Orchestre National de France, dir. David Afkham. Auditorium de Radio France

« Soirée maritime » au grand Auditorium de Radio France, avec un programme particulièrement intéressant centré sur le thème de la mer, convoquant successivement Ravel, Elgar, Britten et Debussy. Une barque sur l’océan de Ravel pour ouvrir ce concert. Une œuvre composée initialement pour piano en 1904, orchestrée en 1906 et créée en 1907 par l’Orchestre Colonne dirigé par Gabriel Pierné. Une partition très narrative toute habitée par le balancement continu de la houle qui se fait progressivement tempétueuse où l’on peut noter immédiatement la richesse et la délicatesse de l’orchestration typiquement ravélienne (glissandos de harpes et scintillements des bois). Le Concerto pour violoncelle et orchestre d’Edward Elgar lui faisait suite. Composé en 1919 lors de la convalescence du compositeur dans le Sussex, au bord de mer. Concentré du style « elgarien » fait de facilité mélodique, d’intensité émotive, de couleurs brillantes et d’intériorité, un concerto célèbre que la celliste argentine servit avec son brio habituel où se mêlèrent intimement lyrisme, fougue et virtuosité dans une admirable lecture marquée du sceau de la sincérité, très engagée, en symbiose totale avec l’orchestre, arguant d’une belle sonorité ronde et alternant avec le plus bel à propos de subtiles nuances, tantôt sobrement méditatives, tantôt violentes, ailleurs énigmatiques ou élégiaques avant que le chant du violoncelle ne

s’éteigne dans un sentiment de détresse succédant à une vaine et désolée marche guerrière. Une remarquable interprétation qui enflamma le public avant que le traditionnel « bis » le Chant des Oiseaux de Pablo Casals ne parachève ce triomphe mérité. Après la pause les Quatre interludes marins de Peter Grimes, suite d’orchestre composée en 1944 par Benjamin Britten à partir de l’opéra éponyme. Une œuvre en quatre mouvements, marquée par la crudité des timbres et la complexité rythmique de l’orchestration, véritable exercice d’orchestre et de direction que le jeune chef allemand, élève de Bernard Haitink et actuel directeur musical de l’Orchestre National d’Espagne, sut mener à bon port avec un phrasé et des attaques très nettes, veillant à maintenir l’équilibre entre les différents pupitres. Moins convaincante assurément fut La Mer de Debussy. Composée entre 1903 et 1905, cette symphonie en trois mouvements, pièce incontournable du répertoire symphonique, pâtit sans doute de l’excès de lumière dont l’entoura David Afkham. Point de mystère, pas de pénombre dans ces chatoiements debussystes, pas de fondu dans les enchainements, mais au contraire une lumière crue, éblouissante, une vive clarté bien loin des évocations de l’âme et d’une vision impressionniste, confinant par sa véhémence parfois au contre sens, notamment dans De l’aube à midi sur la mer et dans Jeux de vagues, une interprétation peut être plus acceptable dans Dialogue du vent et de la mer. Cette réserve mise à part, tenant sans nul doute du parti pris assumé, on ne saurait remettre en cause la qualité de l’exécution instrumentale et la netteté de la mise en place témoignant sans doute d’un important travail en amont. Bravo !