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Catégorie : Concerts

L'Orchestre National de France souhaitait rendre un vibrant hommage au grand chef d'orchestre allemand récemment disparu qui fut son directeur musical entre 2002 et 2008. Ce concert lui était donc tout particulièrement dédié comme un témoignage de respect et de reconnaissance envers ce musicien hors du commun, sur la scène comme à la ville. A sa mémoire, L'Aria de la Suite n° 3 de Bach ouvrait donc ce concert devant un public et des musiciens recueillis…

 


Kurt Masur ©Christian Steiner

Le programme de ce dernier concert au grand auditorium avant le départ pour la tournée américaine reprenait exactement un des programmes qui seront donnés outre atlantique et notamment au Carnegie Hall de New York, un des points forts de cette tournée. Une occasion de juger de la préparation de l'orchestre et de goûter en avant première pour les malchanceux qui resteront en France au plaisir de cette musique empruntée à Debussy, Chostakovitch et Tchaïkovski. Un concert bien préparé dont témoignaient la magnifique prestation de l'ensemble des musiciens et la direction sans partition de Daniele Gatti. Debussy d'abord, avec le fameux Prélude à l'après-midi d'un faune, une œuvre phare du musicien français, crée en 1894, destinée à accompagner une récitation des vers mallarméens éponymes, emblématique du courant symboliste.  Une partition  tour à tour évanescente et transparente, sensuelle et voluptueuse, véritable miroir de la poésie de Stéphane Mallarmé. Une églogue musicale permettant de mettre en avant tous les timbres de l'orchestre, sa cohésion et sa sonorité lumineuse. Chostakovitch ensuite, avec le Concerto pour violon n° 1, composé en 1948, créé en 1955 par David Oïstrakh, son dédicataire. Là encore une interprétation sans faille de Julian Rachlin, très lyrique et inquiétante dans le Nocturne initial, sautillante dans le Scherzo sur des échanges très vifs entre soliste et orchestre (violon et bois) quasiment motoriste, avec des attaques parfaitement en place, gage d'une évidente complicité entre chef et soliste, grave et solennelle (cor et violoncelle) dans la Passacaille avant que ne s'élève la complainte poignante du violon accompagnée du basson, du cor anglais et du tuba qui se résoudra dans une cadence virtuose reprenant les différents thèmes, burlesque enfin dans la mouvement final qui se terminera sur un embrasement orchestral. Bref, une interprétation d'exception, habitée en permanence de cette ambigüité grinçante propre au musicien soviétique poursuivi par la censure stalinienne. Après la pause, Tchaïkovski avec la Symphonie n° 5, page centrale de la trilogie du fatum. Une œuvre (1888) là encore marquée par l'ambigüité et l'ambivalence du propos hésitant entre joie et désolation, liberté et destin…Un premier mouvement lyrique et douloureux mené sur un tempo assez lent où Daniele Gatti laisse respirer l'orchestre, sans lui imprimer l'urgence d'un Mvravinski, tout en sachant y préserver la tension nécessaire à la continuité et à la progression du discours, un deuxième mouvement introduit par un superbe solo de cor comme une lamentation accablée se développant sur un tapis de cordes et un contrechant de la clarinette qui cèdera sa place à une rêverie mélancolique des cordes rapidement interrompue une fois encore par le thème inquiétant du destin clamé par les cuivres, un troisième mouvement sur un rythme de valse élégante, avant un final grandiose ne parvenant à sceller de façon définitive, dans cette débauche orchestrale, la victoire de dieu ou du destin…Une magnifique interprétation qui ne manquera pas de triompher au Carnegie Hall.