L'orchestre Les Passions-Orchestre baroque de Montauban sous la direction de Jean-Marc Andrieu fête ses trente ans d’existence ! A cette occasion après un concert de création au Festival de Radio France et Montpellier au mois de juillet, puis un concert anniversaire à Montauban, c’est à la Cathédrale Saint-Etienne de Toulouse, le 6 octobre, qu’il a interprété le « Requiem » (1705) de Jean Gilles, puis le « Magnificat » (1741) et « In Exitu Israël » (1749) d’Antoine–Esprit Blanchard. Ces deux compositeurs ont été Maîtres de Chapelle de cette Cathédrale. Pendant tout un week-end plusieurs rendez-vous ont eu lieu à Toulouse, placé sous la présidence d’honneur du musicologue Gilles Gantagrel (expositions, colloques…) et en présence de la musicologue Bernadette Lespinard, grande spécialiste de Blanchard.

Jean-Marc Andrieu est très attaché au baroque méridional et infatigable, cherche à dénicher des œuvres peu ou pas connues. Jean Gilles, né à Tarascon en 1668, s’arrêta dans la ville rose où il succéda à Campra, Maître de Chapelle de la Cathédrale Saint-Etienne. Il y mourut en 1705, à 37 ans. Son Requiem, écrit pour une personnalité de Toulouse qui refusa de payer l’œuvre, fût joué à ses propres funérailles, dirigé par Campra, comme à celles de Rameau et de Louis XV. La version que propose Jean-Marc Andrieu est celle qui se rapproche le plus possible de l’original. Elle était interprétée par le Chœur de Chambre Les Eléments sous la direction de Joël Suhubiette, et Anne Magouët et Cécile Dibon-Lafarge, dessus, François-Nicolas Geslot, haute-contre, Bruno

Boterf, taille, Alain Buet, basse-taille. La Cathédrale était pleine et le succès au rendez-vous. Mais le clou de la soirée aura été les deux œuvres d’Antoine-Esprit Blanchard : le « Magnificat » et « In Exitu Isarël ; une grande première pour beaucoup d’auditeurs. L’histoire peut paraître injuste, car ce compositeur a œuvré pendant trente ans à Versailles et il est l’un des derniers représentants du genre du Grand motet dans la grande tradition de la musique instaurée par Louis XIV. Il est passé à la case oubli ! Ses pièces sont empreintes de faste, de théâtralité. « In Exitu Israël » est une musique descriptive, forte (le tremblement de terre, Moïse frappe au rocher, le dernier chœur…). L’équipe vocale, le chœur « Les Eléments », habitués à ce type de répertoire, ont enthousiasmé l’auditoire. Les Passions est un orchestre engagé, homogène, très bien équilibré, et la direction de Jean-Marc Andrieu précise et d’une grande énergie fait merveille. Le magnifique timbre d’Anne Magouët est parfait pour ce style de répertoire ainsi que celui de Bruno Boterf, un ancien de l'Ensemble Clément Janequin. On peut regretter que François-Nicolas Geslot, indisposé, n’ait pas pu offrir son beau chant de haute contre que l’on peut entendre dans ses disques. Alain Buet était tout à fait correct dans ses interventions sans convaincre totalement. Mais ces petits détails ne sont rien face à la réussite de cet anniversaire. Il est plus que dommage que cette formation soit absente des grandes manifestations nationales comme les Journées à Versailles, Saintes ou dans d’autres festivals où sont reçus des ensembles de qualité bien moindre face à l’excellence de cet orchestre et au travail que fait Jean-Marc Andrieu. On félicitera aussi le travail efficace de Catherine Kauffmann-Saint-Martin pour promouvoir Les Passions.

 

 

 

Un très bel album a été édité chez Ligia avec trois Motets à grand chœur d’Antoine-Esprit Blanchard : Magnificat, De profundis, In exit Israel.