Leonidas Kavakos & Yuja Wang © Nicolas Brodard. Deux solistes prestigieux reconnus de part le monde, réunis pour un superbe récital dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Un concert au programme audacieux certainement, intéressant assurément, et quelque peu ardu, associant des œuvres de musique de chambre de Janacek, Schubert, Debussy et Bartók. Quatre sonates magnifiques qui prirent sous les doigts des deux solistes des notes irisées, pleines de charme et de poésie, passant avec une confondante facilité de l’intimité de la confidence au flamboiement virtuose. La Sonate pour violon et piano de Leos Janacek (1854-1928) datant de 1922 ouvrait la soirée, œuvre de la maturité, en quatre mouvements se déroulant dans une ambiance intimiste, au discours nourri de mélancolie et de liberté, très contrastée, laissant de larges intervalles au silence, qui aurait sans doute tiré bénéfice d’un cadre plus restreint que le grand vaisseau de la Philharmonie, d’autant que la lecture qui nous en fut faite sembla parfois se resserrer dans un étroit dialogue aux sonorités un peu retenues.

La Fantaisie pour violon et piano D.934 de Schubert, composée en 1827, fut incontestablement un grand moment de poésie, là encore un peu retenue, très intériorisée, où la douceur, le toucher délicat et le legato sublime du violon répondait à l’élégance, à la félinité et à l’à propos du piano. La virtuosité des deux solistes n’apparaissant jamais vulgaire ou tapageuse et la lecture toujours nimbée de cette lumière crépusculaire, si émouvante, typiquement schubertienne. La Sonate n° 3 pour violon et piano de Claude Debussy (1862-1918) fut écrite en 1917, splendide, étrange, fluide, angoissante, sorte de flot de larmes refoulées que le court intermède fantasque du deuxième mouvement ne parviendra pas à détourner de l’abime final. Cette œuvre, composée en plein nationalisme anti allemand, évoluant en trois mouvements très contrastés, fut créée la même année, salle Gaveau, en compagnie de Gaston poulet au violon, création qui fut l’occasion de la dernière apparition publique du grand « Claude de France » avant sa mort en 1918. Leonidas Kavakos et Yuja Wang nous en livrèrent une interprétation remarquable par l’expressivité, la fluidité, la virtuosité et la complicité de la lecture. Pour conclure ce beau récital, une pièce également difficile, la Sonate pour violon et piano n° 1 de Béla Bartók, composée en 1921, années d’après guerre où Bartók est le plus près de l’atonalité. En 1922 le compositeur la donne en concert à Londres en compagnie de la violoniste Jelly d’Arianyi, un amour de jeunesse récemment retrouvé. Témoignant d’importantes recherches sur l’atonalité, il s’agit d’une pièce comprenant trois mouvements, le premier s’appuyant sur l’indépendance des deux solistes, chargé de mystère, suivi d’un second mouvement élégiaque, presque entièrement dévolu au violon, avant que le final, aux accents tziganes, ne nous emporte dans une furieuse et époustouflante virtuosité renforcée par les martèlements percussifs du piano. Une très belle soirée où la limpidité de la ligne du violoniste grec (Stradivarius « Abergavenny 1724) répondit parfaitement au jeu souple et félin de la pianiste, dans une symbiose parfaite pour une interprétation originale, complice, poétique et flamboyante.