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Catégorie : Concerts

Leonardo García Alarcón n'en est pas à son coup d'essai. Après Michelangelo Falvetti et le Déluge universel et autre Nabucco, il déniche le Requiem de Donizetti ! Que celui-ci écrivit en 1835 à la mémoire de son rival et néanmoins ami Vincenzo Bellini. La pièce ne sera jouée qu'en 1870, à l'occasion du transfert des cendres de Donizetti lui-même. Elle sombrera dans l'oubli jusqu'à sa redécouverte en 1975. Mais sera peu jouée ensuite. D'où la chance offerte par le chef argentin de l'entendre dans le cadre du Festival de Saint-Denis. Elle se compose de 17 séquences, pour la plupart assez courtes, dont plusieurs non reprises dans les autres Requiem, tel celui de Verdi. Ainsi de l In memoria » (V), confié au chœur, du « Ludex ergo », aux ténor et basse (VIII), du « Rex tremendae

majestatis (IX) pour soprano, basse et chœur, de « Praeces meae » (XII) , pour alto, ténor et basse, de « Oro supplex » (XIII) pour air de la basse. Ce Requiem qui assortit les quatre voix cardinales, de soprano, mezzo-soprano, ténor et basse, ne réserve curieusement pas d'air à proprement parler aux deux femmes, mais fait la part belle à la basse et au ténor (« Ingemisco », comme chez Verdi) ; sans compter le chœur qui prend une égale importance. Il est quelque peu éloigné du propos religieux : Donizetti est d'abord un homme de théâtre. Mais la veine lyrique perce bien souvent, en particulier au « Lacrymosa » (XIV) et à la séquence finale du « Libera me » (XVII). Le sentiment donc de l'hommage d'un compositeur d'opéra à un autre maitre du bel canto. Mais ne dit-on pas de la Messa da Requiem de Verdi qu'elle est écrite plus pour le théâtre que pour l'église !

 

L'interprétation de García Alarcón ne manque pas de panache et combine habilement les deux aspects théâtral et religieux. L'empathie du chef avec cet idiome est évidente, sa passion pour le chant n'étant plus un secret. On se souvient de ses « Funérailles de Louis XIV », l'année passée au même Festival de Saint-Denis. Le geste est généreux et tente de juguler l'acoustique impossible de la basilique : un temps de réverbération énorme qui transforme certaines fins de phrases forte en bouillie sonore. Surtout lorsque le chef déchaine les timbales. Une instrumentiste   altiste, rencontrée le lendemain dans le train la ramenant à Amsterdam, confiait que lesdites timbales étaient encore plus fortes au concert qu'en répétitions. De fait, elles couvraient la moitié de l'orchestre. Cet orchestre, le Millenium, ajoute-elle a été fondé il y a un un peu plus d'un an par García Alarcón et pour quelques projets spécifiques dépassant la sphère baroque. Il est constitué de musiciens free lance venant de divers pays européens, comme il en est du Chamber Orchestra of Europe. On admire les sonores fanfares, très opératiques ouvrant l Introduzione » (I), puis le contraste tout en douceur que forme la section suivante « Requiem » (II), le duo mezzo-ténor à « In memoria aeterna » (V), la violence du « Dies irae » (VI) qui tonne de ses timbales ffff. La séquence du ''Recordare Jesu pie'' qui est incluse dans le « Rex tremendae majestatis », est introduite par la soprano dans le registre éthéré, et le ''Quaerens me'' sera défendu par la basse très legato. Deux grands moments. Comme aussi l Ingemisco » avec son solo de violon et les cordes seules au début, pour un morceau on ne peut plus bel cantiste ; ce que l'interprète Fabio Trümpy ne se fait pas faute de souligner. Autre passage lumineux : le « Lacrymosa » du chœur, beau chant religieux que conclut une vaste fugue. A l Offertorium », pour basse et chœur d'hommes, Donizetti a imaginé un solo de cor sur ''Domine Jesu Christe''. On revient vite ensuite à l'opéra. Le Requiem se termine sur une note mélancolique des quatre solistes, juste avant la reprise du « Libera me » véhément du chœur. Mais le dernier trait sera recueilli. Les solistes sont de classe : outre le ténor cité, la basse claire de Nikolay Borchev, la soprano assurée d'Ambroisine Bré et le beau mezzo de Guiseppina Bridelli. Comme magistrale la prestation du Chœur de Chambre de Namur, partenaire habituel des projets de García Alarcón.

 

En amuse bouche, il avait proposé la Sinfonia sopra i motivi dello Stabat Mater di Rossini, composé en 1843 par Saverio Mercadante (1795-1870). Ce compositeur largement ignoré aujourd'hui, quoique défendu par Riccardo Muti, écrit ici une musique elle aussi ancrée dans l'univers de l'opéra, ce qui est logique puisqu'inspirée du Stabat Mater de Rossini et alors que l'auteur du Barbier de Séville n'y fasse pas de distinction tranchée entre scène et église. Le fameux motif central plein d'élan en est un bel exemple, comme les fanfares introductives. Exécution engagée du chef et de ses forces de l'Orchestre Millenium.