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Catégorie : Concerts

Riccardo MUTI & le Chicago Symphony Orchestra à la Philharmonie de Paris.

Riccardo Muti © Tod Rosenberg.Le Chicago Symphony Orchestra était de passage à Paris, dans le cadre d’une tournée européenne, pour un concert unique dans la grande salle Pierre Boulez, de la Philharmonie, conduit par son directeur musical, l’emblématique chef italien, Riccardo Muti. Un concert que l’on pourrait résumer par un seul mot : excellence. Excellence du CSO, membre du « Big Five » des orchestres américains, reconnu pour l’exceptionnelle qualité de ses pupitres et notamment de ses cuivres, excellence du programme choisi, éclectique, rare, intelligent faisant valoir tous les pupitres de cette somptueuse phalange, associant Hindemith, Elgar, Moussorgski, Ravel et un inattendu Verdi… Excellence enfin de la direction du maestro italien capable de susciter une véritable dramaturgie orchestrale haletante, par sa science rythmique, sa passion mélodique et la clarté de sa mise en place. Entame de concert appropriée avec le Konzertmusik pour cordes et cuivres (1931) de Paul Hindemith qui trouve ici le cadre idéal au déploiement de ses associations et oppositions timbriques, dans un équilibre parfait entre l’éloquence flamboyante

des cuivres et la douceur soyeuse et flexible des cordes. L’Ouverture de concert In the South (1904) d’Edward Elgar voyait ensuite le retour de la petite harmonie, sorte de court poème symphonique comme un hommage à l’Italie que Muti développa suivant un superbe phrasé, laissant respirer l’orchestre qui évolua sous sa baguette par larges vagues sonores reliées par de subtiles transitions, passant de la déclamation la plus ostentatoire à la confidence la plus intime (solo d’alto et harpe). Saisissante d’effroi, Une nuit sur le Mont Chauve (Version de Rimski-Korsakov. 1886) tint le public en haleine de bout en bout par son phrasé acéré et ses contrastes marqués, soulignant d’un trait, parfois trop appuyé, l’expressivité de la narration, évoquant une réunion de sorcières et les ébats du diable par un nuit de sabbat. Fantasmagorie toujours pour les Tableaux d’une exposition (1874) de Moussorgski, orchestré par Ravel (1922). Moussorgski s’est inspiré, pour ce voyage musical onirique, des tableaux de Victor Alexandrovitch Hartmann (1834-1873) présentés, après le décès du peintre, lors d’une exposition à Saint Pétersbourg organisée par Vladimir Stassov, ami et principal soutien du musicien. L’imagination puissante de Moussorgski s’empara de ces toiles pour aboutir à la composition de cette œuvre insolite, violemment contrastée, mêlant avant gardisme et accents populaires. L’orchestration qu’en fit Ravel se veut un hommage au compositeur russe ainsi qu’à l’orchestre de Rimski-Korsakov et au Groupe des Cinq. Une orchestration d’une étonnante richesse avec force de vents (saxophone et tuba ténor) et diverses percussions assurant des combinaisons insolites de timbres, mettant en avant l’étrangeté de l’œuvre. Autant de tableaux, autant de climats et de moments musicaux, grandiose (Promenade), fantastique (Gnomus), élégiaque (Castello), tendre (Tuileries) dramatique (Bydlo), plaintif (Ballet des poussins), suppliant (Samuel Goldenberg), enjoué (Limoges), méditatif (Catacombae), mystérieux et maléfique (Cabane) ou encore solennel (Grande Porte de Kiev). Une composition éminemment complexe dans sa conception et sa dramaturgie que Riccardo Muti conduisit avec une lumineuse clarté, tant dans les nuances, les couleurs ou la dynamique que dans la mise en place rythmique. Une interprétation d’anthologie qui valut au chef italien et au CSO de nombreux rappels et une très belle symphonia des Vêpres siciliennes de Verdi en « bis ». Un concert qui restera assurément dans les mémoires.