Hommage à Claudio Abbado : l'Orchestre du Festival de Lucerne

Concert à la fois émouvant et festif que cette venue à Paris de l'Orchestre du Festival de Lucerne dirigé par Andris Nelsons, étape d'une tournée européenne qui devait encore les conduire à Luxembourg, Madrid et Vienne. Emouvant, car le concert était  en hommage à Claudio Abbado, fondateur de l'orchestre en 2003, qui donna de si mémorables soirées à Lucerne et l'espace de quelques rares visites à l'étranger. Festif puisqu'une star du piano, Martha Argerich, prêtait son concours, jouant une pièce emblématique de la collaboration artistique avec Abbado, s'agissant du Concerto N° 3 de Serge Prokofiev. Ils l'avaient joué durant leur premier concert parisien en 1969, peu après leur enregistrement audio pour Deutsche Grammophon, un disque de référence, de légende.

Deux clavecins, un virginal chez Terpsichore

« Virginalistes à trois », tel est le titre donné au concert du Festival Terpsichore de ce samedi ensoleillé de novembre. Dans la magnifique salle Erard, rue du MaiI, au sein du quartier parisien du Sentier, Skip Sempé avait convié ses amis Pierre Hantaï et Olivier Fortin, lui-même jouant un virginal de sa collection, et les deux autres musiciens, d'une part, un clavecin allemand d'après un modèle de 1705 (Pierre Hantaï), et un clavecin français d'après Vaudry, Paris 1681, ayant appartenu à Gustav Leonhardt (Olivier Fortin). Ce trio nullement improbable nous a offert un florilège de pièces pour clavier du XVII ème anglais. Trois groupes composaient le programme, joué au demeurant sans autre interruption que celle des applaudissements, ce qui pour favoriser la cohérence, n'aide pas toujours à l'accessibilité.

Simon Rattle et les « Berliner » terminent leur intégrale des symphonies de Beethoven dans la joie !

La Neuvième Symphonie de Beethoven concluait tout naturellement la magnifique intégrale des symphonies donnée par les Berliner Philharmoniker dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. Une œuvre grandiose dont la composition obséda durant de longues années le maitre de Bonn puisque, dès ses 22 ans, Beethoven souhaita mettre en musique l'Hymne à la joie de Schiller et qu'il composa en 1808 la Fantaisie pour piano, chœurs et orchestre qui est souvent considérée comme une étude préparatoire à la composition de la Neuvième Symphonie. Une louange à la liberté, à l'amour et à la fraternité dans une étonnante synthèse des styles symphoniques et vocaux réalisant une véritable œuvre musicale totale. Une œuvre qui eut dès sa création en 1824 un immense succès, qui jamais ne se démentit, au point d'inhiber l'activité symphonique de nombre de compositeurs ultérieurs comme Brahms ou Mahler qui voyaient en elle un modèle insurpassable.

La résidence parisienne des Berliner en territoires beethovéniens

Après leurs concerts à Berlin (cf. NL de 11/2015), les Berliner Philharmoniker et leur chef Simon Rattle entamaient leur tournée européenne à la Philharmonie de Paris. Même si l'acoustique de la salle parisienne est bien différente de celle de la Philharmonie berlinoise, on ressent une vraie émotion à écouter cette phalange prestigieuse. Qui bien sûr n'a plus à prouver, sauf à montrer combien l'achèvement est à nul autre pareil. En termes de cohésion, d'aération des volumes et d'impact sonore. Il est fascinant de le constater dans des pièces aussi connues que les symphonies de Beethoven, encore que pierre angulaire du répertoire symphonique - peut-être plus que d'autres séries de compositeurs comme Mahler ou Chostakovitch. La manière de Simon Rattle, on l'a déjà remarqué, est loin de tout académisme, d'une soi-disant tradition, qui à Berlin, historiquement, renvoie à celle d'Herbert von Karajan, ou ailleurs et actuellement à celle de Christian Thielemann. Une certaine liberté de ton est ici de mise, quoique finalement moins marquée dans la 5me ou même la 4eme, entendues lors de ces deux concerts parisiens.

Fascinant parcours musical et littéraire

Ce premier vendredi de novembre, salle Cortot, Corinne Kloska et Brigitte Fossey proposent à l'occasion de la sortie du disque "Correspondances" chez Soupir Éditions, un parcours musical et littéraire : de Chopin à Ravel, en passant par Scriabine, "le Chopin du XXème siècle". En smoking noir, col cassé comme le costume de dandy que portait Scriabine, Brigitte Fossey est apparue sur la scène accompagnant Corinne Kloska, grande et belle femme. Brigitte avec une élocution parfaite dit un texte de Heine, « Portrait de Chopin ». Suivent deux Mazurkas, une de Chopin et une de Scriabine, qui se ressemblent étonnamment. Puis Brigitte dit un texte de Scriabine sur Chopin.

Pianoscope en beauvaisis

 

L'ultime journée du Xème Festival Pianoscope de Beauvais présentait deux concerts contrastés. Dans la belle grange de la Maladrerie Saint Lazare, Jean-Bernard Pommier donnait un récital mêlant compositeurs et inspirations. Les deux Polonaises op 26, Nos 1 & 2 de Chopin sonnent quelque peu littérales et sans beaucoup de feu intérieur. Le Prélude et Fugue N° 24 de Chostakovitch, ultime pièce de l'ensemble des 24 Préludes et fugues, composés en 1951 en hommage de à JS. Bach, déploie sous les doigts du pianiste français tous ses sortilèges : aux grands accords en aplats de l'introduction succède une partie centrale intériorisée puis une fugue éclatante.

Magies bartokiennes

Esa-Pekka Salonen et l'Orchestre de Paris, voilà une alchimie qui fonctionne particulièrement bien. On se souvient, entre autres, de l'Elektra de Strauss au Festival d'Aix. Cette fois, ils donnaient un « all Bartók programm ». Un compositeur pour lequel le chef finlandais fait montre d'affinités suprêmes. Le concert débutait par la Suite de  danses pour grand orchestre (1923) dont Salonen souligne d'emblée le mordant de l'inspiration populaire, comme l'atmosphère que trace cette ritournelle qui revient en boucle. On est vite empoigné par la magie bartokienne, en particulier au molto tranquillo, si habité de poésie. L'orchestre répond au quart de tour. Il en sera de même pour le Concerto pour deux pianos, percussions et orchestre. La pièce trouve son origine dans la Sonate pour deux pianos et percussions, elle-même fruit dune commande de son éditeur bâlois (1938).

Selim Mazari aux Pianissimes

Ancien élève de Brigitte Engerer et de Claire Désert, Révélation Classique de l'ADAMI 2012, soutenu par la fondation Safran,  Selim Mazari a récolté quelques prix qui lui ont permis de jouer dans plusieurs festivals, mais il continue à se perfectionner auprès d'Avedis Kouyoumdjian à Vienne. Le programme du concert de ce pianiste au Couvent des Recollets, était éclectique, d'une grande difficulté et pour le moins original. Il est toujours délicat, face à des œuvres très connues, de porter un jugement sur le parti-pris d'un artiste en direct.
On a dans l'oreille, par exemple, pour le Livre II des Images de Debussy des interprétations qui vont de Walter Gieseking à Pierre-Laurent Aimard en passant par Michelangeli ou Jacques Février et bien d'autres, toutes aussi différentes et intéressantes. Alors Selim Mazari, comment les joue-t-il ?

   Soirée Chostakovitch par le Quatuor Danel

De tous les genres musicaux, le quatuor à cordes reste certainement le plus rigoureux, voire le plus inflexible, en matière d'écriture. L'unicité du timbre comme l'absence du souffle ou de la percussion y interdisent tout effet parasite ou spectaculaire, le compositeur se trouvant placé sans recours au seuil de l'invention. Le terme même de "musique de chambre" (de "salon", en fait) ne souligne-t-il pas le paradoxe d'une musique que la modernité a fait entrer depuis bien longtemps dans l'espace de la salle de concert ?

Un pianiste exceptionnel : Remi Geniet

Remi Geniet a joué devant une salle Gaveau à moitié pleine et il est bien dommage que les amateurs de piano ne se soient pas déplacés en nombre car ils auraient pu entendre un véritable artiste. Cette génération a une technicité hors pair, on le sait, et ils sont pléthores à bien jouer du piano. Mais entendre Remi Geniet jouer JS. Bach (Partita n°4 en ré majeur BWV 828, Toccata en ut mineur BWV 911), puis Chopin (Mazurkas op 17, nos 1, 2, 3, 4 et Sonate n°3 op 58), avec une telle simplicité, un telle limpidité, dans le propos est impressionnant.

Mahler en Majesté !

Le chef autrichien Franz Welser-Möst, contesté voire contestable dans certaines de ses interprétations, notamment celles de Chostakovitch, a confirmé son statut de grand chef mahlérien en donnant à la Philharmonie de Paris, une Symphonie n° 3 de Gustav Mahler, magistrale s'il en est, à la tête de son Orchestre de Cleveland. Une phalange d'exception appartenant aux « Big Five » des orchestres américains. Une interprétation qui ne surprit pas par sa nouveauté dans la lecture, mais surtout par sa cohérence et la qualité musicale de l'orchestre.

Mikko Franck magistral !

le succès remarqué de son concert d'ouverture de la saison à l'Auditorium, le public était venu nombreux à la Philharmonie de Paris attendant du chef finlandais une confirmation, à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France dont il est le nouveau directeur musical. Un programme alléchant associant Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) et Gustav Mahler (1860-1911) et des œuvres phares, bien que rarement jouées, le Concerto pour violon du premier et le Chant de la Terre du second.

  Marzena Diakun et le « Philhar » : La tête dans les étoiles !

 

Surprise et interrogation du public de l'Auditorium de Radio France à l'écoute de l'annonce faite en début de concert : « Pour des raisons personnelles, Mikko Franck a choisi de ne pas diriger ce soir… ». Les commentaires allaient, dès lors, bon train afin de connaitre les causes de ce subit désistement en faveur de la jeune chef assistante Marzena Diakun à qui incombait, à brule pourpoint, de diriger cette soirée voyant se succéder des œuvres de Wagner, Rautavaara et Gustav Holst.

Une Huitième Symphonie d'Anton Bruckner « Kolossale »

Yoel Levi, ancien directeur de l'Orchestre National d'Ile de France de 2005 à 2012,  retrouvait son orchestre à la Philharmonie de Paris pour une Symphonie n° 8 de Bruckner très attendue. Une œuvre composée entre 1884 et 1892, créée à Vienne en décembre 1892, sous la direction de Hans Richter, dédiée à l'empereur François-Joseph I d'Autriche.

Valery Gergiev et  le London Symphony Orchestra : un Stravinski en pointillé

Les hasards du calendrier ne furent sans doute pas très favorables au LSO et à Valery Gergiev… Alors que nous avions encore en mémoire les rutilances, les audaces et la pyrotechnie sonore du Gewandhausorchester de Leipzig, dirigé par Ricardo Chailly, voilà que se présentait à quelques jours d'intervalle (belle programmation !) dans la grande salle de la Philharmonie de Paris, la célèbre phalange londonienne sous la baguette de son chef principal, Valery Gergiev, pour une série de deux concerts.

Le Gewandhausorchester Leipzig et Riccardo Chailly : le sommet !

 

Un chef et un orchestre d'exception, récemment plébiscités dans la presse internationale (Ricardo Chailly n°1 mondial, et Gewandhausorchester n°4 mondial, dans un classement établi par la critique musicale internationale, publié sur le site britannique « Bachtrack ») pour une série de trois concerts à la Philharmonie de Paris, entièrement consacrés à Mozart (concertos pour piano n° 27, pour violon n° 3 et pour clarinette) et Richard Strauss (Intégrale des poèmes symphoniques).

Café Zimmermann fait sonner Bach comme il faut

 

La salle Gaveau reprend une belle vitesse de croisière à en juger par l'affluence que connaissait ce concert Bach. On s'en réjouit car voilà un lieu choisi et un public fort attentif qui prouvent qu'il y a encore place à Paris pour des concerts de format intime. Il faut dire que se produisait Café Zimmermann, une formation bien connue pour son intégrité musicale et son souci de privilégier un jeu pensé. Pour le sens aussi avec lequel est bâti le programme : deux cantates pour voix d'alto qu'entouraient des concertos de violon et de hautbois.

   L'ensemble Les Dissonances fait salle comble à la Philharmonie de Paris

Pour leur 10 ème anniversaire, Les Dissonances ont fait un beau coup, investir la grande salle de la Philharmonie de Paris et la remplir quasi ras bord ! Ils donnaient La Mer, puis le Concerto de violon de Beethoven et la Cinquième Symphonie ; dans cet ordre. Jouer sans chef les « Trois esquisses symphoniques » de Debussy est une gageure. Ils l'auront fait sans barguigner et le résultat est impressionnant : cohérence des cordes, habile dosage des bois disposés au milieu de la formation sans cordes devant eux, percussions éloquentes. Le premier violon, Hans-Peter Hofman a l'œil sur tout. On sent combien immense a dû être le travail de préparation et de mise en place.

Le Festival de Royaumont ou l'introspection créatrice

 

Dans sa nouvelle configuration artistique, le Festival de Royaumont proposait un week end de la voix, et dans un premier temps de questionner l'introspection créatrice à travers les « Larmes de l'âme ». Comme le remarque son directeur artistique « Il n'y a pas de mal à se faire du mal. Cela peut même faire du bien »! Pour décliner cette thématique exigeante mais porteuse d'enrichissante réflexion, une première partie était consacrée au madrigal italien et ses douloureuses joies. C'est une vraie révolution qui s'opère dans les années 1560 en Italie : la mise en avant du texte, c'est à dire la primauté assurée à l'expression qu'il contient.

Le LSO à la Phliharmonie : de Bartók à Stravinsky

 

Pour le second concert de leur résidence parisienne d'automne, le LSO et Valery Gergiev poursuivaient leurs explorations straviskiennes avec L'Oiseau de feu. Avant, ils devaient aborder deux pièces de Béla Bartók. La Suite de danses, composée en 1923, est le fruit d'une commande pour commémorer le cinquantenaire de la réunion de Pest, de Buda et d'Óbuda. A la différence de Zoltan Kodály qui offrit son Psalmus Hungaricus, et de Ernő Dohnányi avec son Ouverture solennelle, Bartók propose une pièce de modeste dimension, censée exprimer son idéal de fraternisation entre les peuples : une guirlande de musiques populaires idéalisées, puisées à diverses sources.

Les Berliner Philharmoniker : un nouveau cycle Beethoven


 

L'un des points forts de la présente saison de l'Orchestre Philharmonique de Berlin est l'intégrale des symphonies de Beethoven. Qui précède une tournée qui les mènera à Paris en novembre, puis peu après à Vienne et à New York, enfin à Tokio au printemps 2016. Remettre sur le métier cet Everest de la musique symphonique, tous les « Chefdirigent » de l'orchestre l'on fait : Herbert Karajan plusieurs fois, Claudio Abbado. Et maintenant Sir Simon Rattle. Les deux concerts auxquels nous avons assisté montrent un résultat proprement stupéfiant. Entrer dans la Philharmonie de Berlin est une expérience bien particulière, tant l'atmosphère y est à la concentration et au sens de l'événement (contrairement à bien des salles de concert en Europe, on s'« habille » encore ici). Et puis il y a cette acoustique exceptionnelle.