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Catégorie : Concerts

Trop rare, bien trop rare sur les scènes parisiennes, le violoniste israélien a livré au public parisien un Concerto n° 2 pour violon et orchestre de Prokofiev d’anthologie, magnifiquement accompagné par un Orchestre de Paris rutilant et motivé sous la direction souple du chef slovaque, Juraj Valcuha, dans un très beau programme affichant des œuvres rarement données comme les Quatre pièces pour orchestre de Bela Bartok et la Sinfonietta pour orchestre de Leos Janacek. Composées initialement (1910) pour le piano, les Quatre pièces pour orchestre furent orchestrées secondairement en 1921. Il s’agit d’une œuvre très innovante, tant au plan de l’orchestration, qu’au niveau de l’invention rythmique, comprenant quatre mouvements, un Préludio rappelant par sa verve le Prince de bois (1916), un Scherzo se rapprochant du Mandarin merveilleux (1923) un Intermezzo élégiaque et une Marche funèbre semblant un épilogue de l’opéra Le Château de Barbe-Bleue. Un exercice d’orchestre tendu comme un pont vers différentes œuvres du compositeur hongrois qui pâtit de la direction assez terne du chef slovaque, une lecture menée sur un tempo un peu lent à laquelle, dans les deux premiers mouvements, manquaient une lisibilité et une approche qu’on aurait souhaitée plus analytique susceptible de magnifier la richesse de l’orchestration bartokienne. Une réserve qui ne se vérifia pas dans la Sinfonietta pour orchestre (1926) de Leos Janacek que Juraj Valcuha dirigea, cette fois, avec un brio et une clarté exemplaires. Dernière œuvre orchestrale du compositeur tchèque dont l’idée originelle était celle d’une

fanfare composée pour le festival de gymnastique de Sokol, qu’il étoffa progressivement pour lui donner cinq mouvements et qu’il dédia finalement aux forces armées tchécoslovaques. Une composition grandiose qui trouva dans la grande salle de la Philharmonie le lieu idéal exaltant toutes les combinaisons timbriques entre cordes, petite harmonie, clarinette et fanfare de cuivres. Une Sinfonietta composite mêlant l’éclat des trompettes, le calme, la méditation, le mystère des ombres et le souffle de la nature comme une lointaine et personnelle évocation de la ville de Brno, si chère au compositeur. Mais le moment le plus attendu du public parisien était, bien sûr, le Concerto pour violon n° 2 de Prokofiev que Vadim Gluzman vient d’enregistrer sous la direction de Neeme Jarvi pour le label BIS. Pour ses débuts avec l’Orchestre de Paris le violoniste embrasa véritablement la Philharmonie avec ce concerto en trois mouvements datant de 1935 où se conjuguent liberté, poésie, lyrisme et méditation. Si le début de l’Allegro initial put nous paraitre un peu raide, le lyrisme reprit rapidement sa place dans l’Andante central où Gluzman fit preuve, dans son dialogue avec la clarinette notamment, d’un sublime legato, de subtiles nuances et d’une variété inouïe de couleurs faisant somptueusement sonner son Stradivarius de 1690 avant que le Final ne vienne clore ce concerto sur une séquence virtuose, motoriste et ironique parachevant le triomphe du violoniste israélien. Bravo !