Julian vient-il d’un autre temps ? C’est la première impression qu’il donne lorsqu’on a la chance d’entendre ce très jeune pianiste et la surprise de le voir saluer son public comme un gentleman du XIXe siècle. Récompensé en octobre 2015 (à 16 ans) par un second prix au prestigieux Festival Long-Thibaud, ce jeune britannique semble tout droit sorti d’un monde perdu, un monde de bonnes manières et de contrôle, ce qui s’explique sans doute par le côté «self made man » de ce brillant interprète, qui n’a, dit-on, jamais fréquenté les conservatoires et les lycées ! Les œuvres qu’il avait choisi de nous interpréter (Chaconne de Bach/Busoni, 1re Valse-Caprice de Fauré, Gaspard de la nuit de Ravel, les  Douze Notations de Boulez et la très redoutée Sonate op. 111 de Beethoven) en disent long sur sa maturité. Je me demande tout de même ce qu’il jouera à 50 ans ! Son interprétation est très propre, très construite, mais j’avoue ne pas avoir été subjugué : peut-on à 17 ans

faire sien l’opus 111 de Beethoven ? Je ne le crois pas. Et j’aurais préféré découvrir ce jeune homme plein de promesses dans des œuvres où pourrait s’exprimer la fougue de son âge ! Cette sonate de Beethoven, avec ses rubatos peu adaptés à la pièce, nous rapprochait bien plus curieusement de Nohant que de Vienne ! Et j’espère qu’il ne m’en voudra pas si j’ai noté une petite faiblesse de la main gauche : cette dernière n’obtient en effet l’intensité qu’en abordant le clavier de très haut, et rarement en lui confiant un poids égal à celui de la main droite. Qu’il comprenne le caractère constructif de ma remarque, et se donne la peine de visionner les vidéos : il verra combien son épaule gauche est toujours plus haute que la droite. Non seulement en modifiant cette position, il gagnera en puissance expressive, mais surtout il évitera les désagréments qu’elle risque de provoquer sur son dos d’une droiture sans égal ! Un jeune homme très prometteur, donc, qui pourrait devenir un jour une personnalité attachante.