Trio Chromosphère et le compositeur Benoit Sitzia © Charles Bodinier Preuve de sa vitalité et de son rayonnement, l'École Supérieure de la Musique Bourgogne Franche-Comté (ESM) dirigé par Bernard Descôtes fait chaque année à la même date son festival sur plusieurs journées (du 2 au 5 février) fédérant les forces vives des étudiants, toutes disciplines confondues. C'est dans la luxueuse et bien sonnante Salle de Flore du Palais des Ducs et des États de Bourgogne qu'avait lieu la majorité des concerts, tous fort bien suivis par un public fervent et chaleureux.



Le concert du 4 février à 17h offre à l'auditoire un large éventail du répertoire de musique de chambre, allant de J.S. Bach à la toute jeune génération des compositeurs d'aujourd'hui à la faveur de trois ensembles qui vont se relayer. En ouverture, la soprano Louise Chalieux, accompagnée au piano par Bérangère De La Salle interprète Poema en forma de canciones de Joaquín Turina (1822-1949), cinq pièces qui puisent aux richesses rythmiques et mélodiques de la musique populaire sévillane : les premières pages, essentiellement pianistiques – vaillante Bérangère De La Salle - en soulignent les nervures rythmiques et les couleurs modales, comme les quatre chansons qui suivent, alliant charme mélodique (Nunca Olvida) et ferveur du cante flamenco (Cantares). On apprécie le grain chaleureux de la soprano Louise Chalieux ainsi que la beauté de son médium même si cette musique galbée réclame plus encore de tempérament et d'articulation du texte.

Entre Bach et Turina, ce sont trois œuvres récentes, dont deux créations mondiales que joue le Trio Chromosphère, trois étudiants de l'ESM – Rémi Tripodi, saxophone, Raphaël Jaffiol, clarinette et Lisa Heute, accordéon – qui ont passé commande à deux compositeurs du CNSM de Paris. Ce projet ambitieux a donné lieu à une résidence à l'Abbaye Notre Dame de Fontevraud où interprètes et créateurs ont pu travailler en étroite collaboration. Ripple on skin (Ondulation sur peau) de Tom Bierton, tout juste 26 ans, est une pièce subtilement construite qui met à l'œuvre le processus de la boucle et ses allures mécaniques et obsessionnelles. Aux courts motifs mélodiques mis sur orbite s'agrègent des phénomènes bruités - ceux de l'accordéon notamment - qui s'intègrent in fine à cette cinétique infernale. Dans L'agogique du silence, Benoît Sitzia, à peine 27 ans, modèle le temps musical sur le verbe poétique, celui d'Eléonore Dupraz dont le très beau poème s'immisce dans l'écriture musicale. De fait, ce sont les mots, dits par les musiciens, qui induisent l'articulation, les silences et la dramaturgie sonore. Musique de la jubilation, du mystère et de l'attente... Le compositeur tire merveilleusement parti des sonorités de ces trois instruments à anches, qui se parent d'un velouté singulier dans l'acoustique généreuse de ce Palais. A ces deux créations, le Trio Chromosphère ajoute la pièce du compositeur et organiste suisse Michael Pelzel (*1978), une des rares écrites pour cette formation atypique. Dans Blue and Monochrome, jouée partiellement ce soir, le compositeur travaille à la mixture des timbres et dessine une trajectoire où alternent des séquences très contrastées, entre hiératisme et fulgurances rythmiques. Saluons le talent, la virtuosité et la concentration des trois jeunes interprètes – ils ne travaillent ensemble que depuis peu – dont la synergie et l'écoute mutuelle forcent l'admiration.

La troisième partie de la soirée est entièrement dédiée à l'ensemble de violoncelles de la Hochschule de Mainz conduit par le premier violoncelliste Christoph Lamprecht. Les interprètes de très haute tenue jouent, de Bach, des extraits de la Suite n°3 pour violoncelle seul, dans l'arrangement très contestable de Schumann (violoncelle et piano!) que Manuel Fischer-Dieskau adapte à son tour pour cinq violoncelles (Christophe Lamprecht, Doh Hee Lee, Ena Markert, Agnès Menna, Yejin Na). Des chorals du Cantor de Leipzig, magnifiquement joués par les interprètes, résonnent en alternance. Si l'arrangement de Werner Thomas-Mifune du concerto pour quatre violoncelles de Telemann ne nous convainc pas pleinement, les chants à 4 voix de Schumann suscitant fugue et canon, captivent notre écoute sous l'archet sensible et expressif des cinq violoncellistes.