Orchestre Français des Jeunes, dir. Dennis Russell Davies. Marc Coppey, violoncelle. Salle des Concerts. Philharmonie de Paris.

Marc Coppey © Photo Ji.Malgré les changements de dernière minute (David Zinman remplacé par Dennis Russell Davies et Marc Coppey remplaçant Truls Mork initialement prévu), talent et plaisir de jouer étaient bien au rendez vous pour ce concert donné par l’OFJ dans la salle des concerts de la Philharmonie de Paris. Un programme lui aussi modifié comprenant Canzone a tre cori de Giovanni Gabrieli (1557-1612) dans une transcription de Bruno Maderna (1920-1973) en lieu et place de Rugby de Honegger, associée au Concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain… » d’Henri Dutilleux et à la Symphonie n° 3 de Rachmaninov. On ne s’étendra pas sur l’œuvre de Gabrieli orchestrée par Maderna, sans autre intérêt que d’attirer l’attention du public sur la qualité orchestrale, évidente dès les premières mesures…Un plaisir d’écoute, un ravissement orchestral qui ne se démentira pas tout au long de la soirée. Tout un monde lointain de Dutilleux (1916-2013) fut créé en 1970 au festival d’Aix-en-Provence par Rostropovitch, repris à Paris en 1971 au Théâtre des Champs-Elysées le 30 novembre 1971 par le celliste russe,

dédicataire de l’œuvre, accompagné par l’Orchestre de Paris sous la direction de Paul Sacher. En accord avec le monde baudelairien auquel fait référence son titre, Marc Coppey nous en livra une lecture très poétique, animée d’un lyrisme mystérieux, usant d’un jeu délicat, élégant, intériorisé, lumineux, et virtuose pour un étonnant voyage entre « nuées et cristal », magnifiquement accompagné par l’OFJ s’attachant à faire valoir toute la richesse des timbres de la partition où les percussions occupent une place essentielle. En bis, les deux premières Strophes sur le nom de Sacher achevèrent de fermer la boucle rappelant la grande amitié qui ne cessera de lier Henri Dutilleux, Rostropovitch et le chef suisse Paul Sacher. La Symphonie n° 3 de Rachmaninov (1873-1943) composée en 1936 et créée la même année par le Philadelphia Orchestra sous la direction de Leopold Stokowski, fut l’occasion en deuxième partie de confirmer tout le talent de ce jeune orchestre dont la direction musicale, qui a vu se succéder les plus grands (Janowski, Zinman, Russell Davies…), sera confiée en cette année 2017 au chef français Fabien Gabel. Le chef américain, au pupitre ce soir, sut avec maestria, mêler les douleurs et la nostalgie de l’exil à une lecture dynamique, énergique, équilibrée, contrastée et riche en couleur. Une partition « merveilleusement jouée » dans une interprétation à la fois moderne et classique, voluptueuse et brutale, ambiguë, tendue et claire dans son phrasé, nette dans ses attaques, parfaitement mise en place où l’on notera la beauté des dialogues entre les différents pupitres (petite harmonie, cors, harpes et cordes). Bref, un très beau concert et un triomphe bien mérité pour cette jeune et superbe phalange. Bravo !