La fondation  Bru - du nom des docteurs qui furent à l'origine des laboratoires UPSA - a été à l'initiative du Centre de Musique Romantique Française. Ce Centre a son siège à Venise au Palazzetto Bru Zane. Depuis 2013 il organise un festival à Paris qui permet de présenter au public chaque année un échantillon du patrimoine musical français du XIXème siècle. Deux scènes se partageaient cette fois l'aventure. Ainsi le Théâtre des Champs Elysées avait-il pu programmer un opéra de Spontini, Olympie [voir ci-dessus]; quant  à celui des Bouffes du Nord il offrait à entendre tout un florilège de musique de chambre alliant le connu - quatuor de Debussy, sonate de Alkan - au moins connu, voire l'inconnu - œuvres de Benjamin Godard, Marie Jaël, Rita Strohl... Les concerts qui se déroulaient dans cette salle bénéficiaient d'une acoustique tout à fait appropriée. Les organisateurs avaient fait appel à de remarquables musiciens comme Gary Hoffmann, Henri Demarquette, Pascal Amoyal ou le quatuor Mosaïques.

 

 

Ce dernier donnait un programme tout à fait intéressant, permettant la confrontation entre le Quatuor de Debussy (un de ses chefs-d'œuvre) et les seconds quatuors de Charles Gounod et de Benjamin Godard. Est-ce une interprétation magnifiquement mise en place, mais presque trop soignée du quatuor de Debussy ? Celui-ci semblait encore trop ancré dans le XIXème siècle, malgré une écriture novatrice sous bien des aspects alors que le quatuor de Benjamin Godard avait sous les archets des Mosaïques des sonorités souvent étonnantes. C'est pourtant l'œuvre la plus ancienne des trois (1878), la plus récente étant évidemment celle de Debussy (1892-1893), précédée de peu par le Quatuor de Charles Gounod (1887). En revanche ce dernier semble résolument tourné vers le passé, loin des audaces debussystes proposées seulement 5 ans plus tôt, bien que légèrement atténuées dans l'interprétation du présent concert. Le quatuor de Gounod est très lyrique, ce qui n'étonne guère de la part du compositeur des Faust, Mireille, Roméo et Juliette et autres opéras.... Le premier violon tenu par Erich Höbarth, grâce à son jeu à la fois retenu et sensible, permettait vraiment de percevoir que la voix humaine n'est jamais très loin. Œuvre agréable à entendre, ce qui faillit ne jamais être le cas, le compositeur la trouvant  « mauvaise », si bien qu'elle fut réputée perdue jusqu'à sa redécouverte en 1993 ! Ce qui manque peut-être dans cette composition, ce serait la variété des couleurs, vertu que l'on trouve en revanche dans le quatuor de Godard. Celui-ci commence par une séduisante mélodie qui se prolonge par de très belles couleurs. Le second mouvement a un début étonnant : les instruments sont à l'unisson dans une tonalité sourde qui par contraste met en évidence une suite de thèmes d'une grande richesse. Le vivace du 3ème mouvement est faussement désinvolte tandis que le dernier mouvement, bien qu'appartenant assurément à son siècle, offre des traits audacieux et se conclut avec énergie. L'ensemble constitue une réelle confirmation que Godard n'est pas un compositeur de salon comme certains ont pu l'affirmer. Son œuvre mérite une large diffusion. Les Mosaïques, très à l'aise dans l'interprétation de ce second quatuor, ont été ce soir là des avocats particulièrement éloquents.

 

Quant au Debussy, si nous émettons une certaine réserve, ce n'est pas sur la qualité du  jeu des interprètes, mais sur le parti prix sans doute de privilégier ce que le compositeur doit au passé et non pas ce qu'il annonce par ses audaces à venir. Mais ce fut tout compte fait une interprétation de belle tenue. Ainsi le premier mouvement progressait-il avec souplesse, les instruments se succédant ou se superposant harmonieusement, mais en étouffant peut être un peu trop l'originalité des timbres. Dans le second mouvement – Assez vif et bien rythmé – on notait les belles interventions du violon d'Erich Höbarth ; le troisième mouvement – Andantino, doucement expressif – était amorcé dans un tempo un peu lancinant avec en revanche une prémonition de La Mer que l'on entendait de manière assez évidente dans la seconde partie de ce mouvement. Le dernier mouvement – Très modéré. très mouvementé – fut magnifiquement introduit par le violoncelle profond de Christophe Coin. Une soirée instructive, avec la confirmation d'un compositeur à replacer sur le devant de la scène : Benjamin Godard.