Christian Gerhaher © Jimi Rakete Sony Classical Dans le cadre de sa Biennale d’art vocal, la Philharmonie de Paris recevait pour un récital unique, le fameux baryton, Christian Gerhaher, dans un programme de Lieder consacré en totalité à Robert Schumann, le Lied schumannien étant reconnu, entre autres, comme un des domaines de prédilection du chanteur allemand, accompagné comme à son habitude par son complice, le pianiste Gerold Huber. Un programme associant Drei Gesänge op. 83, Fünf Lieder et Gesänge op. 127, Sechs Gedichte und Requiem op. 90, Romanzen und Balladen op. 49, Liederkreis op. 24 et Vier Gesänge op. 142. Le lied occupe une place essentielle dans l’œuvre de Robert Schumann (1810-1856). C’est à partir de 1840, après s’être longtemps consacré au piano, que Robert entreprend ses premiers lieder avec notamment son Liederkreis op. 24.

Il trouve chez le poète Heinrich Heine un étrange écho à sa vie personnelle, même difficulté d’aimer, même mal être. Mais d’autres poètes seront également convoqués comme Rückert, von Eichendorff, Kerner, Lenau, Frölich. Une poésie au charme pouvant paraitre aujourd’hui légèrement suranné, à la métrique limpide, charmante par sa simplicité. Les thèmes évoqués dans ces lieder sont pour la plupart empruntés au Romantisme allemand, l’amour, la mort, le mal être, la nuit, l’errance, le rêve, la nature, la nostalgie, l’épopée guerrière, la violence et la passion pour n’en citer que quelques uns…auxquels s’ajoute chez Schumann l’évocation de tout un univers fantasmagorique peuplé d’hallucinations, de joie, de douleur et d’angoisse liée aux préludes de la maladie qui l’emportera quelques années plus tard. On est d’emblée frapper en entendant Christian Gerhaher par la maitrise absolue du chant dans l’exercice particulièrement difficile du lied. La vocalité est aisée, sans pathos, sincère et éloquente, le timbre est rond et naturel, la ligne de chant souple et tenue, sans jamais détimbrer, le legato sublime de douceur, la diction est précise et la prosodie fluide, la puissance rayonnante et sans excès, au simple service de la musique et de l’interprétation trouvant toujours le ton juste dans l’expression du « Je » intime sur laquelle se construit le lied, quelque soient les climats, de la complainte amoureuse, au drame, au désespoir ou encore à l’épopée. Pour soutenir ce chant superlatif, il fallait un merveilleux écrin que Gerold Huber nous tisse tout au long de cette mémorable soirée par son pianisme au fort pouvoir d’évocation, au phrasé très narratif, tout habité de couleurs et nuances, véritable chant sans paroles, dans une communion parfaite et équilibrée avec la voix. Bref, une soirée d’exception qui laissa le public de la salle des concerts sous le charme…