C'était un souhait de son nouveau directeur d'introduire Mireille sur la scène de l'Opéra de Paris. C'est chose faite à Garnier, dans des conditions musicales exemplaires. L'œuvre de Gounod avait, en effet, été créée à l'Opéra-Comique où elle devait se maintenir au répertoire jusque dans les années 1970. L'action suit de près la pièce de Frédéric Mistral.  La musique introduit juste ce qu'il faut de couleur locale et est traversée de ravissantes mélodies, parfois touchantes dans leur naïveté, toujours attrayantes dans leur richesse.  Elle sera retouchée à plusieurs reprises par des mains pas toujours scrupuleuses. C'est la version préparée par Reynaldo Hahn et Henri Büsser, présentée en 1939, qu'a choisi de jouer Marc Minkowski. Avec bonheur. Non seulement la maîtrise de la couleur est exemplaire, mais les magnifiques traits d'orchestration sont mis en valeur, telles les interventions du hautbois. Le discours progresse avec naturel, fraîcheur, même à l'heure des rythmes dansants, et ne donne jamais dans le pathos.  Voilà une lecture inspirée qui place sous un jour éclatant l'Orchestre de l'Opéra, tout de ductilité et de souplesse, et soutient idéalement le chant. La Mireille de Inva Mula est vocalement accomplie. Un timbre limpide et une belle énonciation rendent crédible la détermination du personnage, en particulier dans la scène cruciale de la Crau ; même si quelques signes de fatigue - à la huitième représentation de la série - apparaissent en fin de soirée, dans un rôle bien harassant.  Son beau Vincent est campé avec naturel par Charles Castronovo qui, s'il n'a pas une voix très large, compense par une ligne de chant immaculée et une présence expressive.  Sylvie Brunet est une Taven d'envergure, dont le beau timbre grave - qui n'est pas sans rappeler celui de Rita Gorr - est un régal.  Le terrible père de Mireille est, avec Alain Vernhes, un parangon d'autorité vocale. Parmi les rôles plus épisodiques, il faut saluer l'excellente prestation de Sébastien Droy dans la chanson du berger, un vrai moment de grâce.  Dommage que Frank Ferrari donne si peu de vie au personnage de Ourrias.  Si la méforme vocale est évidente, l'insuffisante caractérisation du rôle y est pour quelque chose.

Mireille inaugure l'ère Joel à l'Opéra de Paris

©ONP/Agathe Poupeney

C'est que la présentation scénique est en deçà de ce qu'on pouvait espérer. Elle est sobre dans sa décoration qui suggère, non sans charme dans leur simplicité, des paysages provençaux, en pleine clarté.  Quoique les tableaux du Val d'enfer et des bords du Rhône pèchent par leur réalisme.  La mise en scène de Nicolas Joel ne cherche pas à se départir de l'explicitation au premier degré d'une action qui dramatiquement progresse peu.  Mais plus d'un passage reproduit des stéréotypes (traitement des chœurs) et verse dans la convention (scène de la malédiction du père de Mireille).  Certes, l'opéra ne comporte qu'une intrigue ténue et met en avant la peinture des sentiments de l'héroïne et de ceux qui l'entourent.  On a parlé de théâtre « dédramatisé », qui cherche plus l'effet poétique que l'action proprement dramatique (Hervé Lacombe).  Si on évite la transposition ou autre réécriture, il reste que le maniérisme dont est empreinte la gestuelle, du personnage titre en particulier, paraît daté et que des traits, tel le chœur figurant un alignement de santons, au lever de rideau de la dernière scène, figent beaucoup trop la pièce.  Heureusement sauvée par son exécution musicale.

Mireille inaugure l'ère Joel à l'Opéra de Paris

©ONP/Agathe Poupeney

Jean-Pierre Robert