Dans le cadre des 17 èmes Rencontres musicales Proquartet en Seine-et-Marne, l'un des concerts se donnait au Musée départemental de Préhistoire de Nemours. Lieu improbable, voire insolite, pour le récital du Quartetto Lyskamm. Car se produire dans cet endroit dédié à l'Histoire d'avant l'Histoire avait de quoi surprendre, puisqu'on jouait aux côtés d'une réplique de l'Homme de Cromagnon et d'un squelette impressionnant de quelque ancêtre, sur fond d'arbres généreux à défaut d'être antiques. Mais le concert fut nul doute un moment de bonheur. D'abord du fait d'une acoustique plus hospitalière qu'on l'imaginait. L'architecte Roland Simonet conçut dans les années fin 1970 un édifice tout en béton brut, qui  avec la patine du temps prit les couleurs des rochers nemouriens, et pensa un hall qui

finalement se prête bien à ce type de manifestation musicale. Ensuite parce que les musiciens sont des plus talentueux. Le Quartetto Lyskamm, fondé en 2008 au conservatoire Verdi de Milano, par quatre jeunes italiens, trois filles, un garçon, a bénéficié de l'aide de bonnes fées (les Artemis, Jacques Pernoo, Hetto Beyerle, Heime Müller...). Il a remporté le deuxième prix du concours de Graz et le prix spécial Proquartet. Il se produit déjà dans des lieux renommés tant en Italie que partout en Europe. En 2016, le Borletti Buitoni Trust lui a décerné le ''prix spécial pour la musique de chambre'' créé à la mémoire de Claudio Abbado. Ce que les caractérise, c'est leur engagement tangible dès la première phrase, et quel que soit le répertoire abordé. Le programme aussi original qu'exigeant le démontrait d'évidence : deux pièces de Stravinsky, une de Casale, pour finir par un quatuor de Beethoven. En présentant interprètes et programme, le représentant de l'association Proquartet précisa qu'ils jouaient les deux tiers de la production stravinskienne livrée au quatuor à cordes, s'agissant des Trois pièces de 1914 et du Concertino de 1920 (seule manquait donc une dernière pièce composée en 1959). Les Trois pièces montrent une sûre maitrise du matériau pour le moins raréfié que Stravinsky offre à ses interprètes, morceau répétitif essentiellement articulé à partir du violon I (pièce n°1), atonalité qui ne dit pas son nom à la deuxième et ton russe dans le droit fil du Sacre ou de Petrouchka pour la troisième, la plus développée. Le Concertino pour quatuor à cordes se situe, quant à lui, dans la lignée de L'Histoire du soldat. Les Lyskamm maitrisent le rythme, cette scansion abrupte typique du maitre. Le violon I de Cecilia Ziano se taille la part du lion dans un morceau de coupe ternaire conçu sur le modèle de la sonate a quattro baroque.

 

Le compositeur italien Emanuele Casale (*1974) qui se perfectionna, entre autres, auprès de Salvatore Sciarrino, se spécialise dans la musique électro-acoustique. Il n'en délaisse pas pour autant la composition dite traditionnelle. Son mouvement de quatuor intitulé « 7 » est, comme l'indique le celliste Giorgio Casati, un « joke » car son titre n'a pas de signification particulière... En fait, une impression de dialogue d'abord entre les violons I et II sur d'infimes petites cellules et pianissimo, la pièce progressant en vrais faux unissons et proposant des bribes qui s'enflent en un tout  impressionnant. Une attaca après un silence marqué donne le signal d'une séquence d'une folle énergie. Il y a un côté Ligeti là dedans. Ce que confirme le celliste qui nous précise « there is much of ligeti's idea of harmonization with all the pitches included in a determined interval in continous movement ». Une exécution sur le fil du rasoir et d'une fine maitrise instrumentale. Cette maitrise, les Lyskamm vont l'asseoir éloquemment avec le Quatuor op. 18 N° 5 de Beethoven. Ils s'y jettent sans fard, n'hésitant pas à prendre des risques, dans l'allegro pris à belle allure et le menuetto, qui fait figure plus de scherzo que de danse de cour, même si d'une douce rêverie . Les variations de l'andante cantabile dévoilent des trésors d'imagination dans les divers éclairages et un remarquable fini instrumental. C'est que chacune s'y révèle fort différente en termes de rythme, de mélodie et d'expression. Le finale sera on ne peut plus engagé drivant une énergie débordante avec son second thème. Voilà du fort beau travail et on ne saurait que féliciter les quatre voix de ces sympathiques italiens. En bis, ils donnent le finale du Quatuor K. 464 de Mozart dont en sait que Beethoven s'est inspiré pour la composition de son op. 18.