Maxim Vengerov & Roustem Saïtkoulov à la Philharmonie de Paris

Maxime Vengerov & Roustem Saïtkoulov © Fiona HamilVioloniste prodige comme il en existe « un seul tous les cent ans » on se souvient de sa virtuosité époustouflante, flamboyante et parfois un peu tapageuse. Entravé dans sa carrière par des soucis de santé l’ayant probablement obligé à se tourner un temps vers la direction d’orchestre, c’est avec un immense plaisir que l’on retrouvait le violoniste russe, Maxim Vengerov en compagnie de l’excellent pianiste Roustem Saïtkoulov pour ce récital dans la grande salle de la Philharmonie de Paris. La silhouette a changé sans doute, peut être un peu alourdie, mais le jeu reste d’une fascinante maitrise, la sonorité de son Stradivarius ex-Kreutzer de 1727 toujours aussi séduisante par son grain et son ampleur. Le programme de cette soirée convoquant Schubert, Beethoven, Ravel, Ernst et Paganini permit de mettre en avant son incomparable science du violon, son sens de la ligne, la pureté de son style et sa transcendante virtuosité toujours au service de la musique.

Plus qu’un accompagnateur servant de faire valoir, Roustem Saïtkoulov se révéla durant tout ce concert un merveilleux partenaire offrant au violoniste une réplique pertinente dont on regrettera toutefois la sonorité un peu étouffée du fait du couvercle à demi fermé du piano !! La Sonate pour violon et piano D. 574 « Duo » (1817) de Schubert ouvrit cette magnifique prestation, bien équilibrée, alternant entre beauté du chant et exubérance rythmique, bien qu’il nous ait semblé y manquer un peu de tension lui conférant du coup un aspect un peu décharné. La Sonate pour violon et piano n° 7 (1802) de Beethoven lui faisait suite, là encore le violoniste russe ne força pas le trait, usant d’un lyrisme modéré alors que l’on eut préféré plus d’engagement dans cette sonate qui annonce la « Kreutzer » et également plus d’appui sur le piano. Mais c’est assurément en deuxième partie que nos dernières réticences cédèrent lors d’une interprétation magistrale de la Sonate pour violon et piano de Ravel (1922-1927). Elégante, délicate, tendue, ample, jazzy et véritablement envoûtante la lecture que nous en donnèrent Maxim Vengerov et Roustem Saïtkoulov nous enthousiasma de bout en bout, par sa richesse de nuances, sa palette de couleurs et son foisonnement thématique. L’Etude polyphonique n° 6 de Heinrich Wilhelm Ernt « Die lezte Rose » (1864) constituait l’inévitable pièce de virtuosité tandis que Cantabile et I Palpiti de Paganini clôturaient ce beau récital sur un violon d’une suprême rondeur au legato sublime. Généreux comme à son habitude Maxim Vengerov offrit au public conquis quatre « bis » célèbres, Caprice viennois et Tambourin chinois de Fritz Kreisler, la Danse hongroise n° 2 de Brahms et l’élégiaque Après un rêve de Fauré….Que demandez de plus ?