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Catégorie : Concerts

Cycle Mozart / Bruckner (2e volet) à la Philharmoie de Paris. Barenboïm convaincant !

Daniel Barenboïm © picture alliance / dpaPoursuite du cycle Mozart / Bruckner entrepris, à la Philharmonie de Paris, par Daniel Barenboïm à la tête de la Staatskapelle de Berlin. Un cycle présentant les derniers concertos pour piano et quelques autres œuvres choisies de Mozart associés à une intégrale des symphonies de Bruckner. Rappelons que le chef et pianiste israélo-argentin a déjà enregistré une intégrale des concertos de Mozart avec l’English Chamber Orchestra et deux intégrales des symphonies de Bruckner avec le Philharmonique de Berlin et le Chicago Symphony Orchestra. La présente intégrale faisant l’objet d’un enregistrement « live ». C’est dire que sa légitimité peut difficilement être contestée, expliquant sans doute le succès de ce cycle auprès du public. Un marathon orchestral commencé en septembre 2016 (Lettre d’information EM n° 107 Octobre 2016. www.leducation-musicale.com) se poursuivant en ce début d’année 2017 par les premières symphonies de Bruckner pour se conclure en septembre prochain par les dernières symphonies du maitre de Saint-Florian. Pour l’heure intéressons nous à ce premier concert de cette deuxième cession présentant la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart et la Symphonie n° 1 d’Anton Bruckner.

La Symphonie concertante pour violon et alto fut composée à Salzbourg en 1779, au retour du séjour à Paris et Mannheim d’un Mozart abattu et endeuillé par le décès de sa mère, mais enrichi de ses expériences orchestrales européennes, sacrifiant au genre à la mode de la symphonie concertante, dont il nous laissera plusieurs moutures pour instruments à vent notamment. Genre intermédiaire entre concerto grosso et symphonie classique, Mozart met ici en avant l’alto dont il tenait probablement la partie soliste, peut être associé au violoniste Fränzl. Daniel Barenboïm nous donna de cette œuvre magistrale une vision somme toute éminemment classique, mais sans génie, avec un premier mouvement manquant de cantabile, entaché d’une certaine lourdeur dans l’accompagnement orchestral tandis que le dialogue entre les deux solistes, Wolfram Brandl au violon et Yulia Deyneka à l’alto, nous donnait à entendre de beaux échanges mais quelques dérapages… Le second mouvement, andantino, fut sans aucun doute mieux maitrisé par les solistes et l’orchestre développant une large mélodie dramatique, très émouvante, s’affranchissant totalement du style galant, tandis que le troisième mouvement concluait cette œuvre avec brio, équilibre et virtuosité. Mais le grand moment de la soirée était indiscutablement la Symphonie n° 1 de Bruckner, une œuvre rarement jouée, composée en 1885-1886, à Linz et Munich, plusieurs fois révisée par le compositeur, soumise aux influences lisztiennes et wagnériennes mais portant en filigrane les prémisses de ce que seront les symphonies ultérieures, sorte de « Bruckner avant Bruckner ». On y distingue déjà les caractéristiques brucknériennes comme une certaine monumentalité, une vaste amplitude de vagues sonores avec de longs développements et un matériel thématique récurrent. C’est peut être dans cette symphonie particulière du fait de sa variété orchestrale et de sa difficile approche rythmique, harmonique et dynamique que Daniel Barenboïm réussit le mieux, la partition lui évitant de sombrer dans la lourdeur et la grandiloquence dont il est souvent coutumier. En effet l’interprétation de ce soir nous parut des plus appropriées avec un premier mouvement très nuancé, riche en contrastes, s’appuyant sur une dynamique tendue, à la fois limpide et équilibrée, usant de subtiles transitions. Un deuxième mouvement, adagio, remarquable, méditatif, solennel, serein, très intériorisé, s’élevant comme une prière. Un troisième mouvement en forme de scherzo, sur un rythme de danse populaire autrichienne, frappant par la qualité orchestrale, tous pupitres confondus, avant de se conclure sur une coda victorieuse et triomphale. Pour le deuxième concert Daniel Barenboïm retrouvait le clavier pour interpréter le Concerto pour piano n° 20 de Mozart, et la baguette pour diriger la Symphonie n° 2 de Bruckner. Au vu de la prestation de septembre dernier et en sachant, à priori, ce que l’on peut attendre des dernières symphonies (n° 8 & 9) en septembre prochain, il y a fort à parier que le chef israélo-argentin ait donné, au cours de cette cession regroupant les premières symphonies de Bruckner, le meilleur de ce que l’on peut attendre... Sa vision de Mozart reste indiscutablement classique, loin des lectures baroqueuses. Ce soir, son interprétation du célèbre Concerto n° 20 (1785) manqua sans doute d’émotion tout en restant parfaite dans la forme. Apollinien assurément, mais sans galanterie superficielle. Le premier mouvement riche en nuances et contrastes, s’il évoqua le drame qui n’est pas sans rappeler l’Ouverture de Don Giovanni, opposa avec équilibre orchestre et soliste, le deuxième mouvement instaura un contraste frappant en développant une mélodie rêveuse et suspendue hors du temps, sans doute menée ici sur un tempo trop lent où s’affirma avec évidence la difficulté pour Barenboïm à faire vivre les silences, silences prolongés de façon abusive dans lesquels se perdit et se dilua l’émotion, enfin le troisième mouvement très engagé put paraitre par instant un peu confus…Aucune réserve, en revanche, pour l’interprétation de la Symphonie n° 2 d’Anton Bruckner qui recueillit unanimement l’adhésion du public. Une symphonie composée en 1871-1872 où Bruckner affine encore la manière brucknérienne, en y ajoutant plus de clarté que dans la première. Daniel Barenboïm très convaincant la dirigea à flux tendu, confirmant l’impression favorable laissée par sa lecture de la Symphonie n° 1, avec un premier mouvement où l’on put juger de sa maitrise dans la direction d’orchestre par la gestion impeccable de la ligne et la subtilité des transitions, un second mouvement empreint d’une ferveur quasi religieuse où cors et cordes se montrèrent d’une exceptionnelle qualité, un troisième mouvement très rythmé où Barenboïm appuya sans doute un trop le trait, se montrant plus grandiloquent que dansant, avant de conclure sur un final grandiose rappelant le mouvement initial. Une interprétation très cohérente, claire, colorée, fervente où Daniel Barenboïm sut contenir ses mauvais démons pour nous donner à entendre un Bruckner « allégé » et émouvant magnifiquement joué par un superbe orchestre. Une bien belle soirée couronnée, très justement, par une standing ovation du public. Prochain rendez vous en septembre prochain avec la monumentale huitième et une neuvième ouvrant sur l’éternité…