Pour un des derniers concerts de la saison au grand Auditorium de la maison ronde, Mikko Franck retrouvait son orchestre et sa baguette dans un programme franco scandinave  particulièrement alléchant, répondant parfaitement au cahier des charges du « Philhar » associant musique française et musique dite « contemporaine ». Une affiche où il excelle, comportant des œuvres de Claude Debussy et de deux compositeurs finlandais, le maitre et l'élève, Einojuhani Rautavaara (*1928) et Magnus Lindberg (*1958) reconnus comme deux compositeurs majeurs du XXe siècle. Tous compositeurs dont le chef finlandais s'est fait le champion depuis son arrivée à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Radio France. Une très belle soirée où l'on regrettera le peu d'affluence du public.

Une fois encore les absents auront eu tort tant ce concert fut original et superbement interprété. Une pièce de Rautavaara en ouverture, Apotheosis, composée entre 1992 et 1996 dont le langage consonant et le lyrisme héritent du post romantisme. Très lyrique, avec une ampleur recrutant progressivement les différents pupitres de l'orchestre, rappelant les grands espaces du grand Nord, soulignant un travail portant plus sur la dynamique que sur les timbres, se terminant sur un chant d'oiseaux mêlant harpe et percussions. Suivaient deux compositions de Magnus Lindberg, Graffiti et Arena. Un compositeur actuellement en résidence au « Philhar » qui poursuit une activité de composition depuis une cinquantaine d'années avec un catalogue comprenant une centaine d'œuvres. Un compositeur original ayant bénéficié des nombreuses influences du sérialisme, de la composition sur ordinateur, pour trouver finalement un langage personnel fortement imprégné de dramatisme, très contrasté, très marqué rythmiquement,  associant densité sonore et rapidité de mouvement. Une expression finale qui reste fondamentalement abstraite, mettant à mal toute musique à programme et donnant raison à Debussy selon qui la musique n'exprime rien en dehors d'elle-même. Graffiti pour chœur et orchestre fut composée en 2009, s'appuyant sur des graffitis découverts dans les ruines de Pompéi, expliquant le texte en latin, mêlant insultes, slogans politiques, remarques philosophiques et description érotiques…Un œuvre chargée d'un sentiment d'attente prégnant et de ferveur, très contrastée, très rythmée, polymorphe et envoûtante (richesse des timbres, percussions et piano). Une musique instrumentale enrichie par une belle expression du chœur de Radio France, dans une même aspiration à la verticalité contrastant étonnamment avec la crudité du texte chanté.  Arena date quant à elle, de 1995. Il s'agit d'une pièce composée  pour un concours de direction d'orchestre. Particulièrement complexe et ardue dans sa réalisation comme dans sa direction, elle associe des miroitements kaléidoscopiques, de riches et complexes textures orchestrales, des agencements polyrythmiques, des épisodes de changement de mesure virtuoses, sous tendus par une ligne mélodique assurant la continuité du discours qui reste toutefois un peu chaotique. A retenir également le beau solo de violoncelle (Daniel Raclot) hélas un peu couvert par le tutti orchestral.

 

Pour terminer Mikko Franck avait choisi une pièce assez peu connue et peu jouée, les Fragments symphoniques du Martyr de Saint Sébastien de Claude Debussy. Une musique de scène écrite en 1911 pour la pièce éponyme de Gabriele d'Annunzio, faite de préludes fantastiques, religieux et voluptueux, des fanfares éclatantes, des rythmes de danse qui surprennent dans l'œuvre du grand Claude de France. Une ambiance plutôt méditative (trois mouvements lents sur quatre) toujours empreinte de délicatesse, de transparence et d'une riche orchestration que la direction claire et précise du chef finlandais réussit à rendre parfaitement. Pour mémoire un très beau solo de trompette (Alexandre Baty) et de cor anglais (Stéphane Suchanek). Encore une magnifique soirée et de la belle musique d'aujourd'hui.