcde le 11 messidor an V (29 juin 1797) en laissant trois hŽritiers Žtant chacun pour un tiers dans la succession concernant notamment Ē un cabinet dÕhistoire naturelle Č: Franoise Catherine Auber, fille dÕun premier mariage avec Catherine Guillaumet, Jean Baptiste Daniel Auber, son fils dÕun deuxime mariage avec Marguerite Louise Lebeau et Antoine Vincent Vigogne mariŽ ˆ Marie-Adela•de Auber, issue dÕun troisime mariage avec Marie Jeanne Vincent.


Lettre du 19 octobre 1764 ˆ Daniel Auber


Le pre,  Jean Baptiste  Daniel Auber (1740-1819), fut officier des chasses royales Ē capitaine des chasses du Prince de CondŽ Č. Il logeait avec sa famille faubourg Saint-Denis. Il Žtait aussi peintre et grand amateur de musique ˆ la cour.

Daniel Franois-Esprit Auber nait le 29 janvier 1782 ˆ Caen lors dÕun voyage que ses parents firent dans cette ville. Ses parents Žtaient de situation aisŽe[1]. NŽ sous le rgne de Louis XVI, sept ans avant la RŽvolution. Il maintiendra la tradition familiale  du gožt pour la capitale des deux gŽnŽrations antŽrieures  en rŽsidant 24 rue Saint-Georges ˆ Paris. Il sera lÕun des compositeurs des plus prolixes de son temps. Sa production musicale dŽbuta en 1813 avec le Ē sŽjour militaire Č et sÕachvera avec son dernier opŽra-comique en trois actes Rve dÕamour en 1869. Pas moins de 10 opŽras, 37 opŽras comiques, une belle brochette de ballets, de la musique de chambre et une grande quantitŽ dÕĻuvres religieuses dont la plupart composŽs pour la chapelle du Louvres en 1852 constitueront sa production.  Richard Wagner encensera Auber en tant que Ē le reprŽsentant principal du gŽnie lyrique Franais Č.


Portrait peint par Hortense Haudebourt-Lescot (1785-1845)

 provenant de la famille de Maissin

 

La RŽvolution crŽe une rupture de vie pour le pre et le fils

Le pre se reconvertit dans le commerce des objets dÕart et ouvre un commerce dÕestampes comme Žditeur de gravures, rue Saint Lazare. Il souhaite que son fils reprenne lÕaffaire et lÕenvoie en 1802, aprs la signature de la paix dÕAmiens, ˆ Londres, apprendre les rgles du commerce et lÕAnglais. La rupture du traitŽ dÕAmiens en 1804 le ramne ˆ Paris et se lie avec un cŽlbre violoncelliste nommŽ Lamare, nom sous lequel Auber Žcrira un certain nombre de concertos pour violoncelle.

Auber, ayant grandi dans une atmosphre dÕart et les dons quÕil tenait de son hŽrŽditŽ, ne pouvait que sՎpanouir. Il est douŽ des plus heureuses dispositions pour la musique, Žtudie, gr‰ce aux relations de son pre, le piano sous la direction de Ignaz  Ladurner, le violon  et le violoncelle avec des professeurs de musique, et commence ˆ composer de la musique de chambre et des romances. A peine sorti de lÕenfance, il publie plusieurs romances, entre autres, Ē Le bonjour Č, qui eurent un succs et fit le tour des salons du Directoire. Il compose quelques romances et petits airs Italiens avec le professeur, baryton de lÕOpŽra Comique, Jean Blaise Martin.

Auber Ē court le cachet Č et fin 1804, tous les quatuors quÕil avait composŽs en Angleterre furent jouŽs au conservatoire et lui valurent des applaudissements. En 1805, il compose sa premire Ļuvre de scne, Julie, pour une sociŽtŽ dÕamateurs qui se retrouve ˆ la salle Doyen de Paris. Il rencontre Ingres avec lequel il lie une amitiŽ durable.

En 1806, il est admis compositeur ˆ la SociŽtŽ AcadŽmique des enfants dÕApollon. Il compose des Ļuvres pour violoncelle au profit et sous le nom de son ami Jacques Michel Hurel de Lamare (1772-1823). Fin 1808, il compose un concerto pour violon ˆ lÕintention du cŽlbre violoniste Jacques FŽrŽol Mazas (1782-1849) qui obtient un immense succs lors de sa premire exŽcution au Conservatoire de Paris. Auber Žmerge de la foule des compositeurs amateurs et attire lÕattention des artistes notamment Luigi Cherubini qui est un ma”tre exigeant. Il suit  pendant trois ans les cours de composition avec Cherubini qui lui trouve un mŽcne.

Luigi Cherubini (1760-1842) introduit Auber chez le Prince de Caraman, grand seigneur, o il assure pendant cinq ans et six mois ˆ la belle saison les fonctions de ma”tre de musique au ch‰teau de Chimay en Belgique. Le Prince Žtait un bon violoniste, Auber tenait le piano et la Princesse chantait. Auber composa mme un opŽra-comique en trois actes qui sera reprŽsentŽ au thŽ‰tre du ch‰teau de Chimay en 1812. Pendant six ans, Auber dŽlaisse la composition et frŽquente les salons, surtout celui de Franois-Antoine-Eugne de Planard, auteur dÕopŽra-comique en vogue, ˆ Passy o se rŽunissent de nombreux artistes et o Auber sÕadonne ˆ lÕimprovisation au piano. Planard se prend dÕaffection pour lui et lui fournit le livret dÕun deuxime opŽra-comique, Le Testament et les Billets doux. 

 

La mort de son pre en 1819 le dŽsigne, ˆ 37 ans, soutien de famille de sa mre et ses frres et Ē booste Č sa carrire de musicien professionnel

La mre, Adela•de Vincent (1757-1850) a eu, outre Daniel Franois Esprit Auber, le compositeur, trois autres enfants :

Antoine FŽlix, sous intendant militaire (1786-1863) qui a eu avec sa femme Adela•de Bourlier de Saint Martin deux filles, Marie Adela•de Louise FŽlicie Auber qui se mariera avec Louis Eugne de Maissin, et Claire Auber mariŽe ˆ monsieur  ChrŽtien de Poly.

Auguste Auber (1788-1859) Chef dÕescadron de Chauffeurs

Anne Auber (1790-1859) qui Žpousa Monsieur Fouret.

Auber avait plus de trente ans lorsquÕil fit reprŽsenter pour la premire fois une de ses Ļuvres ˆ lÕOpŽra Comique et prs de quarante ans lorsquÕil obtint son premier succs. Ce fut la rencontre avec le librettiste du sicle en la personne dÕEugne Scribe, auteur des meilleurs livrets dÕopŽras du sicle, qui changea le cours de sa carrire artistique. Ds 1823, ˆ la mort du librettiste, en 1861, ils collaborrent pendant quarante ans au rythme  de deux opŽras en moyenne par an. Le succs couronnait leur collaboration.

 

LÕimmense Ļuvre couronnŽe de succs vecteur dÕune notoriŽtŽ nationale et internationale

En 1813, las de son r™le de musicien amateur, ˆ succs mais cantonnŽ ˆ un cercle dÕun certain monde dÕartistes et dÕamateurs, Auber tente dÕaffronter le vŽritable public. Il fait son dŽbut en public par un opŽra en un acte quÕil fit reprŽsenter au thŽ‰tre Feydeau sous le titre du SŽjour militaire qui connut un succs modeste. Mais qui ˆ partir de 1819 il allait encha”ner sans rel‰che que des productions saluŽes comme des succs et concrŽtisŽes par les faveurs si ce nÕest de la fortune du moins ˆ Ē  une belle aisance Č[2].

 

Une vie mondaine longue et riche

Auber, cŽlibataire, frŽquente les salons o se rŽunissent de nombreux artistes et o il sÕadonnera ˆ des improvisations au piano puis ˆ une riche et diversifiŽe vie mondaine. DouŽ dÕune ŽlŽgance, de manires charmantes et dÕun esprit de bon aloi, le maestro fait flors dans les cercles parisiens. Il a hŽritŽ de la rŽputation dÕesprit et de rŽparties spirituelles adaptŽes ˆ toutes les situations du prince de Talleyrand[3]. Lors dÕun d”ner organisŽ par Michele Enrico Carafa, il rencontre Gioachino, un des compositeurs les plus rŽputŽs de son temps, qui vient de sÕinstaller ˆ Paris pour prendre la direction du ThŽ‰tre-Italien. Sa galanterie pour le beau sexe Žtait proverbiale. Il eut de brves aventures sentimentales avec ses interprtes. La compositrice de romances Pauline Duchambre demeura sa compagne la plus fidle. Il se rendait aussi frŽquemment ˆ des soirŽes thŽ‰trales. Auber Žtait rŽgulirement invitŽ par des femmes Ē pour danser Č et par  lÕEmpereur ˆ passer des soirŽes au Palais des Tuileries, par la Princesse Mathilde, par le Ministre d'ƒtat, Rouher, par le marŽchal de France, ministre de la guerre, Le BĻuf,  le marŽchal de France, ministre de la maison de lÕEmpereur et des Beaux-Arts, le Comte Vaillant, le Marquis de Moustier, Ministre des Affaires Žtrangres, le SŽnateur, PrŽfet de la Seine Haussmann ˆ lÕH™tel de ville, le ministre des finances Magne, le Comte de Nieuwerkerke,SŽnateur, Surintendant des Beaux-Arts puis Surintendant des MusŽes ImpŽriaux...


Invitation  dÕAuber de lÕEmpereur au Palais de Compigne

 du 20 au 27 octobre 1856

 

SÕajoutaient les rŽceptions protocolaires de la sŽance impŽriale dÕouverture de sessions lŽgislatives, des prŽsidents des assemblŽes et des ambassades pour commŽmorer des ŽvŽnements ou anniversairesÉ



Auber en 1869 / DR


Une carrire prestigieuse et honorifique exceptionnelle

Auber a ŽtŽ le musicien officiel sous trois types de rŽgimes politiques diffŽrents  et avait mission dՎcrire la musique de circonstance pour lÕorganisation des ftes, tour ˆ tour, dÕabord, Royales (Louis XVIII de 1814 ˆ 1815 puis de 1815 ˆ  1824, Charles X de 1824 ˆ 1830, Louis Philippe de 1830 ˆ 1848), puis, RŽpublicaines (la seconde RŽpublique de 1848 ˆ 1851) et enfin, ImpŽriales (NapolŽon 1er de 1799 ˆ 1814 sous le premier Empire, NapolŽon en 1815 pour les cent jours, et NapolŽon III de 1851 ˆ 1870 sous le second Empire).

 

CŽrŽmonie du baptme du Roi de Rome le 9 juin 1811 Žcrite par Auber

 

Auber, selon son biographe B. Jouvin, Ē nÕest pas restŽ parmi les boudeurs et ce que jÕappellerai les compositeurs dÕAncien RŽgime. Il nÕa pas point fulminŽ contre les novateursÉ Č[4].

Ce biographe mentionne lÕentretien de Ledru-Rollin avec Auber saluŽ comme une Ē gloire nationale Č en ces termes : Ē Monsieur Auber, vous ne pensiez Žcrire quÕun chef dÕĻuvre, et vous avez fait une rŽvolution : 1830 et ses trois immortelles journŽes Č, au sujet de La Muette de Portici. L'opŽra La Muette de Portici, traduit dans toute lÕEurope qui a occupŽ lÕaffiche de 1828 ˆ 1882 avec 505 reprŽsentations ˆ Paris avait donnŽ le signal de la rŽvolution Belge ˆ la suite de laquelle la Belgique prit son indŽpendance en se sŽparant du Royaume des Pays-Bas.

Sous Louis Philippe, Auber est Žlu, ˆ la majoritŽ absolue des trente-cinq votants au troisime tour de scrutin aprs lՎlimination  successive  dÕAntoine Reicha et Stanislas Champein, le 12 avril 1829, membre de la section de composition musicale ˆ lÕacadŽmie des Beaux-arts[5] puis est nommŽ en 1830 directeur des concerts de la Cour. En 1842 il  obtient le titre le plus important de sa carrire : il est dŽsignŽ par le roi pour succŽder ˆ Luigi Cherubini comme directeur du Conservatoire royal de musique.

A la tte de la premire Žcole lyrique, le conservatoire fournit non seulement Paris, mais la France et lÕEurope, de chanteurs, dÕacteurs et dÕactrices auquel de trs nombreuses familles sÕadressent, ou se font recommander pour une admission, une audition , une faveur. Le conservatoire est une pŽpinireÉ

Lettre de recommandation du Prince Joseph Poniatowski (1816-1873), compositeur dÕopŽra (qui sera sŽnateur nommŽ par NapolŽon III) en faveur dÕHector Berlioz, pour un poste de direction dÕorchestre.


En 1848, quand la RŽpublique dŽcida la question des honoraires en faveur des citoyens reprŽsentants, le maestro dit avec un  malicieux sourire Ē Allons donc ! vingt-cinq francs par jour ˆ ces gens-lˆ ? CÕest une erreur. Ils sont impayablesČ.[6]

NapolŽon III le nomme, en 1852, Ē grand maitre de sa musique Č directeur de la musique de la chapelle des Tuileries,[7] ce qui le rendra familier des soirŽes ˆ la cour ou chacun lui tŽmoigne une sympathie pleine dÕadmiration. Lors de lÕExposition universelle de 1867, il est nommŽ PrŽsident du comitŽ de la composition musicale. Il est nommŽ, par le ministre de lÕinstruction publique et des cultes, le 30 avril 1853, membre de la commission des arts et des Ždifices religieux (section des orgues et de la musique religieuse) Žtablie prs de lÕadministration des cultes[8], ˆ la commission dŽsignŽe par le garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, pour procŽder ˆ la rŽception du grand orgue de la cathŽdrale de Paris[9]. Il est aussi nommŽ le 3 avril 1870 par le ministre des Beaux-arts dans la commission chargŽe de rŽviser le rglement du conservatoire impŽrial de musique  et de dŽclamation[10].

Ces fonctions prestigieuses seront accompagnŽes par lÕoctroi de nombreuses distinctions. Le 10 mai 1825 il est promu chevalier de la LŽgion dÕhonneur, en 1835 , officier et le 29 avril 1847, commandeur. En 1861, il est grand officier de la LŽgion dÕhonneur. Il fut aussi officier de lÕordre Belge de LŽopold et dŽcorŽ de plusieurs autres ordres ainsi que de diffŽrentes mŽdailles dÕor.

Lettre du  1er octobre 1859 du ministre dÕEtat et de la maison de lÕEmpereur

 attribuant une mŽdaille dÕor :

 

Lettre du  1er octobre 1859 du ministre d'ƒtat et de la maison de lÕEmpereur

attribuant une mŽdaille dÕor 

 

Lettre du 6 juillet 1868 de lÕambassadeur dÕAutriche attribuant une mŽdaille dÕor pour la dŽdicace dÕun hymne du sacre du Roi de Hongrie

 

Auber meurt ˆ 89 ans, le 12 mai 1871. Ses funŽrailles se dŽroulent dans la plus grande discrŽtion ˆ lՎglise de la Sainte-TrinitŽ en raison de la tourmente de la Commune qui frappe Paris. Le successeur dÕAuber ˆ la direction du conservatoire fit transporter clandestinement le cercueil dans le caveau. Ē La pensŽe des amis du compositeur fut de soustraire cette gloire Franaise ˆ lÕoutrage des funŽrailles publiques ordonnŽes par les ma•tres que Paris sՎtait laisser imposer : ceux-ci nÕauraient pas manquŽ dÕen faire une comŽdie bouffonne intercalŽe dans la tragŽdie des spoliations et des emprisonnements Č selon B. Jouvin, chroniqueur du Figaro[11].

Aprs la Commune, le 15 juillet 1871, Jules Simon, ministre de lÕInstruction publique et des Beaux Arts, prononce une allocution funbre devant le Conservatoire indiquant Ē Tout lui rŽussi dans l'art et dans la vie. Les moins musiciens le comprenaient et l'aimaient ˆ premire vue, et l'on sentait que ses airs lui venaient tout seuls et ne lui cožtaient aucun effort. Il y a plus de travail dans la plus courte scne des Huguenots que dans toute la Muette, qui pourtant, est un chef d'Ļuvre. Oui, cet homme a le plus produit que personne, et il est certain qu'il n'a jamais travaillŽ. La facilitŽ le perdit parfois et le sauva toujours... Č[12].

En hommage ˆ Auber, son buste orne la faade de lÕOpŽra Garnier, une station de RER porte son nom ainsi que plusieurs rues dans diffŽrentes villes de France. Plusieurs dictionnaires de la musique mentionnent les compositions dÕAuber[13], ainsi que quelques articles[14].

 

Fac-similŽ  de lÕoraison funbre

 

Le 30 octobre 1875, lՎloge dÕAuber est lu dans la sŽance annuelle[15]. En 1877, un monument funŽraire est ŽlevŽ ˆ son honneur dans la 4Ž division du cimetire du Pre-Lachaise.

 

Christian Bigaut*.

 

 

* Christian Bigaut est Docteur en droit, Inspecteur GŽnŽral de L'administration de l'Education nationale et de la recherche.

 

 

 


[1]  Inventaire du 8 mars 1779 demandŽ par Daniel Auber ˆ la mort de sa femme Marie Jeanne Vincent et inventaire du 22 messidor an V au 24 fructidor an v, aprs de dŽcs de leur pre, Daniel Auber le 11 messidor an V (29 juin 1797) ˆ la demande de ses trois enfants

[2]  Adolphe Adam, Lettres sur la musique Franaise 1836-1850,22 aout 1840

[3]    Jouvin Beno”t , D.F.E Auber, sa vie et ses Ļuvres, Hegel, Paris 1864

[4]  Notice publiŽe par Le Menestrel. D.F.E Auber. Sa vie et ses Ļuvres par B Jouvin. 1864

[5]  LÕacadŽmie  royale des Beaux-Arts de lÕInstitut a dans sa sŽance de ce jour, procŽdŽ au remplacement de M Gossec dans la section musique. Elle a nommŽ, ˆ la majoritŽ absolue des suffrages, M Auber au troisime tour de scrutin. Le nombre de votants Žtait de 35, majoritŽ 18. Au 1er tour, M Auber a obtenu 16 voix, M Champein 12, et M Reicha 6. Au dernier tour, le scrutin a donnŽ ˆ M Auber 19 voix et 15 ˆ M Champein

[6]  Auber par Eugne de Mirecourt. Paris. Gustave Havard, Žditeur. 1857

[7]  Maisons de leurs majestŽs et de leurs altesses impŽriales. Paris Typographie de Henri Plon, imprimerie de lÕEmpereur. Voir les annŽes 1857, 1863,1866, 1867 et 1868.

[8]  Lettre du Cabinet du ministre de lÕinstruction publique et des cultes du 30 avril 1853

[9]  Lettre du ministre du 3 avril 1858 adressant ˆ Auber la mŽdaille commŽmorative de la consŽcration et de la restauration de lՎglise mŽtropolitaine

[10] Lettre du ministre des Beaux-Arts du 3 avril 1870

[11]  Menestrel, numŽro du 11 octobre 1871, voir aussi : Association des Amies et amis de la commune de Paris (1871) 2012. Trimestre 1 n”49

[12]  Discours de M Jules Simon prononcŽ aux funŽrailles de M Auber, le 15 juillet 1871. Firmin Didot frres, 1871

[13]  Herbert Schneider, Ē D.F. E Auber Č, Dictionnaire de la musique en France au XIX sicle, Jo‘l-Marie Fauquet (dir), Fayard, Paris ,2003 , FŽtis Franois Joseph Ē Biographie universelle des musiciens et biographie gŽnŽrale de la musique Č(1866-1868).Paris, Firmin Didot.

[14]  Julien Tiersot, Revue musicale n”140 Ē LÕOpŽra-comique au XIX sicle Č Novembre 1933, HervŽ Lacombe, Ē Les voies de lÕopŽra Franais au XIX sicle Č Fayard, 1997, Forum OpŽra. Revue n”16, Janvier 2003, Ē Daniel-Franois-Esprit Auber Č par Bruno Peeters ,  J .Chantavoine, Quelques lettres inŽdites dÕAuber, Revue dÕhistoire et de critique musicales Č(3),1903.

[15]             Vicomte Delaborde, Eloge dÕAuber , lu dans la sŽance annuelle du 30 octobre 1875, Firmin Didot, 1875, p 2



CŽlŽbration du bicentenaire de la naissance de Sir William Sterndale Bennett (1816-1875)[1]

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NŽ le 13 avril 1816, au 7 Howard Street, dans le centre de Sheffield, Yorkshire, Bennett est discrtement commŽmorŽ cette annŽe dans son pays. Il souffre encore certainement de faire partie dÕune Žpoque dont la plupart des protagonistes sont, hŽlas, tristement relŽguŽs au fond des bibliothques dans leur partie la plus poussiŽreuse. Tout cela est parfaitement injuste dÕautant que Bennett incarne sans aucun doute lÕhonnte homme dans sa dimension la plus profonde.

 

JÕaimerais, en quelques lignes, Žvoquer cette merveilleuse personnalitŽ dont la courte vie fut trs riche mais Žgalement troublŽe par des ŽvŽnements personnels difficiles[2]. En effet, la perte de sa mre puis de son pre, au cours de sa plus tendre enfance, le rendra craintif tout au long de son existence. Ses dons musicaux lui ont heureusement permis de sÕaccomplir professionnellement au cours dÕune riche carrire dÕinstrumentiste, de chef dÕorchestre, de compositeur et de pŽdagogue.

 

Ds 1833, Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) avait bien compris son gŽnie ˆ lÕoccasion dÕun concert donnŽ dans le cadre de la Philharmonic Society de Londres dont Bennett sera ultŽrieurement le chef principal (1842/48 Š 1856/66). William Sterndale, ‰gŽ de dix-sept ans, jouait alors en soliste, le 26 juin, son Concerto pour piano en mineur, opus 1 (1832/33), aux Hanover Square Rooms. LÕamitiŽ de Mendelssohn et du monde musical de Leipzig lui Žtaient dŽsormais acquises.

 

Il est, dÕailleurs, tout ˆ fait stimulant de reconstituer le fil conducteur de lÕHistoire de la musique anglaise en tant quÕelle est associŽe ˆ celle du monde germanique. Ė la Royal Academy of Music, Bennett avait bŽnŽficiŽ, gr‰ce ˆ lÕun de ses excellents professeurs, Philip Cipriani Potter (1792-1871), dÕun enseignement mozartien. De plus, lÕun des rares Žlves de Mozart, le compositeur et organiste londonien Thomas Atwood (1765-1838), lÕune des figures de proue de la church music, travaillait ˆ Londres, ˆ cette Žpoque. Le 28 mai 1836, Mendelssohn lui adressera une belle lettre dՎloges au sujet de William Sterndale. De la sorte, un lien de belle complŽmentaritŽ sÕest tissŽ entre lÕAngleterre et lÕAllemagne, ˆ lÕinstar du futur couple royal, Victoria et Albert. Bennett se rendra ainsi ˆ plusieurs reprises ˆ Leipzig o Robert Schumann (1810-1856), entre autres, lÕapprŽciera particulirement.

 

En 1847, la disparition de Mendelssohn a singulirement affectŽ Bennett. LÕannŽe suivante, un Žtonnant conflit avec lÕirascible chef dÕorchestre napolitain, naturalisŽ britannique, Michael Costa (1808-1884) achvera de le dŽmoraliser pendant quelques mois. Il reprendra de lՎnergie, en octobre 1849, avec lÕheureuse fondation de la Bach Society. Le Thomaskantor faisait alors, pour certains esprits avisŽs, lÕobjet dÕune rŽvŽlation. Sa musique a influencŽ en profondeur celle de Bennett.

 

SuccŽdant, le 4 mars 1856, ˆ lÕorganiste et compositeur Thomas Attwood Walmisley (1814-1856), Bennett est Žlu Professor of music de lÕUniversitŽ de Cambridge ˆ lÕample majoritŽ des voix. Par la qualitŽ de son enseignement et ses rŽformes en matire de musique universitaire, il a ŽtŽ ˆ lÕorigine de son magnifique dŽveloppement jusquՈ nos jours.

 

Entre 1857 et 1858, Bennett dirigera les Lancashire Festival Concerts ˆ Manchester, de mme que ceux du Festival de Leeds pour lequel, encouragŽ, il composera sa cantate The May-Queen, opus 39, sur un livret du fameux critique musical Henry Fothergill Chorley (1808-1872).

 

Bennett a parfois fait lÕobjet de certaines remarques selon lesquelles il nÕa pas ŽtŽ Š contrairement ˆ nombre de ses collgues Š un musicien crŽatif pour lՃglise Žtablie. NŽanmoins, sa contribution ˆ lÕhymnologie sÕest rŽvŽlŽe significative lorsquÕil a ardemment collaborŽ avec Otto Goldschmidt (1829-1907) ˆ lՎdition, en 1863, de The Chorale Book for England  fondŽ sur les belles traductions, en anglais, de Catherine Winkworth (1827-1878) des Kirchenlieder appartenant au fonds luthŽrien.

 


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Le 22 juin 1866, Bennett est nommŽ Principal de la Royal Academy of Music, son Alma Mater, dont la situation Žtait alors catastrophique. En acceptant cette position, il annihilait toute aspiration au calme et au travail de composition. Trs scrupuleux, il sÕattachera ˆ remplir de nombreuses t‰ches administratives dŽvoreuses de temps et infŽcondes en matire dÕimagination. Il se consumera peu ˆ peu au cours des huit annŽes qui lui resteront ˆ vivre. CÕest ˆ ce tragique prix quÕil a pu sauver lÕinstitution aujourdÕhui florissante.

 

Le 24 mars 1871, Bennett est anobli sur lÕinitiative du Premier Ministre libŽral William Ewart Gladstone (1809-1898). La reine Victoria souhaitait honorer de la sorte non seulement lÕhomme mais aussi la musique anglaise.

 

Aprs plusieurs annŽes de silence, en tant que compositeur pour son instrument, Bennett travaillera ˆ sa Sonate The Maid of Orleans, opus 46 (1869/73). Dans le cadre de la commŽmoration de sa naissance, le 13 avril dernier, le compositeur, pianiste, professeur et homme de radio britannique David Owen Norris a interprŽtŽ et prŽsentŽ cette partition ˆ la Bodleian Library dÕOxford, sur un piano conu en 1828 par la cŽlbre firme Broadwood. Cette sonate fut inspirŽe par le drame de Johann Christoph Friedrich von Schiller (1759-1805), Die Jungfrau von Orleans (1801). Au mme concert dÕOxford, quelques songs ont ŽtŽ chantŽs par le tŽnor Mark Wilde. Il est intŽressant de se rappeler que Bennett a ŽtŽ lÕun des premiers compositeurs ˆ publier ce rŽpertoire ˆ la fois en anglais et en allemand.

 

Entre 1871 et 1874, il sÕest notamment consacrŽ, avec ce qui lui restait dՎnergie, ˆ un Prelude et une Funeral March, premiers essais dÕune musique de scne destinŽe ˆ lÕAjax (?) de Sophocle (ca 496 Š ca 405 av. J.-C.). Sir William Sterndale Bennett sÕest Žteint le 1er fŽvrier 1875, peu aprs midi, dans sa demeure londonienne du 66 St JohnÕs Wood, ˆ lՉge de cinquante-neuf ans. Il a reu les honneurs dÕune inhumation ˆ Westminster Abbey, le 6 fŽvrier, et repose dŽsormais non loin de Henry Purcell (1659-1695) et William Croft (1678-17278).

 

Sir Arthur Seymour Sullivan (1842-1900) a ŽtŽ lÕun de ses nombreux Žtudiants. Bennett a frŽquentŽ un monde exceptionnel fait de grands musiciens mais Žgalement de peintres, dՎcrivains et de penseurs. Parmi eux, jÕaimerais citer le grand musicologue George Hogarth (1783-1870), le beau-pre de Charles Dickens (1812-1870). Par son attention aux autres, Bennett a aussi favorisŽ la carrire londonienne de Clara Schumann (1819-1896), Jenny Lind (1820-1887), et de Joseph Joachim (1831-1907). Modeste, authentique anglais, ŽquilibrŽ entre un art classiquement ma”trisŽ et une authentique expression romantique, voilˆ ce qui dŽfinit la personnalitŽ et la psychologie esthŽtique de Bennett. Le compositeur irlandais Sir Charles Villiers Stanford (1852-1924) lÕa fort bien compris lorsquÕil a rŽdigŽ, en octobre 1916, lÕun des plus beaux textes consacrŽs ˆ cette importante figure de lÕHistoire de la musique.

 

Cette annŽe, David Owen Norris sÕest employŽ ˆ rendre hommage ˆ cette figure parmi les plus remarquables de la premire Žpoque victorienne. CÕest ainsi que, entre de nombreuses manifestations, il a jouŽ le 5 mars ˆ Orpington, Kent, le Quatrime concerto pour piano, opus 19 (1838). Le 12 novembre, sur lÕėle de Wight, il interprtera, avec Joseph Spooner, la Sonata Duo pour piano et violoncelle, opus 32 (1852), jadis dŽdiŽe au fameux Alfredo Carlo Piatti (1822-1901).

 

Il reste encore un peu de temps pour lÕhonorer en France. Mais rien nÕempcherait de le jouer aussi lÕannŽe prochaine É

 

 


[1]  Barry Sterndale BENNETT, Ē A tribute on the bicentenary of his birth Č, in British Music, The Journal of the British Music Society, Volume 38 Š 2016/1, p. 3-20 Š J. R. Sterndale BENNETT, The Life of William Sterndale Bennett, Cambridge, At the University Press, 1907 Š Rosemary FIRMAN, Ē Bennett, Sir William Sterndale Č, in Oxford Dictionary of National Biography 5, Oxford, Oxford University Press, 2004, p. 159-163 Š Nicholas TEMPERLEY, Rosemary WILLIAMSON, Ē Bennett, Sir William Sterndale Č, in The New Grove 3, Oxford, Oxford University Press, 2001, p. 281-286..

[2]  Dans mon Charles Dickens, la musique et la vie artistique ˆ Londres ˆ lՎpoque victorienne, Paris, Beauchesne, 2014, je fais trs souvent allusion ˆ Bennett.



PROPOS PARTAGES

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Avec sa cheffe Claire Gibault, le Paris Mozart Orchestra s'engage

 

 

En 2011, la cheffe d'orchestre Claire Gibault fonde le Paris Mozart Orchestra (PMO) ˆ l'image de son grand frre italien le Bologna Mozart Orchestra qu'elle a mis sur pied en Italie avec Claudio Abbado. Cet ensemble de 40 musiciens s'est donnŽ, entre autres activitŽs, la mission d'intervenir en milieu scolaire. Il s'agit pour l'orchestre d'aller jouer dans les Žcoles (primaires, collges et lycŽes) et d'inviter le jeune public ˆ ses concerts parisiens. C'est ainsi qu'est nŽ Un orchestre dans mon bahut, une formidable initiative qui reoit cette annŽe le soutien financier de Ē La France s'engage Č dont le PMO est laurŽat. Nous avons demandŽ ˆ Claire Gibault de nous en rŽvŽler l'originalitŽ et toutes les modalitŽs

 


DR

 

Quel est le profil de votre orchestre Paris Mozart Orchestra ?

Nous ne sommes pas institutionnels. C'est un ensemble ˆ gŽomŽtrie variable qui n'a que cinq ans d'existence. C'est encore jeune pour une formation. Il s'adapte idŽalement aux formats de la musique contemporaine, aux projets pŽdagogiques et ˆ l'Žconomie d'une telle entreprise. Ses contraintes nous rendent d'autant plus inventifs.

 

Quelle aide financire recevez-vous ?

Nous avons obtenu un soutien du Ministre et de la Mairie de Paris mais qui n'est pas suffisant pour faire vivre l'orchestre. Nos ressources principales viennent du mŽcŽnat privŽ, des fondations familiales et fondations d'entreprises, trs engagŽes dans l'action culturelle.

 

Comment les musiciens sont-ils recrutŽs ?

Ce sont des musiciens parisiens pour la majoritŽ, qui font de la musique de chambre. C'est un Žtat d'esprit. On choisit tous ensemble qui va jouer dans cet orchestre et nous formons d'abord une belle fraternitŽ. Je crois qu'ils sont toujours trs heureux de se retrouver et cela incite d'autres musiciens ˆ venir nous rejoindre. Certains font partie de grandes phalanges, d'autres sont intermittents et tous trs attachŽs aux actions que mne l'orchestre. Nous sommes tous payŽs de la mme faon et partageons les mmes conditions de vie dans nos dŽplacements. Nous voyageons en seconde et dormons dans les h™tels Ibis... Cela ne pose aucun problme du moment que je suis avec eux. 

 

Quelles sont les salles qui vous accueillent ?

Nous avons jouŽ Mozart et Schubert au ThŽ‰tre des Champs ElysŽes avec la soprano Julie Fuchs il y a deux ans. Nos mŽcnes avaient payŽ 500 places pour y accueillir les Žlves de Corbeil-Essonnes, Mantes-la-Jolie, Aubervilliers... On a cette annŽe donnŽ un magnifique concert avec la chanteuse Mirto Papatanassiou en ėle de France : deux soirŽes trs favorablement accueillies par la critique. J'ai aujourd'hui, ˆ mes c™tŽs, une trs bonne administratrice et une chargŽe de production avec qui je vais dŽvelopper tout ˆ la fois le mŽcŽnat et la diffusion. La Philharmonie de Paris est un de nos partenaires et des tournŽes en Asie et en Italie sont en projet. Dans l'immŽdiat, nous avons en dŽcembre prochain un concert au ThŽ‰tre du Ch‰telet pour la sortie de notre premier disque commercial chez Sony. On y entendra l'Ļuvre de Graciane Finzy, ScŽnographie d'Edward Hopper o Nathalie Dessay est rŽcitante. Cette dernire chantera aussi des airs de standards amŽricains revisitŽs par de jeunes jazzmen franais.

 

Venons-en au projet qui nous intŽresse tout particulirement, celui d'Un orchestre dans mon bahut dont c'est en 2016 la sixime Ždition. Qu'en est-il exactement ?

C'est la partie d'action pŽdagogique du PMO. Il fallait un nom un peu accrocheur et nous nous sommes fixŽs sur Un orchestre dans mon bahut. Il concerne aujourd'hui 17 Žtablissements des acadŽmies de Versailles et de CrŽteil. Notre but est d'aller rencontrer les jeunes des Žcoles et de les rŽunir autour d'un projet artistique qui puisse croiser les diffŽrentes disciplines, musique, littŽrature, arts plastiques... et fŽdŽrer les Žnergies du plus grand nombre.

 

Quels sont vos partenaires dans cette action ?

C'est l'Education nationale. Nous avons avec le PMO un projet pŽdagogique par annŽe scolaire. Il a ŽtŽ dŽfini depuis le dŽbut avec les Rectorats de CrŽteil et de Versailles. Ce sont eux qui choisissent les Žtablissements dans lesquels nous allons intervenir, Žtablissements souvent les plus Ē ŽloignŽs Č des salles de concerts et de l'idŽe mme du concert, puisque nous allons jusqu'ˆ Mantes La Jolie, Les Tarterts et Corbeil-Essonnes. Avec l'extension de notre mŽcŽnat, nous sommes passŽs de 7 Žtablissements ˆ 17 et certains ne veulent plus nous l‰cher. Nous y retournons donc chaque annŽe.

 

Le projet fait appel ˆ un genre musical spŽcifique qui vous attache.

Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu cette intuition ds le dŽbut, mais je pense que cela venait de l'Italie o j'ai entendu et pu diriger ce qu'on nomme lˆ-bas le Ē Melologo Č. C'est une pice pour orchestre et rŽcitant dont Fabio Vacchi, compositeur dont j'ai dirigŽ la musique, est trs familier. Je n'avais aucune envie d'arriver dans les classes avec Pierre et le loup ou le Carnaval des Animaux et il Žtait impŽratif que notre projet soit trans-disciplinaire et fasse se rencontrer les enseignants. L'idŽe du MŽlologue permettait donc de lier le texte et la musique et d'y agrŽger toutes les associations visuelles qu'ils peuvent susciter. J'ai ŽtŽ nourrie par ce genre d'une trs grande richesse et j'ai senti qu'il pouvait parfaitement convenir ˆ nos jeunes Žlves d'aujourd'hui.

 


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Quelles ont ŽtŽ les premires Ļuvres proposŽes ?

Nous n'avons pas pu faire de commande d'un monologue original la premire annŽe. J'ai donc pris une pice de Jean Franais sur des extraits du Gargantua de Rabelais. Le projet s'est limitŽ au texte et ˆ la musique mais a enchantŽ professeurs et Žlves qui ont travaillŽ autour de l'Žcriture de Rabelais. Pour autant je souhaitais joindre les arts plastiques ˆ nos rŽalisations et donner une place ˆ la musique d'aujourd'hui. Rapidement j'ai donc pu faire des commandes aux compositeurs et lier l'Žcriture contemporaine ˆ des textes d'envergure qui stimulent l'imaginaire des jeunes. Lorsque j'ai demandŽ ˆ Graciane Finzi de nous Žcrire une pice, elle m'a immŽdiatement proposŽ de travailler sur les toiles du peintre amŽricain Edward Hopper qui Žtait ˆ l'honneur au Grand Palais en 2012. Elle a trouvŽ des textes de l'Žcrivain franco-espagnol Claude Esteban pour finaliser ce beau projet pluri-disciplinaire qu'elle a appelŽ ScŽnographie d'Edward Hopper.

 

L'Ļuvre fait l'objet du CD mentionnŽ ci-dessus avec Nathalie Dessay comme rŽcitante; mais d'autres mŽlologues ont vu le jour depuis...

Nous sommes restŽs au mme niveau d'exigence en convoquant l'Žcriture contemporaine. Notre but est de parvenir ˆ une rŽalisation qui puisse tre aussi intŽressante pour des Žlves de la sixime ˆ la terminale que pour des mŽlomanes avertis et un public adulte. L'Ļuvre doit pouvoir tre jouŽe ˆ l'intŽrieur d'un Žtablissement scolaire comme dans les salles de concert parisiennes. L'idŽe de proposer des sujets trans-disciplinaires a immŽdiatement emportŽ l'adhŽsion des professeurs. Le choix de certaines Ļuvres a permis au projet de prendre des dimensions insouponnŽes. Lorsque, par exemple, nous avons montŽ le mŽlologue de Fabio Vacchi en 2013, Soudain dans la fort profonde, le texte d'Amos OZ sur les questions bržlantes de discrimination a suscitŽ une rŽflexion gŽnŽrale trs profonde au sein de chaque Žtablissement. Pour SacrŽs Caractres, avec la musique de Sophie Lacaze et les Caractres de la Bruyre, les professeurs d'Žducation sportive ont infiltrŽ le mime dans ce travail ˆ plusieurs mains.

 

Quelle est la participation active des Žlves dans l'Žlaboration du spectacle annuel ?

Au fil des annŽes et de la rŽflexion, nous avons pu concevoir en parallle ˆ notre propre travail des volets co-crŽatifs sous la forme d'ateliers o les jeunes vont dŽvelopper leur talent crŽatif. Avec les professeurs et en fonction des thŽmatiques, ils sont invitŽs ˆ s'exprimer ˆ travers des textes, des dessins, voire des chansons, qui les impliquent directement dans la proposition artistique : Ē Entendre l'Ļuvre, c'est l'aboutissement de leur travail Č, nous dit Antoine Mignon, professeur de musique au LycŽe Jean Vilar de Meaux.

 


Concert au collge Louis Braille d'Esbly / DR

 

Pouvez-vous prŽciser quelles sont les grandes Žtapes de cette rŽalisation artistique ?

Dans un premier temps, je m'entretiens avec les proviseurs et principaux de chaque Žtablissement pour leur exposer le contenu du projet choisi en amont avec le Rectorat. Puis je rencontre les Žlves ˆ qui je tiens ˆ prŽsenter les tenants et aboutissants du mŽtier de musicien. Et nous commenons, avec les professeurs, ˆ mettre sur pied les ateliers co-crŽatifs et dŽfinir le matŽriau sur lequel ils vont pouvoir travailler avec leurs Žlves. Puis c'est avec l'orchestre que je les retrouve, dans les cantines, prŽaux, gymnases o nous pouvons dialoguer, parler des instruments, prŽsenter les Ļuvres (le matin) et donner un concert l'aprs-midi. De grands comŽdiens nous accompagnent et l'on organise un jury littŽraire o ce sont les Žlves qui votent pour dŽsigner le rŽcitant du concert de l'aprs-midi. Tout cela en vue de les prŽparer au mŽlologue qu'ils iront Žcouter en fin d'annŽe scolaire. Nous renouvelons l'expŽrience une deuxime fois au cours de l'annŽe, pour avancer dans l'imprŽgnation de cette Ļuvre nouvelle et resserrer le lien qui se crŽe entre les jeunes et les musiciens. On se rend compte alors ˆ quel point les Žlves, qui peuvent tre en difficultŽ scolaire, aiment ce type d'activitŽ et s'investissent dans les propositions qu'on leur fait. Ce qui est merveilleux Žgalement, pour les musiciens, c'est que l'expŽrience est diffŽrente pour chaque Žtablissement. Nous sommes d'ailleurs en train de construire un blog interactif pour fŽdŽrer toutes les Žcoles et rŽpercuter les actions de chacune d'entre elles. Avec le soutien de Ē La France s'engage Č, nous envisageons dans les annŽes ˆ venir d'intervenir aussi dans les milieux ruraux, notamment les petits villages de la Sarthe o notre surprise a ŽtŽ de dŽcouvrir que plusieurs Žcoles possdent en leur sein des orchestres.

 

Je suppose qu'une telle entreprise ne va pas sans difficultŽs ?

Nos difficultŽs, s'il y en a, sont d'ordre Žconomique car l'ƒducation nationale ne finance pas nos actions. Or, chaque dŽplacement avec l'orchestre est un cožt certain. Elle nous aide en revanche dans la logistique de contact avec les Žtablissements scolaires et les contrats de partenariat qui sont signŽs avec eux. Nous avons d'excellents rapports avec ses conseillers musique qui peuvent aussi nous guider dans le choix des thŽmatiques.

 

Je crois que la partition commandŽe cette annŽe est encore chez l'Žditeur. De qui et de quoi s'agit-il ?

Nous avons fait appel cette annŽe ˆ ƒdith Canat de Chizy. Comme vous pouvez le remarquer, j'aime privilŽgier les femmes compositrices lorsque j'ai en face de moi d'immenses musiciennes comme Graciane Finzy, Sophie Lacaze, ƒdith Canat de Chizy... Cette dernire a immŽdiatement Žmis le dŽsir de travailler sur Nicolas de Sta‘l qui l'a dŽjˆ beaucoup inspirŽe, notamment dans son concerto d'alto, Les Rayons du jour (2005), titre Žponyme d'une toile du peintre. L'opportunitŽ Žgalement est la parution rŽcente de la correspondance de Nicolas de Sta‘l qui viendra nourrir les textes dits par le rŽcitant. Ē Je sais que ma vie sera un continuel voyage sur une mer incertaine Č, lit-on dans une lettre ˆ son pre de 1937. Nous avons dŽcidŽ d'intituler ce mŽlologue L'invitation au voyage, une proposition qui, d'emblŽe, a rŽjoui tous les enseignants par les correspondances et parallles qu'elle peut susciter dans l'imaginaire de chacun. Les Žlves sont invitŽs ˆ Žcrire des lettres, des e-mails et ˆ choisir d'autres tableaux de Nicolas de Sta‘l. Ils peuvent participer musicalement avec des pices espagnoles, marocaines, italiennes, autant de pays qui ont inspirŽ l'Ļuvre du peintre. Nous avons rencontrŽ Anne de Sta‘l, sa fille et Marie-Claude Char, l'Žpouse du pote que Nicolas de Sta‘l a beaucoup frŽquentŽ; et nous avons proposŽ de faire un concours de rŽcitation de poŽsie autour d'AllŽgeance qui, au dire de son Žpouse, sublime toute l'Ļuvre du pote.

 

Sur quelle scne parisienne pourrons-nous voir cette Ē Invitation au voyage Č en 2017 ?

Nous serons le 6 mars prochain ˆ la Philharmonie de Paris avec Tony Harrison comme rŽcitant, et ˆ la Salle Rossini de la Mairie du IXme un peu plus tard. J'en profite pour annoncer que nous donnerons l'annŽe prochaine le premier mŽlologue de l'histoire qui est Pygmalion de Jean-Jacques Rousseau et Horace Coignet. J'ai demandŽ cette fois ˆ Philippe Hersant d'Žcrire une musique originale et ˆ la graphiste Sandrine Revel (Prix ArtŽmisia 2016) de nous rejoindre, qui dessinera en direct sur l'Žcran.

 

Mais avant cela, je vous donne rendez-vous le 19 dŽcembre, pour Pictures of America, une soirŽe qui s'annonce trs festive et fait l'objet d'une tournŽe en rŽgions.  

 

 

Propos recueillis par Michle Tosi.

 

 

L'ŒIL ECOUTE

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Esa-Pekka Salonen fait scintiller le Philharmonia Orchestra

 


©Benjamin Ealovega

 

Une constatation s'impose qui est le fil rouge de ce concert : la fabuleuse plastique sonore du Philharmonia Orchestra de Londres. Dans un programme d'une Žtonnante diversitŽ puisque associant Stravinski, Beethoven et Sibelius. Les Symphonies d'instruments ˆ vents sont dŽdiŽes ˆ Claude Debussy auquel Stravinski Žtait liŽ ˆ la fois par l'admiration et l'amitiŽ. AchevŽe en 1920, ˆ Garches, l'Ļuvre sera remaniŽe en 1946. Elle est Žcrite pour 23 vents, que Salonen ne dispose pas autour de lui mais laisse ˆ la place habituelle qu'ils occupent dans le grand orchestre, crŽant une impression bienvenue de lŽgre distance. Le choral final, conu comme un Ē Tombeau de Claude Debussy Č, conclut une Ļuvre d'un seul tenant qui ne dŽpasse pas une douzaine de minutes. Ē Une cŽrŽmonie austre qui se dŽroule en courtes litanies Č, dira l'auteur dans ses MŽmoires. Quelque chose de hiŽratique, de rituel aussi, voire de violent dans l'association des timbres et la diffŽrentiation dynamique. Sans parler d'une extrme complexitŽ. La lecture de Salonen est d'une prŽcision au scalpel dans ces diverses sŽquences aux courts dŽveloppements, avec des retours en arrire et de constants changements de tempo, des blocs qui se font et se dŽfont. O apparait comme un refrain, anticipation du thme du choral final. Les instrumentistes anglais sont d'une prodigieuse tenue offrant une palette irrŽsistible. La Troisime Symphonie de Beethoven forme un contraste on ne peut plus marquŽ. Avec l'entrŽe de l'entier orchestre symphonique, bien sžr, mais aussi par le ton adoptŽ. La vision de Salonen est d'un classicisme revisitŽ proche de cette musique rŽvolutionnaire qui n'Žvite pas un certain ascŽtisme, amplement dŽfendu par un orchestre dont la cohŽsion Žclate ˆ chaque mesure. L'allegro con brio installe une fulgurance qui ne se dŽmentira jamais ensuite. Ė la diffŽrence de Simon Rattle qui privilŽgie une manire souple, proche de la danse, Salonen s'avre plus au pied du rythme, presque sec en apparence, quoique le rŽsultat ne donne jamais le sentiment de rudesse. La Ē marcia funebre Č a un caractre solennel plus que triste et on aura remarquŽ la sžretŽ des trois cors, l'agilitŽ du timbalier et surtout l'ensemble des pupitres des bois d'une Žtonnante clartŽ. Le vivace du scherzo trace des traits joyeux et le finale est justement grandiose sans inutile opulence.   

 

En seconde partie, La Cinquime Symphonie de Sibelius (1919) dŽcouvre d'autres perspectives que la direction trs physique du chef va transfigurer. Au sortir de la Grande guerre, le compositeur finnois propose une nouvelle symphonie qui eu Žgard ˆ sa tonalitŽ de mi bŽmol peut se situer dans le droit fil de l'HŽro•que de Beethoven. En tout cas bien des commentateurs ont voulu y voir quelque lointaine parentŽ. On a souvent dŽcriŽ la musique symphonique de Sibelius. Si elle est ŽloignŽe des schŽmas classiques, elle en crŽŽ d'autres, ancrŽe dans l'Žvocation de la terre natale du compositeur, de ces contrŽes nordiques et leurs immensitŽs, ce que Salonen sent bien sžr du dedans. D'o une foison de thmes basŽs sur le timbre plus que sur la stricte forme, une mouvance du discours et des encha”nements presque improbables. L'interprŽtation haletante souvent, voire incandescente aux ultimes pages du premier mouvement, mais aussi contemplative (Ē andante mosso, quasi allegretto Č mŽdian), vibre au son de l'orchestre anglais dont Salonen forge le son de manire aussi singulire qu'il le fit ˆ Aix, l'ŽtŽ dernier, dans le PellŽas et MŽlisande de Debussy ou Oedipus Rex de Stravinski. Lˆ encore, une Ē  association Č chef-orchestre qui a valeur de rŽfŽrence. En bis est donnŽ un extrait d'Apollon musagte, la Ē danse d'Apollon Č que tressent les seules cordes. Joli coup que de finir par Stravinski et par les cordes lˆ o l'on avait dŽbutŽ avec les vents. Une ultime remarque : une salle loin d'tre pleine comme on aurait pu le penser avec un tel chef et pareil orchestre. L'attrait de la Philharmonie de Paris jouerait-il un mauvais tour ˆ la salle de l'avenue Montaigne ? Une rŽflexion ˆ creuser au fil de la saison.

 

Jean-Pierre Robert.

 

     

Le Tour d'Žcrou : un huis clos terriblement ambigu

 

Benjamin BRITTEN : The Turn of the Screw. OpŽra en deux actes et un prologue. Livret de Myfanwy Piper d'aprs la nouvelle d'Henri James. Nikolai Schukoff, Heather Newhouse, Anne Mason, Cheryl Barker, Lucien Meyer, Silvia Paysais.  Membres de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse, dir. : Patrick Davin. Mise en scne : Robert Carsen. OpŽra de Strasbourg.

 


©Klara Beck

 

Le Tour d'Žcrou de Britten est un bien curieux opŽra. InspirŽ de la nouvelle d'Henri James, le livret en adopte l'ŽtrangetŽ et la concision. OpŽra de chambre Žcrit pour un effectif de treize musiciens jouant 18 instruments et comprenant six personnages, ses seize scnes sont rŽparties symŽtriquement dans ses deux actes, chacune introduite par un interlude instrumental conu sous forme de variations ; on n'est pas loin du schŽma musico-dramatique de Wozzeck d'Alban Berg puisque ces variations annoncent le contenu de la scne qui suit. Un prologue introduit l'histoire : une Gouvernante est appelŽe par le tuteur de deux enfants, Flora et Miles, pour s'occuper d'eux dans sa propriŽtŽ ˆ la campagne, ˆ la condition expresse de ne le dŽranger ˆ aucun prix. La jeune femme accepte cette mission avec enthousiasme mais s'aperoit peu ˆ peu que des choses Žtranges se passent : le fant™me de deux anciens serviteurs, Peter Quint et Mrs Jessel. apparaissent. Et soudain tout bascule, alors que les deux enfants entretiennent un comportement ambigu, le garon surtout en proie ˆ l'envožtement de Quint, tenant des propos Žtrangement ˆ double sens, et en venant ˆ intercepter sous la pression de celui-ci, la lettre que la Gouvernante s'est finalement rŽsolue ˆ adresser au ma”tre des lieux.

 

Ce climat de malaise, Robert Carsen l'inscrit paradoxalement dans un Žcrin d'une singulire beautŽ esthŽtique. Cumulant pour la premire fois - dans cette production crŽŽe ˆ l'origine pour le Theater an der Wien - les fonctions de dŽcorateur, d'Žclairagiste aussi bien que metteur en scne : le manoir de Bly o se dŽroule ce huis clos infernal est apprŽhendŽ ˆ travers diverses perspectives dans un cama•eux de gris ˆ la fois dans les dŽcors et les costumes, rehaussŽs par des Žclairages latŽraux d'une magique splendeur. Point d'extŽrieurs ici, tout sera concentrŽ dans la seule demeure. L'accent est portŽ sur quelques objets essentiels dont ces grandes fentres par lesquelles on voit au dehors ou ˆ travers le prisme desquelles les figures immatŽrielles se dessinent. Et ˆ travers un schŽma dramaturgique o les diverses scnes sont perues dans le ressenti de personnages qui s'imbriquent Žtroitement au point de se contaminer, celui de la Gouvernante au premier chef. Car chacun des cinq autres participent ˆ la construction du labyrinthe dans lequel s'enferme inexorablement la jeune femme. D'autant plus effrayant qu'il est mental. Elle est de surcroit en proie ˆ un mŽcanisme de projection, singulirement sur le tuteur des enfants, absent physiquement mais omniprŽsent dans ses pensŽes, jusqu'ˆ en tre amoureuse. Elle veut prŽserver les enfants et notamment l'innocence de Miles, et semble en dŽfinitive par sa rigiditŽ et sa volontŽ surprotectrice, contribuer elle-mme ˆ la destruction de ce dernier, autant que Quint dont le garon parvient in extremis ˆ se dŽfaire de l'emprise. Il meurt dans ses bras et elle ne peut que constater son Žchec. Carsen, qui voit justement la pice comme un scŽnario de film en noir et blanc avec ses sŽquences souvent trs courtes, comme il en va du court Prologue o est projetŽ la rencontre entre la Gouvernante et le tuteur, mise sur l'intimitŽ malsaine qui s'Žtablit entre protagonistes et public. Par petites touches, il resserre l'Žtau tout en brossant le c™tŽ fantasque de Quint et en accentuant l'emprise sexuelle de celui-ci sur l'autre servante comme sur le jeune Miles, par exemple lors de la dernire scne du Ier acte d'une plus que suggestive atmosphre sensuelle. 

 


©Klara Beck

 

Patrick Davin imprime ˆ sa phalange de musiciens de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse une patte sonore d'une rŽelle tenue au sein d'une orchestration tour ˆ tour clairsemŽe et touffue, avec sa rythmique souvent convulsive, ses ostinatos impressionnants des percussions, dont le gong et la caisse claire, ses traits inquiŽtants des bois, de la clarinette basse par exemple, ses singulires associations de timbres et les couleurs particulires qu'apportent en particulier le cŽlesta menaant ou la harpe envožtante dans ses glissandi. Et surtout mŽnage la continuitŽ entre interludes et scnes qui suivent. De la distribution se dŽtache la Gouvernante de Heather Newhouse, d'une vraie sincŽritŽ et vocalement juste dans un r™le exigeant. Plus que chez d'autres interprtes, la jeunesse du personnage Žclate ˆ chaque scne, et son parcours de terreur et de dŽsespoir reste trs intŽriorisŽ. Laissant au spectateur le soin de tirer ses propres conclusions et de trier parmi les incertitudes que recle le rŽcit. Anne Mason, Mrs Grose, dŽgage de sa belle voix grave une vision o perce l'ambigu•tŽ de la vieille intendante, moins passive qu'elle n'en a l'air, censŽe assurer la permanence de la vie du domaine. Cheryl Barker, familire de l'idiome brittŽnien qu'elle a souvent c™toyŽ ˆ l'ENO de Londres, prte ˆ Mrs Jessel de poignants accents. Le Peter Quint de Nicolai Schukoff, un peu raide vocalement, n'a pas l'aura des voix anglaises auxquelles on est ici habituŽ, d'un Ian Bostridge par exemple, sans remonter au crŽateur du r™le Peter Pears : ce timbre translucide et si particulier qui colle au personnage, comme cette Žlocution qui gŽnre l'ŽtrangetŽ. Mais la composition est crŽdible et les vocalises assurŽes. Des deux enfants, membres de la Ma”trise de l'OpŽra national du Rhin, l'interprte de Flora est la plus en situation, quoique paraissant curieusement la plus ‰gŽe, alors que le texte prŽcise qu'elle est la cadette et la plus ''enfant''. Le jeune garon qui campe Miles est plus en retrait, en particulier dans les monologues ou Žchanges-confrontations avec la Gouvernante, o le dŽbit de la langue anglaise montre ses limites : la dŽclamation n'est pas assez assurŽe pour dŽfendre une partie il est vrai terriblement ingrate. Ainsi le passage Ē Malo, Malo, Malo Č ˆ la fin de la scne 6 de l'acte I, ou le terrible Ē Vous voyez, Je suis mauvais, je suis mauvais, n'est-ce pas ?  Č qui termine le Ier acte, moments si cruciaux, ne dŽveloppent pas assez d'impact. C'est toute la difficultŽ de cette pice que de rendre les deux jeunes protagonistes parfaitement audibles, et partant crŽdibles, au-delˆ mme de l'idŽe de fragilitŽ.    

 

Jean-Pierre Robert.

 

 

Samson et Dalila : l'opŽra biblique revisitŽ

 

Camille SAINT-SAčNS : Samson et Dalila. OpŽra en trois actes et quatre tableaux. Livret de Ferdinand Lemaire. Anita Rachvelishvili, Aleksandrs Antonenko, Egils Silins, Nicolas TestŽ, Nicolas Cavallier, John Bernard, Luca Sannai, Jian-Hong Zhao. Orchestre et ChĻurs de l'OpŽra National de Paris, dir. Philippe Jordan. Mise en scne : Damiano Michieletto. OpŽra Bastille.

 


©Vincent Pontet/ONP

 

Aprs quelques dŽcennies d'absence, Samson et Dalila, l'Ļuvre lyrique majeure de Camille Saint-Sa‘ns revient ˆ l'OpŽra de Paris. Lˆ o elle n'entra au rŽpertoire que tardivement, en 1892, alors que crŽŽe en 1877 ˆ Weimar. Gr‰ce aux bons soins de Liszt. Cet Ē opŽra biblique Č trouve sa source dans un Žpisode du Livre des Justes, l'un des livres de la Bible hŽbra•que ; mais les ŽvŽnements relatŽs dans l'opŽra n'en reprennent qu'une infime partie. Car si Samson y succombe aux charmes vŽnŽneux de Dalila, celle-ci avait dŽjˆ tentŽ de le sŽduire par trois fois auparavant, en vain. ImaginŽ ˆ l'origine comme un oratorio, l'opŽra s'en ressent dans ses immenses passages choraux du premier et du troisime acte, o l'on peut songer aux ma”tres du passŽ, JS. Bach, Haendel. C'est que le sujet n'appelle pas un dŽveloppement dramatique trs riche. Ce dont pourtant Saint-Sa‘ns a su s'accommoder, mŽnageant un intŽressant cheminement quant ˆ la conqute par les Philistins du secret de la force herculŽenne de Samson par le truchement des app‰ts de la jeune femme, objet de l'acte central et du duo d'amour qui en est la clŽ de vožte. Autour de cela : les lamentations du peuple hŽbreu qui se sent dŽlaissŽ par son chef, les invectives du satrape du camp adverse, l'incitation ˆ la haine du grand prtre de Dagon qui tente d'amadouer Dalila en lui offrant son or, et enfin le supplice de Samson exposŽ ˆ la risŽe de tous lors d'une scne d'hystŽrie collective ˆ l'issue de laquelle l'Žlu d'Isra‘l provoque l'Žcroulement du temple des Philistins.

 

Il n'Žtait pas - ou plus - pensable de reprŽsenter cette trame telle quelle. On l'a bien sžr actualisŽe. Damiano Michieletto la transporte dans un univers contemporain : des choristes en vtements bariolŽs, ˆ la gestuelle travaillŽe, qui au dernier acte, enfilent des habits d'Žpoque pour donner l'impression de reconstituer l'histoire ; une dŽcoration ŽpurŽe faite de deux aires de jeu superposant la vaste chambre de Dalila et un lieu impersonnel censŽ reprŽsenter la ville de Gaza o est situŽe l'action. Mais point heureusement de rŽfŽrence ˆ une actualitŽ bržlante de conflit au Moyen-Orient. Sa mise en scne tente de simplifier une action dŽjˆ condensŽe et offre une lisibilitŽ certaine pour ce qui est de l'interaction chĻurs-solistes, sans succomber ˆ un parti illustratif simpliste. Ainsi des passages de ballets rŽduits ˆ l'allusif au Ier acte et purement et simplement ŽvacuŽs au dernier, la bacchanale de pacotille se voyant remplacŽe par des mouvements de sautillements frŽnŽtiques plus dŽsordonnŽs que rŽellement cadencŽs. On a plut™t privilŽgiŽ ce qui ressortit au vŽcu des protagonistes de cette douloureuse histoire, et au premier chef au conflit intŽrieur que vit Samson, partagŽ entre devoir et sentiments privŽs, entre l'amour pour Dalila et son r™le de  chef spirituel du peuple hŽbreu. A sa solitude aussi : ainsi appara”t-il isolŽ dans quelque prison mentale au premier tableau, lˆ o au dŽbut du dernier acte, lors que mutilŽ par ses contempteurs, il vit son exclusion physique et morale en demandant pitiŽ pour son peuple comme lui meurtri. Le portrait de Dalila est plus fouillŽ encore et c'est lˆ sans doute l'originalitŽ de cette vision de l'Ļuvre. Alors qu'on la pense uniquement femme fatale, tout comme ses sĻurs en haine recuite JŽzabel et SalomŽ, elle est ici prŽsentŽe dans ses propres contradictions : amoureuse par calcul et vengeance fŽminine, jouet entre les mains du chef philistin, mais aussi prte ˆ mettre en jeu sa propre vie, ˆ titre d'ultime argument. Elle menace de se suicider et c'est avec le couteau que Samson lui a ravi des mains que celui-ci va se couper une mche de cheveux, signant la perte de sa puissance. A l'acte suivant, son parcours devient singulier : n'ira-telle pas jusqu'ˆ s'inquiŽter du sort de Samson durant la grande supplication de celui-ci, horrifiŽe du traitement qui lui a ŽtŽ rŽservŽ. Et c'est elle qui, aux lieu et place de l'enfant, guide Samson vers le centre du temple et asperge le sol d'essence provoquant le cataclysme final. Rachat ou ultime bravade ? Il fallait l'oser.

 


©Vincent Pontet/ONP

 

Et quelle Dalila ! Anita Rachvelishvili est de la trempe des plus grandes interprtes du r™le : un timbre de mezzo grave qui flirte avec le contralto, comme ˆ la fin de l'air Ē Amour ! Viens aider ma faiblesse ! Č, un legato enviable jusque dans le pianissimo, une claire projection qui distingue ses interventions mme loin de la rampe, une sžre manire d'aborder le chant arioso caractŽristique de l'Ļuvre. Et surtout une incontestable autoritŽ ds sa premire apparition et qui ne cesse de s'affirmer, rendant hautement crŽdible les diverses facettes du personnage tel qu'ici rŽimaginŽ. Si l'on ajoute que les trois airs sont des morceaux d'extrme intensitŽ dramatique et de formidables contrastes vocaux, on tient lˆ une interprŽtation de rŽfŽrence, justement saluŽe par le public. Le Samson d'Aleksandrs Antonenko n'est pas de la mme eau, sans doute dŽsavantagŽ par l'Žlocution en franais, et manque de la vraie couleur  d'un tŽnor natif de l'hexagone. Mais en est-il actuellement ? La puissance est au rendez-vous moyennant quelques passages en force au dŽbut. Quoique on note une rŽelle apprŽhension du conflit que vit le personnage. Reste que le duo, bŽnŽficiant de l'aura de l'interprte fŽminin, dŽveloppe son vrai impact. Des autres interprtes, distribuŽs inŽgalement, on remarque le Vieillard hŽbreu de Nicolas Cavallier. Les chĻurs maison font de l'excellent travail, en particulier au Ier acte dont l'Žcriture vocale est proche du chant grŽgorien. L'autre triomphateur de cette production est Philippe Jordan qui ne fait pas mystre de sa passion pour une Ļuvre qu'il estime injustement dŽlaissŽe. Son approche, quasi chambriste ˆ maints endroits, exhale une douceur envožtante ou des emportements soigneusement contr™lŽs.  L'Orchestre de l'OpŽra est somptueux, les bois en particulier : mŽlismes de flžte et de hautbois au dŽbut du II me acte, trait enj™leur de clarinette parant le duo. Et on lui sait grŽ de ne pas accentuer les passages par trop orientalisants qui Žmaillent la partition, au tableau final notamment dont sont presque gommŽs la facilitŽ d'Žcriture et un exotisme aujourd'hui bien passŽ de mode. En ressortent le magistral mŽlodisme de Saint-Sa‘ns, son art de penser une orchestration chatoyante, et finalement de faire de l'orchestre un protagoniste ˆ part entire, au-delˆ de son r™le d'accompagnateur ou de faire valoir du chant comme chez Gounod ou Massenet.

 

 

Jean-Pierre Robert.

 

Incandescent Ange de feu ˆ l'OpŽra de Lyon

 

Serge PROKOFIEV : L'Ange de feu. OpŽra en cinq actes et sept tableaux, op. 37. Livret du compositeur d'aprs le roman Žponyme de ValŽri Brioussov. Ausrine Stundyte, Laurent Naouri, Margarita Nekrasova, Mairam Sokova, Vasily Efimov, Dmitry Golovin, Taras Shtonda, Ivan Thirion, Almas Svilpa, Yannick Berne, Paolo Stupenengo, Philippe Maury, Kwang Soun Kim, Marie-Eve Gouin, Pascal Obrecht, Charles Saillofest, Jean-Franosi Gay, Paul-Henry Vila, Sharona Applebaum, Pei Min Yu, Sophie Calmel, Joanna Curelaru. Orchestre et ChĻurs de l'OpŽra de Lyon, dir. Kazushi Ono. Mise en scne : Benedict Andrews. OpŽra de Lyon.

 


Acte I : Laurent Naouri, Ausrine Stundyte  ©Jean-Pierre Maurin

 

L'OpŽra de Lyon poursuit son exploration des grandes pages de l'opŽra russe. Avec cette fois, une Ļuvre peu souvent jouŽe, L'Ange de feu. Serge Prokofiev Žtait fascinŽ par l'occultisme, et la dŽcouverte du roman de ValŽri Brioussov, ma”tre du symbolisme russe, fut le dŽclic de la mise en chantier d'un opŽra, Žcrit entre 1920 et 1927. Qui  sera crŽŽ bien plus tard, en 1954, en version de concert au ThŽ‰tre des Champs-ElysŽes ˆ Paris - en franais - et l'annŽe suivante scŽniquement ˆ La Fenice de Venise, en italien ! Entre temps la Troisime symphonie (1928) aura repris pour l'essentiel le rŽseau thŽmatique de l'opŽra. Curieux destin pour une Ļuvre hors norme qui, dans l'Allemagne superstitieuse du XVI me sicle, plonge le spectateur dans le mysticisme et le religieux, le rŽel et la fiction, et dŽpeint une figure de femme possŽdŽe comme il en est peu dans le monde lyrique : Renata a vu nagure lui appara”tre Madiel, un ange de feu, et depuis est envožtŽe par cette vision, jouet de forces contraires qui la torturent corps et ‰me. Cette possession est-elle angŽlique ou diabolique ? L'Žpigraphe du roman, Ē dans lequel il est question du diable, maintes fois apparu ˆ une vierge sous les traits d'un esprit de lumire et de la manire dont il lui fit commettre divers pŽchŽs Č laisse peu de doute. Un personnage non moins Žtrange, le chevalier Ruprecht, ˆ qui elle se confie, tente en vain de la libŽrer de l'obsession qu'elle poursuit ˆ travers la recherche d'un homme idŽalisŽ, le comte Heinrich en qui elle voit la rŽincarnation de Madiel. EntrŽe au couvent, elle dŽcha”ne l'hystŽrie parmi les nonnes et pŽrit sous l'exorcisme du Grand Inquisiteur. On aura croisŽ au fil du dŽlire hallucinatoire de Renata et de sa qute forcenŽe, une voyante prŽdisant sang et crochet de fer, un libraire d'ouvrages sulfureux, Jakob Glock, un savant ma”tre s magie noire, Agrippa de Nettesheim, et mme Faust et MŽphisto qui curieusement ont ŽchangŽ leur tessiture vocale par rapport au schme Žtabli par Gounod ; en fait une galaxie de personnages tous aussi mystŽrieux qu'inquiŽtants, et toutes sortes de ''diableries'', pour reprendre le mot du musicien. La musique Žpouse ce drame fantasque et la tension qu'il gŽnre, par un symphonisme dense, souvent fracassant, et un rŽseau motivique serrŽ, multipliant des thmes courts Žvocateurs d'Žtats divers (l'hystŽrie de Renata ou son amour-dŽvotion ˆ son ange protecteur). Elle est tour ˆ tour ensorcelante comme son hŽro•ne, ou dŽmoniaque ˆ l'image de son sujet, en tout cas aussi expressionniste, voire violente, qu'elle Žtait lyrique et emplie de fantaisie dans L'Amour des trois oranges. Il faut, dira Prokofiev, Ē Žcrire de manire ˆ ce que la musique vienne en permanence renforcer l'impression que provoquerait le drame seul sans la musique Č (Journal intime, 1924).

 


Acte II : Laurent Naouri, Ausrine Stundyte, Vasily Efimov ©Jean-Pierre Maurin

 

La mise en scne de Benedict Andrews Žvite la surcharge qu'une telle trame pourrait induire et mise sur le parcours intŽrieur de l'hŽro•ne, partagŽe entre illusion et rŽalitŽ, rationnel et irrationnel. Son personnage est dŽmultipliŽ, entourŽe qu'elle est d'une nuŽe de jeunes filles ˆ son image, comme l'est d'ailleurs aussi celui de Ruprecht et ses multiples rŽpliques, jusque parmi les machinistes appelŽs ˆ construire ou modifier les volumes d'un dŽcor aux perspectives fuyantes. La rŽgie en effet unifie un propos s'Žcartant de toute logique, ˆ travers le prisme ingŽnieux d'un plateau tournant, et en fluidifie les divers Žpisodes. Ainsi du grand rŽcit confession introductif de Renata contant ses diverses rencontres avec l'ange et une obsession naissante, de l'enfant ˆ l'adolescente, de la jeune fille ˆ l'adulte. Cette extrme mobilitŽ, qui absorbe des bribes de dŽcoration Žparses, apporte un sentiment de mouvement dans une Ļuvre proposant somme toute une action rŽduite, et tient en haleine jusqu'ˆ la dernire scne. Et on passe sur quelques dŽtails naturalistes de premier degrŽ, en particulier au IV Žme acte, pour saluer la cohŽrence d'une dramaturgie mŽnageant avec habiletŽ les constants basculements chez Renata, les questionnements irrŽsolus et un suspense adroitement amenŽ rŽvŽlant au final la possession dŽmoniaque dont elle est en rŽalitŽ l'objet. L'ultime tableau du couvent o se succdent en un tournoiement infini les petites cellules monacales qui peu ˆ peu se peuplent de leurs occupantes, retrouve la circularitŽ de la premire scne de l'h™tel et de ses chambres esseulŽes, lˆ o Ruprecht avait rencontrŽ Renata, par hasard ou vraie co•ncidence. La direction d'acteurs qui restitue avec acuitŽ tout ce qu'il y a de paroxystique dans les Žchanges, focalise aussi sur des effets de chevauchement d'identitŽ : l'ange qui apparait sous les traits d'un ministre du culte, n'est-il pas le comte Heinrich, dont la vision est tant suscitŽe, et mme aussi l'Inquisiteur de la dernire scne, agent d'anŽantissement d'une obsession vouŽe ˆ tre condamnŽe.         

 


Acte V : Ausrine Stundyte, Almas Svilpa ©Jean-Pierre Maurin

 

La force de ce spectacle on la tire surtout de ses deux interprtes principaux. Ausrine Stundyte, hier formidable Katerina dans Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch, dŽjˆ ˆ Lyon (cf. NL de 3/2016), trouve en Renata un autre r™le ˆ sa mesure, offrant au personnage une Žpaisseur dramatique peu commune, attachante, Žnigmatique dans ses aspirations contradictoires, mlŽes d'angoisse, de dŽchirement, d'une dŽsarmante sincŽritŽ jusque dans ses revirements les plus inattendus. Cette sincŽritŽ est au service d'une interprŽtation musicale d'une puissance souvent insoutenable, faisant sien le langage hachŽ, partagŽ entre une sorte de sprechgesang et une style arioso bien spŽcifique, gr‰ce ˆ une voix de soprano dramatique ample mais aussi d'un grand raffinement ; sans parler de la performance physique d'un r™le qui tient son interprte constamment en scne, soumise ici ˆ des crises convulsives et autres exigences sŽvres de mise en scne. Vocalement incandescente, cette prestation a tout d'une interprŽtation d'anthologie o la voix semble faire corps avec l'orchestre en une rare symbiose. Du Ruprecht de Laurent Naouri Žmane la mme intensitŽ. Le baryton, qui Žpouse la prosodie russe avec aisance, se mesure ˆ cette figure d'anti hŽros avec un naturel qui force l'admiration dans le chant comme par la prŽsence : c'est que l'apparente soliditŽ de Ruprecht, esprit curieux de tout, humaniste quoique adepte des sciences occultes, contraste avec l'imprŽvisibilitŽ, la fragilitŽ mais aussi la ferme rŽsolution de celle qui voit pourtant en lui son sauveur. Une distribution sans faute les entoure, peuplŽe de personnages Žpisodiques, dont les tŽnors Vasily Efimov, Jakob Glock, ou Dmitry Golovin, MŽphisto et Agrippa, et la basse Almas Svilpa, l'Inquisiteur comme aussi les personnages muets d'Heinrich et de l'Ange. Le brio avec lequel Kazushi Ono dirige cette musique puissante, ˆ l'Žcoulement motorique, aux climax impressionnants et dont n'est pas exclu le sarcasme, est une autre joie, comme la performance de l'Orchestre de l'OpŽra de Lyon confrontŽ sans doute ˆ la difficultŽ de la dŽcouverte. Mme si l'on peroit que le chef se laisse par moment emporter par le flux d'un discours luxuriant, quasi tellurique, o les thmes souvent s'entremlent, se chevauchent presque, le magistral fini sonore rend justice ˆ la partition visionnaire de Prokofiev.     

 

Jean-Pierre Robert.

 

 

Festival Ē Quatre x Quatre Č ou lÕavenir radieux du quatuor ˆ cordes

 


La Chapelle Corneille-Auditorium de Normandie © ƒric Benard

 

Un magnifique festival de musique de chambre totalement dŽdiŽ au quatuor ˆ cordes organisŽ par lÕOpŽra de Rouen en collaboration avec Pro Quartet, dans le cadre somptueux de la Chapelle Corneille-Auditorium de Normandie. Quatre journŽes pour entendre et apprŽcier huit talentueux quatuors de la jeune gŽnŽration (Quatuor Diotima, Cambini-Paris, Van Kuijk, Za•de, Arod, Danel, Thomas Dunford au luth accompagnŽ dÕun quatuor vocal et Quatuor de lÕOpŽra de Rouen), plus dÕune vingtaine dÕĻuvres (Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Bruckner, Mendelssohn, Webern, Bart—k, Debussy, Ravel, Gounod, Franck, Kurtag, Dowland et Weinberg) certaines bien connues, mais Žgalement nombre de belles dŽcouvertes dont la mise en miroir avec des standards du genre Žtait riche dÕenseignements. Ancienne chapelle jŽsuite de la contre RŽforme, ŽdifiŽe en 1615,  totalement rŽamŽnagŽe avec une scne centrale circulaire et une rŽvision de lÕacoustique, inaugurŽe en fŽvrier 2016 pour servir de cadre ˆ une programmation musicale ambitieuse, variŽe, consacrŽe ˆ lÕexcellence, la Chapelle Corneille, situŽe dans le vieux Rouen, offrait son cadre somptueux et adŽquate ˆ cette manifestation dont le lustre ne dŽpareillait pas au milieu des dorures baroques. A titre dÕexemples, pour nÕen citer que quelques uns, caractŽristiques de cette diversitŽ de programmation et de cette qualitŽ musicale.

 

Le Quatuor Cambini-Paris dont les particularitŽs sont de jouer sur instruments anciens dotŽs de cordes en boyau et de se prŽsenter dans une ancienne configuration o premier et second violon se font face, laissant violoncelle et alto en charnire centrale. Un jeune quatuor constituŽ en 2007 regroupant quatre talentueux instrumentistes (Julien Chauvin, Karine Crocquenoy, Pierre-Eric Nimylowycz, Atsushi Saka•) issus du Cercle de lÕHarmonie puis du Concert de la Loge, anciennement appelŽe Olympique, regroupŽs autour du premier violon de Julien Chauvin. Un programme classique et romantique qui constitue le cĻur du rŽpertoire des Cambini associant Haydn (Quatuor n” 3 opus 76 dit Ē LÕEmpereur Č) Mozart (Quatuor n” 16 dŽdiŽ ˆ Haydn K. 428) et une curiositŽ de dŽcouverte rŽcente, le Quatuor n” 1 de Gounod. Force est de reconnaitre que lÕĻuvre de Gounod p‰tit quelque peu du voisinage avec ses illustres prŽdŽcesseurs, le dŽsir des Cambini de dŽfendre avec brio cette composition tardive du musicien franais nÕen Žtant que plus mŽritoire. Gounod nՎcrivit que cinq quatuors ˆ cordes achevŽs, dŽcouverts en 1993 dont celui proposŽ ce soir semble tre le premier du corpus composŽ en 1892. Un quatuor sans grande originalitŽ qui nous parut peut tre un peu dŽsŽquilibrŽ entre les parties, laissant la part prŽdominante au premier violonÉA moins quÕil ne sÕagisse dÕun dŽfaut acoustique ? Une dŽcouverte que lÕon pourra rŽentendre et juger de faon plus approfondie prochainement au disque avec les autres ŽlŽments du corpus en cours dÕenregistrement gr‰ce ˆ la collaboration du Palazzetto Bru Zane, ardant dŽfenseur des partitions oubliŽes de la musique romantique franaiseÉ.Affaire ˆ suivre. Point de rŽserve, en revanche pour les quatuors de Haydn et Mozart, gages dÕune longue et indŽfectible amitiŽ. Haydn le maitre incontestŽ et inventeur du genre et Mozart qui ne cessera de faire progresser la forme par sa gŽniale inspiration. Si le Quatuor de Haydn, datant de 1797, tout entier organisŽ autour du deuxime mouvement o le musicien rend hommage au rŽgime impŽrial, resplendit dÕune lumire solaire par son Žnergie, son architecture classique, sa sŽrŽnitŽ et sa plŽnitude, le Quatuor de Mozart, plus ambigu, oscille entre ombre et lumire, tŽmoignant de lÕimportance de cette pŽriode (1783-1785) dans la vie du compositeur puisquÕelle correspond ˆ son initiation maonnique (1784) vŽritable chemin initiatique qui le conduira des tŽnbres profanes vers la lumire de lÕInitiŽ dont le prŽsent Quatuor K. 428 et le Quatuor des Dissonances donnŽ Ē en bis Č portent tŽmoignage. Une interprŽtation magnifique de clartŽ et de lyrisme, ˆ la sonoritŽ chaude et profonde, un Žquilibre parfait, une cohŽsion infaillible que lÕon pourra retrouver au disque puisque lÕensemble du corpus des quatuors de Mozart dŽdiŽs ˆ Haydn a ŽtŽ enregistrŽ dernirement par les Cambini pour le label Ambroisie Na•ve, coffret unanimement saluŽ par la critique.

 


Quatuor Cambini-Paris © Franck Juery

 

Se prŽsentant dans une conformation plus classique (1e violon, 2e violon, alto, violoncelle) bardŽ de mŽdailles glanŽes dans diffŽrents concours internationaux prestigieux et aprs un premier disque consacrŽ ˆ Mozart, le jeune Quatuor Van Kuijk (Nicolas Van Kuijk, Sylvain Favre-Bulle, GrŽgoire Vecchioni, Franois Robin) quatuor franais fondŽ en 2012, avait la lourde t‰che de dŽfendre deux monuments de la musique de chambre franaise, le Quatuor ˆ cordes de Debussy et celui de Ravel, associŽs aux Six Moments musicaux de Gyorgy Kurtag dans une confrontation surprenante au demeurant, mais pleine dÕintŽrt. Ces Six Moments musicaux rŽsultent dÕune commande faite au compositeur hongrois en 2005 pour le concours international de quatuor ˆ cordes de Bordeaux. Six pices miniatures dans la lignŽe de Webern alternant lyrisme et contrastes abruptes ˆ lÕorigine, par la pulvŽrisation des timbres, dÕune sorte de spatialisation du son Žvoquant les mobiles de Calder. Le Quatuor  en sol mineur de Claude Debussy, composŽ en 1893, est le seul quatuor du grand Claude. Il marque une date importante dans lՎvolution de la musique de chambre, enfin Ē libŽrŽe de sa structure rigide, de la rhŽtorique et de lÕesthŽtique congelŽes et rigides Č. Jugement pŽremptoire, sÕil en est, qui nÕest pas un mince compliment dans la bouche de Pierre Boulez ! Trs orchestral, tendant un pont entre tradition et modernitŽ, Debussy y amalgame des ŽlŽments empruntŽs au chant grŽgorien, ˆ la musique tzigane, au gamelan javanais, sans oublier les influences de Massenet ou de Franck. Contemporain du PrŽlude ˆ lÕaprs midi dÕun faune,  le deuxime mouvement, en rappelant la langueur, fut un moment sublime dÕune rare Žmotion portŽe par lÕalto Žblouissant de GrŽgoire Vecchioni. Alors que Debussy surprend par lՉpretŽ des premires notes, Maurice Ravel sŽduit dÕemblŽe par son Quatuor en fa majeur plaant lÕauditeur sous son charme envoutant. PostŽrieur dÕune dizaine dÕannŽes (1903) par rapport ˆ celui de Debussy, le compositeur de PellŽas et MŽlisande en fut un dŽfenseur inconditionnel face aux critiques de Gabriel FaurŽ ˆ qui lÕĻuvre est dŽdiŽe. Si lÕinspiration est debussyste, la manire est typiquement ravŽlienne par son originalitŽ, sa dŽlicatesse, sa grande invention rythmique faisant un usage virtuose du pizzicato. Les Van Kuijk nous en livrrent une lecture trs sŽduisante, claire, remarquablement mise en place, immŽdiatement convaincante. En bis, pour rel‰cher la tension aprs un final trs rythmŽ, les Chemins de lÕamour de Francis Poulenc, adaptŽs pour quatuor ˆ cordes, concluaient cette magnifique soirŽe.

 


Quatuor Van Kuijk © Adrien Vecchioni

 

Exclusivement fŽminin, fondŽ en 2009, le Quatuor Za•de (Charlotte Juillard, Leslie Boulin Raulet, Sarah Chenaf, Juliette Salmona) se produit dŽjˆ dans les salles les plus prestigieuses de la plante musique. Son rŽpertoire trs Žtendu va de la pŽriode classique ˆ la musique dÕaujourdÕhui, sa discographie comprend dŽjˆ deux disques publiŽs chez NoMadMusic, le premier  consacrŽ en 2014 ˆ Martinu et Janacek, le second en 2015 ˆ lÕopus 50, dits ''quatuors prussiens'', de Haydn. Pour lÕheure cÕest Beethoven (Quatuor n” 3 opus 18) et CŽsar Franck (Quatuor en rŽ majeur) que les Za•de dŽfendaient de leur talent, sans oublier le trs mŽconnu Intermezzo pour quatuor dÕAnton Bruckner. Sans sÕattarder sur cette anecdotique pice de Bruckner, extraite  de son Quintette en fa qui ne fera probablement pas date dans la carrire du musicien de Saint Florian, plus intŽressante, ˆ nÕen pas douter, la confrontation entre le Quatuor de Beethoven, Ļuvre de jeunesse puisquÕil sÕagit du premier quatuor du ma”tre de Bonn, composŽ en 1799  ˆ lŌ‰ge de 29 ans, et le Quatuor de CŽsar Franck, dernire Ļuvre instrumentale du compositeur, Žcrite lÕannŽe de sa mort en 1890, ˆ lՉge de 68 ans. Une comparaison qui confirme le fait que la valeur nÕattend pas le nombre des annŽes, tant le quatuor beethovenien frappe dÕemblŽe par une impression de maitrise absolue du genre alliant Žquilibre et synthse : tension et dynamisme du premier mouvement, lyrisme parfois tourmentŽ du deuxime, Žquilibre serein du troisime, cavalcade finale sur une tarentelle endiablŽe.  En regard, le Quatuor de Franck parut hŽlas un peu terne malgrŽ lÕengagement des instrumentistes. Une Ļuvre de structure cyclique qui manque un peu dÕattrait, parfaitement exŽcutŽe par les Za•de et notamment par Charlotte Juillard impressionnante dÕengagement et dÕintŽrioritŽ qui irradie lÕĻuvre de sa prŽsence sonore dans le larghetto et le finale. Pour conclure ce superbe concert, un bis empruntŽ ˆ Haydn que les Za•de connaissent sur le bout des doigts et un triomphe mŽritŽ.

 


Quatuor Za•de / DR

 

Un festival parfaitement rŽussi de bout en bout, dans un lieu patrimonial hors du commun, qui nous rassure quant ˆ lÕavenir (radieux) du quatuor ˆ cordes franais ! Bravo ˆ tous !

Patrice Imbaud.

 

                                                                                                                           

Un superbe Cos“ fan tutte en ouverture de la saison ˆ lÕOpŽra de Rouen

 

Wolfgang AmadŽ MOZART : Cos“ fan tutte. Dramma giocoso en 2 actes. Livret de Lorenzo da Ponte. Gabrielle Philiponet, Annalisa Stroppa, Cyrille Dubois, Vincenzo Nizzardo, Laurent Alvaro, Edouarda Melo. Orchestre de lÕOpŽra de Rouen Normandie & ChĻur Accentus, dir. Andreas Spering. Mise en scne de FrŽdŽric Roels.

 


© Jean Pouget

 

Pour ouvrir cette nouvelle saison centrŽe sur le libertinage, dans son acception philosophique et historique, sŽsame dÕun monde subversif et mystŽrieux peuplŽ de dŽsirs et de charmes interdits, FrŽdŽric Roels, directeur gŽnŽral et artistique de lÕinstitution lyrique normande, levait le rideau avec Cos“ fan tutte de Mozart. Si ce troisime opus de la trilogie Da Ponte est gŽnŽralement interprŽtŽ comme une mŽtaphore de lÕinconstance et de lÕinfidŽlitŽ fŽminine, FrŽdŽric Roels en proposa un Žclairage nouveau sous la forme dÕun jeu de r™les o tout est dŽjˆ acceptŽ dÕavance sauf la finÉ Un jeu un peu pervers sous la houlette du maitre du jeu Don Alfonso secondŽ par sa maitresse Despina, couple machiavŽlique, un peu sado masochiste dont la conduite nÕest pas sans rappeler les aventures Ē amoureuses Č dÕun certain divin marquis. Un jeu finalement menŽ entre soi, pour Žchapper ˆ lÕennui. Tout se joue alors ˆ grand renfort de masque, de travestissements, de mise en miroir et de voyeurisme o la farce c™toie le drame afin de rester fidle ˆ lÕambigŸitŽ du dramma giocoso. Une mise en scne attrayante et pertinente qui emporta immŽdiatement lÕadhŽsion du public, transposŽe de nos jours, bien pensŽe, se dŽroulant dans une scŽnographie du plus bel effet, tant™t dans un salon bourgeois dÕune lumineuse blancheur, tant™t dans un jardin paradisiaque peuplŽ dÕombres et de dŽsirs cachŽs.

 


© Jean Pouget

 

 

Un opŽra classique crŽŽ en 1790 au Burgtheater de Vienne, tout entier b‰ti sur la symŽtrie des couples, des voix et des tessitures qui sՎchangeront au long de lÕintrigue, une Ļuvre surtout qui brille par lÕexceptionnelle qualitŽ musicale de ses nombreux ensembles vocaux, impliquant donc une grande homogŽnŽitŽ dans le choix des voix. Point de dŽception avec cette distribution vocale particulirement Žblouissante reposant sur six jeunes chanteurs au premier rang desquels il faut citer Cyrille Dubois, rŽvŽlation des Victoires de la musique et de la Critique. Si ce jeune et talentueux tŽnor est dŽjˆ connu pour ses interprŽtations remarquŽes dans la mŽlodie franaise et le lied, sa prestation dans le r™le de Ferrando fut tout ˆ fait enthousiasmante par la qualitŽ de son timbre, sa facilitŽ vocale et son implication scŽnique. Face ˆ lui le Guglielmo de Vincenzo Nizzardo parut peut tre lŽgrement en dessous. En revanche aucune rŽserve concernant le duo fŽminin, Gabrielle Philiponnet (Fiordiliji) et Annalisa Stroppa (Dorabella) dont le ramage somptueux nÕeut dՎgal que le plumage rutilant et coquin, particulirement mis en valeur par les costumes au demeurant trs dr™les de Lionel LesireÉ Laurent Alvaro (Don Alfonso) machiavŽlique ˆ souhait, belle basse parfaitement appariŽe avec le soprano agile dÕEduarda Melo (Despina) en soubrette espigle, formrent un couple irrŽprochable vocalement, tout entier animŽ par lÕintrigue, le plaisir du jeu, la sŽduction et le caprice, image dÕun couple derrire lequel en filigrane se dessinait lÕombre tutŽlaire du  marquis de Sade. DÕun point de vue strictement orchestral, il convient encore de souligner la belle tenue de lÕorchestre de lÕOpŽra de Rouen, et notamment des vents (petite harmonie et cors) omniprŽsents tout au long de la partition, renouant avec la tradition des sŽrŽnades et divertimenti chers au compositeur salzbourgeois. En bref, une premire trs rŽussie qui laisse sur une interrogation quant ˆ la recomposition finale des couples et quant aux traces que laissera ce jeu de r™lesÉUne question essentielle qui rŽsume ˆ elle seule le sujet de lÕopŽraÉUne belle saison en perspective ˆ suivreÉ (www.operaderouen.fr).

 

Patrice Imbaud.

 

                                                                                                                        

Riccardo Chailly & la Filarmonica della Scala : Effusion lyrique

 


Riccardo Chailly © Gert Mothes

 

DŽsignŽ par la critique comme le meilleur chef dÕorchestre du monde dans un classement rŽcent, Riccardo Chailly, qui vient de quitter lÕorchestre du Gewandhaus de Leipzig, se prŽsentait ˆ la tte de sa nouvelle phalange de la Scala de Milan devant le public parisien dans la grande salle de la Philharmonie de Paris, associŽ pour un soir avec Martha Argerich au piano, dans un programme Žminemment romantique appariant Schumann et Verdi. Salle comble Žvidemment et un public immŽdiatement conquis par lÕOuverture de Manfred de Robert Schumann, dans une lecture trs narrative, toute en nuances, trs enlevŽe, rŽvŽlant dÕemblŽe la grande qualitŽ musicale de la phalange milanaise et lÕimmense science de la direction dÕorchestre du chef italien. Une Ļuvre finalement assez peu donnŽe au concert inspirŽe du pome dramatique de Byron o Schumann semblait se retrouver dans ses craintes de la folie et de la mort. Une partition datant de 1851 empreinte dÕun romantisme exacerbŽ o se mlent sentiment de faute (Manfred a aimŽ sa sĻur AstartŽ, la conduisant ˆ la mortÉ), dŽsir de rŽdemption, voyage au pays des morts afin dÕobtenir pardon et purification. Une Ļuvre tendue, dŽsespŽrŽe, vŽhŽmente, passionnŽe, trs contrastŽe, parfois abrupte,  dynamique, dÕun dramatisme croissant o la baguette de Chailly, prŽcise, fougueuse fit merveille. Venait ensuite  le Concerto pour piano et orchestre (1845) du mme Schumann, interprŽtŽe par la grande dame du piano, Martha Argerich, personnalitŽ emblŽmatique du monde musical par son charisme. Chacune de ses apparitions Žtant un Žvnement en soi allant bien au-delˆ de lÕinterprŽtation ponctuelle dÕun soir. Un concerto pour piano qui compte assurŽment parmi les plus belles Ļuvres du gŽnie schumannien laissant une large place ˆ la mŽlodie toute imprŽgnŽe de lÕesprit romantique. LÕinterprŽtation qui en fut donnŽe nous parut, ce soir, un peu inŽgale. Ds lÕentame du premier mouvement la sonoritŽ lŽgrement terne et rche du piano, parfois couvert, contrasta avec le brio de lÕorchestre,  la soliste nous gratifiant toutefois dÕune belle cadence. Le deuxime parut quant ˆ lui assez plat, avant que le troisime particulirement rŽussi ne renoue le dialogue avec lÕorchestre, le clavier se faisant alors plus orchestral dans sa projection. En bis, les Scnes dÕenfant portrent lՎmotion ˆ son paroxysme par la poŽsie et la dŽlicatesse du jeu de la pianiste argentine. Aprs la pause, place ˆ Verdi avec la musique de ballet des Vpres siciliennes (1855). Une Sinfonia qui reprend plusieurs thmes de lÕopŽra, dŽroulant devant lÕauditeur autant de scnes diffŽrentes au climat tour ˆ tour angoissant, funbre, violent, lyrique, vŽritable exercice dÕorchestre (tous les pupitres sont sollicitŽs) et de direction o Riccardo Chailly nous donna ˆ entendre par la force et le lyrisme de son interprŽtation, un vŽritable opŽra sans parolesÉUn magnifique concert dÕun lyrisme exacerbŽ, du grand art !

 

Patrice Imbaud.

                                                                                                                          

 

Anne-Sofie Von Otter chante les Nuits dՎtŽ

 


Anne-Sofie Von Otter / DR

 

En ce dŽbut de saison, lÕOrchestre National de France, dirigŽ ce soir par Fabien Gabel, semble poursuivre son exploration du  rŽpertoire franais avec deux compositeurs majeurs Hector Berlioz (Les Nuits dՎtŽ) et Claude Debussy (Nocturnes), associŽs tous deux, dans un clin dÕĻil ˆ Kurt Mazur (ancien directeur musical du Ē National Č dont Fabien Gabel fut chef assistant) ˆ Richard Strauss (LÕAmour de DanaŽ et Till lÕespigle) en qui Debussy (allias Monsieur Croche, critique musical) reconnaissait le seul musicien original de la jeune Allemagne. Magnifique programme qui nous permettait dՎcouter les belles et rarement donnŽes Nuits dՎtŽ dÕHector Berlioz chantŽes par la mezzo soprano suŽdoise Anne-Sofie Von Otter qui les pratique depuis de nombreuses annŽes. Un cycle vocal composŽ en 1841 sur des pomes de ThŽophile Gautier, initialement prŽvu pour mezzo ou tŽnor, secondairement orchestrŽ entre 1843 et 1856. Beaucoup de chanteurs sÕy sont essayŽs, malheureusement souvent sans succs, si lÕon excepte la grande RŽgine Crespin, encore aujourdÕhui inŽgalŽe dont les enregistrements font encore rŽfŽrences (Orchestre de la Suisse Romande, dir. Ernest Ansermet. Decca. 1963). Six mŽlodies accompagnŽes par un orchestre restreint, caractŽrisŽes par lՎconomie, la clartŽ et la transparence de lՎcriture, la prŽcision de la prosodie, la richesse des timbres et la dŽlicatesse de lÕornementation dont le National se tira admirablement sous la direction du chef franais particulirement attentif aux Žquilibres. Loin de se  complaire dans une stŽrile nostalgie, force est dÕavouer que lÕinterprŽtation donnŽe ce soir au TCE par la mezzo suŽdoise fut tout ˆ fait digne dՎloges par la qualitŽ de la diction, lՎvident amour des mots,  la souplesse de la ligne, la poŽsie du chant menŽ peut tre sur un tempo un peu lent que le souffle dÕAnne-Sofie Von Otter eut quelque mal ˆ assumer, notamment dans la deuxime partie du cycle. Les trois Nocturnes  (1899) de Debussy constituent, assurŽment, un sommet de lÕinspiration debussyste quelques annŽes avant La Mer (1905) incarnant le style impressionniste en musique. Triptyque symphonique avec chĻur de femmes, initialement appelŽ Scnes au crŽpuscule, il enchaine Nuages, Ftes et Sirnes comme autant de rŽfŽrences visuelles plus que musicales, dont le National donna une vision toute en nuances, fidle ˆ la partition qui se veut en demi teinte associant dans une subtile alchimie souplesse et rigueur, rŽpŽtition et renouvellement dont Dutilleux saura plus tard sÕinspirer. Nuages chargŽs dÕimmobilitŽ changeante avant de conduire au silence, plus extraverties Ftes laisse Žclater la fanfare pour revenir lˆ encore au silence, tandis que Sirnes laisse entendre un chant envožtant accompagnŽ du cor anglais pour retourner finalement au silence et ˆ la paix nocturnes. Bien diffŽrentes les deux Ļuvres de Richard Strauss, LÕAmour de DanaŽ (1937-1940) fragment symphonique (1952) extrait de lÕopŽra Žponyme o la musique Žvolue par larges et voluptueuses vagues sonores et Till lÕespigle, pome symphonique (1895) nous contant les aventures burlesques et dramatiques de ce .hŽros populaire ˆ la fois historique et lŽgendaire. Une Ļuvre pleine de verve qui fait briller lÕorchestre et notamment le cor. Une virtuositŽ orchestrale, Ē une heure de musique nouvelle chez les fous Č comme disait Debussy, que Fabien Gabel mit parfaitement en Žvidence par sa direction intelligente face ˆ un National au mieux de sa forme. Un bel exercice de direction qui nous laisse comme un regretÉmais une belle manire de terminer un concert sur un Žclat de rire, ce qui nÕest pas si frŽquent ! Sans oublier les irrŽprochables Sirnes du ChĻur de Radio France.

                                                                                                                       

Patrice Imbaud.

 

Andris Nelsons & le Royal Concertgebouw Orchestra : un concert sans Žclat

 


Andris Nelsons / DR

 

Il ne suffit pas toujours de rŽunir sur la mme affiche, attrayante sÕil en est, une phalange prestigieuse reconnue comme une des meilleures du monde, un chef emblŽmatique et trs mŽdiatique qui, au jeu des chaises musicales, vient dÕhŽriter du fauteuil de directeur musical du Boston Symphony Orchestra et du Gewandhaus de Leipzig, pour obtenir un concert dÕexceptionÉBeaucoup le pensait, beaucoup sont repartis dŽus tant la prestation musicale ne rŽpondit pas aux espoirs escomptŽs ! Un programme, avouons-le, sans originalitŽ, un peu bizarre mme dans sa conception, peut-tre justifiŽ par la filiation quÕentretiennent les hŽros wagnŽriens, probablement plus par les affinitŽs connues dÕAndris Nelsons pour les deux compositeurs Wagner et Strauss. Le PrŽlude de Lohengrin  (1850), le PrŽlude de Parsifal et lÕEnchantement du Vendredi Saint (1882) de Richard Wagner en premire partie, suivis de deux pomes symphoniques de Richard Strauss, Mort et Transfiguration (1890) et Till lÕespigle (1895). Rien de bien nouveau sous le plafond de la Philharmonie de ParisÉ Les pomes symphoniques de Strauss ayant ŽtŽ donnŽs, il y a quelques mois, dans leur intŽgralitŽ, et avec quelle Žloquence, par Riccardo Chailly et le Gewandhaus Leipzig. LÕattente Žtait donc assez forte, surtout liŽe ˆ la personnalitŽ du chef letton ˆ qui lÕon doit, force est de le reconnaitre, quelques grands moments de musique et quelques notoires Žmotions, ces dernires annŽes. Si le PrŽlude de Lohengrin a pu faire illusion les premires minutes avec une entame diaphane des premiers violons rapidement suivie dÕune belle plŽnitude sonore, conduite avec un art consommŽ des nuances  par un Andris Nelsons ˆ la gestique atypique, arachnŽenne et, semble-t-il, peu prŽcise ˆ en juger par les nombreux dŽcalages et les difficultŽs de lÕorchestre ˆ suivre sa direction, les dŽcalages devinrent particulirement flagrants dans le PrŽlude de Parsifal et lÕEnchantement de Vendredi Saint qui nous plongrent assez rapidement dans un ennui tenace, entretenu par un tempo trop lent, par lÕabsence de chair et de ferveur, majorant dÕautant le caractre extrmement maniŽrŽ de la direction. Une lecture qui ˆ force de se vouloir savante et de rechercher la transparence en arrive ˆ paraitre totalement dŽcharnŽe, rŽduite ˆ une esthŽtique du vide. AssurŽment plus rŽussie, la deuxime partie nous donna ˆ entendre Mort et transfiguration, dans un discours trs narratif alliant puissance et clartŽ et un Till lÕespigle jubilatoire. Deux occasions de faire valoir les qualitŽs instrumentales des musiciens du Concertgebouw qui nous sembla enfin retrouver un peu de son lustre lŽgendaire, des cordes magnifiques, une petite harmonie toute en rondeur, des cuivres rutilants. En bis, Wagner toujours, avec le PrŽlude de lÕacte III de Lohengrin, une belle faon de refermer le boucle et de conclure ce concert qui ne restera pas dans les mŽmoires.

 

Patrice Imbaud.

                                                                                                                            

 

Martha & Friends ˆ la Philharmonie de Paris

 


Martha Argerich ©Adriano Heitman

 

Une belle soirŽe que cette soirŽe donnŽe ˆ la Philharmonie de Paris o la cŽlbre pianiste argentine, Martha Argerich, entourŽe de sa fille Annie Dutoit comme rŽcitante, recevait nombre de ses amis pour un magnifique concert. Un programme trs original, des invitŽs prestigieux et le charisme de Martha expliquant sžrement lÕaffluence du public venu trs nombreux. La pianiste lŽgendaire retrouvait ds lÕouverture son complice Stephen Kovacevich dans le PrŽlude ˆ lÕaprs midi dÕun faune, dans un arrangement pour deux pianos Žcrit par Debussy lui-mme, pice quÕelle avait dŽjˆ donnŽe ˆ Montreux avec Michel BŽroff il y a 31 ans ! Une Ļuvre surprenante, qui inspirera sans doute Ravel plus tard, o lÕon retrouve assurŽment les ruissellements, la dŽlicatesse et lՎlŽgance du grand Claude. Stephen Kovacevich resta ensuite seul sur scne pour interprŽter de faon magistrale, poŽtique et douloureuse la Mazurka n” 13 en la mineur op. 17 n” 4 de FrŽdŽric Chopin. Une Mazurka, o Chopin dans une confidence intime exprime toute la douleur de lÕexil, que le pianiste amŽricain joua avec un toucher dÕune dŽlicatesse infinie, refusant tout pathos pour aborder ˆ lՎmotion pure. Les Six Etudes en forme de canon de Robert Schumann, transcrite par Debussy pour deux pianos, rappelaient la vŽnŽration de Schumann pour J.S Bach, mlant dans un syncrŽtisme parfait, sous les doigts de Lilya Zilberstein et Akane Sakai, lՎlŽvation cŽleste du Cantor et les tourments romantiques de Schumann. Le Trio pour piano et cordes n” 2 de Chostakovitch (Martha Argerich au piano, Renaud Capuon au violon et Edgar Moreau au violoncelle) concluait en beautŽ cette premire parie sur une allŽgorie du temps, suspendu dans le premier mouvement, fracassŽ dans le second, ŽlŽgiaque dans le troisime, obsŽdant et macabre dans le dernier. Aprs la pause, La Valse de Ravel, dans sa version pour deux pianos, permettait ˆ Gvantsa et Khatia Buniatishvili de faire montre de leur incroyable virtuositŽ dans cette apothŽose de la valse viennoise o se conjuguent tournoiement fantastique et issue fatale, le compositeur franais masquant, ici, sous la pudeur dÕun grand art, les sentiments tragiques ressentis ˆ la fin de la Grande Guerre. Rarement donnŽe, la Sonate pour violoncelle et piano de Szymon Laks (1901-1983), interprŽtŽe par Edgar Moreau et Akane Sakai, fut une dŽcouverte pour beaucoup. Son Žtonnant troisime mouvement, Presto, par son rythme envožtant prŽfigure lÕexpŽrience minimaliste que Steve Reich dŽveloppera quelques annŽes plus tard. Enfin, au terme dÕune longue soirŽe, Martha Argerich entourŽe de Nicolas Angelich et de Jean Claude Gengembre et Camille BaslŽ aux percussions, retrouvait la Sonate pour deux pianos et percussions de BŽla Bart—k comme une vieille connaissance puisquÕelle en a enregistrŽ la version de rŽfŽrence avec Stephen Kovacevich il y a plus de quarante ans ! Une Ļuvre complexe rŽussissant la difficile synthse entre un piano percussif et la richesse timbrique des percussions, visant avant tout chose une homogŽnŽitŽ sonore dont lÕinterprŽtation enthousiasmante fit lever la salle. Un magnifique concert et un triomphe bien mŽritŽ pour la grande dame du piano.

 

Patrice Imbaud.

 

Le Concert de la Loge : un concert lumineux

 


Le Palais des Tuileries / DR

 

L'auditorium du Louvre avait du mal ˆ contenir la foule accourue entendre l'ensemble Le Concert de la Loge et Sandrine Piau. Mais avant toute recension de ce beau concert, il convient de dŽnoncer la situation grotesque dans laquelle Julien Chauvin et ses musiciens se trouvent : interdiction d'utiliser le mot Olympique car c'est le ComitŽ National Sportif qui se le rŽserve soit disant de droit. On croit rver sachant que le titre exact de l'ensemble que fait revivre Julien Chauvin est bien Le Concert de la Loge Olympique, dont l'origine remonte ˆ 1782 !

 

Et justement l'Žvocation du passŽ Žtait bien prŽsente lors de cette soirŽe car ce n'est qu'ˆ quelques mtres plus loin que deux sicles plus t™t la symphonie n”83 dite Ē La Poule Č de Joseph Haydn fut donnŽe. En effet les concerts de la Loge Olympique ˆ l'Žpoque Žtaient donnŽs dans la salle des Cent-Suisses du Palais des Tuileries. Julien Chauvin et ses comparses abordent les deux premiers mouvements avec Žnergie. Ds les premires mesures on admire l'excellence des instrumentistes ˆ commencer par la hautbo•ste Emma Black dans sa brve intervention au dŽbut du premier mouvement. Mais ce qui frappe d'emblŽe, c'est l'engagement de tous les instrumentistes qui ne cessera ˆ aucun moment durant tout le concert. Dans le second mouvement, Julien Chauvin insiste sur la violence des contrastes peut-tre un peu trop, d'autant plus que l'auditorium offre une acoustique plut™t sche. Vient ensuite un extrait de l'opŽra de Guiseppe Sarti Didone abbandonata. Sandrine Piau conduit son air ˆ la tonalitŽ tragique (Ē Io d'amore, oh Dio ! Mi moro Č/ Je meurs d'amour, ™ Dieux!) avec l'Žmotion qui s'impose aidŽe en cela par une voix parfaitement ductile avec des changements de couleurs expressifs. Plus tard, dans un air de Jean ChrŽtien Bach, elle donnera un tout autre aspect de son grand talent.

 

Suit une brve symphonie qui fut pour beaucoup une rŽvŽlation. Elle est de Marie-Alexandre GuŽnin. ComposŽe en 1777,  en rŽ mineur elle porte le numŽro d'opus 4 n”3. L'Žnergie qu'insuffle ˆ son orchestre Julien Chauvin y est totalement justifiŽe : un premier mouvement plein de couleurs, un deuxime o la musique avance avec dŽtermination et un troisime particulirement brillant. Marie-Alexandre GuŽnin (1744-1835) mŽrite d'tre sorti de l'ombre. Il fut conseillŽ sans doute par Gossec ˆ qui il dŽdicace ses premiers trios. Violoniste parmi les plus douŽs de sa gŽnŽration, il a reu l'influence de l'ƒcole de Mannheim de Johann Stamitz et a pu du reste jouer avec les deux fils de ce dernier, Karl et Anton. Sa notoriŽtŽ Žtait telle que le premier mouvement de sa symphonie opus 4 a ŽtŽ donnŽ ˆ l'occasion de la rŽception de Voltaire en maonnerie, en prŽsence de Benjamin Franklin.

 

Le plaisir de jouer des musiciens du Concert de la Loge se confirme dans l'accompagnement qu'ils font de l'extrait de la sŽrŽnade en deux actes L'Endimione de Jean ChrŽtien Bach chantŽ en musicienne virtuose par Sandrine Piau. Cet air Ē Semplicetto, ancor non sai Č(jeune simple d'esprit) est aussi l'occasion d'entendre la merveilleuse flžte de Tami Krausz qui s'entrelace avec la voix aŽrienne de la cantatrice. Ce fut un moment qu'il faut bien qualifier de magique. Le concert se terminait par les deux derniers mouvements de la symphonie de Haydn dont le troisime mouvement trs rythmŽ donne de nouveau ˆ la flžte l'occasion de se distinguer. Le quatrime mouvement est rendu avec une Žnergie irrŽsistible qui peut-tre aurait pu tre plus nuancŽe. C'est sans doute le seul reproche que l'on peut faire ˆ cet ensemble : une couleur vive qui laisse sans repos. Mais on admirera la mise au point parfaite de toutes les Ļuvres prŽsentŽes, le concert se terminant en apothŽose par le bis qui rŽunit tous les protagonistes dans l'air de Suzanne du quatrime acte des Noces de Figaro Ē Deh vieni, non tardar Č. Une belle soirŽe toute en lumire.

 

Gilles Ribardire.

 

 

CrŽation de L'Ombre de Venceslao, opŽra de Martin Matalon

 

Martin MATALON : L'ombre de Venceslao. OpŽra en 2 actes et 32 scnes. Livret de Jorge Lavelli d'aprs la pice Žponyme de Copi. Thibaut Desplantes, Ziad Nehme, Estelle Poscio, Sarah Laulan, Mathieu Gardon. Jorge Rodriguez, danseur de tango, Germain Nayl, acteur, Isma‘l Ruggiero, mime, David Maisse, voix enregistrŽe. Anthony Millet, Max Bonnay, Victor Villena, Guillaume Hodeau, bandonŽonistes. Paul Henri Nivet, Benjamin Leblay, Stefano Amori, Yann Sylvere Le Gall, Les Serviteurs de scne. IngŽnieur du son / Grame, Max Bruckert. Orchestre Symphonique de Bretagne, dir. Ernest Martinez Izquierdo. Mise en scne : Jorge Lavelli.

 


Martin Matalon & Jorge Lavelli / DR

 

Favoriser l'insertion en milieu professionnel de jeunes artistes lyriques et faire tourner un spectacle dans onze maisons d'opŽra et pour une quarantaine de reprŽsentations, c'est ce ˆ quoi s'engage le Centre Franais de Promotion Lyrique (CFPL) s'agissant de L'ombre de Venceslao, l'opŽra du compositeur argentin Martin Matalon. DonnŽ en crŽation mondiale ˆ Rennes. le spectacle va voyager sur les scnes de Bordeaux, Marseille, Avignon, Toulouse, Montpellier... jusqu'ˆ Buenos Aires et Santiago du Chili!

 

L'Ombre de Venceslao, le second opŽra de Matalon, est une adaptation de la pice Žponyme de Copi que rŽalise Jorge Lavelli, l'‰me frre de l'Žcrivain argentin. Le livret nous plonge dans l'histoire de l'Argentine des annŽes 50, en proie ˆ la dictature de Per—n et aux coups d'Žtat militaires qui ruinent la situation Žconomique du pays. Avec son chapeau et son poncho, Venceslao incarne le gaucho, paysan ŽlevŽ ˆ la dure (Ē J'irai pieds nus Č scande-t-il), au parler gras et aux pulsions viscŽrales, qui fuit la sociŽtŽ et tente de retrouver ses origines au contact de la nature. Contraint ˆ l'errance et au voyage, en lutte perpŽtuelle avec les ŽlŽments Š la pluie torrentielle semble la mŽtaphore des calamitŽs de son pays - il entraine les siens vers le Nord, sa maitresse Mechita, le vieux Largui et le perroquet, tout ˆ la fois sa mŽmoire et son confident. Le singe (r™le mimŽ) qui vient grossir les rangs ˆ Iguazœ semble incarner cet Žtat sauvage que Venceslao appelle de ses vĻux. China et Rogelio, ses deux enfants rŽunis par un mariage incestueux, regardent au contraire vers les lumires de la ville, passant par le meurtre et toutes les compromissions pour arriver ˆ leurs fins. China va tuer sa mre, son bŽbŽ et mme son mari, avant de succomber sous les rafales de la milice! Venceslao quant ˆ lui n'ira pas au-delˆ des chutes d'Iguazœ. Il a ŽpuisŽ ses propres forces et celles de son compagnon de route, son double, le cheval Gueule de rat. La mort, annoncŽe par les cartes de Mechita, reste sa seule issue (il se pend) mais son ombre ne cessera de hanter la mŽmoire des Argentins.

 


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Jorge Lavelli, qui assure Žgalement la mise en scne, fait dŽfiler dans un rythme de plus en plus effrŽnŽ les 32 scnes du livret qui croisent les destins respectifs des deux gŽnŽrations. A la faveur de courts interludes orchestraux, il renouvle pour chacune d'elles l'espace et le dŽcor, souvent pittoresque : telle cette corde tendue qui coupe la scne et o schent les draps blancs derrire lesquels Venceslao, trs expansif, honore sa ma”tresse Mechita.

 

Ē Chantant dans son arbre gŽnŽalogique Č, Martin Matalon quant ˆ lui Žlabore une matire sonore foisonnante et colorŽe, intŽgrant ˆ l'orchestre un accordŽon, une partie de percussions trs en relief Š le dŽferlement des peaux est impressionnant - et les ressorts de l'Žlectronique qui sollicite la technique Grame. Superbe et tellurique, l'ouverture plante un dŽcor d'orage et de dŽluge mlŽ au bruit des roues de la charrette de Venceslao. C'est le chaos de l'Argentine et la route de l'exode qui rŽsonnent ici avant le dŽbut du drame. Dans la fosse, les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Bretagne sont exemplaires sous la direction investie d'Ernest Martinez Izquierdo. Le rythme de tango et les chansons de Tita Merello Š l'Edith Piaf de la Pampa Š diffusŽes par la radio sont associŽs au personnage de China et fibrent de manire presque obsessionnelle le parcours dramaturgique. Entre les deux actes, l'interlude des quatre bandonŽons (Anthony Millet, Max Bonnay, Victor Villena et Guillaume Hodeau) aussi Žtrange que fascinant, confre d'ailleurs ˆ la danse lascive un r™le beaucoup plus que divertissant.

 


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Sur le plateau, le texte parlŽ et la voix chantŽe se relaient dans un mouvement trs fluide, juxtaposant constamment le dŽbit de la parole et le temps plus ŽtirŽ de la musique. Matalon double souvent la ligne de chant par un instrument soliste, une manire subtile de relier la fosse et le plateau, ou cale la voix sur le rythme de la danse, comme dans la trs belle scne 8 de l'Acte I entre Venceslao et sa fille China. Cette dernire est magnifiquement dŽfendue par la pŽtillante colorature suisse Estelle Poscio, qui est aussi la partenaire zŽlŽe et trs dŽvtue du danseur Coco Pellegrini dans le Tango du deuxime acte. Si la voix du baryton Thibaut Desplantes/Venceslao est un rien monolithique, l'envergure scŽnique et la rusticitŽ qu'il donne au personnage impressionnent. La voix plus lŽgre et un brin p‰lotte du baryton franais Mathieu Gardon colle au personnage du vieux Largui, l'amoureux transi de Mechita ruinŽ  par la crise Žconomique et les inondations, qui peine ˆ choisir son camp et passe son temps ˆ dormir. Le tŽnor de Ziad Nehme/Rogelio est clair et joliment timbrŽ quoiqu'un peu tendu. RŽvŽlation de la soirŽe, la mezzo-soprano Sarah Laulan incarne une Mechita au caractre bien trempŽ, avec une vraie dimension dramatique et une voix chaleureuse au mŽdium charnu. On n'oublie pas la voix lŽgrement traitŽe et enregistrŽe du perroquet/David Maisse, le personnage bouffe qui dŽclenche systŽmatiquement le rire du public. Dans la scne clŽ du drame (Acte II scne 28), Venceslao lui confie le rŽcit de son enfance en Uruguay, de sa mre ŽgorgŽe par la milice, de sa fuite sur un poulain... L'ombre de Venceslao, c'est un peu l'histoire de Copi.

 

Michle Tosi.

 

L'orchestre Les Passions, 30 ans !


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L'orchestre Les Passions-Orchestre baroque de Montauban sous la direction de Jean-Marc Andrieu fte ses trente ans dÕexistence ! A cette occasion aprs un concert de crŽation au Festival de Radio France et Montpellier au mois de juillet, puis un concert anniversaire ˆ Montauban, cÕest ˆ la CathŽdrale Saint-Etienne de Toulouse, le 6 octobre, quÕil a interprŽtŽ le Ē Requiem Č (1705) de Jean Gilles, puis le Ē Magnificat Č (1741) et Ē In Exitu Isra‘l Č (1749) dÕAntoineŠEsprit Blanchard. Ces deux compositeurs ont ŽtŽ Ma”tres de Chapelle de cette CathŽdrale. Pendant tout un week-end plusieurs rendez-vous ont eu lieu ˆ Toulouse, placŽ sous la prŽsidence dÕhonneur du musicologue Gilles Gantagrel (expositions, colloquesÉ) et en prŽsence de la musicologue Bernadette Lespinard, grande spŽcialiste de Blanchard. 

 

Jean-Marc Andrieu est trs attachŽ au baroque mŽridional et infatigable, cherche ˆ dŽnicher des Ļuvres peu ou pas connues. Jean Gilles, nŽ ˆ Tarascon en 1668, sÕarrta dans la ville rose o il succŽda ˆ Campra, Ma”tre de Chapelle de la CathŽdrale Saint-Etienne. Il y mourut en 1705, ˆ 37 ans. Son Requiem, Žcrit pour une personnalitŽ de Toulouse qui refusa de payer lÕĻuvre, fžt jouŽ ˆ ses propres funŽrailles, dirigŽ par Campra, comme ˆ celles de Rameau et de Louis XV. La version que propose Jean-Marc Andrieu est celle qui se rapproche le plus possible de lÕoriginal. Elle Žtait interprŽtŽe par le ChĻur de Chambre Les ElŽments sous la direction de Jo‘l Suhubiette, et Anne Magou‘t et CŽcile Dibon-Lafarge, dessus, Franois-Nicolas Geslot, haute-contre, Bruno Boterf, taille, Alain Buet, basse-taille. La CathŽdrale Žtait pleine et le succs au rendez-vous. Mais le clou de la soirŽe aura ŽtŽ les deux Ļuvres dÕAntoine-Esprit Blanchard : le Ē Magnificat Č et Ē In Exitu Isar‘l ; une grande premire pour beaucoup dÕauditeurs. LÕhistoire peut para”tre injuste, car ce compositeur a ĻuvrŽ pendant trente ans ˆ Versailles et il est lÕun des derniers reprŽsentants du genre du Grand motet dans la grande tradition de la musique instaurŽe par Louis XIV. Il est passŽ ˆ la case oubli ! Ses pices sont empreintes de faste, de thŽ‰tralitŽ. Ē In Exitu Isra‘l Č est une musique descriptive, forte (le tremblement de terre, Mo•se frappe au rocher, le dernier chĻurÉ). LՎquipe vocale, le chĻur Ē Les ElŽments Č, habituŽs ˆ ce type de rŽpertoire, ont enthousiasmŽ lÕauditoire. Les Passions est un orchestre engagŽ, homogne, trs bien ŽquilibrŽ, et la direction de Jean-Marc Andrieu prŽcise et dÕune grande Žnergie fait merveille. Le magnifique timbre dÕAnne Magou‘t est parfait pour ce style de rŽpertoire ainsi que celui de Bruno Boterf, un ancien de l'Ensemble ClŽment Janequin. On peut regretter que Franois-Nicolas Geslot, indisposŽ, nÕait pas pu offrir son beau chant de haute contre que lÕon peut entendre dans ses disques. Alain Buet Žtait tout ˆ fait correct dans ses interventions sans convaincre totalement. Mais ces petits dŽtails ne sont rien face ˆ la rŽussite de cet anniversaire. Il est plus que dommage que cette formation soit absente des grandes manifestations nationales comme les JournŽes ˆ Versailles, Saintes ou dans dÕautres festivals o sont reus des ensembles de qualitŽ bien moindre face ˆ lÕexcellence de cet orchestre et au travail que fait Jean-Marc Andrieu. On fŽlicitera aussi le travail efficace de Catherine Kauffmann-Saint-Martin pour promouvoir Les Passions.

 

Un trs bel album a ŽtŽ ŽditŽ chez Ligia avec trois Motets ˆ grand chĻur dÕAntoine-Esprit Blanchard : Magnificat, De profundis, In exit Israel.

 


 

StŽphane Loison.

 

Le festival Toulouse Les Orgues

 

Le festival international Toulouse les Orgues, crŽŽ en 1996 par Michel Bouvard et Jan-Willem Jansen, en hommage ˆ Xavier Darasse, a cŽlŽbrŽ son 20me anniversaire du 5 au 16 octobre 2016. Depuis sa crŽation, 780 concerts ont ŽtŽ organisŽs et plus de 200 000 spectateurs sont venus Žcouter de lÕorgue ! La ville possde une trentaine dÕorgues dont certains sont classŽs monuments historiques. Cette annŽe le cross over sÕest fait entendre, Ē LÕorgue, qui fait dialoguer les cultures Č, comme le proclame le thme choisi pour cette Ždition. Partenaire des trente ans des Passions Š le concert dÕouverture du TLO - nous avons pu assister ˆ quelques concerts Žtonnants.


Ē Rock The Organ Č / DR

 

A l'ƒglise Notre-dame de la Dalbade, Yves Rechsteiner ˆ lÕorgue, accompagnŽ par FrŽdŽric Maurin, ˆ la guitare Žlectrique, et Henri-Charles Cageta aux percussions, a organisŽ une soirŽe ŅRock The OrganÓ, crŽation de rock progressif pour orgue, percussions et guitare Žlectrique. Cet impressionnant organiste a jouŽ des adaptations dÕĻuvres de Frank Zappa, Pink Floyd, Emerson Lake et Palmer, Pat Metheney, King Crimson. Et une crŽation de Gavin Bryars, prŽsent au concert, compositeur de musique dÕaujourdÕhui dans la mouvance minimaliste que de nombreux quatuors apprŽcient. Dans lÕesprit cross over un autre concert tout aussi Žtonnant, au Couvent des Jacobins, intitulŽ Ē les deux Andalousies Č, mŽlangeait musique et chant dÕOrient et dÕOccident. Ces musiques mŽdiŽvales Žtaient accompagnŽes ˆ lÕorgue positif jouŽ par Thilo Muster, sur une conception de Marc Loopuyt. Il a interprŽtŽ, accompagnŽ par deux chanteurs et un joueur de oud, des Buleria Mora, Sevillana, Fandango, Coletillas, une suite arabo-andalouse et une sonate de Scarlatti ˆ la guitare accompagnŽe par lÕorgue, qui montrait les influences arabo-andalouse sur les compositions de ce musicien. Ces concerts dans toute la ville et les environs sont extrmement prisŽs et dÕune qualitŽ musicale exceptionnelle. Pendant ces dix jours de nombreux et talentueux organistes se sont succŽdŽs avec des programmes trs Žclectiques, de Bach ˆ Jehan Alain en passant par Ravel, Elgar, Liszt, et des Ļuvres du XVII Žme sicle.


MenŽe avec brio, esprit et humour, par Yves Rechsteiner lui-mme, la prŽsentation, presque exhaustive, du programme musical ne peut quÕaiguiser lÕappŽtit musical de lÕassistance venue nombreuse dŽcouvrir la quarantaine de manifestations programmŽes dans lÕesprit du thme choisi cette annŽe. Comme le souligne le directeur artistique : Ē Toulouse les Orgues fte un grand ŽvŽnement, il a vingt ans ! Vingt ans, nÕest-ce pas le plus bel ‰ge pour courir le monde, sÕouvrir aux autres et rver dÕavenir ? Deux lignes principales guident cette Ždition anniversaire. DÕune part, lÕorgue part ˆ la rencontre des cultures du monde, dÕautre part de jeunes interprtes vont se lancer dans des virages audacieux pour imaginer lÕavenir du concert dÕorgue. Et nous faisons le pari que les deux lignes se croiseront Č. Tous les styles, tous les thmes liŽs ˆ lÕorgue auront donc ŽtŽ reprŽsentŽs tout au long des deux semaines eu festival. Comme lÕimprovisation et les musiques des XXme et XXIme sicles auront ŽtŽ explorŽes avec imagination dans tous les domaines, du rock, au cinŽma (CinŽ-concert Le Tigre vert). Le dialogue des cultures, particulirement cŽlŽbrŽ, aura vu cohabiter lÕEspagne, les Balkans et lÕOrient mythique.

 

StŽphane Loison.  

Jean Muller, un pianiste d'envergure


©Marlene Soares

Jean Muller est un jeune pianiste Luxembourgeois bardŽ de nombreux prix. Il a une technique ˆ toute Žpreuve, impressionnante mme. Son rŽcital ˆ la salle Cortot Žtait Žclectique et il a jouŽ Brahms, Ligeti en passant par Prokofiev avec une Žgale assurance, peut-tre avec la mme intensitŽ et manque de nuances. Dans la magnifique salle Cortot, la pŽdale ˆ tout va mise dans la sonate op. 1 N” 1 de Brahms empchait la musique de respirer. Ses interprŽtations de Ligeti, Ē Arc-en-ciel Č - Ē Escalier du diable Č, et de Barcarolle n”3 de Boumans Žtaient exemplaires, vertigineuses. La Sonate N” 6 de Prokofiev nÕest pas une Ļuvre de grande envergure. CÕest Sviatoslav Richter qui lÕa crŽŽe en 1940. Jean Muller a une approche simple et directe, et la pice ne demande pas de grandes rŽflexions. En bis, un prŽlude de Rachmaninov nous a fait dŽcouvrir un pianiste de haute envergure ˆ dŽcouvrir absolument.

Un disque vient d'tre ŽditŽ chez Soupir Š Music LX n”5242 - qui correspond en tous points au rŽcital. Un bel album et dÕune belle diversitŽ musicale.

Il faut dŽcouvrir la 20me saison Autour du Piano 2016-2017, avec des concerts ˆ la salle Cortot, ˆ la Fondation Dosne-Thiers, ˆ la salle Gaveau et au MusŽe Jacquemart-AndrŽ : www.autourdupiano.fr

 

StŽphane Loison.

 

La Hongrie et la Pologne ˆ l'honneur

 


Rafael Payare / DR

 

Le public relativement peu nombreux du grand auditorium de la Maison de la Radio a eu le plaisir assez rare d'Žcouter un concert unique tant par sa programmation que la qualitŽ de ses interprtes. Un concert qui sortait des sentiers battus en rassemblant les Ļuvres de quatre compositeurs hongrois et polonais, Zolt‡n Kod‡ly, BŽla Bart—k, Krzysztof Penderecki et Witold Lustoslawski. Programme exigeant et ŽquilibrŽ puisque les deux pices trs intŽriorisŽes du milieu Žtaient encadrŽes d'ouvrages beaucoup plus extravertis. Quant ˆ l'orchestre philharmonique de Radio France, il Žtait menŽ ˆ la baguette, dans tous les sens du terme, par Rafael Payare, chef aussi exigeant que prŽcis. Les Danses de Gal‡nta doivent leur nom ˆ une bourgade aujourd'hui slovaque, o, enfant, Kod‡ly entendit avec ravissement un orchestre tsigane. L'Ļuvre, crŽŽe en 1933, reprend d'ailleurs le principe du verbunkos, danse traditionnelle de recrutement militaire qui fait alterner les moments vifs et les passages lents. C'est une musique vibrante et euphorique, dans laquelle le compositeur se montre magnifique orchestrateur et fin coloriste, plut™t que grand mŽlodiste, tirant toutes les ressources de l'orchestre, lequel est en perpŽtuel dialogue avec des instruments solistes Š clarinette, hautbois, flžte, piccolo... Il y a quelque chose d'irrŽsistible dans cette Ļuvre narrative au style imitatif, qui suscite des images de rŽjouissances paysannes sur l'aire ˆ battre aprs la moisson ou celles de chevaux courant dans la puszta. Tout le talent du chef se mesure ˆ la manire dont il communique ses intentions ˆ l'ensembleÉ qui le lui rend bien !

 

Kod‡ly, c'est un talent immense, mais Bart—k, c'est le gŽnie ! Le premier est national, le second, universel. Il y a entre ces deux musiciens, absolus contemporains et amis, tous les deux pionniers dans le domaine de l'ethnomusicologie, une diffŽrence d'ordre, comme dirait Pascal. La sŽduction immŽdiate d'une musique joyeuse qui emporte, mais qui s'Žcouterait parfois un peu chanter et serait tellement consciente dՐtre hongroise, laissait donc place ˆ l'‰pretŽ du chef-d'Ļuvre qu'est le Concerto pour violon et orchestre n”2, achevŽ en 1938. D'emblŽe, cette musique nous transporte sur une autre plante... que la Hongrie natale si chre au compositeur ! Et nous sommes aussit™t portŽs sur les ailes d'un violoniste qui s'empare avec une aisance confondante du premier thme, ample, libre, autoritaire et trs lyrique ˆ la fois. Le jeu de Valeriy Sokolov fait entendre TOUTES les notes, sans aucun accroc ni affolement. Et cette virtuositŽ extrme ne nuit jamais ˆ la musicalitŽ : tout est ŽquilibrŽ et nuancŽ, sonne juste. L'auditeur est saisi, littŽralement happŽ par l'Žvidence de ce qui est en train de se produire devant lui : un homme lui redonne une musique terriblement exigeante, tour ˆ tour Žruptive, incroyablement douce, inquite, trouble et mŽlodieuse, avec l'assurance impressionnante d'un funambule marchant, courant ou sautillant sur sa corde. L'orchestre n'est pas en reste, qui restitue parfaitement le miracle d'un Žquilibre, manifeste dans cette Žcriture, entre des climats envožtants et un emportement rhapsodique parfois dŽroutant, entre Žgalement le souci du dŽtail et celui de la grande forme. Valeriy Sokolov est aussi un musicien gŽnŽreux, qui, en bis, gratifia son public du Recitativo und Scherzo-Caprice de Fritz Kreisler, ˆ la fois expressif et intime, ŽlŽgant et ˆ la sonoritŽ chatoyante. Le silence gŽnŽral se densifia autour du soliste, dont chaque inflexion remplissait la grande salle. Le public aura sans doute notŽ lÕadmiration que portaient les autres musiciens, en particulier les violonistes, ˆ celui quÕils semblaient regarder comme un dieu vivant.

 

Aprs l'entracte, place ˆ un effectif plus rŽduit pour la trs belle Sinfonietta per archi (1992) de Penderecki, transcription du Trio pour cordes Žcrit un an auparavant. BasŽe sur le principe de construction des concerti grossi, cette pice courte (une douzaine de minutes) fait dialoguer les instruments, soit par pupitres, soit par opposition entre le concertino (les solistes) et le ripieno (les autres cordes), jouant ainsi sur l'espace, ce qui est ˆ la fois Žtonnant et absolument charmant dans cette partition trs intŽrieure privilŽgiant le registre mŽdium. D'ailleurs, ceux qui aiment le son de l'alto ont ŽtŽ ˆ la fte. La quatrime et dernire Ļuvre au programme, le Concerto pour orchestre de Lustoslawski (1950-1954) veut aussi cŽlŽbrer les noces du folklore et de la musique savante. Cela commence au pupitre des violoncelles, soutenus par la frappe rŽgulire de la timbale, dans un climat quÕon pourrait qualifier dÕinquiŽtant : un thme nerveux qui petit ˆ petit contamine tout lÕorchestre et mle la rudesse populaire de plus en plus cuivrŽe ˆ une sorte de lŽgŽretŽ volatile. ‚ˆ et lˆ, on reconna”t le Sacre du printemps (martlement des percussions, dramaturgie de lÕensemble) et le Concerto pour orchestre de Bart—k (par exemple cuivres jouant ensemble un petit thme). Cette Žcriture virtuose et enlevŽe atomise de plus en plus les timbres et lÕensemble finit par ressembler ˆ une course effrŽnŽe. Contrairement au Concerto de Bart—k, nous restons, ici, ˆ la surface dÕune musiqueÉ brillante justement, dont la vitalitŽ le dispute au pittoresque. MenŽ par le vibrant Rafael Payare, le Ē Philhar Č a parfaitement honorŽ une musique dont lÕun des mŽrites est de mettre en valeur tous les pupitres.

 

Patrick JŽzŽquel.

           

 

LÕintŽgrale de Ravel par Bertrand Chamayou

 

Un rŽcital quÕil ne fallait pas manquer ˆ ChambŽry! Celui de lÕintŽgrale Ravel de Bertrand ChamayouÉ Et le public ne sÕy est pas trompŽ. CÕest un thŽ‰tre Charles Dullin comble qui a accueilli, dans le cadre du Bel-Air clavier festival - quÕil dirige, Bertrand Chamayou et son intŽgrale Ravel. EnregistrŽe par ses soins lÕan dernier, elle fut lÕobjet dÕun concert mŽmorable en janvier au ThŽ‰tre des Champs-ElysŽes, un mois avant que lÕartiste ne soit couronnŽ par une Victoire de la musique. Que dire de son interprŽtation, ˆ part quÕelle est brillante, prŽcise, sure, intelligente ? Une intelligence qui transpara”t mme dans lÕagencement successif des pices du concert ! Tout en mettant en valeur les nombreuses facettes du compositeur Ē euskado-savoyard Č, lÕinterprŽtation de Bertrand permet au Ē geste Č ravŽlien de sÕaffirmer dans toute sa splendeur. Quant ˆ lÕusage de la pŽdale, quÕil change avec un soin particulier, sans souvent poser le talon (sa taille modeste le permet), il reste un modle pour tous ceux qui la conoivent comme un moyen dÕenrober le son en permanence par lÕajout dÕharmoniques.

 

Une curieuse Ē rencontre de Bel Air Č : Julian Trevelyan

 

Julian vient-il dÕun autre temps ? CÕest la premire impression quÕil donne lorsquÕon a la chance dÕentendre ce trs jeune pianiste et la surprise de le voir saluer son public comme un gentleman du XIXe sicle. RŽcompensŽ en octobre 2015 (ˆ 16 ans) par un second prix au prestigieux Festival Long-Thibaud, ce jeune britannique semble tout droit sorti dÕun monde perdu, un monde de bonnes manires et de contr™le, ce qui sÕexplique sans doute par le c™tŽ Ēself made man Č de ce brillant interprte, qui nÕa, dit-on, jamais frŽquentŽ les conservatoires et les lycŽes ! Les Ļuvres quÕil avait choisi de nous interprŽter (Chaconne de Bach/Busoni, 1re Valse-Caprice de FaurŽ, Gaspard de la nuit de Ravel, les  Douze Notations de Boulez et la trs redoutŽe Sonate op. 111 de Beethoven) en disent long sur sa maturitŽ. Je me demande tout de mme ce quÕil jouera ˆ 50 ans ! Son interprŽtation est trs propre, trs construite, mais jÕavoue ne pas avoir ŽtŽ subjuguŽ : peut-on ˆ 17 ans faire sien lÕopus 111 de Beethoven ? Je ne le crois pas. Et jÕaurais prŽfŽrŽ dŽcouvrir ce jeune homme plein de promesses dans des Ļuvres o pourrait sÕexprimer la fougue de son ‰ge ! Cette sonate de Beethoven, avec ses rubatos peu adaptŽs ˆ la pice, nous rapprochait bien plus curieusement de Nohant que de Vienne ! Et jÕespre quÕil ne mÕen voudra pas si jÕai notŽ une petite faiblesse de la main gauche : cette dernire nÕobtient en effet lÕintensitŽ quÕen abordant le clavier de trs haut, et rarement en lui confiant un poids Žgal ˆ celui de la main droite. QuÕil comprenne le caractre constructif de ma remarque, et se donne la peine de visionner les vidŽos : il verra combien son Žpaule gauche est toujours plus haute que la droite. Non seulement en modifiant cette position, il gagnera en puissance expressive, mais surtout il Žvitera les dŽsagrŽments quÕelle risque de provoquer sur son dos dÕune droiture sans Žgal ! Un jeune homme trs prometteur, donc, qui pourrait devenir un jour une personnalitŽ attachante.

 

LÕouverture du Festival des nuits romantiques ˆ Aix les bains

 

Paganini cassait para”t-il volontairement une ˆ une les cordes de son violon pour montrer sa virtuositŽ. Nemanja Radulovic  sÕest encore un peu rapprochŽ de son modle, vendredi 23 septembre,  en achevant un mouvement de concerto de Bach Ē sur trois cordes Č ! MalgrŽ ce contre-temps (et lÕabnŽgation dÕun violoniste qui lui prta son instrument), le brillant violoniste nous a transmis par son jeu, comme chaque annŽe, son Žnergie et son enthousiasme. Et si la justesse fut un peu moins au rendez-vous, la faon inimitable quÕil a de dialoguer avec un orchestre ne pouvait que sÕexprimer au mieux dans ces Ē concerti grossi Č partagŽs avec lÕensemble double sens quÕil crŽa en 2008.

 

Lˆ o jÕadhre un peu moins, cÕest lorsque Nemanja nous fait du Nigel Kennedy. Pourquoi prendre certaines pices dans un tempo si rapide quÕon entend plus toutes les notes ? QuÕon soit puriste ou pas, on admettra que le style de Bach ne supporte pas le clinquant, le Ē faire valoir Č ˆ tout prix. JÕespre simplement que le directeur artistique du CD - qui nous est annoncŽ - des Ļuvres de Bach chez Deutsche Grammophon par ces artistes, aura su modŽrer leur ardeur, et permettra ˆ tous de jouir de lÕart incommensurable du Cantor de Leipzig, lorsquÕil prenait la peine de sÕatteler ˆ des Ļuvres profanes et virtuoses ! Ce nÕest pas Ē lÕexŽcution Č de la trop cŽlbre Toccata et fugue dans un arrangement digne des plus grands mŽfaits de Stokowski qui mÕa fait rŽagir. Cette partition, lÕune des plus insipides  partitions du ma”tre Š donc la plus connue Š ne mŽrite pas beaucoup plus dՎgards. Mais les concerti sont des perles harmoniques et contrapuntiques qui ne supportent pas la contre-faon.

 

Faut-il vraiment - me direz-vous - tre puriste, lorsquÕon joue devant un public qui nÕa pas encore compris quÕun concerto est en trois mouvements, et quÕon nÕapplaudit pas ˆ la fin du premier ? Je rŽponds oui, lorsquÕon sÕappelle Nemanja, et quÕon a tant ĻuvrŽ, depuis maintenant  plus de dix ans, pour rendre passionnante la musique aux plus nŽophytes. TŽmoins lÕincursion dans le monde populaire de ses bis : du groupe ABBA ˆ la liste de Schindler, en passant par la musique tzigane, de quoi enthousiasmer la salle des congrs dÕAix les bains, et faire oublier la version Ē arrangŽe Č pour violon des Bachianas Basileiras de Villa- Lobos, pour le coup lŽgrement oubliŽ dans cette soirŽe de festival, dont le thme Žtait Ē Villa-Lobos et Bach Č !

 

Le Trio Zadig ˆ Aix

 

Il a vraiment beaucoup de talent, ce tout jeune trio Zadig. Et sÕil est vrai que le trio de Ravel, quÕils ont magistralement interprŽtŽ, Žtait nettement plus en place que celui, trs dŽcevant, de Villa-Lobos (je parle ici de la composition, pas de lÕinterprŽtation !), la soirŽe a ŽtŽ crescendo. Aprs un Rachmaninov trs Žloquent, la pice de Ravel sÕest rŽvŽlŽe Š dŽcidŽment la Savoie sait rendre hommage ˆ son Ē petit-fils Č cette annŽe ! Š dans toute sa complexitŽ et sa valeur. Quant aux bis (Schubert et Haydn) ils nÕont fait que trs brillamment confirmer le professionnalisme et la musicalitŽ de cet ensemble dont on nÕa pas fini de parler.

 

Un concert symphonique dŽcevant

 

Il fallait bien une Ļuvre de dimensions respectables pour honorer lÕartiste que le Festival des Nuits Romantiques avait choisi cette annŽe : Villa-Lobos! Mais jÕavoue que jÕattendais autre chose que ce pensum que constitue sa premire symphonie ! Le public qui pensait se dŽdommager par la Symphonie fantastique en a ŽtŽ pour ses frais. Ryan McAdams, qui dirigeait l'Orchestra Sinfonica Nazionale de la RAI de Turin avait commencŽ ˆ lÕendormir par une pavane pour une infante qui, en effet, Žtait dŽfunte. Tellement dŽfunte que le tempo choisi rendait la pice interminable. La symphonie fantastique, qui ne lÕest vraiment que lorsquÕon lÕalimente sans cesse dÕune Žnergie communicative, avait beaucoup perdu de sa superbe. Quand on se souvient de la Ē pche Č quÕun Berstein pouvait insuffler ˆ cette Ļuvre, on reste stupŽfait de constater combien lÕon peut dŽnaturer ˆ ce point un chef-dÕĻuvre. Non pas que lÕorchestre est mauvais. Loin de lˆ (pas toujours trs ensemble, cÕest vrai). Mais Monsieur McAdams ne cesse de le ralentir par des gestes beaucoup trop grands, qui rŽpriment involontairement tout Žlan.

 

 

Philippe Morant.


LÕEDITION MUSICALE

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FORMATION MUSICALE Š CHĪUR DÕENFANTS

 

Michel LYSIGHT : La complainte des esclaves sur un texte dÕAlain Van Kerckhoven pour chĻur dÕenfants ˆ deux voix, 2 percussionnistes et 2 instruments ou piano. Moyen. Delatour : DLT2502.

Citons simplement la prŽsentation : Ē Les esclaves de cette courte pice humoristique sont bien entendu les jeunes choristes, suppliant leur chef de chĻur de ne plus jamais leur donner ˆ chanter de musique contemporaine. La musique est un clin d'Ļil pastichant les grands classiques, tout en conservant la touche personnelle du compositeur. Č Nous ne prendrons pas partie dans cette querelleÉ La pice est en tout cas bien rŽjouissante et lÕinterprŽtation de cette Ļuvre ne laissera certainement pas le public ni les choristes indiffŽrents.

 

 

 

COMEDIE MUSICALE

 

Claire VAZART : H2O. ComŽdie musicale en 3 actes. Piano chant. Assez facile. Delatour : DLT2635.

On peut se demander si le terme de Ē comŽdie musicale Č est celui qui convient le mieux. Ē TragŽdie musicale Č serait plus exactÉ La qualification de Ē drame lyrique Č quÕon donne ˆ West side story conviendrait certainement encore mieux ˆ cette Ļuvre. Le thme est en effet ˆ la fois Žcologique et politique puis quÕil sÕagit de la rŽsistance ˆ une dictature, celle de la possession de lÕeau. Par ailleurs, cÕest une Ļuvre Ē ouverte Č qui se prte ˆ des adaptations de vidŽo, de danse, ˆ des improvisations thŽ‰trales. Elle est conue pour solistes et chĻur mixte. Il vaut mieux prŽvoir un gros effectif. Le langage musical est variŽ, mais reste cependant assez simple.


 

 

ORGUE

 

Charles BALAYER : Bach chat pour orgue ˆ 4 mains. Moyen. Delatour : DLT2694.

Que voilˆ une pice bien rŽjouissante qui aurait paru autrefois iconoclasteÉ Il sÕagit dÕun thme de forme AABA alternant rythmes latin et swing. Nous ne dŽtaillerons pas ici les diffŽrents emprunts ˆ lÕĻuvre du Cantor. PrŽcisŽs dans la prŽface, ils pourront donner lieu ˆ une recherche profitable pour les interprtes. LÕorgue sonne un peu ici comme un orgue de cinŽma : et cÕest bien agrŽable ! On peut Žcouter lÕintŽgralitŽ de la pice sur le site de lՎditeur et sur YouTube.  

 

 

 

Serge OLLIVE : Arabesque Op. 38 pour orgue. Niveau intermŽdiaire. Waldhorn Editions (auto-label) : WH-4515167.

Si la pice ne demande que cinq jeux dont quatre fonds de 8Õ, elle ne sera commodŽment jouŽe que sur trois claviers, mme si deux sont possibles. Ondoyante, ondulante, cette Ļuvre porte bien son nom, avec un c™tŽ un peu troublant, comme flottant entre deux eaux. Ce nÕest pas pour rien quÕelle a ŽtŽ Žcrite ˆ Saint MaloÉ Ce qui constitue Žvidemment un compliment. Ajoutons quÕil est possible de lՎcouter en intŽgralitŽ sur le site de lՎditeur ou sur YouTube https://www.youtube.com/watch?v=dHLnnTXh7Ac


 

 

Pascale ROUET : Bien commencerÉ lÕorgue. Vol. 4. RŽpertoire pour les dŽbutants adultes. Delatour : DLT1766.

Nous avons recensŽ en octobre 2015 les trois premiers volumes de cette mŽthode, qui sÕadressaient ˆ des dŽbutants enfants. Cette fois, cÕest aux dŽbutants adultes que lÕauteur sÕadresse. Elle reprend donc la mme mŽthodologie mais adaptŽe ˆ ce public spŽcifique. Abordant tous les styles, elle initie ses Žlves y compris ˆ la musique contemporaine. Figure Žgalement dans ce volume une prŽsentation claire et simple (mais pas simpliste !) de lÕinstrument permettant ˆ lՎlve de ma”triser cette bte multiformeÉ Bref, lÕouvrage, trs pŽdagogique, devrait passionner les Žlves et aider puissamment les professeurs.

 

 

 

Pascale ROUET : Pour continuerÉ lÕorgue. RŽpertoire de pices avec pŽdalier. Volume II. Delatour : DLT1767.

Faisant suite au premier volume recensŽ en octobre 2015, ce deuxime volume contient ˆ la fois des Ē incontournables Č, des transcriptions ainsi que des pices contemporaines Žcrites spŽcialement par Jean-Luc Etienne, Yves Lafargue, Eric Lebrun, Jacques Pichard et Christophe Marchand. Tout cela donne un rŽpertoire aussi variŽ que passionnant.


 

 

PIANO

 

Charles BALAYER : Bach chat pour piano ˆ 4 mains. Moyen. Delatour : DLT2695.

On se rapportera, pour la prŽsentation de lÕĻuvre, ˆ celle de la version pour orgue ˆ quatre mains. Il sÕagit en effet de la mme Ļuvre, non moins revigorante, mais Žcrite, cette fois, pour le piano. Comme pour la version pour orgue, on peut Žcouter lÕintŽgralitŽ de la pice sur le site de lՎditeur et sur YouTube.

 

 

 

GUITARE

 

Stella BENDETOWICZ : Danse somnambule. Pice pour guitare. ElŽmentaire. Lafitan : P.L.3087.

Pourquoi parler dÕune danse somnambule ? Sans doute ˆ cause de son c™tŽ, rveur, immatŽriel et de son rythme. Si lՎcriture est ˆ deux temps, on oscille entre un sentiment de deux temps et de trois temps. Ce mi mineur modulant doucement est vraiment plein de charme. Cette jolie pice devrait avoir beaucoup de succs auprs des Žlves et de leurs auditeurs.


 

 

Hugues CHAFFARDON : La maison des Landes. Pice pour guitare. ElŽmentaire. Lafitan : P.L.3083.

Outre son intŽrt musical, cette pice, prŽsente un dŽbut et une fin o le chant se trouve ˆ la partie infŽrieure. PrŽsentŽ ˆ trois temps et en do mineur, le mme thme se dŽploie ˆ quatre temps ˆ la partie supŽrieure dans la partie mŽdiane qui module pour nous conduire ˆ un retour du thme du dŽbut mais cette fois en do dise mineur. Le titre permettra ˆ lÕinterprte de se constituer des images mentales un peu nostalgiques. CÕest un trs joli morceau.

 

 

 

Jean-Marc FRƒZIGNAC : Couleur orient. Pice pour guitare. ElŽmentaire. Lafitan. P.L.3081.

Il ne sÕagit pas ici dÕune Ē pice de genre Č mais plut™t, comme le laisse entendre le titre, une ambiance, une atmosphre orientale : moins un paysage que des couleurs chatoyantes. MŽlismes, recherches de timbres, cette pice demande un vŽritable interprte ma”trisant parfaitement sa technique pour en tirer toute la richesse musicale.


 

 

Marc BATAģNI : Renaissance italienne. 6 pices pour guitare choisies et revues par Marc Bata•ni. Lemoine : 29 259 H.L.

CÕest ˆ partir dÕun manuscrit pour luth aujourdÕhui disparu mais heureusement copiŽ par un musicologue italien que Marc Ba•tani a rŽalisŽ ses transcriptions. Il ne sÕagit dÕailleurs pas dÕune simple transcription mais dÕune adaptation ˆ la guitare de ces pices fort intŽressantes. Le tout a ŽtŽ fait avec beaucoup de gožt et en respectant le style de lՎpoque. Ces six courts morceaux peuvent trs facilement constituer une suite bien agrŽable pour commencer un concert.

 

 

 

Ignacio CERVANTES : Danzas cubanas pour 2 guitares. Lemoine : 29 260 H.L.

Ignacio Cervantes est un compositeur cubain de la deuxime moitiŽ du XIX” sicle. Il a fait ses Žtudes au Conservatoire de Paris avec Marmontel et Charles Alban. RetournŽ dans son pays, il a renouvelŽ la musique cubaine. Ces danses, Žcrites primitivement pour piano, ont ŽtŽ transcrites pour deux guitares par Marc Bata•ni. Alejo Carpentier nous dit : Ē Les danzas de Cervantes occupent dans la musique de lՔle la place quÕoccupent les danses norvŽgiennes de Grieg ou les danses slaves de Dvorak dans les musiques de leurs pays respectifs Č. CÕest un grand plaisir que de dŽcouvrir ces Ļuvres si peu connues.


 

 

Olivier BENSA : Microfaune. 24 prŽludes dans tous les tons pour guitare. 3me cycle. Lemoine : HL 29246.

Chacun de ces vingt-quatre prŽludes porte un nom dÕinsecte. Le jeu de mot du titre nÕest pas une simple co•ncidence : le Faune est Žgalement un papillonÉ Si chaque tonalitŽ est bien caractŽrisŽe, les accidents de parcours sont fort nombreux. Mais cÕest de bonne guerre dans des Žtudes qui, bien que pŽdagogiques, sont aussi des pices de concert. Ajoutons quÕune description de chaque insecte figure en tte des morceaux et permet ainsi ˆ lÕinterprte de se faire une image mentale de lÕambiance de la pice.

 

 

 

Manuel SAUMELL : 19 Contradanzas pour 2 guitares. Transcription Marc Ba•tani. Lemoine : 29 261 H.L.

Ces pices du plus important compositeur cubain du XIX” sicle, transcrites du piano pour deux guitares, sont tout ˆ fait remarquable dans la mesure o chacune est constituŽe dÕune partie plus influencŽe par la musique occidentale et dÕune autre qui est invariablement crŽole par lÕutilisation des formes rythmiques de la, musique cubaine : habanera, tresillo, cinquillo. LÕensemble, dŽdiŽ au duo Isabelle Chomet Š Bertrand CazŽ, qui ont enregistrŽ ces pices, est tout ˆ fait passionnant.


 

 

VIOLON

 

Gabriel DURLIAT : David et Goliath pour violon et piano. PrŽparatoire. Lafitan : P.L.3084.

DÕabord, il y a la prŽsentation des acteurs. Le thme de David est pŽtillant ˆ souhait. Celui de Goliath est Ē grave et inquiŽtant Č. Quant au face ˆ face, il demandera que les deux interprtes nous fassent participer au combat : les thmes sÕentrechoquent avec violence. Le tout se termine Žvidemment par lÕissue attendue : Ē David lance une pierre, elle vole et assomme Goliath Č. TrŽmolo et glissando du violon nous font vivre la scne en directÉ  La victoire de David sÕexprime dans un rŽ majeur ˆ la fois majestueux et primesautier pour se terminer par un sol Majeur Ē Plus lent et majestueux Č. LÕensemble est plein dÕhumour, trs expressif et devrait plaire autant ˆ lÕinterprte quՈ ses auditeurs.

 

 

 

CŽsar FRANCK : Sonate pour piano et violon, Andantino quietoso op. 6, MŽlancolie pour violon et piano. Urtext. BŠrenreiter : BA9425.

On est vraiment heureux de trouver une Ždition aussi soignŽe de la cŽlŽbrissime sonate ainsi quÕune prŽface Š en franais, puisquÕil sÕagit de musique franaise Š aussi copieuse que dŽtaillŽe de Gudula SchŸtz traduite par Vincent Giroud. Cette Ždition comprend Žgalement un Andantino quietoso publiŽ en 1743, Ļuvre de jeunesse mais qui est trs loin dՐtre sans intŽrt et une MŽlancolie contemporaine de la Sonate qui, bien quՎtant une Ļuvre de circonstance, nÕen est pas moins dÕun intŽrt certain. Bien sžr, les notes critiques en fin de volume sont, elles aussi, trs intŽressantes.


 

 

ALTO

 

Yves BOUILLOT : Chant et danse. Pice en deux mouvements pour alto et piano. Fin de 1er cycle. Lafitan : P.L.2973.

Le Ē Chant Č fait penser ˆ une marche solennelle bien classique mais en fait non dŽpourvue de surprises, par les harmonies qui lÕaccompagnent et par la modulation subite en pizzicati qui la coupe soudain. Quant ˆ la deuxime pice, elle a des allures de danse paysanne ou de danse populaire mais elle non plus nÕest pas sans surprises et comporte notamment quelques hŽmioles. La partie de piano, si elle peut tre jouŽe facilement par un Žlve, le sera plus aisŽment par un pianiste de second cycle. LÕensemble est en tout cas fort plaisant.

 

 

 

CŽsar FRANCK : Sonate arrangŽe pour piano et alto. Urtext. BŠrenreiter : BA10918.

En mme temps que lÕoriginal pour violon, les Žditions BŠrenreiter publient les versions pour alto et violoncelle de cette cŽlbre sonate. On y retrouve la prŽface de lՎdition pour violon ainsi que lÕhistorique de la version pour alto, sur laquelle on sait peu de chose. La partie de piano est identique ˆ celle de lÕoriginal pour violon. LÕarrangement de Douglas Woodfull-Harris sÕinspire trs largement de la transcription pour violoncelle et piano mais, en raison de la tessiture de lÕalto, reste plus proche de lÕoriginal.


 

 

Matthieu STEFANELLI : Praeludium et Organum pour alto solo (ou violoncelle). Difficile. Delatour : DLT2698.

Ce court diptyque est Žcrit primitivement pour alto mais cÕest la version pour violoncelle qui fut crŽŽe la premire le 17 aožt 2014 au Festival des Chapelles de lՔle de Groix. CÕest dÕailleurs lՎcoute de musiques polyphoniques de la Renaissance qui inspira le compositeur. Le Preludium, sur la corde de la, est Žcrit dans cet esprit, ainsi que lÕOrganum. La partition contient les deux versions avec leurs doigtŽs propres.

 

 

 

VIOLONCELLE

 

Tomaso ALBINONI : Adagio et Allegro de la sonate pour violon et basse continue op.6 n”6. Transcription pour violoncelle et piano de Laurent Rannou. PrŽparatoire. Lafitan : P.L.2772.

Si lՎditeur fait para”tre cette pice dans sa collection Ē Musique de chambre Č, cÕest que la partie de piano est destinŽe ˆ tre jouŽe par un pianiste de mme niveau que le violoniste. La transcription est en tout point remarquable car il sÕagit dÕun vŽritable Ē trio Č : le piano joue constamment ˆ deux voix, ce qui rend sa partie particulirement intŽressante. Cette pice constitue donc une remarquable introduction ˆ la musique de chambre.


 

 

FrŽdŽric BORSARELLO : les cahiers du violoncelle. Volume 2. 1 vol. 1 DVD. Sempre pi : SP061.

Comme dans le premier volume, dont nous avons rendu compte en novembre 2014, le DVD contenu dans ce volume constitue une pice ma”tresse de la mŽthode. Explorant toutes les positions, cette mŽthode conduit pas ˆ pas le violoncelliste jusquÕaux techniques les plus avancŽes de son instrument. Il sÕagit donc dÕun outil remarquable au service des Žlves et de leur professeur.

 

 

 

CŽsar FRANCK : Sonate Version violoncelle et piano. MŽlancolie pour violoncelle et piano. Urtext. BŠrenreiter : BA10917.

En mme temps que la version originale pour violon, les Žditions BŠrenreiter publient les versions pour alto et pour violoncelle de lÕĻuvre. SÕy ajoute ici la MŽlancolie pour violon. On lira avec beaucoup de profit les commentaires sur cette version ajoutŽs ˆ la prŽface originelle. Ni lÕune ni lÕautre de ces transcriptions nÕont ŽtŽ effectuŽes par lÕauteur, mais en ce qui concerne la sonate, on sait que Franck connut et approuva la version rŽalisŽe par Jules Delsart et publiŽe ici.


 

 

CONTREBASSE

 

Christophe PICOT : Cnossos pour contrebasse et piano. Fin 2me cycle. Sempre pi : SP0231.

LorsquÕon parle de Cnossos, comment ne pas Žvoquer le MinotaureÉ Cette pice attachante mais rugueuse ne peut manquer dÕy faire penser. LÕensemble est fougueux, tragique et plein de caractre. Aprs une montŽe de la tension, celle-ci se dŽtend pour finir morendo.

 

 

 

FLóTE

 

Romain DUMAS : Du c™tŽ de chezÉ pour flžte et piano. Fin de 1er cycle. Lafitan : P.L.3074.

Il y a deux parties dans cette pice : dÕabord un Ē moderato avec expression Č puis un Ē Allegro staccato Č. La caractŽristique la plus intŽressante de cette Ļuvre est quÕil sÕagit dÕune vŽritable sonate et que le piano ne joue pas le r™le dÕaccompagnateur mais de partenaire. Il y a de nombreux Žchanges entre flžte et piano, des contrechants, bref il sÕagit vraiment de musique de chambre. CÕest donc une pice intŽressante ˆ la fois pour le travail quÕelle permet et pour son charme indŽniable. Quant ˆ son style, il correspond bien au titre.


 

 

Arletta ELSAYARY : Les rves de Julie pour flžte et piano. DŽbutant. Lafitan. P.L.3046.

Avec Arletta Elsayary, ces rves ne peuvent tre que charmants ! Non seulement ils le sont, mais ils sont Žgalement plein de poŽsie et de fantaisie. Notre jeune flžtiste devra, pour en rendre toute la finesse, ma”triser parfaitement son articulation. Il en sera de mme de son pianiste qui devra reproduire soigneusement les mmes articulations quand le thme passe entre ses mains. Il nÕest pas si facile dՎcrire des pices pour dŽbutant et celle-ci est une rŽussite.

 

 

 

CLARINETTE

 

Alain FLAMME : La Bancale pour clarinette et piano.  ElŽmentaire. Lafitan : P.L.3065.

Ce titre fait penser ˆ ceux de certaines pices du XVIII” sicle, comme Ē La Bougon Č, Ē LÕagaante Č ou Ē lÕindiscrte Č É Ce rapprochement est cruel : cÕest certainement aux rythmes de sa pice et au fait quÕelle soit ˆ 5/4 que lÕauteur pensait en choisissant ce titre. Toujours est-il quÕil est amplement mŽritŽ, mais il faut dire que ce c™tŽ bancal est plein dÕintŽrt et plein de charme ! DÕautant plus que ce 5/4 se change vite en un 3/4 en forme de valse mme si de nouveaux changements de mesure viennent vite rompre ce bel Žquilibre. CÕest en tout cas plein de caractre et, tout simplement, de musique.


 

 

SAXOPHONE

 

Franois ROSSƒ : Noise DÕfense pour saxophone solo (baryton et soprano). Difficile. Delatour : DLT2708.

Jouant alternativement du baryton et du soprano, lÕinterprte est en mme temps acteur, puisque ses interventions instrumentales sont prŽcŽdŽes ou suivies dÕinterventions parlŽes Ē relatant les navigateurs errants sur lÕimmensitŽ ocŽane Č. Il est inutile de prŽciser que lÕauteur fait appel ˆ toutes les techniques contemporaines de jeu du saxophone. La pice a ŽtŽ Žcrite en 1998 lors dÕun passage ˆ Londres.

 

 

 

BASSON

 

Max MƒREAUX : Retrouvailles pour basson et piano. Fin de 1er cycle. Sempre pi : SP0222.

LÕensemble, en do Majeur, se dŽroule ˆ 9/8 dans une atmosphre joyeuse et bon enfant. La fin du morceau est marquŽe par une cadence dÕabord du basson puis du piano. Le tout se termine dans la mme atmosphre de bonhommie tranquille. Basson et piano mnent ensemble un agrŽable contrepoint qui fait du pianiste un vrai compagnon et constitue ainsi une bonne initiation ˆ la musique dÕensemble. Il existe une version pour saxhorn.


 

 

Pascal PROUST : Petit trot pour basson et piano. 1er cycle. Sempre pi : SP0220.

Il suffit de fermer les yeux pour voir passer la carriole tirŽe par un vaillant petit cheval. SÕagit-il de musique descriptive ? Pourquoi pas ? Ce nÕest pas un gros mot ! Mais cÕest plus que cela, cÕest toute une promenade variŽe qui se dŽroule devant nous. Si le piano contribue trs fortement ˆ donner lÕimpression de trot, ce nÕest pas son seul r™le. Et les deux instruments fol‰trent avec bonheur. CÕest donc une jolie pice bien agrŽable ˆ entendre et ˆ jouer.

 

 

 

COR

 

Yves BOUILLOT : 3 caractres. Pice en 3 mouvements pour cor (en fa ou en mi bŽmol) et piano. Fin de 2me cycle. Lafitan : P.L.3004.

Chacune de ces pices illustre bien un Ē caractre Č. La premire, intitulŽe Ē Bravache Č se dŽroule sur des rythmes et des intervalles qui Žvoquent une marche militaire, le tout de faon un peu parodique. Si lÕauteur sous-titre sa pice avec la dŽfinition du dictionnaire Ē qui affecte la bravoure ; fanfaron Č, ce nÕest pas par hasard. La deuxime, intitulŽe Ē Rveur Č a pour sous-titre Ē qui se compla”t dans des pensŽes vagues ou chimŽriques Č. Elle permet au cor de sՎpancher sur des arpges du piano rappelant des accents de harpe. Quant ˆ la troisime, Ē Chevaleresque Č, Ē qui a le caractre hŽro•que et gŽnŽreux des anciens chevaliers Č, elle sՎlance sur des accents qui rappellent la gigue de la troisime suite en rŽ de BachÉ Le tout constitue un ensemble aussi variŽ quÕagrŽable.


 

 

Ivan BOUMANS : As simple as friendship pour cor en fa et piano. 3me cycle. Sempre pi : SP0209.

Ē Aussi simple quÕune amitiŽ Č É cela reste ˆ voir. Sans doute le titre sÕadresse-t-il plut™t ˆ la dŽdicataireÉ Bref, cette pice ŽlŽgante et raffinŽe tant dans la conduite de sa mŽlodie que dans ses harmonies suppose une amitiŽ exigeante. Mais les interprtes en seront bien rŽcompensŽs par lÕintŽrt musical de lÕĻuvre.

 

 

 

SAXHORN, EUPHONIUM, TUBA

 

Max MƒREAUX : Retrouvailles pour saxhorn et piano. Fin de 1er cycle. Sempre pi : SP0228.

Il sÕagit de la version pour saxhorn (euphonium ou tuba) de lÕĻuvre pour basson recensŽe plus haut.

 

Pascal PROUST : Petit trot pour saxhorn et piano. 1er cycle. Sempre pi : SP0221.

Il sÕagit de la version pour saxhorn (euphonium ou tuba) de lÕĻuvre pour basson recensŽe plus haut.

 

ORCHESTRE et MUSIQUE DE CHAMBRE

 

Joseph SUK : MŽditation sur le vieil hymne tchque Ē Saint Wenceslas Č op. 35a pour orchestre ˆ cordes. BŠrenreiter : conducteur BA9584. Version pour quatuor ˆ cordes : partition de poche : TP 583, parties sŽparŽes : 9583.

LÕhistoire de cette Ļuvre est particulirement intŽressante : Joseph Suk est en 1914 second violon dans le Ē Bohemian string quartet Č qui est obligŽ, au commencement de chaque prestation, de jouer lÕhymne national autrichien. Suk dŽcide alors de faire suivre cet hymne obligatoire par une Ļuvre inspirŽe de lÕancien hymne sacrŽ de Bohme : Ē Saint Wenceslas Č. Le message est immŽdiatement compris par les auditeursÉ AppelŽe MŽditation, cette Ļuvre est jouŽe pour la premire fois le 27 septembre 1914. La version pour orchestre ˆ cordes est jouŽe ds le 22 novembre par lÕorchestre philharmonique tchque. Les deux versions ne sont que peu diffŽrentes, si ce nÕest lÕajout dÕune partie de contrebasse. Ajoutons que lÕĻuvre ne vaut pas seulement par son intŽrt historique mais aussi, bien sžr, par son intŽrt musical et que cette Ždition urtext vaut Žgalement par la prŽface de Zden_c Nouza, pleine de prŽcieux renseignements sur lÕĻuvre et sa gense.

 

 

 

FrŽdŽric LEDROIT : 3me MŽditation sur la Passion du Christ. Opus 55d pour quatuor ˆ cordes. Difficile. Delatour : DLT1218.

Reprenant trois Žpisodes de la passion selon Saint Jean, lÕauteur nous entraine dans une mŽditation dÕabord sur le reniement de Pierre, puis sur la marche de JŽsus, dŽjˆ dans sa gloire malgrŽ ses persŽcuteurs. Enfin, la troisime partie se situe devant Pilate. Aprs un puissant crescendo reprŽsentant la dŽclaration du Christ, lÕĻuvre sÕachve en point dÕinterrogation sur la question de Pilate : Ē QuÕest-ce que la vŽritŽ ? Č Cette pice, chargŽe de beaucoup dՎmotion sՎcoute ˆ la fois comme une mŽditation et une prire. On en trouvera un trs bel enregistrement sur le site de lՎditeur et sur YouTube.

 

Daniel Blackstone.

ORGUE

Jean-Dominique PASQUET : 5 Aphorismes en forme de variations, op. 23 pour orgue. Paris, Le Chant du Monde (www.lechantdumonde.com ), 2016, OR4990, 7 p.

NŽ ˆ KŽrity-Paimpol en 1951, Jean-Dominique Pasquet, Žlve de Suzanne Chaisemartin Ńaprs avoir ŽtŽ titulaire de lՃglise du Val de Gr‰ce, puis du Temple du Saint-Esprit Ń est depuis 2009 lÕorganiste de lՃglise RŽformŽe de lÕOratoire du Louvre (Paris). Il enseigne lÕanalyse musicale ˆ lՃcole Normale ; pŽdagogue averti, il est aussi un compositeur influencŽ par lÕesthŽtique de Marcel DuprŽ.

Son opus 23 : 5 Aphorismes en forme de variations, composŽ en mars 2011 Ē ˆ la mŽmoire de Marie-Jo Feldman Lafond Č, repose sur un thme donnŽ par lՎquivalent musical des lettres formant ses prŽnom et noms (A = LaÉ). Il est structurŽ en 5 parties. Le premier Aphorisme : PrŽambule, est introduit par 4 accords ff et 1 accord p au 2e clavier contrastant avec lՎnoncŽ p du thme au 1er manuel, pour revenir aux accords initiaux avec reprise du prŽnom en valeurs longues. Le deuxime, Scherzando, est Žcrit pour 2 claviers (donc sans pŽdale), staccato avec des intervalles trs disjoints. Le troisime, Larghetto, pour 2 claviers et pŽdale, doit tre interprŽtŽ legato et sans rigueur. Le quatrime, Fugato, fait progressivement entrer les manuels et la pŽdale. Enfin, le dernier, Postlude alla DuprŽ (organiste que J.-D. Pasquet admire beaucoup) Ń aprs une introduction Large et syncopŽe Ń fait alterner des rŽpliques aux deux mains sur une pŽdale de noires. Il se termine a tempo par des accords et un saut dÕoctaves.

Chaque partie bŽnŽficie de prŽcieuses indications relatives aux mouvements, tempi, phrasŽs, nuances, ˆ la registration pour les deux manuels et la pŽdale : modle du genre. Ces miniatures seront apprŽciŽes lors de cultes, dÕoffices ou de concerts.


ƒdith Weber.

ORGUE (Transcriptions)

Claude DEBUSSY : Īuvres pour orgue : La CathŽdrale engloutie - Clair de Lune -PrŽlude ˆ lÕaprs-midi dÕun faune. Transcriptions pour orgue de Jean-Baptiste Robin. Paris, Le Chant du Monde (www.lechantdumonde.com ), OR4985, 27 p.

Au dŽpart, la transcription pour orgue de ces Ļuvres impressionnistes nŽcessitant des coloris particuliers voulus par Debussy, pourrait surprendre. En fait, elle se justifie ˆ lÕorgue gr‰ce ˆ lÕexploitation de jeux spŽcifiques. En organiste averti, Jean-Baptiste Robin propose des transcriptions pour deux claviers et pŽdale, proches de lÕĻuvre, respectant les nuances qui toutefois sont optionnelles. Il tient compte de la facture dÕorgue et Ń gr‰ce ˆ sa solide expŽrience Ń propose de trs utiles Ē Notes pour lÕinterprte Č ainsi quÕoccasionnellement, deux possibilitŽs de registrations : en fonction, dÕune part,  des Orgues et, dÕautre part, des instruments retenus par Debussy (par exemple : les hautbois). Pour La CathŽdrale engloutie, il prŽvient ˆ juste titre quÕun orgue dÕau moins 61 notes est indispensable : utile prŽcaution avant de constituer un rŽpertoire.

 

 

ƒdith Weber.

VIOLON ET ALTO

Marlijn HELDER : Choral Fantasie I & II pour violon seul. Paris, Le Chant du Monde (www.lechantdumonde.com ), 2016, VS4984, 7 p.

Marlijn HELDER : Choral Fantasie I & II pour alto seul. VS4983, 7 p.

Les ƒditions Le Chant du Monde, ont publiŽ en 2016 les Choral Fantasie I & II respectivement pour violon seul et alto seul composŽes par la pianiste hollandaise Marlijn Helder, LaurŽate en 2015 du 3e Concours international de Composition, spŽcialisŽ dans la musique de notre temps.

La premire Choral Fantasie (Largo) pour violon seul, composŽe en 2010, commence par lÕexposition dÕun thme atonal en valeurs longues, avec des contrastes dynamiques pp/sfz donnant lieu ˆ un dŽveloppement en triples croches, avec utilisation de doubles cordes en octaves parallles et de glissendi entrecoupŽs dÕun interlude lent aboutissant ˆ un dŽferlement de triples croches (mesures ˆ 4/4, 6/16, 5/8, 6/8, 4/8) pour revenir au Tempo primo en valeurs longues. La seconde (Žgalement Largo), composŽe en 2015, spŽcule aussi sur une dynamique trs variŽe, de nombreux chromatismes expressifs, et se termine avec le retour au Tempo primo. La version pour alto est Žcrite en clŽ dÕUt 3.

Les deux fascicules sont assortis de prŽcisions techniques (doigtŽs, sul pont, sul tasto, sul tasto/flautandoÉ). Violonistes et solfŽgistes non expŽrimentŽs : sÕabstenir.

 

 

ƒdith Weber.

 

CLARINETTE & ACCORDEON

Jean-JacquesWERNER : Melencolia pour clarinette en si bŽmol et accordŽon. Paris, Le Chant du Monde (www.lechantdumonde.com ), MC4991, 2016, 12 p. (+ partie de clarinette, 5 p.). DurŽe : 9Õ 30.

Compositeur prolifique et inventif, Jean-Jacques Werner (nŽ ˆ Strasbourg en 1935), sÕinspire de la cŽlbre gravure sur cuivre (1514) : La Melencolia du peintre Albrecht DŸrer, nŽ ˆ Nuremberg le 21 mai 1471 et mort dans cette ville, le 6 avril 1528. Celle-ci reprŽsente, au premier plan, un ange assis portant un livre, un compas et des clŽs ; un angelot assis sur une roue ; un sablier, un cadran solaireÉ, des outils ŽparpillŽs sur le sol et, en haut ˆ gauche, sous lÕarc en ciel, lÕinscription : Melencolia I : autant de symbolismes particulirement riches auxquels le compositeur fait Žcho.

Dans son Ļuvre (2011), il prŽconise une association de timbres rare : clarinette en si bŽmol, avec sa sonoritŽ assez mŽlancolique, et accordŽon assurant un support harmonique gŽnŽreux et quelques transitions. Cette Žvocation musicale exige du clarinettiste Ń qui doit aussi tre un bon solfŽgiste (batteries de doubles, triples croches en quintolets jusquՈ 11 notes) Ń une solide ma”trise technique, un sens du phrasŽ (deux en deux, syncopesÉ), et des deux instrumentistes le respect des indications mŽtronomiques et dynamiques respectives ainsi que des prŽcisions de lÕauteur : libre, fugitif, ˆ lÕaiseÉ Le style de J.-J. Werner est dŽlibŽrŽment de notre temps (dissonances ˆ finalitŽ expressive, accords complexes, rythmes subtiles). LÕensemble se termine en glissant du sfz ˆ ppp. 9 minutes 30 de musique Ē sur le papier Č quÕun enregistrement discographique rŽvŽlerait encore mieux.

 

ƒdith Weber.

 

 

LE COIN BIBLIOGRAPHIQUE

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Jean-Jacques VELLY et Liao HUI-CHEN (dir.) : Extrme-Orient et Occident. Musique et culture. Paris, LÕHARMATTAN (www.harmattan.fr ), 2016, Coll. LÕunivers esthŽtique, 244 p., 26 Ū.

Jean-Jacques Velly et Liao Hui-Chen ont publiŽ les Actes du Colloque qui sÕest tenu en Sorbonne en 2013 et sont prŽfacŽs par S. E. M. Michel Ching-Long LŸ, Ambassadeur de Ta•wan en France, qui met lÕaccent sur les relations et les liens de son pays avec la France, les projets de coopŽration et la prŽsence de trs nombreux Žtudiants ta•wanais essentiellement ˆ lÕUFR de Musicologie. Ce volume rŽunit douze communications autour de trois parties : Ē Les relations franco-asiatiques dans le domaine culturel Č, Ē LÕinspiration extrme-orientale dans la musique occidentale Č et Ē Portraits croisŽs dans la musique des XXe et XXIe sicles Č.

En fait, lÕintŽrt pour la culture et la musique extrme-orientales a ŽtŽ lancŽ ds le XVIIIe sicle, non seulement par les Chinoiseries, mais encore par les MŽmoires (1777) du Pre Joseph-Marie Amiot (1718-1793), puis, au XIXe sicle, par les recherches de Louis Laloy (1874-1944), ˆ la fois musicologue et sinologue. Quelques portraits croisŽs portent, entre autres, sur Ē Marguerite Canales et la Flžte de Jade Č ; Ē Paul Haas et la poŽsie chinoise Č ; Ē Le contraste entre musique occidentale et extrme-orientale Č ou encore Ē Les conceptions du temps dans la musique de Hsu Tsang-Hovei Č.

Danile Pistone, dans sa Postface, dŽgage la pŽrennitŽ des Žchanges littŽraires et artistiques, les problmes de perception, dÕinspiration et dÕexploitation de traits caractŽristiques rattachant lÕĻuvre au pays choisi (cf. p.193). Des exemples musicaux et des rŽfŽrences bibliographiques pluridisciplinaires (histoire, poŽsie, organologie, analyseÉ) renforcent encore lÕintŽrt de cette publication. Les lecteurs curieux apprŽcieront cette large ouverture rŽciproque sur la musique et la culture extrme-orientales et occidentales. Cette publication illustre le rayonnement international de lÕUFR de Musicologie.

 

ƒdith Weber.

 

Anthony GIRARD : Franchir lÕHorizon. Entretiens avec Pascal PISTONE. Ch‰teau-Gontiers, AEDAM MUSICAE, (www.musicae.fr ), 2016, 267 p., 25 Ū.

Dans ses Žcrits comme dans ses Ļuvres musicales, Anthony Girard (nŽ en 1959) Ń Professeur au CNSMD de Paris, Docteur en Musicologie, thŽoricien et compositeur hors pair Ń fait preuve dÕune rare dimension philosophique, esthŽtique, spirituelle et mŽtaphysique faisant penser, entre autres, ˆ Olivier Messiaen.

La comprŽhension de ses Ļuvres gagnera en intensitŽ et, gr‰ce ˆ ses Entretiens avec Pascal Pistone, Ma”tre de ConfŽrences ˆ lÕUniversitŽ Bordeaux-Montaigne, son Horizon compositionnel et intellectuel sera largement dŽgagŽ au fil des pages. Ils sont structurŽs en trois parties : lÕHistoire : Se libŽrer du temps ; le Message : ƒcouter le silence ; lÕAnalyse : ArchŽologie secrte. Pour Anthony Girard, analyser une Ļuvre revient ˆ lÕĒ interprŽter loin de la mode Č et, Žventuellement, ˆ la Ē rŽhabiliter Č. Sa connaissance trs approfondie des langages musicaux dans la longue durŽe et de lՎvolution des systmes dՎcriture lui permet de franchir toutes les Ē frontires Č esthŽtiques. Les questions trs circonstanciŽes, percutantes et judicieusement formulŽes par Pascal Pistone, appellent des rŽponses personnelles du compositeur au cours dÕun dialogue trs vivant et enrichissant avec, au passage, des rŽactions parfois teintŽes dÕhumour, permettant de dŽgager Ń par delˆ lÕanalyse subjective Ń les problmes de filiation esthŽtique. LÕaccent est mis sur la qute mystique, la subtilitŽ et la finesse, le sens de lՎquilibre et lÕinventivitŽ dÕAnthony Girard qui a aussi le sens du paradoxe. Il rejette le prosŽlytisme, lՎsotŽrisme, la dŽmesure au bŽnŽfice dÕun engagement sincre. Par sa sensibilitŽ religieuse, il se dŽmarque de la mode et des Žcoles actuelles. En fait, pour lui, tout nÕest quÕordre, sincŽritŽ et intŽrioritŽ. En Annexe, le Catalogue chronologique (p. 93-129), trs prŽcis, par catŽgories dÕĻuvres, est particulirement imposant et illustre la diversitŽ de 35 ans (1980-2015) dÕinventivitŽ pour des formations instrumentales variŽes. Les lecteurs, analystes et interprtes apprŽcieront ˆ leur juste valeur les Notices de prŽsentation des Ļuvres rŽdigŽes par le compositeur (gense, crŽation, Ļuvres de commande, particularitŽs harmoniques, sources, description, inspiration et impulsion initialeÉ).

Bref Ń comme nous lÕavions mentionnŽ dans LՎducation musicale (Lettres dÕinformation, Juillet 2015 et Janvier 2016) Ń, toute la Ē dimension philosophique, esthŽtique et spirituelle du compositeur Č, dŽjˆ rŽvŽlŽe, est encore confirmŽe par ces Entretiens et ses propres Notices. Anthony Girard dŽpasse lÕHorizon postromantique et renouvelle les critres dÕanalyse. Tout en restant dans le sillage et lÕesprit de la musique franaise, il sÕimpose par ses compositions et ses hautes spŽculations misant sur lÕintŽrioritŽ.

 

ƒdith Weber.

 

Sylvie BOUISSOU, Graham SADLER et Solveig SERRE (Žtudes rŽunies par) : Rameau, entre art et science, Coll. ƒtudes et Rencontres de lՃcole des Chartes, n”47, Paris, ƒcole des Chartes (www.enc-sorbonne.fr), 2016, 554 p. Š 26, 50 Ū.

La formulation succinte : Ē entre Art et Science Č rŽsumerait ˆ elle seule lÕapport et le r™le de Jean-Philippe Rameau, nŽ ˆ Dijon en 1683 et mort ˆ Paris en 1764. Compositeur et thŽoricien, il a dŽployŽ des activitŽs multiples. Ses enjeux thŽoriques ont suscitŽ des dŽbats et des discussions dans diverses spŽcialitŽs : musicologie, analyse, esthŽtique, linguistique, mathŽmatiques, interprŽtationÉ

PrŽsentŽ par Sylvie Bouissou, Graham Sadler et Solveig Serre avec une mŽthodologie exemplaire et bŽnŽficiant dÕune excellente typographie, cet ouvrage est structurŽ en 6 parties. La premire : Ē Rameau face aux ThŽ‰tres Č souligne son opposition ˆ la rŽforme dramatique envisagŽe par Voltaire, replace sa production dans le contexte des ThŽ‰tres de la Foire et des parodies, mais aussi de lÕAcadŽmie Royale de Musique ; pose une question pratique : Ē comment terminer un opŽra ? Č. La deuxime : Ē Regards sur Rameau Č, gr‰ce ˆ de minutieuses recherches dÕarchives, le situe ˆ Dijon, dans son environnement mondain et sociologique et dans son contexte maonnique (Louis de Cahusac), sans oublier son lecteur attentif, Nicolas-Louis Le Dran (1687-1774). La troisime : Ē InterprŽter Rameau Č concerne les critres dÕexŽcution ˆ lՎpoque (1764-1787) de Christoph Willibald Gluck, Žtudie le cas esthŽtique dÕHippolyte et Aricie ; ˆ noter : plus dÕun sicle dÕenregistrements des Ļuvres de Rameau (1904-2014) si rŽvŽlateurs. La quatrime : Ē Au cĻur des sources Č Žvoque les copistes de Rameau, sa rŽception (ˆ Lille) ˆ travers la Collection Decroix. La cinquime : Ē Enjeux thŽoriques Č prŽsente des idŽes de Rameau (ainsi que de Jean-Jacques Rousseau et Jean Le Rond dÕAlembert) relatives ˆ la thŽorie (architecture harmonique, tŽtracorde, thŽorie et pratique de la basse fondamentaleÉ). La sixime partie : Ē MŽthodes dÕanalyse et interdisciplinaritŽ Č est la plus significative de toutes ces contributions franaises et anglaises, assorties de rŽsumŽs franais dŽtaillŽs. Elle aborde, entre autres, sa thŽorie des modulations, lՎvolution de son langage dans ses TragŽdies en musique, donne un exemple prŽcis : le monologue dÕArmide et Žtudie le dŽveloppement de la critique musicale au XVIIIe sicle (accompagnŽe dÕune judicieuse typologie des critiques). En guise de conclusion, ŽtayŽe par des exemples musicaux analysŽs avec finesse, la question fondamentale : Ē La thŽorie de Rameau, un outil dÕanalyse ? Č est posŽe par Rapha‘lle Legrand. Elle observe que Ē somme toute, une telle approche analytique historicisŽe possde la saveur dÕune recherche en archives : les traces du passŽ restent muettes sur bien des points, mais nous apportent souvent ce que lÕon nÕavait pas cherchŽ. Č (p. 464).

Ces Žtudes Ń y compris le Catalogue thŽmatique Ń sont ˆ complŽter par la lecture des ouvrages signalŽs dans la trs Žclairante Bibliographie raisonnŽe, modle du genre. Elle concerne notamment LÕart de bien chanter (1679) de BŽnigne de Bacilly, lÕHistoire de la musique et de ses effets (1715) de Pierre Bourdelot et Jacques Bonnet ou encore les idŽes de son contemporain Johann Mattheson (1681-1764)É et, aprs 1800, entre autres, les travaux dÕArthur Pougin (Rameau, essai sur sa vie et ses Ļuvres, 1876), la Thse de Paul-Marie Masson (LÕOpŽra de Rameau, 1930) et, plus proches de nous : les publications de JŽr™me de La Gorce, Sylvie BouissouÉ Cette somme intradisciplinaire souligne le parcours entre Art et Science de lÕĒ artiste philosophe Č (selon DÕAlembert), lՎvolution de la thŽorie musicale, de lÕapproche analytique et des critres dÕinterprŽtation dans la longue durŽe. Une mise au point dŽcisive du cas Rameau.

ƒdith Weber.

 

 

 

Ē Commander une Ļuvre. MŽcanismes et influences Č. CIRCUIT Musiques contemporaines, vol. 26, n”2, 2016. Les Presses de lÕUniversitŽ de MontrŽal, (www.revuecircuit.ca), 185 p.

RŽalisŽ par les musicologues Michel Duchesneau et Annelies Fryberger, ce numŽro revt un double intŽrt relatif ˆ la pratique et ˆ lÕactualitŽ (In memoriam, nouveautŽsÉ). Il concerne dÕune part les commanditaires dÕĻuvres musicales, dÕautre part les compositeurs soucieux de prŽsenter une Ļuvre selon des critres particuliers et dans une optique prŽcise.

Douze articles en franais et en anglais, rŽsultant de lÕexpŽrience de leurs auteurs, brossent un tableau de la crŽation musicale (avant, pendant et aprs) : ˆ notre Žpoque en gŽnŽral, en France, aux ƒtats-Unis et au Canada en particulier. La partie documentaire prŽsente une grande ouverture sur lÕactualitŽ musicale et artistique, ainsi que sur les nouveautŽs. Cette Revue apporte des rŽponses ˆ de nombreuses interrogations : qui commande (Institutions, ƒtat, Fondations, particuliers, mŽcnesÉ) ? qui se lance dans la compŽtition ? qui juge (compŽtences des Jurys, comme dÕailleurs pour les Thses de Doctorat) ? quel est lÕaboutissement (crŽation publique de lÕĻuvre, budget, audition au concert) ? bref : la rŽception de lÕĻuvre sŽlectionnŽe qui contribuera ˆ la vie et au rayonnement artistiques dÕun pays. Certaines situations sont ŽvoquŽes, comme, par exemple lÕIRCAM (Pierre Boulez) en France ou encore le rglement de la commande aux ƒtats-Unis. Les lecteurs trouveront aussi des renseignements sur la Chapelle historique du Bon-Pasteur : la Maison de la musique (Canada) ou un compte-rendu : Ē Entendu dans Cette ville Žtrange : Ē Fuck toute ! Č Ń une gŽnŽration de compositeur-e-s dŽcomplexe sa marge Č. La Revue comporte Žgalement des Ē NouveautŽs en bref Č, quelques illustrations et prŽcisions concernant les auteurs et, bien entendu, les rŽsumŽs des articles.

Cette Revue bilingue sÕadresse aux musicologues et compositeurs, ainsi quÕaux sociologues, mŽlomanes et discophiles. Elle devrait absolument tre mieux connue des lecteurs franais et circuler, car elle aborde des thmes largement ouverts, par exemple La recherche musicale. Aux croisements de lÕart et de la science (vol. 24, n”2, 2014) ; Contenir le sonore. Les nouveaux profils de la notation (vol. 25, n”1, 2015) ; La musique des objets (vol. 23, n”1, 2013) ; Du spirituel dans lÕart ? (vol. 21, n”1, 2011)É

 

ƒdith Weber.

 

LE BAC DU DISQUAIRE

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Ē A Festival of Nine Lessons and Carols Č. Nouveau ChĻur de Garons de Hambourg, dir. Rufus Beck 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ): ROP6131.  TT : 66Õ41.

Le Nouveau ChĻur de Garons de Hambourg, placŽ sous la direction de Rufus Beck (Žgalement acteur et lecteur), propose un Festival de neuf Leons et Carols (chants anglais traditionnels pour No‘l), complŽtŽs par des RŽcits autour de la Fte lus par Rufus Beck. Il sÕagit dÕabord de prŽsenter le miracle de la naissance de JŽsus avec des extraits bibliques et des histoires religieuses, autrement dit de commenter ces ŽvŽnements et de contribuer ˆ cette grande fte. Toutefois, pour les Lessons, quelques adultes se sont joints pour accompagner les jeunes dans leur pŽriple vers BethlŽhem et pour intervenir dans les chĻurs mixtes. En fait, ce disque sÕappuie surtout sur lÕancienne tradition anglaise reposant sur des Christmas Carols que lÕon peut entendre depuis toujours ˆ Cambridge et en Angleterre.

Le programme commence avec une Procession et lÕannonce de lՃvangile : Processional Hymn (Autrefois, dans la ville de DavidÉ) et le chant pour 4 voix mixtes : O magnum mysterium de William Byrd ; le Festival se termine par lÕHymne (Chant des Anges) : Hark, The Herald Angels Sing. La partie centrale comprend neuf Lessons Žvoquant, tour ˆ tour, Adam, les cloches, le miracle, la sainte nuit (Silent Night), la joie (In dulci jubiloÉ) jusquՈ la 9e qui permet dÕentendre le cŽlbre chant O Come. All Ye Faithful. La premire Leon sÕappuie sur la lecture du texte allemand Der Traum dÕAugust Heinrich Hoffmann von Fallersleben (1798-1874), suivi dÕun chĻur ˆ 5 voix mixtes. DÕautres numŽros Žvoquent le Pre No‘l, le carillon, une danse franaise du XVIe sicle. Un peu plus loin, il sera question du grand miracle, de la VeillŽe de No‘l, sans oublier lÕincontournable mŽlodie de Franz Gruber (XIXe sicle) : Stille Nacht (Douce Nuit), adaptŽe par Karl Heinrich Reinecke pour chĻur mixte ˆ 4 voix. Le Choral assonancŽ latin/allemand : In dulci jubilo/Nun singet und seid froh, est chantŽ dÕaprs une mŽlodie du XIVe sicle arrangŽe par William Westbrook. DÕautres Lessons concernent la Bonne Nouvelle, le rŽcit chantŽ rappelle lՎtable et la naissance de JŽsus. Ė noter tout particulirement lÕĻuvre de commande de ce nouveau ChĻur reposant sur le texte mystique bien connu de Goethe : Meeres Stille. En conclusion des Lessons, retentit le cŽlbre Carol : O Come. All Ye Faithful (Adeste fideles) Et, pour finir, lÕadaptation pour chĻur mixte ˆ 4 voix de William Hayman Cummings (1831-1915) de Hark, The Herald Angels Sing pose un point dÕorgue lumineux sur ce Festival biblique interprŽtŽ par un chĻur garons disciplinŽ et convaincu. Cadeau original et sortant des sentiers battus, ˆ offrir pour No‘l : tous, jeunes et vieux, ne seront pas dŽpaysŽs par cette cŽlŽbration de No‘l in England mais, en fait, universelle.

ƒdith Weber.

 

Max REGER : Orgelwerke - Works for Organ. Ulfert Smidt. 1CD RONDEAU PRODUCTION (www.rondeau.de ) : ROP6131. CD : TT : 60Õ06.

En cette annŽe 2016, pour cŽlŽbrer le centenaire de la mort de Max Reger (1873-1916), Ulfert Smidt, organiste de la cŽlbre ƒglise du MarchŽ ˆ Hanovre, a qualifiŽ ce compositeur allemand Ń nÕayant pas encore gagnŽ en France toute la place quÕil mŽrite Ń de Ē vainqueur de la crise Č ˆ son Žpoque. Ce qualificatif est illustrŽ par ses 2 grandes Fantaisies sur des chorals (op. 40) dans lesquelles Max Reger exploite magistralement les deux mŽlodies bien connues : Wie schšn leuchtÕuns der Morgenstern (n”1, datant de 1899 et dŽdiŽe au thŽologien strasbourgeois Friedrich Spitta Ń ˆ ne pas confondre avec Philipp, le biographe de Bach). Les premires strophes concernent lՃpiphanie, alors que la dernire, avec sa Fugue bien structurŽe, traduit lÕespoir dans la RŽsurrection. La seconde Fantaisie : StrafÕmich nicht in deinem Zorn (op. 40, n”2, 1899) Ń dÕaprs le Psaume 38 Ń sÕappuie sur le texte de J. B. Freystein (1697) et repose sur la mŽlodie en usage ˆ Dresde en 1694. Une brve Introduzione grave  prŽpare lÕexposition du choral si familier. Le compositeur spŽcule sur les contrastes. Il traite avec une grande libertŽ ses Fantaisies trs dŽveloppŽes.

Ulfert Smidt, ˆ lÕOrgue Goll de la Marktkirche de Hanovre, se joue de toutes les difficultŽs techniques. Il sÕaffirme comme un ardent dŽfenseur de Max Reger qui, comme lÕaffirme Paul Hindemith, Ē aura ŽtŽ le dernier gŽant de la musique Č, et pourtant, il nÕa vŽcu que 43 ans. LÕexcellent organiste interprte ensuite 6 des 12 Pices pour orgue / Zwšlf OrgelstŸcke (op. 59) qui ont fait la rŽputation du compositeur : Kyrie eleison (n”7), Capriccio (n”10), Fuge (n”6), Pastorale (n”2), Melodia (n”11), Benedictus (n”9). Comme toujours, il sÕimpose par sa ma”trise technique et par son sens de la registration sÕapparentant ˆ une orchestration. Max Reger fait appel ˆ la virtuositŽ ; son inspiration est particulirement diversifiŽe. Son Ļuvre  se situe ˆ mi-chemin entre la musique ancienne et la musique moderne. Il se considre dÕailleurs comme un admirateur de Bach, Beethoven et Brahms.

Gr‰ce ˆ Ulfert Smidt : voilˆ Max Reger mieux introduit chez les organistes et discophiles en France. En effet Ń ˆ part quelques Žlves du regrettŽ Charles Muller (au Conservatoire de Strasbourg) et Jean-Baptiste Dupont (nŽ en 1979), actuellement titulaire des Grandes Orgues de la CathŽdrale Saint-AndrŽ (Bordeaux) qui, pour le Centenaire, sÕest lancŽ dans lÕenregistrement de lÕIntŽgrale, chez HORTUS Ń, peu dÕorganistes franais se risquent ˆ interprŽter lÕĻuvre complexe de ce musicien catholique ayant paradoxalement rŽnovŽ la musique dՎglise protestante. Le Label leipzicois RONDEAU PRODUCTION rend un digne hommage au principal reprŽsentant de lՃcole dÕorgue allemande en son temps.

 

ƒdith Weber.

 

Ē A New Generation and Four Centuries of the Organ in Central Europe Č. 2CDs ARTA (www.arta.cz ). Diffusion : CD DIFFUSION (www.cddiffusion.fr) : F10214. 2015.  TT : 75Õ53+ 76Õ47.

Les jeunes organistes et les Orgues dÕEurope Centrale sont gŽnŽralement moins connus  ˆ lÕOuest du Continent. CÕest pour remŽdier ˆ cette lacune que le Label tchque ARTA a publiŽ deux disques fort instructifs, avec la participation dՎlves trs avancŽs et de quelques invitŽs qui se sont produit lors des Concours (2014 et 2015) de lÕAcademy of Performing Arts de Prague, ˆ lÕinitiative de Jaroslav Tuma (nŽ en 1956), organiste, claveciniste et pianofortiste Professeur au Conservatoire de Prague, qui a formŽ de nombreux instrumentistes.

Le programme de ces deux disques comportant des Ļuvres gŽnŽralement bien connues sՎtend sur plusieurs sicles. Pour lՎpoque baroque, en Allemagne, les mŽlomanes apprŽcieront des PrŽludes de Choral, Sonates, Fantaisies, PartitasÉ de Johann Ulrich Steigleder (1593-1635), organiste ˆ Stuttgart et ˆ la Cour de Wurtemberg, Dietrich Buxtehude (nŽ v.1637- mort ˆ LŸbeck en 1707, cŽlbre par les Abendmusiken) et son Žlve : Nicolaus Bruhns (1665-1697) que J. S. Bach admirait ; ainsi que de Johann Pachelbel (nŽ en 1653 ˆ Nuremberg et mort dans cette ville en 1706), Jean SŽbastien Bach et son fils Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), entre autresÉ Pour lՎpoque romantique, la Sonate en Si b Majeur (op. 65) de Felix Mendelssohn sÕimposait. La France est reprŽsentŽe par CŽsar Frank (extraits de LÕOrganiste), Maurice DuruflŽ (Choral sur le Veni Creator) et, plus proche de nous : Thierry Escaich (avec 5 versets de lÕHymne Victimae Paschali laudes). LÕItalie, par une Canzona de G. Frescobaldi et une Partita de B. Pasquini. Parmi les musiciens dÕEurope centrale ˆ dŽcouvrir : les  Tchques Jiri Ignac Linek (1725-1791), pŽdagogue et compositeur baroque, avec un PrŽlude en RŽ majeur et une Fugue en Do MajeurÉ,  Jan Hanus (1915-2004) avec une Suite lyrique,  Petr Eben (1929-2007) avec une Partita sur le choral O Jesu allÕ mein Leben bist duÉ

Ė dŽcouvrir : des instruments historiques de valeur et de nombreux organistes dipl™mŽs dՃcoles supŽrieures de musique tchques  : Daniel Knut Pernet, Marie Pochopova, Marek Mosnar, Michaela Kacerkova, Marie Zahradkova, Ivana Michalovicova, Vladimir Kopacik, Juraj Slovik, Ludmila Dvorakova, Peter Hšngesberg, Iveta Zatkova, Pavel Svoboda, Tomasz SoczekÉ Ils sÕimposent par leur synthse de prs de quatre sicles dÕĻuvres europŽennes et attestent la remarquable vitalitŽ de lՃcole dÕorgue en Europe Centrale.

 

ƒdith Weber.

 

Ē Le chant des origines. Graduel de Bellelay (XIIe sicle )Č.  Ensemble Venance Fortunat. 1CD MONTHABOR MUSIC (www.monthabor.com ) : 250028.  TT : 62Õ 39 + DVD.

Ce coffret  de 2 disques revt un tripe aspect : historique  Ń par son intitulŽ : Le chant des origines Ń, visuel Ń par les divers contextes Ń et commŽmoratif, car il marque la dernire rŽalisation du remarquable Ensemble Venance Fortunat (dÕaprs Saint Venance Fortunat, nŽ prs de TrŽvise vers 530 et mort ˆ Poitiers vers 600, ƒvque de cette ville et pote mŽdiŽval chrŽtien, auquel on doit, entre autres, les Hymnes Pange lingua et Vexilla regis).

Cet Ensemble, lancŽ par Anne-Marie Deschamps en 1975, a ŽtŽ fondŽ officiellement en 1980. Il rŽunit de fidles chanteurs professionnels (dont quelques uns y ont participŽ depuis les dŽbuts), par exemple D. Thibaudat (Soprano), G. Lacascade (Baryton), entre autres. Sa fondatrice est ˆ la fois chanteuse, musicologue et palŽographe mŽdiŽviste. Elle est spŽcialisŽe dans lՎtude approfondie des manuscrits mettant en valeur Ē le chant vivant des traditions orales porteuses de textes essentiels Č. LÕEnsemble Venance Fortunat permet ainsi de dŽcouvrir le Graduel de lÕAbbaye de Bellelay (Suisse) ŽlaborŽ vers 1160. Il sÕagit du Manuscrit Ms.18 donnŽ ˆ la Bibliothque cantonale de Porrentruy, dŽcouvert par le psychiatre Robert Christe (de lÕAtelier dÕAxiane) et restituŽ gr‰ce aux multiples recherches acharnŽes dÕAnne-Marie Deschamps, avec le concours dÕexperts : musicologues, philologues, palŽographes (notation musicale neumatique), archivistes, relieurs et restaurateurs.

Le DVD intitulŽ : Le fabuleux voyage du Graduel de Bellelay concerne un film de Manuella Maury, Romain GuŽlat et Didier Humbert, produit par lÕOffice de la Culture de la RŽpublique et du Canton du Jura. Il restitue le lieu gŽographique, lÕatmosphre (cloches, cierges, gestique, chant, costumes des interprtesÉ) et propose des exemples des folios et de la reliure. La narration est rythmŽe par des extraits du Concert donnŽ par lÕEnsemble Venance Fortunat, le 16 novembre 2008, en lÕAbbaye de Romainm™tier (Suisse). La restitution de manuscrits implique diffŽrentes disciplines : philologie comparŽe, contextes historiques et liturgiques, pratique vocale, codicologie, architecture, et, bien entendu, de solides connaissances du latin et des abrŽviations.

Le programme du Graduel de Bellelay sÕarticule autour des diffŽrents temps de lÕAnnŽe liturgique : Avent, No‘l, ƒpiphanie, Carme, Jour des Cendres, Semaine Sainte, dimanche de P‰ques, Ascension, Pentec™te et circonstances particulires. Les Intro•t, Graduel, Alleluia, Offertoires et Communions sont intercalŽs entre les pices de lÕordinaire de la Messe (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei). Comme le signale le texte de prŽsentation : Ē Les caractŽristiques musicales de ce Graduel se signalent trs souvent par une grande vocalitŽ du chant, laissant supposer que les chantres de lÕAbbaye ont favorisŽ un dŽveloppement vocal virtuose avec prolifŽration des rŽpercussions, soit un mme son rŽpŽtŽ sur une mme syllabe Č. Les 23 pices (auxquelles sont jointes, ˆ titre comparatif, quelques variantes provenant dÕautres manuscrits) sont Žcrites en notation neumatique sur 4 lignes ; elles illustrent le chant du soliste, le chant ornementŽ et raffinŽ que les grands chantres virtuoses de lՎpoque affectionnaient tout particulirement.

Aprs plus de huit sicles, Anne-Marie Deschamps obtient de ses interprtes Ē une articulation souffle-parole qui puisse transmettre le message traditionnel, tout en Ń selon ses propres termes Ń lui donnant la prŽsence dÕune vie nouvelle Č, afin de recrŽer ce que les spŽcialistes du chant religieux avaient voulu rŽaliser ds les Origines. Elle a le grand mŽrite de restituer le plain-chant mŽdiŽval, Ē puissant ferment de notre culture Č, avec le maximum dÕexactitude et de rigueur scientifique, et de le rendre accessible aux mŽlomanes du XXIe sicle. Disque Žcouter et vidŽo ˆ regarder avec Žmotion et respect, car cette interprŽtation bŽnŽficie de lÕexpŽrience de toute une vie au service de la musique mŽdiŽvale.

 

ƒdith Weber.

 

Catherine BRASLAVSKY : Pilgrimage/Plerinage. 1CD (www.jade-music.net ) : 699 885-2. 2016. TT : 52Õ 52.

Ce disque, placŽ sous le motif conducteur : Plerinage, rŽvle en quelque sorte lÕitinŽraire et les idŽes esthŽtiques de Catherine Braslavsky, ˆ la fois chanteuse, mŽdiŽviste, musicologue et compositrice. Il souligne ce que la musique reprŽsente pour elle : celle quÕelle Ē aime ˆ entendre Č et Ē celle quÕelle aimerait composer Č.

Son parcours commence judicieusement par un retour aux sources de la musique religieuse avec la sŽquence pour le dimanche de P‰ques : Victimae Paschali laudes attribuŽe ˆ Wipo (XIe sicle), chapelain de Konrad II, Empereur du Saint Empire Romain Germanique. Cette sŽquence a ŽtŽ maintenue par les Pres du Concile de Trente (1545-1563). Puis Catherine Braslavsky se souvient de son Ē mentor en composition Č : Hildegard von Bingen (1098-1179) Ń bŽnŽdictine mystique et compositrice Ń, avec lÕhymne au Saint-Esprit : Spiritus Sanctus vivificans, vita movens omniaÉ Ces textes sont chantŽs avec une remarquable souplesse vocale. Pour ses propres compositions, Catherine Braslavsky exploite aussi lÕinspiration liturgique, en reprenant, par exemple, le texte grec antique du Grand Kyrie traditionnel quÕelle met en musique, ainsi que les textes latins de lÕAgnus Dei, ou encore du De profundis et du Psaume 23 : Si ambulem im medio umbrae mortis, non timebo interprŽtŽ par le ChĻur Terra Sancta et des percussions : une rŽussite du genre. Sa musique est, tour ˆ tour, suggestive, mystŽrieuse, discrte et sՎlve des profondeurs. Elle est ˆ lÕorigine du texte et de la musique de sa Berceuse (Cradle Song) pour lÕEnsemble Terra Sancta, avec des vocalisations imaginŽes, ce qui sera aussi le cas pour Joyfull Pilgrims (Joyeux Plerins). Elle a Žgalement mis en musique le texte si prenant de Joseph Rowe : O You So True, de caractre langoureux et Žvocateur, qui est chantŽ avec insistance, discrtement soutenu, entre autres, par le violoncelle.

RŽsultat de Ē dŽcouvertes et de redŽcouvertes sans cesse renouvelŽes pour toucher et exprimer ce que nous portons au plus profond de nous et qui se rapproche de lÕuniversel Č, cette rŽalisation confirme les propres paroles de Catherine Braslavsky : Ē La musique, comme la vie elle-mme, me semble tre un plerinage dans le temps et lÕespace autant quÕun voyage vers notre nature et donc vers les autres. Č Suivez le guide, il est bon ! Tout pour se laisser entra”ner ˆ sa suite.

 

ƒdith Weber.

 

Stefano GERVASONI : Le PrŽ (op. 70) qui, dans la production de Ratez, occupe une place marquante. Ils en restituent le lyrisme, mais aussi le caractre dansant pour aboutir ˆ un genre de valse, ce qui Ń comme le rappelle M. Murawski Ń, Ē pour Ratez, augmente le tempo pour pouvoir exploser au final et se reposer sur le dernier accord Č. Point dÕorgue trs convaincant et (re)dŽcouverte de ce compositeur franais si attachant, gr‰ce ˆ un Žditeur et des interprtes polonais.

 

 

 

ƒdith Weber.

 

 

RenŽ de BOISDEFFRE : Works for Violin and Piano 1.  Bogdanovich Dejean, violon, Jakub Tchorzewski, piano. 1CD ACTE PRƒALABLE ( "http://www.acteprealable.com/") : AP0362.  TT : 65Õ53.

Voici encore un autre mŽrite du Label ACTE PRƒALABLE qui Ń tout en ayant pour objectif la diffusion du patrimoine musical polonais Ń sÕattache ˆ prŽsenter des compositeurs franais injustement oubliŽs. CÕest le cas de Pierre ƒmile Ratez, mais aussi de RenŽ de Boisdeffre (nŽ ˆ Vesoul en 1838 et mort ˆ VŽzelise (Lorraine) en 1906). Il a ŽtudiŽ la musique auprs de Charles Wagner, la composition avec Auguste Barbereau. Le Prix Chartier, obtenu en 1883, atteste sa prŽdilection pour la musique de chambre. Son Ļuvre nŽoromantique se situe quelque peu dans le sillage de Charles Gounod, Jules Massenet ou encore ƒdouard Lalo et Camille Saint-Sa‘ns, installŽ ˆ Paris en 1843. Jan A. Jarnicki a dŽtectŽ un grand nombre de ses Ļuvres dans diffŽrentes Collections et Maisons dՎdition ; il en a copiŽ certaines et trouvŽ les interprtes adŽquats, soucieux de diffuser ces productions tombŽes dans lÕoubli. CÕest Jakub Tchorzewski, Ē pianiste phŽnomŽnal et musicien de chambre talentueux Č qui lÕa encouragŽ dans ce projet quÕil a rŽalisŽ avec le Ē violoniste serbe exceptionnel Č, Bogdanovich Dejan.

Cette rŽalisation comporte, dÕune part la Deuxime Sonate (op. 50) et Deux Idylles (op. 75) pour piano et violon ; et, dÕautre part : pour violon avec accompagnement de piano : la Suite orientale (op. 42), aux titres Žvocateurs : Sous les palmiers-Rverie ; Chanson arabe, Danse orientale, ainsi que la Suite poŽtique (op. 19), en 6 mouvements : PrŽlude, MŽditation, Berceuse, ƒlŽgie, SŽrŽnade mystŽrieuse et Pastorale. La Sonate n”2 (op. 50) met dÕabord le violon en valeur, puis le piano, aboutissant ˆ un dialogue entre les deux ; la deuxime partie est de caractre joyeux et lŽger, parfois agitŽ ; la troisime, lente et expressive, force sur le lyrisme, et la dernire est plus brillante. Dans ce remarquable duo, chacun sait sÕeffacer au profit de lÕautre ou se mettre en vedette lorsque la partition lÕexige. Jan A. Jarnicki, comme les interprtes, ont rŽussi ˆ communiquer leur enthousiasme pour ce musicien typiquement franais, sensible et lyrique.

 

 

ƒdith Weber.

 

Franz LISZT : Concerts Ē live Č Radio France. Sylvie Carbone, piano. 1CD SKARBO ( "http://www.skarbo.fr/"www.skarbo.fr ) : DSK4164. TT : 74Õ22.

La pianiste Sylvie Carbonel, Žlve de Pierre Sancan au CNSMDP, LaurŽate, entre autres, du Concours Georges Enesco (Bucarest) et de la Julliard School (New York) et titulaire du Prix international Olivier Messiaen, a ŽtŽ invitŽe par de nombreux Orchestres en France et ˆ lՎtranger et a participŽ ˆ des Festivals internationaux (France, Autriche, ƒtats-Unis, Canada). Aprs avoir ŽtŽ professeur au CNSMDP, elle assure actuellement des Masterclasses pour professionnels et amateurs ŽclairŽs.

Ce CD reproduit quatre enregistrements live (Radio France) dÕĻuvres de Franz Liszt (1811-1886). En 1979, elle a interprŽtŽ Ń avec le Nouvel orchestre Philharmonique de Radio France, placŽ sous la direction de Mark Starr Ń la Danse des Morts (Totentanz), Paraphrase sur la sŽquence du Dies irae (crŽŽe par son dŽdicataire, Hans von BŸlow, en 1865), pour piano et orchestre, faisant appel ˆ la technique de la variation. Ce vrai concerto exige une ma”trise pianistique hors normes pour en restituer le caractre vif, la structure solide et le paysage sonore. Le thme est ŽnoncŽ au piano, soutenu par les timbales avec plusieurs rŽpŽtitions jusquՈ la 1re Variation o intervient le basson provoquant pour renforcer lÕeffet du motif qui devient plus volubile dans la 2e Variation ; la 3e, Molto vivace est suivie du Lento, plus calme, Žcrit en canon. Enfin, la 5e, certainement la plus complte, avec un fugato rapide exposŽ au piano qui toutefois ne masque pas au loin la rŽminiscence du Dies irae. Aprs la longue cadence du soliste, lÕAllegro animato se termine de faon Žclatante avec, entre autres, des glissendi aux deux mains.

En soliste et vraie spŽcialiste, elle interprte (1976) la redoutable Sonate en si mineur (dŽdiŽe ˆ Robert Schumann), sÕimpose par ses attaques prŽcises, la mise en valeur des thmes et lÕalternance entre passages dynamiques et mŽditatifs, un Cantabile particulirement expressif, son sens de la construction dans la fugue et lÕatmosphre typiquement romantique. Cet enregistrement se termine par deux autres extraits des Harmonies poŽtiques et religieuses : BŽnŽdiction de Dieu dans la solitude (1980) o se mlent dŽvotion et sentimentalitŽ, mysticisme et contemplation, sonnerie de cloches et rverie, un peu ˆ la manire de Lamartine. Quant ˆ FunŽrailles (enregistrŽ la mme annŽe), de facture plus classique (A B AÕ, avec introduction et coda), cÕest une dŽploration baignant dans le pathŽtique, typique du langage lisztien. Sylvie Carbonel avait dŽcidŽment signŽ une magnifique DŽfense et illustration de la musique de Franz Liszt.

ƒdith Weber.

 

Ē Rock & Roll Christmas Č. 1CD JADE ( "http://www.jade-music.net/") : CD 699 884-2. TT.: 44Õ31.

Sous ce titre quelque peu inattendu et vintage, les ƒditions JADE proposent en quelque sorte une synthse des thmes liŽs aux temps de lÕAvent et de No‘l, avec leur symbolique et imagerie. Aux ƒtats-Unis, les festivitŽs sont annoncŽes le 4e jeudi de novembre, avec la cŽlbre dinde du Thanks Giving Day, puis, le samedi suivant, avec la parade du Pre No‘l (Father Christmas). Dans les pays germaniques  et en Belgique notamment, cette Fte commence par la Saint Nicolas (Santa Claus), le 6 dŽcembre, o les enfants attendent un cadeau (Saint Nicolas en pain dՎpices, en chocolat ou autresÉ) dŽposŽ devant la cheminŽe. Ce temps Žvoque aussi lÕhiver, le froid et la neige qui accompagnent gŽnŽralement le No‘l chrŽtien et la fte plus populaire.

Dans les annŽes 1950, le RockÕnÕRoll sÕest aussi inspirŽ de cette tradition multisŽculaire et de cette fte de lÕenfance. La compilation commence avec RockinÕ Around The Christmas Tree (cŽlŽbrant lÕarbre de No‘l) de Brenda Lee, au rythme chaloupŽ. Elvis Presley est notamment reprŽsentŽ par Santa Bring My Baby Back To Me (plage 2), Santa Claus Is Back in Town (pl. 10) pour chĻur et instruments. En 1958, Marlene Paul voulait passer No‘l avec Elvis : I Wanna Spend Chrismas With Elvis. Chuck Berry figure, entre autres, avec son incontournable chef-dÕĻuvre : Merry Christmas Baby (pl. 3), o il sÕaccompagne ˆ la guitare et fait preuve dÕun rare sens du rythme, et Run, Rudolf, Run (pl. 12). Boogie Woogie Santa Claus (Mabel Scott & Maxwell Davies, pl. 7) est chantŽ sur un fond de fanfare (Band) Žclatant et trs scandŽ.

Ces 19 pices brves (2 ˆ 3 minutes) cŽlbrent lÕArbre de No‘l, Santa Claus, lÕEnfant, mais aussi les cloches, le bonhomme de neige (Snowman), le froid. Elle se termine Žvidemment en souhaitant une heureuse annŽe (A Happy New Year) ˆ lÕEnfant. Il sÕagit vraiment de tubes et de chants de No‘l ˆ succs. Cette compilation de Christmas Rocks intŽressera jeunes et moins jeunes.

 

 

ƒdith Weber.

 

Ē Symphonic Christmas Č.  VivaVoce. Philharmonie de chambre de Saint Petersbourg, dir. Enrique Ugarte. 1CD RONDEAU PRODUCTION ( "http://www.rondeau.de/") : ROP6136. TT : 53Õ12.

Voici encore un disque dŽcapant pour le temps de No‘l. LÕA cappella Band russe, VivaVoce (fondŽ en 1998) Ń comportant 5 chanteurs de tempŽraments diffŽrents Ń associŽ ˆ La Philharmonie de chambre de Saint Petersbourg (crŽŽe en 1990) et dirigŽs par Enrique Ugarte, proposent un tout nouvel Ē habillage Č quelque peu dŽroutant de chants de No‘l (Weihnachtslieder) classiques. Parmi les thmes habituels, figurent : la crche, la naissance de lÕEnfant, la bŽnŽdiction du soir, mais aussi les cloches, le bonhomme de neige glacŽ, le paysage blancÉ  (comme dans le CD Rock & Roll Christmas).

Le programme sÕouvre sur le no‘l allemand Žvoquant la crche : Ich steh an deiner Krippen hier, dÕaprs le texte de Paul Gerhard et un arrangement vocal et instrumental trs vivant, et se poursuit avec Maria durch ein Dornwald ging de GŸnther Raphael (1903-1960) dans lÕadaptation vocale de David Lugert, et instrumentale du chef, Enrique Ugarte. Les textes anglais comportent des arrangements de De [The] King is born today (pl. 2) et Jingle Bells (pl. 6) de James Lord pont. Parmi les 12 No‘ls, se trouve Žgalement un No‘l russe (Au milieu de la nuit calme). Tout en cŽlŽbrant No‘l, ces interprtes sՎrigent contre le consumŽrisme et la folie des cadeaux (cf. le chant Wir schenken uns nix Ń Nous ne nous offrons rien). Symphonic Christmas Ē made in Russia Č : un mŽlange de tradition et de dŽpaysement.

 

ƒdith Weber.

 

Ē Music from the Motion Pictures Č.  Veriko Tchumburidze, violon, Anastasia Voltchok, piano. Orchestre dՃtat de Brandebourg (Francfort), dir. Howard Griffith. 1CD KLANGLOGO ("http://www.klanglogo.de/"www.klanglogo.de ) : KL 1518. TT : 62Õ 28.

Le Label allemand KLANGLOGO, lÕOrchestre dՃtat de Brandebourg (Francfort), avec le concours de Veriko Tchumburidze (violon) et dÕAnastasia Voltchok (piano) placŽs sous la direction de Howard Griffiths, proposent un programme de musiques de films ayant connu un succs retentissant.

Les amateurs de cinŽma et de Ē tubes Č du XXe sicle retrouveront avec plaisir ces rŽsonances sonores particulires qui leur remettront sans doute en mŽmoire le contexte visuel. Ė commencer par la 20th Century Fox Fanfare (Alfred Newman, 1901-1970), puis Dangerous Moonlight (Richard Addinsell, 1904-1977), en passant par Ludwig van Beethoven (1770-1827) illustrant Zardoz Knowing & The KingÕs Speech, ou encore Vertigo (Bernard Hermann, 1911-1975), Richard Wagner (1813-1883) pour Apocalypse Now, pour aboutir aux Pirates of The Caribbean (John Williams, nŽ en 1932) et ˆ James Bond (John Barry, 1933-2011) et, bien entendu, lÕincontournable Guerre des ƒtoiles (Star Wars), Žgalement de John Williams.

Voici un condensŽ de 15 films et leurs musiques entra”nantes, trs rythmŽes, envožtantes, exubŽrantes ou mŽlancoliques, au service dÕinfaillibles associations dÕidŽes musicales et visuelles. Elles sont recrŽŽes et suggŽrŽes avec tant dÕautoritŽ par Howard Griffiths et son Orchestre : ils sÕy donnent Ē ˆ cĻur joie Č. ƒmanant du Festival de Zurich, cette rŽalisation permet le passage de la salle de cinŽma au domicile des amateurs de musique de film. Voyage immobile garanti.

 

ƒdith Weber.

 

 

Ē I 7 Peccati Capitali Č.  Claudio MONTEVERDI : extraits de Orfeo, LÕIncoronazione di Poppea, l ritorno dÕUlisse in patria. Libri dei Madriagali III, IV & VIII. Selva Morale e spirituale. Mariana Flores, Francesca Aspromonte, Francesca Boncompagni, sopranos, Christopher Lowrey, contre tŽnor, Emiliano Gonzalez-Toro, Mathias Vidal, tŽnors, Gianluca Buratto, Philippe Favette, basses. Cappella Mediterranea, dir. Leonardo Garcia Alarc—n. 1CD Alpha : Alpha 249. TT . :72Õ24.

Partant de la constatation que passions et Žmotions humaines sont au cĻur de lÕĻuvre de Monteverdi, lÕinfatigable Leonardo Garcia Alarc—n a eu lÕidŽe de construire un programme sur les sept pŽchŽs capitaux quÕil met en ab”me avec sept vertus. En puisant aussi bien dans les trois opŽras, et en particulier dans les intrigues dites secondaires, que dans les Livres de madrigaux ou dans La Selva morale e spirituale. Et dÕindiquer que ce programme est Ē une catharsis thŽ‰trale et madrigalesque au sens grec de ŌÕpurificationÕÕČ. LÕintŽrt en est autant musicologique puisque mettant en lumire ce quÕest la seconda pratica, que didactique, ouvrant la voie au rapprochement ou ˆ la confrontation entre morceaux illustrant les vanitŽs humaines. Aprs lÕEspŽrance (duo de PoppŽe et dÕArnalta du Couronnement de PoppŽe), et la ProdigalitŽ (Quattro scherzo delle rose vaghezze, 1624), vient la Paresse, illustrŽe par un extrait du dialogue des deux soldats du Couronnement de PoppŽe. Puis lÕEnvie, avec le quatuor de la scne 4 de lÕacte I du Retour dÕUlysse dans sa patrie, la ChastetŽ (VIII me Livre des Madrigaux). LÕOrgueil est illustrŽ par le duo paroxystique entre NŽron et SŽnque du Couronnement de PoppŽe, et lÕAvarice par celui entre NŽron et Lucain du mme opŽra. Quant ˆ lÕHumilitŽ, cÕest un extrait de la Selva morale qui la reprŽsente. A la Gourmandise (duo entre Iro et Eumte du Retour dÕUlysse), est opposŽe la TempŽrance (air de Mercurio du Retour dÕUlysse, Žcrit par Garc’a Alarc—n sur le seul texte restant). La Luxure (IV me Livre des Madrigaux), est opposŽe ˆ la CharitŽ (extrait dÕOrfeo : aria Ē Orfeo io son Č). Enfin ˆ la Colre (III me livre des Madrigaux), plus rentrŽe que dŽmonstrative, chantŽe ˆ cinq voix, fait suite, et pour conclure ce parcours, le Courage (VIII me Livre de Madrigaux). Les voix, deux sopranos, deux tŽnors, un contre tŽnor et deux basses, sont rompues ˆ ce dŽlicat exercice tant de lÕopŽra et de ses modes expressifs plus ou moins outrŽs que de la musique sacrŽe et de la virtuositŽ quÕelle exige. Le petit ensemble instrumental constituŽ de deux violons, une viole de gambe, une basse de violon, un thŽorbe, un archiluth, une harpe et lÕorgue, contribue ˆ donner de ces pices une lecture vivante et pŽnŽtrante et ˆ leur confŽrer dans leur succession originale une force nouvelle et tout ˆ fait singulire. Un bel hommage rendu au 450 anniversaire de la naissance de Claudio Monteverdi en 1567.

 

 

Jean-Pierre Robert.

 

Ē Serpent & Fire Č.  Extraits dÕopŽras de Henri PURCELL : Dido & Eneas. Christopher GRAUPNER : Dido, Kšnigin von Karthago. Antonio SARTORIO : Giulio Cesare in  Egitto. Daniele DA CASTROVILLARI : La Cleopatra. George Frideric HANDEL : Giulio Cesare in Egitto. Johann Adolf HASSE : Didone abbandonata, Marc Antonio e Cleopatra. Francesco CAVALLI : Didone. Anna Prohaska, soprano. Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini. 1CD Alpha : Alpha 250. TT.: 70Õ10.

 

Autre CD ˆ thme chez le mme Žditeur : la mise en miroir des deux reines dÕAfrique que sont Didon et ClŽop‰tre ˆ travers quelques compositeurs du Baroque cŽlbres et moins connus. Un passionnant florilge imaginŽ par Anna Prohaska pour inaugurer sa nouvelle signature avec le label. La reine de Carthage est illustrŽe dÕabord par Henry Purcell dans son Dido & Eneas, avec plusieurs extraits dont Ē Ah! Belinda, I am pressÕd with torment Č, puis Ē Remember me Č ou encore le grand lamento final Ē  Thy hand, Belinda...Č. CÕest lˆ le triomphe de lՎconomie de moyens. Il en va bien autrement de la Didone de Francesco Cavalli (1641), sur un livret de Busenello, prototype de lÕopŽra vŽnitien et un des premiers ˆ tre reprŽsentŽ dans la citŽ des doges : musique colorŽe, chatoyante presque comme dans lÕaria finale de lÕhŽro•ne donnŽe ici. Elle lÕest aussi par la Dido, Kšnigin von Karthago de lÕallemand Christopher Graupner (1683-1760), dont deux arias montrent une femme autoritaire. Johann Adolf Hasse (1699-1783) a lui aussi Žcrit une Didone abbandonata en 1743 sur un livret de Metastasio. La voluptueuse ClŽop‰tre face ˆ CŽsar a ŽtŽ peinte en musique par plusieurs musiciens dont au premier chef Haendel dans son Giulio Cesare in Egitto. On connait les diverses arias acrobatiques quÕil lui rŽserve. Anna Prohaska a choisi de la poŽtique Ē Se pieta Č. Elle a fait choix encore dÕune aria du Gulio Cesare dÕAntonio Sartorio (1630-1680), une musique attractive pour dŽcrire toute lÕespiglerie de celle qui veut rŽgner sur le cĻur du romain. Autre vision de ce personnage fascinant, celle que trace dans La Cleopatra, le compositeur vŽnitien Daniele de Castrovillari (c.1613-1678) avec des accents pathŽtiques. RaretŽ encore, pour illustrer cette fois les amours de ClŽop‰tre et de Marc Antoine, le MarcÕAntonio e Cleoaptra

de Hasse (1725), avec une aria hŽro•que, plus que dŽcidŽe, composŽe pour le castrat Farinelli. La fraicheur de la voix dÕAnna Prohaska, les diverses facettes de son talent de comŽdienne, la spontanŽitŽ avec laquelle elle adapte le chant aux exigences des diverses styles abordŽs, en un mot son aisance, tout cela fait de cette galerie dÕarias dÕirrŽsistibles portraits de femmes au destin hors norme. Le disque est entrecoupŽ de sŽquences instrumentales empruntŽes ˆ Matthew Locke (The Tempest, 1667), Purcell (The fairy Queen), Luigi Rossi ou Dario Castello que Giovanni Antonini et son ensemble Il Giardino Armonico abordent avec la mme perspicacitŽ que celle quÕils prodiguent dans lÕaccompagnement du chant.

 


Jean-Pierre Robert.

 

Charles DOLLƒ: Trois Suites pour viole de gambe avec la basse continue de la Deuxime Īuvre. Robin Pharo, Ronald Martin Alonso, viole de gambe, Thibaut Roussel, thŽorbe et guitare baroque, Loris Barrucand, orgue, Ronan Khalil, clavecin. 1CD Paraty : 416145. TT. : 70Õ06.

 

Voici un ovni musical! Charles DollŽ (ca.1710- ca.1755) est si peu connu quÕil en est tombŽ dans lÕoubli. Il nÕeut pas la chance dÕappartenir ˆ une famille de musiciens cŽlbres et dՐtre le fils de son pre, comme ses contemporains Roland Marais, fils de Marin Marais, et Jean-Baptiste Forqueray, fils dÕAntoine Forqueray. Il nÕeut pas non plus le privilge dÕobtenir un poste officiel de musicien du roi. Il se limitera ˆ enseigner son instrument, la basse de viole, et ˆ composer quelques Ļuvres marquantes dans la tradition des deux grands ma”tres prŽcitŽs ˆ un moment o la musique franaise pour viole de gambe amorait son dŽclin. Mais comme le remarque Robin Pharo, Ē la musique de DollŽ dŽploie un univers expressif extrmement riche, aussi mŽlodique que celle de Marin Marais, aussi virtuose que celle dÕAntoine Forqueray, aussi ciselŽe que celle de Franois Couperin Č. Sa Deuxime Īuvre pour basse de viole de gambe avec la basse continue, publiŽe ˆ Paris en 1737, est constituŽe de trois Suites, chacune composŽe dÕun prŽlude et de sept danses, toutes fort variŽes et trs ornementŽes. LÕagencement des diverses sŽquences crŽŽ dÕagrŽables contrastes voire des effets de surprise. Ainsi remarque-t-on dans la Premire Suite en sol majeur le troisime morceau intitulŽ Ē Le Tendre Engagement Č, presque lascif, un vif Ē Rondeau le Gruer Č  (n”4), ou une Ē Fugue Č trs imaginative avec une sorte de cadence (n”6) ou encore une Ē Musette La Favorite Č proposant un ŽlŽgant dialogue entre viole de gambe et clavecin. La Deuxime Suite en do mineur, qui fait intervenir lÕorgue positif ds le PrŽlude, se distingue par une Ē Allemande La fire Č extrmement dŽcidŽe (n”2), une Ē Sarabande Č ample et trs expressive (n”5) et surtout, en septime position, une pice beaucoup plus dŽveloppŽe titrŽe Ē Tombeau de Marais le Pre Č. Conu comme un hommage au grand musicien, peut-tre ˆ un ma”tre par son Žlve. Le morceau inhabituellement long sÕouvre par une introduction de la seule viole de gambe et encha”ne une sŽrie de cinq variations jouant sur la dynamique de lÕinstrument soliste et son pouvoir hautement expressif notamment dans le registre aigu. De la Troisime Suite en la majeur se dŽtachent un Ē Tambourin Č, ostinato dans le style de danse populaire (n”3), une Ē Musette Č avec refrain lancinant comme si jouŽe par une vielle (n”5) et un Ē Carillon Č trs rythmŽ dans ses accords pointŽs (n”8). Dans ces pices mettant en valeur lÕinstrument, le jeune Robin Pharo (*1990), formŽ ˆ lՎcole, entre autres, de Christophe Coin et de Sigiswald Kuijken, est plus que didactique, animŽ dÕune passion sincre pour une musique quÕil dŽfend bec et ongle. Ses quatre partenaires prodiguent lÕaccompagnement idoine. A dŽcouvrir.


 

Jean-Pierre Robert.

 

Wolfgang AmadŽ MOZART : Le Nozze di Figaro. Opera buffa en quatre actes. Livret de Lorenzo Da Ponte. Thomas Hampson, Sonya Yoncheva, Luca Pisaroni, Christiane Karg, Angela Brower, Anne Sofie von Otter, Rolando Villaz—n, Maurizio Muraro, Jean-Paul FouchŽcourt, Regula MŸhlemann. Vocalensemble Rastatt. Chamber Orchestra of Europe, dir. Yannick NŽzet-SŽguin. 3 CDs DG : 479 5945. TT.: 61Õ11+72Õ11+40Õ12.

 

Cette nouvelle version des Noces de Figaro sÕinscrit dans le cadre de lÕintŽgrale en cours dirigŽe par Yannick NŽzet-SŽguin et enregistrŽe live lors de concerts au Festspielhaus de Baden-Baden, cette fois en juillet 2015. Et censŽe offrir le nec plus ultra de lÕinterprŽtation mozartienne actuelle. Ce qui la distingue certainement est la direction du chef canadien qui, ˆ la tte du Chamber Orchestra of Europe, bŽnŽficie dÕune phalange rompue ˆ pareil exercice : souplesse du phrasŽ, soyeux des cordes, brio et charme des vents et surtout un rendu sonore dÕune verve qui ne se dŽment ˆ aucun moment. PassŽe une ouverture prestissime nantie dÕune coda menŽe ˆ train dÕenfer, elle offre une lecture trs architecturŽe et dÕune rare sensibilitŽ pour le chant que ce soit dans lÕaccompagnement des rŽcitatifs (avec le continuo du pianoforte) et des arias ou quant ˆ lÕagencement des ensembles. Dans les premires, on se dŽlecte du soin apportŽ aux bois, clarinette et autres dans Ē Porgi amor Č ou Ē Voi que sapete Č et de la fluiditŽ du discours. Pour ce qui est des seconds, les diffŽrences de perspective sont mŽnagŽes avec un sens innŽ de la scne. Ainsi du finale de lÕacte II et de ses ruptures de rythmes ou encore de la fin de lÕacte IV. A ce propos, on remarque aussi une volontŽ de mise en scne sonore fort imaginative mŽnageant habilement les moments dÕapartŽ. La prise de son mŽnage un excellent Žquilibre orchestre-chant, ce qui est fort mŽritoire, compte-tenu des contingences du direct. Lˆ o lÕexercice en studio peut para”tre sophistiquŽ, on gagne ici en spontanŽitŽ comme en immŽdiatetŽ, ce sens de lՎvŽnement qui donne lÕimpression de la scne.

 

La distribution, malgrŽ quelques changements de dernire heure (Sonya Yoncheva pour Diana Damrau, Thomas Hampson en lieu et place de Bryn Terfel), est de haut niveau. Elle est dominŽe par le personnage titre : le Figaro de Luca Pisaroni est de la trempe des grands. Comme lÕa montrŽe son interprŽtation du Conte, lՎtŽ dernier ˆ Salzbourg, cet artiste a atteint dŽsormais le top pour incarner les grands r™les de barytons mozartiens : vraie ŌÕitalianit‡ÕÕ du timbre, engagement, esprit, bagout, on le dirait sur le plateau de quelque production. L'air Ē Se vuol ballare Č, avec appogiatures, est brillant, le Ē Non piu andrai Č grandiose, surtout avec lÕaccompagnement flamboyant de NŽzet-SŽguin, et lÕair du IV me acte mordant ˆ souhait. Sa Susanna, Christine Karg, manifeste pareil investissement : enjouŽe, bien dans sa peau, et dotŽe dÕun beau soprano. Les duos avec Figaro, avec La Contessa ou avec Cherubino (le court Žchange saccadŽ avant la fuite de ce dernier par le balcon) sonnent ''vrais''. Et la concurrence ici n'est pas mince. L'air Ē des marronniers Č couronne une interprŽtation de classe. Le Cherubino dÕAngela Brower est jeune et parfaitement crŽdible : un Ē Non so piu Č haletant, la dernire sŽquence rŽflŽchie sans affectation inutile, et un Ē Voi que sapete Č aussi sincre quՎmouvant. SÕil nÕa plus la stamina dÕantan, qui fit flores dans son Don Giovanni ˆ Salzbourg, Thomas Hampson offre un Comte de stature, autoritaire en diable, mais ayant tendance ˆ surjouer le personnage. LՎchange avec Susanna Ē Crudel perche finora Č est un peu appuyŽ et le grand air du dŽbut du III me acte assŽnŽ ˆ pleine voix. La Contessa de Sonya Yoncheva est magistralement chantŽe : la voix large, crŽmeuse, produit un Ē Porgi amor Č dÕun fin legato et justement mŽlancolique, et Ē Dove sono Č est impeccable. Mais la vision est plus proche du style bel cantiste que de la pure ligne mozartienne. Comme dans les prŽcŽdents volumes de la sŽrie (Don Giovanni, Cos’ fan tutte, Die EntfŸhrung aus dem Serail), on a soignŽ les autres r™les en faisant appel ˆ de jeunes pousses (Regula MŸhlemann, attrayante Barbarina, Maurizio Muraro, sonore Bartholo) comme ˆ des stars maison : Anne Sofie von Otter, Marcellina, qui tire son Žpingle du jeu dans lÕair ˆ vocalises du dernier acte, et montre une science consommŽe de la scne (duo avec Susanna au Ier acte), Rolando Villaz—n, histrion Basilio, qui insiste sur le c™tŽ comique du personnage et en fait dŽcidŽment beaucoup, la voix large obligŽe souvent de passer en force, quoique curieusement, lÕair du IV le montre plus sage. JusquՈ Jean-Paul FouchŽcourt pour un Don Curzio amusant et parfaitement en situation. Au total, sans doute pas la version moderne Ē idŽale Č. Mais est-ce rŽalisable ? Et aucunement apte ˆ dŽtr™ner les grandes versions du passŽ (comme celle de Karl Bšhm chez le mme Žditeur, par exemple). Mais une interprŽtation qui vaut dՐtre ŽcoutŽe, par son indŽniable zest, largement dž ˆ lՎlan imprimŽ par le chef.

 


Jean-Pierre Robert.

 

Ē Unknown classical Clarinet Sonatas Č. Xavier LEFEVRE : Sonate N” 3 op. 12. Samuel Friedrich HEINE : Sonate. Franois BAISSIERE : Sonate op. 3 N”1. Paul Friedrich STRUCK : Gran Duo op. 7. Carl ARNOLD : Sonate op. 7. Luigi Magistrelli, clarinette, Chiara Nicola, piano, Elisabetta Soresina, violoncelle. 1CD Gallo : 1476.  TT.: 78Õ26.

Ce disque regroupe cinq pices pour clarinette de compositeurs quasiment inconnus ; qui s'Ē ils ne sont pas de chefs dÕĻuvres, mŽritent considŽration pour leur Žcriture originale et idiomatique Č, souligne lÕinterprte Luigi Magistrelli. TŽmoin du r™le important que prend lÕinstrument ˆ la pŽriode classique. Xavier Lefevre (1763-1829), musicien franco-suisse, auteur dÕune mŽthode de clarinette (1801), a Žcrit une quinzaine de sonates pour clarinette et basse continue. La sonate N” 3 de lÕop. 12 est dans un style lyrique, en particulier ˆ lÕadagio. La sonate de Samuel Friedrich Heine (1764-1821), flžtiste et compositeur prolixe, offre un allegro consŽquent parŽ dÕune floraison de thmes et un finale scherzando Žclatant dans des unissons bien sonnants. Franois Baissire, actif dans les premires dŽcades du XIX me, clarinettiste et professeur ˆ Reims, a Žcrit six sonates pour clarinette op. 3 dont la premire, jouŽe ici avec continuo, se distingue par un allegro dŽclamatoire et un andante ˆ variations. Paul Friedrich Struck (1776-1820) a composŽ, entre autres, un Grand Duo op. 7, en fait une sonate ˆ quatre mouvements qui sort du lot : un mŽlodieux premier mouvement bien enlevŽ avec une pointe de dramatisme, un adagio inventif, un Ē Aria con variationi Č, sorte dÕallegretto bel cantiste, et un rondo final alla Polacca concluant sur une note dansante. Enfin Carl Arnold (1794-1873), pianiste norvŽgien, offre dans sa sonate op. 7 de 1814 une partie de piano plus dŽveloppŽe et ŽlaborŽe. Celle de clarinette nÕest pas moins brillante, ce qui se mesure dans lÕallegro o les deux instruments jouent ˆ part Žgale. Le Minuetto semble laisser ˆ la clarinette une place plus enviable. Le finale qui dŽbute par une courte sŽquence adagio con espressione avec une lŽgre citation du Concerto pour clarinette de Mozart, enchaine un allegro trs allant o le clavier tresse un Žcrin rutilant ˆ la clarinette. Le milanais Luigi Magistrelli apporte ˆ ces pices toute sa conviction et une technique infaillible.


Jean-Pierre Robert.

 

Robert SCHUMANN : Concerto pour piano et orchestre op. 54. Ludwig van BEETHOVEN : Concerto pour piano N” 2 op. 19. Annie Fischer, piano, Philharmonia Orchestra, dir. Carlo Maria Giulini (Schumann). LŽon Fleisher, piano, Orchestre suisse du Festival de Lucerne, dir. George Szell (Beethoven). 1CD Audite : 95.643. TT.: 60Õ01.

Voici encore deux interprŽtations exemplaires tirŽes des archives sonores du Festival de Lucerne : le rapprochement singulier de deux pianistes de lŽgende et de chefs non moins prestigieux. Le Concerto pour piano op. 54 de Robert Schumann, crŽŽ par Clara Schumann en 1841, a souvent ŽtŽ associŽ ˆ une interprte fŽminine (Martha Argerich, Maria Joao pires, pour ne citer que des contemporaines) et la hongroise Annie Fischer (1914-1995) ne fait pas exception ˆ cette rgle. Ē La grande dame du pianoforte Č, selon Sviatoslav Richter, laurŽate du concours international de piano Franz Liszt en 1933, a menŽ une carrire soigneusement rŽflŽchie qui ne la vit qu'une seule fois se produire ˆ Lucerne, ce 3 septembre 1960. Le jeu solide, presque rude avec lequel elle aborde le premier mouvement, dŽjˆ lancŽ avec brillance par Giulini, se pare vite dÕune expressivitŽ extrme pour diffŽrentier lyrisme et puissance, jusqu'ˆ une coda preste, lŽgre. Le dŽbut de l'intermezzo est empli de quelque mystre par la manire retenue du chef italien, et la cantilne de violoncelle chante comme un air d'opŽra pour introduire le discours hautement poŽtique de la soliste. Le finale vivace respire une grande joie. Pas de virtuositŽ inutile ici, une grande probitŽ avec juste ce qu'il faut d'accŽlŽration pour dynamiser le dŽveloppement alors que la coda retrouve le formidable allant du premier mouvement. Un beau partenariat et une exŽcution de grande classe. L'amŽricain LŽon Fleisher (*1928) que Pierre Monteux n'hŽsita pas ˆ titrer de Ē dŽcouverte pianistique du sicle Č, connut une premire partie de carrire fulgurante jusqu'ˆ ce qu'une maladie invalidante appelŽe dystonie focale, en 1963, ne le contraigne ˆ ne plus jouer que de la main gauche. Il fera un Žtonnant come back en 2008, ˆ Lucerne prŽcisŽment, aprs avoir recouvrŽ l'usage de la main droite. Le prŽsent concert, du 29 aožt 1962, le trouve au sommet de ses moyens dans le Deuxime concerto op. 19 de Beethoven, accompagnŽ par George Szell, autre grand de la baguette. Leur interprŽtation est originale, le soliste ne partageant pas nŽcessairement la vision musclŽe du chef et pour tout dire ''romantique''. En effet, l'allegro con brio, trs articulŽ c™tŽ orchestre, tranche avec le jeu perlŽ du soliste, ciselŽ dans le dŽveloppement que le chef mne ˆ une allure trs soutenue. On ne trouve aucune virilitŽ exacerbŽe dans le jeu de Fleisher, en particulier ˆ la cadence qui Žvolue avec un grand naturel. L'adagio est entamŽ trs large par Szell, mais le soliste impose vite sa fine cantilne, plus stylistiquement en phase avec ce Beethoven de la premire pŽriode. Le rondo allegro molto dŽveloppe une Žnergie bondissante chez Fleisher et on a le sentiment qu'enfin les deux musiciens s'accordent sur une mme idŽe, mme si le tempo est enlevŽ presque haletant. Un intŽressant tŽmoignage du pianisme de l'amŽricain.   

 


 

Jean-Pierre Robert.

 

Gustav MAHLER : Lieder eines fahrenden Gesellen. RŸckert Lieder. Der Abschied (ext. De Das Lied von der Erde). Barbara Hendricks. Swedish Chamber Ensemble, piano et dir. : Love Derwinger. 1CD Arte Verum: ARV014. TT.: 63Õ48.

Ce programme consacrŽ ˆ des Lieder de Gustav Mahler est intŽressant puisque juxtaposant deux des grands cycles et une pice plus rare, du moins telle que tirŽe de son contexte : le dernier Lied du Chant de la terre. Les Lieder eines fahrenden Gesellen, composŽs en 1884-1885 sur des textes du musicien lui-mme, ont une origine autobiographique puisque dŽdiŽe ˆ la cantatrice Johanna Richter avec laquelle il avait eu une expŽrience sentimentale malheureuse. Leurs quatre morceaux reprennent le thme de lÕerrance, comme Schubert dans son Winterreise : celle dÕun jeune homme poursuivant le souvenir de la bien aimŽe. Le cycle conu avec accompagnement de piano, a ŽtŽ orchestrŽ en 1896. Le timbre de Barbara Hendricks surprend ici dans des pices associŽes ˆ celui plus large de mezzo (ou de baryton chez les messieurs). Et si le soprano a pris plus dÕampleur au fil des ans, le couleur nÕest pas assez sombre pour traduire ce cheminement tragique. Reste que cette interprŽtation prŽsente lÕavantage de donner ˆ entendre lÕarrangement pour orchestre de chambre rŽalisŽ par Arnold Schoenberg. Et ici soigneusement dŽfendu par lÕEnsemble de chambre de Sude et Love Darwinger. Les RŸckert Lieder (1901-1902) forment un cycle de 5 pices relativement courtes, ˆ lÕexception des deux dernires, et empreintes de la poŽsie raffinŽe de Friedrich RŸckert. La suprme mŽlodie mahlŽrienne est ici ˆ son meilleur, en particulier dans le 1er Lied Ē Ich atmetÕ einen linden Duft Č (je respire un doux parfum de tilleul), dÕune poŽsie presque immatŽrielle, ou ˆ lÕavant dernier Ē Ich bin der Welt abhanden gekommen Č (je suis perdu pour le monde), dÕune profondeur poignante par son recueillement, et au cinquime, Ē Um Mitternacht Č (A minuit), dÕun dŽpouillement total, un sommet de la musique vocale du musicien. Lˆ aussi, et peut-tre plus encore, alors quÕaccompagnŽe par le seul piano, la chanteuse est taxŽe par des pices requŽrant un registre grave dŽveloppŽ. On sent par trop le mŽtier et lÕintonation est parfois curieuse, nantie dÕun large vibrato. Le disque comprend encore Ē Der Abschied Č (lÕadieu), sixime et dernier Lied du Chant de la terre et le plus dŽveloppŽ puisquՈ lui seul dÕune durŽe Žquivalente aux cinq autres. Lˆ encore dans la version de chambre rŽalisŽe par Schoenberg. Double originalitŽ que dÕentendre ce chef dÕĻuvre hors de son contexte et dans cette exŽcution ŌÕrarŽfiŽeÕÕ du point de vue sonore. Mais lˆ encore Schoenberg a parfaitement recrŽŽ lÕatmosphre, en particulier dans lÕintermde instrumental mŽdian. Barbara Hendricks en dŽroule les divers sŽquences avec gožt mais de nouveau on est frustrŽ par un dŽfaut de grave qui ™te ˆ ces pages leur souveraine ampleur, en particulier sur le mot Ē Ewig Č rŽpŽtŽ ˆ satiŽtŽ. Pour les fans de la grande chanteuse.

 


Jean-Pierre Robert.

 

Benjamin BRITTEN : A Ceremony of Carols, op. 28. Missa Brevis, op. 63.Three Carols for Upper Voices. Three Two-Part Songs. Friday afternoon, op. 7. Janna Hovhannisyan, harpe, Anna Bakunts, orgue, Marine Margaryan, piano. Little Singers of Armenia Choir, dir. Tigran Hekekyan. 1CD Gallo : CD -1452 B. TT.: 73Õ18.

Le ChĻur des Petits chanteurs dÕArmŽnie, fondŽ en 1992, constituŽ dÕune quarantaine de jeunes de 11 ˆ 18 ans, a acquis un niveau exceptionnel sur le plan international pour tre invitŽ aussi bien en Europe quÕaux ƒtats-Unis, au Moyen Orient ou en Extrme Orient. Il a dŽjˆ ŽtŽ reconnu comme Ē ChĻur de lÕUnion EuropŽenne Č et dŽsignŽ Ambassadeur auprs de la FŽdŽration EuropŽenne de ChĻurs en 2001. Leur nouveau disque est consacrŽ ˆ lÕĻuvre pour chĻurs dÕenfants de Benjamin Britten. Le grand compositeur anglais a trs t™t Žcrit pour ce type de formation. Les Three Carols for Upper Voices sont constituŽs de trois pices disparates Žcrites, respectivement, en 1929, 1931 et 1967 et publiŽes telles quelles cette dernire annŽe. Three Two-Part Songs, de 1932, sur des pomes de Walter De la Mare, est la premire composition publiŽe de Britten. Friday Afternoon (1933-1935) op.7 est Žcrit pour chĻur dÕamateurs et piano. Il sÕagit de douze comptines pour enfants, dÕauteurs divers dont plusieurs anonymes, et dÕune grande sobriŽtŽ dՎcriture. Y alternent des morceaux amusants ou de petits drames, mettant en valeur la douceur des voix dÕenfants. LÕĻuvre la plus cŽlbre est sans doute A Ceremony of Carols op. 28, de 1943, pour harpe et chĻurs dÕenfants. LÕĻuvre est constituŽe de douze numŽros dont une introduction a cappella (Ē Procession Č) sur lÕhymne grŽgorien Ē Hodie Christus natus est Č, lequel est repris dans le postlude (Ē Recession Č), ce qui confre une unitŽ ˆ lÕensemble. Les textes sont inspirŽs de pomes de No‘l anciens dont certains datant du Moyen Age. Britten use dÕune musique modale ŽpurŽe et de dŽlicieux archa•smes. Un interlude pour harpe solo aussi ŽthŽrŽ que fŽŽrique partage l'Ļuvre en son milieu. LÕaccompagnement de harpe participe du climat angŽlique de ces pices o lÕon rencontre tour ˆ tour la tendresse, lÕapaisement, la joie, la sobre dŽploration ou une fire allŽgresse. La combinaison de deux paramtres aux couleurs singulires, les voix aigu‘s et la harpe, contribue aussi au grand dŽpouillement. A noter que le prŽsent enregistrement utilise une version pour chĻurs dÕenfants et deux voix de femmes, soprano et mezzo-soprano. Enfin, la Missa Brevis op. 63 (1959) a ŽtŽ Žcrite ˆ lÕattention de George Malcolm et du chĻur de garons de la CathŽdrale de Westminster quÕil dirigeait alors, aprs les avoir entendus interprŽter A Ceremony of Carols prŽcisŽment. Cette Ļuvre dÕune dizaine de minutes, pour orgue et chĻurs dÕenfants, dŽploie un art rayonnant, jubilatoire et une Žcriture contrapuntique trs complexe (Sanctus), sur de curieux accords dissonants de lÕorgue (Agnus Dei). Au fils de toutes ces pices trs exigeantes techniquement, les Petits Chanteurs dÕArmŽnie font montre dÕune fraicheur, dÕune spontanŽitŽ Žtonnantes, sans parler dÕune diction anglaise irrŽprochable.   


Jean-Pierre Robert.

 

Serge PROKOFIEV : Concertos pour violon et orchestre N” 1, op. 19  & N” 2, op. 63. Sonate pour violon seul, op. 115. Vadim Gluzman, violon. Estonian National Symphony Orchestra, dir. Neeme JŠrvi. 1CD Bis : 2142. TT.: 60'21.

Trente ans sŽparent les diverses compositions de ce programme : les deux concertos de violon, composŽs respectivement en 1917 et en 1935, et la sonate pour violon seul de 1947. Riche idŽe de les rŽunir. Serge Prokofiev Žcrit son Premier concerto de violon op. 19 au mme moment que sa premire symphonie dite Ē classique Č. Il est hautement exigeant pour le soliste dont toutes les possibilitŽs techniques sont sollicitŽes, ˆ l'image du premier mouvement andantino qui associe volubilitŽ et diffŽrences de rythmes et de climats, du rveur au dŽcidŽ. Le scherzo vivacissimo est d'une folle alacritŽ, laissant appara”tre une danse macabre grotesque parŽe des crins crins du violon sur un accompagnement motorique. Quant au finale moderato, le soliste y trace sa mŽlodie envožtante sur un orchestre saccadŽ s'amplifiant dans un dŽveloppement qui va conna”tre comme une apothŽose graduŽe, pour enfin un retour du thme rveur qui ouvrait l'Ļuvre. Vadim Gluzman offre une maitrise confondante se jouant des aspŽritŽs que le compositeur a accumulŽes ˆ l'envi, magnifiŽe par la sonoritŽ lumineuse de son strad Ē ex-Leopold Auer Č de 1690. Il en va de mme du Deuxime concerto op. 63 dont l'Žcriture pour tre moins complexe que dans la pice prŽcŽdente, est tout aussi sŽvre pour le soliste. Le langage est d'un lyrisme encore plus flamboyant et on remarque une plus grande transparence dans l'Žcriture orchestrale, ce qui n'Žtonne pas d'une Ļuvre contemporaine du ballet RomŽo et Juliette. La belle phrase qui l'ouvre prŽlude ˆ un premier mouvement d'un lyrisme vibrant mais o les accidents de parcours sont bien prŽsents. La fascinante cantilne du violon qui entame l'andante assai, d'une grande sŽrŽnitŽ, fait vite place, lˆ aussi, ˆ d'incessants changements de rythmes. Mais la couleur nocturne domine comme aux ultimes mesures jouŽes pizzicato au violon. Le finale introduit une manire percussive chez le soliste pour un dŽveloppement trs motorique avec moult avatars rythmiques. L'interprŽtation de Gluzman est Žblouissante de verve. Enfin la Sonate pour violon seul op. 115, si peu connue, bŽnŽficie aussi d'une interprŽtation de haut vol. Cette courte pice, ˆ l'origine conue pour plusieurs violons jouant ˆ l'unisson, a ŽtŽ crŽŽe dans sa version pour un seul violon, ˆ titre posthume en 1959 par Ruggiero Ricci. Elle se compose de trois mouvements dont le deuxime, andante dolce, thme et variations, est un concentrŽ de techniques violonistiques diverses et variŽes, pourtant au-delˆ du pur exercice. Neeme JŠrvi conduit l'Orchestre symphonique national d'Estonie dont il dont est actuellement le chef permanent, avec autoritŽ et un vrai sens des couleurs. Un bien beau disque de violon, au surplus magistralement enregistrŽ.


Jean-Pierre Robert.

 

Dimitri CHOSTAKOVICH : Trios pour piano, violon et violoncelle N”1 op. 8 et N” 2 op. 67. Sonate pour alto et piano op. 147. Vladimir Ashkenazy, piano, Zsolt-TihamŽr Visontay, violon, Mats Lidstršm, violoncelle, Ada Meinich, alto. 1CD Decca : 478 9382 TT.: 71'44.

Ce CD prŽsente trois Ļuvres de musique de chambre de Chostakovitch bien moins cŽlbres que ses quatuors ˆ cordes. Et qui pourtant mŽritent plus que le dŽtour. Il cŽlbre aussi les liens d'amitiŽ qui unissaient le grand musicien et le pianiste Vladimir Ashkenazy. Le Trio pour piano op. 8, de 1923, compte parmi les premires pices chambristes de son auteur et a ŽtŽ composŽ peu avant la Premire Symphonie. En un seul mouvement, il offre une certaine sŽrŽnitŽ et une grande richesse thŽmatique. Le Deuxime Trio op. 67 est autrement plus consŽquent. ƒcrit en 1944, il est contemporain de la Huitime Symphonie dont il forme un pendant, certes plus concentrŽ, mais tout aussi tragique au fil de ses quatre mouvements. Il est dŽdiŽ ˆ un ami cher, Ivan Sollertinski, historien d'art, rŽcemment disparu, mais tout autant aux dŽsastres de la guerre. Le sombre andante s'ouvre par une phrase du violoncelle dans l'aigu du registre, rejoint par le violon lui aussi suraigu puis le piano qui va tresser un contrepoint sŽvre. Cela s'anime et s'enfonce dans le tragique. L'allegro con brio suivant est un court intermde animŽ de quelques traits grotesques aux cordes. Le largo s'ouvre par une manire de glas du piano sur lequel les cordes tissent une mŽlodie d'une tristesse dŽchirante, comme une lamentation. Le finale qui s'encha”ne, contraste par une sorte de danse macabre dŽsinvolte, vite martelŽe au piano sur des pizzicatos des cordes. Le dŽveloppement se corse dans un climat lˆ encore d'une extrme tristesse. L'Žcriture se signale de nouveau par un gožt prononcŽ pour le registre aigu des deux cordes. La pice se conclut dans un calme qui en dit long sur la tragŽdie ŽvoquŽe. De cette Ļuvre complexe, Vladimir Ashkenazy qu'on a plaisir ˆ retrouver ˆ son cher piano, et ses deux collgues donnent une exŽcution superbement maitrisŽe et poignante.

Le disque comprend une autre autre raretŽ, la Sonate pour alto et piano de juillet 1975, dernire Ļuvre de musique de chambre du ma”tre et son ultime opus achevŽ. Malade, Chostakovitch l'a pourtant rapidement menŽe ˆ bien pour honorer son dŽdicataire, Feodor Droujinine, l'altiste du Quatuor Beethoven. Elle est construite sur le schŽma lent-vif-lent. L'andantino, sous titrŽ Ē Nouvelle Č, d'un calme apparent, dissimule mal une dŽtresse profonde dans le jeu solide du piano et une belle Žloquence de l'alto. L'allegretto, Ē Scherzo Č, b‰ti sur des fragments d'un air de l'opŽra inachevŽ Ē Les Joueurs Č, est allant, nanti d'une rythmique mŽcanique dans la meilleure veine de l'auteur, mettant avantageusement en valeur la partie d'alto. L'Ļuvre atteint son apogŽe avec l'adagio, vaste morceau (d'une durŽe presque Žquivalente aux deux mouvements prŽcŽdents), d'un lyrisme fervent, comme un regard rŽtrospectif sur une vie de bonheur et de dŽsillusions. Des bribes de thmes du premier mouvement de la sonate Ē Clair de lune Č de Beethoven surgissent, comme d'autres citations fugaces de musiciens russes, voire d'auto citations. On y a vu une parentŽ avec le 15 me quatuor op. 144, de l'annŽe prŽcŽdente. L'apparente simplicitŽ de l'Žcriture du piano tranche avec la sinuositŽ de la partie d'alto. Une sorte de cadence de celui-ci renforce le tragique et le mouvement s'achve sur une conclusion d'une insondable rŽsignation. Cette pice intense, Vladimir Ashkenazy et sa consĻur Ada Meinich la portent ˆ bout de bras dans une interprŽtation fusionnelle qui peut se comparer ˆ celle que gravrent nagure Yuri Bashmet et Sviatoslav Richter, c'est peut dire.     


Jean-Pierre Robert.

 

Giovanni BASSANO : Ricercare per strumenti  insieme.  La Guilde des Mercenaires. 1 CD Encelade : ECL 1501. TT : 66Õ03.

 

Giovanni Bassano (1558-1617) est un acteur musical important de la Renaissance italienne, facteur dÕinstruments, virtuose du cornet, collaborateur de Claudio Monteverdi ˆ la Basilique Saint Marc de Venise, chargŽ de diriger diffŽrents effectifs piffari (instruments ˆ vents) compositeur reconnu du Seicento. Ce superbe disque prŽsente un florilge de ses Ļuvres ( Suzanne un jour, Caro dolce ben moi, Tota pulchra es, Frais et gaillard, Ancol che col partire, Oncques amour, Ung gay bergier, Benedicta es, La Rose, Ricercata prima, secunda, terza, quarta, quinta, sesta, settima et ottava, Fantaisies 18, 17, 20, 11, 8 et 5 ) centrŽ sur les huit ricercars pour instruments solo ŽditŽs en 1585, auxquels viennent sÕajouter avec dŽlice  plusieurs ensembles instrumentaux regroupŽs autour du cornet (ˆ bouquin ou muet) ainsi que des chansons ornŽes par Bassano caractŽristiques de lÕart de la diminution dont Žtaient capables les musiciens de cette Žpoque, diminution savante susceptible de passer de la polyphonie la plus complexe ˆ une vŽritable sonate instrumentale. Un disque superbe o la vocalitŽ (sans voix) reste primordiale. Les musiciens de cette pŽriode Žtant tout ˆ la fois, chanteurs, instrumentistes, compositeur loin de la polytomie moderne rŽductrice ˆ laquelle nous sommes habituŽs. Un superbe album magistralement interprŽtŽ dans lÕesprit comme dans la note qui ravira assurŽment tous les amateurs de musique ancienne, dÕinstruments ˆ vent et bien dÕautres encoreÉ Encore une belle rŽussite du label Encelade !

                                      


Patrice Imbaud.

 

Ludwig van BEETHOVEN : IntŽgrale des Sonates pour piano et violon. Pierre Fouchenneret, violin. Romain Descharmes, piano. 3 CDs APARTE : AP129. TT : 82Õ23 + 71Õ53 + 82Õ46.

 

Ce qui frappe lÕauditeur ds la premire Žcoute de cette intŽgrale des sonates pour violon et piano de Beethoven parue chez Aparte, interprŽtŽe par Pierre Fouchenneret et Romain Descharmes, cÕest indiscutablement lÕextrme variŽtŽ des couleurs et la justesse de ton de cette interprŽtation toute entire tournŽe vers lÕexpressivitŽ du discours. Souplesse du phrasŽ, subtilitŽ des transitions, clartŽ des articulations, richesse des nuances, dŽlicatesse, lyrisme, poŽsie, cohŽsion, Žquilibre, virtuositŽ sans thŽ‰tralitŽ, pertinence des tempi assurant une dynamique convaincante sans prŽcipitation, autant de  qualitŽs qui jamais ne se dŽmentiront tout au long de cette magistrale interprŽtation que lÕon peut Žcouter dÕun seul jet sans jamais se lasser une seule seconde. ƒnorme corpus de 10 sonates Žcrites par Beethoven entre 1798 et 1812, emblŽmatiques du romantisme par leur Žloquence, ces compositions refltent Žgalement un fragment de vie du ma”tre de Bonn, passant de lÕhŽro•sme ˆ la mŽditation, de la dŽsillusion au renoncement. Les trois premires sonates de lÕopus 12 dŽroutrent un peu  ˆ lՎpoque par leur ardeur. Suivent les deux sonates de lÕopus 23 et 24, et notamment Le Printemps qui sŽduit dÕemblŽe par sa fraicheur enchanteresse laissant apparaitre dans ses quatre mouvements le premier scherzo du corpus. L'opus 30 comprend trois sonates contemporaines du testament dÕHeiligenstadt, plus sombres bien que teintŽes dÕironie. L'opus 47 se limite ˆ la Sonate ˆ Kreutzer, la plus cŽlbre, vŽritable combat entre les deux instruments. Elle tranche avec la dernire sonate de lÕopus 96 qui Žvolue dans un climat plus fataliste et plus ŽpurŽ. Une intŽgrale, enregistrŽe en Ē Live Č, avec une trs belle prise de son, au cours de trois concerts donnŽs au Trident de Cherbourg-en-Cotentin, qui constitue, ˆ nÕen pas douter, une nouvelle version de rŽfŽrence. Magnifique !

 


Patrice Imbaud.

 

Ermend BONNAL  : Media Vita. Paysages euskariens. LŽgende. Improvisation. Aprs la tourmente. Vincent Grappy, orgue. Christophe Giovaninetti, violon. 1 CD Hortus : HORTUS 132. TT : 71Õ19.

 

Ermend Bonnal (1880-1944) fait partie de cette myriade de compositeurs du dŽbut du XXe sicle, un peu oubliŽs, ŽcrasŽs par les statures musicales internationales de Debussy et Ravel. Compositeur Žclectique (musique de chambre, musique de danse, musique de film) il fut un excellent organiste, Žlve de Widor et Tournemire, condisciple de DuruflŽ, en mme temps quÕun pŽdagogue apprŽciŽ. Ses Ļuvres prŽsentŽes ici, qui seront pour beaucoup une agrŽable dŽcouverte, et tout particulirement les deux cycles dÕorgue comptent parmi ses compositions majeures. Si les Paysages euskariens (1930) signent, dans un climat impressionniste, la redŽcouverte dÕun folklore franais, lui aussi un peu oubliŽ, la Symphonie (1932) dÕaprs Media Vita se veut dÕune toute autre ampleur spirituelle et musicale, relevant de la paraphrase grŽgorienne. Media Vita est un rŽpons mŽdiŽval, en trois parties, chantŽ lors des processions du temps de la SeptuagŽsime prŽcŽdant le Carme. SÕy ajoutent trois pices pour violon et orgue (LŽgendes, Improvisation et Aprs la tourmente) lˆ encore bien diffŽrentes des prŽcŽdentes par leur caractre lyrique et concertant, o lÕaccompagnement ˆ lÕorgue (transcription de lÕoriginal pour piano) prend une dimension orchestrale surprenante. La trs belle interprŽtation de Vincent Grappy et Christophe Giovaninetti fait de ce disque une dŽcouverte originale ˆ ne pas manquer.

 


 

 Patrice Imbaud.

 

Ē La Bonne Chanson Č. MŽlodies de Gabriel FAURƒ, Charles KOECHLIN, Nadia BOULANGER, ƒmile NAOUMOFF. David Lefort, tŽnor, Simon Zaoui, piano. 1CD Hortus : HORTUS 137. TT : 72Õ43.

 

Aprs leurs nombreux succs au disque (Gounod et Poulenc) dans le domaine de la mŽlodie franaise, voici le nouvel opus discographique du tandem Lefort / Zaoui, centrŽ cette fois  sur La Bonne Chanson, quatrime recueil poŽtique de Paul Verlaine, publiŽ en 1870. Ce recueil, comme un hymne ˆ lÕamour, comprend 21 pomes adressŽs ˆ Mathide MautŽ de Fleurville que le pote Žpousa la mme annŽe. Ces textes assez simples, sÕadressant ˆ une jeune fille de 16 ans, sans atteindre ˆ la complexitŽ des Ftes Galantes ou des Pomes Saturniens, nÕen inspirrent pas moins nombre de compositeurs, tout particulirement Gabriel FaurŽ (1845-1924) et ses Žlves Charles KĻchlin (1867-1950), Nadia Boulanger (1887-1979) et plus rŽcemment Emile Naoumoff (*1962). On ne sՎtonnera pas, bien sžr, de constater les diffŽrents traitements musicaux employŽs par ces compositeurs ˆ lՎgard des textes de Verlaine. Gabriel FaurŽ, inspirŽ par sa passion pour Emma Bardac, y utilise un langage complexe fait de grandes variŽtŽs mŽtriques, dÕune prosodie difficile intense et bouillonnante, tandis que Charles Koechlin sait se montrer plus tendre et plus rŽservŽ dans son approche, usant dÕune vocalitŽ plus aisŽe. Nadia Boulanger et ƒmile Naoumoff apportent encore un nouvel  Žclairage ˆ ces fianailles du verbe et du son, soulignant lÕintemporalitŽ de cette poŽsie. Si les compositeurs changent, lÕexcellence vocale de David Lefort demeure, quant ˆ elle, constante par la souplesse du chant, par sa facilitŽ atteignant toutefois ses limites dans lÕaigu, par  son implication et par la qualitŽ de la diction. Plus quÕun savant accompagnateur, Simon Zaoui, que lÕon retrouve dans cet enregistrement en solo dans deux Nocturnes de FaurŽ (n” 6 & n” 7) composŽs en 1892-1894, contemporains du cycle vocal, se rŽvle un vrai partenaire tenant sa partie avec maestria, virtuositŽ et pertinence dans une symbiose totale avec David Lefort. Un trs beau disque qui rend un superbe hommage ˆ la mŽlodie franaise.

 


Patrice Imbaud.

 

Erik SATIE. Les MŽmoires dÕun amnŽsique. StŽphane Blet, piano & Daniel PrŽvost, narrateur. 1 CD Calliope : CAL 1631. TT : 72Õ36.

 

Voici un disque surprenant et original comme le compositeur ˆ qui il est consacrŽ, Erik Satie (1866-1925). Compositeur inclassable dont StŽphane Blet dans ce florilge dÕĻuvres (Gnossiennes, GymnopŽdies, Valses) nous donne ˆ entendre les diffŽrentes facettes, tour ˆ tour, poŽtique, mystique, cabaretire, parodique ou pŽdagogique, entrecoupŽes de Ē brves Č savoureuses ŽnoncŽes par lÕhumoriste Daniel PrŽvost. Un disque o une fois encore le pianiste StŽphane Blet confirme, avec brio, ses Žtroites affinitŽs avec le Maitre dÕArcueil. Un piano dÕune superbe sonoritŽ dŽlicat, poŽtique, comme un juste hommage ˆ un compositeur mal aimŽ, un enregistrement  qui nous convainc dÕemblŽe.

                               


Patrice Imbaud.

 

Ē Dispersion Č. Erwin SCHULHOFF. Paul HINDEMITH. Alfredo CASELLA. Raymond MOULAERT. Louis VIERNE. Steven Vanhauwaert, piano. 1CD Hortus. Collection Ē Les Musiciens et la Grande Guerre. Vol XIX Č. HORTUS 719. TT : 73Õ28.

 

Un album qui porte bien son nom Ē  Dispersion Č attestant ainsi de la variŽtŽ des diffŽrents courants esthŽtiques musicaux  coexistant en cette pŽriode troublŽe de la Grande Guerre o le conflit mondial majore sans doute la crŽation artistique et la multiplicitŽ des tŽmoignages. Certains compositeurs utiliseront un langage regardant, avec nostalgie, vers les temps plus anciens, dÕautres useront dÕun discours rŽsolument moderne tournŽ, avec espoir, vers lÕavenir. Certaines Ļuvres nÕayant finalement que peu de rapport avec la guerre, dÕautres ˆ lÕinverse portant un vibrant aveu de dŽtresse exprimŽ par des musiciens touchŽs dans leur chair comme Louis Vierne. VŽritable mosa•que  qui parle de lÕhomme face au conflit, ce disque regroupe cinq compositeurs. Erwin Schulhoff (1894-1942) dont les FŸnf Grotesken (1917) se prŽsentent comme un court manifeste anti-romantique Žcrit par un compositeur profondŽment engagŽ dans la modernitŽ musicale et politique. Paul Hindemith (1895-1963) compose ses TrŠume und Erlebnisse au lendemain de lÕarmistice et tente, ici, dՎtablir un nouveau cadre crŽatif, orientation que son Ļuvre ˆ venir confirmera plus tard avec Žclat. Alfredo Casella (1883-1947) Žcrit le petit triptyque Inezie en 1918, portant des stigmates ravŽliens tout en tŽmoignant de ses importantes recherches entamŽes avant guerre. Raymond Moulaert (1875-1962) est une dŽcouverte, sa Sonate semble hors du temps, charmante comme oublieuse de la guerre. Saint-Sa‘ns, FaurŽ, Debussy y apparaissent en filigrane. A lÕinverse Le Glas de Louis Vierne (1870-1937) exprime toute la souffrance du deuil et la dŽploration dÕun homme marquŽ au plus profond de sa chair par la mort de son fils au front. Encore un bel album de cette intŽressante collection ˆ qui lÕon doit nombre de dŽcouvertes et curiositŽs, comme toujours magnifiquement interprŽtŽes : Steven Vanhauwaert ne dŽroge pas, ici, ˆ la rgle. A dŽcouvrir absolument !

 


                                                                                                                                                                Patrice Imbaud.

 

 

Ē French Masterworks for bassoon and piano Č de Roger BOUTRY, Henri DUTILLEUX, Gabriel PIERNƒ, Jacques IBERT, Claude DEBUSSY, Gabriel FAURƒ, Jean-Michel DAMASE, Paul VIDAL. Laura Bennett Cameron, basson. Roger Boutry, piano. 1CD IndŽsens : INDE083. TT : 42Õ43.

 

Voici un disque original qui prŽsente un double intŽrt, celui de faire plus amplement connaissance avec lÕĻuvre de Roger Boutry, et celui  de pouvoir apprŽcier la sonoritŽ particulire du basson, en instrument soliste, ce qui nÕarrive pas si souvent, habituŽs que nous sommes ˆ remarquer sa silhouette filiforme  et sa sonoritŽ grave souvent perdues  au sein de la petite harmonieÉ Roger Boutry est un compositeur franais (*1932) pianiste, chef dÕorchestre et pŽdagogue dont lÕĻuvre est largement consacrŽe ˆ lՎcriture pour vents. Ses compositions tendent un pont entre tradition et modernitŽ, rŽsumŽes dans le titre ouvrant cet album Ē Dans lÕesprit dÕune berceuse dÕantanÉ Č toutes imprŽgnŽes dÕun charme o se mlent influences du passŽ et regards vers lÕavenir. CÕest donc avec pertinence quÕil se trouve associŽ sur ce disque avec Debussy (GŽnŽral Lavine Ē  eccentric Č extrait du 2e livre des PrŽludes pour piano), FaurŽ (Capriccio, Improvisation, Pice), Ibert (Carignane), PiernŽ (Solo de concert), Dutilleux (Sarabande et Cortge), Damase (Automne) et Vidal (Adagio et Saltarelle). Un ensemble de courtes pices originales, ou adaptŽes pour basson, reprŽsentatives du lien unissant tous ces compositeurs franais du XXe sicle. Langage harmonieux et concertant, poŽsie, humour, virtuositŽ, ŽlŽgance qui raviront tous les amateurs dÕinstruments ˆ vents, bassonistes et autres curieux. Un bel album.

 


Patrice Imbaud.

 

Ē 20 th Century Piano Č. Pices de Boris PIGOVAT, William BAINES, Arthur LOURIƒ, Boris LYATOSHYNSKY, Samuel FEINBERG. Jessye Mebounou, piano. 1CD Calliope : CAL1630. TT : 55Õ40.

 

Voici un disque coup de cĻur dont le double intŽrt est, dÕune part de dŽcouvrir une compilation dÕĻuvres de compositeurs peu connus et, dÕautre part de faire plus amplement connaissance avec cette talentueuse jeune pianiste, Jessye Mebounou, spŽcialiste du rŽpertoire russe et ukrainien.  On est dÕemblŽe frappŽ dŽs la premire Žcoute de cet enregistrement par le climat sombre et pesant tout entier habitŽ dÕune lumineuse noirceur parfaitement rendue par le jeu de Jessye  Mebounou, en totale adŽquation avec le texte, succession de grands accords plaquŽs, de notes Žparses parfois abruptes et tranchantes, parfois mŽditatives, tŽmoignant dÕune musique chargŽe de sens et de douleur, une musique sans concession dÕo jaillit de temps ˆ autres la fulgurance dÕun Žclair dÕespoirÉ Une musique qui nÕest pas sans rappeler les tableaux de Soulages, outre noir chargŽ dÕune lumire intŽrieure et fluctuante. La magnifique Sonate Ē Repentance Č (1988) de Boris Pigovat (*1953) compositeur juif ukrainien donne immŽdiatement le ton, sorte de manifeste douloureux et obstinŽ dŽpeignant avec un rŽalisme saisissant lÕacharnement du rŽgime contre le pouvoir de l'ƒglise. The Lone Wreck (1920) de William Baines (1899-1922) est un nocturne esquissant le destin dÕune dŽrive, dÕune bouleversante simplicitŽ. Arthur LouriŽ (1892-1966) est un compositeur juif, contraint de fuir sa ville natale de Saint PŽtersbourg en 1922, pour sÕinstaller ˆ Berlin, puis ˆ Paris, avant de sÕexiler dŽfinitivement aux ƒtats-Unis. Il composa The Phoenix Park Nocturne en 1936, courte pice utilisant un langage quasi minimaliste obsŽdant. Le plus connu de tous, Boris Lyatoshynsky (1895-1968) est un compositeur ukrainien contemporain de Chostakovitch dont lÕĻuvre sort, aujourdÕhui, peu ˆ peu de lÕombre. Ses Cinq PrŽludes (1943) empruntŽs au folklore slaves sont porteurs dÕune gravitŽ simple et pesante. En revanche la Sonate n” 2 (1915) de Samuel Feinberg (1890-1962) parait vŽhiculer moins de passŽ douloureux. Son Žcriture virtuose porte les influences de Scriabine, Medtner ou Busoni laissant plus de place ˆ la mŽlodie. Un trs beau disque.

 


Patrice Imbaud.

 

Ē The art of the percussions Č. Transcriptions de pices de Maurice RAVEL. Claude DEBUSSY. Pablo de SARASATE. Jean-Marie MACHADO. Franck TORTILLER. Astor PIAZZOLLA. ƒric SAMMUT. Matthias SCHMITT. Georges GERSHWIN. Jean-Franois Durez, percussions. 1 CD IndŽsens :  INDE085. TT : 53Õ12.

 

Voici une vraie curiositŽ quÕil serait dommage, voire coupable, de ne pas Žcouter tant les transcriptions savantes pour percussions (vibraphone, marimba, xylophone, piano) des Ļuvres de Ravel (Ma mre lÕOye) et Debussy (Arabesques) sont originales, vŽritables nŽo orchestrations, apportant un Žclairage totalement nouveau par la multiplicitŽ des timbres simulant une sorte de Ē spatialisation Č Žtonnante du son. Un album surprenant par son Žclectisme,  par lÕoriginalitŽ de son programme qui nÕhŽsite pas ˆ aborder jazz, musique sud amŽricaine, compositions contemporaines, par sa qualitŽ musicale et par la virtuositŽ exceptionnelle de Jean-Franois Durez. VŽritable voyage commencŽ avec Ravel et Debussy, se poursuivant par Bras ˆ Achille dÕEric Sammut, Pistacos Spices de Jean-Marie Machado, Zapateado de Pablo de Sarasate, 22 Juillet de Franck Tortiller, Ghanaia de Matthias Schmitt et I love you Porgy de Gershwin avant de terminer par le cŽlbre Oblivion de Piazzolla dans une magnifique version pour  vibraphone et accordŽon. Un premier disque de Jean-Franois Durez qui nous transporte depuis le monde ravŽlien de lÕenfance jusquՈ lÕimmense nostalgie du tango porteno, un monde qui pleure, qui swingue, qui danseÉUn monde chargŽ dՎmotion qui vous enchantera ! Superbe !

 


                        

Patrice Imbaud.

 

Ē Pentagramme Č. Edouard Ferlet & Paul Beynet, pianos. 1 CD Collection 1001 Notes : 1001NOTES 08. TT : 52Õ06.

 

Quand un pianiste de jazz, Edouard Ferlet et un pianiste classique, Paul Beynet, se rencontrent autour dÕĻuvres de compositeurs russes (Moussorgski, Khatchatourian, Prokofiev, Rimski-Korsakov, Tcha•kovski, Rachmaninoff) avec la ferme intention dÕouvrir une troisime voie au-delˆ des clivages simplistes, dÕaborder un autre monde musical, cela donne cet album, intitulŽ Pentagramme. Un disque surprenant, des arrangements et improvisations non dŽnuŽs de charme qui apportent la preuve que finalement la Musique est plurielleÉUn album consensuel. A vous de juger !

 


Patrice Imbaud.

 

 

FrŽdŽric CHOPIN : 4 Ballades. Mazurkas Op. 17, Op. 68, Op. 67. Valses Op. 64, Op. 69. Largo Op. Posthume. Polonaises Op. 44.  Jean Muller, piano. 1CD FONDAMENTA (www.fondamenta.fr) : FON 1005008.  TT 62'55.

 

Un enregistrement d'Ļuvres de Chopin, compte tenu de la variŽtŽ de leur style, constitue une Ē carte de visite Č idŽale pour les pianistes qui souhaitent manifester leur talent sur la scne musicale. Mais la concurrence est rude. D'abord entre ceux qui sont candidats pour se faire une place : c'Žtait le cas de Jean Muller en 2010, date d'enregistrement de ce CD, puis entre ces candidats et les pianistes bien prŽsents sur la scne musicale et qui ont mžri leur interprŽtation des Polonaises, Mazurkas, Ballades, Valses É.Tant d'enregistrements sont marquants ! Alors c'est avec circonspection que l'on accueille cet enregistrement qui aborde une grande partie des genres mis en valeur par Chopin. En fait c'est une occasion de cerner les divers facettes du talent de Jean Muller. Toutefois on peut regretter que ce CD nous parvienne 6 ans aprs sa rŽalisation car depuis, nul doute que le pianiste ait mžri pour nous offrir des interprŽtations diffŽrentes. Mais dŽjˆ ce rŽcital laisse entrevoir un musicien accompli. NŽ en 1979 au Luxembourg, Jean Muller y fit une partie de ses Žtudes ainsi qu'ˆ Riga en 1995, sa formation le conduisant ensuite aussi bien ˆ Bruxelles, Paris ou Munich jusqu'en 2006. C'est un pianiste qui ne recule pas devant les dŽfis, comme en tŽmoigne un enregistrement de l'intŽgrale des sonates de Beethoven publiŽ ds 2010 chez le label Bella Musica ainsi qu'un DVD chez Fondamenta la mme annŽe qui rŽunit l'opus 109 de Beethoven, la Sonate de Liszt et les Variations Goldberg de Bach.

 

C'est dire combien ce rŽcital Chopin mŽrite le dŽtour car il rend compte du talent d'un pianiste aux moyens techniques indiscutables auxquels il manque peu de choses pour tre au service d'une musicalitŽ qui ne demande qu'ˆ s'Žpanouir. Si la seconde Ballade est proposŽe avec des changements de climat trop brutaux, la troisime donne l'occasion ˆ Jean Muller de dŽlivrer un discours trs variŽ. Les Mazurkas sont racŽes avec pourtant un certain manque de mystre, reproche que l'on pourra appliquer aussi ˆ la Valse op 64 n”1. En revanche la Valse op.69 n”1 est ŽlŽgante avec des changements d'atmosphres parfaitement conduits. Un beau moment ensuite ˆ retenir : le Largo Opus Posthume en mi bŽmol majeur, dŽcouvert seulement en 1939, pice particulirement brve (2 minutes) mais d'une grande densitŽ, qui fait dire au pianiste qu'elle Ē n'est pas sans rappeler la marche funbre de la deuxime sonate Č d'autant plus qu'elle a ŽtŽ composŽe la mme annŽe (1837 ). On peut aussi relever qu'elle a des accents beethovŽniens mis en Žvidence sous les doigts de Jean Muller. La Polonaise Opus 44 ne laisse pas assez transpara”tre sa dimension mŽlancolique et les moments de puissance voulus par Chopin sont rendus avec trop de brutalitŽ. Mais c'est la ranon d'un rŽel engagement d'un jeune pianiste qui nous donne ˆ entendre du beau piano. Jean Muller ose se confronter ˆ une rude concurrence ; il en sort vainqueur car il laisse entrevoir ˆ travers une virtuositŽ Žvidente une belle musicalitŽ qui ne demande qu'ˆ se dŽvelopper.

 

A noter que le coffret contient deux versions audio : l'une adaptŽe pour les installations Haute FidŽlitŽ (Fidelity CD), l'autre pour les ordinateurs ou lecteurs de voitures (Mobility CD).

 


Gilles Ribardire.

 

 

Dimitri CHOSTAKOVITCH : Concerto pour violoncelle n”1, op. 107. Symphonie n”5. op. 47. Xavier Philips, violoncelle. Les Dissonances. 2CDs : TT.: 75'34.

 

Avant l'Žcoute de ce nouvel enregistrement des Dissonances, il convient de lire le texte remarquable de Xavier Phillips qui accompagne le disque, sinon on risque d'Žmettre une apprŽciation erronŽe sur sa faon d'aborder le 1er concerto pour violoncelle. En effet elle diffre de ce que propose un certain nombre de ses collgues : Lˆ o on peut s'attendre ˆ une amorce des 4 notes introductives rageuse, musclŽe, et estimer que c'est bien lˆ l'intention du compositeur, le soliste les attaque d'une faon assez douce conforme en fait aux indications de Chostakovitch. Xavier Phillips les Žvoque en ces termes: Ē Il voulait qu'on dise ces notes en miroir, en adŽquation avec le son et l'attaque du cor qui reprend ce motif plus d'une fois dans la partition. Il souhaitait que ces notes ne soient ni piquŽes ni liŽes, mais entre les deux Č. Ces indications sont tirŽes d'une lettre de Chostakovitch ˆ Mtislav Rostropovitch avec lequel justement Xavier Phillips a travaillŽ. On peut mme affirmer que le violoncelliste franais est l'hŽritier de Ē Slava Č. On en a confirmation ˆ la lecture de l'ensemble du texte trs Žmouvant que Xavier Phillips a rŽdigŽ ˆ l'occasion de cet enregistrement ainsi qu'ˆ l'Žcoute de son interprŽtation. Ces quatre notes introductives sont donc essentielles comme l'est quelques mesures plus loin l'intervention des flžtes, acides ˆ souhait et qui donne le ton ˆ la suite de l'interprŽtation dont le dramatisme sera rendu de manire poignante dans le troisime mouvement, confiŽ au seul violoncelle. La fin est absolument prenante, avec une vŽritable course ˆ l'ab”me qui se termine par un retour aux premires notes du dŽbut, mais reprises dans le mme tempo par les flžtes avec pour point final les timbales. L'osmose entre soliste et orchestre est parfaite, ce qui n'est gure surprenant. En effet, Xavier Phillips fait sien ce conseil de Rostropovitch, ˆ savoir jouer en ayant en tte toute la partition, avoir autrement dit conscience de toutes les voix de l'orchestre, comme les musiciens des Dissonances doivent aussi l'avoir entre eux, leur travail Žtant fondŽ sur le partage. Nous avons donc avec cet enregistrement pris sur le vif du concerto une interprŽtation marquante d'une Ļuvre Žcrite 6 ans aprs la mort de Staline, en 1959, autrement dit dans des circonstances moins dramatiques que la 5me symphonie ; mais elle a nŽanmoins une dimension dramatique parfaitement rendue par les interprtes.

 

La 5me symphonie a ŽtŽ composŽe en 1937, en pleine terreur stalinienne. Quelques annŽes plus t™t, en 1934, l'opŽra Lady Macbeth du district de Mtsensk avait ŽtŽ condamnŽ par le rŽgime et la 4me symphonie terminŽe en 1936, pour des raisons plus ou moins Ē obscures Č n'Žtait pas prŽsentŽe au public....elle ne le fut qu'au dŽbut des annŽes 60 ! Chostakovitch doit donc faire semblant de se plier aux diktats esthŽtiques, sa vie en dŽpend. Ainsi la symphonie peut-elle sembler d'un abord simple, et du reste elle reoit un accueil triomphal aussi bien du public que des critiques au service du rŽgime. Et pourtant le largo par exemple, ne dissimule-t-il pas l'expression de la plus intime Žmotion, traduction d'une profonde angoisse, ce qui risque de ne pas satisfaire les censeurs ? En tout cas les Dissonances savent transmettre les intentions les plus secrtes que Chostakovitch a mises dans ce largo. L'interprŽtation de l'ensemble de la symphonie pŽntre au plus intime de l'‰me en en dŽvoilant tous ses tourments. Si on peut trouver le tout dŽbut un soupon trop prudent, la montŽe en puissance vers la conclusion du premier mouvement est impressionnante. Le second est une succession de figures caricaturales bien dans le style voulu par le compositeur ; on notera la perfection de l'intervention soliste du violon de David Grimal, occasion d'affirmer ici l'excellence de tous les instrumentistes totalement engagŽs. Cet engagement se vŽrifie dans le dernier mouvement dont les premires mesures explosent littŽralement ; leur succde une sŽquence faussement apaisŽe pour se terminer par une violence traduisant en fait le climat de crainte qui dominait dans le pays ˆ l'Žpoque o fut composŽe et interprŽtŽe l'Ļuvre comme en tŽmoigne le chef Kurt Sanderling ˆ l'occasion de la premire de la symphonie dirigŽe ˆ LŽningrad par Ievgueni Mravinski : Ē  l'assistance comprenait trs bien le message. Nous nous jetions des regards significatifs : serions nous arrtŽs aprs l'audition, rien que pour avoir ŽcoutŽ cette Ļuvre ?Č Que l'on puisse percevoir gr‰ce aux Dissonances ces aspects tragiques de la 5me symphonie montre bien que nous sommes en prŽsence d'une interprŽtation ˆ placer au mme rang que celles conduites par des chefs aguerris. Les Dissonances proposent dŽcidŽment des interprŽtations qui comptent, ce coffret Chostakovitch le prouve.

 


Gilles Ribardire.

 

 

Ē Romances franaises, French Songs, 1795-1815 Č de Franois-Joseph Naderman, Louis-Emmanuel Jadin, Franois-Adrien Boieldieu, Sophie Gail, Georges-Joseph-Laurent Lambert, Henri Romagnesi, Pierre-Jean Garat, Jean-Dominique-Fabry Garat, Henri Domnich. Sylvie NicŽphor, soprano, Etsuko Shoji, harpe. 1CD Calliope : 3 760039 836007. TT.: 57'48.

 

Jean-Jacques Rousseau la dŽfinissait ainsi dans son Dictionnaire de Musique de 1767 : Ē Romance : air sur lequel on chante un petit pome du mme nom, divisŽ en couplets, duquel le sujet est pour lÕordinaire quelque histoire amoureuse et souvent tragique. Comme la romance doit tre Žcrite dÕun style simple, touchant, et dÕun gožt un peu antique, lÕair doit rŽpondre au caractre des paroles ; point dÕornements, rien de maniŽrŽ, une mŽlodie douce, naturelle, champtre, et qui produise son effet par elle-mme, indŽpendamment de la manire de la chanter. Il nÕest pas nŽcessaire que le chant soit piquant, il suffit quÕil soit na•f, quÕil nÕoffusque point la parole, quÕil la fasse bien entendre et quÕil nÕexige pas une grande Žtendue de voix (É). CÕest une expŽrience certaine que tout accompagnement dÕinstrument affaiblit cette impression. Il ne faut, pour le chant de la romance, quÕune voix juste et nette, qui prononce bien et qui chante simplement Č. Trs prisŽ par les amateurs (auteurs, compositeurs comme interprtes), ce genre musical devait pouvoir tre chantŽ par eux dans les salons. Il reste trs liŽ ˆ la musique de chambre : il pouvait tre accompagnŽ par un trio, un quatuor, voire un petit orchestre. La romance est un pome simple mis en musique pour voix seule et accompagnement. Apparu dans la seconde moitiŽ du XVIIIme sicle, en particulier, il aborde souvent des sujets amoureux sur une musique brve et familire. L'accompagnement est confiŽ gŽnŽralement au clavecin et, surtout, au pianoforte. Parfois, un instrument Ē obligŽ Č est destinŽ ˆ donner une couleur particulire ˆ la pice : flžte, guitare, violon, cor. Sylvie NicŽphor a choisi dans cet son enregistrement des Ļuvres accompagnŽes de la harpe.


 

Le genre conna”t son ‰ge d'or pendant la RŽvolution et lÕEmpire, dŽclinant lentement sous la Restauration et tout au long du sicle, jusquÕau sicle dernier durant lequel la romance est dŽtr™nŽe par la mŽlodie. Dans les pays germaniques, le Lied sÕimpose alors sans partage. DŽjˆ trs ˆ la mode sous lÕAncien RŽgime (Marie-Antoinette en compose et en chante) puis pendant la RŽvolution, la romance conna”t son ‰ge dÕor aprs la Terreur et la chute de Robespierre. Le genre sՎpanouit alors et adopte volontiers le style mŽdiŽval en vogue alors, dit Ē troubadour Č.


 

Comme le rappelle Sylvie NicŽphor dans le livret trs documentŽ de son disque, de nombreux compositeurs de premier plan composent des romances : Cherubini, Gossec, Le Sueur, GrŽtry, Auber... La soprano choisit des compositeurs, ˆ part Boieldieu (trois airs sont chantŽs ici) et Jadin (poignant Ē Mort de Werther Č), moins connus. Ainsi on dŽcouvre des perles rares. NŽs dans le second XVIIIme sicle, les compositeurs rassemblŽs dans cet enregistrement sont trs jeunes sous la RŽvolution, et feront carrire au dŽbut ou au cours de la premire moitiŽ du sicle suivant : Franois-Joseph Naderman (1781-1835), Louis-Emmanuel Jadin (1768-1853), Franois-Adrien Boieldieu (1775-1834), Sophie Gail (1775-1819), Georges-Joseph-Laurent Lambert (1779-1852), Henri Romagnesi (1781-1850), Pierre-Jean Garat (1764-1823), Jean-Dominique-Fabry Garat (1764-1823), Henri Domnich (1767-1844).

 

Sylvie NicŽphor, soprano, pianiste et musicologue, dipl™mŽe du CNSM de Paris de lÕUniversitŽ Paris-Sorbonne, nous fait redŽcouvrir la romance avec un bonheur rŽunissant les conditions pour nous en restituer tout le charme : justesse, diction, fra”cheur, simplicitŽ et musicalitŽ de la phrase, avec lÕaccompagnement discret, raffinŽ et subtil de la harpiste japonaise, Etsuko Shoji, dipl™mŽe de lÕUniversitŽ des Arts de Tokyo, de l'ƒcole Normale de Musique de Paris et primŽe de grands concours internationaux. Pour cet enregistrement, elle accompagne Sylvie NicŽphor sur une harpe Erard de 1810. LÕensemble est parfaitement ŽquilibrŽ et jubilatoire : ce voyage au tournant des XVIIIme et XIXme sicles est formidable. A Žcouter et rŽŽcouter.

 


JŽr™me Bloch.

 

 

Hugues DUFOURT : Burning Bright. Les Percussions de Strasbourg. 1CD PDS 116BB AD3696C. TT.: 65'.

 

Burning Bright a ŽtŽ Žcrite pour le cinquantime anniversaire des Percussions de Strasbourg. Le titre reprend la dernire partie du premier vers du pome The Tyger (1794) de William Blake, qui dŽbute ainsi : Ē Tyger, Tyger, burning bright / In the forests of the night, / What immortal hand or eye, / Could frame thy fearful symmetry ? Č Par cette Ļuvre, Dufourt opre un retour aux sources en convoquant six instrumentistes comme dans Erewhon (1976), autre grande pice pour percussions, qui fut crŽŽe par les mmes interprtes et assura au compositeur une vŽritable notoriŽtŽ. Retour Žgalement ˆ une source thŽmatique, celle de l'espace liŽ ˆ l'origine, puisque Erewhon est l'anagramme de nowhere et que Burning Bright est traduit Ē ton Žclair luit Č (É Ē dans les forts de la nuit Č) par Alain Suied (la version donnŽe dans le livret) et Ē bržlant Žclair Č par Anne-Marie et Philippe Soupault. Burning Bright est ˆ voir comme la Ē traversŽe du continent sonore Č, selon l'heureuse formule d'un commentateur. Ė voir, en effet, puisque tout ici se rapporte ˆ la spatialitŽ : le titre de l'Ļuvre, celui des diffŽrents mouvements Š Ē Vertical 1 Č, Ē Suspendu 1 Č, Ē Tourbillons 1 Č, Ē Densification Č, Ē Espaces pulsŽs Č, Ē Lointains 1 Č... Š et bien sžr la musique elle-mme, qui joue en permanence sur la profondeur du son, sa rŽsonance, l'Žloignement ou le rapprochement subits de la source sonore et les effets de crescendo. Ce sont ainsi des nappes qui, battements ou frottements, semblent littŽralement arriver, qu'elles soient isolŽes ou agrŽgŽes. CrŽpitements et dŽflagrations traversent brusquement et fugitivement le silence comme s'il Žtait le noir infini de l'espace cosmique. Le dŽchirent. Les mŽtaux dominent, parmi lesquels on reconna”t les gongs, les grelots, le steel drum, le tam, le flexatone, etc. EsthŽtique de la fragmentation, certes, mais qui n'exclut pas l'unitŽ acoustique et psychologique qui se dŽgage de tout ce magma chaotique au sens premier. Burning Bright, c'est un certain climat. Aussi l'auditeur sent-il que cette matire phonique en perpŽtuelles marche et mŽtamorphose fait Ļuvre et qu'il existe une pensŽe supŽrieure, un geste d'artiste en amont de ce que son oreille enregistre comme une longue succession de bruits apparentŽs.

 

Hugues Dufourt serait-il un romantique attardŽ ? Au-delˆ de la simple provocation, la question voudrait pointer le paradoxe d'un musicien qui prŽsente son travail en termes purement techniques Š exploration du spectre et jeu formel sur les Ē seuils Č, les Ē oscillations Č, les Ē interfŽrences Č et les Ē processus orientŽs Č Š et qui lui donne avec Burning Bright une dimension mŽtaphysique, la vie intŽrieure du son devenant alors l'illustration de l'errance humaine dans un vaste cosmos lui-mme muet. Dans ce Ē drame sans rŽcit ni anecdote Č, le son dŽbouche toujours sur le silence. Et le vertige que provoque cette Ē vision poŽtique Č se double, par sa rŽfŽrence au pome de William Blake, de la nostalgie d'un temps humain orientŽ, celui d'avant le tic-tac des horloges. Ainsi, le compositeur, dŽmiurge, rŽoriente le temps musical Š qui serait LE temps humain Š en l'inscrivant dans une dynamique continue, c'est-ˆ-dire infinie. Il n'y a d'ailleurs pas de final dans Burning Bright, ni d'idŽe de fin : un moment, la mŽcanique s'Žpuise, comme s'Žteint une chandelle. Les Percussions de Strasbourg sont les artisans prodigieux de ce voyage de quelque 60 minutes.

 


Patrick JŽzŽquel.

 

MUSIQUE ET CINEMA

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ENTRETIEN

 

Diane Kurys : L'Žmotion d'un film passe par la musique

 


DR

 

Actrice, puis rŽalisatrice, elle a rŽalisŽ dans les annŽes 70, dÕaprs son roman autobiographique, Ē Diabolo Menthe Č, une histoire qui se passe en 1963. Ce film a ŽtŽ un vŽritable phŽnomne de sociŽtŽ. Suivront une douzaine de films qui auront plus ou moins des succs, mais seront des films toujours faits avec beaucoup de sincŽritŽ et avec trs souvent des personnages attachants. Elle changera frŽquemment de compositeurs et cÕest en cela que nous nous sommes intŽressŽ ˆ ses choix.

 

Lorsque lÕon regarde votre carrire de rŽalisatrice, on est ŽtonnŽ par la diversitŽ des compositeurs avec qui vous avez travaillŽ ; Žtait-ce un choix dŽlibŽrŽ ?

Je nÕai jamais dՈ priori. Un film, cÕest chaque fois une aventure diffŽrente et de la mme faon, lorsque jՎcris, ce nÕest jamais pour un acteur. Ce sont les personnages qui mÕintŽressent au dŽpart, ensuite le casting sÕimpose, comme pour lՎquipe et aussi pour le musicien. Le compositeur, cÕest le seul collaborateur o vous nÕavez aucune influence rŽelle : je veux dire quÕun acteur, vous pouvez le diriger, Žventuellement, sÕil est dirigeable ; le compositeur, cÕest un autre crŽateur qui peut vous apporter lÕunivers dont vous avez rvŽ et qui peut aussi partir dans une autre direction qui peut tre la plupart du temps profitable. JÕai rarement eu des regrets. Chaque film a sa musique. Ce sont des films de moi mais avec des sujets diffŽrents. JÕai fait des films dՎpoque, des contemporains, un film sur George Sand et Musset, sur Franoise Sagan, sur mes parents, sur ma famille, sur mes racines, sur mon enfance. JÕai fait des films personnels qui me ressemblent et je nÕai jamais eu envie dÕavoir toujours le mme compositeur.

 

Si vous le voulez bien, on va regarder vos films ˆ travers les diffŽrents compositeurs. Yves Simon a ŽtŽ le premier et vous avez travaillŽ plusieurs fois avec lui. Il Žtait trs ˆ la mode lorsque vous avez fait Ē Diabolo Menthe Č.

CՎtait la personnalitŽ la plus connue de tout le casting et de tout le film. Il Žtait bien plus connu que moi, cՎtait une vedette.

 

Vous tes allŽ le rechercher quinze ans plus tard!

Il a fait mes deux premiers films, Ē Diabolo Menthe Č et Ē Cocktail Molotov Č puis ensuite Ē Aprs lÕAmour Č o cՎtait la premire fois que jÕabordais lՎpoque contemporaine. En fait je ne suis pas allŽ le rechercher, on est restŽ trs ami et il se trouve que lorsque jÕai fait Ē Coup de Foudre Č, mon troisime film, jÕai engagŽ Luis Bacalov.

 

Comment lÕavez-vous connu ?

Un ami mÕavait parlŽ de lui, et mÕa dit quÕil Žtait formidable, quÕil avait un univers passionnant.

 

Il venait de faire Ē La CitŽ des Femmes Č de Fellini, car Rota Žtait dŽcŽdŽ...

CÕest exact et je trouvais que la couleur de sa musique correspondait ˆ ce que je cherchais, ce film dՎpoque qui racontait les annŽes 40-50. Il est russe-juif-argentin, vit en Italie et il a rŽussi ˆ trouver cette couleur juive de lÕEst.

 

CÕest un beau film et il vous a composŽ une trs belle musique !

CÕest un film que jÕaime beaucoup et notre collaboration a ŽtŽ formidable. JÕai retravaillŽ avec lui sur Ē Les Enfants du Sicle Č en 1999. Je suis quand mme assez fidle. Je le voyais plus dans des films dՎpoque que dans des films contemporains.

 

Et juste aprs vous avez demandŽ ˆ Georges Delerue de faire Ē Un Homme Amoureux Č

Pour un film dÕamour,  les musiques de Delerue sont souvent trs Žmotionnelles, trs mŽlodiques et pour ce film lˆ qui se tournait en Italie, film romantique, je pensais quÕil Žtait le compositeur idŽal. Cela a ŽtŽ une rencontre formidable, je suis allŽ le voir ˆ Los Angeles, il mÕa jouŽ des thmes au piano. CÕest toujours angoissant lorsquÕun metteur en scne montre ses images ˆ un compositeur. Il y a cette rencontre, mme si on sÕest vu avant, et cÕest ˆ ce moment quÕil vous dit : voilˆ ce que mÕont inspirŽ vos images.

 

A lՎpoque vous nÕentendiez quÕun piano alors quÕaujourdÕhui on fait des maquettes. Aviez-vous une culture musicale ?

Je ne suis quÕune amatrice de musique, jÕaime la musique de film. Yves Simon pour Ē Diabolo Menthe Č mÕavait fait Žcouter quelques notes au piano, on est touchŽ ou pas. LorsquÕon ne lÕest pas, cÕest plus compliquŽ dÕexprimer ce que lÕon voudrait et dans quelle direction on aimerait aller.

 

CÕest plus facile de dire non que oui ?

Pas du tout, cÕest toujours trs angoissant face au compositeur de faire le bon choix. Il y a souvent des moments o la maquette est la rŽfŽrence, on a montŽ avec et puis lorsque la musique enregistrŽe avec grand orchestre arrive, on se trouve quelquefois prŽfŽrer la maquette ! CÕest terrible pour le compositeur !

 

Mettez-vous des musiques provisoires au montage ?

Je ne le faisais pas dans mes premiers films, mais maintenant les monteurs ont tendance ˆ le faire, ils vous vendent mieux le montage quand il y a une musique. Vers le septime film je le faisais, puis je suis revenue sur cette idŽe car cÕest hyper dangereux, on sÕhabitue ˆ des grandes chansons, ˆ des grands tubes. Je lÕai fait pour Ē Sagan Č et cՎtait terrible car lorsquÕArmand Amar est arrivŽ, je mՎtais habituŽe ˆ Alberto IglŽsias, ˆ Badalamenti et jÕadorais mes thmes. Du coup il a fallu se dŽmarquer. Il mÕa dit que je lÕavais engagŽ pour faire une musique originale. Les compositeurs nÕaiment pas cela. Ce que lÕon fait avec la monteuse, avec qui je travaille depuis quelques annŽes : on prend des musiques du compositeur choisi, on a au moins sa couleur, mais la musique est toujours trs compliquŽe.

 

Comment en tes-vous venu ˆ travailler avec Amar ?

On mÕa parlŽ de lui, jÕavais ŽcoutŽ quelques musiques de lui. Il a fait beaucoup de films, il est charmant, a du talent et il sÕadapte ˆ ce que vous lui demandez, il va vite. JՎtais trs contente de la musique de Ē Sagan Č.

 

Vous nÕavez pas pu vous offrir IglŽsias ?

Question de budget ! Il est trs cher comme beaucoup de grands compositeurs. Je ne dis pas quÕArman Amar nÕest pas cherÉCes compositeurs internationaux sont trs occupŽs et pour trouver un compositeur ˆ Paris, accessible, et qui entre dans le budget, ce nÕest pas simple. JÕai eu la chance quÕArman ait pu faire une musique superbe. La musique de Ē Sagan Č est sans arrt pillŽe ˆ la radio, ˆ la tŽlŽvision.

 

Et Nyman, cÕest ˆ cause de Ē La Leon de Piano Č quÕil avait fait peu de temps avant votre film Ē A La Folie Č ?

Non, je voulais une musique un peu obsessionnelleÉ

 

RŽpŽtitive ?

RŽpŽtitive, obsŽdante, le contraire de Ē La Leon de Piano Č. Une musique enttante, forte. On sÕest rencontrŽ seulement sur ce film parce que je nÕai pas fait dÕautre film dans ce genre lˆ.

 

Comment avez-vous trouvŽ Paolo Buonvino ? A cause de Ē Romanzo Criminale Č? 

Il avait fait un film qui sÕappelle Ē Juste un Baiser Č - en italien Ē LÕultimo Baccio Č -  de Muccino. CÕest un grand compositeur dÕorigine sicilienne. CÕest en Žcoutant la musique de ce film que jÕai craquŽ ! Il a fait beaucoup de musiques, il peut Žcrire des musiques Žmouvantes, tristes, et des musiques de comŽdies. Ē Je Reste Č est une commande que jÕai faite avec Sophie Marceau et comme cՎtait une comŽdie pure, il fallait que je trouve un musicien de comŽdie. Il est dans la lignŽe de Rota mais ne fait pas de la copie. Il est hystŽrique sur le mixage, les orchestrations. Il va mettre trois semaines ˆ mixer une musique de film ! Il a le souci du dŽtail. La qualitŽ des instruments quÕil emploie est impressionnante, il va chercher des instruments rares. Je viens de retravailler avec lui parce quÕil a composŽ une musique pour mon dernier film avec un autre compositeur Hugo Gonzalez Pioli, un protŽgŽ dÕArman Amar, trs jeune. Je n'avais pas le budget pour la musique et Amar Žtait trs occupŽ. Hugo est un petit gŽnie. Je trouve que cÕest trs compliquŽ de faire une musique de comŽdie et il a trouvŽ un ton un peu grinant. JÕavais besoin dÕune musique dՎmotion et du coup Paolo est venu la composer. JÕavais donc deux compositeurs et tous les deux ont acceptŽ. Paolo a fait la musique ˆ distance - il Žtait ˆ Rome - cÕest lÕavantage des temps modernes de lÕinternet. JÕai trs envie de retravailler avec Paolo, cÕest un type charmant et avec beaucoup de talent !

 

Lorsque vous Žtiez jeune, vous ne pensiez pas ˆ devenir rŽalisatrice. ƒcoutiez-vous de la musique de film ?

JÕallais ŽnormŽment au cinŽma, donc jՎtais imprŽgnŽe des musiques de ces films et on sait que lՎmotion dÕun film passe par la musique. JՎtais plus attirŽe par la musique de mon Žpoque. JÕai commencŽ avec Cliff Richard, les Anglais, puis les AmŽricains, Living Doll cÕest le dŽbut de Ē Diabolo Menthe Č ; jÕavais treize ans !

 

Vous avez fait un film avec Sarde, cÕest assez Žtonnant ?

Oui pour Ē La Baule les Pins Č. Dans la carrire dÕun rŽalisateur ne pas avoir fait un film avec Philippe Sarde a manque. Il a fait de jolies musiques. CÕest un personnage hors du commun qui a un vrai amour du cinŽma, il est dŽment, fou, dr™le, cultivŽ, il a plein de qualitŽs avec quelques dŽfauts. Il a fait des films magnifiques. Je pense que Sautet lui doit beaucoup. Non pas que Sautet nÕavait pas de talent mais le mariage entre les deux cÕest formidable. Ce sont des musiques qui nous restent. Mais je ne sais plus pourquoi je me suis tournŽe vers lui. Il y a des moments que jÕaime moins dans la musique quÕil mÕa Žcrite mais la musique de Ē La Baule les Pins Č est une jolie musique, trs touchante et Roda-Gil a Žcrit une magnifique chanson ˆ la fin du film sur la musique de Philippe. Cette rencontre avec Roda-Gil, cՎtait formidable.

 

Et en ce moment vous tes sur un projet de film ?

Oui cÕest une comŽdie, une sorte de Road Movie avec une mre complŽtement folle qui se retrouve sur les routes avec son fils de 25 ans. Il se passe en Belgique et en Hollande et je pense que je vais appeler Paolo !

 

Une dernire question, peut-tre vous allez me dire Ē joker Č : vous nÕavez jamais pensŽ ˆ travailler avec Serge Franklin ?

Non pas joker, jÕaime beaucoup Serge, il a fait de superbes musiques ˆ Arcady mais je le laisse ˆ Alexandre. CՎtait un vrai couple, Ē Le Coup de Sirocco Č, Ē Le Grand Pardon Č, ce sont des musiques qui ont marquŽ. Je lÕaime beaucoup dans la vie mais je nÕai jamais eu envieÉ

 

De passer la porte dՈ c™tŽ ? Chacun son bureau !

Chacun son bureau ! Il doit tre un peu triste de a peut-tre. Je lÕaime beaucoup et aussi comme musicien.

 

Il doit y avoir un regret quand mme ?

Oui bien sžr, mais quand on conna”t trop les gens, on a peur de travailler avec eux et de se f‰cher. On peut perdre lÕamitiŽ. Avec des gens quÕon ne conna”t pas on nÕa pas dՎtat dՉme pour leur dire quÕon aime pas ce quÕils ont Žcrit pour vous.

 

Merci pour ces moments de vŽritŽ.

 




 

 

https://www.youtube.com/watch?v=mfxfM1nrK2c

 

https://www.youtube.com/watch?v=7DpYziWv6XE

 

Propos recueillis par StŽphane Loison.

 

ANNONCES

 


Metropolis de Fritz Lang / DR

 

Mardi 8 novembre 2016 ˆ 20H, au Grand Rex, VIDEO GAMES LIVE Paris Musique de jeux vidŽo Š Concert symphonique avec chĻur VidŽo Games Live. CÕest lՎvŽnement musical de la rentrŽe pour les fans de jeux vidŽo ! Pour la premire fois.

 

Mercredi 9 novembre 2016 ˆ 20H, au Grand Rex, JOHN CARPENTER LIVE. Le cŽlbre rŽalisateur / compositeur jouera les classiques de son rŽpertoire et des nouveautŽs, le tout soutenu par des projections.

 

Samedi 26 novembre ˆ 20H, ˆ la Maison de la Radio : Prix France Musique Sacem de la Musique de Film, avec l'Orchestre Philharmonique de Radio France.

 

Lundi 28 novembre novembre ˆ 20h, ˆ la Maison de la Radio : CinŽ concert avec Metropolis de Fritz Lang (1927) et Thierry Escaich ˆ l'orgue.

 

 

BO en CDs

 

 

SNOWDEN. RŽalisateur : Oliver Stone. Compositeur : Graig Armstrong et Adam Peters. Deutsche Grammophon CD & download 00028947967026

 

Patriote idŽaliste et enthousiaste, le jeune Edward Snowden semble rŽaliser son rve quand il rejoint les Žquipes de la CIA puis de la NSA. Il dŽcouvre alors au cĻur des Services de Renseignements amŽricains lÕampleur insouponnŽe de la cyber-surveillance. Violant la Constitution, soutenue par de grandes entreprises, la NSA collecte des montagnes de donnŽes et piste toutes les formes de tŽlŽcommunications ˆ un niveau planŽtaire. ChoquŽ par cette intrusion systŽmatique dans nos vies privŽes, Snowden dŽcide de rassembler des preuves et de tout divulguer. Devenu lanceur dÕalerte, il sacrifiera sa libertŽ et sa vie privŽe. En juin 2013, deux journalistes prennent le risque de le rencontrer dans une chambre dÕh™tel ˆ Hong Kong. Une course contre la montre sÕengage pour analyser les preuves irrŽfutables prŽsentŽes par Snowden avant leur publication. Les rŽvŽlations qui vont tre faites dans cette pice seront au cĻur du plus grand scandale dÕespionnage de lÕhistoire des ƒtats-Unis.

 

CÕest la troisime collaboration de Graig Armstrong avec Olivier Stone (Ē Wall Street lÕargent ne dort jamais Č, Ē World Trade Center Č). Il est ˆ l'origine de la musique des films de Baz Luhrmann (Ē RomŽo+Juliette Č, Ē Moulin Rouge Č, Ē Gatsby le Magnifique Č). Il a surtout Žcrit une trs belle musique pour Ē Loin de la Foule DŽcha”nŽe Č du film acadŽmique de Thomas Vinterberg. Il a le talent de se couler dans diffŽrents univers dÕauteurs trs diffŽrents. Sa musique est ici entre le thriller, le drame, lÕenqute avec de beaux passages romantiques comme il sait les Žcrire. Tout nÕest pas parfait, loin de lˆ. La prŽsence dÕAdam Peters qui avait travaillŽ sur lÕinsupportable Ē Savages Č, apporte la note Žlectronique. Ursine Vulpine reprend le SaintÕs Go Marching, le morceau pour les funŽrailles ˆ la Nouvelle OrlŽans. Dans ce genre de film Oliver Stone est plus ˆ lÕaise que dans de pures fictions. La musique se laisse Žcouter en CD.

 


https://www.youtube.com/watch?v=fL2xKFZYqOU&list=PLkLimRXN6NKyVWACAE3nSDlxRrTlWop_8&index=11

 

 

NAGASAKI MEMORIES OF MY SON. RŽalisateur : Yoji Yamada. Compositeur : Ryuichi Sakamoto. 1CD Milanrecords : 39852-2.

 

En 2015 Ryuichi Sakamoto a composŽ cette musique pour Yoji Yamada, un des derniers et lŽgendaire rŽalisateur avec plus de 80 films, de la gŽnŽration des Kurosawa, Mizoguchi ou Ozu. Le film raconte lÕhistoire de Nobuko Fukuhara, une mre qui a perdu son fils durant la tragŽdie nuclŽaire de Nagasaki. Ryuichi Sakamoto a Žcrit une de ses plus belles musiques de film, empreinte de tristesse, de mŽlancolie, une musique dramatique et romantique ˆ la fois, un hommage aussi ˆ ces musiques de lՉge dÕor du cinŽma japonais. Milan offre enfin la BO du film sur CD. On ne prŽsente plus Ryuichi Sakamoto, compositeur protŽiforme qui avec Ē Le Dernier Empereur Č avait obtenu un oscar. Et sa musique pour Ē Furyo Č est dans toutes les mŽmoires. Il a fait dernirement une belle musique pour Ē The Revenant Č. Entendre lÕarchive des voix des pilotes du B29 au dŽbut du CD nous met dans lÕambiance du film et de sa musique. Un CD pour les fans de ce compositeur et pour ceux qui aiment entendre une belle partition.

 


https://www.youtube.com/watch?v=VuSlXGHa-ec



BRIDGET JONEÕS BABY. RŽalisateur : Sharon Maguire. Compositeur : Graig Armstrong. 1CD Universal Music.

 

Le CD contient juste deux thmes romantiques du compositeur, le reste nÕest que des chansons tendres et douces dont Ē Still Falling For You Č, chantŽe pour le film par Ellie Goulding, le fameux Ē Walk On By Č de Diane Warwick, et le tube de Marvin Gaye Ē I Heard It Through The Grapevine Č. Quel est lÕintŽrt dÕun tel disque ? Se rappeler cette bluette n”3 sympathique et bien formatŽe. Le prochain, le n”4, cÕest maman Bridget dans les couchesÉ

 


https://www.youtube.com/watch?v=pvP_OwVSFpk&list=PLfaZeIWtqNKOmE7VrT04e7DAe1IR6wEEh

 

 

MISS PEREGRINE ET LES ENFANTS PARTICULIERS. RŽalisateur : Tim Burton. Compositeur: Mike Higham et Matthew Margeson. 1CD La-La Land Records.

 

Jake Portman est un adolescent de 16 ans vivant en Floride en 2016. Lorsque son grand-pre Abe dŽcde, il dŽcouvre que toutes les histoires qu'il lui racontait enfant Žtaient vraies. Jake et son pre se rendent alors sur la mystŽrieuse ”le de Cairnholm, au Pays de Galles. Jake y dŽcouvre les ruines d'un orphelinat qui appartenait ˆ une certaine mystŽrieuse Miss Peregrine et qui abritait dans les annŽes 1940 des enfants Ē particuliers Č. Le livre dÕo est tirŽ le film est surprenant dans le sens o lÕon pense que Ransom Riggs lÕa Žcrit spŽcialement pour Tim Burton. On retrouve tous les thmes de prŽdilection du rŽalisateur et gr‰ce aux effets numŽriques dÕaujourdÕhui, Burton sÕen donne ˆ cĻur joie pour dŽlirer. Pour la premire fois ce nÕest pas Danny Elfman qui a composŽ la musique ! CÕest le tandem Mike Higham et Matthew Margeson. Le couple Burton/Elfman aurait-il divorcŽ ? Elfman Žtait-il ''too busy'', comme on le prŽtend ? CÕest aprs Ē Ed Wood Č et Ē Sweeney Todd Č quÕil lui fait des infidŽlitŽs. Margeson avait Žcrit Ē Kingsman Č et Ē Eddie The Eagle Č, deux bons scores, mme sÕil fait partie de lՎcurie Zimmer. Mike Higham avait travaillŽ avec Elfman et Žcrit des musiques additionnelles pour Ē Sweeney Todd Č et Ē Big Eyes Č. Le climat de Burton nÕest quand mme pas le mme. La musique est trop prŽsente, envahissante, ˆ la mode. Florence and the Machine a signŽ pour le film la chanson Ē Wish That You Were Here Č. Sur le disque on a le fameux Ē In The Mood Č de Glen Miller et lÕallegro du Premier Concerto de Tcha•kovski. Le rŽsultat final, malgrŽ quelques rŽserves musicales, est fantastique, aux premier et second degrŽ ! On a lˆ du Burton grand cru ! Sur le CD il y a du bon et du moins bon.

 


https://www.youtube.com/watch?v=Cm3fgIKqbOQ&list=RDCm3fgIKqbOQ#t=17

 

 

A MONSTER CALL (Quelques Minutes aprs Minuit). RŽalisateur : Juan Antonio Bayona. Compositeur : Fernando Vel‡squez. 1CD Quartet Records.

 

Pour Žchapper ˆ son quotidien se partageant entre la maladie de sa mre et les humiliations rŽpŽtŽes de ses camarades de classe, un jeune garon se rŽfugie dans un monde imaginaire digne des contes de fŽes, o il est question de courage, de perte et de foi. Juan Antonio Bayona sÕest fait conna”tre avec Ē Orphelinat Č, un film dÕangoisse total o la musique est de l'excellent compositeur Fernando Velasquez. Ils ont collaborŽ sur le suivant au sujet du tsunami en Tha•lande, Ē The Impossible Č. CÕest leur troisime collaboration et on peut dire quÕils ont beaucoup de talent ! Fernando Vel‡squez a abondamment Žcrit pour des courts-mŽtrages et de nombreux longs espagnols. Il encha”ne film sur film ! Sa musique est empreinte de lyrisme et les orchestrations sont trs travaillŽes. Il sait trs bien dŽcrire les univers fantastiques, mme angoissants. Ē Mama Č dÕ AndrŽs Muschietti est un modle du genre. Le CD est magnifique ! Ē Tear Up This Town Č de Keane est sur le disque.

 


https://www.youtube.com/watch?v=AoJLR4AoxkM

 

 

LA FILLE DU TRAIN. RŽalisateur : Tate Taylor. Compositeur : Danny Elfman. 1CD Sony Classical n”88985375612.

 

Rachel prend tous les jours le mme train et passe tous les jours devant la mme maison. DŽvastŽe par son divorce, elle fantasme sur le couple qui y vit et leur imagine une vie parfaiteÉ jusquÕau jour o elle est le tŽmoin dÕun ŽvŽnement extrmement choquant et se retrouve malgrŽ elle Žtroitement mlŽe ˆ un angoissant mystre. Pour ce thriller, Danny Elfman compose pour la premire fois pour Tate Taylor ( Ē The Help Č et Ē Get on Up Č). Ici, il offre une texture musicale avec des sons Žlectroniques, des percussions et juste un thme minimaliste au piano accompagnŽ par un violoncelle, des stridences orchestrales inou•es, pour instaurer le climat de tension qui correspond ˆ ce genre de film. Sa musique nous surprend, comme le film, on ne reconna”t pas sa patte, cÕest magnifique. Un beau CD.

 


https://www.youtube.com/watch?v=ujrW__T08y8

https://www.youtube.com/watch?v=ujrW__T08y8

 

SING STREET. RŽalisateur : John Carney. Compositeur : compilation.

Dublin, annŽes 80, Conor, un lycŽen dont les parents sont au bord du divorce, est obligŽ ˆ contrecĻur de rejoindre les bancs de lՎcole publique dont les rgles dՎducation diffrent de celles de lՎcole privŽe quÕil avait lÕhabitude de frŽquenter. Afin de sՎchapper de cet univers violent, il nÕa quÕun objectif : impressionner la plus jolie fille du quartier, la mystŽrieuse Raphina. Il dŽcide alors de monter un groupe et de se lancer dans la musique, univers dans lequel il ne connait rien ni personne, ˆ part les vinyles de sa chambre dÕadolescent. Afin de la conquŽrir, il lui propose de jouer dans son futur clip. Voilˆ un film musical comme on les aime. DŽjˆ avec son prŽcŽdent film Ē New York Melody Č, il entra”nait le public dans une virŽe musicale dans New York. Ici cÕest le monde de lÕadolescence dans une petite ville avec des jeunes qui montent leur groupe et qui sont influencŽs par les groupes ˆ la mode (Cure, Duran Duran, The Clash,The Jam, Ah Ah É). CÕest un film totalement irrŽsistible avec une Žnergie communicative et de la musique, de la musique, de la musique ! CÕest un trs bon film qui a reu une multitude de prix. La compilation des musiques sur CD nÕest peut-tre pas indispensable mais il faut voir lÕemploi quÕen fait John Carney. Bien sžr on a la chanson du film, comme le prŽcŽdent, chantŽe par le leader de Maroon Five, Adam Levine. Un film ˆ voir et revoir pour donner la pche !

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=xIY_b10iehY

 

 

ELLE. RŽalisateur : Paul Verhoeven. Compositrice : Anne Dudley. 1CD Sony Classical.

 

La compositrice anglaise Anne Dudley retrouve Paul Verhoeven aprs Ē Black Book Č. CŽlbre pour son groupe Art of Noise, elle a participŽ ˆ de nombreux arrangements pour des groupes et chanteurs cŽlbres. Neil Jordan lÕavait engagŽe pour Ē The Crying Game Č et a reu un oscar pour Ē Full Monty Č. Mais on se rappelle plut™t des morceaux de soul que de sa musique ˆ proprement parler. Paul Verhoeven a eu deux trs grands compositeurs sur ses films. On se souvient de la musique de Basil Poledouris pour Ē Robocop Č et Ē Starship Troopers Č et celle de Ē Basic Instinc Č de lÕimmense Jerry Goldsmith qui a ŽtŽ trs souvent copiŽe, imitŽe par des compositeurs connus. La composition dÕAnne Duddley est difficilement comparable, on nÕest pas dans la mme configuration. Elle a Žcrit une musique simple, mŽlancolique, sans grande Žmotion, assez distanciŽe comme le personnage dÕElle. Les morceaux Ē dÕagression Č sont assez classiques dans leurs conceptions, mais cÕest une musique qui fonctionne. Aprs, Žcouter le CD, cÕest un peu ennuyeux. Mais le film est du grand Verhoeven.

 


https://www.youtube.com/watch?v=xhf5LdnAm0g

 

 

LES 7 MERCENAIRES. RŽalisateur : Antoine Fuqua. Compositeur : James Horner. 1CD Sony Classical n”88985346202.

Aprs Ē La Rage au Ventre Č du mme Antoine Fuqua, avec une musique mŽconnaissable, plus Žlectronique (influence de Franglen), James Horner sՎtait attaquŽ ˆ ce western mais nÕa pu le finir pour cause de dŽcs. CÕest Simon Franglen, son arrangeur, qui a pris la relve et qui est crŽditŽ pour la premire fois comme compositeur. On retrouve le style de Horner, donc de lÕarrangeur depuis Ē Avatar Č. LÕambiance est assez sombre. Les arrangements sont assez Žtonnants, avec des mŽlanges dÕinstruments qui crŽent des univers originaux. Quant au film il vaut mieux oublier Ē Les Septs Samourais Č et Ē Mercenaires Č dÕantan pour regarder ce film au casting bien plat. A la fin du CD on aura aussi droit au superbe thme de Bernstein ! En souvenir de Horner, un CD ˆ possŽder.


 

 

CEZANNE ET MOI. RŽalisatrice :Danile Thompson. Compositeur : ƒric Neveux. 1CD Quartet Records.

 

CÕest l'histoire de l'amitiŽ et de la rivalitŽ entre Paul CŽzanne et ƒmile Zola, tous deux natifs dÕAix-en-Provence. Le premier, peintre, fils de banquier, qui n'obtiendra qu'une reconnaissance relative de son vivant alors qu'il devient l'un des pres fondateurs de l'art moderne. Le deuxime, Žcrivain, orphelin de pre immigrŽ et de milieu modeste, qui devient chef de file du mouvement naturaliste dans la France tourmentŽe de la deuxime moitiŽ du XIXe sicle. Ce film est comme beaucoup de biopic une illustration et manque de point de vue. Alors que peut faire la musique pour contrebalancer cette suite dÕillustration ennuyeuse ? ƒric Neveu qui est un bon compositeur va ˆ fond dans une musique romantique avec un thme et variation assez banal, musique dŽsute dans les arrangements. Bref une musique et un film en total accord : ennuyeux.

 


StŽphane Loison.

 

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LA VIE DE L’EDUCATION MUSICALE

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Si vous souhaitez promouvoir votre activité, votre programme éditorial ou votre saison musicale dans L’éducation musicale, dans notre Lettre d’information ou sur notre site Internet, n’hésitez pas à me contacter au 01 53 10 08 18 pour connaître les tarifs publicitaires.  

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Le site de l’Education Musicale

 

 


La librairie de L’éducation musicale

VIENT DE PARAÎTRE

INITIATION À L’HARMONIE ET À L’INTERPRÉTATION À PARTIR DES POLONAISES DE CHOPIN.
VOLUME 1 Les Polonaises de jeunesse en sol mineur et sib majeur

22.00 €

INITIATION À L’HARMONIE ET À L’INTERPRÉTATION À PARTIR DES POLONAISES DE CHOPIN.
VOLUME 2 Les Polonaises de jeunesse en lab majeur et sol# mineur

22.00 €

 

Baccalauréat 2017. Épreuve de musique

LIVRET DU CANDIDAT

19 €

 

COLLECTION VOIR ET ENTENDRE

Jean-Marc Déhan et Jacques Grindel ont réalisé, dans les années 1980, collection « voir & entendre », qui s'adressait autant aux collèges et lycées qu'aux conservatoires et écoles de musique. Il nous est apparu que cet outil remarquable pouvait, avec quelques compléments, redevenir un outil pédagogique de tout premier plan. Le parti pris a été de réimprimer à l'identique les fascicules, enrichis d'un court dossier pédagogique. Pour chaque titre, des pistes d'utilisation s'ajoutent à celles déjà mises en lumière dans les partitions elles-mêmes.
Il est possible d'utiliser ces partitions :
- pour la lecture de notes
- pour la lecture de rythmes
- pour la dictée musicale ;
- pour le chant, en faisant chanter et mémoriser les principaux thèmes
- pour la formation de la pensée musicale : les thèmes mémorisés, transposés à l'oreille, donneront lieu, le cas échéant, à des autodictées ;
- pour l'analyse musicale et l'harmonie, avec les analyses fines de J.-M. Déhan et J. Grindel reportées sur la partition
- pour l'histoire de la musique grâce aux textes de présentation ;
- enfin, pour l'écoute raisonnée des œuvres en suivant simplement la partition, quitte à faire porter l'audition sur des éléments précédemment indiqués par le professeur qui pourra adapter ces exercices au niveau de ses élèves.
Mais ces partitions sont également destinées aux amateurs éclairés pour qui la lecture des clés d'ut dans les partitions d'orchestre habituelles, ainsi que le casse-tête des instruments transpositeurs sont souvent des obstacles insurmontables.
Souhaitons que cette réédition permette une meilleure connaissance par tous, jeunes et moins jeunes, futurs professionnels ou amateurs éclairés, de quelques œuvres fondamentales du répertoire.

W.A. Mozart. Symphonie n° 40 (K550)1. Allegro Molto – 3. Menuetto

Prix: 9 euros

A. Borodine. Dans les steppes de l’Asie centrale

Prix: 9 euros

H. Berlioz. Symphonie fantastique 5e mouvement

Prix: 12 euros

J.-S. Bach. Cantate BWV 140« Wachetauf, ruft uns die Stimme »

Prix: 10,50 euros

 

   

1.STOCKHAUSEN JE SUIS LES SONS

Ce livre, que le compositeur souhaitait publier dans sa maison d’édition à Kürten, se propose de présenter les orientations principales de la recherche de Karlheinz Stockhausen (1928-2007) à travers ses œuvres, couvrant sa vie et ouvrant un accès direct à ses écrits. Divers domaines investis par le plus grand inventeur de musique de la seconde moitié du xxe siècle sont abordés : composition de soi à travers les matériaux nouveaux ; découvertes formelles et structures du temps ; musique spatiale ; métaphore lumineuse ; musique scénique ; l’hommage au féminin de l’opéra Montag aus Licht ; Wagner, Stockhausen et le Gesamtkunstwerk, œuvre d’art total. Les témoignages des femmes qui l’ont accompagné dressent un portrait vif et saisissant de l’homme, artiste génial qui aimait plus que tout la musique et la recherche compositionnelle au nom du progrès de l’être humain...(suite)



 

2. ANALYSES MUSICALES VIIIè SIECLE - Tome 1

 

L’imbroglio baroque de Gérard Denizeau

 

BACH

Cantate BWV 104 Actus tragicus : Gérard Denizeau

Toccata ré mineur : Jean Maillard

Cantate BWV 4: Isabelle Rouard

Passacaille et fugue : Jean-Jacques Prévost

Passion saint Matthieu : Janine Delahaye

Phœbus et Pan : Marianne Massin

Concerto 4 clavecins : Jean-Marie Thil

La Grand Messe    : Philippe A. Autexier

Les Magnificat : Jean Sichler

Variations Goldberg : Laetitia Trouvé

Plan Offrande Musicale : Jacques Chailley

 

COUPERIN

Les barricades mystérieuses : Gérard Denizeau

Apothéose Corelli : Francine Maillard

Apothéose de Lully : Francine Maillard

 

HAENDEL

Dixit Dominus : Sabine Bérard
Water Music : Pierrette Mari

Israël en Egypte : Alice Gabeaud

Ode à Sainte Cécile : Jacques Michon

L’alleluia du Messie : René Kopff

Musique feu d’artifice : Jean-Marie Thill

3. LE NOUVEL OPERA

 

Publié l'année même de son ouverture, cet ouvrage raconte avec beaucoup de précisions la conception et la construction du célèbre bâtiment.
Le texte est remis en pages et les gravures mises en valeur grâce aux nouvelles technologies d'impression.

4. LEOS JANACEK, JEAN SIBELIUS, RALPH VAUGHN WILLIAMS - UN CHEMINEMENT COMMUN VERS LES SOURCES

Pour la première fois, le Tchèque Leoš Janácek (1854-1928), le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957) et l'Anglais Ralph Vaughan Williams (1872-1958) sont mis en perspective dans le même ouvrage. En effet, ces trois compositeurs - chacun avec sa personnalité bien affirmée - ont tissé des liens avec les sources orales du chant entonné par le peuple. L'étude commune et conjointe de leurs itinéraires s'est avérée stimulante tant les répertoires mélodiques de leurs mondes sonores est d'une richesse émouvante. Les trois hommes ont vécu pratiquement à la même époque.
Ils ont été confrontés aux tragédies de leur temps et y ont répondu en s'engageant personnellement dans la recherche de trésors dont ils pressentaient la proche disparition. (suite).



 

5. LA RECHERCHE HYMNOLOGIQUE

En plein essor à l'étranger, particulièrement en Allemagne, l'hymnologie n'a pourtant pas encore acquis ses titres de noblesse en France.
Dans l'esprit de la collection « Guides musicologiques », cet ouvrage se veut une initiation méthodologique. Il comprend une approche de l'hymnologie se rattachant à la musicologie historique et à la théologie pratique, et résume l'historique de la discipline.
Pratique et documentaire, il offre aussi de précieuses indications : un large panorama des institutions et centres de recherche, un glossaire conséquent ou les mots clés. et les entrées sont accompagnés de leur traduction en plusieurs langues, et une bibliographie très complète (431 titres) tenant compte du tout dernier état de la question.
Outil de travail indispensable, ce livre s'adresse aussi bien aux musicologues, aux théologiens, traducteurs et chercheurs, qu'aux organistes, maîtres de chapelle, chanteurs, et bien entendu, aux hymnologues.

6. JOHANN SEBASTIAN BACH - CHORALS

Ce guide s’adresse aux musicologues, hymnologues, organistes, chefs de chœur, discophiles, mélomanes ainsi qu’aux théologiens et aux prédicateurs, soucieux de retourner aux sources des textes poétiques et des mélodies de chorals, si largement exploités par Jean-Sébastien Bach, afin de les situer dans leurs divers contextes historique, psychologique, religieux, sociologique et surtout théologique.
Il prend la suite de La Recherche hymnologique (Guides Musicologiques N°5), approche méthodologique de l’hymnologie se rattachant à la musicologie historique et à la théologie pratique dans une perspective pluridisciplinaire. Nul n’était mieux qualifié que James Lyon : sa vaste expérience lui a permis de réaliser cet ambitieux projet. Selon l’auteur : « Ce livre est un USUEL. Il n’a pas été conçu pour être lu d’un bout à l’autre, de façon systématique, mais pour être utilisé au gré des écoutes, des exécutions, des travaux exégétiques ou des cours d’histoire de la musique et d’hymnologie. » (suite)

7. LES 43 CHANTS DE MARTIN LUTHER

Cet ouvrage regroupe pour la première fois les 43 chorals de Martin Luther accompagnés de leurs paraphrases françaises strophiques, vérifiées. Ces textes, enfin en accord avec les intentions de Luther, sont chantables sur les mélodies traditionnelles bien connues.
Aux hymnologues, musicologues, musiciens d'Eglise, chefs, chanteurs et organistes, ainsi qu'aux historiens de la musique, des mentalités, des sensibilités et des idées religieuses, il offrira, pour chaque choral ou cantique de Martin Luther, de solides commentaires et des renseignements précis sur les sources des textes et des mélodies : origine, poète, mélodiste, datation, ainsi que les emprunts, réemplois et créations au XVIè siècle... (suite)

8. LES AVATARS DU PIANO

Mozart aurait-il été heureux de disposer d'un Steinway de 2010 ? L'aurait-il préféré à ses pianofortes ? Et Chopin, entre un piano ro- mantique et un piano moderne, qu'aurait-il choisi ? Entre la puissance du piano d'aujourd'hui et les nuances perdues des pianos d'hier, où irait le cœur des uns et des autres ? Personne ne le saura jamais. Mais une chose est sûre : ni Mozart, ni les autres compositeurs du passé n'auraient composé leurs œuvres de la même façon si leur instrument avait été différent, s'il avait été celui d'aujourd'hui. Mais en quoi était-il si différent ? En quoi influence-t-il l'écriture du compositeur ? Le piano moderne standardisé, comporte-t-il les qualités de tous les pianos anciens ? Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Qui a raison, des tenants des uns et des tenants des autres ? Et est-ce que ces questions ont un sens ? Un voyage à travers les âges du piano, à travers ses qualités gagnées et perdues, à travers ses métamorphoses, voilà à quoi convie ce livre polémique conçu par un des fervents amoureux de cet instrument magique.




9. CHARLES DICKENS, LA MUSIQUE ET LA VIE ARTISTIQUE A LONDRES A L'EPOQUE VICTORIENNE

 

Au travers du récit que James Lyon nous fait de l’existence de Dickens, il apparaît bien vite que l’écrivain se doublait d’un précieux défenseur des arts et de la musique. Rares sont pourtant ses écrits musicographiques ; c’est au travers des références musicales qui entrent dans ses livres que l’on constate la grande culture musicale de l’écrivain. Il se profilera d’ailleurs de plus en plus comme le défenseur d’une musique authentiquement anglaise, forte de cette tradition évoquée plus haut.

Et s’il ne fallait qu’un seul témoignage enthousiaste pour décrire la grandeur musicale de l’Angleterre, il suffit de lire le témoignage de Berlioz (suite).



 

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Les analyses musicales de L'Education Musicale