De retour du Musikverein de Vienne, dans le cadre de sa tournée européenne, l'ONCT était de passage à la Philharmonie de Paris conduit par son directeur musical, le chef ossète Tugan Sokhiev, pour un concert très attendu comprenant le Concerto  pour violoncelle et orchestre d'Antonin Dvorak avec Gautier Capuçon en soliste et la Symphonie fantastique de Berlioz. Programme grand public, déjà donné à Vienne, et notoriété des intervenants expliquant l'affluence des auditeurs dans la grande salle de la Philharmonie. Un concert finalement en demi teinte

Gautier Capuçon et Tugan Sokhiev ne nous donnant qu'une pale vision de ce Concerto pour violoncelle de Dvorak datant de 1895, peut-être le plus célèbre des concertos pour violoncelle, tout imprégné d'amour, de nostalgie, d'accents folkloriques, de rêverie, de lyrisme, de douleur de l'exil et de tendresse pour la mère patrie… Une interprétation sans charme, confuse, et de façon difficilement explicable, constamment décalée, le vibrato excessif du violoncelliste français répondant à la lecture hachée et maniérée du chef ossète. Reste un superbe bis « Le Chant des oiseaux » de Pablo Casals qui nous permit enfin d'apprécier la sonorité et l'émotion se dégageant du Matteo Goffriler du celliste français. Une toute autre histoire nous attendait en deuxième partie avec la Symphonie fantastique de Berlioz. Pièce fondatrice du romantisme musical français, cette symphonie datant de 1830 doit beaucoup à l'amour qu'éprouva le compositeur français pour l'actrice Harriet Smithson, amour vécu mais également amour fantasmé cher au Romantisme puisqu'il s'agit du rêve d'un jeune musicien en délire. Un itinéraire en cinq étapes qui posera également les premiers jalons de la « musique à programme » dont Liszt et plus tard Strauss élargiront l'horizon. Rêverie, Bal, Scènes champêtres, Marche au supplice et Songe d'une nuit de sabbat se succèderont avec la même clarté, caractéristique de la sonorité de l'orchestre que Michel Plasson façonna pendant de nombreuses années, une limpidité et une élégance bien françaises enrichies par un lyrisme et une sensualité apportés par le chef russe. Une vision parfaitement cohérente, dynamique faisant ressortir toute la richesse de l'orchestration berliozienne en même temps que l'excellence des différents pupitres (vents, harpes, percussions) nous permettant de quitter la salle sur une heureuse impression, renforcée par deux bis empruntés à Carmen de Bizet !