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Catégorie : Concerts

Valery Gergiev © Alberto Venzago Le public était venu en nombre pour ce premier concert des Münchner Phiharmoniker à la Philharmonie de Paris, conduits par leur nouveau chef principal, le fougueux et très médiatique Valery Gergiev. Une affluence motivée également par la curiosité, et sous tendue par la question de savoir comment allait évoluer désormais cette prestigieuse phalange, naguère dirigée par les plus grands, et notamment par l’emblématique Sergiu Celibidache, entre les mains du chef russe qui la dirige depuis 2016. Un chef discuté, sinon discutable, assez irrégulier dans ses interprétations, capable du meilleur comme du pire, dont les dernières prestations ne soulevèrent pas toujours l’enthousiasme…Un programme copieux, maintes fois rabâché (Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Concerto pour piano n° 3 de Rachmaninov et Symphonie n° 1 « Titan » de Gustav Mahler) qui permit rapidement de tirer les trois enseignements de la soirée, qualité indiscutable de

l’orchestre, maitrise absolue du piano et formidable interprétation du jeune prodige russe, Danii Trifonov et manque criant d’inspiration dans la direction de Valery Gergiev. Dès les premières notes de la flûte, le Prélude à l’après-midi d’un faune parait opaque, mené sur un tempo trop lent, suivant un phrasé décousu qui alourdit le trait et pénalise grandement la délicatesse et la poésie debussystes. En revanche, le Concerto pour piano n° 3 de Rachmaninov nous donne à entendre une superbe interprétation où le brio du piano est encore renforcé par la pâleur de l’accompagnement orchestral. Le jeu du pianiste russe est véritablement époustouflant parvenant à réaliser avec une déconcertante facilité l’étonnante et difficile synthèse d’engagement et de lyrisme, caractéristique du compositeur russe. Une interprétation véritablement habitée de bout en bout, tantôt élégiaque, tantôt véhémente, mais sans dureté, sachant éviter les grands martèlements percussifs outranciers de certains tenants de l’école russe…Ici la virtuosité est constamment au service de la musique et l’engagement physique intense au service de l’expressivité, dans une symbiose totale avec l’orchestre entretenant un dialogue équilibré et complice qui atteindra son acmé dans le mouvement final. Epuisé physiquement par l’épreuve pianistique, le généreux Danii Trifonov offrira toutefois au public conquis un merveilleux Lento de la Sonate n° 1 opus 28 du même Rachmaninov.

En deuxième partie, La Symphonie n° 1 dite « Titan » de Mahler. Si l’on considère que le corpus symphonique du compositeur répond à une exigence unique d’organiser le Chaos, cette symphonie est la première étape de cette lente progression vers la découverte d’un Ordre qui trouvera son terme dans les horizons bleutés de la neuvième et dernière symphonie. « Le terme symphonie signifie pour moi : avec tous les moyens techniques à ma disposition, bâtir un nouveau monde ». Composée dans sa forme définitive en 1893, elle comprend quatre mouvements. L’introduction s’ouvre sur les fameux « LA » harmoniques évoquant le commencement du monde comme une scène matinale dans la forêt lorsque le soleil de l’été brille et scintille à travers les branches. On est au commencement du monde qui s’éveille au son du coucou, puis le monde se construit alternant « suspension » et « percée » (Adorno), ordre et chaos, correspondant aux différentes étapes de la construction. Le deuxième mouvement, répétitif, acharné, vulgaire, construit sur un rythme de danse marque un épisode de détente avant la reprise forcenée du travail. Le troisième mouvement angoissant et parodique suit l’enterrement du chasseur en compagnie des animaux de la forêt. Le quatrième mouvement s’élève comme un cri, péremptoire, ne laissant plus place au doute, confirmé par une mélodie centrale empreinte de sérénité. Une œuvre symphonique que Gergiev aborde de façon assez neutre, sans particularité, usant de grande variation de tempo et de silences prolongés qui nuisent à la continuité du discours, le second mouvement est plus énergique et dansant, le troisième parait le plus réussi si l’on excepte de curieux ralentissements qui ajoutent au caractère languissant et funèbre de Bruder Jacob, tandis que le dernier dynamique et tendu est habité d’un lyrisme poignant avant de se conclure sur un final grandiose avec cors debouts. Une interprétation qui ne restera pas dans les mémoires avec de beaux moments indiscutables, mais une direction paraissant parfois assez chaotique et maniérée. A noter enfin, pour rester sur une impression favorable, un superbe orchestre valant à lui seul le déplacement, avec des cordes chaleureuses et des vents rutilants, clairs et ronds (petite harmonie et cors). Bravo !