Pour l'un des concerts inauguraux de sa troisième édition, le Festival Terpsichore avait installé ses quartiers dans la salle Erard, rue du Mail à Paris. Un bijou de salle XIX ème nichée au fond de la vaste cour d'un immeuble du Sentier. Et affiché un programme Telemann : autour plus précisément du thème « Le théâtre musical de Telemann ». Le musicien allemand (1681-1767) a excellé dans la forme de l'Ouverture-suite. Un genre constitué d'une ouverture proprement dite et d'une succession de mouvements au dessein descriptif, souvent illustratif d'un propos qui se veut littéraire. Ainsi de L'Ouverture-Suite « Les Nations » - dont le titre exact est « des nations anciens et modernes » - composée vraisemblablement en 1721. Qui propose huit numéros : passé une ouverture grandiose, et un menuet en trois parties, se succèdent diverses séquences telles que « Les Turcs », figurant des hordes bruyantes, « Le Suisses », nettement plus amènes, « Les Moscovites », où l'on perçoit les trois notes du curieux balancement des cloches du Kremlin, et « Les Portugais », peu avares de gaité. Le deux derniers mouvements, joués enchaînés, « Les Boiteux » et « Les

Coureurs », sont peut-être censés illustrer, comme le menuet précité, la France et sa musique que Telemann aimait beaucoup et à laquelle il ne manquait pas de rendre hommage. L'Ouverture-Suite Burlesque de Quixotte est encore plus descriptive : puisqu'illustrant en sept morceaux, après l'ouverture, des scènes de la vie du Chevalier à la Triste Figure : « Le réveil de Quixotte », « Son attaque des moulins à vent », morceau bien tournoyant comme il se doit, les « Soupirs amoureux après la Princesse Dulcinée », « Sanche Panse berné » (c'est à dire jeté en l'air dans la tradition espagnole, la musique décrivant ces envolées). S'en suivent encore « Le galope de Rosinante », « Celui de Sanche », deux équipées aux rythmes bien différents, et « Le couché de Quixotte » où tout s'éteint peu à peu. Les diverses séquences sont énoncées par le contrebassiste, Benoît Vanden Bemden, sur le mode amusé. Entre ces deux pièces conséquentes, on aura entendu le Concerto Polonois. Ses quatre mouvements sont inspirés de musiques polonaises : le dolce introductif est une polonaise à quatre temps, l'allegro une danse de Moravie, pleine de figures syncopées, le largo, une mazurka, et l'allegro final une musique qui sent bien le terroir. Ces trois morceaux sont joués par l'ensemble Masques, fondé en 1998 par le claveciniste Olivier Fortin (*1973) et composé de six instrumentistes : outre le clavecin, deux violons, un alto, un cello et une contrebasse. Ce type de formation leur confère un caractère chambriste fort attractif, d'une belle expressivité avec un piment théâtral bienvenu.

 

 

 

Le disque reprenant ces trois œuvres doit paraitre début novembre chez Alpha, qui comprend encore l'Ouverture-Suite en la majeur proposant, cette fois, une succession de danses françaises : Branle, Gaillarde, Sarabande, Réjouissance, Passepied et Canarie (1CD Apha 256. TT.: 66'54).