Elisabeth Leonskaja & le « Philhar » : un très beau moment

Un très beau moment de musique de chambre, dans l'écrin en bois de l'Auditorium, en compagnie de la pianiste d'origine géorgienne, Elisabeth Leonskaja et des musiciens de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Une soirée dédiée à Mozart en même temps qu'un hommage aux solistes du « Philhar ». Hommage aux vents d'abord, avec le Quintette pour piano et vents K. 452, avec Hélène Devilleneuve au hautbois, Nicolas Baldeyrou à la clarinette, Jean-François Duquesnoy au basson et Antoine Dreyfuss au cor.

La Last Night des Proms ou le feu d'artifice musical...

Quel privilège et quelle joie de pouvoir assister à un tel événement, conclusion du festival de musique le plus extraordinaire au monde, au Royal Albert Hall. Il a été conçu en 1895 par le chef d'orchestre, compositeur et organiste Sir Henry Joseph Wood (1869-1944). Les mots sont impuissants à traduire ce que l'on peut vivre, ressentir lors de cette célébration qui tient autant de la cérémonie que de la liturgie.

« La Petite Renarde Rusée » de Janáček au Peacock Theatre de Londres(10)

L'excellente troupe du British Youth Opera de Sadler's Wells(11), fondé en 1987 par Denis Coe (1929-2015), présentait une version anglaise(12) du chef-d'œuvre de Leoš Janáček (1854-1928) (13) dans le beau Peacock Theatre situé entre Holborn et Aldwych. En m'y rendant, je me demandais ce que le concept janáčekien de « mélodies du langage parlé » (nápĕvky mluvy) allait donner dans la langue de Shakespeare. Je n'ai pas été déçu tant cette dernière possède d'indéniables qualités mélodiques.

Kullervo de Sibelius aux Proms de Londres

Le 28 avril 1892, Jean Sibelius (1865-1957) (1) – dont les Proms célébraient cette année l'anniversaire de la naissance(2) – dirigeait, à Helsinki, dans la grande salle de l'Université, sa Symphonie Kullervo pour soprano, baryton, chœur d'hommes et orchestre, opus 7. Pour cette extraordinaire et émouvante partition en cinq mouvements(3), le compositeur s'inspirait des Chants XXXI-XXXVI du Kalevala, la grande épopée des Finnois telle qu'elle avait été recueillie et « poétisée » par le collecteur Elias Lönnrot (1802-1884) (4).

Le parc floral de Paris ou le Parc musical !

Au cœur du bois de Vincennes, à deux pas du Château des Rois maudits, sur 28 hectares, fleurs, arbres, de toutes les espèces, sont offerts à ceux qui ont besoin d'avoir la campagne à la ville ; le rêve d'Alfred Jarry y est réalisé! Mais ce n'est pas un cours d'horticulture que nous voulons vous faire partager, mais parler de culture, celle qui passe par les oreilles. Tout l'été et jusqu'à la fin de septembre, pour seulement 6 euros, des jazzmen et des musiciens dit classiques sont venus s'éclater au milieu des gazouillis des enfants, des vols de canards (eux en principe ils n'en font pas) sur une scène couverte – l'espace delta - et ouverte à tous les vents (la pince à linge est aussi importante que la partition). Depuis 1993 du beau monde est venu offrir des moments d'anthologie, surtout en jazz. Cette année, entre autres, le pianiste Jason Moran, le saxo Steve Potts, le chanteur guitariste Boubacaré Traoré, le tromboniste funky Nils Landgren, l'organiste Rhoda Scott en compagnie de la trompettiste Airelle Besson ont fait bouger un public, souvent âgé, et peu habitué à ce style de musique. Les piqueniqueurs, plus jeunes, ceux qui offrent les gazouillis de leurs progénitures, allongés sur les pelouses, une mousse et chips à portée de main, apprécient cette musique, mais plutôt en fond sonore.

Concert d'ouverture de l'Orchestre National de France : Sergey Khachatrian exemplaire

Pour le concert d'ouverture de cette saison, qui sera pour Daniele Gatti la dernière à la tête de l'Orchestre National de France, le public était venu nombreux dans le grand auditorium de la maison ronde. Un programme bien connu, le Concerto pour violon de Beethoven et la Symphonie fantastique de Berlioz. Deux occasions d'apprécier la direction précise et toujours pertinente du chef italien capable du meilleur comme du pire…Daniele Gatti est assurément un des plus grands chefs actuellement sur le circuit, sa nomination récente à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam et sa présence sur la short liste de postulants pour la direction musicale du Gewandhaus de Leipzig en sont deux preuves indiscutables.

Paavo Järvi et l'Orchestre de Paris fêtent le 80e anniversaire d'Arvo Pärt

La Philharmonie de Paris consacrait, pour l'occasion, tout un week end à l'œuvre du compositeur estonien dont on fêtait le 11 septembre le 80e anniversaire. Il faut dire qu'au-delà de l'événement, c'était, en filigrane, le témoignage d'une amitié ancienne entre le compositeur et la famille Järvi. En 1968, Neeme Järvi dirigea la création du Credo d'Arvo Pärt, partition fondée sur des extraits de l'Évangile selon Saint Matthieu. L'œuvre provoqua les foudres du régime soviétique, qui prohibait les références religieuses. Las des pressions exercées par le pouvoir, le compositeur et le chef d'orchestre décidèrent en 1980 de s'exiler avec leurs familles. Après avoir séjourné à Vienne, Pärt s'installa à Berlin, Järvi aux États-Unis. Depuis, Neeme Järvi n'a cessé de défendre la musique de son compatriote et de la diffuser dans le monde entier.

Comment vraiment bien jouer Mozart

Pour son concert de rentrée, l'Orchestre de Chambre de Paris affichait un programme Mozart sous la direction de Sir Roger Norrington, et en vedette le pianiste Fazil Say. Aussi bien interprète que compositeur, le pianiste turc offrait une de ses compositions chambristes, la Sonate pour violon et piano op 7. Confortant une tradition de cet orchestre de livrer des pièces de style et de forme différents. Cette pièce, écrite en 1997, mélange les esthétiques et se souvient des classiques.

Un grand chef mahlérien

Autre phalange américaine à fouler le sol parisien cet automne, le San Francisco Symphony était dirigé par son charismatique chef Michael Tilson Thomas, MTT pour ses familiers. A la tête de l'orchestre depuis vingt ans, il a fait de celui-ci un instrument des plus performants. Deux œuvres on ne peut plus dissemblables en apportaient la preuve. Le Quatrième concerto pour piano de Beethoven était joué par Yuja Wang. On sait le magnétisme de cette filiforme jeune femme qui en quelques années a conquis le cœur de mélomanes, l'espace d'une poignée de disques et de concerts. S'attaquer à l'un des concertos les plus emblématiques du maître de Bonn était assurément un challenge. Voilà un Beethoven plutôt aérien, transparent, allégé. Trop peut-être à qui attend ici une pâte solide, en particulier au rond final.

Le frisson d'un orchestre d'exception

Pour ce concert de rentrée, la Philharmonie de Paris connaissait l'excitation des grands soirs. C'est qu'on y entendait le Boston Symphony Orchestra, au nombre des « big five » des formations symphoniques nord américaines. Pour l'une des étapes de leur première tournée européenne sous le direction d'Andris Nelsons, qui de Londres à Berlin, leur faisaient donner quelques 12 concerts en 15 jours. Le programme copieux de cet unique concert parisien réunissait Don Quichotte de Strauss et la 10 ème Symphonie de Chostakovitch. Richard Strauss achève Don Quichotte en 1897, peu après Till Eulenspiegel dont il se situe dans le droit fil.

Une rencontre avec l'âme de Georgy Cziffra

Etant en Avignon pour le festival, j'ai eu le bonheur d'assister au spectacle de Pascal Amoyel : une évocation brillante et très émouvante du grand homme hongrois, lui-même personnage des plus attachants. Pour tous ceux qui ont eu, comme Pascal et moi, la chance d'être « choisi » par le grand pianiste pour jouer à Senlis, pour recueillir ses conseils, dans le cadre hautement historique de la chapelle (qui rappelons-le, a vu le baptême d'Hugues Capet), son souvenir reste comme une lueur de gentillesse et de discrétion.

Pour le bonheur du public, le récitant était absent...

Non pas que je mette en doute les compétences des élèves du CNSMDP, dont celui qui devait présenter la soirée : mais si la centaine de personnes présente dans le cadre idyllique de l'Orangerie du château de Champs-sur-Marne, pour le concert de ce dernier dimanche de juin, n'oubliera pas ce concert de qualité, c'est en grande partie grâce à la présentation des plus amusantes de Vicens Prats, flûtiste de l'Orchestre de Paris.

Daniil Trifonov & Myung-Whun Chung : La mésentente cordiale !

Pour un des derniers concerts de la saison à la Philharmonie de Paris, l'affiche était fameuse et le programme de la soirée alléchant, associant le Concerto pour piano et orchestre n° 3 de Sergei Rachmaninov en première partie et pour conclure la Symphonie n° 2 de Johannes Brahms. Un concerto pour piano composé en 1909, bien connu pour sa virtuosité impressionnante et ses accents post romantiques, pièce redoutée mais néanmoins irremplaçable du répertoire pianistique.

Le pianiste Maxence Pilchen salle Gaveau : Un récital Chopin magistral !

A l'occasion de la sortie de son premier CD (Paraty 115131) consacré à Frédéric Chopin (Voir rubrique « Le bac du disquaire ») Maxence Pilchen donnait un récital  « coup de cœur » salle Gaveau, intitulé « de Majorque à Nohant », avec un programme tout Chopin reprenant les 24 Préludes op. 28, associés à la Ballade n° 4, op. 52, au Scherzo n° 4, op. 54 et à la Polonaise n° 6, op. 53.

Un partenariat gagnant

Le festival de Saint-Denis c'est aussi l'intimité de l'Institution de la Légion d'Honneur, toutes proportions gardées au demeurant car la salle est vaste. Mais il ne fallait pas moins de cet espace, et surtout de ce public, pour fêter les débuts d'un partenariat enthousiasmant qui réunit Renaud Capuçon et David Fray. Déjà deux générations de musiciens car le second mord la jeunesse à pleines dents face à celui qui fait figure de presque sage désormais ! On sait que Renaud Capuçon aime rien tant que l'univers si porteur de la musique de chambre.

Christian Gerhaher chante Mahler : La référence !

Un récital du célèbre baryton allemand Christian Gerhaher accompagné par le pianiste Gerold Huber dans le cadre d'un week end entier consacré au Lied par la Philharmonie de Paris. Intéressant concert quand on sait l'importance du Lied dans l'œuvre de Gustav Mahler, à la fois en tant que corpus, dont le programme ce soir donna un large aperçu, mais également comme source d'inspiration symphonique.

e suprême chant mahlérien de Bernard Haitink

La résidence parisienne du LSO nous aura convié à une soirée exceptionnelle à la Philharmonie de Paris. Bernard Haitink était au pupitre. Tel un sage de la musique à l'automne d'une longue et riche carrière, il revient à la quintessence des grandes partitions. Le Troisième Concerto de violon de Mozart ouvrait le concert, joué par Alina Ibragimova. Cette interprète qu'on associe plus aux intimités de la musique de chambre – en partenariat avec Cédric Tiberghien en particulier - qu'au grand lustre du concerto, livre une exécution limpide et sensible de cette pièce où Mozart semble prendre ses distances avec le style galant que la forme lui impose encore. Les tempos non métronomiques adoptés par Haitink permettent une intéressante liberté du discours, dégagé de tout carcan rigide, en particulier à l'allegro et ses réponses inattendues de l'orchestre au soliste.

Le marathon des « dernières sonates » par Andras Schiff

Tant Beethoven que Schubert ont écrit une trilogie finale de sonates pour piano, les opus 109, 110 et 111 du maître de Bonn, les opus D 958, 959 et 960 de l'auteur de La Truite. On peut la jouer chacune en un même concert. On peut aussi imaginer de les rapprocher les unes des autres, et de leur adjoindre les « dernières » de Mozart et de Haydn.

L'Orchestre du Tonhalle et son chef Lionel Bringuier

Pour le concert d'ouverture du Festival de Zurich 2015, manifestation célébrant durant un mois tous les arts, l'Orchestre du Tonhalle s'était « mis sur son 31 ». Cette formation fondée en 1868, qui eut pour directeurs musicaux des chefs illustres comme Hans Rosbaud, Rudolf Kempe et plus récemment et pendant presque vingt ans, David Zinman, a choisi en 2014 de confier les rênes à un jeune chef français Lionel Bringiuer. Le niçois (*1986), bardé d'une « Mention très bien à l'unanimité » au sortir du CNSMP en 2004, et vainqueur du 49 ème concours de chefs d'orchestre de Besançon, possède un talent hors du commun.

Trésors de la musique romantique française pour quatuor à cordes

Parmi les six autres concerts de l'édition 2015 du Festival Bru Zane à Paris, celui donné par le Quatuor Diotima méritait plus qu'un détour. Sous le moto « d'une modernité à l'autre » étaient rapprochés trois compositeurs, Onslow, Lequeux et Debussy. George Onslow (1784-1853), désormais réchappé de l'oubli, grâce à plusieurs parutions discographiques, composa nombre de quatuors. Une première période dans les années 1814 donna naissance à une douzaine de pièces (op. 8 & 10). Il revient au genre dans les années 1830 et cette deuxième brassée est marquée par le choc éprouvé par l'écoute des quatuors de Beethoven. L'opus 56 en ut mineur (1833-1834) est dédié au celliste Alexandre Chevillard, découvreur des dernières pièces du Maître de Bonn. Par rapport aux quatuors des op. 8 et 10 (Cf. CD du Quatuor Hermès, NL de 6/2025, et ci-dessous), cette nouvelle livraison se signale par un enrichissement de l'écriture et une dramatisation du discours, comme on le remarque dans l'allegro « maestoso ed espressivo » initial.

Daniel Barenboim ou la flamme du piano de Schubert

Au sein de l'emploi du temps chargé auquel il nous a habitués, partagé entre opéras et concerts symphoniques, Daniel Barenboim s'offre une pause au piano, son cher piano qui marqua d'une empreinte si forte sa première carrière de musicien, et nous offre une mini intégrale Schubert : onze sonates essentielles, l'espace de quatre concerts à la Philharmonie de Paris, à guichets fermés. Un premier constat : le vaste auditorium accueille favorablement le récital de piano, l'instrument sonne précis et proche, bénéficiant de l'acoustique flatteuse du lieu et d'un temps de réverbération intéressant à l'aune de la manière interprétative du maestro. Disons-le d'emblée, celle-ci creuse les contrastes, de dynamique, de tempo.