Mariss Jansons © Hiroyaki Ito A 74 ans, la silhouette peut paraitre fragile, mais c’est d’un pas décidé et un large sourire aux lèvres que le chef letton, Mariss Jansons monte d’un saut rapide sur le pupitre, pour diriger, toujours avec la même excellence, son Orchestre de la Radio Bavaroise dont il est le chef titulaire depuis 2003. Point n’est besoin de présenter, ni même de résumer, ici, une immense carrière reconnue partout de par le monde, expliquant l’affluence des grands soirs à la Philharmonie de Paris. Un programme original, éclectique associant une œuvre peu connue, Antigone de Vladimir Sommer, un célèbre cycle de lieder, les Kindertotenlieder de Gustav Mahler et les Danses Symphoniques de Sergeï Rachmaninov. Autant d’occasions de faire valoir la magnificence de l’orchestre, ainsi que la science de la direction de Mariss Jansons capable de réaliser tout au long de cette soirée la difficile synthèse entre somptuosité orchestrale et pulsion chorégraphique.

Dynamique orchestrale d’abord avec le prélude pour orchestre, Antigone de Vladimir Sommer (1921-1997). Compositeur d’origine tchèque, Sommer reste peu connu en Europe occidentale, son œuvre peu abondante semble marquée par l’héritage de Prokofiev et Chostakovitch, usant d’un langage clair, immédiatement expressif au chromatisme dense. Antigone fut composée en 1956, se déroulant dans un combat manichéen entre Bien et mal opposant idéalisme et réalisme politique, affrontement baigné de noirceur et de drame conformément à la tragédie de Sophocle. Une pièce impressionnante par sa progression alternant flux et reflux, par son ampleur sonore, par son caractère obstiné entrecoupé d’épisodes lyriques, par sa tension immédiatement palpable, parfois grimaçante ou grotesque, avant de s’éteindre dans un souffle… Splendeur de l’accompagnement orchestral ensuite, avec les Kindertotenlieder (1905) de Mahler, sur des poèmes de Rückert, chantés par Gerhild Romberger, remplaçant au pied levé Waltraud Meier souffrante. Une interprétation qui restera dans les mémoires par l’équilibre entre orchestre et voix, par la netteté des timbres orchestraux (cor, petite harmonie, harpes, cordes graves) par la facilité vocale, la retenue de la ligne, la rondeur du timbre, l’étendue de la tessiture, la qualité de la diction… Pulsion chorégraphique enfin avec les Danses Symphoniques de Rachmaninov. Dernière œuvre de Rachmaninov, datant de 1940, la dimension chorégraphique (valse, fandango), omniprésente, ne doit pas faire oublier le génie de l’orchestration recrutant un étonnant instrumentarium avec saxophone et piano notamment, dans un surprenant mélange de sacré et de profane, de danses et de prière, syncrétisme entre modernisme et lyrisme caractéristique du compositeur russe, se concluant dans une coda haletante. Superbe orchestre, grande direction, triomphe !