Yannick Nézet-Seguin © Marco Borggreve. Déjà à la tête de l’Orchestre de Philadelphie, de Rotterdam, de l’Opéra de Montréal et tout récemment du Metropolitan Opera de New-York, le jeune chef québécois de 41 ans Yannick Nézet- Séguin, nouvelle étoile « filante » de la direction d’orchestre dirigeait pour ce concert, étape parisienne d’une tournée européenne, la somptueuse phalange européenne créée en 1981 à partir de l’Orchestre des jeunes de l’Union Européenne. Une formation qui a, depuis quelques années, noué des liens étroits avec ce chef talentueux. On se souvient de l’intégrale des symphonies de Mendelssohn donnée ici même avec ce même orchestre l’an passé. Chaque apparition du COE est un évènement musical en soi, tant la qualité artistique est impressionnante.

Cette excellence partagée entre orchestre, chef et soliste, Jean-Guihen Queyras au violoncelle, expliquant assurément l’affluence du public dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Joseph Haydn d’abord avec la très rarement jouée, Symphonie n° 44 dite « Trauer », symphonie funèbre (1771) qui porte bien mal son nom tant elle parait, paradoxalement, chargée de vie et de passion, teintée, ce qui en fait sa spécificité, des accents préromantiques du « Sturm und Drang ». Elle appartient à un corpus symphonique s’étalant de 1766 à 1774, également nommé « crise romantique » caractérisé par un retour à la polyphonie et un usage fréquent du mode mineur. Une œuvre que Joseph Haydn eut souhaité qu’on la donnât à l’occasion de ses funérailles en 1809, ce qui ne fut pas fait. Le chef québécois sut, avec brio, en rendre les aspects classiques haydniens avec une clarté du discours digne des Lumières, tout en privilégiant dans sa lecture les couleurs romantiques, plus sombres et passionnées, par force variations de tempi, rubato, tension et exacerbation des nuances. Quatre mouvements s’y succèdent, le premier dynamique et cantabile, le menuet exempt, ici, de toute galanterie, un mouvement lent pathétique et un finale exalté et jubilatoire. Haydn toujours avec le Concerto pour violoncelle n° 1. Pièce incontournable de répertoire pour violoncelle dont Jean-Guihen Queyras donna une vision à couper le souffle, par sa complicité véritablement palpable avec l’orchestre atteignant un authentique égrégore, par sa virtuosité sans faille (3e mouvement), et la sonorité exceptionnelle de son violoncelle Gioffredo Cappa 1696. Beethoven pour finir, avec la Symphonie n° 6 dite « Pastorale » (1808) confirmant avec éclat la qualité superlative de l’orchestre et la maitrise de la direction de Yannick Nézet-Seguin. Une œuvre radieuse, lyrique, champêtre, chargée d’amour et de paix, qui fut créée le même jour que la Symphonie n°5, le 22 décembre 1808 à Vienne. Difficile d’imaginer contraste plus surprenant ! Hymne à une nature rêvée, première œuvre à programme, plutôt expression du sentiment que peinture, elle déroule cinq tableaux où l’orage et les chants du rossignol (flûte), de la caille (hautbois) et du coucou (clarinette) sont parmi les plus emblématiques d’une partition par ailleurs sous tendue par sa richesse mélodique. Occasion rêvée pour le chef canadien de faire valoir tous les pupitres, cordes somptueuses, vents rutilants, par sa direction souple et précise laissant respirer l’orchestre, par la souplesse et l’amplitude de son phrasé et la subtilité des transitions, n’excluant pas une certaine retenue. Du beau travail que le public de la Philharmonie sut apprécier à sa juste valeur par des rappels répétés sans obtenir toutefois de bis ! Ouh !