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Catégorie : Concerts

Une vigoureuse prise en main !

Emmanuel Krivine © Philippe HurlinEmmanuel Krivine, nouveau directeur musical du « National », succédant au chef italien Daniele Gatti, retrouvait son orchestre pour ce premier concert de la saison 2017 dans un programme, sans surprise et sans grands risques, associant Rachmaninov et Dvorak. Un « National » au mieux de sa forme ayant profité avec bonheur des quelques mois de vacance directoriale pour jouer sous la direction des plus grands chefs du moment, prêt pour cette nouvelle page d’histoire ouverte ce soir avec Emmanuel Krivine. Un orchestre attentif et motivé, soucieux de bien faire, répondant avec entrain aux moindres sollicitations de son nouveau chef…Une direction engagée, un peu exubérante dans sa gestique, menée d’une main vigoureuse, traduisant une volonté de s’imposer d’emblée face à l’orchestre et face au public parisien venu nombreux pour ce premier concert à l’Auditorium de Radio France. En première partie, le célèbre Concerto n° 3 pour piano et orchestre de Rachmaninov. Un concerto connu pour son exceptionnelle virtuosité et son romantisme mélodique, composé en 1909, crée à New York la même année sous les doigts du compositeur, véritable « chant du piano avec un accompagnement orchestral qui n’assourdirait pas ce chant… ».

Denis Matsuev qui s’est fait le champion de ce concerto qu’il promène de part le monde depuis des années, nous en livra, comme à son habitude, une interprétation conduite d’une main de fer, usant de déferlements torrentiels entrecoupés de martèlements percussifs cataclysmiques, faisant montre d’une virtuosité quelque peu tapageuse que l’orchestre eut bien du mal à suivre donnant parfois la curieuse impression de ne pas jouer la même partition, les deux ne parvenant à se retrouver que lors de rares moments d’une intense beauté. Une superbe interprétation d’un pianisme irréprochable où l’on aurait souhaité sans doute plus de tendresse et de raffinement. Généreux, le pianiste russe nullement entamé par l’épreuve physique que constitue ce concerto, offrit au public enthousiaste deux « bis », une magnifique Etude-Tableau de Rachmaninov et une jubilatoire improvisation de Jazz faisant swinguer la salle ravie ! Après la pause, place à la Symphonie n° 7 de Dvorak, créée en 1885 à Londres sous la direction du compositeur. Une symphonie aux influences germaniques bien connues, avec un premier mouvement très brahmsien, un second wagnérien, un troisième et quatrième plus marqués par l’âme slave et les réminiscences de la musique tchèque. Emmanuel Krivine, en accord avec les vœux du compositeur, nous en proposa une lecture éminemment germanique, intense et sans pathos, avec une direction idoine. Menée à flux tendu, le chef français en gomma ce qui pouvait rester des accents slaves pour les réduire à une peau de chagrin, n’hésitant pas à alourdir le trait là où nous aurions préféré plus de lyrisme, de tendresse et de sensualité. A noter toutefois un très beau scherzo, très dansant, mince relique d’un folklore tchèque quelque peu oublié. Ce parti pris d’interprétation mis à part, reste à souligner la très belle prestation orchestrale du « National » en termes de cohésion, de sonorité, d’excellence des différents pupitres (petite harmonie, cor et altos). Un beau concert et une Pizzicato-Polka de Johann Strauss en « bis ». Le début d’une collaboration qui nous laisse beaucoup d’espoir pour l’avenir…