Paganini cassait paraît-il volontairement une à une les cordes de son violon pour montrer sa virtuosité. Nemanja Radulovic  s’est encore un peu rapproché de son modèle, vendredi 23 septembre,  en achevant un mouvement de concerto de Bach « sur trois cordes » ! Malgré ce contre-temps (et l’abnégation d’un violoniste qui lui prêta son instrument), le brillant violoniste nous a transmis par son jeu, comme chaque année, son énergie et son enthousiasme. Et si la justesse fut un peu moins au rendez-vous, la façon inimitable qu’il a de dialoguer avec un orchestre ne pouvait que s’exprimer au mieux dans ces « concerti grossi » partagés avec l’ensemble double sens qu’il créa en 2008.

 

 

 

Là où j’adhère un peu moins, c’est lorsque Nemanja nous fait du Nigel Kennedy. Pourquoi prendre certaines pièces dans un tempo si rapide qu’on entend plus toutes les notes ? Qu’on soit puriste ou pas, on admettra que le style de Bach ne supporte pas le clinquant, le « faire valoir » à tout prix. J’espère simplement que le directeur artistique du CD - qui nous est annoncé - des œuvres de Bach chez Deutsche Grammophon par ces artistes, aura su modérer leur ardeur, et permettra à tous de jouir de l’art incommensurable du Cantor de Leipzig, lorsqu’il prenait la peine de s’atteler à des œuvres profanes et virtuoses ! Ce n’est pas « l’exécution » de la trop célèbre Toccata et fugue dans un arrangement digne des plus grands méfaits de Stokowski qui m’a fait réagir. Cette partition, l’une des plus insipides  partitions du maître – donc la plus connue – ne mérite pas beaucoup plus d’égards. Mais les concerti sont des perles harmoniques et contrapuntiques qui ne supportent pas la contre-façon.

 

 

 

Faut-il vraiment - me direz-vous - être puriste, lorsqu’on joue devant un public qui n’a pas encore compris qu’un concerto est en trois mouvements, et qu’on n’applaudit pas à la fin du premier ? Je réponds oui, lorsqu’on s’appelle Nemanja, et qu’on a tant œuvré, depuis maintenant  plus de dix ans, pour rendre passionnante la musique aux plus néophytes. Témoins l’incursion dans le monde populaire de ses bis : du groupe ABBA à la liste de Schindler, en passant par la musique tzigane, de quoi enthousiasmer la salle des congrès d’Aix les bains, et faire oublier la version « arrangée » pour violon des Bachianas Basileiras de Villa- Lobos, pour le coup légèrement oublié dans cette soirée de festival, dont le thème était « Villa-Lobos et Bach » !